art-3

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

4
Je me demande si le nom de l’ex­pé­di­tion Donner a été le départ de l’ins­pi­ra­tion de ce beau livre de Chris Donner. Puis­qu’il situe son livre à Reno tout près du lac Donner. Cette expé­di­tion a existé, 81 personnes ont voulu trou­ver une route plus rapide entre l’Utah et le Nevada, 36 personnes sont mortes de faim et on a parlé de canni­ba­lisme à propos des survi­vants.

L’his­toire de ce roman-ado que beau­coup de personnes plus âgées auront grand plai­sir à lire se présente comme un conte moderne. Un jeune qui, comme par hasard, s’ap­pelle David est doué natu­rel­le­ment pour le dessin, tout ce qu’il entre­prend devient une merveille de repro­duc­tion de la réalité ; oui mais voilà dans son école d’art cela n’a plus aucune valeur. Sauf aux yeux d’un vieux profes­seur fou de la renais­sance italienne. Plus le jeune David est mis en valeur pour ses dons acadé­miques plus il est mis à l’écart de l’école qui est de plus en plus sous la coupe du repré­sen­tant de l’art contem­po­rain. C’est mon seul reproche la vision de l’art contem­po­rain est cari­ca­tu­ral.

Le livre pour­tant pose une très bonne ques­tion que faire d’un don de dessi­na­teur à notre époque. Et cette ques­tion lui est fina­le­ment posée par l’enseignant acadé­mique. Veut-il comme tant d’autres dessi­ner des portraits à la sortie des musées pour 5 dollars ? David qui est un peu angé­lique sur les bords, veut faire des enfants avec la femme qu’il aime et pas du tout deve­nir artiste, il ne se sent pas artiste et a bien du mal à l’ex­pli­quer à son père qui est si fier de lui.

Un très bon roman qui fera réflé­chir les ados et les anciens ados !

Citation

Je connais quelqu’un d’autre comme ça

J’au­rais dû faire ce dessin la veille, mais j’étais un élève pares­seux et sujet à la procras­ti­na­tion, d’après les commen­taires de mes précé­dents bulle­tins scolaires.

L’adieu du professeur académique

Vous dessi­nez comme un Dieu, vous le savez, je vous l’ai dit. Trop. Et main­te­nant , je veux vous dire une chose, il faut que vous sachiez que ça ne vous servira à rien. Il y a encore un siècle, vous auriez triom­phé partout, mais aujourd’hui dans le monde de l’art, il n’y a pas de place pour des garçons comme vous. C’est fini. J’ai essayé d’ex­pli­quer ça à votre père plusieurs fois. Il ne peut pas le comprendre. Il voit ce que vous faites et il se dit :« Mon fils est un génie », et il a raison. Mais c’est quoi un génie malheu­reux, un génie au chômage, un génie dont personne n’achète les œuvres ? C’est juste un futur clochard. Je n’ai pas envie de vous retrou­ver un jour à la sortie d’un musée en train de faire le portrait à des touristes pour cinq dollars.

Les projets d’art contemporain

Et le défilé des projets conti­nua, tous pleins d’in­ven­tion, d’ima­gi­na­tion, de mo-der-ni-té. C’est celui de Cathe­rine Donkins qui produi­sit la plus forte sensa­tion : elle propo­sait de défé­quer dans une boîte de fer-blanc, genre boîte de conserve, qu’elle scel­le­rait selon la méthode que son père utili­sait dans son usine de condi­tion­ne­ment de corned-beef. Elle avait déjà dessiné l’éti­quette sur laquelle on pouvait lire :« Merde d’ar­tiste » ; Dissi­mu­lant son dégoût derrière un sourire d’une faus­seté patente, Mr Deems accepta le projet de Cathe­rine , tout en lui rappe­lant que l’ex­ploit avait déjà été réalisé par Piero Manzoni en 1961. Cathe­rine le savait , mais argu­menta qu’au­cune artiste femme ne l’avait encore fait.
- Il fallait y penser, dit Mr Deems.

On en parle

Beau­coup d’avis posi­tifs chez Babe­lio.

Traduit du danois par Alain Gnae­dig. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Chau­de­ment recom­mandé par la biblio­thé­caire de Dinard, ce roman m’a égale­ment beau­coup plu ainsi qu’à Aiffele. On sent dès les première pages, que l’au­teur va, peu à peu nous faire remon­ter dans le passé doulou­reux d’El­li­nor. Ce jour là, elle enterre son mari Georg et s’adresse dans un long mono­logue à Anna, sa première femme décé­dée, il y a 40 ans. Le premier drame qui hante son récit , c’est la décou­verte que son mari Henning avait une liai­son avec Anna. Ils ont été empor­tés tous les deux par une avalanche, alors que les deux couples passaient des vacances ensemble à la neige. Mais au delà de cette souf­france, nous appren­drons pour­quoi elle n’a pas d’en­fant à elle, pour­quoi elle a élevé ceux d’Anna. Pour­quoi sa mère n’a jamais été mariée et pour­quoi le poids de la honte de sa mère est peut-être, fina­le­ment la clé de toutes ses souf­frances. Avec elle, nous voyons la société danoise pas si éloi­gnée que la nôtre fina­le­ment.

La période de la guerre est vue à travers les souf­frances de sa mère, l’après-guerre à travers les diffi­culté de vie d’El­li­nor et enfin le monde moderne à travers Stefan et Morten, les jumeaux qui ont partagé sa vie quand elle s’est mariée avec Georg et certaines pages sur le couple de Mia et Stefan nous font penser aux excès de notre époque. A la fin du roman elle retrouve son quar­tier d’en­fance et, on espère pour elle, un peu de joie de vivre malgré sa soli­tude et la perte de l’homme qu’elle a fini par beau­coup aimer. Ce roman est aussi une réflexion sur l’amour, on comprend bien pour­quoi elle s’est trom­pée la première fois, mais la vie lui a permis, fina­le­ment, de vivre une belle histoire.

Citations

L’amour

Les années ont passé, nous sommes deve­nus proches simple­ment parce que nous vivions l’un à côté de l’autre. Quand on est jeune, on sous-estime la force de l’ha­bi­tude, et on sous-estime ses bien­faits et sa grâce. Un mot étrange mais, voilà, c’est dit

Une baby-sitter au Danemark

Le quai de la gare de Char­lot­te­lund était vide comme si on était au milieu de la nuit. Sur le dernier banc, j’ai aperçu une petite silhouette. J’ai d’abord cru qu’il s’agis­sait d’un enfant, mais c’était la petite Philip­pine, penché sur son iPhone. Joy avait-elle aussi son vendredi libre ? Pour autant que je sache, on parle espa­gnol aux Philip­pines, mais ici on donne un nom anglais aux filles au pair, le plus souvent des noms piocher dans le registre frivole, celui celui des filles de bordel.

La garde d’enfants

Les femmes de la classe moyenne mercan­tiles ont trouvé une solu­tion post­co­lo­niale au calcul compli­qué qui pose, » égalité fois carrière fois réali­sa­tion de soi plus mater­nité ». On trouve une domes­tique du tiers-monde et on appelle ça échange cultu­rel, mais neuf fois sur dix, la gamine vit dans une chambre à la cave d’où elle peut skyper avec les enfants qu’elle a dû aban­don­ner dans la paillote des grands-parents.

La honte de sa mère

J’étais un faux pas, je n’au­rais jamais dû naître. Dans mon esprit d’ado­les­cente, pour ma mère, l’his­toire de son amour ne qu’on pensait pas l’his­toire de sa honte. Cette honte m’a suivie au cours de toutes ces années, comme un chien sans maître et insis­tant. Nul n’a été plus fidèle que mon roquet galeux et nul ne me connaît mieux que lui. Un jour, j’ai entendu le marchand de légumes dire à un client ce que l’on aurait dû faire avec les gens comme moi. « Ils ont ça dans le sang », a‑t-il déclaré. J’ai baissé les yeux, la gorge sèche en atten­dant mon tour.

Dernière phrase

C’est la seule chose qui compte pour un enfant. Nous pardon­nons à nos parents qu’ils nous oublient, à condi­tion qu’ils s’aiment.

(mais, je me demande si on peut pardonner à ses parents d’être oublié)

Emprunté à la média­thèque.

4
Le chemin de Compos­telle m’a entraî­née vers le Brésil.… Je voulais connaître ce roman pour lequel Jean-Chris­tophe Rufin a reçu le prix Goncourt 2001 et connaît depuis une noto­riété certaine. Cet écri­vain est doué pour les romans histo­riques, je le sais depuis « le grand Coeur » et même si je ne suis pas une grande adepte du genre, je ne boude pas mon plai­sir quand c’est bien fait. Cette épopée de 600 pages nous raconte un épisode peu connu , la tenta­tive de colo­ni­sa­tion du Brésil par le cheva­lier de Ville­ga­gnon en 1555.

