U9782330051228Traduit du chinois par Angel PINO et Shao BAOQING.
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

4Très joli roman qui permet un voyage dans la Chine d’aujourd’hui et d’autrefois et dans l’âme d’une femme d’une belle et riche person­na­lité. Mingli, 40 ans, n’a plus de nouvelles de sa fille Rongrong, et elle sait, elle le ressent au plus profond d’elle même que ce n’est pas normal. C’est une femme conscien­cieuse cher­cheuse dans un labo­ra­toire médi­cal, appré­ciée de tous. Elle n’a pas l’habitude d’imposer sa volonté, mais pour­tant rien ne la fera recu­ler, elle doit savoir ce qui est arrivé à Ronrong. Elle le doit au nom de ses enga­ge­ments du passé : son amitié avec la mère de Rongrong qui a sombré dans la démence.

Elle va donc être confron­tée à la Chine « communo-capi­ta­liste », et refait un parcours sur ce qui a été sa vie. « Les Senti­nelles des blés », c’est un hybride de blé , décou­vert par son père un grand savant dont la mort est tout un symbole : il était parti cher­cher des livres impor­tants pour lui, à son retour il est tombé dans les égouts dont un voleur avait, entre temps, volé la plaque qui les obtu­rait.. Les souve­nirs des Senti­nelles des blés reviennent dans le roman, comme des moments de pureté dans un pays où la corrup­tion atteint à peu près toutes les couches de la société. Même son mari qui l’aime bien, et qui ne pensait pas qu’elle puisse avoir une volonté autre que la sienne touche des petits pots de vin en utili­sant les quali­tés de cher­cheuse de sa femme.

Un beau voyage , d’une rare émotion.

Citations

Une femme qui ne sait pas s’imposer

Or Yu Shijie refuse de m’entendre. Il voudrait que je sois une femme ouverte. Certes, mais ne le suis – je pas déjà ? Petit à petit, entre nous deux, un pli a été pris, qui fait que, depuis des années, chaque fois que je m’exprime ou que j’agis selon mes senti­ments, il s’empare du problème et le dissèque en deux temps trois mouve­ments, comme un boucher qui mani­pule une carcasse de porc. L’animal est suspendu à un croc, et la moindre partie de son corps s’offre à la vue:la viande, les os, les tripes, tout est clair et net. Mais moi , je ne ressens plus rien, j’en oublie même ce que j’avais voulu dire au départ.

Traduit de l’anglais (Austra­lie) par Johan-Frede­rik Hel Guedj.

Personne ne peut sortir indemne de ce roman. Les horreurs du racisme y sont décor­ti­quées avec une telle minu­tie que, plus d’une fois, cela m’a demandé un énorme courage pour aller au bout de ma lecture. J’ai suivi les avis de Krol, Aifelle, Cuné et je vous conseille de lire ou relire leurs billets, elles disent tout le bien que je pense de ce roman hors du commun

La construc­tion parti­cipe au ralen­tis­se­ment de la lecture, nous suivons des destins très diffé­rents mais qui fina­le­ment vont se retrou­ver dans la scène finale : le méde­cin onco­logue, une jeune femme noire Ayesha Washing­ton, l’historien Adam Zigne­lik, l’homme de ménage de l’hôpital, Lamont Williams, ils sont ensemble sur un trot­toir de New York et il aura fallu 800 pages à Elliot Perl­man pour tisser tous les liens qui réunissent tous les person­nages de son roman durant un siècle et, parfois, sur deux géné­ra­tions . Adam, l’historien austra­lien vit une crise dans son couple et n’arrive pas à se moti­ver pour un nouveau sujet de recherche indis­pen­sable à sa carrière univer­si­taire. Il est le fils de Jack Zigne­lik qui a fondé avec son ami William Mc Cray le mouve­ment pour les droits civiques aux États Unis. Il travaille à la pres­ti­gieuse univer­sité de Colum­bia sous l’autorité de Charles Mc Cray fils de William. Asheha Washing­ton est la petite fille d’un vété­ran de la deuxième guerre mondiale qui a parti­cipé à l’ouverture des camps de concen­tra­tion. Or, le rôle des soldats noirs pendant la guerre 39 – 45 a large­ment été ignoré par l’histoire offi­cielle améri­caine.

Voilà donc un beau sujet de recherche pour Adam Zigne­lik en panne d’inspiration et au bord de la dépres­sion, en tout cas c’est ce que pense William Mc Cray qui reproche à son fils Charles de ne pas assez soute­nir Adam pour qu’il garde son poste à l’université de Colum­bia. Charles est marié à Michelle une assis­tante sociale noire, qui adore sa grand-mère. Et nous revoilà avec Lamont Williams car Michelle est sa cousine qui, en ce moment vit chez ladite grand-mère. Lamont a réussi à décro­cher un emploi comme homme d’entretien à l’hôpital où travaille Asheya Washing­ton et s’il réus­sit sa période d’essai, il pourra enfin tirer un trait sur la prison où il est resté six ans pour un cambrio­lage qui a mal tourné. Or, il n’a fait que conduire la voiture sans connaître les projets de ses amis ni surtout savoir que le plus jeune était armé. Au bout de six ans sa femme n’est plus là, elle a disparu avec leur petite fille. Il lui faut donc abso­lu­ment satis­faire sa période d’essai à l’hôpital pour pouvoir avoir une chance de gagner sa vie et prou­ver aux services sociaux qu’il est stable. Sa grand-mère l’accueille car elle sait que Lamont est un brave garçon.

Toutes les diffi­cul­tés de ce jeune noir, permettent à l’auteur de montrer à quel point il suffit de pas grand chose pour qu’un noir fasse de la prison aux Etats-Unis, avec un bon avocat Lamont aurait pu s’en tirer. Celui-ci rencontre à l’hôpital un rescapé d’Auschwitz, Monsieur Mandel­brot, il appar­te­nait aux Sonder­kom­man­dos et connaît donc ce qui s’est passé dans les camps . Nous voilà donc au sommet de l’horreur au 20° siècle. Les conver­sa­tions de ces deux hommes tissent entre eux des liens person­nels si bien qu’avant de mourir cet homme lui donne ce qu’il a de plus précieux son hanouk­kia, chan­de­lier juif en argent. Lamont est accusé de vol, mais pour sa défense il raconte ce que cet homme lui a confié sur Ausch­witz et l’historien Adam Zigne­lick assure que Lamont n’a pas pu décou­vrir cela tout seul, car une partie de ce récit était sur des enre­gis­tre­ments qu’il vient juste de décou­vrir.

