U9782330051228Traduit du chinois par Angel PINO et Shao BAOQING.
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

4Très joli roman qui permet un voyage dans la Chine d’aujourd’hui et d’autrefois et dans l’âme d’une femme d’une belle et riche person­na­lité. Mingli, 40 ans, n’a plus de nouvelles de sa fille Rongrong, et elle sait, elle le ressent au plus profond d’elle même que ce n’est pas normal. C’est une femme conscien­cieuse cher­cheuse dans un labo­ra­toire médi­cal, appré­ciée de tous. Elle n’a pas l’habitude d’imposer sa volonté, mais pour­tant rien ne la fera recu­ler, elle doit savoir ce qui est arrivé à Ronrong. Elle le doit au nom de ses enga­ge­ments du passé : son amitié avec la mère de Rongrong qui a sombré dans la démence.

Elle va donc être confron­tée à la Chine « communo-capi­ta­liste », et refait un parcours sur ce qui a été sa vie. « Les Senti­nelles des blés », c’est un hybride de blé , décou­vert par son père un grand savant dont la mort est tout un symbole : il était parti cher­cher des livres impor­tants pour lui, à son retour il est tombé dans les égouts dont un voleur avait, entre temps, volé la plaque qui les obtu­rait.. Les souve­nirs des Senti­nelles des blés reviennent dans le roman, comme des moments de pureté dans un pays où la corrup­tion atteint à peu près toutes les couches de la société. Même son mari qui l’aime bien, et qui ne pensait pas qu’elle puisse avoir une volonté autre que la sienne touche des petits pots de vin en utili­sant les quali­tés de cher­cheuse de sa femme.

Un beau voyage , d’une rare émotion.

Citations

Une femme qui ne sait pas s’imposer

Or Yu Shijie refuse de m’entendre. Il voudrait que je sois une femme ouverte. Certes, mais ne le suis – je pas déjà ? Petit à petit, entre nous deux, un pli a été pris, qui fait que, depuis des années, chaque fois que je m’exprime ou que j’agis selon mes senti­ments, il s’empare du problème et le dissèque en deux temps trois mouve­ments, comme un boucher qui mani­pule une carcasse de porc. L’animal est suspendu à un croc, et la moindre partie de son corps s’offre à la vue:la viande, les os, les tripes, tout est clair et net. Mais moi , je ne ressens plus rien, j’en oublie même ce que j’avais voulu dire au départ.

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4Merci Krol, je suis à la recherche de textes courts pour mes lectures à haute voix au Foyer Loge­ment de Dinard. Je ne lisais pas beau­coup de nouvelles, je m’y inté­resse de plus en plus et grâce aux blogs je fais de très bonnes rencontres. Ces quatre nouvelles sont, à l’image de leur auteur, Patrice Fran­ces­chi, très fortes ancrées dans les drames et les choix les plus cruels que la vie peut nous conduire à faire. J’ai une très nette préfé­rence pour la première nouvelle, mon goût pour la mer et récem­ment pour la navi­ga­tion, me permet de vivre avec angoisse et fasci­na­tion les récits de tempête. Et celle que doit affron­ter Flaherty, en décembre 1884, est un pur moment d’horreur et d’effroi.

Lire ces pages bien calée dans un fauteuil arrive quand même à donner un senti­ment d’insécurité tant les mots sonnent justes et que les images sont fortes. Ensuite, il y a le thème qui est le même dans les quatre récits : des circons­tances excep­tion­nelles amènent à faire des choix que rien n’y personne ne peut faire à votre place et qui vous marque­ront à jamais. Après le capi­taine de « la Provi­dence », on retrouve un sous-lieu­te­nant qui ne veut pas s’avouer vaincu et qui seul résis­tera à l’avancée alle­mande en mai 1940, puis un autre marin, Wells, qui ne veut pas voir des réfu­giés sur un bateau de fortune mourir en pleine mer sous les yeux d’un équi­page indif­fé­rent et enfin, Pierre-Joseph qui rencontre Made­leine en 1943, sur un quai d’une gare pari­sienne avant de monter dans un train avec leurs enfants pour être dépor­tés vers la mort déci­dée par des Nazis qui jouent de façon sadique une dernière fois avec leurs victimes.

Oui, tous ces choix sont terribles et inter­pellent le lecteur. Ils vont bien à la carrure d’aventurier De Patrice Fran­ce­shi qui les raconte très bien. Mais, il se passe quelque chose dans les nouvelles, c’est que, malgré soi, on compare les récits : je me suis tota­le­ment embar­quée avec Flaherty, et beau­coup moins dans les deux dernières nouvelles qui sont pour­tant parfai­te­ment racon­tées. Une seule expli­ca­tion : je m’attendais à leur contenu. Et j’ai déjà lu ces récits dans d’autres romans, ce n’est pas une critique suffi­sante, les exilés qui meurent sur les mers dans l’indifférence la plus totale, comme la cruauté des Nazis peuvent être mille fois trai­tés. Mais le raccourci de la nouvelle fait que le lecteur est plus exigeant, il exige quelque chose en plus que le récit des bassesses humaines qu’il a si souvent lues. Je l’ai trouvé dans « le fanal arrière qui s’éteint » et aussi dans « carre­four 54 » qui d’ailleurs traite d’un moment moins connu de notre histoire : comment ont réagi sur le terrain les soldats fran­çais en 1940 qui ne voulaient pas accep­ter la déroute de l’armée mais moins dans les deux autres.

