traduit de l’amé­ri­cain par Fran­çoise Adel­stain

Lu dans le cadre de :

La photo dit bien combien j’aime lire les romans d’Irvin Yalom et encore je n’ai pas retrouvé « Et Nietzsche a pleuré » qui est sans doute mon préféré. Je l’ai sans doute prêté à quel­qu’un qui l’aime tant qu’il a oublié de me le rendre (ce n’est très grave mes livres sont de grands voya­geurs). Alors, quand Babe­lio a proposé la lecture de l’au­to­bio­gra­phie de cet auteur, je n’ai pas hésité. Et ? Je suis déçue ! l’au­teur est beau­coup plus inté­res­sant dans ses romans que lors­qu’il se raconte. Ce n’est pas si éton­nant quand on y réflé­chit bien : Irvin Yalom est non seule­ment un bon écri­vain mais aussi un grand spécia­liste de l’âme humaine et un psycho­thé­ra­peute encore en exer­cice (à 85 ans !). Alors l’âme humaine, il connaît bien et la sienne en parti­cu­lier, donc aucune surprise ni de grandes émotions dans cette auto­bio­gra­phie, il maîtrise très (trop !) bien son sujet. On a l’im­pres­sion qu’il dresse entre lui et son lecteur une vitre derrière laquelle il se protège. Un peu comme ses étudiants qui regar­daient ses séances de psycho­thé­ra­pie derrière une glace sans tain. On voit tout, mais on apprend du meneur du groupe que ce qu’il veut bien montrer de lui. Oui, il se raconte dans ce livre et pour­tant on a l’im­pres­sion de ne pas le connaître mieux qu’à travers ses romans. Le dernier chapitre est, peut être plus émou­vant celui qu’il a nommé « l’ap­prenti vieillard » . Je dois dire que je me suis aussi ennuyée ferme en lisant toutes les diffé­rentes approches de la psycho­lo­gie clinique. Cela plaira sans doute aux prati­ciens tout ce rappel histo­rique des diffé­rents tendances des théra­pies de groupes. Une dernière critique : cet auteur qui se complaît à racon­ter ses succès litté­raires c’est vrai­ment étrange et assez enfan­tin. En résumé, j’ai envie de donner ce curieux conseil : » Si vous aimez cet auteur ne lisez pas sa biogra­phie, vous serez déçu par l’homme qui se cache derrière les romans que vous avez appré­ciés ».

Citations

Quand Irving Yalom s’auto-analyse

Avant ma rébel­lion de la bar-mits­vah, j’avais commencé à trou­ver ridi­cule les lois qui pres­crivent de manger ceci ou cela. C’est une plai­san­te­rie, et surtout elles m’empêchent d’être améri­cains. Quand j’as­siste à un match de base-ball avec mes copains, je n’peux pas manger un hot-dog. Même des sand­wichs salades ou au fromage grillé, j’y ai pas droit, parce que mon père explique que le couteau qui sert à les décou­per a peut-être servi à couper un sand­wich au jambon. Je proteste :« Je deman­de­rai qu’on n’les coupe pas ! »  » Non, pense à l’as­siette, dans laquelle il y a peut-être eu du jambon, répondent mon père ou ma mère. C’est pas « traif » pas « kasher ». Vous imagi­nez, entendre ça, docteur Yalom, quand on a treize ans ? C’est dingue ! Il y a tout l’uni­vers, des milliards d’étoiles qui meurent et qui naissent, des catas­trophes natu­relles chaque minute sur terre, et mes parents qui clament que Dieu n’a rien de mieux à faire que de véri­fier qu’il n’y a pas une molé­cule de jambon sur un couteau de snack ?

Un récit qui manque d’empathie

Nous avions trouvé une maison en plein centre d’Ox­ford, mais peu avant notre arri­vée, un avion de ligne britan­nique s’est écrasé, tuant tous les passa­gers, y compris le père de la famille qui nous louait la maison. À la dernière minute, il nous a donc fallu remuer ciel et terre pour dégo­ter un autre logis. Faute de succès dans Oxford même, nous avons loué un char­mant vieux cottage au toit de chaume à une tren­taine de minutes de là, dans le petit village de Black Burton, avec un seul et unique pub !

