Édition Flam­ma­rion . Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

C’est un roman léger et dont la lecture si agréable nous sort un peu du monde trop violent qui est le nôtre aujourd’hui. Tout en étant léger il n’est pas pour autant super­fi­ciel. Deux histoires se rassemblent autour d’un curieux phéno­mène : le passage de Venus devant le soleil .

Les tran­sits de Vénus font partie des phéno­mènes astro­no­miques prévi­sibles les moins fréquents et se produisent actuel­le­ment suivant une séquence qui se répète tous les 243 ans, avec des paires de tran­sits espa­cés de 8 ans sépa­rées par 121,5 puis 105,5 ans. Avant 2004, la paire de tran­sits précé­dente date de décembre 1874 et décembre 1882. Le premier de la paire de tran­sits du début du xxie siècle a eu lieu le 8 juin 2004 et le suivant a eu lieu le 6 juin 2012 . Après 2012, les prochains tran­sits auront lieu en 2117 et 2125. selon Wikipedia .

Vénus c’est ce petit point noir sur le soleil

Guillaume Joseph Hyacinthe Jean-Baptiste Le Gentil de la Galai­sière en 1760 s’embarque pour aller voir ce phéno­mène extra­or­di­naire à Pondi­chéry. Il doit y être le 6 juin 1761. Une terrible tempête l’empêchera d’ar­ri­ver à temps, il décide alors de rester à l’île Maurice, Mada­gas­car et la Réunion pendant 8 ans pour pouvoir voir le prochain passage. En atten­dant, il écrit pour racon­ter ce qu’il voit et consti­tue une superbe collec­tion de coquillages. Pour ses obser­va­tions , il possède un superbe téles­cope objet qui émer­veillera les marins et les gens qu’il rencon­trera dans ses voyages.
Et voici notre deuxième person­nage, Xavier agent immo­bi­lier à Paris, il retrouve cet ancien téles­cope dans un appar­te­ment qu’il a vendu. Il le met sur sa terrasse et observe la lune, les étoiles et sur un autre balcon une jolie pari­sienne dont il va tomber amou­reux. Xavier est un homme de notre époque divorcé , anxieux qui se relaxe grâce à des appli­ca­tions sur inter­net . Il ne voit son fils qu’un WE à deux et il cherche des acti­vi­tés extra­or­di­naires pour être bien avec lui. La jolie Alice qui a rencon­tré Xavier car elle recher­chait un appar­te­ment travaille au musée des jardins des plantes, est taxi­der­mique et fait revivre des animaux en les redon­nant un aspect vivant.
Leur histoire sera un peu compli­quée, nous ne les quit­te­rons que pour retrou­ver Guillaume dans ses diverses aven­tures et ses rencontres avec des humains, des animaux des plantes si loin de la cour du roi Louis XVI . Nous avons quelques belles tempêtes et malheu­reu­se­ment la belle collec­tion de coquillages sera sacri­fiée pour sauver le bateau du retour. A son retour en France tout le monde l’ayant cru mort, il a perdu sa place à l’aca­dé­mie des sciences et sa famille s’est parta­gée son héritage.

On est bien avec les diffé­rents person­nages même si quand on sort du livre, on se dit que le monde n’est pas aussi gentil que celui que nous décrit Antoine Laurain. Il a su nous faire revivre un astro­naute bien oublié et nous faire parta­ger une romance à laquelle on a envie de croire.

Citations

Présentation de Xavier.

Il semblait à Xavier que sa vie avait en quelque sorte déra­pée à un moment et il avait du mal à situer préci­sé­ment ce moment. Souvent, il se sentait comme un céli­ba­taire sans avenir, qui vendait aux autres, plein d’en­train et de ressources, des appar­te­ments pour y construire une vie ‑autant de projets qui ne lui parais­saient plus à sa portée. 
Rien est vrai­ment compli­qué. Ce que vous perce­vez comme diffi­cile sont le plus souvent des construc­tions mentales. Vous ajou­tez une couche d’an­goisse dont vous n’avez nul besoin et qui est improductive. 

Les plages de l’île Maurice par rapport à la manche.

Du bleu et de la lumière. Tout était bleu, l’eau était aussi immo­bile que le ciel. Jamais il n’avait vu d’autre plage que celle de la Manche, où il se rendait enfants et adoles­cents avec la famille. Des dunes avec des mottes d’herbe éparses balayées par le vent puis l’im­men­sité de la mer. Le plus souvent, sa couleur était bleu foncé tein­tée de kaki et des rouleaux mena­çaient ceux qui s’ap­pro­chait et n’étaient pas marin. L’eau se reti­rait sur des kilo­mètres, et il fallait marcher long­temps sur les bosses du sable humide et dans les petits étangs de vases avant d’ar­ri­ver au bord de la mer qui était en géné­ral glacée sur les pieds.

Une idée du bonheur.

Bruno devait vivre le rêve d’une nouvelle vie en Dordogne, passer de belles jour­née en famille, pleines de projets pour ses chambres d’hôtes, et échan­ger avec Char­lotte, sa femme, sur les couleurs du papier peint d’une future pièce ou encore sur l’agen­ce­ment d’une rocaille dans le par paysagé. Oui, Bruno avait fait le bon choix : il avait quitté la ville, avec ses voitures qui se repro­dui­saient comme des cafards, selon son expres­sion. Il devait vivre tous les jours comme dans ses publi­ca­tions fami­liales des années 1980 dans lesquels le père et la mère retrou­vaient leurs enfants le matin au petit déjeu­ner, dans la cour d’une belle maison enso­leillée pour parta­ger choco­lat chaud et café brûlant en écla­tant de rire. En géné­ral ces spots vantaient une marque de chico­rée ou des assurances ;

J’adore la fin.

Le prochain tran­sit de Vénus aura lieu en 2117. Soit dans quatre vingt quinze années. Vous, qui lisez ces lignes, ne serez plus là. Et moi non plus. Comme guillaume nous rate­ront ce rendez-vous. Mais ce n’est pas grave. Nous sommes ici. Main­te­nant. J’écris. Vous lisez. 
Nous respi­rons. 
Nous sommes vivants. 
Tout va bien.

Édition Autre­ment.  Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

C’est un premier roman d’Alain Mascaro qui semble lui avoir été inspiré par un grand voyage qu’il a entre­pris en déci­dant de quit­ter son emploi de profes­seur de lettres. Le titre en dit beau­coup sur le sujet du roman : le peu de liberté qui est laissé aux popu­la­tions de nomades qui décident de ne respec­ter aucune fron­tière et de vivre de spec­tacles qu’ils donnent de ville en ville. Le coeur même du roman raconte l’ex­ter­mi­na­tion du peuple tzigane par les nazis. Cela on le sait bien sûr, mais on lit beau­coup moins souvent les récits de la « Pora­j­mos » que ceux sur la Shoa. Le seul survi­vant d’un petit clan (kumpa­nia) des Thor­vath , Anton le dres­seur de chevaux, va devoir sa survie dans le ghetto de Łódź en se faisant passer pour un juif.(Ils ne doivent pas être nombreux à avoir fait cela !)

Le livre est rempli de toute la poésie des êtres libres qui aimaient sentir le vent de la steppe dans leurs cheveux quand ils chevauchent des montures aussi libres qu’eux. Le début commence avant la montée du Nazisme et la petite troupe vit au rythme des spec­tacles et des contes racon­tés par le violo­niste Jag que nous retrou­ve­rons à la fin du roman. Malheu­reu­se­ment la petite troupe est en Europe et sera entiè­re­ment massa­crée par les nazis. Je ne le savais pas mais à Łódź à coté du célèbre ghetto tenu par des juifs et qui ont été les derniers à être dépor­tés, il y a eu un camp de concen­tra­tion pour les Tziganes, il n’y a eu aucun survi­vants. J’avais lu le récit de ce ghetto parti­cu­lier « Un monstre et le chaos ». Nous rencon­trons là le portrait d’un méde­cin juif qui va enri­chir la person­na­lité d’An­ton, très vite, face au géno­cide sa famille le charge de survivre pour hono­rer la mémoire des morts. Dans le dernier camp, Anton rencon­trera un juif grec qui enri­chira ses connais­sances philo­so­phiques. Cet être solaire ne pourra pas survivre aux tortures des camps : que d’êtres d’ex­cep­tion dont l’hu­ma­nité aurait eu tant besoin et qui ont disparu à jamais dans les fosses communes des camps de concen­tra­tion. Anton va survivre mais sera brisé par ces drames atroces, il retient tous les noms de ces dispa­rus qui lui appar­tiennent et qu’il ne veut pas oublier. Que de tristesse !