Citations

L’entente du second et du capitaine

L’estime réci­proque que se portaient Mack­ney et Flaherty était l’une des légendes de la « Provi­dence ». Les deux hommes avaient affronté ensemble d’innombrables coups durs sur tous les océans et ne s’en étaient sortis que par leurs savoirs mutuels ; cepen­dant, ils n’auraient su donner un nom aux liens que ces épreuves avaient tissés entre eux et on ne se souve­nait pas que Flaherty ait jamais adressé le moindre compli­ment à Mack­ney, ni que celui-ci ait féli­cité un jour son capi­taine pour quoi que ce sot. En vérité, cela ne se faisait pas entre gens de cette sorte ; de toute façon, comme le disait Klavensko, ces deux là n’avaient pas besoin de mots pour se dire ce qu’ils pensaient.

Le début de l’angoisse

Ils se sentirent enva­his soudain par une inquié­tude sourde et entê­tante qu’ils n’avaient encore jamais connue ; c’était comme une bête malsaine qui venait de prendre nais­sance quelque part dans leurs corps et enflait mainte­nant tout douce­ment, se nour­ris­sant de ce qu’il y avait de meilleur en eux.

Le poids des responsabilités

Flaherty recon­nut dans ses yeux cette drôle d’espérance qui persiste dans l’adversité tant qu’il existe un ultime recours. Et voilà, songea-t-il avec une morne pensée ; en vérité, les capi­taines ne servent à rien en temps ordi­naires … Mais quand plus rien ne va… Alors, bien sûr… Tout sur leurs épaules… Et pour eux, pas de recours… Personne au-dessus… Ah, je suis peut-être trop préten­tieux.

L’ouragan

Dix heures ne s’étaient pas écou­lées que, le 24 décembre au petit matin – dans l’aube infi­ni­ment triste qui se levait sur l’océan déchaîné – , le vent, tout en restant plein sud se mit à forcir comme on ne pensait pas que ce fût possible. Il hurlait avec une telle hargne qu’il devint presque impos­sible de s’entendre à moins de deux mètres ; l’aiguille de l’anémomètre se bloqua au-delà de 11 Beau­fort. Cette fois, l’ouragan était-là -et il écrasa litté­ra­le­ment la houle et les vagues (…) Le vent était si assour­dis­sant qu’il n’entendait rien que son siffle­ment aigu – et tous les autres sons étaient anni­hilé : il y avait de quoi terro­ri­ser les plus témé­raires. Il eut la prémo­ni­tion que la mer venait de s’emparer de toute sa personne, avec tout le mal qu’elle conte­nait et tout ce que cette « faiseuse de veuves » pouvait appor­ter de malheur- et il eut peur pour la première fois de sa vie.

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Depuis La Frac­tale des Ravio­lis, je sais que je lirai ce roman soute­nue dans cette volonté par JérômeNoukette et Keisha. Il était dans mes bagages depuis long­temps, et je suis ravie de l’avoir lu et relu puisque j’avais du temps. Je fais partie du club des lecteurs qui adorent les histoires, Pierre Raufast me permet de retrou­ver mes plai­sirs d’enfance , du temps où des adultes me racon­taient « Le Livre de la Jungle » ou « Les lettres de mon Moulin » . Je peux comprendre que l’on n’adhère pas à cet auteur car il semble si peu sérieux aujourd’hui de lire des histoires inven­tées qui s’enchaînent avec une logique impla­cable. L’imaginaire n’est pas à la mode sauf pour les enfants, ou en bandes dessi­nées. Je pense qu’un jour un dessi­na­teur s’emparera de cet univers si parti­cu­lier. En atten­dant, pour toutes celles et tous ceux qui veulent rêver, sourire et se lais­ser empor­ter par des fictions si bien construites qu’on est prêt à croire sur parole cet auteur qui expliquent avec le plus grand sérieux des histoires nous emportent loin, bien loin de tous nos soucis du quoti­dien , lisez cette « Variante Chilienne ».

J’ai adoré le moment où les deux compères quelque peu éméchés ont essayé divers tech­niques pour éteindre les vers luisants, je vous dirais bien comment c’est possible mais vous perdriez tout le sel de cette histoire. Je vous mets quand même sur la piste : claquer des mains ne suffit pas ! On ne peut pas racon­ter ce livre, car l’art d’un conteur est subtile et vient autant de l’histoire elle-même que de la façon de la racon­ter. Mais quand même, sachez pour les esprits sérieux, que vous appren­drez comment cueillir des noix grâce aux héli­co­ptères, le pour­quoi du ratage du prix Nobel de litté­ra­ture pour Jorge luis Borges, vous vivrez dans un village où il a plu pendant 10 ans sans discon­ti­nuer : entre réalité et fiction, mensonge et vérité, Pierre Raufast signe un second roman qui m’a sans doute encore plus ravi que le premier parce que fina­le­ment je trouve qu’il aide à vivre quand on a l’âme en peine (la preuve : je lui mettrai bien 6 coquillages !).

Citations

Humour (irrésistible pour moi !)

Diffi­cile à croire, mais cet endroit avait été le bordel de campagne des paysans du coin avant la guerre. Il fut maquillé sous l’Occupation afin d’éviter que les soldats alle­mands ne souillent le patri­moine natio­nal.

Je connais des gens comme-ça, mais ils le disent moins bien

L’été je mets ma peau en jachère, je la laisse se repo­ser. Au bout d’une semaine, ma barbe a poussé. Alors, je suis content. Au bout d’un mois, de grosses boucles blanches se forment. Là je suis tout à fait heureux. Mes talents de philo­sophe décuplent. Je suis le Samson de la barbe blanche. À la rentrée des classes, je me rase. Je rede­viens le profes­seur fati­gué qui tourne la meule du savoir.

Les énumérations que j’adore

Avec passion, il décou­vrit la science du mélange des terres, argile, marne et silice : le malaxage, le pour­ris­sage, l’estampage, le mode­lage, le cali­brage, le montage, le tour­nage, le tour­nas­sage, le moulage, le coulage, l’ansage, le séchage et la cuis­son, qu’il appe­lait par défor­ma­tion « le cuis­sage ».