En quelques pages, à la fin du roman, l’au­teur nous résume ce que l’on sait de cet épisode peu glorieux, il explique aussi, que les deux person­nages les plus roma­nesques, Colombe et Just de Clamor­gan, sont sortis de son imagi­na­tion, l’écri­vain a donc pu , à sa guise, leur donner une person­na­lité plus complexe que les person­nages pour lesquels les sources histo­riques mettent quelques limites à la créa­tion litté­raire .

Le style de Ruffin est un délice de simpli­cité et de clarté,puisque nous sommes en 1555, il maille son texte de mots anciens qu’on a plai­sir à recher­cher. Savez-vous ce que sont des « poils amatoires » ? j’ai souri quand j’ai compris( le texte est suffi­sam­ment expli­cite !). Ruffin entraîne son lecteur dans un Brésil à la nature aussi luxu­riante qu’in­quié­tante peuplée d’In­diens au mœurs qui choquent les Euro­péens. D’abord, ils se promènent nus et ne semblent pas avoir envie de domes­ti­quer la nature. Et comble de l’hor­reur, ils sont anthro­po­phages .

Le choc des deux civi­li­sa­tions ne permet pas qu’une compré­hen­sion mutuelle puisse s’ins­tal­ler , sauf pour Colombe mais c’est le privi­lège du roman­cier de rêver que deux civi­li­sa­tions aussi oppo­sées puissent se comprendre. Les colons sont peu nombreux et mènent une vie terri­ble­ment dure, la construc­tion d’un fort est une entre­prise complè­te­ment surhu­maine mais à ces rudes condi­tions d’ins­tal­la­tion se rajoutent les disputes reli­gieuses qui déci­me­ront, bien plus sûre­ment que tout autre danger, la malheu­reuse petite troupe aux ordres d’un capi­taine fantasque qui va perdre peu peu toutes ses illu­sions. Malheu­reu­se­ment, il perdra la seule qui le rendait un peu sympa­thique , la croyance en l’homme et devien­dra un enragé de la foi et donc tuera,tortura avec toute la bonne conscience que donne l’as­su­rance d’avoir Dieu pour soi .

Au delà de la décou­verte du Brésil ce roman est une bonne façon de faire revivre la Renais­sance avec ce curieux para­doxe que cette période a apporté l’hu­ma­nisme mais, hélas, l’in­to­lé­rance reli­gieuse et annonce les guerres de reli­gion. C’est terrible de se souve­nir que les anciens persé­cu­tés, calvi­nistes ‚luthé­riens devien­dront à leur tour des combat­tants au nom de la « vraie » foi sans aucune pitié pour ceux qui ne partagent pas leurs croyances. Le débat autour de la présence du corps du Christ dans l’hos­tie en est un parfait exemple.

Je comprends que beau­coup de lecteurs aient aimé ce roman et dans notre monde où l’on voit des musul­mans s’entre déchi­rer au nom de la pureté de leur foi ce livre a sa place dans notre réflexion.

Citations

le choc de l’Italie pour les Français de l’époque

Je suis arrivé en Italie a trente ans et, crois-moi, j’étais encore tout plein de la vieille tradi­tion de notre cheva­le­rie où l’homme est ruiné par les veilles et les prières,cousu de cica­trices et ne s’ac­corde aucun soin. Mon premier choc , je l’ai reçu à Florence , en voyant le David de Michel-Ange et le Baptême du Christ de Sanso­vino. Ainsi malgré la trahi­son d’Adam, l’idée de Dieu était toujours présente dans l’homme et il suffi­sait de la culti­ver. L’homme idéa­le­ment beau, chef d’œuvre de son créa­teur, l’homme de bien qui excelle aux armes et aux arts, l’homme bon,calme,serein, élégant, maître de lui, pouvait deve­nir un idéal.

Réflexion qui m’a étonnée

La fidé­lité est un senti­ment qu’on contente aisé­ment. Il suffit de le tolé­rer.

Genre de discussions avec des fanatiques religieux

- les auteurs dont vous parlez , précisa tran­quille­ment le pasteur , ne connais­sait pas le Christ. Leur pensée plon­gée dans les ténèbres , ne peut être d’au­cun secours. Il faut croire, voilà tout.

- C’est ce que disent aussi les prêtres et le pape , fit lugu­bre­ment l’ami­ral.

- Oui, confirma Richer avec mépris. Mais la diffé­rence, c’est qu’il sont tort.

Tuer au nom de Dieu

Les guerres de reli­gion sont toujours une provi­dence pour les crimi­nels. La violence tout à coup devient sainte ; pourvu qu’ils sachent mimer la dévo­tion, au moins en parole, licence leur est donnée par un Dieu d’ac­com­plir des infa­mies dont ils avaient long­temps rêvé.

On en parle

Je renvoie aux critiques de Babe­lio car je n’ai pas lu de critiques récentes de ce livre dans mes blogs préfé­rés.

Emprunté à la média­thèque. J » ai beau­coup aimé Le grand Coeur, du même auteur.

5
J’ar­rive un peu tard , et je pense que, beau­coup d’entre vous êtes convain­cus de la qualité de ce livre. Mais trois raisons me poussent à mettre un article sur mon blog :

  1. Il reste peut-être un marcheur ou une marcheuse qui n’a pas encore entendu parler de ce livre ou qui hésite à le lire, à moi de les convaincre !
  2. Je trouve injuste de ne pas parler d’un livre qui nous a plu (nous, les blogueurs et blogueuses), sous prétexte qu’on en dit du bien partout. Nous n’avons pas qu’une fonc­tion de décou­vreur. Ça arrive, et c’est bien agréable de trou­ver des petits chefs‑d’œuvre, qui, sans nous,seraient passés inaper­çus mais j’aime aussi, quand je lis sur mes blogs favo­ris, qu’un livre fait l’unanimité.Avec cinq coquillages, je dis assez que j’ai adoré ce témoi­gnage.
  3. Enfin la dernière raison me concerne. SI je tiens ce blog c’est, entre autre, pour garder une trace de presque tous les livres que j’ai lus.

Comme l’au­teur, je rêve de faire ce chemin ou un autre. La marche à pied me fait du bien et j’y puise un récon­fort moral qu’au­cun sport ne me peut me donner. Jean-Chris­tophe Ruffin , décrit avec atten­tion l’état dans lequel se trouve peu à peu le marcheur , un état de fatigue et de bien-être très parti­cu­lier.

La marche permet de réflé­chir , offre une vie en harmo­nie avec la nature et permet d’éclai­rer diffé­rem­ment les réali­tés du monde d’au­jourd’­hui. Le marcheur ne peut aller plus vite que ses pas et doit tout porter sur son dos. Il change, alors, ses prio­ri­tés et ce qui était néces­saire devient très vite super­flu (en parti­cu­lier quand un objet pèse plus de quelques kilos). Le regard du marcheur sur les abords des villes m’a beau­coup inté­res­sée . Si nos anciennes cités ont encore bien des charmes, les zones d’ac­ti­vité arti­sa­nales et commer­ciales qu’il faut traver­ser avant d’y arri­ver, sont unifor­mé­ment tristes que l’on se rapproche de Dinan ‚Véze­lay ‚ou d » Aix en Provence. On oublie ces zones quand on est touriste et en voiture, on se dépêche de regar­der ailleurs , mais le piéton traverse tout d’un même pas, il ne peut pas se racon­ter des histoires quand c’est moche, il en profite jusqu’au bout.

Le récit de cet écri­vain est plein de remarques légères et drôles sur le petit peuple des « Jaquets » , ainsi appelle-ton les pèle­rins de Saint Jacques. Un regard amusé sur l’in­con­fort des auberges desti­nées à rece­voir ce petit monde qui ne veut surtout pas dépen­ser trop d’argent : le pèle­rin est pauvre mais surtout radin. Les chemins sont parfois beaux à couper le souffle et ces instants de magie se suffisent à eux seuls. Il est une ques­tion à laquelle je ne répon­drai pas, Pour­quoi fait-on le chemin ? C’est un chapitre du livre et je ne connais toujours pas la réponse.