Après la guerre, il sera sauvé par l’amé­ri­cain qui sera le premier à ouvrir le camp de Mauthau­sen, son passage aux USA lui permet­tra de retrou­ver la santé mais pas son âme. Il recons­ti­tuera une « kumpa­nia » avec des person­na­li­tés au passé marqué par la guerre et donnera des spec­tacles où les chevaux auront une place parti­cu­lière. Anton retrou­vera Jag qui vit en Indes. Là aussi la guerre entre les Hindous et les Musul­mans fera douter Anton de l’hu­ma­nité. La fin du roman se passe là où tout a commencé dans les plaines de Mongolie.

Tout ce roman est un hymne à la liberté qui s’est hélas, fracas­sée sur le nazisme ou le commu­nisme et aujourd’­hui sur les fron­tières qui se ferment et la béto­ni­sa­tion de la nature.

Citations

Joli conte tzigane.

« Papu Jag, deman­dait par exemple Nanosh, y a‑t-il des hommes sur la Lune ?
- Il n’y en a plus qu’un seul, hélas, répon­dait Jag. Mais autre­fois, il y en avait beau­coup ! Ils menaient une vie facile, leur seul travail était d’en­tre­te­nir le feu pour que la Lune brille. À cette époque-là, elle était toujours pleine. Mais un mauvais homme, un « gadjo« qui n’ai­mait pas ses semblables les bannit de la lune. Depuis, le mauvais homme doit entre­te­nir le feu tout seul, et il n’y parvient pas, c’est pour­quoi la lune s’éteint régu­liè­re­ment. Quand elle commence à se rallu­mer, c’est que le « gadjo » est en train de souf­fler sur les cendres. Quant aux hommes qu’il a chas­sés, ils se sont disper­sés très loin dans le ciel et le « Devel » leur a donné la mission d’al­lu­mer chaque jour les étoiles. Si vous regar­dez bien, vous les verrez qui portent des fagots… »

Jolie fable.

« Dis-moi, mon garçon, deman­dait Jag qui aimait les fables, qu’est-ce qui est mieux pour un mouton, le berger ou le loup ? 
- Le berger. 
– Et qui tond le mouton ?
– Le berger. 
- Et qui le tue pour le manger ? 
- Le loup !
- Non, Anton. c’est encore le berger. Il est bien rare qu’un loup parvienne à tuer un mouton, parce que le berger veille et il a de gros chiens. Mais qui donc protège le mouton quand le berger vient l’immoler ? 
- Personne. 
- Et pour­tant de qui a peur le mouton : du berger ou du loup ? 
- du loup ! 
- Oui mon garçon, voilà bien tu le drame des hommes : ils sont exac­te­ment comme les moutons. On leur fait croire à l’exis­tence de loups et ceux qui sont censés les proté­ger sont en fait ce qui les tondent et les tuent.

Rencontre avec les nazis.

Ils semblaient si certains de leur force et de leur bon droit qu’il aurait été vain de protes­ter, même lorsque l’un d’entre-eux avait pissé sur le marche­pied d’une roulotte. Étrange comme la certi­tude hautaine de leur propre huma­nité peut amener certains hommes à se conduire comme des bêtes.

Le ghetto de Łódź.

Chaim Rumkowski n « est qu’un pantin qui se prend pour un ventri­loque ! Il croit que nous sommes ses marion­nettes. Il se joue de nous. Nous sommes ses choses. Mais qu’est-il lui-même ? Ne voit-il pas les fils qui partent de ses membres ? Ne sait-il pas qu’il est un jouet entre les mains des bour­reaux ? Il est aveu­glé par le pouvoir, ivre parce que les marks qui circulent au ghetto sont signés de son nom. Monnaie de singe en vérité ! Ce n’est qu’un tragique simu­lacre, un théâtre sordide et ridi­cule ! Un jour, tout ça s’ef­fon­drera, alors peut-être se verra-t-il tel qu’il est ! Le roi est toujours nu, mon garçon, toujours, ne l’ou­blie jamais !

Les survivants.

Ci et là encore, il avait croisé quelques survi­vants, de Łódź ou de « Lager », la plupart marqués dans leur âme et leur chair, tour­men­tés par le simple fait d’avoir survécu là où tant d’autres étaient morts. Il les recon­nais­sait presque du premier coup d’œil. Il lui arri­vait de se retrou­ver en présence d’un parfait inconnu et de se dire que si l’autre rele­vait la manche de sa chemise, de son bleu de travail, de son costume, on verrait appa­raître un numéro de matri­cule tatoué comme celui que lui-même avait sur le bras droit. 
Seuls les bour­reaux dormaient du sommeil du juste, c’était une constante, les victimes, elles conti­nuaient à souf­frir leur vie durant, jamais leur plaies ne cica­tri­saient entièrement.

Édition : petite Biblio Payot. Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Hélène Hinfray.

J’ai ri et même éclaté de rire. J’ai imposé à tous mes amis la lecture de certains passages de ce voyage de Bill Bryson à travers la Grande-Bretagne qu’il aime tant. Alors, cette fois (contrai­re­ment au livre précé­dent sur Luocine), un grand merci Keisha , je te rejoins dans un plai­sir de lecture que j’ai savouré à petites doses. Je commence à avoir un petit rayon Bill Bryson dans ma biblio­thèque :Ameri­can rigo­los, Motel Blues, Shakes­peare une anti­bio­gra­phie, Une Histoire de tout ou presque, Une histoire du monde sans sortir de chez moi, Nos voisins du dessous. Si j’ai volon­tai­re­ment ralenti ma lecture, c’est parce que je frei­nais mon envie de cava­ler dans un livre où c’est mieux de prendre son temps. Quel plai­sir aussi de le lire avec une bonne connexion Inter­net ! Cela permet de véri­fier les images suggé­rées par un Bill Bryson en grande forme. Comme le dit Keisha , le premier chapitre racon­tant son premier contact avec l’An­gle­terre et ses habi­tants est à mourir de rire. Je peux encore sourire en imagi­nant la scène. On y apprend que les habi­tants restent le plus souvent cour­tois en toute occa­sion. (À ce propos je recom­mande la série « Mom » sur Arte qui démontre très bien aussi ce fait). Ensuite nous partons dans un périple à travers la Grande ‑Bretagne avec un auteur dont l’humour me ravit toujours autant. C’est très agréable de lire ce livre en véri­fiant sur Inter­net tous les petits détails qu’il raconte avec un sens aigue de l’ob­ser­va­tion. Comme tout adepte de l’humour, il est d’abord sa propre cible, il faut dire qu’il manie avec une constance rare l’art de se trom­per dans le choix de son hôtel et qu’a­près avoir cher­ché, le plus souvent sous la pluie, le meilleur rapport qualité prix , cela se termine le plus souvent dans une chambre mal chauf­fée et tris­tou­nette. Bill Bryson réus­sit son pari, nous faire aimer son pays d’adoption ,

cet étrange pays qui a inventé « un sport comme le cricket, qui dure trois jours sans jamais donner l’im­pres­sion de commencer. 