Ces enre­gis­tre­ment faits en 1946, par de rares resca­pés des camps avaient été complè­te­ment oubliés. Adam qui a vécu en Austra­lie avec sa mère, est le fils d’un homme qui a lutté toute sa vie pour les droits des noirs aux Etats-Unis et cela permet à Elliot Perl­man de rappe­ler certaines souf­frances des noirs dans les années 50 et 60, aujourd’hui encore les noirs Améri­cains souffrent de graves discri­mi­na­tions. Et fina­le­ment ? Est ce que des troupes noires ont parti­cipé à la libé­ra­tion des camps de concen­tra­tion ? et bien oui, et c’est le grand père de Asheya Washing­ton, l’oncologue qui soignait Monsieur Mandel­brot qui pourra en témoi­gner. Ne croyez pas que j’ai tout raconté, il y a encore bien des histoires qui s’emboîtent dans ce récit, et elles ont toutes une fonc­tion dans le récit. On est souvent très ému et comme je le disais en commen­çant c’est avec appré­hen­sion que l’on conti­nue la lecture de ce roman inou­bliable.

Citations

Le passage où on trouve le titre

La mémoire est une chienne indo­cile. Elle ne se lais­sera ni convo­quer ni révo­quer, mais ne peut survivre sans vous. Elle vous nour­rit comme elle se repaît de vous. Elle s’invite quand elle a faim, pas lorsque c’est vous l’affame. Elle obéit à un calen­drier qui n’appartient qu’à elle, dont vous ne savez rien. Elle peut s’emparer de vous, vous accu­ler ou vous libé­rer. Vous lais­sez à vos hurle­ment ou vous tirer un sourire. C’est drôle parfois, ce qu’on peut se rappe­ler.

Récit des événements de Little rock : Elizabeth Eckford, noire, seule face à la foule, blanche raciste.

Eliza­beth Eckford se diri­gea vers tous ces gens et, au début du moins, cette portion de la foule qui était la plus proche d’elle recula, s’éloigna d’elle, un peu comme s’ils crai­gnaient d’attraper quelque chose à son contact. En restant trop près, on risquait peut-être de deve­nir ce qu’elle était. Les gens vous dévi­sa­ge­raient. Rien qu’en vous retrou­vant dans cette partie de la foule, tout près d’elle„ vous risquez de vous faire remar­quer. Vous n’êtes pas venu là dans l’espoir de vous singu­la­ri­ser. Vous n’êtes pas là pour ça. Et pour­tant, main­te­nant, vous risquez de vous singu­la­ri­ser. Sans que ce soit votre faute. Vous avez donc inté­rêt à vous débrouiller pour que tout le monde autour de vous sache quel camp vous vous rangez en réalité. Vous la haïs­sez. Vous la haïs­sez autant que tous les gens de cette foule la haïssent. Vous la haïs­sez peut-être même encore plus. En se tenant là, près de vous, elle vous met parti­cu­liè­re­ment mal à l’aise, plus en plus mal à l’aise que les autres, et ce qu’ils ressentent, c’était ce que vous ressen­tiez il y a encore quelques instants, avant qu’elle ne vous choi­sissent, vous, en vous mettant parti­cu­liè­re­ment mal à l’aise. Quel besoin a-t-elle de vous choi­sir, vous ? Partout elle va, elle ne sème que la pertur­ba­tion. Vous voyez bien. On vous l’a répété toute votre vie,vous le savez depuis toujours, mais main­te­nant vous pouvez véri­ta­ble­ment le sentir.

Le sujet du livre

Peut-on se servir de l’histoire pour prédire l’avenir, demande à Adam Zigne­lik. Il est tentant de répondre que ce serait possible, mais je ne le crois pas. Le phare de l’histoire peut lais­ser devi­ner de fugaces aper­çus de la voie qui s’ouvre devant nous, mais il est impru­dent de comp­ter sur l’histoire pour nous four­nir une carte précise et lumi­neuse du terrain futur, rempli de syncli­naux et d » anti­cli­naux. Nous ne devons pas comp­ter sur l’histoire pour nous indi­quer avec exac­ti­tude ce qui va se produire dans l’avenir.
Pour­quoi l’histoire ne peut-elle nous rensei­gner sur ce qui va se produire dans l’avenir ? Parce qu’elle traite des indi­vi­dus, or les indi­vi­dus sont impré­vi­sibles, autant que le sont la plupart des animaux, si ce n’est plus. On ne peut même pas se fier à eux pour qu’ils agissent comme ils l’ont déjà fait en des circons­tances simi­laires ou pour qu’ils fassent ce qui relève à l’évidence de leur propre leur propre inté­rêt. Les êtres sont impré­vi­sibles, à titre indi­vi­duel et au plan collec­tif, les gens ordi­naires, tout comme les diri­geants inves­tis d’un pouvoir.

Le racisme à Detroit 1943

25000 ouvriers blancs employés à fabri­quer des moteurs pour des bombar­diers et des vedettes lance-torpilles s’était mis en grève en appre­nant qu’une poignée de femmes noires avaient commencé à travailler là-bas. Il était jeune, mais il aurait compris ce que cela signi­fiait que d’entendre un ouvrier blanc décla­rer à l’entrée de l’usine qu’il préfé­rait lais­ser gagner Hitler et Hiro­hito plutôt que de côtoyer un nègre dans un atelier d’usine.

Auschwitz

C’était donc vrai, et il était là, face à la vérité. Il avait vu des êtres mourir dans le ghetto, mais il n’avait jamais rien vu de tel. Tant de corps, inertes entas­sés à la hâte, une colline de corps, une petite montagne – des indi­vi­dus, des êtres, encore tout derniè­re­ment. C’est ici la fin, songea-t-il, la fin de toutes les calom­nies, raciale ou reli­gieuse, de toutes les raille­ries, de tous les rica­ne­ments dirigé contre les juifs. Chaque fois que quelqu’un entre­tient la croyance ou le soup­çon insi­dieux, voire honteux, que les Juifs, en tant que peuple, sont des gens malhon­nêtes et immo­raux, avares, trom­peurs et rusés, que ce sont tous des capi­ta­listes, des commu­nistes, qui sont respon­sables de tous les malheurs du monde, et coupable de déicide, cette croyance ou cette convic­tion, à peine consciente quel­que­fois, accé­lère la marche d’un train lancé sur une trajec­toire qui n’a pas d’égale. C’est là que cette voie finit par s’achever, sur cette montagne de cadavres.