Je pense qu’on peut marcher partout et j’au­rais tendance à croire qu’on est partout mieux que sur les chemins qui mènent à Compos­telle, je signe par là que je n’ai pas encore été atteinte par le virus…

Citations

Difficultés du marcheur

Sitôt levé, assommé par le manque de sommeil ; il me fallait marcher jusqu’à trou­ver un café ouvert. Le rituel du réchaud est par trop dépri­mant le matin et, dans ce pays pourvu de toutes les commo­di­tés, il n’y a pas vrai­ment de raison de vivre comme dans les espaces désert de hautes montagnes.
Le seul problème est la contra­dic­tion qui existe entre les lieux où le camping sauvage est possible et ceux où se rencontrent des cafés.

L’égalité devant la marche

Celui ou celle pour qui la ville est impi­toyable, avec sa concur­rence terrible, ses modèles tyran­niques qui condamnent le gros, le maigre, le vieux, le laid, le pauvre, le chômeur, découvre dans la condi­tion de pèle­rin une égalité qui laisse sa chance à chacun.

Les régions vertes

Il faut toujours se méfier des régions vertes. Une végé­ta­tion si drue, une verdure si écla­tante ne peuvent avoir qu’une origine : la pluie.

L’orgueil du pèlerin et le secret du chemin

Car il est assez trivial de dire (mais plus rare d’éprou­ver soi-même ) que l’ex­trême humi­lité est une des voies de l’or­gueil . À mesure qu’il se dimi­nue le pèle­rin se sent plus fort et même presque invin­cible. La toute-puis­sance n’est jamais loin de la plus complète ascèse. C’est en réflé­chis­sant à cela qu’on approche peu à peu le véri­table secret du Chemin, même s’il faut du temps pour le décou­vrir.

Les conduites humaine

Je connais des bistrots à Paris où ces messieurs par ailleurs auto­ri­taires et habi­tués à comman­der viennent s’adon­ner à l’heure du déjeu­ner au plai­sir maso­chiste de se faire rudoyer par un patron inso­lent et gros­sier. Les coups de fouet moraux qu’il leur assène pendant le repas semblent les revi­go­rer et leur donnent une éner­gie nouvelle pour tour­men­ter à leurs propres subor­don­nés.

Les bondieuseries

Il est une règle qui ne souffre pas d’ex­cep­tion : chaque fois qu’un projet artis­tique est soumis à l’ar­bi­trage d’un grand nombre, la bana­lité et la laideur prévalent. La collé­gia­lité, en matière artis­tique, c’est l’eau tiède. On peut être certain que beau­coup de gens ont été consul­tés pour l’érec­tion de la statue qui orne le Monte del Gozo car il est diffi­cile de conce­voir plus laid, plus préten­tieux et plus décou­ra­geant. On pour­rait consi­dé­rer que c’est un chef‑d’œuvre, à condi­tion de le faire concou­rir dans un genre bien parti­cu­lier : celui du kitsch catho­lique.

et voici la photo .….. plus moche ce n’est pas possible ! ! ! !

J’aime cette formule

Pour le dire d’une formule qui n’est plai­sante qu’en appa­rence : en partant pour Saint Jacques, je ne cher­chais rien et je l’ai trouvé.

On en parle

à sauts et à gambades (en livre lu) , le goût des livres et ….36 critiques chez Babe­lio

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51KyjEYwggL._SL500_AA300_.jpg

Coup de cœur de mon club de lecture.

4
J’ima­gine le plai­sir que Chris­tian Goudi­neau, spécia­liste de l’his­toire Gallo-Romaine, a éprouvé à écrire ce roman poli­cier, délais­sant pour un moment ses ouvrages scien­ti­fiques sur la même période. Il met en œuvre tout son savoir d’his­to­rien pour nous racon­ter une histoire. Et pour être bien sûr d’être lu jusqu’au bout il crée un roman poli­cier gallo-romain. Il faut dire que l’époque s’y prête, et que, sans doute, la réalité dépasse dans les grandes largeurs la fiction puisque les person­nages qui tirent le ficelles s’ap­pellent Messa­line, Aggri­pine, Cali­gula… on peut, donc, s’at­tendre à tout.

Le person­nage prin­ci­pal, Vale­rius Asia­ti­cus a existé, et, l’in­trigue est plau­sible à défaut d’être histo­rique. On sent tout le plai­sir que prend l’au­teur à faire revivre cette époque, dans tous les détails du quoti­dien : l’habitat, les vête­ments, les dépla­ce­ments, et la nour­ri­ture. Ah ! La nour­ri­ture… j’avoue que par moment, je m’en­nuyais un peu à la descrip­tion des repas. J’ai souri quand le person­nage prin­ci­pal, Char­mo­laos , faisant relire par sa jeune nièce, Kallisto, son récit, s’en­tend repro­cher ceci :

Avais-je besoin de décrire tous ces repas, d’en donner la compo­si­tion, sans parler de ces innom­brables coupes de vin

Quel talent ! Un person­nage se trouve là pour énon­cer la critique que je m’apprêtais à lui faire. L’au­teur a choisi de faire parler ses person­nages dans la langue d’aujourd’hui, cela rend le texte léger et amusant. Comme nous sommes entre érudits, il nous arrive d’avoir des passages de culture grecque. On découvre aussi la vigueur et la diver­sité des villes gauloises.

Le reproche que l’on peut faire à ce roman, c’est de vouloir dire trop de choses sur cette époque, on sent parfois que l’in­trigue n’est qu’un prétexte et que l’his­to­rien saisit toutes les oppor­tu­ni­tés de son récit pour nous faire parta­ger sa passion.

Je ne suis pas sûre que les amateurs de romans poli­ciers appré­cie­ront cette intrigue un peu compli­quée, mais les histo­riens ayant le sens de l’humour vont se réga­ler. C’est un beau voyage que je me suis offert pendant quelques jours avec des person­nages qui m’ont permis de renouer avec une époque que je connais­sais mal.

Cita­tions

L’humour du philosophe

Un peu de patience, on vien­drait nous désem­bour­ber, un peu de patience et l’on arri­ve­rait a une auberge épatante, un peu de patience et le temps revien­drait au calme. Prévi­sions qui par force, s’avé­rèrent exactes, le temps de la patience n’ayant jamais été précisé.

Un philosophe antique Panaitos de Rhodes, question éternelle !

L’uni­vers dans lequel nous vivons nous échappe pour toujours. Même si nous décou­vrons les lois qui le régissent, nous ne pour­rons jamais conce­voir son origine. Si nous l’at­tri­buons aux dieux, nous infé­rons que ceux-ci lui sont anté­rieurs. Mais l’idée d’éternité, de non-nais­sance est incom­pa­tible avec notre fini­tude de mortels, nous qui nais­sons et sommes voués à mourir. L’idée de cycles, qui voient l’uni­vers se créer puis dispa­raître, repro­duit notre propre condi­tion , mais ne résout pas la ques­tion essen­tielle : comment est-il possible que quelque chose ne naisse pas ou naisse de rien ? Comment imagi­ner le rien ? Comment imagi­ner l’ab­sence de temps

Le bon goût

L’as­pect « décor peint » qui préva­lait à l’ex­té­rieur devait flat­ter le gout gaulois, peut-être même le cote » nouveau riches » auquel Critias avait fait plusieurs fois allu­sion.

Les repas

On nous servit un vin plein de vigueur. Chairs succu­lentes, sauces …qui chan­geaient de ce garum qui passe pour le nec plus ultra mais auquel mon palais répugne. Pas de livèche, des cham­pi­gnons et une énorme platée de choux et de raves. Des coupelles de confi­tures douces ou aigre­lettes pour recti­fier l’as­sai­son­ne­ment.

On en parle

Un histo­rien qui n’a pas trop appré­cié le roman poli­cier et enfin « un » blogueur dans ce monde si fémi­nin D’une berge à l’autre

http://ecx.images-amazon.com/images/I/515aTmUoksL._SL500_AA300_.jpg

4
Je termine ce roman, et je me sens de retour après un long voyage dans l’histoire de France. Trois noms qui me sont, grâce à Jean ‑Chris­tophe Rufin, deve­nus fami­liers, Jacques Cœur, Charles VII et Agnès Sorel, et qui m’ont permis de revivre la fin de la guerre de cent ans et le renou­veau de la monar­chie fran­çaise. C’est un roman passion­nant , pour­tant je n’ap­pré­cie guère d’ha­bi­tude les romans histo­riques.

La descrip­tion du génie de Jacques Cœur qui a su, dans une période si trou­blée, comprendre que la liberté du commerce pouvait donner la richesse à son pays tout en créant son enri­chis­se­ment person­nel, a retenu toute mon atten­tion surtout lors de son ascen­sion. Soutenu par la descrip­tion de la créa­tion du réseau commer­cial « Jacques Cœur », le roman histo­rique se déroule au gré de ce que l’au­teur connaît de la réalité du royaume de France de l’époque, et de ce qu’il imagine, comme l’his­toire d’amour entre la trop belle et si fragile Agnès Sorel et le grand argen­tier du roi.