J’ai été un peu éton­née qu’il visite, l’An­gle­terre sans évoquer les compé­ti­tions spor­tives (foot ou rugby) et l’Écosse sans les golfs ni le Whisky. En revanche la bière et les pubs sont bien présents. J’ai bien aimé aussi le passage où il se rend compte qu’être trop long­temps tout seul à voya­ger le rend un peu bizarre. Ce livre, c’est aussi une décou­verte de la person­na­lité de Bill Bryson , cet écri­vain fait partie de ceux qui me remontent le moral. Vous pour­rez lire de nombreux extraits et je vous le dis, je suis loin d’avoir reco­pié tous ceux dont j’ai­me­rais me souvenir.

Citations

Vision de Calais

Calais est une ville fasci­nante qui n’existe que pour four­nir à des Anglais en survê­te­ment un endroit où aller passer la jour­née . Ayant subi d’in­tenses bombar­de­ments pendant le conflit mondiale , elle est tombée au mains des huma­nistes d’après guerre et ressemble par consé­quent au reste d’une expo­si­tion de 1957 sur le ciment. Un nombre alar­mant d’édi­fices du centre-ville, notam­ment autour de la lugubre place d’armes, semblent avoir été copiés sur des embal­lages de super­mar­ché. Certains enjam­bant même des rues – ce qui est toujours la marque des urba­nistes des années 1950, enti­chés des nouvelles possi­bi­li­tés offertes par le béton.

L’humour de Bill Bryson

Pour moi, quand il y avait un L à l’ar­rière d’une voiture, cela pouvait très bien signi­fier que son conduc­teur était lépreux. Je ne savais pas du tout que GPO dési­gnait le bureau de poste prin­ci­pal (Gene­ral Post Office), LBW une obstruc­tion passible d’éli­mi­na­tion au cricket (Le Before Wicket), GLC le conseil du grand Ni.dres (Grea­ter London Coun­cil) et OAP les retrai­tés (Ils Age Pensio­ners). Je rayon­nais litté­ra­le­ment d’ignorance.

Les habitudes

Après être resté assis une demi-heure dans un pub avant de me rendre compte qu’il fallait aller cher­cher soi-même sa commande, je voulus faire la même chose dans un salon de thé et l’on m’en­joi­gnit de m’asseoir.

L’art de résumer une vie (depuis il y a eu une série TV sur la vie de cet homme)

Selfridge était un type singu­lier qui nous donna tous une leçon de morale salu­taire. Cet Améri­cain consa­cra ses années d’ac­ti­vité à faire de Selfridges le grand maga­sin le plus raffiné d’Eu­rope, trans­for­mant du même coup Oxford Street en prin­ci­pale artère commer­çante de Londres. Il menait une vie droite et austère, se couchait tôt et travaillait sans relâche. Il buvait beau­coup de lait et ne faisait jamais de bêtises. Mais en 1918 sa femme mourut, et le fait de se trou­ver soudain libéré des liens matri­mo­niaux lui monta quelque peu à la tête. Il se lia avec deux jolies améri­caines d’ori­gine hongroise connues dans le milieu du music-hall sous le nom de Dolly Sisters, et se plon­gea dans la débauche. Une Dolly à chaque bras, il écuma les casi­nos d’Eu­rope, où il joua et perdit avec prodi­ga­lité. Il se mit à dîner dehors tous les soirs, dépensa des sommes folles aux chevaux de course et en auto­mo­bile, acheta High­liffe Castle et projeta de faire construire une demeure de 250 pièces à Hengist­bury Head, une loca­lité voisine. En dix ans il dila­pida 8 millions de dollars, se vit reti­rer la direc­tion de cette Selfridges perdit son château et sa rési­dence londo­nienne, ses chevaux de courses et ses Rolls-Royce, et se retrouva fina­le­ment à vivre tout seul dans un petit appar­te­ment de Putney et à prendre le bus, avant de mourir sans le sou et pour ainsi dire oublié le 8 mai 1947. Mais il avait eu le plai­sir ines­ti­mable de s’en­voyer en l’air avec des sœurs jumelles, c’est tout de même ça le principal.

Je me retrouve dans cette remarque :

Parmi des milliers de choses que je n’ai jamais réussi à comprendre, il en est une qui ressort parti­cu­liè­re­ment. C’est la ques­tion de savoir qui a dit le premier, alors qu’il se trou­vait près d’un tas de sable : » Je parie que si on prenait de ça, si on le mélan­geait avec un peu de potasse et si on le faisait chauf­fer, on obtien­drait à maté­riaux solides mais trans­pa­rent. On appel­le­rait ça du verre. » Trai­tez-moi d’abruti si vous voulez, mais on aurait pu me mettre sur une plage de sable jusqu’à la fin des temps sans qu’ils me viennent à l’idée d’es­sayer d’en faire des vitres

Portraits d » anglais

Je passais devant un aligne­ment de cabines de plage dispo­sées en arc de cercle, toutes de formes iden­tiques mais peintes de diffé­rentes couleurs vives. La plupart étaient fermées pour l’hi­ver mais, au trois quarts de la rangée envi­ron, il y en avait une d’ou­verte, un peu à la manière d’un coffre de magi­cien, avec une petite terrasse ou un homme et une femme était assis sur des chaises de jardin, emmi­tou­flés comme pour une expé­di­tion polaire, une couver­ture sur les genoux, souf­fleté par des bour­rasques qui mena­çaient à tout instant de les faire bascu­ler à la renverse. L’homme essayait de lire le jour­nal, mais le vent le lui rabat­tait sans cesse sur le visage. Ils avaient tous les deux l’air très heureux ou, sinon heureux à propre­ment parler, en tout cas extrê­me­ment satis­faits comme s’ils étaient aux Seychelles en train de boire un gin-fizz sous des palmiers dode­li­nants, et non pas à moitié mort de froid sous des rafales anglaises.
Ils étaient satis­faits parce qu’ils possé­daient un petit bout de terrain telle­ment prisé en bord de mer pour lequel il y avait sans doute une longue liste d’at­tente et que, là était le véri­table secret de leur bonheur, ils pouvaient rentrer quand ils voulaient dans la cabine pour avoir un peu moins froid. Ils pouvaient se faire une tasse de thé et, s’ils étaient d’hu­meur à faire des folies, manger un sablé au choco­lat. Après, ils pour­raient passer une agréable demi-heure à ranger leurs affaires et à fermer les volets. Il ne leur fallait pas plus pour accé­der à un état proche du ravissement.

Les prospectus publicitaires

Presque tous ces dépliant regor­geait telle­ment de fautes que c’en était dépri­mant, et ils avaient si peu à offrir que c’en était pitoyable. La plupart étof­fait leur liste d’at­trac­tions grâce à des indi­ca­tions telles que « parking gratuit » ou « Boutique cadeaux et salon de thé », sans comp­ter l’iné­vi­table « terrain d’aven­ture », et ensuite, ils étaient assez bêtes pour montrer sur la photo que c’était juste un portique et deux animaux en plas­tique sur ressort. Qui peut bien aller dans des endroits pareils ? Je me le demande.

Logique britannique

Je priais l’employé du guichet de me donner un aller simple pour Barns­table. Il m’in­forma que l’al­ler simple coûtait 8,80 livre mais qu’il pouvait me faire un aller-retour pour 4,40 livres.
- Vous ne voudriez pas m’ex­pli­quer en quoi c’est logique ? lui demandai-je.
- Je voudrais bien si je pouvais monsieur, me répon­dit-il avec une louable franchise.

Autodérision

Et les voilà tous partis à me bombar­der de ques­tions. « Elle consomme beau­coup ? Combien de litres au 100 ? C’est quoi comme couple ? Tu as un double arbre à cames en tête ou un alter­na­teur carbu­ra­teur à deux canons avec baïon­nette et sortie les pieds devant ? » Ça me dépasse que quel­qu’un veuille savoir toutes ces conne­ries sur une machine. Aucun autre appa­reil ne suscite un tel inté­rêt. J’ai toujours envie de leur deman­der. « Alors comme ça il paraît que tu as un nouveau réfri­gé­ra­teur ? Et elle contient combien de litres de fréon, cette petite merveille ? C’est quoi son IEE ? Et comment il réfri­gére, hein ? »
Cette voiture possé­dait l’as­sor­ti­ment habi­tuel de touches et de boutons, tous ornée d’un symbole destiné à vous embrouiller (…)
Au milieu de ce tableau de bord se trou­vaient deux cadrans circu­laires de la même taille. L’un d’eux indi­quait clai­re­ment la vitesse, mais l’autre me lais­sait tota­le­ment perplexe. Il avait deux aiguilles, une qui avan­çait très lente­ment et une qui n’avait pas l’air de bouger du tout. Je la regar­dai pendant une éter­nité avant de m’aper­ce­voir ( je vous jure que c’est vrai,) que c’était une pendule.