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4Merci Krol, je suis à la recherche de textes courts pour mes lectures à haute voix au Foyer Loge­ment de Dinard. Je ne lisais pas beau­coup de nouvelles, je m’y inté­resse de plus en plus et grâce aux blogs je fais de très bonnes rencontres. Ces quatre nouvelles sont, à l’image de leur auteur, Patrice Fran­ces­chi, très fortes ancrées dans les drames et les choix les plus cruels que la vie peut nous conduire à faire. J’ai une très nette préfé­rence pour la première nouvelle, mon goût pour la mer et récem­ment pour la navi­ga­tion, me permet de vivre avec angoisse et fasci­na­tion les récits de tempête. Et celle que doit affron­ter Flaherty, en décembre 1884, est un pur moment d’horreur et d’effroi.

Lire ces pages bien calée dans un fauteuil arrive quand même à donner un senti­ment d’insécurité tant les mots sonnent justes et que les images sont fortes. Ensuite, il y a le thème qui est le même dans les quatre récits : des circons­tances excep­tion­nelles amènent à faire des choix que rien n’y personne ne peut faire à votre place et qui vous marque­ront à jamais. Après le capi­taine de « la Provi­dence », on retrouve un sous-lieu­te­nant qui ne veut pas s’avouer vaincu et qui seul résis­tera à l’avancée alle­mande en mai 1940, puis un autre marin, Wells, qui ne veut pas voir des réfu­giés sur un bateau de fortune mourir en pleine mer sous les yeux d’un équi­page indif­fé­rent et enfin, Pierre-Joseph qui rencontre Made­leine en 1943, sur un quai d’une gare pari­sienne avant de monter dans un train avec leurs enfants pour être dépor­tés vers la mort déci­dée par des Nazis qui jouent de façon sadique une dernière fois avec leurs victimes.

Oui, tous ces choix sont terribles et inter­pellent le lecteur. Ils vont bien à la carrure d’aventurier De Patrice Fran­ce­shi qui les raconte très bien. Mais, il se passe quelque chose dans les nouvelles, c’est que, malgré soi, on compare les récits : je me suis tota­le­ment embar­quée avec Flaherty, et beau­coup moins dans les deux dernières nouvelles qui sont pour­tant parfai­te­ment racon­tées. Une seule expli­ca­tion : je m’attendais à leur contenu. Et j’ai déjà lu ces récits dans d’autres romans, ce n’est pas une critique suffi­sante, les exilés qui meurent sur les mers dans l’indifférence la plus totale, comme la cruauté des Nazis peuvent être mille fois trai­tés. Mais le raccourci de la nouvelle fait que le lecteur est plus exigeant, il exige quelque chose en plus que le récit des bassesses humaines qu’il a si souvent lues. Je l’ai trouvé dans « le fanal arrière qui s’éteint » et aussi dans « carre­four 54 » qui d’ailleurs traite d’un moment moins connu de notre histoire : comment ont réagi sur le terrain les soldats fran­çais en 1940 qui ne voulaient pas accep­ter la déroute de l’armée mais moins dans les deux autres.

Citations

L’entente du second et du capitaine

L’estime réci­proque que se portaient Mack­ney et Flaherty était l’une des légendes de la « Provi­dence ». Les deux hommes avaient affronté ensemble d’innombrables coups durs sur tous les océans et ne s’en étaient sortis que par leurs savoirs mutuels ; cepen­dant, ils n’auraient su donner un nom aux liens que ces épreuves avaient tissés entre eux et on ne se souve­nait pas que Flaherty ait jamais adressé le moindre compli­ment à Mack­ney, ni que celui-ci ait féli­cité un jour son capi­taine pour quoi que ce sot. En vérité, cela ne se faisait pas entre gens de cette sorte ; de toute façon, comme le disait Klavensko, ces deux là n’avaient pas besoin de mots pour se dire ce qu’ils pensaient.

Le début de l’angoisse

Ils se sentirent enva­his soudain par une inquié­tude sourde et entê­tante qu’ils n’avaient encore jamais connue ; c’était comme une bête malsaine qui venait de prendre nais­sance quelque part dans leurs corps et enflait mainte­nant tout douce­ment, se nour­ris­sant de ce qu’il y avait de meilleur en eux.

Le poids des responsabilités

Flaherty recon­nut dans ses yeux cette drôle d’espérance qui persiste dans l’adversité tant qu’il existe un ultime recours. Et voilà, songea-t-il avec une morne pensée ; en vérité, les capi­taines ne servent à rien en temps ordi­naires … Mais quand plus rien ne va… Alors, bien sûr… Tout sur leurs épaules… Et pour eux, pas de recours… Personne au-dessus… Ah, je suis peut-être trop préten­tieux.

L’ouragan

Dix heures ne s’étaient pas écou­lées que, le 24 décembre au petit matin – dans l’aube infi­ni­ment triste qui se levait sur l’océan déchaîné – , le vent, tout en restant plein sud se mit à forcir comme on ne pensait pas que ce fût possible. Il hurlait avec une telle hargne qu’il devint presque impos­sible de s’entendre à moins de deux mètres ; l’aiguille de l’anémomètre se bloqua au-delà de 11 Beau­fort. Cette fois, l’ouragan était-là -et il écrasa litté­ra­le­ment la houle et les vagues (…) Le vent était si assour­dis­sant qu’il n’entendait rien que son siffle­ment aigu – et tous les autres sons étaient anni­hilé : il y avait de quoi terro­ri­ser les plus témé­raires. Il eut la prémo­ni­tion que la mer venait de s’emparer de toute sa personne, avec tout le mal qu’elle conte­nait et tout ce que cette « faiseuse de veuves » pouvait appor­ter de malheur- et il eut peur pour la première fois de sa vie.

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Depuis La Frac­tale des Ravio­lis, je sais que je lirai ce roman soute­nue dans cette volonté par JérômeNoukette et Keisha. Il était dans mes bagages depuis long­temps, et je suis ravie de l’avoir lu et relu puisque j’avais du temps. Je fais partie du club des lecteurs qui adorent les histoires, Pierre Raufast me permet de retrou­ver mes plai­sirs d’enfance , du temps où des adultes me racon­taient « Le Livre de la Jungle » ou « Les lettres de mon Moulin » . Je peux comprendre que l’on n’adhère pas à cet auteur car il semble si peu sérieux aujourd’hui de lire des histoires inven­tées qui s’enchaînent avec une logique impla­cable. L’imaginaire n’est pas à la mode sauf pour les enfants, ou en bandes dessi­nées. Je pense qu’un jour un dessi­na­teur s’emparera de cet univers si parti­cu­lier. En atten­dant, pour toutes celles et tous ceux qui veulent rêver, sourire et se lais­ser empor­ter par des fictions si bien construites qu’on est prêt à croire sur parole cet auteur qui expliquent avec le plus grand sérieux des histoires nous emportent loin, bien loin de tous nos soucis du quoti­dien , lisez cette « Variante Chilienne ».