Raconter ses succès c’est impudique et inintéressant

Le lende­main, j’ai eu une autre séance de signa­ture dans une librai­rie du centre d’Athènes, Hestia Books. De toutes les séances de ce genre auxquelles j’ai parti­cipé dans ma carrière, celle-ci fut la crème de la crème. La queue devant le maga­sin s’al­lon­geait sur huit cent mètres, pertur­bant consi­dé­ra­ble­ment la circu­la­tion. Les gens venaient ache­ter un nouveau livre et appor­taient les anciens afin de les faire dédi­ca­cer, ce qui consti­tuait une épreuve, car je ne savais pas comment écrire ces prénoms incon­nus, Docia, Icanthe, Nereida, Tatiana… On demanda alors aux ache­teurs d’écrire leur nom en capi­tal sur des petits bouts de papier jaune qu’ils me tendaient avec le livre. Nombreux étaient ceux qui prenaient des photos, ralen­tis­sant ainsi la progres­sion de la queue, on dû les prier de ne plus en prendre. Au bout d’une heure, on leur dit que je ne pour­rai signer, outre celui qu’il ache­tait, un maxi­mum de quatre titres par personne, puis on descen­dit à trois, à deux pour finir a un. Même ainsi la séance a duré quatre heures , j’ai signé plus de huit cents livres neufs et d’in­nom­brables anciens.

Je retrouve le thérapeute que j’apprécie

Ce livre, je l’ai conçu comme une oppo­si­tion à la pratique cogni­tivo-compor­te­men­tale, rapide, obéis­sant à des proto­coles, obéis­sant à des pres­sions d’ordre écono­mique, et un moyen de combattre la confiance exces­sive des psychiatres en l’ef­fi­ca­cité des médi­ca­ments. Ce combat se pour­suit encore main­te­nant, malgré les preuves indé­niables four­nies par la recherche de la réus­site d’une psycho­thé­ra­pie repose sur la qualité de la rela­tion entre le patient et son théra­peute, son inten­sité, sa chaleur, sa sincé­rité. J’es­père aider à la préser­va­tion d’une concep­tion humaine et plein d’hu­ma­nité des souf­frances psycho­lo­giques.

La vieillesse

Enfant, j’ai toujours été le plus jeune – de ma classe, de l’équipe de Base­ball, de l’équipe de tennis, de ma cham­brée en camp de vacances. Aujourd’­hui, où que j’aille, je suis le plus vieux, – à une confé­rence, au restau­rant, à une lecture de livre, au cinéma, un match de Base­ball. Récem­ment, j’ai pris la parole à un congrès de deux jours sur la forma­tion médi­cale conti­nue des psychiatres, patronné par le Dépar­te­ment de psychia­trie de Stan­ford. En regar­dant l’au­di­toire de collègues venus de tout le pays, je n’ai vu que quelques types à cheveux gris, aucun à cheveux blancs. Je n’étais pas seule­ment le plus âgé, j’étais de loin le plus vieux.

SONY DSCTraduit de L’an­glais (États-Unis) par Sylvette GLEIZE.

Voici la pensée de Marc Aurèle avec laquelle s’ouvre le livre et qui lui donne son titre :

Nous sommes tous créa­tures d’un jour.
Et celui qui se souvient, et l’ob­jet du souve­nir.
Tout est éphé­mère.
Et le fait de se souve­nir, et ce dont on se souvient.
Aie toujours à l’es­prit que bien­tôt tu ne seras plus rien, ni nulle part.

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J’ai décou­vert cet auteur il y a deux ans main­te­nant et il y a entre ses livres et moi une réso­nance parti­cu­lière. Cela ne s’explique pas complè­te­ment, la seule phrase qui me vient à l’es­prit est celle-ci : j’aime passer du temps avec cet auteur. Pour ses romans déjà chro­ni­qués (« le problème de Spinoza » , « Et Nietzsche a pleuré » et le premier « Mensonges sur un divan »), je peux sans aucun problème mettre cinq coquillages pour convaincre tous ceux qui lisent ce blog de les lire, autant pour ce livre, ces quatre coquillages, reflètent davan­tage mon plai­sir de sentir une telle adéqua­tion entre cet auteur et ma sensi­bi­lité actuelle.