Les lords anglais

Je me rappelle avoir lu un jour que le dixième duc de Marl­bo­rough, alors qu’il séjour­nait dans l’un des châteaux de sa fille, était apparu consterné en haut de l’es­ca­lier pour décla­rer que sa brosse à dents ne mous­sait pas conve­na­ble­ment. Il s’avéra que, son valet ayant toujours mis le denti­frice à sa place, le duc igno­rait que ces instru­ments ne fabri­quait pas spon­ta­né­ment de la mousse.

Bradford.

La mission de Brad­ford, dans la vie, c’est de faire paraître toutes les autres villes de la planète plus belles en compa­rai­son, et elle remplit très bien ce rôle.

Liverpool

J’ai pris le train pour Liver­pool, où j’ar­ri­vais en plein Festi­val du détri­tus. Les habi­tants avaient pris le temps, malgré leurs nombreuses acti­vi­tés, de parse­mer le décor, par ailleurs terne et mal entre­tenu, de sachets de chips, de paquets de ciga­rettes vides et de sacs en plas­tique. Ils vole­taient gaie­ment dans des buis­sons, appor­tant couleur et relief aux trot­toirs et au cani­veaux. Et dire qu’ailleurs on met tout cela dans des sacs-poubelle.

Engager une conversation

Je ne sais pas moi, enga­ger la conver­sa­tion avec des incon­nus en Grande-Bretagne. En Amérique, évidem­ment, c’est facile. Il suffit de tendre la main en disant : « Moi c’est Bryson. Vous avez gagné combien l’an­née dernière ? » Et ensuite le dialogue ne tarit plus.

La correspondance train/​autocar

Bien que le dernier train eût effec­tué sa desserte depuis quelques temps, un homme se tenait toujours au guichet. J’al­lais donc le voir et l’in­ter­ro­geait calme­ment sur le manque de coor­di­na­tion entre le train et les services d’au­to­car à Blae­nau. Je ne sais pour­quoi, vu que je fus l’ama­bi­lité même, mais il fut visi­ble­ment vexé, comme si je criti­quais sa femme, et répon­dit d’un ton irrité.
- « Si la société Gwyn­ned Trans­port veut que les gens prennent le train de la mi-jour­née à Blae­nau, elle n’a qu’à faire partir les cartes plutôt.
- Mais vous aussi, insis­tai-je, vous pour­riez faire partir le train quelques minutes plus tard. »
Il me regarda comme si j’étais outra­geu­se­ment imper­ti­nent et riposta.
- » Mais pour­quoi nous ? »

Les animaux , les enfants, les ouvriers.

Savez-vous que la Société natio­nale de préven­tion de la cruauté envers les enfants a été fondé soixante ans après la Société royale de préven­tion de la cruauté envers les animaux dont elle n’était qu’une émana­tion ? Savez-vous qu’en 1994 la Grande-Bretagne a voté pour une direc­tive euro­péenne exigeant des périodes de repos statu­taire pour les animaux trans­por­tés, mais contre des périodes de repos statu­taires pour les ouvriers d’usine ?

Bryson a beaucoup utilisé les trains en Angleterre donc en 1994 on pouvait dire ceci

Voici pour vous quelques chiffres singu­liers, qui sont un peu barbants mais qu’il faut connaître. En Europe, les frais affec­tés par personne et par an aux infra­struc­tures ferro­viaires sont de 20 livre en Belgique et en Alle­magne, 31 livre en France, plus de 50 livre en Suisse, et en Grande-Bretagne elles atteignent roya­le­ment 5 livres. La Grande-Bretagne débourse moins par tête de pipe pour amélio­rer les voies ferrées que n’im­porte quel autre pays de l’Union euro­péenne à part la Grèce et l’Ir­lande. Même le Portu­gal dépense plus. Et, malgré ce manque de soutien finan­cier, le pays possède vrai­ment un excellent service de chemin de fer, tout compte fait. Aujourd’­hui les trains sont beau­coup plus propres qu’autre fois, le person­nel globa­le­ment plus patient et plus serviable. Les gentils guiche­tiers disent toujours s’il vous plaît et merci, et la nour­ri­ture est mangeable.

Une différence entre le Middle West et le Yorkshire

Là d’où je viens, dans le Middle West, lors­qu’on est emmé­nage dans un village ou une petite ville, tout le monde passe vous voir pour vous souhai­ter la bien­ve­nue comme si c’était le plus beau jour du quar­tier, et tout le monde vous apporte une tarte. Vous vous retrou­vez avec des tartes aux pommes, des tartes aux cerises et des tartes au choco­lat. Dans le de Middle West, il y a des gens qui démé­nagent tous les six mois rien que pour les tartes.
Dans le York­shire, cela ne risque pas d’ar­ri­ver. Mais progres­si­ve­ment, petit à petit, les autoch­tones vous font une place dans leur cœur et se mettre, lors­qu’il passe en voiture, à vous faire un signe de recon­nais­sance que j’ap­pelle le salut de Malham­dale. C’est un jour mémo­rable dans la vie de tout nouvel arri­vant. Pour effec­tuer le salut de Malham­dale, faites d’abord semblant de tenir un volant de voiture. Puis, très lente­ment, tendez l’in­dex de votre main droite comme si vous aviez un petit spasme invo­lon­taire. Voilà. Ça n’a l’air de rien, mais ça en dit long, croyez-moi et cela va beau­coup me manquer.

L’amour de l’Angleterre

Tout à coup, en un éclair, je compris ce que j’ai­mais en Grande-Bretagne, tout. Abso­lu­ment tout, le bon et le mauvais, la pâte à tarti­ner Marmite, les fêtes de village, les chemins de campagne, les gens qui disent : » Faut pas se plaindre », et « Je vous demande pardon, mais », ceux qui me présentent leurs excuses, à moi quand je leur donne un grand coup de coude sans faire exprès, le lait en bouteille, les hari­cots sur du pain grillé, les foins au mois de juin, les orties qui piquent, les jetées-prome­nades en bord de mer, les cartes d’état-major, les crum­pets, le fait d’avoir toujours besoin d’une bouillotte, les dimanches pluvieux – tout, je vous dis.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Édition Seuil

Un essai ? un roman ? ce qui est sûr c’est que cette lecture a été un peu diffi­cile dans le cadre du club de lecture parce qu’il faut l’ava­ler en quelques jours et que cette oeuvre ne s’y prête guère elle convien­drait mieux à la flâne­rie litté­raire qui permet­trait au lecteur de réali­ser le vœu de Bernard Chambaz :

