Traduit du finnois par Anne Colin du Terrail .Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Je n’avais lu que « la douce empoi­son­neuse » de cet auteur, que j’avais complè­te­ment oublié car ce roman ne m’avait pas plu et je pensais m’ar­rê­ter là , dans la décou­verte de cet auteur finlan­dais et bien j’avais bien tort ! J’au­rais dû faire davan­tage confiance à la blogo­sphère et il a fallu mon club pour que je le « re« mette à mon programme. S’il reçoit 5 coquillages, c’est qu’il m’a fait écla­ter de rire plusieurs fois et j’es­père que vous aussi, si vous lisez mes cita­tions. J’ai classé ce roman dans les nouvelles car chaque trou­vaille de notre amateur d’an­ti­quité est comme une petite histoire. On suit la vie de Volo­mari Volti­nen et de son épouse Laura, mais leurs vies ne sont que les fils conduc­teurs de diffé­rentes anec­dotes, Volo­mari en est souvent l’ac­teur prin­ci­pal car sa passion pour les objets anciens l’en­traîne dans des histoires où il aura besoin de tout son talent juri­dique pour s’en sortir.

J’ai retrouvé avec un plai­sir certains les reliques du Moyen-âge, ici ce qui en fait la valeur c’est l’ancienneté dans la croyance et non pas qu’elles soient vraies ou fausses. Vous pouvez donc vous offrir un orteil de Saint-Pierre ou une clavi­cule du Christ. Mais c’est très cher à moins que vous ne le voliez… Oh ! quel scan­dale , voler la clavi­cule du Christ, la morale chré­tienne y retrou­vera-t-elle son compte si on l’échange avec le sque­lette d’un soldait de l’armée rouge ? J’ai adoré aussi les négo­cia­tions autour du dentier de Manne­rheim et savoir que quel­qu’un au Vati­can a un avis sur la ques­tion me ravit. Bref tout se déguste dans ce récit et plus d’une fois j’ai pensé aux « Racon­tars » de Jon Riel. Au delà de la drôle­rie de ces histoires on en apprend aussi beau­coup sur le destin de Finlande, marqué par le nazisme et l’oc­cu­pa­tion sovié­tique. On y boit beau­coup, mais vrai­ment beau­coup dans ce pays du grand nord, c’est pour­quoi j’ai cher­ché toutes les bouteilles de Whisky que j’ai pu trou­ver pour ma photo !

Citations

Les origines de Volomari

C’est une chance de naître dans la famille d’un tôlier-ferblan­tier aimant les enfants et collec­tion­nant les anti­qui­tés. Il y a là de toute évidence une forme d’équi­libre : un nouveau-né et des objets anciens se complètent à merveille, le passé et l’ave­nir cheminent main dans la main.

Humour finlandais

De retour sur le front, il repre­nait son modeste rang de capo­ral. Il rangeait en toute discré­tion sa vareuse de sergent dans son sac, mais à l’ar­rière il était toujours au moins sous-offi­cier, et parfois même, dans ses moments les plus ambi­tieux, capi­taine de cava­le­rie. Il avait volé les pattes de collet corres­pon­dantes sur l’uni­forme d’un offi­cier de carrière tombé au champ d’hon­neur, en se disant qu’il en ferait meilleur usage que lui.

Portait

Volo­mari finan­çait ses études en travaillant comme placier en assu­rance, menait une vie rela­ti­ve­ment rangée, ne s’adon­nait que rare­ment à la bois­son et ne passait pas de nuits blanches. Il réus­sit malgré tout à perdre sa virgi­nité, avec l’aide dévouée d’une dénom­mée Riita.

Les langues sur un tandem

Ils parlaient alle­mand entre eux, sauf dans les montées les plus dures, qui les faisaient plus natu­rel­le­ment pester en finnois.

Tarzan

Au faîte de sa gloire, Johnny Weiss­mul­ler avait litté­ra­le­ment but la vie à pleines gorgées, et étant ainsi devenu, avec l’âge, un sacré poivrot. On savait, dans le milieu du cinéma, que Tarzan buvait comme un éléphant, souvent du matin au soir, et qu’il ne devait qu’à son excep­tion­nel physique d’ath­lète de ne pas rouler sous la table dès le réveil.

Le métier d’assureur

Ryto­korpi tentait de faire avan­cer l’en­quête, mais en dehors des traces d’ef­frac­tion, il n’avait pas grand-chose à se mettre sous la dent. La liste des objets dispa­rus était en géné­ral longue, les victimes ayant jugé bon d’ins­crire des biens qu’elle n’avait même pas eu le temps d’ac­qué­rir.

Les juristes et les écrivains

Quoi qu’il en soit, il risquait une forte amende ou une peine avec sursis, et mieux valait se débar­ras­ser au plus vite des obus. Il avait malgré tout l’in­ten­tion de conser­ver le mortier. Il pour­rait toujours expli­quer n’être qu’un inno­cent collec­tion­neur et l’avoir acheté dans les surplus de l’ar­mée. Des juristes sont habiles à inven­ter de toutes pièces des histoires. Dans ce domaine ils battent à plat de couture la plupart des écri­vains.