Oui, c’est compli­qué parfois de vieillir, et la mort qui rôde autour de nous tous est de plus en plus présente suppri­mant de notre quoti­dien des amis qui parta­geaient notre vie. La lecture de Montaigne à travers le livre de Sarah Bake­well, m’avait rappelé que la peur de la mort empê­chait souvent les êtres humains de vivre. Irvin Yalom, nous raconte dans son dernier ouvrage, dix person­na­li­tés qui sont venus le consul­ter en tant que théra­peute et se dévoilent alors, bien des facettes du compor­te­ment humain. Irvin Yalom est un théra­peute parti­cu­lier qui inter­vient dans le dialogue entre lui et son patient quand il pense que cela peut aider la personne à prendre conscience des problèmes qui l’empêchent de mieux vivre. Il me fait penser à Paul Weston dans In Treat­ment  : jamais de recettes miracles et jamais de « déclic » qui vont tota­le­ment chan­ger le compor­te­ment d’au­trui.

Les phrases qui aident sont impré­vi­sibles, comme celle pronon­cée par une infir­mière à une patiente qui vivait la destruc­tion de son foie « faire bonne figure pour ses enfants et petits enfants », elle réus­sira alors à surmon­ter son angoisse de mort. Irvin Yalom aura un jour cette infir­mière comme patiente, et décou­vrira, à sa grande surprise et à la nôtre, les véri­tables raisons qui ont poussé cette femme à pronon­cer ces mots qui ont tant aidé sa patiente. Rien de spec­ta­cu­laire dans ses dix patients , juste de l’hu­main et Irvin Yalom qui nous aide à faire un peu de tri dans nos soucis du quoti­dien, cet homme au sourire mali­cieux a quatre vingt un an, il semble si heureux qu’a­vec lui, on veut bien conti­nuer notre chemin pour VIVRE le moins mal possible.

Citations

Vieillir

J’ai quatre vingt un ans, c’est vieux. Terri­ble­ment vieux. Cela m’hor­ri­fie quand j’y pense. Je ne me sens pas vieux et je me demande sans cesse comment c’est arrivé. J’ai toujours été le plus jeune partout – en classe, dans l’équipe de base­ball du camp de vacances, au tennis – et voilà tout à coup que je suis le plus âgé, où que j’aille – au restau­rant, dans les confé­rences profes­sion­nelles – je n’ar­rive pas à m’ha­bi­tuer.

Une maladie mortelle

Et à la lumière (ou à l’ombre) de cette idée, apprendre à vivre . À vivre main­te­nant. Voilà ce que m’a ensei­gné le cancer – qui vous montre la mala­die incu­rable, avant de vous recra­cher, de vous renvoyer au monde, à votre vie, avec tous ses plai­sirs et toutes ses douceurs que vous ressen­tez alors encore plus fort. Et vous savez que quelque chose a été donné et quelque chose a été repris.

Émettre des diagnostiques pour remplir des cases

Dans ma pratique de la psycho­thé­ra­pie depuis quarante ans auprès de patients moins grave­ment atteints, j’es­time le diag­nos­tique le plus souvent inap­pro­prié, et j’en suis venu à la conclu­sion que les contor­sions auxquelles nous, psycho­thé­ra­peutes, devons nous livrer pour répondre aux exigences des compa­gnies d’as­su­rances qui veulent des diag­nos­tics précis, se font au détri­ment à la fois du théra­peute et du patient. Le proces­sus de diag­nos­tic n’est pas appli­cable à la personne dans sa complexité. Les caté­go­ries diag­nos­tiques ont éte forgées de toutes pièces et sont arbi­traires. Elles sont le produit d’un vote collec­tif et subissent inva­ria­ble­ment, et dans des propor­tions consi­dé­rables, des révi­sions tous les dix ans.

Une maison de retraite

Fair­lawn Oaks est un endroit formi­dable . Une sacrée orga­ni­sa­tion. Si je devais le gérer, je ne chan­ge­rai pas grand chose, je crois. Le problème vient de moi, je le recon­nais. Fair­lawn Oaks a tout pour plaire. Les repas sont de qualité, on peut y faire des tonnes d’ac­ti­vi­tés fabu­leuses. Le parcours de golf est un peu sage, mais pour mon âge il est parfait. Le problème chez moi , c’est ce senti­ment d’am­bi­va­lence qui me para­lyse à longueur de jour­née. Chaque fois que je commence une acti­vité, mes pensées s’orientent vers une autre . Je ne fais aucun plan main­te­nant – du moins pas comme les autres le font – ça ne me corres­pond pas . Pour­quoi faudrait il que j’aille à l’aqua­gym tous les après midi à quatre heures ? Ou au brie­fing sur l’ac­tua­lité à dix heures tous les matins ? Pour­quoi faudrait-il que je mette chaque fois la clef dans la poche qui est accro­chée à ma porte ? Pour­quoi faudrait il que je prenne mes repas à la même heure tous les jours ? Ce n’est pas moi le vrai moi, le vrai Rick Evans , aime ce qui est spon­tané.