J’adore cette phrase

Les « si » sont des carre­fours invi­sibles dont l’importance se mani­feste trop tard.

La perte des histoires non-racontées

Quel gâchis ! Un cime­tière, c’est comme une biblio­thèque remplie de vieux livres dont on aurait perdu la clef.

Traduit de l’allemand par Pierre MALHERBET

Une bonne pioche chez Domi­nique.

4Je pense que c’est l’aspect docu­men­taire qui a forcé ma réti­cence à lire des romans poli­ciers. J’ai souvent du mal avec le suspens, j’avoue que je commence souvent les romans par la fin, pour ne pas attendre un dénoue­ment et me consa­crer unique­ment à l’écriture. Ici, ce n’est pas la peine puisque la scène de meurtre commence le roman. Il reste le mobile et les raisons pour lesquelles le meur­trier ou l’assassin ‚nuance juri­dique impor­tante pour le coupable , a tué de façon aussi brutale Hans Meyer , respec­table indus­triel.

C’est l’intérêt du roman et de façon très précise et très bien docu­menté , le lecteur comprend à la fois le système judi­ciaire alle­mand et sa diffi­culté à juger son passé nazi. Sans aucun pathos , on est saisi d’effroi par les malheurs de Fabri­zio Collini. Il était bien évident qu’il ne pouvait s’agir d’un crime gratuit mais on prend conscience qu’un appa­reil judi­ciaire injuste peut pous­ser un homme à la vengeance.

J’ai été très sensible égale­ment aux deux vies de la victime : le comman­dant SS Hans Meyer et le gentil grand père qui faisait le bonheur de ses petits enfants. Je me souviens de l’interrogation des membres de ma famille qui avait connu la guerre, face aux touristes alle­mands du même âge qu’eux : comment faisaient-ils pour reve­nir en France ?

Et jamais, je n’ai reconnu dans la gentillesse alle­mande des touristes comme des familles de nos corres­pon­dants l’image des nazis massa­crant des gens sans défense. Un livre écrit au plus près de la vérité, sans se perdre dans des consi­dé­ra­tions psycho­lo­giques et incroya­ble­ment effi­cace.

Citations

L’humain

J’ai main­te­nant soixante quatre ans et, de toute ma vie , je n’ai rencon­tré que deux honnêtes hommes. L’un est mort depuis dix ans,l’autre est moine dans un monas­tère fran­çais. Croyez-moi, Leinen, les gens ne sont pas noirs ou blancs… ils sont gris.

Vocation

Il avait toujours voulu être avocat. Il avait été stagiaire dans l’un des plus gros cabi­nets d’affaires. Dans la semaine qui suivit ses examens, il fut convo­qué à quatre entretiens;tous,il les déclina. Leinen ne voulait pas travailler dans ces cabi­nets de huit cents colla­bo­ra­teurs. Les jeunes diplô­més y avaient l’air de banquiers, ils avaient réussi leurs examens haut la main, ache­taient des voitures au-dessus de leurs moyens, et on tenait pour le meilleur d’entre eux celui qui avait facturé le plus d’heures à ses clients au cours de la semaine écou­lée. Les asso­ciés de telles socié­tés en étaient tous à leur second mariage, ils portaient des pull-overs en cache­mire jaune et des panta­lons à carreaux le week-end. Leur univers était consti­tué de chiffres,de postes à des conseils d’administration, d’un contrat de conseils auprès du gouver­ne­ment fédé­ral et d’une suite infi­nie de salles de confé­rence, de lounges d’aéroport, de récep­tions d’hôtel. Pour tous ces gens ‚la plus grande catas­trophe était qu’une affaire atter­rît devant un tribu­nal ; les juges repré­sen­taient un risque. Mais c’était préci­sé­ment ce que voulait Caspar Leinen : passer sa robe et défendre ses mandants. Son heure était enfin venue.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Prix Renau­dot 2017 . Féli­ci­ta­tions !


Quel livre ! La biblio­thé­caire nous avait prévenu, ce roman est inté­res­sant à plus d’un titre, ce n’est pas seule­ment un livre de plus sur l’horreur d’Auschwitz. Olivier Guez commence son récit lorsque Josef Mengele débarque en Argen­tine sous le nom d’Helmut Gregor, après avoir passé trois ans à se cacher dans une ferme en Bavière non loin de Günz­burg sa ville natale où son père occupe des fonc­tions très impor­tantes à la fois, indus­triel pros­père, et maire de sa ville. Toute sa vie de fuyard, Mengele sera soutenu finan­ciè­re­ment par sa famille. Deux périodes très distinctes partagent sa vie d’après Ausch­witz, d’abord une vie d’exilé très confor­table en Argen­tine. Sous le régime des Peron, les anciens digni­taires Nazis sont les bien­ve­nus et il devient un indus­triel reconnu et vend aussi les machines agri­coles « Mengele » que sa famille produit à Günz­burg.

Tout le monde tire profit de la situa­tion, l’industrie alle­mande prend pied en Amérique latine et Josef s’enrichit. Son père lui fait épou­ser la veuve de son frère pour que l’argent ne sorte pas de la famille. Et la petite famille vit une période très heureuse dans un domaine agréable, ils parti­cipent à la vie des Argen­tins et se sentent à l’abri de quel­conques repré­sailles.

Tout s’effondre en 1960, quand le Mossad s’empare d’Eichmann et le juge à Jéru­sa­lem. Mengele ne connaî­tra plus alors de repos, toujours en fuite, de plus en plus seul et traqué par les justices du monde entier. Mais jusqu’en février 1979, date de sa mort, sa famille alle­mande lui a envoyé de l’argent. On aurait donc pu le retrou­ver, pour infor­ma­tion l’entreprise fami­liale Mengele n’a disparu qu’en 1991 et le nom de la marque en 2011.