Pourquoi les hommes tirent mieux au mortier que les femmes

l’obus explose a à peu près dans la bonne direc­tion, mais pas exac­te­ment à l’en­droit visé. Malgré les efforts de Laura, le poin­tage n’était pas assez précis. Les femmes n’ont en effet pas natu­rel­le­ment le sens des trajec­toires en forme de cloche, contrai­re­ment aux hommes qui ont tous les jours l’oc­ca­sion de les étudier en vidant leur vessie. Ces exer­cices répé­tés leur permettent d’af­fi­ner la préci­sion de leur visée , de déve­lop­per leurs capa­ci­tés d’éva­lua­tion et de raffer­mir leur main, pour un résul­tat souvent gran­diose.

Utilité des attachés-cases

Le chef de police suppléant était convaincu que les atta­chés-cases étaient spécia­le­ment conçus aux mesures de la bouteille de Ballan­ti­ne’s. Il soup­çon­nait les maro­qui­niers qui les fabri­quaient à travers le monde d’être action­naires de la fameuse distil­le­rie, où celle-ci, à l’in­verse, de manu­fac­tu­rer en toute discré­tion des millions d’at­ta­chés-cases afin de popu­la­ri­ser son whisky. Quoi qu’il en soit, d’adé­qua­tion était parfaite. Lors­qu’ils firent étape à Tampere, Volo­mari Volo­ti­nen s’empressa d’ache­ter un atta­ché-case et deux bouteilles de Ballan­ti­ne’s pour le garnir, consa­crant ainsi son entrée dans la caste des hommes d’af­faires.

Traduit du Finnois par Anne Colin Du Terrail. Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Il faut dire que cela me plai­sait assez de lire un roman traduit du finnois, ma biblio­thé­caire m’avait préve­nue, c’est un auteur complè­te­ment déjanté , mais ce roman-là lui semblait presque « normal ». Je ne sais pas si je n’avais pas le cœur à rire, mais au bout de la page 112, je commen­çais à être écœu­rée par tant de méchan­ce­tés et j’ai commencé à survo­ler rapi­de­ment. Je dois dire que l’hu­mour finnois est un peu lourd pour moi. Je verrai mieux ce livre en BD, (ça me va bien de dire ça ! Je ne lis que très peu de BD). Disons que c’est un peu l’es­prit « Hara-kiri » . Pour ceux qui aiment le genre, je raconte le début : une gentille vieille dame est harce­lée par un horrible neveu et ses deux complices et aura toutes les peines du monde à se débar­ras­ser de ces êtres nuisibles. Même dans l’au-delà, ils conti­nue­ront à lui nuire mais j’en dis peut être trop. Je vous reco­pie un passage pour que vous appré­ciez l’hu­mour, si vous aimez allez‑y ce livre est plus pour vous que pour moi !

Citations

la société finlandaise vu par l’horrible neveu qui a toujours vécu sans travailler, (cela fait réfléchir sur le revenu universel !)

La société finlan­daise et ses criantes inéga­li­tés nour­ris­saient leur amer­tume. Comment admettre, par exemple, que la pension de Linnea Ravaska atteigne cinq mille marks ? Le seul et unique mérite de cette vieille toupie avait été de vivre avec son crou­lant de colo­nel. La pension de Kake (le neveu) ne repré­sen­tait qu’une infime frac­tion de celle de sa tante. Et il croyait savoir que certains veinards dans ce pays, pouvaient toucher jusqu’à dix mille marks et plus ? Qu’a­vait-il donc fait pour être condamné à un sort aussi minable ? Rien. L’écart était encore plus abys­sal si l’on compa­rait sa situa­tion et son mode de vie à ceux de Linnea. De quel droit une frugale petite vieille perce­vait-elle plus du double de la pension d’un mâle vigou­reux qui dépen­sait pour se nour­rir plusieurs fois autant qu’une maigre veuve ? Sans parler de ses autres dépenses : il n’était pas assez caco­chyme pour vivo­ter heureux au coin du feu dans une métai­rie perdue au fin fond de la brousse. Pour un jeune homme écla­tant de santé, vivre en ville reve­nait horri­ble­ment cher, avec les inévi­tables voyages, les nuits à droite et à gauche. Il devait aussi déjeu­ner et dîner au restau­rant, puis­qu’il n’avait pas de domi­cile conve­nable, et encore moins de femme pour lui faire la cuisine. Linnea pouvait faire en chemise de nuit, si elle voulait, l’al­ler retour entre sa ferme et l’épi­ce­rie de Harmisto, mais à Helsinski c’était autre chose, s’ha­biller coûtait une fortune. Quant à s’of­frir des ciga­rettes et de l’al­cool, il ne fallait pas y songer. La dispro­por­tion des dépenses et des reve­nus de la colo­nelle et de son neveu était verti­gi­neuse.
Et si, poussé par le besoin, on se trou­vait contraint de voler un peu pour mettre du beurre dans les épinards, on vous collait les flics aux fesses. La Finlande était un état poli­cier. L’ac­tion sociale y était digne du Moyen Âge .
Selon Perti Lahtela (le copain du neveu), la respon­sa­bi­lité de cette triste situa­tion incom­bait aux hommes poli­tiques, et en parti­cu­lier aux commu­nistes. C’étaient eux qui étaient au pouvoir quand ces misé­rables lois sociales avaient été votées. Or les cocos appar­te­naient à la classe ouvrière, et tout le monde savait quelles maigres paies touchaient les prolos . N’ayant aucune idée de ce qu’é­tait un revenu correct, ils avaient fixé les pensions au niveau de leurs salaires. C’était pour cette raison que lui-même votait toujours à droite.