La mort et la vie

Lorsque la passion décline avec le temps, alors on découvre le merveilleux ciel étoilé que le soleil a obscurci, ou caché. La dispa­ri­tion des passions parfois tyran­niques de la jeunesse m’a person­nel­le­ment permis d’ap­pré­cier davan­tage encore le ciel étoilé et le prodige que consti­tue le fait d’être en vie. J’ai plus de quatre vingts ans , et je vais vous dire une chose incroyable : je ne me suis jamais senti aussi bien ni plus en paix avec moi même. Oui , je sais que ma vie approche de sa fin, mais la fin est là depuis le début. Et la diffé­rence aujourd’­hui est que je goûte les plai­sirs que me procure ce savoir.

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Traduit de l’amé­ri­cain par Sylvette GLEIZE

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Après les détours par « Mensonges sur un divan » et par « et Nietzsche a pleuré », j’ai lu avec un intense plai­sir le livre que le blog de « dasola » recom­man­dait : Le problème Spinoza. Je suis très contente d’avoir lu ses deux autres romans avant celui-ci, j’avais suivi le conseil d’une autre blogueuse , Domi­nique, me semble t‑il, et je m’en très bien trou­vée. Grâce une enquête sur deux person­nages que tout oppose Irvin Yalom essaie d’ima­gi­ner ce que Spinoza a éprouvé après avoir été exclu de la commu­nauté juive , et pour­quoi Rosen­berg le théo­ri­cien de l’an­ti­sé­mi­tisme nazi a abso­lu­ment voulu s’emparer de la biblio­thèques du petit musée consa­cré à Spinoza. Disant lui-même qu’il voulait ainsi régler le « problème Spinoza » (d’où le titre du roman).

Irvin Yalom dans les annexes à la fin du livre, dit qu’il lui a été plus diffi­cile d « imagi­ner les pensées de Spinoza dont on ne connaît que l’œuvre, et rien de sa vie person­nelle , que celles de Rosen­berg qui a beau­coup écrit et a rédigé ses mémoires en prison. Mais je dois dire qu’au­tant j’ai été convain­cue par les chapitres consa­crés à Spinoza, autant je suis restée septique sur las tenta­tives avor­tées de psycho­thé­ra­pie de Rosen­berg. Comme ce qu’é­crit Irvin Yalom sur Spinoza repose sur ses théo­ries, d’abord c’est abso­lu­ment passion­nant et en plus, sa propre connais­sance du monde juif rend les réac­tions de Spinoza crédibles. Victime d’un « herem » ce qui corres­pond à une excom­mu­ni­ca­tion Spinoza s’est retrouvé loin de sa commu­nauté, mais il a préféré cela plutôt que de soumettre son esprit à des règles qui auraient empê­ché son libre arbitre de fonc­tion­ner.

L’autre partie du roman voit donc Rosen­berg se consti­tuer comme penseur de l’an­ti­sé­mi­tisme nazi et fidèle lieu­te­nant d’Hit­ler , je dois dire que j’ai été beau­coup moins inté­res­sée par les pages qui lui sont consa­crées. Évidem­ment j’ai beau­coup lu sur le nazisme et je n’ai pas appris grand chose, et puis le person­nage est si peu inté­res­sant. Un des charme d’Ir­vin Yalom c’est de savoir mettre en scène grâce à ses talents de psycha­na­lyste la struc­ture mentale des person­nages. Quand le person­nage est un philo­sophe, Nietzsche, Spinoza, c’est passion­nant. Quand le person­nage histo­rique a apporté quelque chose à l’hu­ma­nité comme le docteur Josef Breuer cela donne beau­coup de charme au roman. Mais un haut digni­taire Nazi ! Ça a moins d’in­té­rêt. On voit quand même à quel point autour d’un tyran c’est toujours le même style de panier de crabes, les diri­geants autour de leur cher « Führer » étaient prêts à toutes les bassesses pour un sourire du chef.