Je ne savais de Charles VII que l’épi­sode de Jeanne d’Arc , la person­na­lité que lui crée Jean-Chris­tophe Rufin me semble vrai­sem­blable . Ces rois qui ont fait la France sont souvent aussi repous­sants de cruauté et de félo­nie que capti­vants par leur volonté de construire un royaume puis­sant. La diffi­culté de ce genre de roman, c’est de faire la part entre la réalité de l’époque choi­sie et la person­na­lité actuelle de l’écri­vain.

J’ai bien aimé que l’au­teur écrive dans sa post­face :

Je ne sais ce qu’il [Jacques Cœur] pense­rait d’un tel portrait et sans doute me ressemble plus qu’à lui.

C’est ce que j’éprou­vais quand il faisait de Jacques Cœur un homme sans reli­gion ouvert à la philo­so­phie grecque. J’avais l’im­pres­sion d’être avec un philo­sophe des lumières ou avec un homme d’au­jourd’­hui. Je n’ai qu’une envie aujourd’­hui aller voir le palais de Jacques cœur à Bourges , et je recom­mande ce roman à tous ceux et toutes celles qui aiment l’his­toire et les romans.. il me semble qu’il s’agit d’un très large public !

Citations

Une phrase à méditer

Il est des fidé­li­tés qui conduisent à la trahi­son

Les ennemis de l’homme d’action :

Il devint le premier des nombreux enne­mis que je me créai tout au long de ma vie, du simple fait d’avoir révélé leur faiblesse.

Comment voir positivement des traits de caractère que l’on jugeait auparavant négatifs

On ne me jugea plus rêveur mais réflé­chi, timide mais réservé, indé­cis mais calcu­la­teur.

Le pouvoir et la force

Ainsi il exis­tait le pouvoir et la force, et les deux choses n’étaient pas toujours confon­dues.
Si la force procé­dait du corps , le pouvoir, lui, était œuvre de l’es­prit.

La jalousie du talent

Talent, réus­site, succès font de vous un ennemi de l’es­pèce humaine qui, à mesure qu’elle vous admire plus, se recon­naît moins en vous et préfère vous tenir à distance. Seuls les escrocs , par l’ori­gine triviale de leur fortune, l’ac­quièrent sans se couper de leurs semblables et même en s’at­ti­rant leur sympa­thie.

Meneur d’hommes

Sans jamais avoir cher­ché à divi­ser pour régner , j’ai toujours pensé que l’union des contraires était le secret de toute entre­prise réus­sie.

Différence de mentalité entre Florence et la France

Je compris rapi­de­ment qu’il n’exis­tait pas dans cette cite libre la diffé­rence que nous connais­sons entre noble et bour­geois.
A Florence , la richesse ne connaît ne pudeur ni inter­dit. La seule précau­tion que prennent ceux qui en font étalage est de veiller à ce qu’elle revête les appa­rences de l’art. La beauté est le moyen qu’emploient les puis­sants pour parta­ger leur richesse avec le peuple.

La réussite de Jacques cœur n’est ‑elle pas un hymne au libéralisme ?

L’en­tre­prise que j’avais créée s’était à ce point déve­lop­pée parce qu’elle était vivante et que nul ne la contrô­lait . Liberté était donnée à tous les membres de ce gigan­tesque corps d’agir à leur guise . En se jetant sur les morceaux qu’ils pouvaient saisir ‚en plaçant mes biens sous séquestre, en démem­brant chaque pièce de drap conte­nue dans nos maga­sins , Dauvet et les chiens qui couraient à sa suite ne faisaient que fouiller les entrailles d’une bête morte . Tout ce qu’ils saisis­saient cessait d’être libre et donc de vivre. La valeur de ces choses deve­nues inertes , sitôt évaluées , se mettait à décroître , car elles ne valaient vrai­ment que dans le mouve­ment inces­sant et libre de l’échange.

On en parle

Tigrou 41454

A‑D

A

Abecas­sis (Eliette) ( Le Maître du Talmud 24 juillet 2018)

Ackroyd (Peter) (Trois frères 23 mais 2015.)

Adam (Olivier) (le Cœur Régu­lier 22 septembre 2010) (Poids léger 24 mars 2016)

Adams (Richard) (Water­ship Down 30 septembre 2016)

Adiga (Aravind) (Le Tigre Blanc 22 mai 2010)

Adimi (Kaou­ther) (Nos Richesses 29 janvier 2018) (Les Petits de Décembre 3 février 2020)

Alan­gui­lan (Gerry) (Elmer 5 décembre 2014)

Alcoba (Laura) (le bleu des abeilles 11 mai 2017)

Alexie (Sher­man) (le premier qui pleure a perdu 27 juillet 2009)

Alexie­vitch (Svet­lana) (La fin de l’homme rouge 18 janvier 2014)

Al Khamissi (Khaled) (Taxi 14 mai 2011)

Alliot (David) (Céline, idées reçues sur un auteur sulfu­reux 2 août 2011)

Altan (Ahmet) (Je ne rever­rai plus le jour 23 septembre 2019)

Amadou Amal (Djaili) (Wallaande, l’art de parta­ger un mari 3 mai 2015)

Ambjørn­sen (Ingvar) (Potes pour la vie 22 décembre 2014, Elling 28 janvier 2015)

Antoine (Amélie) (Quand on n’a que l’amour 31 juillet 2017)

Appe­feld (Aharon) (L’his­toire d’une vie 22 juillet 2010) (Des jours d’une stupé­fiante clarté 5 novembre 2018)

Appeyri (Yann) (Farrago 15 août 2009)

Arditi (Metin) (Loin des Bras ; 19 novembre 2009) (Prince d’or­chestre 30 octobre 2012) (L’en­fant qui mesu­rait le monde 10 août 2017)

Arnaud (Emma­nuel) (Le théo­rème de Kropst 12 février 2012)

Aslam (Nadeem) (Le jardin de l’aveugle 30 septembre 2013)

Assou­line (Pierre) (Les invi­tés 27 aout 2009, Le portrait 27 aout 2009)

Atkin­son (Kate) (Dans les coulisses du musées 24 janvier 2010) (Une vie après l’autre 25 juillet 2016)

Aubry (Gwenaëlle) (Personne 24 décembre 2009)

Audiard (Michel) (le chant du départ 31 mars 2018)

Azze­dine (Saphia) (Mon père est femme de ménage 7 novembre 2011)

B

Ba (Omar) (je suis venu, j’ai vu, je n’y crois plus 27 juillet 2009)

Badel (Ronan) ( loup gris  1 septembre 2017)

Bake­well (Sarah) (Comment Vivre 30 mars 2015)

Baltas­sat (Jean-Daniel) (Le Divan de Staline 8 septembre 2013)

Banks (Russell) (Un Membre perma­nent de la Famille 20 mars 2015)

Barbery (Muriel) (L’élé­gance du Héris­son 25 août 2009)

Bardy(Gérard) (Les femmes du Général 18 octobre 2018)

Barnes (Julian) (Quand tout est déjà arrivé 15 janvier 2018)

Baron (Cécile) (Le Louvre inso­lent 6 juin 2016)

Barral (Le guide mondial des records 29 mai 2018)

Barrows (Annie) (Le cercle de mangeurs d’éplu­chures de patates 27 août 2009)

Barry (Sébas­tian) (Le testa­ment caché 27 octobre 2009)

Bartol (Vladi­mir) (Alamut 9 aout 2015)

Bass (Olivier) (La musique des Kergue­len 17 janvier 2012)

Bassi­gnac (Sophie) (Le plus fou des deux 11 mai 2020)

Bauchau (Henry) (L’en­fant bleu 27 juillet 2009)

Baudouin (Jacques) (Petit Mao 23 avril 2010)

Baus­sant (Philippe) (Le roi se lève aussi 27 juillet 2009)

Bave­rez (Nico­las) (après le déluge 22 octobre 2009)

Beins­tin­gel (Thierry) (Ils désertent 16 octobre 2014)

Bel (Hervé) (La femme qui ment 4 janvier 2018)

Bello (Antoine) (Les funam­bules 24 novembre 2009) (Ada 12 décembre 2016)

Bena­meur (Jeanne) (Les Insur­rec­tions Singu­lières 12 novembre 2012)

Bena­quista (Tonino) (Homo Erec­tus 14 mai 2011) (Roma­nesque 7 novembre 2016) (Le guide mondial des records 29mai 208)

Bender (Aimée) ( La Singu­lière Tris­tesse du Gâteau au Citron 16 décembre 2019)