Aux morts pour qu’ils vivent. Aux vivants pour qu’ils aiment

Cette cita­tion extraite de l’oeuvre de Joseph Delteil « les poilus », est le fil conduc­teur de ce roman, les vivants, dans le texte, ils sont deux, les parents de Martin né en 1976 et on peut aussi y rajou­ter nous, lecteurs et lectrices. Les morts ils sont très nombreux en dehors des deux prin­ci­paux Jack London mort en 1916 et Martin mort à 16 ans en 1992, il y a aussi la famille quelque peu compli­quée de Jack London et tous les écri­vains que Bernard Cham­baz convoque dans ce voyage qui retrace un itiné­raire possible pour mieux connaître l’au­teur, entre autre, de Martin Eden . Le livre se divise en chapitres qui sont autant de lieux évoquant la vie du grand écri­vain qui, parfois, dialogue avec Martin, et que l’au­teur visite avec son épouse. Je pense que si on ne connaît pas l’œuvre de cet auteur extra­or­di­naire qui s’est battu contre tant d’in­jus­tices et qui a produit un nombre d’écrits incroyables, on ne peut pas appré­cier ce livre. Beau­coup de gens se sont empa­rés de sa vie car elle se prête aux scan­dales et aux révé­la­tions sulfu­reuses même sa propre famille y est allée de diffé­rentes versions, comme souvent dans ce cas le plus inté­res­sant et sans doute le plus proche de lui est dans ses livres. Je me souviens bien de ma lecture de Martin Eden, c’est un livre que j’ai lu et relu je crois qu’une grande part de lui est dans ce roman. Cela m’a donné envie de relire les livres qui ont enchanté mon enfance comme « l’ap­pel de la forêt » et « Croc blanc » je ne sais pas si les jeunes d’au­jourd’­hui pour­raient être sensibles à ces histoires, eux qui peuvent regar­der de si nombreux docu­men­taires anima­liers de si grande qualité. Jack London est un écri­vain de qualité et un homme privé médiocre, comme le prouve les lettres à ses filles dont l’au­teur dit qu’il aurait aimé en faire un grand feu de joie telle­ment il y appa­raît comme mesquin. J’ai retrouvé dans ce livre l’en­ga­ge­ment de l’au­teur face à la misère du monde capi­ta­liste et la fluc­tua­tion de sa pensée poli­tique. C’est souvent le cas lors­qu’un homme connaît la misère popu­laire, il sait souvent très bien décrire d’où il vient mais quand lui-même atteint un niveau de vie très confor­table grâce à ses écrits sa mauvaise conscience le taraude et peut le conduire à des posi­tions paradoxales.

Je ne suis pas enthou­siaste pour ce livre, parce que je me suis souvent perdue dans les diffé­rents point de vue des chapitres : étions nous avec l’au­teur et son amou­reuse ? avec leur fils, avec Jack London ? et surtout je n’ai pas compris le dialogue entre Martin et Jack . Est-ce-que cela a enri­chi pour l’au­teur la connais­sance de son fils ? et j’avoue que les constantes allu­sions aux signes astro­lo­giques me laissent perplexe.

Toutes ces réserves viennent aussi, sans doute, du fait que j’ai lu trop rapi­de­ment ce livre pour le rendre au club et avoir l’avis des autres lectrices. et pour­tant dans ce livre j’ai lu cette phrase qui me touche beaucoup :

Nous sommes aussi, un peu, les livres que nous avons lus.

Citations

Une mère au caractère sans tendresse.

Toute sa vie, il restera animé par des senti­ments contra­dic­toires, partagé entre l’af­fec­tion natu­relle qu’il porte à sa mère et l’ir­ri­ta­tion instinc­tive que ses réac­tions provoquent (.….. )
On garde au fond du cœur des épisodes cuisants auxquels nous donnons, quel­que­fois, trop de relief. Le plus lanci­nant quand il y repense n’est pas que sa mère ne lui ait dispensé aucune tendresse, c’est son compor­te­ment lors de l’épi­dé­mie de diph­té­rie ou une fièvre cara­bi­née faillit les empor­ter, sa demi-sœur et lui. Ce jour-là, Flora demanda au méde­cin si elle pouvait les enter­rer dans le même cercueil.

L’enfance de Jack London

Il n’y a pas que les livres dans la vie. Dès ses huit ans, Jack doit gagner sa vie ou plutôt contri­buer au budget fami­lial, débi­tant des pains de glace l’été, balayant les pistes d’un bowling le weekend, livreur de jour­naux, à pied d » œuvre pour l’édi­tion du matin et pour l’édi­tion du soir, la nuit noire l’hi­ver, avant et après la jour­née d’école où il s’est davan­tage ennuyé qu’il n’a appris.

Ce qui rend difficile le livre : mélange des époques et des lieux

Icefields Park­way ‑ou la prome­nade des Glaciers- longe depuis Jasper la rivière Atha­basca. En langue crie, on entend tantôt l’herbe éparse tantôt les roseaux que les champs de glace prodiguent à la saison estivale.

Défense de l’assassin du président Garfield

À son procès, l’as­sas­sin ne plaida pas la folie mais la volonté de Dieu dont il était l’ins­tru­ment, convaincu qu’il serait à ce titre inno­centé, assu­rant sa défense avec des argu­ments spécieux : » Ce sont les méde­cins qui l’ont tué. J’ai seule­ment tiré . »

Londres en 1900…

Avant même d’ar­ri­ver au cœur des ténèbres, sa première impres­sion de la capi­tale mondiale et d’une « abjecte pauvreté » bien­tôt « sans limite ». Jack est saisie par la vision des vieux et des enfants fouillant les ordures dans la boue. .… 
Dormir est un méchant casse-tête, que ce soit dans une pièce insa­lubre où s’en­tassent plusieurs familles, chez des marchands de sommeil qui louent très cher des lits occu­pés par roule­ment, dans des loge­ments exigus, sordides des taudis, des gale­tas, des tanières, parfois sans fenêtre, presque toujours sans lumière.

Une histoire qui lui servira dans ses nouvelles

Un vieux marin lui rapporte son histoire et le hasard une fois encore fait que c’est une histoire pour Jack. Le vieux avait donc frappé un lieu­te­nant qu’il avait insulté, le lieu­te­nant était tombé à la mer, il avait sauté dans l’eau par réflexe, mais j’au­rais mieux fait de nous noyer tous les deux, crois-moi, un canot les avais repê­chés, on l’avait traduit devant un tribu­nal, on lui avait enlevé la Victo­ria Cross gagnée sur les champs de bataille au bord de la mer Noire pour les beaux yeux de la reine, et il conclut d’une voix ferme, lais­sant Jack sans voix. : « Ne te laisse pas vieillir, mon petit ! Meurs quand tu es encore jeune ! »

Jack en époux

Alors que Bess est enceinte, qu’elle se coltine les tâches ména­gères et tape à la machine ses manus­crits, il conti­nue de faire du vélo, boxer, nager, sortir au club avec ses copains, animer des réunions publiques où il retrouve Anna.

Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Natha­lie Peronny Édition Globe 

Je dois à Keisha (encore elle ! ‑encore ?… comme si je me plai­gnais !) ce livre merveilleux et instruc­tif à tant de point de vue. Je l’ai lu depuis un moment mais je n’ai rien oublié de mon inté­rêt pour cette fabu­leuse enquête. Il est sur mon sur Kindle et le gros avan­tage c’est de pouvoir faire des notes très faci­le­ment et de les récu­pé­rer tout aussi faci­le­ment comme vous pour­rez le voir. Peut-être, en ai-je mis un peu trop mais c’est pour moi une bonne façon de rete­nir préci­sé­ment le contenu d’un livre.

Jessica Bruder a suivi pendant deux ans des Améri­cains qui ont tout perdu suite à la crise des « subprimes » , toutes leurs écono­mies ont fondu dans des malver­sa­tions bancaires. Ils n’ont plus rien mais n’ont pas perdu les traits de carac­tère de la culture améri­caine. Ils essaient par tous les moyens de s’en sortir. Ceux et celles qui inté­ressent cette jour­na­liste ont choisi de s’ache­ter un camping-car et de partir sur les routes, à la recherche des petits boulots. Vous ne serez pas éton­nés d’ap­prendre qu’A­ma­zon a vu là une main d’oeuvre facile à capter. Donc avant Thanks­gi­ving et Noël leurs terrain de camping se remplissent de cara­vanes venant des quatre coins du pays. Cela nous vaut des pages passion­nantes sur ceux et celles qui travaillent dans les énormes hangars d’Ama­zon . La prin­ci­pale diffi­culté de ses nouveaux migrants de l’in­té­rieur, c’est de trou­ver des endroits où lais­ser leur camping, en effet aux États-unis tous les station­ne­ment sont privés et peuvent coûter très cher. Amazon propose donc des parking gratuits pour que ces gens viennent travailler chez eux. Le livre four­mille de petites astuces pour s’en sortir ? Ces gens forment une commu­nauté et se refilent les adresses des super­mar­ché qui ne vous chas­se­ront pas de leur parking, des terrain de camping où vous pour­rez lais­ser votre véhi­cule à condi­tion de faire du gardien­nage. En réalité, l’Amé­rique offre une foule de petits boulots peu payés, qui conviennent assez bien à des jeunes , mais qui sont très fati­gants pour des personnes âgées et qui surtout supposent un logement.