Je vais lais­ser Irvin Yalom pour ne pas me lasser, mais je lirai certai­ne­ment ses autres romans.

Citations

Pour tous ceux qui ne veulent pas exercer leur esprit critique et qui pensent que c’est vrai parce que c’est écrit dans Wikipédia, cette phrase de Spinoza

La force d’une convic­tion est sans rapport avec sa véra­cité.

Croire en Dieu n’exige pas le respect des rites : dites moi, croyez vous en un Dieu tout-puis­sant ?.…En un Dieu parfait ? Qui se suffit à lui même ?… Alors vous en convien­drez , par défi­ni­tion un être parfait qui se suffit à lui même n’a pas besoins, ni d’in­suf­fi­sances, ni de souhaits , ni de volon­tés.

Alors, pour­suit Spinoza, je suggère qu’il n’y a pas de volonté de Dieu en ce qui concerne le comment, ni même le pour­quoi le glori­fier. Donc permet­tez moi d’ai­mer Dieu à ma façon.

Le plaisir d’appartenir à une communauté

Quand je dirige les prières , je me relis au passé, à mon père et à mon aïeul, et, j’ose le dire, je pense à mes ancêtre qui, depuis deux mille ans, ont répété ces mêmes phrases, psal­mo­dié ces mêmes prières, chanté ces mêmes mélo­dies.

Dans ces moments-là, je perds tous senti­ments de ma personne, de mon indi­vi­dua­lité, pour deve­nir une partie, de cette chaîne inin­ter­rom­pue qu’est la commu­nauté.

La mission de l’homme pour Spinoza

Comme vous le savez , à l’ori­gine même de ma pensée est l’idée que c’est par la logique seule que nous pouvons comprendre la Nature, ou Dieu.

Il semble para­doxal de dire que les hommes sont plus utiles les uns aux autres quand ils suivent leur propre chemin. Mais il en va ainsi lors­qu’il s’agit d’hommes de raison . Un égoïsme éclairé mène à l’en­traide mutuelle. Nous avons tous en commun cette capa­cité à raison­ner , et le vrai para­dis sur terre advien­dra le jour où notre enga­ge­ment à comprendre la Nature, ou Dieu, rempla­cera toutes les autres qu’elles soient reli­gieuses, cultu­relles ou natio­nales. 

Bousculer les dogmes

Je crois que les prophètes sont des hommes doués d’une imagi­na­tion excep­tion­nelle , mais pas forcé­ment d’un grand raison­ne­ment.

Je crois que plus on en saura, et moins il y aura de choses connues de Dieu seul. Autre­ment dit, plus grande est l’igno­rance, et plus on attri­bue de choses à Dieu.

Pourquoi Spinoza a été banni de sa communauté

Les rituels de notre commu­nauté n’ont rien à voir avec la loi divine , rien à voir avec le bonheur, la vertu, l’amour , et tout en revanche avec la paix civile et le main­tien de l’au­to­rité rabbi­nique.

La Torah comporte deux types de lois : il y a une loi morale, et il y a les lois qui visent à garder à Israël son unité en tant que théo­cra­tie indé­pen­dante. Malheu­reu­se­ment les Phari­siens, dans leur igno­rance, n’ont pas compris cette distinc­tion et ont pensé que l’ob­ser­va­tion des lois de l’Etat se confon­dait avec celle de la morale , quand ces lois n’étaient en fait desti­nées qu’au main­tien du bien public au sein de la commu­nauté. Elles n’avaient pas pour but d’ins­truire les juifs, mais de les main­te­nir sous contrôle. Il y a une diffé­rence fonda­men­tale dans l’ob­jec­tif de chacun de ces deux types de lois : l’ob­ser­va­tion d’un céré­mo­nial vise unique­ment à la paix civile , quand l’ob­ser­va­tion de la loi divine ou morale conduit à la féli­cité.

On en parle

Dasola bien sûr  et le blog de Tilly que je ne connais­sais pas et Sean­nelle que j’avais oublié.

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Traduit de l’an­glais (Etats-Unis) par Clément BAUDE.