J’ai adoré le moment où les deux compères quelque peu éméchés ont essayé divers tech­niques pour éteindre les vers luisants, je vous dirais bien comment c’est possible mais vous perdriez tout le sel de cette histoire. Je vous mets quand même sur la piste : claquer des mains ne suffit pas ! On ne peut pas racon­ter ce livre, car l’art d’un conteur est subtile et vient autant de l’histoire elle-même que de la façon de la racon­ter. Mais quand même, sachez pour les esprits sérieux, que vous appren­drez comment cueillir des noix grâce aux héli­co­ptères, le pour­quoi du ratage du prix Nobel de litté­ra­ture pour Jorge luis Borges, vous vivrez dans un village où il a plu pendant 10 ans sans discon­ti­nuer : entre réalité et fiction, mensonge et vérité, Pierre Raufast signe un second roman qui m’a sans doute encore plus ravi que le premier parce que fina­le­ment je trouve qu’il aide à vivre quand on a l’âme en peine (la preuve : je lui mettrai bien 6 coquillages !).

Citations

Humour (irrésistible pour moi !)

Diffi­cile à croire, mais cet endroit avait été le bordel de campagne des paysans du coin avant la guerre. Il fut maquillé sous l’Occupation afin d’éviter que les soldats alle­mands ne souillent le patri­moine natio­nal.

Je connais des gens comme-ça, mais ils le disent moins bien

L’été je mets ma peau en jachère, je la laisse se repo­ser. Au bout d’une semaine, ma barbe a poussé. Alors, je suis content. Au bout d’un mois, de grosses boucles blanches se forment. Là je suis tout à fait heureux. Mes talents de philo­sophe décuplent. Je suis le Samson de la barbe blanche. À la rentrée des classes, je me rase. Je rede­viens le profes­seur fati­gué qui tourne la meule du savoir.

Les énumérations que j’adore

Avec passion, il décou­vrit la science du mélange des terres, argile, marne et silice : le malaxage, le pour­ris­sage, l’estampage, le mode­lage, le cali­brage, le montage, le tour­nage, le tour­nas­sage, le moulage, le coulage, l’ansage, le séchage et la cuis­son, qu’il appe­lait par défor­ma­tion « le cuis­sage ».

J’adore cette phrase

Les « si » sont des carre­fours invi­sibles dont l’importance se mani­feste trop tard.

La perte des histoires non-racontées

Quel gâchis ! Un cime­tière, c’est comme une biblio­thèque remplie de vieux livres dont on aurait perdu la clef.

Traduit de l’allemand par Pierre MALHERBET

Une bonne pioche chez Domi­nique.

4Je pense que c’est l’aspect docu­men­taire qui a forcé ma réti­cence à lire des romans poli­ciers. J’ai souvent du mal avec le suspens, j’avoue que je commence souvent les romans par la fin, pour ne pas attendre un dénoue­ment et me consa­crer unique­ment à l’écriture. Ici, ce n’est pas la peine puisque la scène de meurtre commence le roman. Il reste le mobile et les raisons pour lesquelles le meur­trier ou l’assassin ‚nuance juri­dique impor­tante pour le coupable , a tué de façon aussi brutale Hans Meyer , respec­table indus­triel.

C’est l’intérêt du roman et de façon très précise et très bien docu­menté , le lecteur comprend à la fois le système judi­ciaire alle­mand et sa diffi­culté à juger son passé nazi. Sans aucun pathos , on est saisi d’effroi par les malheurs de Fabri­zio Collini. Il était bien évident qu’il ne pouvait s’agir d’un crime gratuit mais on prend conscience qu’un appa­reil judi­ciaire injuste peut pous­ser un homme à la vengeance.

J’ai été très sensible égale­ment aux deux vies de la victime : le comman­dant SS Hans Meyer et le gentil grand père qui faisait le bonheur de ses petits enfants. Je me souviens de l’interrogation des membres de ma famille qui avait connu la guerre, face aux touristes alle­mands du même âge qu’eux : comment faisaient-ils pour reve­nir en France ?

Et jamais, je n’ai reconnu dans la gentillesse alle­mande des touristes comme des familles de nos corres­pon­dants l’image des nazis massa­crant des gens sans défense. Un livre écrit au plus près de la vérité, sans se perdre dans des consi­dé­ra­tions psycho­lo­giques et incroya­ble­ment effi­cace.

Citations

L’humain

J’ai main­te­nant soixante quatre ans et, de toute ma vie , je n’ai rencon­tré que deux honnêtes hommes. L’un est mort depuis dix ans,l’autre est moine dans un monas­tère fran­çais. Croyez-moi, Leinen, les gens ne sont pas noirs ou blancs… ils sont gris.

Vocation

Il avait toujours voulu être avocat. Il avait été stagiaire dans l’un des plus gros cabi­nets d’affaires. Dans la semaine qui suivit ses examens, il fut convo­qué à quatre entretiens;tous,il les déclina. Leinen ne voulait pas travailler dans ces cabi­nets de huit cents colla­bo­ra­teurs. Les jeunes diplô­més y avaient l’air de banquiers, ils avaient réussi leurs examens haut la main, ache­taient des voitures au-dessus de leurs moyens, et on tenait pour le meilleur d’entre eux celui qui avait facturé le plus d’heures à ses clients au cours de la semaine écou­lée. Les asso­ciés de telles socié­tés en étaient tous à leur second mariage, ils portaient des pull-overs en cache­mire jaune et des panta­lons à carreaux le week-end. Leur univers était consti­tué de chiffres,de postes à des conseils d’administration, d’un contrat de conseils auprès du gouver­ne­ment fédé­ral et d’une suite infi­nie de salles de confé­rence, de lounges d’aéroport, de récep­tions d’hôtel. Pour tous ces gens ‚la plus grande catas­trophe était qu’une affaire atter­rît devant un tribu­nal ; les juges repré­sen­taient un risque. Mais c’était préci­sé­ment ce que voulait Caspar Leinen : passer sa robe et défendre ses mandants. Son heure était enfin venue.