Les personnes que suit Jessica Bruder sont souvent très inté­res­santes et diffé­rentes des unes et des autres mais sa préfé­rée et la nôtre évidem­ment c’est Linda qui veut abso­lu­ment se construire une maison avec des maté­riaux recy­clés. J’es­père qu’elle vit bien main­te­nant Linda au grand cœur, elle le mérite pour oublier toutes ses galères. Je l’ima­gine bien dans une maison comme ça, pour faire un joli pied de nez à l’alcool qui a telle­ment pertur­bée sa vie.

Cela fait long­temps qu’une partie de la popu­la­tion améri­caine vit dans des terrains de camping où on retrouve des « homes » pas du tout mobiles. La nouveauté de ce phéno­mène , c’est qu’il s’agit ici de gens qui voyagent, qui ne veulent pas vivre parqués et qui veulent retrou­ver un travail stable. On voit aussi à quel point cette crise a été violente pour une partie impor­tante de la popu­la­tion, si la mala­die, un divorce ou l’al­cool s’en mêlent alors, ces gens perdent tout en très peu de temps. Mais ils sont Améri­cains et gardent malgré tout une envie de s’en sortir assez éton­nante et un esprit commu­nau­taire qui brise leur solitude .

Citations

Le début

Les mensonges et la folle cupi­dité des banquiers (autre­ment nommé « crise des subprimes ») les ont
jetés à la rue. En, 2008, ils ont perdu leur travail, leur maison, tout l’argent patiem­ment mis de côté pour leur retraite. Ils auraient pu rester sur place, à tour­ner en rond, en atten­dant des jours meilleurs. Ils ont préféré inves­tir leurs derniers dollars et toute leur éner­gie dans l’aménagement d’un van, et les voilà partis ;

Survivre en Amérique

Les workam­pers sont des travailleurs mobiles modernes qui acceptent des jobs tempo­raires aux quatre coins des États-Unis en échange d’une place de station­ne­ment gratuite (géné­ra­le­ment avec accès à l’électricité, à l’eau courante et évacua­tion des eaux usées), voire parfois d’une obole. On pour­rait penser que le travailleur-campeur est une figure contem­po­raine, mais nous appar­te­nons en réalité à une tradi­tion très ancienne. Nous avons suivi les légions romaines, aiguisé leurs épées et réparé leurs armes. Nous avons sillonné les villes nouvelles des États-Unis, réparé les horloges et les machines, les batte­ries de cuisine, bâti des murs en pierre en échange d’un penny les trente centi­mètres et de tout le cidre qu’on pouvait avaler.
Nous avons suivi les vagues d’émigration vers l’ouest à bord de nos chariots, munis de nos outils et de nos savoir-faire, aiguisé des couteaux, réparé tout ce qui pouvait l’être, aidé à défri­cher la terre, à construire des cabanes, à labou­rer les champs et à rentrer les récoltes en échange d’un repas et d’un peu d’argent de poche, avant de repar­tir vers le prochain boulot. Nos ancêtres sont les roma­ni­chels. Nous avons troqué leurs roulottes contre de confor­tables auto­cars et autres camping-cars semi-remorques. À la retraite pour la plupart, nous avons complété notre éven­tail de compé­tences d’une carrière dans l’entreprise. Nous pouvons vous aider à gérer un busi­ness, assu­rer la vente en maga­sin ou la logis­tique dans l’arrière-boutique, conduire vos camions et vos grues, sélec­tion­ner et embal­ler vos produits à expé­dier, répa­rer vos machines, bichon­ner vos ordi­na­teurs et vos réseaux infor­ma­tiques, opti­mi­ser votre récolte, remo­de­ler vos jardins ou récu­rer vos toilettes. Nous sommes les technoromanichels.

Bismark inventeur de la retraite

Les Améri­cains l’ignorèrent large­ment, et il s’écoula plus d’un siècle avant qu’Otto von Bismarck instaure en
Alle­magne la toute première assu­rance vieillesse au monde. Adopté en 1889, le plan de Bismarck récom­pen­sait les travailleurs attei­gnant leur soixante-dixième anni­ver­saire par le verse­ment d’une pension. L’idée était surtout de contrer l’agitation marxiste – et de le faire à peu de frais, puisque les Alle­mands vivaient rare­ment au-delà de cet âge cano­nique. Bismarck, bâtis­seur d’empire et homme de droite surnommé le Chan­ce­lier de fer, se retrouva aussi­tôt dans le colli­ma­teur des conser­va­teurs qui l’accusèrent de mollesse. Mais il repous­sait déjà leurs critiques depuis des années.
Appe­lez cela socia­lisme, ou tout autre terme qui vous plaira : pour moi, c’est la même chose », avait-il déclaré au Reichs­tag en 1881, lors d’un débat préli­mi­naire sur l’assurance sociale.

Travail peu valorisant

Dans le chariot, il pouvait y avoir quatorze paniers de cochon­ne­ries fabri­quées en Chine. L’un des trucs qui me dépri­maient le plus, c’était de savoir que tous ces machins fini­raient à la benne. » Cet aspect-là des choses la démo­ra­li­sait parti­cu­liè­re­ment. « Quand on pense à toutes les ressources mobi­li­sées pour en arri­ver là ! On nous incite à utili­ser ces trucs, puis à les jeter. » Le travail était érein­tant. Non seule­ment elle parcou­rait des kilo­mètres dans des allées de rayon­nages sans fin, mais elle devait se pencher, soule­ver, s’accroupir, tendre le bras, grim­per et descendre des marches, le tout en traver­sant un hangar dont la super­fi­cie faisait grosso modo la taille de treize stades de football.

L’alcool

Linda décida d’arrêter de boire avec une déter­mi­na­tion nouvelle. Et cette fois, elle y parvint. Lorsqu’elle avait peur de replon­ger, entre deux réunions, elle appe­lait sa marraine des Alcoo­liques anonymes. Étran­ge­ment, c’est là qu’elle apprit les tech­niques qui lui permet­traient plus tard de survivre aux cadences infer­nales d’Amazon. Elle devint experte dans l’art de se concen­trer sur les diffi­cul­tés immé­diates et de subdi­vi­ser les gros problèmes en petites bouchées plus faciles à digé­rer jusqu’à ce que la situa­tion paraisse sous contrôle. « Tu as fait la vais­selle ? OK. Va d’abord faire la vais­selle, et rappelle-moi après », lui ordon­nait sa marraine. Linda allait récu­rer les verres et les assiettes jusqu’à ce qu’ils soient propres, puis elle rappe­lait. « Tu as fait ton lit ? » lui deman­dait alors son amie. Linda s’exécutait. Et ainsi de suite, jusqu’à ce que l’envie de boire passe. * * *

Trucs bizarres chez Amazon

Elle notait dans sa liste de souhaits Amazon « tous les trucs les plus dingues qu’on voyait passer » : des vers de cire, un ourson en géla­tine de deux kilos et demi, un fusil de plon­gée sous-marine, un livre inti­tulé Vénus aux biceps. Une histoire illus­trée des femmes musclées, un plug anal en forme de queue de renard, un stock d’anciennes pièces de monnaie améri­caines, un assor­ti­ment de sous-vête­ments en coton avec quatre trous pour les jambes baptisé « petites culottes pour deux », et un gode­mi­ché Batman.