Benke­moun (Brigitte) (Albert le Magni­fique 12 janvier 2017)

Bennett (Alan) (La dame à la Camion­nette 3 juin 2014)

Bent (Patrick) (Nuit Noire sur Dinard 02 mars 2020)

Bentoumi (Farid) (Good Luck Algé­ria 4 mars 2016)

Besson (Philippe) (Retour parmi les hommes 14 avril 2011)

Bernard (Michel) (Les Forêts de Ravel 18 mai 2015) (Deux remords de Claude Monet 23 septembre 2016)(Le bon cœur 12 août 2019)

Bertin (Charles) (la petite dame en son jardin de Bruges 22 juillet 2012)

Berton (Benja­min) (La Chambre à Remon­ter le Temps 2 décembre 2011)

Beuglet (Nico­las) (Le Cri 19 juin 2017)

Bichet (Yves) (L’homme qui marche 6 mais 2019)

Bine­bine (Mahi) (le fou du roi 5 mars 2018)

Birgis­son (Berg­sveinn) (La lettre à Helga 16 octobre 2013)

Bihel (Frédé­ric)( Exauce-nous 27 juillet 2009)

Bizouerne (Gilles) (Loup gris 1 septembre 2017)( Pierre et la sorcière 1 septembre 2017)

Bizot (Véro­nique) (Mon couron­ne­ment 22 mai 2010) ( Un avenir 18 novembre 2011)

Blan­chot (Mathieu) (une vie avec Alexan­dra David-Neel 15 mars 2018)

Blanc-Gras (Julien) ( Touriste 8 octobre 2018) (Comme à la guerre 13 mais 2019)

Blake (Stépha­nie) ( Caca boudin 2 février 2017)

Blank (Sébas­tien) (L’un et l’autre 24 janvier 2010)

Bleys (Olivier) (Le fantôme de la Tour Eiffel 28 juillet 2015)

Blon­del (Jean-Philippe) (Au Rebond 27 octobre 2007) (G229 24 mai 2017) (Juke box 24 mai 2017) (Un minus­cule inven­taire avril 2018) (Rester vivant 26 novembre 2018) (La Grande Esca­pade 1 juin 2020)

Blun­dell (Judy) (Ce que j’ai vu et pour­quoi j’ai menti 15 août 2012)

Bois­ro­bert (Anouk) (Dans la forêt du Pares­seux 2 février 2017)

Boley (Guy) (Fils du feu 4 juillet 2018)

Boltansky (Chris­tophe) (La cache 3 décembre 2015))

Bombar­dier (Denise) (une enfance à l’eau bénite 4 janvier 2014)

Boncenne (Colombe) (Comme Neige 30 mai 2016)

Bondoux (Anne-Laure) (le Temps des Miracles 27 juillet 2009) (Pépites 11 janvier 2016) (Et je danse Aussi 28 janvier 2016)

Bonneau (Renée) (Meurtre chez Sir Alfred 4 décembre 2019)

Bonne­foix (Miguel) (Sucre noir 28 février 2018)

Bonnet (Laurent) ( Bordeaux, Carnet de Voyage 19 octobre 2012)

Bordas (Camille) (Isidore et les Autres 18 février 2019)

Bose (Buddha­deva) (la fille de nos rêves 21 janvier 2012)

Bouraoui (Nina)( Stan­dard 7 février 2014)

Bour­bon Parme (de) (Amélie) (Le secret de l’Em­pe­reur 29 mai 2017)

Bour­deaut (Olivier) (En atten­dant Bojangles 18 avril 2016)

Bour­geau (Vincent) (Au Secours Sortez moi de là 2 février 2017)

Boyd (William) (L’at­tente de l’Aube 21 août 2013)(Orages Ordi­naires 22 juin 2012)

Boyden (Joseph) (Le chemin des âmes 27 août 2009) (Les saisons de la soli­tude 24 septembre 2009)

Bragde (Anna B.)(Zona Frigida 14 novembre 2014)

Bredin (Jean-Denis) (L’af­faire 19 juin 2015)

Brijs (Stefan) (Cour­rier des tran­chées 10 septembre 2018)

Brink (André) (Une saison blanche et sèche 24 janvier 2014)

Brocas (Alexis) (Dieu dans la machine 20 mai 2019)

Brocas Sophie (le cercle des femmes 29 mars 2016)

Bronsky (Alina) (Le dernier Amour de Baba Dounia 4novembre 2019)

Brooks (Géral­dine) (Le livre d’Hanna 10 novembre 2009) (la soli­tude du docteur March 29 septembre 2010)

Bruder (Jessica) (Nomad­land 6 janvier 2020)

Bryson (Bill) (Ameri­can rigo­los 22 août 2012) (Motel Blues 12 septembre 2012) (une histoire de tout ou presque 28 septembre 2012) (Shakes­peare anti­bio­gra­phie 5 janvier 2013) (Nos voisins du dessous 18 janvier 2013) (Une Histoire du monde sans sortir de chez moi 19 juillet 2014)

Burton (Jessie) (Minia­tu­riste 16 juin 2015)(Les filles au lion 21 septembre 2017)

C

Caillé-Bastide (Virgi­nie) (Le Sans-Dieu 12 novembre 2018)

Calvetti (Paola) ( L’Amour est à la lettre A 8 février 2016)

Campos (Llanos) (Le trésor de Barra­cuda 02 décembre 2019)

Campoy (Fred) (Une vie avec Alexan­dra David-Neel15 mars 2018)

Capus (Alex) (Le faus­saire, l’es­pionne et le faiseur de bombes 7 septembre 2015)

Carerre (Emma­nuel) (D’autres vies que la mienne 16 septembre 2006) (Un Roman Russe 22 mars 2017)

Carlain (Noé) (les nouveaux dino­saures 13 novembre 2011)

Carle­ton (Jetta) (Les fleurs de Lune 24 décembre 2009) mars

Caro (Fabrice) (Le discours 4 mars 2019)

)assidy (Anne) (Inno­cents 24 novembre 2009)

Cathrine (Arnaud)(Edvar Munch L’en­fant terrible de la pein­ture 23 avril 2010)

Caugant (Caro­line) (Les Heures Solaires 10 juin 2019)

Cauuet (Paul)( Les vieux four­neaux tome 1 15 décembre 2014)

Cayre (Hanne­lore) (La Daronne 28 août 2017)

Céline (Louis-Ferdi­nand) (Voyage au Bout de la Nuit 14 aout 2011)

Cendres (Axl) (la drôle de vie de Bibow Bradwley 19 décembre 2013)

Cercas (Javier) (le Monarque des Ombres 21 janvier 2019)

Cestac (Florence) (Un amour exem­plaire 8 octobre 2015)

Ceylan (Nuri Bilge) (Il était une fois l’Ana­to­lie , 28 janvier 2012)

Chalen­don (Sorj) (Retour à Killy­begs 17 novembre 2011) (Le quatrième mur 26 novembre 2013) (Profes­sion du père 13 février 2017) (Le jour d’avant 9 novembre 2017)

Chang (Kang Myoung) ( Parce que je déteste la Corée 10 décembre 2017)

Chast (Roz) (Est ce qu’on peut parler d’autre chose, 7 mars 2016)

Châte­let (Noëlle) (Au Pays des Vermeilles 26 novembre 2009)

Chau­veau (Sophie) (Noce de Char­bon 1 février 2014)

Charles (Maryse et Jean-Fran­çois) (Far Away 10 octobre 2012)

Ches­nel (Fanny) (Une jeune fille au cheveux blancs 14 juin 2011)

Ches­not (Chris­tian) (Qatar : le sacret du coffre fort 19 mai 2014)

Cheva­lier (Tracy) (Prodi­gieuses Créa­tures , 14 aout 2011) (Le Réci­tal des Anges 13 janvier 2015)

Chia­rello (Fanny) (Une faiblesse de Carlotta Delmont 14 avril 2016)

Chirousse (Myriam) (Miel et Vin 15 avril 2010)

Choplin (Antoine) (L’in­cendie 13 mars 2015)

Chou­kri (Moham­med) (Le pain nu 8 mai 2017)

Cipolla (Carlo M.) (les lois de la stupi­dité humaine 7 mai 2012)

Clarke (Brock) (guide des incen­diaires des maisons d’écri­vains 23 novembre 2009)

Clau­del Philippe (Tous les soleil film 14 avril 2011) (L’arbre au pays Toraja 21 avril 2016) (les âmes grises 19 avril 2018)

Clemen­ceau (Fran­çois) (Vivre avec les Améri­cains 24 janvier 2010)

Clement (Jenni­fer) (Prières pour celles qui furent volées 9 mars 2015)