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En pleine période Irvin Yalom, j’ai donc conti­nué par « Et Nietzsche a pleuré » avant de me plon­ger dans « le problème Spinoza »conseillé par  canal­blog que je ne remer­cie­rai jamais assez de m’avoir fait décou­vrir cet auteur. Je suis un peu ennuyée pour juger de la qualité intel­lec­tuelle du débat : la philo­so­phie de Nietzsche comme jalon vers la psycha­na­lyse. Je n’ai jamais appré­cié cet écri­vain et je me suis mortel­le­ment ennuyée à la lecture de « ainsi parlait Zaras­thous­tra ». Je perds certai­ne­ment beau­coup à ne pas bien connaître ce philo­sophe , par contre je connais mieux Freud et les débuts de la psycha­na­lyse ce qui m’a permis de savou­rer le roman.

Que serait-ce alors si je connais­sais bien Nietzsche ! Le roman met en scène des person­nages qui ont existé , Josef Breuer , le tout jeune Freud , Lou Salomé et Nietzsche, Irving Yalom invente le « comment la cure psycha­na­ly­tique est née » à travers une idée de génie du Docteur Breuer , tout est vrai dans ce roman sauf la rencontre du Docteur Breuer et de Nietzsche Irvin Yalom possède un vrai talent de conteur et il sait créer du suspens digne d’un bon auteur de roman poli­cier avec un sujet aussi sérieux que la psycha­na­lyse. Bien sûr ce n’est qu’une fiction mais on est bien dans cette histoire ‚entre autre car l’au­teur sait faire revivre Vienne et ses habi­tants.

L’ar­rière plan du récit, rajoute beau­coup à l’in­té­rêt de l’in­trigue : les pâtis­se­ries, les cafés , les luttes entre univer­si­taires, la société compas­sée de la capi­tale de l’empire Austro-hongrois entiè­re­ment tour­née vers les conven­tions, traver­sée par un anti­sé­mi­tisme viru­lent et qui semble prête à combattre et à accueillir les théo­ries de Freud.

Le person­nage de Breuer est complexe et très atti­rant. Il nous permet de réflé­chir au rôle du méde­cin, de la vieillesse et de l’amour ! Le subter­fuge qui amène les deux person­nages à comprendre la nature d’une théra­pie analy­tique est bien imaginé. J’ai toujours aimé qu’on me raconte des histoires , car cela m’a permis de mieux comprendre que dans un livre théo­rique , de quoi est fait le lien entre le théra­peute et son patient.

J’ai vrai­ment aimé ce roman avec la réserve du début, il ne m’a pas donné envie de relire Nietzsche et que je sais que perds une bonne partie de l’intérêt du roman.

Citations

La charité

Vous décou­vri­rez que personne n’a jamais, jamais , agi entiè­re­ment pour les autres. Tout acte est dirigé vers soi , tout service ne sert que soi, tout amour n’aime que soi.

Mais vous connais­sez comme moi ces guéris­seurs bigots, qui projettent leur propre faiblesse sur les autres et ne s’intéressent à eux que pour accroître leur propre force . Vous connais­sez comme moi la charité chré­tienne

L « habitude tue le désir

On se lasse toujours du même plat… Tu sais Joseph, pour chaque belle femme sur terre , il y a aussi un pauvre type qui en a marre de se la farcir.

L » énergie et l’envie de vivre

Si quelque chose m’at­tire ce n’est pas le danger. Non, plutôt la fuite, non pas devant le danger mais devant le confort. Peut-être ai-je trop long­temps vécu dans le confort !

- Peut-être est-ce dange­reux , Joseph. Dange­reux et mortel.
- Oui, le confort est en effet dange­reux. » Breuer se répéta plusieurs fois cette phrase. « Le confort est dange­reux. Le confort est dange­reux.
- Car rien ne peut arrê­ter le temps, et c’est bien notre plus grand malheur. Il nous faut apprendre à vivre malgré tout. »

Le mariage

Le mariage et la posses­sion et la jalou­sie qui l’ac­com­pagnent ne font qu’emprisonner l’es­prit. Jamais je ne me lais­se­rai domi­ner par eux.

On en parle

Page après page

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Traduit (et bien traduit très bien même) de l’anglais (États-Unis) par Clément Baude 

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Livre que je dois à mes amies blogueuses : je l’ai acheté après avoir lu une critique qui a éveillé mon inté­rêt chez Dasola » Le problème Spinoza ». Dans les commen­taires, Domi­nique recom­man­dait « Mensonges sur le Divan » pour décou­vrir l’œuvre de Irvin D.Yalom. Alors un énorme merci à toutes les deux et, je vais me préci­pi­ter sur les autres livres de cet auteur. Je dois préci­ser que je suis une aficio­na­dos de la série « in treat­ment » et dans ce roman, j’ai retrouvé tant d’as­pects qui me plaisent.