Personnage haut en couleur

Le proprié­taire, Paul Winer, un nudiste septua­gé­naire au cuir tanné comme un vieux livre, arpente les allées de sa librai­rie vêtu en tout et pour tout d’un cache-sexe en laine trico­tée. Par temps froid, il enfile quand même un pull. Si Paul a pu garder sa librai­rie, c’est parce que, tech­ni­que­ment, c’est un commerce tempo­raire et qu’il a donc droit à des réduc­tions d’impôt. La boutique n’a pas vrai­ment de murs, c’est juste une pergola dres­sée audes­sus d’une dalle en béton. Des bâches relient les deux. Des contai­ners et un mobile home font office d’annexes. 

Il y a aussi un rayon de livres chré­tiens, mais il est installé tout au fond et Paul doit le montrer aux clients qui le cherchent. « Ils suivent mes fesses nues pour aller voir la Bible », s’amuse-t-il.

Humour les musées américains

Le lieu fut ensuite recon­verti en un relais de dili­gences, Tyson’s Wells, dont les ruines abritent aujourd’hui un tout petit musée situé à côté de la pizze­ria Silly Al’s. (La ville comprend deux autres musées : l’un expose une collec­tion de chewing-gums du monde entier, et l’autre des acces­soires mili­taires. Mais ils semblent moins atti­rer les foules que leur minus­cule rival.) En 1875, l’écrivaine Martha Summe­rhayes passa une nuit à Tyson’s Wells et décri­vit l’endroit comme « parti­cu­liè­re­ment mélan­co­lique et inhos­pi­ta­lier. Tout y refoule la saleté, tant sur le plan moral que physique ». Quand le relais finit par être aban­donné, le site devint une ville fantôme. En 1897, il fut ressus­cité par un boom minier ; le bureau de poste rouvrit, et la muni­ci­pa­lité choi­sit un nouveau nom : Quartz­site. (À l’origine, ce devait être « Quart­zite », en hommage au miné­ral, mais le « s » s’invita par erreur et resta défi­ni­ti­ve­ment.) L’unique figure histo­rique de la ville est un chame­lier syrien, Hadji Ali, enterré
sur place en 1902 et plus connu sous le surnom « Hi Jolly », version améri­ca­ni­sée de son nom. Ali avait été recruté en 1856 au sein du tout nouveau corps de chame­liers de l’US Army : l’expérience, de courte durée, visait à utili­ser ces animaux notoi­re­ment iras­cibles pour trans­por­ter du maté­riel vers le sud-est des États-Unis.

Honte

Mike m’explique que les personnes âgées et en situa­tion de préca­rité affluent à Quartz­site parce que c’est une « ville idéale pour les retrai­tés peu fortu­nés » et « un endroit pas cher où se plan­quer ». Mais se plan­quer de quoi, au juste ?
Réponse : de la honte, de pauvreté et du froid. « Dans le désert, dit-il, ils n’ont pas peur de crever de froid. Ils disent à leurs enfants que tout va bien. »

Optimisme américain

Comme l’a souli­gné Rebecca Solnit dans son ouvrage Un para­dis construit en enfer. Ces formidables
commu­nau­tés qui naissent au milieu du désastre, les gens ne se contentent pas de rele­ver la tête dans les
moments de crise ; ils le font avec une « joie vive et surpre­nante ». Il est possible de traver­ser des épreuves tout en ressen­tant de la joie dans les moments de partage, comme quand on se retrouve autour d’un feu de camp avec ses compa­gnons d’infortune sous un immense ciel étoilé.

Pourquoi si peu d’afro-américains ?

À ce stade, j’avais rencon­tré des centaines de personnes qui avaient adopté ce mode de vie :
travailleurs itiné­rants, vaga­bonds de l’asphalte et camping-caristes, de la côte Est à la côte Ouest du pays. Certes, il y avait parmi eux des gens de couleur, mais ils repré­sen­taient une excep­tion au sein de cette communauté.
Pour­quoi la sous-culture nomade était-elle majo­ri­tai­re­ment blanche ? Certains de ses membres se sont posé la même ques­tion. Sur la page Face­book offi­cielle du programme Camper­Force, un camping-cariste noir a eu ces mots devant la succes­sion de photos montrant surtout des ouvriers blancs : « Je suis sûr que des Afro-Améri­cains ont postulé à ces emplois, faisait-il obser­ver. Pour­tant, je n’en vois au postées par Amazon. »

Imagi­nez-vous coincé en pleine forêt sans élec­tri­cité, sans eau courante ou sans voiture : vous aurez tendance à décrire cette situa­tion comme un « cauche­mar » ou le « pire scéna­rio possible après un crash aérien ou une catas­trophe dans le genre ». Les Blancs, eux, appellent ça « camper ».

Le trafic de drogue

Au fil de ses lectures, Linda a tout appris sur le plus célèbre coup de filet anti­drogue du coin, dans les années 1990, quand des poli­ciers ont décou­vert l’existence d’une gale­rie de neuf kilo­mètres de long sous la fron­tière. Utilisé par le cartel de Sina­loa pour la contre­bande de cocaïne, le large tunnel, renforcé par des parois en ciment, repo­sait à une dizaine de mètres au-dessous du sol, avait pour point de départ une maison anodine d’Agua Prieta ; son entrée était savam­ment cachée. En ouvrant un robi­net, on action­nait un monte-charge hydrau­lique qui faisait remon­ter une table de billard – et la dalle du sol sur laquelle elle repo­sait – pour révé­ler un trou équipé d’une échelle. À l’intérieur, le tunnel mesu­rait un mètre cinquante de haut ; il était clima­tisé, éclairé et protégé des risques d’inondation grâce à une pompe et un puisard. Des rails métal­liques permet­taient de dépla­cer un chariot jusqu’à Douglas, sous un grand hangar camou­flé en station de lavage pour camions. Là, une poulie faisait remon­ter les cargai­sons de cocaïne à la surface, où elles étaient récep­tion­nées par des manutentionnaires
pour être char­gées dans des semi-remorques. Stupé­faits, les poli­ciers avaient comparé le tunnel, surnommé « Chemin de la cocaïne », à un truc « digne d’un film de James Bond ». Le pilier du cartel de Sina­loa, El Chapo, Joaquin Guzman de son vrai nom, était carré­ment allé plus loin dans le super­la­tif en affir­mant que son équipe avait construit un « putain de tunnel super-cool ».

Tout ce qu’a lu Linda concer­nant le trafic de drogue local est vrai. Les mules peuvent gagner davan­tage en une nuit qu’un ouvrier de maqui­la­dora en un mois. Il n’est donc guère éton­nant que la police des fron­tières de Douglas retrouve souvent des paquets de mari­juana dissi­mu­lés dans les jantes et les pneus de rechange des véhi­cules en prove­nance du Mexique. (On y trouve aussi de la meth, de l’héroïne ou de la cocaïne, mais plus rare­ment.) Lors d’un récent coup de filet, ils ont surpris un jeune de seize ans en train de descendre eb rappel le long de la clôture à l’aide d’une cein­ture de sécu­rité .…Pour ce travail on lui avait promis 400 dolars. Chez lui, il fabri­quait des cour­roies de distri­bu­tion dans une « maqui­la­dora » pour 42 dolars la semaine.

Traduit de l’al­le­mand par Rose Labou­rie ; édition Acte Sud

Encore une fois un livre que je dois à la blogo­sphère mais en ayant oublié de noter préci­sé­ment l’au­teur du blog heureu­se­ment Keisha s’est rappe­lée à mon bon souve­nir !. Je dois dire que j’ai failli passer à côté de cet essai, parce que cet homme m’a éner­vée au début de son récit. Il a de tels moyens finan­ciers et ceci grâce aux prébendes que l’ONU distri­bue de façon écœu­rante à tous les membres de cette admi­nis­tra­tion, et de voir les parti­ci­pants rece­voir en plus de leur très confor­table salaire de grosses enve­loppes de liquides pour aller aux quatre coins du monde parler du sous-déve­lop­pe­ment ou de l’éco­lo­gie est abso­lu­ment révol­tant. Que ce soit de cette façon là que Wolf Küper ait réussi à mettre assez d’argent de côté pour passer deux années à ne rien faire d’autre que s’oc­cu­per de sa petite fille atteinte d’une mala­die mentale qui l’empêche de se déve­lop­per norma­le­ment a failli me faire refer­mer le livre. Et puis, le charme incroyable de cette petite fille m’a conquise moi aussi et j’ai donc suivi le parcours en camping car de cette famille à travers les plus beaux endroits de la planète.