Cloa­rec (Fran­çoise) (L’in­do­lente le mystère de Marthe Bonnard 19 janver 2017)

Coe (Jona­than) (La pluie avant qu’elle ne tombe 23 avril 2010) (expo 58 6 avril 2014)

Coet­zee ( John Maxwell) (l’abat­toir de verre 10 décembre 2018)

Cohen Hadria (Victor) (les trois saisons de la rage 3 décembre 2011)

Coher (Sylvain) (Nord Nord Ouest 10 avril 2015)

Coman (Caro­lyn)( Céleste et la banque des rêves 25 janvier 2013)

Commengé (Béatrice) (Le Paris de Modiano 14 août 2017)

Confiant (Raphaël) (Rue des Syriens 6 mars 2017)

Conroy (Pat) ( Le Prince des Marées 4 avril 2016) ( la mort de Santini 14 septembre 2017)

Constan­tine (Barbara) (Tom petit Tom tout petit Homme Tom 24 février 2010)

Cook (Eileen) (Ne dites pas à ma mère .. 5 juilet 2012)

Cook (Kenneth) (à coups redou­blés 23 avril 2010) (la vengeance du Wombat 23 avril 2010) ( Le Koala Tueur 22 Mai 2010)

Cordier (Daniel) (Alias Cara­calla 25 décembre 2009)

Cossé (Laurence) (La grande Arche 10 mars 2018)

Cossery (Albert) (Mendiants et Orgueilleux 5 mais 2016)

Court­ney Sulli­van (Julie) (Maine 14 aout 2014)

Crown (Jona­than) (Sirius 13 juin 2016)

Curiol (Céline) (Les vieux ne pleurent jamais 7 avril 2016)

Cush­man (Karen) (Le livre de Cathe­rine 24 février 2010)

Czapski (Joseph) (Proust contre la déchéance 5 juin 2017)

D

Dai (Sijie) (L’évan­gile selon Yong Sheng 24 février 2020)

Dalam­bert (Louis-Philippe) (Avant que les Ombres s’ef­facent 7 février 2018)

Damas (Gene­viève) (Si tu passes la rivière 25 avril 2015)

Daoud (Kamel) (Meur­sault Cont mars re-Enquête 4 novembre 2014)

Daull (Sophie) ( Au grand Lavoir 18 mars 2019)

David (Michel) (Un bonheur si fragile 11 juin 2015)

David­sen (Leif) (à la recherche d’Hemingway 24 juin 2010)

Davo­deau (Etienne) (Le chien qui louche et les Igno­rants 21 septembre 2014)

Davri­chewy (Kéthé­vane) (Les Sépa­rées 4 avril 2012) (Quatre Murs 15 mars 2014) (La mer noire 14 avril 2017)

Deghelt (Frédé­rique) (La grand mère de Jade 14 janvier 2011)

Dela­court (Grégoire) (la liste de mes envies 4 janvier 2013) (La femme qui ne vieillis­sait pas 9 juillet 2018)

Dela­motte (Isabelle) (le roman de Jeanne à l’ombre de Zola 24 novembre 2009)

Dele­croix (Vincent) (La chaus­sure sur le toit 27 août 2009)

Delisle (Guy) (Les Chro­niques de Jéru­sa­lem 5 février 2012)

Delmaire (Julien) (Minuit Mont­martre 24 mars 2019)

De Luca (Erri) (le jour d’avant le bonheur 23 février 2012) (le tort du soldat 18 août 2014) (Le poids du papillon 11 mars 2019) (La nature expo­sée 25 novembre 2019)

De Vigan (Delphine) (No et moi 27 août 2009)

Depestre (René) (Hadriana dans tous mes rêves 20 février 2010)

Desarthe (Agnès) (Le Rempla­çant 20 août 2009) (Ce cœur chan­geant 29 février 2016)

Despentes (Virgine) (Apoca­lypse Bébé 21 novembre 2010)

Destre­mau (Yolaine) (White noise 24 février 2010)

Detam­bel (Régine) ( Trois ex 17 mai 2017 )

D’Hal­luin (Bruno) (L’égaré de Lisbonne 3 aout 2015) (Jon l’Is­lan­dais 2 novembre 2015)

Dicker (Joël) (La Vérité sur l’af­faire Harry Quebert 1 décembre 2009)

Didier­laurent (Jean-Paul) Le liseur du 6H27 26 décembre 2016)

Dilies (Abélard tome 1 et 2, 11 juillet 2016)

Dongala (Emma­nuel) (Photo de groupe au bord du fleuve 14 juin 2011)

Donner (Chris) (Mes débuts dans l’art 20 novembre 2014)

Douglas (Louise) (Nos mensonges 10 décembre 2014)

Dowd (Siob­han) (L’éton­nante dispa­ri­tion de mon cousin Salim 2 octobre 2009)

Doxia­dis (Apos­to­los) (La Conjec­ture De Gold­bach 16 aout 2018)

Doyle (Roddy) (The Commint­ments 25 octobre 2017)

Drey­fus (Pauline) (Ce sont des choses qui arrivent 18 décembre 2014) ( le déjeu­ner des barri­cades 2 février 2018)

Dryansky (Joanne et Gerry) (L’ex­tra­or­di­naire histoire de Fatima Mansour 22 mai 2010)

Dudek (Arnaud) (Une plage au pôle nord 8 mai 2015)

Duenas (Maria) ( L’es­pionne de Tanger 3 octobre 2016)

Dugain (Marc) (L’in­som­nie des étoiles 14 février 2011)

Dune­ton (Claude) (Rires d’hommes entre deux pluies 16 novembre 2011)

Dupont-Monod (Clara) ( le roi disait que j’étais le diable 25 février 2015)

Duro­selle (Jean-Baptiste) (La grande guerre des Fran­çais 19141918 30 mai 2012)

Duroy (Lionel) (Le chagrin 15 septembre 2011)

Duteurtre (Benoît) (Les pieds dans l’eau 27 juiller 2009) (Le Retour du Géné­ral 22 mai 2010) (l’Or­di­na­teur du Para­dis 8 décembre 2014) (Livre pour adulte 21 août 2017)

Duyck Alexandre ( Augus­tin 8 avril 2019)

Édition Galli­mard NRF (du monde entier)

Traduit de l’ita­lien par Danièle Valin

Quand j’ai chro­ni­qué « le poids du Papillon » Domi­nique m’avait conseillé de lire ce roman. Comme elle, j’ai parfois des lectures moins enthou­siastes de cet auteur par exemple « le jour avant le bonheur » et même « le tort du soldat » m’avaient moins convain­cue que ces deux derniers romans. Encore un coup de cœur pour celui-ci. Un des sujets du roman c’est le travail du « passeur » arti­san (il refu­se­rait le titre d’ar­tiste) qui doit « expo­ser la nature » du christ c’est à dire son sexe. Oui, j’ai appris grâce à ce roman que les cruci­fiés étaient nus sur leur croix. Il existe de rares statues du christ nu.

Un sculp­teur décide au début du XX° siècle de faire une sculp­ture du cruci­fié nu, mais l’église a imposé que l’on cache le sexe sous un pagne de pierre. Notre person­nage prin­ci­pal est donc chargé d’en­le­ver le rajout et sculp­ter le sexe du christ.

Le person­nage, – voilà l’autre thème du roman- est un habi­tant des montagnes mais il doit trou­ver refuge dans une petite ville de bord de mer car il est devenu bien malgré lui trop célèbre dans son village. Habi­tant des régions fron­ta­lières, il est devenu « passeur », pour « des gens » qui veulent conti­nuer leur périple en Europe. Ces immi­grés sont, comme il nous le dit, les nouveaux nomades de notre époque. Il s’ac­quitte avec succès de cette tâche, en accep­tant le prix fixé par deux passeurs du village mais lui rend aux immi­grés leur argent dès la fron­tière passée. Cela se sait et tous les médias s’in­té­ressent à lui. Ses anciens amis se sentent trahis et ne veulent plus de lui dans le village. Il part donc et trou­vera ce travail dans une église du bord de mer. C’est pour lui, et pour nous, l’oc­ca­sion de se confron­ter au travail du sculp­teur sur marbre et de réflé­chir au sens des trois grandes reli­gions mono­théistes. Tout le livre très court ‑cet auteur écrit souvent de moins de deux cent pages- est plein d’une sagesse, d’hu­mour et de réflexions qui font sourire parfois, nous troublent souvent. J’ai aimé ce roman , j’es­père me souve­nir de quelques une des cita­tions que j’ai notées ‑celle sur Char­lot a fait écla­ter de rire mes amis-. À mon tour de vous en recom­man­der chau­de­ment la lecture.