J’ai toujours des scru­pules à dévoi­ler l’in­trigue d’un roman car je crains alors d’en dire trop et que vous n’ayez plus envie de le lire. J’es­saie quand même : à travers diffé­rentes cures de psycho­thé­ra­pie vous verrez à l’œuvre, la sincé­rité, l’amour et la fin de l’amour, la passion du jeu, le deuil, une arnaque abso­lu­ment géniale, la vengeance… Vous décou­vri­rez les motifs profonds des compor­te­ments humains , les riva­li­tés entre psycho­thé­ra­peutes et les diffé­rentes écoles analy­tiques, compor­te­men­tales et autres beau­coup plus fantai­sistes.

Tout cela raconté avec un humour à la Woodie Allen, très juif New-yorkais en tout cas. Si vous, ou un de vos proches, a eu besoin d’une psycho­thé­ra­pie pour se recons­truire , je pense que vous y retrou­ve­rez des moments que vous avez vécus. J’ima­gine que les prati­ciens doivent s’amu­ser de ce genre de romans écrit par l’un des leurs. La raison prin­ci­pale pour laquelle j’aime ce genre d’his­toires, c’est qu’elles donnent confiance dans l’être humain. On peut tous trou­ver en soi des raisons d’avoir confiance dans la vie, même si, comme les person­nages de cette histoire on se laisse égarer par l’appât du gain , la soif de vengeance ou autres motifs peu avouables.

J’ou­bliais un détail, l’in­trigue est très bien construite sur la 4° de couver­ture, je lis : « un éblouis­sant thril­ler psycha­na­ly­tique », éblouis­sant, je suis d’ac­cord, thril­ler un peu moins mais ce qui est certain c’est que le suspens est tenu jusqu’à la dernière ligne et même après. J’espère que je n’ai pas trop dévoilé l’in­trigue et que je vous ai donné envie de vous y plon­ger.

Citations

Les limites du psychothérapeute et la force de l « amour , et un brin d « humour

Laura , qui sortait a peine du lycée , avait simple­ment dit a Justin qu’il devait quit­ter sa femme , et il lui avait obéi. Alors que lui, Ernest Lash, un théra­peute doué , extrê­me­ment doué même, s’était escrimé pendant cinq inutiles années a convaincre le même Justin de quit­ter sa femme – en vain.

Le plaisir du joueur

Pour qu’un jeu ait quelque inté­rêt , la mise se doit être impor­tante , car il faut que la défaite fasse un peu mal.

Les codes sociaux aux US

Fin obser­va­teur des diffé­rences sociales, Marshal savait bien que, lors­qu’ils mangent, les gens aisés repoussent toujours a plus tard , déli­bé­ré­ment, la première bouchée de nour­ri­ture ; en réalité , plus la richesse est ancienne , plus le délai est long .

Un des ressorts des comportements humains

Macondo a utilisé l’ap­pât le plus puis­sant, celui du privi­lège d’en être. Je passe mon temps a trai­ter des patients plein aux as. Nous sommes proches, nous parta­geons des moments d’intimité, et je leur suis indis­pen­sable. Pour­tant je sais exac­te­ment quelle est ma place, si je les avais croi­sés dans un autre contexte, ils ne m accor­de­raient pas une minute.

On en parle

Le blog de Syan­nelle

U‑Z

U

V

Vance (J.D) (Hill­billy Élégie 18 05 2020)

Varenne (Anto­nin) (La Toile du Monde 1juillet 2019)

Vignal (Hélène) ( Plan B pour l’été 10 février 2020)

Von Canal (Anne) (Ni terre ni mer 18 novembre 2019)

Vuillard (Eric) (14 juillet 17 octobre 2016) (La guerre des pauvres 7 octobre 2019)

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Y

Yalom (Irvin) (Mensonges sur le Divan 12 juin 2012) (Et Nietzsche a pleuré 6 juillet 2012) (Le Problème Spinoza 28 juillet 2012) (Créa­tures d’un Jour 14 septembre 2015) (Comment je suis devenu moi-même 8 août 2018)

Z

Zeh (Julie) (Nouvel An 25 mai 2020)

Zenatti (Valé­rie) (Jacob Jacob 4 février 2019)

