Éditions Rivages

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Au club de lecture, il y a deux listes, celle des nouveau­tés et celle du thème. Le thème du mois de février, c’est le Japon. Ce roman va nous dévoi­ler un aspect terrible de ce pays dans les années 70 : l’auteur décrit avec une préci­sion et une absence de pathos les horreurs commises par « l’ar­mée rouge » japo­naise, la lecture est parfois à peu près insou­te­nable, et quand je levais les yeux de ce roman pour véri­fier les faits, je décou­vrais avec horreur que l’au­teur n’avait rien inventé. Il s’agit d’un roman car pour construire ce récit Michaël Prazan, a créé le person­nage prin­ci­pal, un Japo­nais qui aurait parti­cipé à toute les exac­tions des terro­ristes et aurait réussi à survivre sous un nom d’emprunt. Il crée aussi un person­nage alle­mand pour permettre aux deux de se faires des confi­dences et ainsi nous faire décou­vrir de l’in­té­rieur l’en­ga­ge­ment et la vie des terro­ristes. Ce qui s’ap­plique aux fana­tiques japo­nais peut être vrai pour tous les terro­ristes capables de tuer des inno­cents pour leur cause.

Ce roman permet de comprendre le chemi­ne­ment parti­cu­lier de la jeunesse japo­naise . Le person­nage prin­ci­pal découvre que son père a parti­cipé aux massacres de Nankin que le Japon a toujours préféré oublier. Lui, il parti­ci­pera aux révoltes étudiantes des années 70 pour lutter contre la présence améri­caine et l’aide que le Japon apporte dans la guerre du Viet­nam. À travers les romans, on voit (encore une fois) que ce pays n’a jamais fait le travail de mémoire sur son passé impé­ria­liste et fasciste. Les Japo­nais se sont consi­dé­rés comme victimes de la force nucléaire améri­caine. La jeunesse dans les années 68, trou­vait insup­por­table que le gouver­ne­ment Nippon appa­raisse comme le vassal des améri­cains. Il y a eu un aspect ultra violent dans les rangs de la jeunesse comme dans la répres­sion policière.
Un des épisodes les plus insou­te­nables se passe dans les montagnes japo­naises où la folie meur­trière s’empare des diri­geants de l’ar­mée rouge qui épurent en les tortu­rant jusqu’à la mort ses propres membres. Ces meurtres marque­ront la mémoire du Japon. Les rares survi­vants cher­che­ront une autre cause pour s’en­rô­ler, et ils rejoin­dront les rangs des terro­ristes palestiniens.

Le roman se termine par les « exploits » de Carlos en France.

Malgré le poids de l’hor­reur et du cafard que pour­ront vous donner la lecture de ce livre, je salue par mes cinq coquillages, le sérieux du travail de cet auteur. Il écrit comme un jour­na­liste de façon simple et directe. J’ai eu des diffi­cul­tés au début avec les noms japo­nais, mais on s’ha­bi­tue parce qu’ils sont régu­liè­re­ment répé­tés au cours de cette histoire. Ces noms tournent en boucle dans la mémoire du person­nage prin­ci­pal et je suppose dans celle de l’écri­vain. Lors­qu’on a passé cette diffi­culté des noms, on est pris par ce récit sans pouvoir le lâcher. Ce fut le cas pour moi.

Citations

Quand le fanatisme tue toute humanité

Yoshino est un grand type dégin­gandé et taiseux qui porte une barbe courte et peu four­nie, ainsi que de grosses lunettes. Pauvre Yoshino. Il est venu ici avec Kaneko Michiyo sa femme enceinte de huit mois. Personne ne l’a ména­gée pendant les entraî­ne­ments mili­taires. On s’est demandé si elle n’al­lait pas perdre le bébé. Yoshino ne lui jette jamais un regard. Yoshino est un vrai soldat. Un soldat docile. Un soldat exem­plaire. De ceux qui exécutent les ordres. Tous les ordres. Sans discu­ter. Sans rien penser. Yoshino ne pense plus depuis long­temps. Yoshino est un robot. Le plus robot de tous. C’était un jeune homme gai et sympa­thique, autre fois. Il aimait la musique. Il jouait de la guitare. Il aimait sa femme. Yoshino de plus rien. 
Yoshino est un meurtrier.

Les nuits et les cauchemars des assassins.