La person­na­lité de ce méde­cin tortion­naire tel que Olivier Guez l’imagine, est assez crédible, jusqu’à la fin de sa vie, il se consi­dé­rera comme un grand savant incom­pris et il devien­dra au fil des années d’exil un homme insup­por­table rejeté de tous ceux qui se faisaient gras­se­ment payer pour le cacher. La plon­gée dans cette person­na­lité est suppor­table car Mengele n’a plus aucun pouvoir et même si on aurait aimé qu’il soit jugé on peut se réjouir qu’il ait fini seul et sans aucun récon­fort. Ce qui n’est pas le cas de beau­coup d’industriels alle­mands qui ont établi leur fortune sous le régime Nazi. L’aspect le plus éton­nant de ce roman, c’est la complai­sance de l’Argentine de l’Uruguay vis à vis des Nazis. Cette commu­nauté de fuyards Nazis a d’abord eu pignon sur rue et a contri­bué au déve­lop­pe­ment écono­mique de ces pays, puis ces hommes ont peu peu à peu perdu de leur superbe et se sont avérés de bien piètres entre­pre­neurs.

Citations

L’Allemagne nazie

Tout le monde a profité du système, jusqu’aux destruc­tions des dernières années de guerre. Personne ne protes­tait quand les Juifs agenouillés nettoyaient m les trot­toirs et personne n’a rien dit quand ils ont disparu du jour au lende­main. Si la planète ne s’était pas liguée contre l’Allemagne, le nazisme serait toujours au pouvoir.

L’Allemagne d’après guerre

À la nostal­gie nazi les Alle­mands préfèrent les vacances en Italie. Le même oppor­tu­nisme qui les a inci­tés à servir le Reich les pousse à embras­ser la démo­cra­tie, les Alle­mands ont l’échine souple et aux élec­tions de 1953, le Parti impé­rial est balayé.

Les industriels allemands

À Ausch­witz, les cartels alle­mand s’en sont mis plein les poches en exploi­tant la main d’oeuvre servile à leur dispo­si­tion jusqu’à l’épuisement. Ausch­witz, une entre­prise fruc­tueuse : avant son arri­vée au camp, les dépor­tés produi­sait déjà du caou­tchouc synthé­tique pour IG Farben et les armes pour Krupp. L’usine de feutre Alex Zink ache­tait des cheveux de femmes par sacs entiers à la Komman­dan­tur et en faisait des chaus­settes pour les équi­pages de sous-marins ou des tuyaux pour les chemins de fer. Les labo­ra­toire Scher­ring rému­né­raient un de ses confrères pour qu’il procède à des expé­ri­men­ta­tions sur la fécon­da­tion in vitro et Bayer testait de nouveaux médi­ca­ments contre le typhus sur les déte­nus du camp. Vingt ans plus tard, bougonne Mengele, les diri­geants de ces entre­prises ont retourné leur veste. Ils fument le cigare entou­rés de leur famille en siro­tant de bon vin dans leur villa de Munich ou de Franc­fort pendant que lui patauge dans la bouse de vache ! Traites ! Plan­qués ! Pour­ri­tures ! En travaillant main dans la main à Ausch­witz, indus­tries, banques et orga­nismes gouver­ne­men­taux en ont tiré des profits exor­bi­tant, lui qui ne s’est pas enri­chis d’un pfen­nig doit payer seul l’addition.

Description de Mengele à Auschwit par son adjoint

Mengele est infa­ti­gable dans l’exercice de ses fonc­tions. Il passe des heures entières plongé dans le travail, debout une demi-jour­née devant la rampe juive ou arrive déjà quatre ou cinq trains par jour char­gés de dépor­tés de Hongrie. Son bras s’élance inva­ria­ble­ment dans la même direc­tion, à gauche. Des trains entiers sont envoyés au chambre à gaz et au bûcher. Il consi­dère l’expédition de centaines de milliers de Juifs à la chambre à gaz comme un devoir patrio­tique. Dans la baraque d’expérimentation du camp tsigane on effec­tue sur les nains et les jumeaux tous les examens médi­caux que le corps humain est capable de suppor­ter. Des prises de sang, des ponc­tions lombaires, des échanges de sang entre jumeaux d’innombrables examens fati­gants dépri­mants, in-vivo. Pour l’étude compa­ra­tive des organes, les jumeaux doivent mourir en même temps. Aussi meurent-ils dans des baraques du camp d’Auschwitz dans le quar­tier B, par la main du docteur Mengele.

Traduit de l’anglais par Jean Esch.


J’avais appré­cié avec quelques réserves « Minia­tu­riste  », je n’ai donc pas hésité à me plon­ger dans son nouveau roman. Cette auteure sait capti­ver son lecto­rat. Et je m’en voudrais de vous dévoi­ler tous les ressorts de l’intrigue. Tout tourne autour d’un tableau qui a été peint en Espagne au début de la guerre civile. L’intrigue roma­nesque se passe en deux lieux et en deux temps. En Grande-Bretagne en 1957, dans la gale­rie d’art Skel­ton diri­gée par un certain Edmund Reed et une Femme Marjo­rie Quick, notre appren­tie écri­vaine Odelle Bastien vient se présen­ter pour un poste de dactylo. Elle est origi­naire des Caraïbes et dans l’Angleterre de ces années-là, on sent très bien le rejet des « gens de couleurs ».