Zweig (Stefan) (Les joueurs d’Échecs 28 juillet 2018)

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Pendant ma lecture d’Ir­ving Yalom » et Nietzsche a pleuré » , j’étais un peu gênée de ne pas bien connaître la pensée de ce philo­sophe tant loué par certains, si décrié par d’autres. Je l’ai dit dans ma chro­nique, j’ai toujours été rebu­tée par son style que je trouve gran­di­lo­quent et décla­ma­toire. Je suis tombée à la biblio­thèque sur ce petit fasci­cule et je le recom­mande chau­de­ment à tous ceux et toutes celles qui comme moi n’ont pas réussi à lire ce philo­sophe et puis aussi a ceux et celles qui l’ont oublié. En soixante pages dans une langue claire et acces­sible par tous , même pour les non-philo­sophes comme moi , il résume la pensée de Nietzsche. Et surprise, je suis complè­te­ment sous le charme.

Comment ne pas s’in­té­res­ser à quel­qu’un qui a écrit :

Non ! Non. Ce n’est pas la pensée qui est triste, mais notre refus de vivre qui est triste. Non, ce n’est pas la pensée qui est trop haute pour nous, c’est nous qui sommes tombés trop bas pour penser. Arrê­tons de nous plaindre et de consi­dé­rer la vie comme une mala­die.

Je n’avais pas imaginé, à quel point ce philo­sophe met l’amour de la vie au premier plan. C’est une pensée qui rend libre et heureux. Toutes ses idées qui me faisaient peur : le sur-homme , le rejet des faibles, je les avais visi­ble­ment mal comprises. Il prône la liberté de pensée et l’anti-confor­misme ce qui m’in­té­resse au plus haut point. Je ne reli­rai pas Nietzsche, toujours à cause de son style, mais je comprends main­te­nant l’im­por­tance et l’in­té­rêt de ce philo­sophe. Merci aux blogueuses qui m’ont aidée a chan­ger d’avis. Et je me promets de relire le roman d’Ir­ving Yalom.

Citations

(atten­tion ce ne sont pas des phrases de Nietzsche mais de Bertarnd Vergély qui cherche à nous le faire comprendre)

Résumé du gai savoir

Soyons heureux, soyons dans le bonheur, soyons heureux d’être heureux en lais­sant le bonheur nous enva­hir. Lais­sons nous vivre, lais­sons-nous penser par le bonheur, alors, pour la première fois, nous connaî­trons une pensée. Une vraie pensée. Car il n’existe comme pensée que des pensées heureuses. 

La honte et l’amour

La honte est créa­trice de fausse morale, et, par la même de fausse vie. Car une chose est d’être vertueux par amour , une autre est de l’être par honte, Nietzsche n’a pas voulu d’une vertu prove­nant de la honte. Il a rêvé d’une vertu prove­nant de l’amour, l’amour étant, en défi­ni­tive, la vertu même.

Optimisme et tragique

Aussi para­doxal que cela puisse paraître, l’op­ti­misme anni­hile les forces humaines, alors que le tragique les stimule. Nietzsche a voulu que les hommes puissent retrou­ver leur force. Un tragique joyeux, qui dit : rien n’est donné une fois pour toutes. Donc tout est possible si on le veut.

La critique de l’état et de tout groupe social

Le fort est, chez Nietzsche, une indi­vi­dua­lité supé­rieure qui ne cherche pas à domi­ner les autres, ce qui serait un signe de faiblesse. Au contraire, le fort, fonda­men­ta­le­ment, recherche la soli­tude de l’es­prit, la distance, le quant-à-soi. Souvent, en effet, ce qu’on appelle la société n’est qu’un rassem­ble­ment fondé sur la faiblesse . On a peur de penser par soi-même . On suit ce que les autres pensent. On se rassemble avec eux et l’ont dit du mal de ceux qui n’entrent pas dans le moule du confor­misme collec­tif.

La vie est tragique

Pour heureuse qu’elle soit, toute solu­tion est tragique car elle met fin a quelque chose. Le bonheur qu’ap­porte une solu­tion est insé­pa­rable du tragique de cette même solu­tion. On ne le comprend pas toujours. On voudrait qu’il y ait des solu­tions qui n’achèvent rien. Résul­tat : en refu­sant le tragique lié a toute solu­tion, on se coupe du bonheur apporté par la solu­tion elle même.