Il tour­nait en rond. Il ne voulait pas se coucher. Il savait qu’il ne parvien­drait pas à dormir. La pers­pec­tive de se voir trahi par un rêve qui me replon­geait dans les eaux boueuses de son passé le remplis­sait de terreur. Certains souve­nirs sont comme des bombes à frag­men­ta­tion. On en vient jamais à bout.

Discours, anticolonialistes

Les thèses de Fanon s’ap­pliquent autant aux Pales­ti­niens qu’aux Cari­béens, qu’aux Afri­cains, qu’aux Algé­riens. C’est pour­quoi le colo­ni­sa­teur ne doit jamais être consi­déré comme une victime. On nous reproche la mort de civils inno­cents… C’est le prin­ci­pal argu­ment utilisé par les impé­ria­listes pour nous discré­di­ter… En réalité, il n’y a ni civil, ni victimes chez les sionistes ! Tous sont coupables ou complices de l’op­pres­sion subie par les Pales­ti­niens. Pour illus­trer cela, prenons le cas le plus problé­ma­tique, celui des enfants. Comme dans toutes les guerres, il arrive que des enfants meurent au cours de nos opéra­tions. Les impé­ria­listes nous accusent de barba­rie, de commettre des meurtres… Or, personne n’est inno­cent dans le système colo­nial, pas même les enfants. La progé­ni­ture des juifs gran­dira, elle fera le service mili­taire qui est une obli­ga­tion chez eux. Ça veut dire que ces mêmes enfants porte­ront un jour des armes qu’ils poin­te­ront sur nous ! 

Et voilà !

Le « fedayin » fait deux têtes de plus que lui. Sa viri­lité sauvage le tétanise. 
le « fedayin » le regarde et il sourit. 
Il ajoute qu’il aime bien les Japo­nais. il dit qu’ils ont fait le bon choix pendant la guerre. Il admire Hitler depuis toujours. Un homme extra­or­di­naire. Un meneur d’hommes. Le fedayin regrette qu’Hit­ler n’ait pas pu finir d’ex­ter­mi­ner tous les Juifs. 
Il le regarde et il sourit.

C’est tellement vrai !

- On peut consi­dé­rer cela comme des erreurs de jeunesse, il y a prescription.
- Pour nos victimes, il n’y a pas de pres­crip­tion. Je suis persuadé que leur famille pense encore chaque jour au mal qu’on leur a fait.

12 Thoughts on “Souvenirs du rivage des morts – Michaël PRAZAN

  1. keisha on 3 février 2022 at 08:53 said:

    Heu, cinq coquillages, oui, mais je suis petite nature quand même.

  2. Ça a l’air costaud dis donc .. Je ne pense pas m’y plonger.

  3. c’est noté si je peux mettre la main dessus, je savais qu’il y avait eu une période dure au Japon mais je n’avais pas compris l’am­pleur du phénomène
    merci à toi pour cette lecture que je garde­rai pour un jour où mon humeur suppor­tera mais faire face à de tels récits c’est aussi un peu une obli­ga­tion je crois

    • C’est tout le problème : doit regar­der en face les horreurs humaines , parfois j’y vais parfois je fuis. Ici ce que je trouve très bien raconté c’est comment l’ex­trême radi­ca­li­sa­tion amène aux mêmes genres d’hor­reur . Aussi on comprend l’après guerre au Japon. La diffé­rence entre l’Al­le­magne et le Japon c’est le travail de mémoire de ce que leurs régimes ont fait pendant la guerre. Le Japon se sent victime à cause d’Hiroshima.

  4. très inté­res­sée parce que je n’en sais pas suffi­sam­ment. Je retiens qu’il ne faut pas être déprimé au moment d’en­ta­mer cette lecture !

  5. J’au­rais certai­ne­ment beau­coup à apprendre sur le Japon (dont je connais si peu) dans ce roman, déjà j’en apprends avec ton billet… j’igno­rais le passé fasciste du Japon, en fait, je ne sais pas grand chose.
    Mais ce roman est sans doute trop dur et trop lourd pour moi et mes envies actuelles.

  6. Un sujet bien plom­bant, un thème très inté­res­sant, si jamais je tombe dessus, pour­quoi pas ? Mais je ne vais pas me préci­pi­ter pour le trouver.

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