L’autre moment se passe en Espagne à côté de Malaga, une famille germano-britan­nique vit là pour aider Sarah Schloss, épouse d’Harold négo­cia­teur d’œuvres d’art, à sortir de sa dépres­sion. Leur fille Olive peint mais en cachette de son père qui, elle en est certaine, n’apprécierait pas les tableaux d’une femme et encore moins de sa fille. La famille est aidée par Izaac et Teresa Robles, deux jeunes espa­gnols origi­naires du village. On assiste au début des violences qui amène­ront la guerre civile espa­gnole et à une passion à la fois pour la pein­ture et l’amour char­nel. La jeune Olive est une grande artiste qui aime­rait tant que son père ne la regarde plus comme une jeune fille dilet­tante de la bonne société. La guerre en Espagne puis le sort des juifs vont complè­te­ment battre les cartes de façon telle que personne ne puisse s’y retrou­ver. En 1957, le jeune Lawrie Scott vient dans la gale­rie où travaille Odelle faire évaluer le tableau qui a de tout temps accom­pa­gné sa mère : « les filles au Lion » , Odelle qui commen­çait à s’adapter à la vie londo­nienne, ne s’attendait pas à la violence de la réac­tion de sa patronne Marjo­rie Quick. Il faudra les 500 pages du roman pour que tous les fils se dénouent.

Jessie Burton est vrai­ment maître des intrigues et nous les suivons avec inté­rêt car elle sait mettre en toile de fond la réalité histo­rique et elle raconte très bien. Et pour­tant… encore une fois, j’ai quelques réserves peu parta­gées par la blogo­sphère. J’ai lu ce roman avec beau­coup d’attention , on ne peut pas faire autre­ment qu’être atten­tive car sinon on perd vite le fil. Je devrais savoir gré à Jessie Burton de cela. Mais voilà, je me suis aussi sentie prison­nière de cette intrigue et j’avais plus envie de finir ma lecture que de la retrou­ver les person­nages tous les soirs et rester rêver avec eux . Pour moi, elle en fait trop. C’est comme un filet qui nous enserre, je perds ma liberté quand je la lis. Je pense que cette auteure ne me convient pas tout à fait , heureu­se­ment elle a beau­coup d’admiratrices parmi les blogs que j’apprécie donc vous pour­rez lire des avis enthou­siastes qui me contre­disent.

Citations

Description de Londres

Je deve­nais une obser­va­trice expé­ri­menté des pous­sées irré­gu­lières et des cica­trices de l’habitat londo­nien. Les codes postaux, la brique, rosier ou pas, le décrot­toir, la hauteur du perron ou son absence consti­tuaient un langage que j’avais appris. Vous ne pouviez pas vivre ici sans remar­quer les diffé­rences entre les rues où régnaient la paix ou le chaos, un chien galeux vautré près du cani­veau, des enfants en haillons, une haie de buis bien taillée, un rideau soulevé qui dansait. À Londres il exis­tait de nombreuses façons de vivre, mais peu de façon de chan­ger de vie.

La création féminine en peinture 1936

Sais-tu combien d’artistes vend mon père ? Vingt six, la dernière fois que j’ai compté. Sais-tu combien il y a de femmes parmi eux ? Aucune. Pas une seule. Les femmes en sont inca­pables, figure-toi. Elles n’ont pas de vision. Pour­tant si je ne m’abuse, elles ont des yeux, des mains, un cœur et une âme.

Racisme ordinaire en 1957

Elle ne connais­sait pas d’autres gens de couleur, m’a-t-elle confié le jeudi de cette première semaine. Quand je lui ai répondu que je n’en connais­sais pas non plus, en tout cas pas sous ce nom, elle m’a regardé avec une expres­sion d’un vide abys­sal.

Un portrait bien croqué

À vingt et un ans, Pat Rudge était la dernière descen­dante d’une longue lignée d’habitants de l’East End. Une chou­croute laquée tenait en équi­libre sur sa tête et elle avait assez de khôl autour des yeux pour maquiller cinq pharaons.

Le cinéma français vu par un Anglais

» Vous préfé­rez peut-être aller voir un de ces films fran­çais où les gens n’arrêtent pas d’entrer, de sortir et de se regar­der ? »

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Sarah Gurcel

Je dois la lecture de ce livre à Philippe Meyer (avec un « e » à Philippe) il anime une émis­sion que j’écoute tous les dimanches matin, « L’esprit public » , elle se termine par une séquence que j’attends avec impa­tience celle des « brèves » où chaque parti­ci­pant recom­mande une lecture, un spec­tacle, un CD. Un jour Philippe Meyer a recom­mandé ce roman et ses mots ont su me convaincre. Je profite de billet pour dire que la direc­tion de France-Culture, après avoir censuré Jean-Louis Bour­langes, évince Philippe Meyer en septembre. Je ne sais pas si des lettres de protes­ta­tions suffi­ront à faire reve­nir cette curieuse direc­tion sur cette déci­sion, mais j’engage tous ceux et toutes celles qui ont appré­cié « L’esprit public » à écrire à la direc­tion de France-Culture.
J’ai rare­ment lu un roman aussi éprou­vant. J’ai plus d’une fois pensé à Jérôme qui, souvent s’enthousiasme pour des écri­tures sèches décri­vant les horreurs les plus abso­lues. C’est exac­te­ment ce que j’ai ressenti lors de cette lecture. Les massacres de la famille du colo­nel McCul­lough par les Comanches, celui de la famille Garcia par les rangers améri­cains sont à peu près insou­te­nables parce qu’il n’y a aucun pathos mais une préci­sion qui donne envie de vomir. Ce grand pays est construit sur des monceaux de cadavres. Je suis restée une quin­zaine de jours avec les trois person­nages qui, à des époques diffé­rentes, finissent par décrire exac­te­ment d’où viennent les États-Unis. L’ancêtre Elie McCul­logh est né en 1836, il vivra cent ans et établira la fortune de la famille. Son passage chez les Comanches fera de lui un redou­table préda­teur mais aussi un homme d’une intel­li­gence remar­quable. Son fils Peter né en 1870 ne se remet­tra jamais de l’assassinat par son père et ses amis de la famille Garcia des Mexi­cains qui avaient 300 années de présence à côté du ranch de son père, eux-mêmes avait, évidem­ment aupa­ra­vant, chas­sés les Indiens. Enfin, la petite fille de Peter Jeanne-Anne McCul­logh née en 1926, enri­chie par le pétrole et qui sera la dernière voix des McCul­logh.
La vie chez les Comanches est d’une dureté incroyable et n’a rien à voir avec les visions roman­tiques que l’on s’en fait actuel­le­ment. Mais ce qui est vrai, c’est que leur mode de vie respec­tait la nature. La civi­li­sa­tion nord-améri­caine est bien la plus grande destruc­trice d’un cadre natu­rel à l’équilibre très fragile. Entre les vaches ou le pétrole on se demande ce qui a été le pire pour le Texas. Lire ce roman c’est avoir en main toutes les clés pour comprendre la nation améri­caine. Tous les thèmes qui hantent notre actua­lité sont posés : la guerre, la pollu­tion des sols, le racisme, le vol des terres par les colons, la place des femmes.. mais au delà de cela par bien des égards c’est de l’humanité qu’il s’agit en lisant ce roman je pensais au livre de Yuval Noah HARARI. C’est une illus­tra­tion parfaite de ce que l’homme cueilleur chas­seur était plus adapté à son envi­ron­ne­ment que l’agriculteur.