Lu dans le cadre du Club de Lecture de la média­thèque de Dinard

Un roman magique, soutenu par une écri­ture entre poésie et fantai­sie, on se laisse bercer par la déam­bu­la­tion des chats à travers le quar­tier de Mont­martre et on suit la person­na­lité de cette superbe afri­caine Masseïda et du peintre Théo­phile Alexandre Stein­len. Dont tout le monde connaît, au moins, les affiches.

mais peut être, moins ses litho­gra­phies sur le peuple de Paris

Époque terrible, où la pauvreté pouvait conduire à la misère et à la mort. Mais une époque, aussi, où le bouillon­ne­ment de vie permet­tait à toute une faune de vivre surtout à Mont­martre qui est alors une zone entre ville et campagne. Le lecteur recon­naît au passage des figures célèbres et des lieux qui main­te­nant sont telle­ment poli­cés : on ne s’encanaille plus à Mont­martre et on ne cultive plus beau­coup non plus, c’est devenu un haut lieu touris­tique et Masseïda se senti­rait moins seule, les couleurs de peaux se mélangent certai­ne­ment plus qu’à cette époque, et la misère est plus cachée et plus éloi­gnée de la butte. Cet auteur a réussi son pari : faire revivre un lieu et une époque à travers les œuvres des artiste du temps. Une petite décep­tion : les derniers chapitres, le roman ne se termine pas ; mais cela ne m’empêche pas d’être un très beau roman dont le style m’a enchan­tée.

Citations

Joli début

La Butte en ce temps là, parais­sait une montagne. La poésie et la tuber­cu­lose y régnaient à parts égales.

Une soirée, au Lapin Agile

C’est Anatole Deibler, le bour­reau de Paris, que la complainte de Masseïda avait replongé dans les affres du deuil. Lorsque les pupilles du bour­reau balayèrent la salle et accro­chèrent le regard du maque­reau, ce dernier, instinc­ti­ve­ment, se gratta la nuque. Près de l’âtre deux filles outra­geu­se­ment maquillées, atti­fées de rubans et de bijoux en toc, se tenaient par l’épaule, un verre de cidre à la main, et lui adres­saient des œillades de conni­vence.

Le public du lapin agile on reconnaît Apollinaire et Picasso

Un préfet mélo­mane, un poète au coup de buffle, un peintre aux prunelles félines, un anar­chiste violo­neux, un maque­reau pati­bu­laire et deux catins en goguette, tel était le public de choix que Masseïda avait conquis le temps d’une chan­son.

La peinture

Les plus beaux nus sont déses­pé­rés.
Qui déjà, disait ce genre de chose… Forcé­ment un peintre, quelqu’un qui avait souf­fert mille morts devant le cheva­let.
Lui appa­rut alors une figure aux traits disgra­cieux, qui semblait lui adres­ser un sourire gogue­nard, par-delà le temps. Toulouse. Ce vilain nabot de Lautrec. Son meilleur ami. L’artiste qu’il avait le plus admiré et auprès duquel il avait le plus appris. C’était bien Lautrec qui avait dit, avec son accent impayable des bords de la Garonne, le déses­poir qu’il fallait entre­te­nir en soi pour peindre la chair nue. Il savait de quoi il causait, le bougre, lui qui passait des sanglots aux éclats de rire, le temps d’un vermouth :
les plus beaux nus sont déses­pé­rés.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. 

C’est un livre étrange construit autour de courts chapitres ayant pour thème les rela­tions entre deux frères. J-B est le frère cadet de J-F Ponta­lis, jeunes l’aîné avait tout pour lui mais n’a pas fait grand chose de ses talents, son jeune frère s’est mieux débrouillé que lui, il devien­dra célèbre et sera fina­le­ment détesté par son aîné. Les diffé­rents portraits de fratries aimantes ou haineuses m’ont amusée le temps de la lecture, mais je sais que j’oublierai assez vite ce livre. J’ai été très contente de voir une réfé­rence à un roman que j’ai adoré « Le pouvoir du Chien » et qui, il est vrai, décrit très bien les rela­tions entre deux frères unis par la haine et le mépris. J’ai aimé aussi le portrait de Modiano, et il faut souli­gner que cet auteur écrit très bien. Un livre facile et agréable à lire, mais aussi, hélas, à oublier !

Citations

Difficultés de porter un nom célèbre

Pour autant, pas ques­tion de le renier, ce pesant patro­nyme. C’eût été renier mon père dont le nom, lui, ne figure dans aucun diction­naire, seule­ment, à jamais, dans ma mémoire. J’ai eu, tout au long de mon adoles­cence, à résoudre cette contra­dic­tion : être, j’y tenais par-dessus tout, le fils de mon père et n’être à aucun prix le descen­dant de sa famille. Sans doute pour garder toujours vivante en moi, et à moi seul, l’image – non, pas l’image : la présence, de ce père aimé-aimant, mort très jeune, me fallait-il fuir tous les membres d’une famille qui avait commis la faute impar­don­nable de n’être pas lui.

Bonne remarque

Je ressem­blais à ces touristes qui vont de site en site, d’un portail d’église à un château-fort sans quit­ter de leurs yeux leur guide bleu ou vert, cher­chant à véri­fier si ce qui est devant eux corres­pond bien à ce qui est inscrit dans le guide. Ils ne voient rien. Ils refusent de se lais­ser absor­ber, ne fût-ce que quelques instants, par ce qui est là, à portée de leur regard, offert. Ils font plus confiance au guide qu’à eux-mêmes, ils ne savent pas perce­voir.

Quand J-B Pontalis parle d’un de mes roman préféré

L’intensité tragique de ce roman défi tout résumé. Son titre : » pouvoir du chien ». Son auteur, améri­cain, se nomme Thomas Savage. C’est un des romans les plus fort que j’ai lu.

Portrait de Modiano

Il ne peut être que notre ami, qu’un frère très proche, ce grand garçon inquiet, inca­pable de finir une phrase, mécon­tent si, croyant lui venir en aide,on tente de la finir à sa place.

Si bien raconté !(cela se passe en 1942)

Quand je sortais du lycée Henri IV, j’étais parta­gée entre deux senti­ments, plai­sir d’échapper à l’ennui savam­ment distil­lée par la plupart de nos profes­seurs, parti­cu­liè­re­ment celui dont les « fiches » qu’il tenait serrées dans sa main pote­lée comme un prêtre son bréviaire avait de quoi vous dégoû­ter à jamais de la litté­ra­ture ; vague tris­tesse de me sépa­rer de mes cama­rades qui s’empressaient de rentrer chez eux, à l’exception des internes dont les blouses grises me parais­saient avoir déteint sur toute leurs personne. Comme tout alors était gris, à commen­cer par le ciel, comme l’avenir était obscur .