Citations

J’adore .…

Je grave des noms pour les amou­reux endur­cis qui les préfèrent sur des branches et des cailloux plutôt que sur des tatouages. Ils durent plus long­temps sans pâlir. 

Les frontières dans les montagnes

Ils sont cocasses ces États qui mettent des fron­tières sur les montagnes, ils les prennent pour des barrières. Ils se trompent, les montagnes sont un réseau dense de commu­ni­ca­tion entre les versants, offrant des variantes de passage selon les saisons et les condi­tions physiques des voya­geurs.

Le personnage principal doit sculpter le sexe du Christ qui a été enlevé et caché par un linge en granit

Il m’ap­prend que je suis le dernier d’une longue liste d’ar­tistes, confir­més ou non, qui ont été consul­tés. L’un d’eux a dit que l’en­lè­ve­ment trau­ma­tique de la couver­ture suffi­rait déjà à repré­sen­ter la nudité et son histoire censu­rée. Ceux qui ont accepté d’es­sayer ont proposé des solu­tions bizarre. À la place de la partie déta­chées, quel­qu’un a imaginé un oiseau, plus préci­sé­ment un coucou, parce qu’il met ses œufs dans le nid des autres. Un deuxième à penser à une fleur. Un jeune artiste a eu l’idée d’un robi­net.

Le vin

Le curé conti­nue à m’écou­ter tout en prenant une bouteille de vin et deux verres. Il remplit le mien à ras bord. C’est l’usage chez les ouvriers. Si on offre du vin, on remplit le verre. Ce sont les riches qui en verse peu. Eux, ils ne boivent pas ils sirotent. Si on en offre à un ouvrier, on en verse jusqu’à ce que le verre déborde.

Vous la portez à droite ou à gauche ?

Il est curieux de connaître celui qui a fina­le­ment été chargé de restau­rer la gêne. Son père qui était tailleur, l’ap­pe­lait ainsi quand il prenait les mesures pour un panta­lon. Il deman­dait au client de quel côté, droit ou gauche, il portait la gêne. 

Traverser la place de la gare à Naples

J’ob­serve ce que font les passants pour atteindre la rive oppo­sée du trot­toir. Le courant d’au­to­mo­biles est continu.
Ils font comme ça, ils descendent du bord tandis que le flux s’écoule indif­fé­rent à eux. Ils l Ils avancent dans le gué , frôlés et contour­nés par les voitures comme des rochers qui affleurent. Ils avancent rapi­de­ment jusqu’à la berge d’en face. Il ne faut pas croire que la mer Rouge s’ouvre en deux pour eux, mais c’est une mer rouge locale, élas­tique, qui coule en évitant le peuple en marche. Elle l’in­cor­pore et le repose indemne de l’autre côté. Je regarde sans bouger. Je prends des notes visuelles étonné sur la dyna­mique du lieu, sans me déci­der à tenter l’ex­pé­rience. Il est impé­ra­tif de ne pas hési­ter une fois dans le courant. La mer Rouge s’adapte à l’in­trus si son pas est décidé, mais devient colé­reuse et impé­tueuse s’il hésite ou change d’avis.

Charlot

Char­lie Chaplin a parti­cipé au concours des imita­teurs de Char­lot et il est arrivé troi­sième. 

Le prix et la langue des passeurs

Les voya­geurs paient comp­tant, forcé de faire confiance. On utilise un anglais de dix mots, le jargon des dépla­ce­ments.

Destins d hommes

J’écoute les histoires de destins bizarres, des façons nouvelles de mourir : dans une soute asphyxié par les gaz du moteur, gelé dans le compar­ti­ment du train d’at­ter­ris­sage d’un avion, étouffé dans un camion garé l’été en plein soleil.

Cruauté des hommes

Nous parlons de tout le mal que l’es­pèce humaine a inventé pour elle-même. Aucun animal ne se rapproche de notre pire. Aucune autre créa­ture vivante n’a imaginé le supplice de l’emballement. L’ha­bi­leté du bour­reau consis­tait à prolon­ger l’ago­nie.

Nous cessons de manger pendant un moment, nous nous regar­dons, nous bais­sons les yeux. Il y a peu de temps encore, nous aurions assisté à ces exécu­tion dans la rue sans détour­ner le regard. Décidé par les auto­ri­tés : cela suffit à leur donner force de loi.

Je sais que je dois cette lecture à un blog, mais j’ai hélas oublié de noter son nom . Si je le retrouve, je mettrai immé­dia­te­ment un lien.

Ce livre est un essai du fils du « sauvé », Georges Heis­bourg pour cerner la person­na­lité de son « sauveur » le baron von Hoinin­gen. C’est une plon­gée très inté­res­sante dans la deuxième guerre mondiale et en parti­cu­lier dans le nazisme. L’au­teur s’at­telle à une tâche rendue complexe par la person­na­lité du baron qui n’a jamais raconté ce qu’il a fait pendant la guerre et qui ne s’est jamais glori­fié de quoi que ce soit. « Un taiseux » et un « hyper » discret nous est donc présenté par quel­qu’un qui ne veut surtout pas roman­cer cette histoire. Au passage, je me suis demandé si ce n’était pas là un trait de la haute société luxem­bour­geoise, car le père de l’au­teur n’a pas raconté grand chose non plus. Et si l’au­teur se plaint de n’avoir qu’une photo du baron, il ne met aucune photo de son père dans ce livre. Les sources d’archives proviennent surtout de l’Al­le­magne, car la Gestapo avait la manie de tout écrire pour faire des dossiers sur tout le monde et ce mili­taire haut gradé et noble avait tout pour finir pendu. Il n’a dû son salut qu’à sa fuite au dernier moment de la guerre, alors que l’ar­mée alle­mande recu­lait sur tous les fronts. Mais cela n’empêchait pas la Gestapo de lancer ses sbires à la recherche du fugi­tif soup­çonné à juste titre d’avoir des accoin­tances avec les conju­rés qui ont essayés en vain d’as­sas­si­ner Hitler. Tout ce qu’a fait ce baron est bien analysé et s’ap­puie sur des témoi­gnages de ceux qui ont profité de son enga­ge­ment. Tous le décrivent comme un homme « bien ». Mais alors pour­quoi sa propre famille ne veut pas témoi­gner ? Par pudeur ? De crainte de révé­ler un secret ? L’au­teur comme le lecteur en est réduit aux hypo­thèses. Enfin, le livre se termine sur une réflexion à propos du bien . C’est inté­res­sant de voir que même dans le pire système, il y a des indi­vi­dus qui ne feront pas exac­te­ment ce que des tortion­naires au pouvoir attendent d’eux. C’est ce que l’au­teur défi­nit comme « la bana­lité du bien » qui est en chacun de nous . Alors que » la bana­lité du mal » expres­sion si mal comprise d » Hannah Arendt est le fait d’êtres sadiques et dépra­vés qui se cachent derrière des êtres dont l’ap­pa­rence et la vie sont banales.

Citations

Le recrutement nazi

L’une des forces du Nazisme sera hélas d’avoir su recru­ter aux deux extrêmes du spectre des compé­tences : d’un côté les brutes mena­cées de déclas­se­ment , profil large­ment répandu chez les Gaulei­ter, de l’autre les surdi­plô­més, notam­ment dans les disci­plines juri­diques, qui aurait réussi dans n’im­porte quel système et que l’on trou­vera souvent chez les SS, spécia­le­ment dans les Einsatz­kom­man­dos exter­mi­na­teurs sur le front de l’Est.

Je ne savais pas ça !

Un pasteur proche de la branche natio­nal-socia­liste du protes­tan­tisme, les tenant du « Deut­scher-Christ » (un Jésus non pas juif mais aryen)

Cet étrange Nazi

En ligne de résul­tats : Franz von Hoinin­gen a contri­bué à tirer au moins 574 Juifs, (964 avec « le dernier convoi ») des griffes des nazis au Luxem­bourg, dont de l’ordre de 470 vers un naufrage défi­ni­tif hors d’Eu­rope. Les recherches les plus récentes estime à 890 le nombre total des Juifs du Luxem­bourg qui ont pu quit­ter l’Eu­rope occu­pée pendant la guerre : plus de la moitié de ces sauve­tages défi­ni­tifs doivent être attri­bués, au moins entre autres, au baron.

Un luxembourgeois conservateur : son père.