Citations

PREMIÈRE PHRASE

On a prophé­tisé que je vivrai jusqu’à cent ans et main­te­nant que je suis parvenu à cet âge je ne vois pas de raisons d’en douter.

Humour

On sait bien qu’Alexandre le Grand lors de sa dernière nuit parmi les vivants, a quitté son palais en rampant pour tenter de se noyer dans l’Euphrate, sachant quand l’absence de corps son peuple le croi­rait monter au ciel parmi les dieux. Sa femme l’a rattrapé sur la berge ; elle l’a ramené de force chez lui où il s’est éteint en mortel. Et après on me demande pour­quoi je ne me suis jamais rema­rié.

La dure loi du Texas

» C’est comme ça que les Garcia ont eu leur terre, en se débar­ras­sant des Indiens et c’est comme ça qu’il fallait qu’on les prenne. Et c’est comme ça qu’un jour quelqu’un nous les pren­dra. Ce que je t’engage à ne pas oublier ».
Au final mon père n’est pas pire que nos voisins : eux sont simple­ment plus modernes dans leur façon de penser. Ils ont besoin d’une justi­fi­ca­tion raciale à leurs vols et leurs meurtres. Et mon frère Phinéas est bien le plus avancé d’entre eux : il n’a rien contre les Mexi­cains ou contre toute autre race , mais c’est une ques­tion écono­mique. La science plutôt que l’émotion. On doit soute­nir les forts et lais­ser périr les faibles. Ce qu’aucun d’eux ne voit, ou ne veut voir, c’est qu’on a le choix.

les différences de comportement selon les origines

L’Allemand de base n’était pas aller­gique au travail : il suffi­sait de voir leurs proprié­tés pour s’en convaincre. Si, en longeant un champ, vous remar­quez que la terre était plane et les sillons droits, c’est qu’il appar­te­nait à un Alle­mand. S’il était plein de pierres et qu’on aurait dit les sillons tracés par un Indien aveugle, ou si on était en décembre et que le coton n’était toujours pas cueilli, alors vous saviez que c’était le domaine d’un blanc du coin qui avait dérivé jusqu’ici depuis le Tennes­see dans l’espoir que, par quelque sorcel­le­rie, Dame Nature, dans sa largesse lui pondrait un esclave.

Le charme des noms Comanches

Bien des noms Comanches étaient trop vulgaires pour être consi­gnés par écrit, aussi, quand la situa­tion l’exigeait, les Bancs les modi­fiaient. Le chef qui emmena le fameux raid contre Lune­ville en 1840 (au cours duquel cinq cents guer­riers pillèrent un entre­pôt de vête­ments raffi­nés et s’enfuirent en haut de forme, robe de mariée et chemise de soie) s’appelait Po-cha-na-quar-hip ce qui signi­fiait Bite-Qui-Reste-Toujours-Dure. Mais pas plus cette version que la traduc­tion plus déli­cate d’Érection- Perma­nente ne pouvait paraître dans les journaux,aussi décida-t-on de l’appeler Bosse-de-Bison.

Après 15 pages inoubliables pour expliquer l’utilisation de la moindre partie du corps du bison pour les Comanches, voici la dernière phrase

On lais­sait toujours le cœur la même où le bison était tombé : lorsque l’herbe pous­se­rait entre les côtes restantes, le Créa­teur verrait que son peuple ne prenait que ce dont il avait besoin et veille­rait à ce que les trou­peaux se renou­vellent et reviennent encore et encore

Les richesses dues au pétrole

La provi­sion pour recons­ti­tu­tion des gise­ments et quelque chose de tota­le­ment diffé­rent. Chaque année, un puits qui produit du pétrole te fait gagner de l’argent tout en te permet­tant de réduire des impôts.
- Tu fais un béné­fice mais tu appelles ça une perte ».
Elle voyait bien qu’il était satis­fait.
- » Ça paraît malhon­nête.
- » Au contraire. C’est la loi aux États-Unis.
-Quand même.
- Quand même rien du tout. Cette loi a une bonne raison d’être. Il y a des gens pour élever du bétail, même à perte : pas besoin de mesures inci­ta­tives. Alors que le pétrole, lui, coûte cher à trou­ver, et encore plus cher à extraire. C’est une entre­prise infi­ni­ment plus risquée. Alors si le gouver­ne­ment veut que nous trou­vions du pétrole, il doit nous encou­ra­ger.

Le fils (d’où le titre)

Être un homme signi­fiait n’être tenu par aucune règle. Vous pouviez dire une chose à l’église, son contraire au bar, et d’une certaine façon dire vrai dans les deux cas. Vous pouviez être un bon mari, un bon père, un bon chré­tien, et coucher avec toutes les secré­taires, les serveuses, les pros­ti­tuées qui vous chan­taient.