Traduit de l’anglais (Écosse) par Aline Azou­lay-Pacvõn.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. 

Ces deux romans écos­sais se suivent et ont des points communs. Tous les deux retracent le parcours d’enfants martyrs. Ce roman-ci ne le dit pas immé­dia­te­ment, nous suivons d’abord la vie d’Eleanor et nous pouvons alors penser qu’il s’agit d’un roman que l’on dit « fell good », le genre est bien repré­senté chez nos amis britan­niques. Cette jeune femme, sans être autiste possède cette qualité ou ce défaut de dire la vérité telle qu’elle lui appa­raît et aussi­tôt qu’il lui semble impor­tant de la dire, c’est à dire tout de suite et surtout, elle n’a aucun des codes qui faci­litent la vie en société. Évidem­ment, cela ne lui apporte pas que des amis. elle vit seule et est enfer­mée dans des manies de vieilles filles. Voilà qu’elle tombe amou­reuse d’un jeune et beau chan­teur et pour ses beaux yeux (les yeux ont une impor­tance que l’on découvre plus tard) sa vie va bascu­ler elle se fait épiler, achète des vête­ments à la mode, va chez le coif­feur.… Sa mère avec qui elle s’entretient régu­liè­re­ment lui donne de bien curieux conseils et surtout rabaisse sa fille à la moindre occa­sion. Dis comme ça, je n’imagine pas que vous ayez envie de lire ce roman. Mais ce n’est que l’apparence de ce roman. Derrière cette façade qui va se lézar­der bien vite appa­raît une toute autre histoire, triste à sanglo­ter. C’est très bien raconté et hélas crédible. Les indices de l’autre histoire sont distil­lés peu à peu dans le roman et deviennent au trois quart le cœur même du récit. On comprend alors le drame d’Eleanor, on voudrait tant faire partie de ceux qui peuvent la conso­ler ces gens dans le récit existent, elle va peu à peu les rencon­trer. J’ai beau­coup appré­cié que ces personnes posi­tives ne soient pas trop idéa­li­sées, elles aussi ont leurs problèmes et leurs imper­fec­tions. On espère aussi qu’elle appren­dra à se proté­ger de la perver­sité et de la méchan­ceté et qu’enfin, elle saura aller vers des personnes qui ne la détrui­ront plus. Son regard naïf impi­toyable sur les compor­te­ments humains sont souvent très drôles et cela permet d’aller au bout des révé­la­tions qu’Eleanor avait enfouies au plus loin de son incons­cient. Cela fait si mal parfois de se confron­ter à la réalité. J’ai quelques réserves sur ce roman et pour­tant je l’ai lu très vite, à la relec­ture les indices qui four­millent m’ont un peu gênée. J’ai beau­coup hésité en 3 ou 4 coquillages. Fina­le­ment j’en suis restée à 3 car je préfère le précé­dent sur un thème assez semblable. Aifelle est beau­coup plus posi­tive que moi donc à vous de déci­der.

Citations

Méconnaissance des codes sociaux

Au final, mon projet Pizza s’est révé­lée extrê­me­ment déce­vant. L’homme s’est contenté de me coller une grande boîte en carton dans les mains, de prendre mon enve­loppe, et de l’ouvrir sans égard pour moi. Je l’ai entendu marmon­ner dans sa barbe « putain de merde » en comp­tant son contenu. J’avais amassé des pièces de 50 pence dans un petit plat en céra­mique, c’était l’occasion idéale de les utili­ser. J’en avais glissé une de plus pour lui mais n’ai reçu aucun merci. Gros­sier person­nage.

On connait ce genre de rire

Elle a l’art de se faire rire tout seul, mais personne ne s’amuse beau­coup en sa compa­gnie.

C’est bien vrai !

J’ai remar­qué que la plupart des personnes qui portent des tenues de sport dans la vie de tous les jours sont les moins suscep­tibles de prati­quer une acti­vité athlé­tique.

Toute vérité est-elle bonne à dire ?

-Je peux aller vous cher­cher un verre, a hurlé l’homme essayant de couvrir le morceau suivant… 
-Non merci, ai-je dit Je préfère refu­ser, parce que si j’acceptais, il faudrait que je vous offre un verre en retour, et je crains de ne pas avoir envie de passer en votre compa­gnie le temps néces­saire à vider deux verres.

Le travail de graphisme

J’ai cru comprendre que les clients étaient souvent inca­pables d’exprimer leurs besoins et que, au bout du compte, les desi­gners devaient élabo­rer leurs créa­tions à partir des vagues indices qu’ils parve­naient à arti­cu­ler. Après de nombreuses heures de travail effec­tuées par toute une équipe de créa­tifs, le résul­tat était soumis à l’approbation du client, qui décla­rer alors. « Non. C’est exac­te­ment ce que je ne veux pas. »

Le proces­sus tortueux devait se répé­ter plusieurs fois avant que le client ou la cliente finissent par se décla­rer satis­fait du résul­tat. À tous les coups, disait Bob, la créa­tion vali­dée était plus ou moins iden­tique à la première œuvre propo­sée, reje­tée d’emblée par le client.

J’ai ri !

Sans doute pour libé­rer des places de parking le créma­to­rium et à un endroit très fréquenté. Je n’étais pas sûre d’avoir envie d’être inci­né­rée. Je préfé­rais l’idée de servir de nour­ri­ture aux animaux du zoo, ce serait à la fois proen­vi­ron­ne­men­tale et une belle surprise pour les grands carni­vores. Je ne savais pas si on pouvait faire cette demande. Je me suis promis d’écrire au WWF pour me rensei­gner.

Je sais que je dois cette lecture à la blogo­sphère en parti­cu­lier à Jérôme mais à d’autres aussi. J’ai d’abord dégusté et beau­coup souri à la lecture de ce petit livre et puis je me suis sentie si triste devant tant de destruc­tions, à la fois humaines et écolo­giques. Le regard de cet auteur est impla­cable, il sait nous faire parta­ger ses révoltes. Comme lui, j’ai été indi­gnée par le compor­te­ment de Philippe Boulet qui refuse de donner un simple coup de fil pour sauver de pauvres Malgaches partis en pirogues. Un de ses adjoint finira par l’y contraindre , mais trop tard si bien que seuls 2 sur 8 de ces malheu­reux ont été sauvés et vous savez quoi ?

En tant que chef de mission, Philippe Boulet a été décoré d’une belle médaille par le gouver­ne­ment malgache pour son rôle émérite dans le sauve­tage des pêcheurs. un article de presse en atteste. Il sourit sur la photo.