Un conser­va­teur luxem­bour­geois, c’est d’abord quel­qu’un qui soutient l’exis­tence même du grand-duché et de la dynas­tie grand-ducale. Nonobs­tant l’in­fluence cultu­relle alle­mande et la langue alle­mande dans le pays, et spécia­le­ment à travers une église alors puis­sante, ce natio­na­lisme est davan­tage anti­prus­sien et anti­al­le­mand qu’an­ti­fran­çais ou qu’an­ti­belge. L’épi­sode de 19141918 avait eu pour effet de confor­ter ce posi­tion­ne­ment. Mon père avait par ailleurs pris goût pour la culture et la langue fran­çaises, d’où son choix d’en­ta­mer ses études supé­rieures à Grenoble et à la Sorbonne, à à l’époque, il n’y avait pas d’uni­ver­sité au grand-duché, et les bache­liers pouvaient choi­sir de pour­suivre leurs études en Belgique, en France ou en Alle­magne. Réac­tion­naire, il l’était, mais démo­crate aussi et affi­chera donc ses senti­ments pro-Alliés pendant la drôle de guerre.

La banalité du bien

Pour­tant, ils sont mis par une combi­nai­son assez simi­laire d’éthique de respon­sa­bi­lité et l’éthique de convic­tion. Ce ne sont pas des cyniques. La formule « noblesse oblige » ne s’ap­plique pas au pied de la lettre, puisque seul Hoinin­gen fait partie de cette confré­rie là : pour­tant elle paraît résu­mer leur approche de la situa­tion excep­tion­nelle dans ces années de feu. Aussi, on ne manquera pas de souli­gner l’im­por­tance capi­tale de la trans­mis­sion éthique dans nos socié­tés, trans­mis­sion qui implique aussi une certaine compré­hen­sion de notre passé.

le cas de la Pologne et de la Hongrie

Des pays comme la Pologne où la Hongrie ne parviennent pas à apai­ser leur rela­tion au passé de la guerre froide en partie parce qu’ils n’ont fait que très impar­fai­te­ment leur travail de mémoire par rapport aux drames de la Seconde Guerre mondiale.

Appel au témoignage

Il y a une immense noblesse à faire le bien, surtout si cela implique de tour­ner le dos au système de croyances de son clan, de sa tribu. Cepen­dant, l’ac­tion doit être prolon­gée par sa narra­tion. Le taiseux baron, mais pas seule­ment lui, n’y était pas porté. Il est temps d’en parler. Et, en parlant, peut-être susci­te­rons- nous d’autres voca­tions : des langues de proches se délie­ront, des archives fami­liales ou publiques s’ou­vri­ront. En d’autres mots, et en retour­nant l’adage fami­lier : pas seule­ment des actes mais aussi des paroles. Telle est la condi­tion d’une trans­mis­sion durable.

Homère, pour autant qu’il est réel­le­ment existé, paraît avoir été de cet avis. Qui lui donne­rait tort trois mille ans plus tard ?

De cette auteure j’ai lu et beau­coup appré­cié « la femme de l’Al­le­mand », je retrouve ici son sens de la nuance et la volonté de ne pas juger avec des prin­cipes moraux si répan­dus une situa­tion somme toute très banale. J’ai donc suivie l’avis d’Aifelle qui voit dans ce roman une façon pour Marie Sizun de combler les manques d’une généa­lo­gie incom­plète.

Un homme, Léonard, aime sa jeune femme Hulda à qui il fait cinq enfants. Il embauche une gouver­nante, Livia qui devien­dra sa maîtresse et qui aura aussi un enfant de lui. Cet amour à trois, sous le même toit à quelque chose de destruc­teur et effec­ti­ve­ment la santé d’Hulda ne résis­tera pas à cette situa­tion. L’amour ancil­laire (oui la langue fran­çaise à un même un mot pour décrire cela ! faut-il que cette situa­tion soit banale !) n’est pas le seul respon­sable de la destruc­tion d » Hulda. Cette très jeune fille suédoise de la très bonne société s’est enti­chée d’un séduc­teur fran­çais qui devra divor­cer de sa femme anglaise pour pouvoir l’épou­ser.

Ce Léonard est bien étrange, amou­reux de la litté­ra­ture fran­çaise il devient repré­sen­tant en vin et « ses affaires » le retiennent très souvent loin de sa famille. Hulda exilée à Meudon ne trouve que dans Livia la gouver­nante suédoise et aussi la maîtresse de son mari, une amitié qui la réconforte.C’est un triangle infer­nal et Marie Sizun a beau vouloir redon­ner une dignité à chacun de ses person­nages, j’ai vrai­ment eu du mal à accep­ter le rôle de Léonard. C’est d’ailleurs le person­nage le plus faible. On ne comprend pas, l’au­teure ne le dit pas, pour­quoi il fait de mauvaises affaires, et quelles sont les raisons qui le poussent à être toujours aussi loin de chez lui. Ce qu’on sait de lui le rend peu sympa­thique à quarante ans marié à une femme anglaise dépres­sive, il séduit une jeune fille de dix sept ans. Puis Leonard et Hulda forment un couple presque heureux tant qu’ils sont en Suède. Ils partent en France et ce repré­sen­tant en vin laisse sa jeune femme se débrouiller à Meudon sans beau­coup d’argent et gérer la grande maison de Meudon et leurs quatre enfants. De son amour avec la gouver­nante, on ne sait pas non plus grand chose, le talent de Marie Sizun arrive à donner un peu de consis­tance au portrait de Livia.

Marie Sizun explique qu’il s’agit d’un roman d’amour, je trouve que c’est un roman de l’en­fer­me­ment, j’ai étouffé dans ce triangle et j’ai regretté que personne ne renvoie à Léonard Sèze­neau son rôle de préda­teur que j’ai ressenti pendant tout le roman. Hélas ! seul le frère d’Hulda , Anders, a une vision assez juste de la person­na­lité de Léonard, il sent le piège qui se referme sur sa sœur, mais c’est aussi un person­nage falot para­site inca­pable d’ai­der quel­qu’un d’autre. Je comprends bien la volonté de Marie Sizun de retrou­ver un sens à cette histoire qui est en partie la sienne, mais il y a trop d’élé­ments qui lui manquent . Elle n’a pas voulu inven­ter et elle s’est en tenue au plus probable et au plus digne de chaque person­nages. Je suis souvent restée sur ma faim trou­vant en quelque sorte qu’il y avait bien des « blancs » dans cette histoire.

Citations

Le professeur français séduit sa jeune élève suédoise

Comme histoire, ici, se préci­pite !
Hulda a‑t-elle osé, elle, la jeune fille sage, se glis­ser parfois dans l’ap­par­te­ment aban­donné par la malheu­reuse anglaise ? De quelle façon les amants se sont-ils retrou­vés , en quel lieu ? Personne n’a rien vu. Toujours est-il qu’au prin­temps 1868 le scan­dale éclate, soit qu’ils aient été surpris, soit que la petite ait parlé à sa mère : elle est enceinte. Un coup de tonnerre pour la famille du banquier. Sigrid Chris­tians­son pleure beau­coup, son mari tonne, fulmine, se désole. Comment aurait-on pu prévoir une telle incon­duite de la part d’une enfant si sérieuse, si pure ? Sa fille chérie, le trahir pareille­ment.

Noël en Suède

On prépare Noël. La maison n’a jamais été aussi lumi­neuse, aussi joyeuse, car on allume à plai­sir lampes et bougies, on en met partout, jusque sur l’ap­pui des fenêtres, et c’est beau dans la nuit toutes ces fenêtres éclai­rées. Les enfants, les bonnes sont tout exci­tés à l’idée de la fête. Hulda elle-même se laisse gagner par cette gaieté. Avec Livia, elle parle de déco­ra­tion de table, de sapin de Noël, de cadeaux. Comme tout semble harmo­nieux dans la musique des airs de Noël qu’elles jouent au piano à quatre mains, la gouver­nante et elle, pour la grande joie des enfants !

Le drame

- Maman n’était pas malade, inter­vient Isidore. Elle était juste triste. D’être ici, dans cet affreux pays, comme nous, d’ailleurs, mais plus que nous. »

Surprise par la dureté de son regard, Livia regarde le petit garçon : « Je ne sais pas, Isidore. Et c’est vrai que la tris­tesse peut deve­nir une mala­die… En tout cas, de bébé Alice n’y est pour rien, et elle a comme vous perdu sa mère. Elle a besoin de vous. »
Et à travers les mots qu’elle s’en­tend pronon­cer, dont elle voit le reflet sur le visage des quatre petits, elle éprouve elle-même singu­liè­re­ment la cohé­sion de ces enfants là, de cette fratrie, elle sent de façon presque doulou­reuse la force qu’ils repré­sentent autour du bébé tous les cinq, dans la profon­deur de leur unité. Alors qu’elle, la gouver­nante, n’est et ne sera jamais qu’une étran­gère.