La guerre de Sécession

À la fin de l’été, la plupart des Texans étaient persua­dés que si l’esclavage été aboli, le sud tout entier s’africaniserait, que les honnêtes femmes seraient toutes en danger et que le mot d’ordre serait au grand mélange. Et puis, dans le même souffle, ils vous disaient que la guerre n’avait rien à voir avec l’esclavage, que ce qui était en jeu, c’était la dignité humaine, la souve­rai­neté, la Liberté elle-même, les droits des états : c’était une guerre de légi­time défense contre les ingé­rences de Washing­ton. Peu impor­tait que Washing­ton ait protégé le Texas des visées mexi­caines. Peu impor­tait qui le protège encore de la menace indienne.

La Californie

Une fois la séces­sion votée, l » État du Texas se vida.…..
Des tas de séces­sion­nistes partirent aussi. Sur les nombreux train qui s’en allaient vers l’ouest, loin des combats, on voyait souvent flot­ter haut et fier le drapeau de la Confé­dé­ra­tion. Ces gens-là était bien favo­rables à la guerre, tant qu’ils n’avaient pas à la faire. J’ai toujours pensé que ça expli­quait ce que la Cali­for­nie est deve­nue.

Principe si étrange et malheureusement pas si faux !

Mon père a raison. Les hommes sont faits pour être diri­gés. Les pauvres préfèrent mora­le­ment, sinon physi­que­ment, se rallier aux riches et aux puis­sants. Ils s’autorisent rare­ment à voir que leur pauvreté et la fortune de leurs voisins sont inex­tri­ca­ble­ment liés car cela néces­si­te­rait qu’ils passent à l’action, or il leur est plus facile de ne voir que ce qui les rend supé­rieurs à leurs autres voisins simple­ment plus pauvres qu’eux. 

Être prof, c’est être quitté tous les ans, et faire avec.


Il est parfait ce roman, je pense que tous les ensei­gnants vont se retrou­ver dans ces récits qui décrivent si bien les heurs et malheurs de ce si beau métier. Pour les autres, il reste cette façon tout en pudeur de racon­ter le quoti­dien d’un homme de la classe moyenne en France au XXIe siècle. Ce n’est ni tragique ni plein d’espoir c’est juste. Je crois que la façon dont il raconte les diffé­rentes réformes de l’éducation natio­nale permet de comprendre pour­quoi la France n’arrive pas à décol­ler dans les clas­se­ments inter­na­tio­naux.

Personne n’écoute ce que les profs ont à dire, en revanche ceux qui ont toujours fui l’enseignement au collège ou au lycée pour deve­nir profes­seur à l’université ou inspec­teur concoctent moult réformes et s’en fichent complè­te­ment si celles concoc­tées par eux l’année d’avant n’a pas encore été évaluée. J’ai beau­coup souri et j’ai été émue aussi lors de cette rencontre de parents d’élèves où lui, le prof d’anglais sûr de ce qu’il à dire se rendra compte du pour­quoi de la baisse de régime d’un certain Mathieu lorsqu’il lais­sera enfin la parole à une maman qui était venu lui donner une expli­ca­tion. Le voyage scolaire à Londres vaut tous les sketchs comiques, et pour­tant plus tard il saura que ce même voyage a laissé des souve­nirs aux jeunes élèves. Et pas seule­ment pour la bière. Un livre sympa­thique qui récon­ci­lie avec l’enseignement sans en faire un métier digne d’un sacer­doce.

Citations

Bien vu !

Il n’y a pas si long­temps, il y avait des mégots partout. C’est fini désor­mais. Une image, soudain. Moi, dans la cour, en train de fumer avec des élèves de première. C’est comme de la science-fiction.

Ce que les gens retiennent de vous…

Un jour, quand j’étais en sixième, pendant le cours de maths, mon stylo bille bleu m’a explosé dans la bouche et giclé sur mon pull, mon jean, j’étais tout bleu, un vrai Schtroumpf ; l’autre jour, j’ai croisé Fran­cis qui était en classe avec moi, c’était à peu près la seule anec­dote dont il se souve­nait à mon sujet – comme quoi notre person­na­lité tient à pas grand chose. Il y a au moins sur terre une personne qui me voit comme Le-mec-qui-mordille-son-stylo-bleu-et-qui-l’explose.
(PS Pour ma meilleure amie je serai toujours celle qui a apporté des œufs durs pour une semaine pour faire des pique-nique, c’est vrai mais j’aimerais tant qu’elle arrête de le racon­ter !)

Le voyage éducatif

On imagine des souve­nirs inou­bliables pour les élèves, un temps radieux sur Londres/​Oxford/​Bath (appelé aussi le triangles des Bermudes des ensei­gnants de langues -ou TBEL pour les initiés de l’Éduc nat)

Et les familles d’accueil à Londres

On a des problèmes.avec les familles. Il faut chan­ger deux élèves qui dorment sur un Clic Clac dans le salon parce qu’il y a déjà trois Japo­nais et deux Alle­mands dans les chambres, et une seule salle de bain. On trouve une solu­tion in extré­mistes. Ils viennent habi­ter avec nous, parce que le fils aîné de notre hôtesse doit passer le reste du séjour en taule pour trafics divers – il y a donc une chambre de libre.

Littéraire ou scientifique

Une première litté­raire que tout le monde déni­grait déjà -il y a plus de trente ans main­te­nant que le scien­ti­fique tient le haut du pavé et que les litté­raires sont regar­dés avec un mélange de commi­sé­ra­tion et de mépris, on se demande bien ce qu’ils pour­raient faire après, les litté­raires, perpé­tuels inadap­tés à la société dans laquelle on vit, inca­pable de calcu­ler, de vendre, d’acheter, de revendre, de travers, de sauver le monde, de guérir des patients, créer des machines commer­ciales un produit s’en mettre plein les poches amélio­rer le PIB le PNB ou au moins répa­rer les dents.