La vision de la Chine est parti­cu­liè­re­ment grati­née, entre les ambiances de façades et la réalité il y a comme un hiatus. Comme souvent dans les pays à fort contrastes « le gringo » ou le«blanc » est consi­déré comme un porte monnaie ambu­lant. L’auteur se moque autant de ses propres compor­te­ments que ceux des touristes qui veulent abso­lu­ment voir de « l’authentique ». Mais souvent la charge est lourde et quelque peu cari­ca­tu­rale. C’est peut être mon âme bretonne qui m’a fait être agacée aux portraits de bretons alcoo­liques. Ceci dit, pour voya­ger comme il le fait, il vaut mieux résis­ter à l’alcool car on est souvent obligé de parta­ger le verre de l’amitié qui est rare­ment un verre de jus de fruit quand on veut abso­lu­ment vivre avec et comme les autoch­tones.

Enfin, le pire c’est le trai­te­ment de la nature par l’homme, c’est vrai­ment angois­sant de voir les destruc­tions s’accumuler sous le regard des gens qui se baladent de lieux en lieux sans réali­ser que, par leur simple présence, (dont celle de l’auteur !) ils contri­buent à détruire ce qu’ils trouvent, si « jolis », si « authen­tiques », si « typiques ».…

Citations

Humour

J’ai passé des jour­nées à marcher dans les rues, foui­ner chez les disquaires de Soho, contem­pler l’agitation de Notting Hill ou des puces de Camden. Tout cela était très inté­res­sant, je rencon­trais d’autres possibles, mais ça ne m’aidait pas réel­le­ment à savoir qui j’étais. Le déclic eut lieu une nuit que j’étais à me morfondre dans quelque pub anglais au cœur de Londres. Accoudé sur un comp­toir, je noir­cis­sais des page de cahier à spirale, dans une navrantes tenta­tive posta­do­les­cente de deve­nir Arthur Morri­son. Je zonais depuis une semaine, le groupe du pub repre­nait Walk Of Life et j’en étais à écrire des sonnets sous Kronen­bourg quand quelqu’un a renversé son verre de Guin­ness sur mes vers de détresse. Une vision, fémi­nine, cheve­lure fatal et hormones au vent. Note pour les jeunes poètes maudits : écrire la nuit dans les bars, pour pathé­tique que ce soit, peut atti­rer la gour­gan­dine. C’était une vieille, elle avait au moins 25 ans. Elle portait une robe noire sophis­ti­quée et des talons arro­gants ; elle travaillait dans la mode. Ses yeux brillaient d’une assu­rance alcoo­li­sée. Volu­bile et pleins d’histoires.

Très drôle

Il existe, à l’est de Leeds, loca­lité dont peu de gens soup­çonne l’existence. Un port où le soleil n’est qu’un concept loin­tain, une cité prolé­taire ou Marga­ret That­cher est Satan et Tony Blair, Judas. Une riante bour­gade rava­gée par la crise post­in­dus­trielle, où l’on repère les étran­gers à leur absence de tatouages et de cirrhose. Liver­pool sans groupe de rock mythique, Manches­ter sans le foot. Hull est un sujet de moque­rie pour le reste de l’Angleterre. Sa page Wiki­pé­dia se résume à 5 lignes, c’est que pour une ville de 250000 habi­tants.
PS : Véri­fi­ca­tion Hull a plus que 5 lignes sur Wiki­pe­dia

Cette envie de recopier le livre !

Toutes ses écono­mies dila­pi­dées dans un voyage à pile ou face, des mafias engrais­sées, le cache cache avec la police de deux conti­nents, la peur et le froid. Tout cela pour deve­nir esclave à Hull, qui concourt au titre de la ville la plus pour­rie d’Europe. Khalid n’exprimait aucun regret : « Il vaut mieux être ouvrier à Hul que mort à Kaboul. » Une évidence contre laquelle aucune loi ne peut lutter.
… Dix kilo­mètres jusqu’à la maison. Des cités déca­ties où descen­daient les rouquins à capuche, un immense super­mar­ché Tesco, qui était une des raisons pour lesquelles Azad, Moha­med et Khalid, victimes de la géogra­phie poli­tique avez tenté la vie en Europe. Je travaille à l’usine pour pouvoir voya­ger. Ils avaient beau­coup, beau­coup voyagé pour venir travailler à l’usine.

Bombay

J’ai entendu quelques histoires de jeunes Anglais venus faire de l’humanitaire en Inde en sortant de chez leurs parents, et repar­tant au bout de trois jours, trau­ma­ti­sés par la réalité de la misères. Impos­sible de faire abstrac­tion, dans cette ville où il faut prendre garde à ne pas marcher sur les nouveaux nés qui dorment sur le goudron.

Portrait de surfeurs

Tous ces garçons vivent entre eux dans une colo­nie de vacances perpé­tuelle, voya­geant d’un spot à l’autre autour du monde, mangeant des corn flakes et des sand­wichs à la mayon­naise dans des maisons de loca­tion, torse nu, pendant que le coach les dorlote. Le soir, ils boivent des bières autour d’un barbe­cue. Chaque année, à date fixe, il retrouve Hawaï, la Gold Coast austra­lienne, le Brésil, l’Afrique du Sud ou Laca­nau, sans avoir le temps de connaître les endroits qu’ils traversent. Ils ne se préoc­cupent pas de descendre sous la surface, leur fonc­tion est de rester à flot. Ils gagnent très bien leur vie, ce sont des stars. Leurs perfor­mances spor­tives leur permettent de postu­ler au Statut de surhomme. Musclés et bron­zés, ça va sans dire. Pas très grands, pour des histoires de centre de gravité. Leurs copines sont des splen­deurs, rayon­nantes de santé et de jeunesse, tout cela est très logique. On pour­rait moquer la spiri­tua­lité de paco­tille qui entoure le monde du surf, bric-à-brac de panthéisme cool où l’homme fusionne avec la nature dans l’action, mais ce n’est pas néces­saire. Ces types consacrent leur vie à la beauté du geste, dans un dépas­se­ment de soi photo­gé­nique. Ils tracent des sillons parfaits, en équi­libre constant entre la perfec­tion et la mort. Ce n’est pas rien.

La Chine

À Chong­qing, je je trouve ce que j’aime dans lex tiers-monde. Le chaos orga­nisé, la vie dans la rue, les gens qui vendent n’importe quoi à même le sol, les cireurs de chaus­sures,( l’un deux a voulu s’occuper de mes tongs), les vieux porteurs voûtés qui char­rient le double de leur poids, les bars qui appar­tiennent à la mafia et les chiens qui n’appartiennent à personne.

À Pékin, on a posé une Chine en plas­tique sur la Chine. Et ça fonc­tionne très bien. Ils ont réussi à cacher les pauvres et les cras­seux. À Chong­qing, il n’y a pas de jeux olym­piques. Les pauvres et les cras­seux côtoient les costards cravates. Des ouvriers cassent les vieux immeubles à la masse, torse et pieds nus, à 15 mètres du sol. Les normes de sécu­rité ne sont pas opti­males. Mais un centre commer­cial doit ouvrir dans 20 minutes à cet empla­ce­ment , alors il faut faire le boulot.

Portrait féroce et réducteur de l’autre.…

Elle est prof. De maths. Alle­mande. Un sacré boute-en-train. Elle passe son temps à détailler de A à Z, tous les points de désac­cord avec la culture chinoise. Je ne compren­drai jamais les gens qui, sortant de chez eux, ne supportent pas qu’on ne se comporte pas comme chez eux. De son côté, elle ne comprend pas que les Fran­çaises s’épilent les jambes régu­liè­re­ment. C’est pour l’instant, le plus gros choc cultu­rel de mon séjour.

Andreï Makine est un auteur que j’apprécie et depuis long­temps. Je retrouve ici les thèmes qui l’obsèdent : les souf­frances causées par le tota­li­ta­risme sovié­tique. Mais au-delà de cette folle idéo­lo­gie meur­trière, il cerne ici plus préci­sé­ment ce qui dans le compor­te­ment de chaque être humain , conduit à accep­ter l’inacceptable. Mais, juste­ment, c’est un peu cela qui m’a fait moins adhé­rer à ce roman, je le trouve trop didac­tique, à force de vouloir nous prou­ver quelque chose, les effets deviennent atten­dus et le récit perd en inten­sité.

La traque d’un évadé d’un camp de personnes dépla­cées permet de cerner cinq person­na­li­tés qui ont toutes, de façons diffé­rentes sauvé leur peau face aux purges stali­niennes en étant à des degrés divers de véri­tables ordures. L’un était commis­saire poli­tique pendant la deuxième guerre mondiale, il a fusillé un grand nombre d’officiers qui n’avaient rien fait, l’autre a parti­cipé à des liqui­da­tions de villages en Letto­nie, tuant femmes et enfants, le moins « coupable » a vu sa femme et son enfant mourir de façon atroce durant le siège de Lenin­grad. Tous les cinq se tiennent par la peur d’être cata­lo­gué suspect par le commis­saire poli­tique. Une expé­rience tragique qui résume à elle seule la vie en 1952 en URSS. Lâcheté, bravoure, dénon­cia­tion, survie sont les balises qui tracent un chemin pour survivre et personne n’en sort indemne. La traque elle même nous fait décou­vrir la taïga et se termine dans une région aussi magique qu’effrayante le golfe de Tougour. Mais ce récit qui voit dispa­raître un à un les chas­seurs au profit du fugi­tif perd d’intensité au fur et à mesure que les mêmes effets se répètent. La fin qui suppose une vie heureuse de deux êtres dans l’île de Bélit­chy est peu crédible .

Citations

Une constante du comportement humain

J’étais fier de ne pas m’être abaissé à le dénon­cer. Pour­tant, je savais qu’il ne me pardon­ne­rait pas ce geste d’humanité. Une constante psycho­lo­gique dont j’étais curieux de véri­fier la fata­lité.

La femme aimée

L’infirmière, je l’ai épou­sée… Après la guerre, elle a pris sa revanche sur la faim, a grossi, est deve­nue même une belle femme, une femme d’officier, quoi, auto­ri­taire, grin­cheuse, un peu capo­ral en jupon. Et l’autre, celle que je voyais en mourant n’existait plus… Les popes racontent comme quoi l’homme est puni pour ses péchés, bref, l’enfer et le feu éter­nel. Mais le vrai châti­ment, ce n’est pas ça… C’est quand une femme qu’on a aimé dispa­raît… Comment dire ? Oui, elle dispa­raît dans celle qui conti­nue à vivre avec vous…

Difficile d’être du bon côté en URSS sous Staline

En 1937, le jour du 20e anni­ver­saire de la Révo­lu­tion, le chan­tier du barrage fut relancé. Peu après, le nouveau chef de travaux allait être arrêté pour fait de sabo­tage anti­so­vié­tique. J’étais déjà capable de tirer ce bilan, si un mari jaloux n’avait pas tué mes parents, on les aurait empri­son­nés parmi ces milliers de respon­sable accu­sés de gaspillage, de sabo­tage, d’espionnage… Alors, reje­ton e ces traître à la Patrie j’aurais croupi dans une colo­nie de réédu­ca­tion.

Les bourreaux après leurs crimes

Pendant la guerre, Lous­kass luttait contre les éléments « défai­tistes » et les « éléments idéo­lo­gi­que­ment hostiles », comme on disait à l’époque. De bons offi­ciers souvent. Il en a fusillé des centaines !.Il dési­gnait vite fait un ennemi et, hop, le pelo­ton d’exécution !Sans autre forme de procès. J’en ai croisé des types qui faisait le même sale boulot que lui. Certains, Et ce devait être le cas de Lous­kass, préfé­raient tuer avec leur pisto­let de service. Ques­tion de goût. Une balle dans la nuque et le dossier est clos. Sauf que, tu vois,même s’il tirait dans la nuque, il ne pouvait pas ne pas voir, avant l’exécution, les yeux de tous ses soldats… Et main­te­nant dans son sommeil ses regards reviennent. Il tire, les nuque éclatent mais les yeux le vrillent . Et il hurle. Jusqu’à sa mort, ces yeux le pour­sui­vront.

Sans doute le sens du livre

Durant cette veille, mes pensées luttaient contre l’insoluble simpli­cité de nos vies. Il y avait cette femme dans la nuit soli­taire et, à si peu de distance d’elle, nous – ces hommes qui, quelques heures aupa­ra­vant, était prêt à la tortu­rer dans une saillie de bête… Les philo­sophes préten­daient que l’homme était corrom­pue par la société et les mauvais gouver­nants. Sauf que le régime le plus noir pouvait, au pire, nous ordon­ner de tuer cette fugi­tive mais non pas de lui infli­ger ce supplice de viols. Non, ce violeur logeait en nous, tel un virus, et aucune société idéale n’aurait pu nous guérir.