Traduit du Finnois par Anne Colin Du Terrail. Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Il faut dire que cela me plai­sait assez de lire un roman traduit du finnois, ma biblio­thé­caire m’avait préve­nue, c’est un auteur complè­te­ment déjanté , mais ce roman-là lui semblait presque « normal ». Je ne sais pas si je n’avais pas le cœur à rire, mais au bout de la page 112, je commen­çais à être écœu­rée par tant de méchan­ce­tés et j’ai commencé à survo­ler rapi­de­ment. Je dois dire que l’humour finnois est un peu lourd pour moi. Je verrai mieux ce livre en BD, (ça me va bien de dire ça ! Je ne lis que très peu de BD). Disons que c’est un peu l’esprit « Hara-kiri » . Pour ceux qui aiment le genre, je raconte le début : une gentille vieille dame est harce­lée par un horrible neveu et ses deux complices et aura toutes les peines du monde à se débar­ras­ser de ces êtres nuisibles. Même dans l’au-delà, ils conti­nue­ront à lui nuire mais j’en dis peut être trop. Je vous reco­pie un passage pour que vous appré­ciez l’humour, si vous aimez allez-y ce livre est plus pour vous que pour moi !

Citations

la société finlandaise vu par l’horrible neveu qui a toujours vécu sans travailler, (cela fait réfléchir sur le revenu universel !)

La société finlan­daise et ses criantes inéga­li­tés nour­ris­saient leur amer­tume. Comment admettre, par exemple, que la pension de Linnea Ravaska atteigne cinq mille marks ? Le seul et unique mérite de cette vieille toupie avait été de vivre avec son crou­lant de colo­nel. La pension de Kake (le neveu) ne repré­sen­tait qu’une infime frac­tion de celle de sa tante. Et il croyait savoir que certains veinards dans ce pays, pouvaient toucher jusqu’à dix mille marks et plus ? Qu’avait-il donc fait pour être condamné à un sort aussi minable ? Rien. L’écart était encore plus abys­sal si l’on compa­rait sa situa­tion et son mode de vie à ceux de Linnea. De quel droit une frugale petite vieille perce­vait-elle plus du double de la pension d’un mâle vigou­reux qui dépen­sait pour se nour­rir plusieurs fois autant qu’une maigre veuve ? Sans parler de ses autres dépenses : il n’était pas assez caco­chyme pour vivo­ter heureux au coin du feu dans une métai­rie perdue au fin fond de la brousse. Pour un jeune homme écla­tant de santé, vivre en ville reve­nait horri­ble­ment cher, avec les inévi­tables voyages, les nuits à droite et à gauche. Il devait aussi déjeu­ner et dîner au restau­rant, puisqu’il n’avait pas de domi­cile conve­nable, et encore moins de femme pour lui faire la cuisine. Linnea pouvait faire en chemise de nuit, si elle voulait, l’aller retour entre sa ferme et l’épicerie de Harmisto, mais à Helsinski c’était autre chose, s’habiller coûtait une fortune. Quant à s’offrir des ciga­rettes et de l’alcool, il ne fallait pas y songer. La dispro­por­tion des dépenses et des reve­nus de la colo­nelle et de son neveu était verti­gi­neuse.
Et si, poussé par le besoin, on se trou­vait contraint de voler un peu pour mettre du beurre dans les épinards, on vous collait les flics aux fesses. La Finlande était un état poli­cier. L’action sociale y était digne du Moyen Âge .
Selon Perti Lahtela (le copain du neveu), la respon­sa­bi­lité de cette triste situa­tion incom­bait aux hommes poli­tiques, et en parti­cu­lier aux commu­nistes. C’étaient eux qui étaient au pouvoir quand ces misé­rables lois sociales avaient été votées. Or les cocos appar­te­naient à la classe ouvrière, et tout le monde savait quelles maigres paies touchaient les prolos . N’ayant aucune idée de ce qu’était un revenu correct, ils avaient fixé les pensions au niveau de leurs salaires. C’était pour cette raison que lui-même votait toujours à droite.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Avec ce simple coquillage, je résume complè­te­ment ce que je pense de ce livre. Rien ou presque, des person­nages dans la cari­ca­ture la plus totale, une histoire à dormir debout et une morale bien sauve : « il faut être atten­tif aux vieilles personnes même quand elles ronchonnent ». Un vieux Monsieur Brun risque de se retrou­ver en maison de retraite parce que sa concierge Madame Suarez (n’allez surtout pas penser que c’est une charge contre les femmes de ménage portu­gaise, elle est mariée à un Portu­gais, mais elle est bien fran­çaise !) cette femme donc ne le supporte pas et avec l’aide de Marion, fille de monsieur Brun, elle essaie de se débar­ras­ser de ce loca­taire et de son chien. Il y a aussi une petite Juliette qui est une enfant de 9 ans hyper débrouillarde et qui aidera, le vieux Monsieur Brun à sortir de prison pour que le happy-end soit total. Tout le temps de cette lecture, je pestais en pensant aux bons livres que je n’ai pas le temps de lire ! Je pense que des adoles­cents pour­raient s’amuser à cette lecture si tant est que les vieux grin­cheux et déca­tis les inté­ressent.

J’ai plai­sir à vous recom­man­der un avis tota­le­ment opposé au mien : « Livres et Bonheur  »

Citations

un petit sourire trouvé dans ce livre

« CHIEUSE » n’est pas dans le diction­naire. C’est la meilleure ! Il faudra qu’on m’explique pour­quoi on y met que servent jamais ! Est-ce qu’on se sert de « chiffe » ou de « chiton » ? C’est peut-être mon diction­naire qui est trop vieux. 1993. Les chieuses exis­taient déjà, non ?