Aucune famille avec un enfant handi­capé ne peut prendre exemple sur cette famille, mais eux ont réussi à donner deux années de bonheur à leur petite fille qui est peut être plus armée main­te­nant pour affron­ter la vie qui, sans doute, ne sera pas très facile.

Citations

Un père face au handicap de sa fille

Je m’en souviens comme si c’était hier, peu avant notre départ, Nina avait fait la course avec d’autres enfants sur une grande pelouse. Évidem­ment, ils ne pouvaient pas se conten­ter de jouer tran­quille­ment. Les enfants, en parti­cu­lier les garçons, ont la compé­ti­tion dans le sang. Ils ont besoin de se mesu­rer pour savoir qui court le plus vite, grimpe le plus haut, plonge le plus profond, saute le plus loin, et ainsi de suite. Et au milieu : Nina qui voulait abso­lu­ment parti­ci­per. Mrs. Lonte en en personne, qui m’avait fait black­bou­ler de toutes les courses de ma vie. Je n’ar­ri­vais pas à comprendre. Pour­quoi s’obs­ti­nait-elle ? Pour­quoi se mettait-elle sans arrêt en posi­tion de perdre contre les autres ? J’ai dit : « Y en a marre de toujours faire la course, venez, on va jouer à un autre jeu », et ce genre de choses. Dans le feu de l’ac­tion, les enfants ne m’ont même pas entendu, mais ce sont tous plus ou moins alignés, non sans que les garçons échangent quelques insultes – forcé­ment. Mon cœur battait la chamade, ils se sont élan­cés en pous­sant des cris perçants.
En moins de trois secondes, Nina était déjà la dernière, alors qu’il y avait aussi des enfants bien plus petits qu’elle. À la moitié du trajet, elle était loin derrière. On aurait dit qu’elle allait dispu­ter cette course tout seul. Presque en soli­taire. Elle chan­ce­lait sur la pelouse, penchée en avant, les bras tendus sur les côtés, et elle tanguait telle­ment que je n’ar­rê­tais pas de me dire : Cette fois, elle va tomber. J’ar­ri­vais à peine à la regar­der. Quand elle est arri­vée au bout, les autres avaient déjà repris leur jeu. J’ai vu Nina zigza­guer entre eux, hors d’ha­leine. Si je me souviens aussi préci­sé­ment de cette scène, une parmi les centaines d’autres, c’est parce que ce moment-là, j’ai eu terri­ble­ment mal pour elle, mal pour un autre que moi.

Un bel endroit le lac Tepako et un beau moment dans les étoiles

L’illu­mi­na­tion était donc venu lors de notre première nuit ici, au lac Tekapo, trois décen­nies plus tard, en montant sur un rocher, je m’étais rendu compte que les étoiles ne se trou­vaient pas « au-dessus » mais tout autour de moi. Il y en avait même qui scin­tillaient en dessous de moi à l’ho­ri­zon, et alors que mon vertige semblait se dissi­per j’avais aperçu l’éblouis­sante Voie Lactée, telle­ment gigan­tesque que j’en avais eu le souffle coupé, brillant de milliards de feu, des centaines de milliers d’an­nées lumière d’un hori­zon à l’autre, toute la folie de l’uni­vers en 3D. Et en couleur. Et oui, il y a des étoiles bleues et vertes et rouges, et violette aussi, certaines clignotent fréné­ti­que­ment, d’autres pulsent lente­ment, partout, des étoiles filantes zébraient le ciel tandis que les satel­lites traçaient pares­seu­se­ment leur route. En Nouvelle-Zélande, il est impos­sible de croire que la terre est au centre de quoique ce soit, parce que rien qu’à l’oeil nu, on voit bien que nous ne sommes qu’une pous­sière perdue dans un coin de l’univers.

Je me demande si c’est vrai

Et avec les gens impor­tants, il faut toujours garder son sérieux, ne jamais être de meilleure humeur que le client, c’est la règle numéro 1 quand on fait du conseil, surtout auprès d’hommes politiques.

Là où, ce livre m’a tellement écœuré que j’ai failli le laisser tomber.

Depuis que j’avais commencé à travailler régu­liè­re­ment comme expert pour les Nations Unies, j’ai gagné pour la première fois beau­coup d’argent. Vrai­ment beau­coup. Rien que les indem­ni­tés de défraie­ment qu’on vous verse chaque semaine corres­pondent au revenu mensuel net d’un post doc avec douze années de forma­tion univer­si­taire en Alle­magne. Le tout non impo­sable. Au Nations Unies, on vous remet sans ciller d’épaisses enve­loppe marron avec des liasses de billets de cinquante dollars, presque comme dans un film de mafieux. Ça ne rentre même pas dans le porte-monnaie. Les billets sont soigneu­se­ment atta­chés par vingt à l’aide d’un trom­bone. Offi­ciel­le­ment, ces indem­ni­tés exor­bi­tantes servent à voya­ger dans des condi­tions « appro­priées et repré­sen­ta­tives ». Soudain, j’avais, ce qu’on appelle un niveau de vie élevé, accès aux lounges VIP et vol en première classe. Programme grand voya­geur et ainsi de suite.….

Jusqu’à l’écœurement des réunions à l’ONU des ONG sur l’environnement

Le genre de chose qui ne mérite pas qu’on s’y attarde une seconde, sans même parler d’en­fer débattre plusieurs milliers de délé­gués sur payer venu du monde entier.
Une civi­li­sa­tion qui se prend pour le fleu­ron de la créa­tion célèbre ici sa propre déchéance. Je fais un rapide calcul : le para­graphe comporte envi­ron 70 mots. Au cours des 95 minutes que dure ce cirque, il y a 22 objec­tions et 19 correc­tion. Ça doit être incroya­ble­ment diffi­cile de formu­ler le rien.

Lu dans le cadre du Club de Lecture de la média­thèque de Dinard

Sur Michel Hoel­le­beck , on lit telle­ment d’avis et en parti­cu­lier sur ce roman qui semble avoir prévu les atten­tats de Bali de 2002, que je n’ai pas hésité à le choi­sir quand la biblio­thé­caire l’a mis au programme de notre club dans le thème « tourisme » . Il a telle­ment sa place, dans ce thème ! (Pour justi­fier ma photo, oui, il parle de Dinard et même de ma plage – une ou deux phrases, mais elle y est !) Depuis « les Parti­cules Élémen­taires », je conti­nue à le lire régu­liè­re­ment, sans être déçue, même si parfois il me rend très triste. J’avais bien aimé « La carte et le terri­toire » et depuis long­temps, je voulais lire « Plate­forme ». C’est, comme toujours chez lui , une analyse assez froide des compor­te­ments de nos contem­po­rains, il s’agit ici du tourisme, mais pas seule­ment. Aussi de la façon dont notre société adule l’argent pour l’argent. il s’amuse à nous décrire certains excès des instal­la­tions d’art contem­po­rain. Il montre à quel point la violence peut deve­nir incon­trô­lable dans les banlieues. Il se fait une piètre idée de l’Is­lam et n’hé­site pas à l’écrire. Et surtout, il fait une descrip­tion très détaillée du plai­sir sexuel sous toute ses formes. Le héros tombe amou­reux d’une Valé­rie plus jeune que lui lors d’un voyage en Thaï­lande, il travaille au minis­tère de la culture, où il orga­nise des expo­si­tions toutes plus bizarres les unes que les autres, son père meurt, il a donc quelques dispo­si­tions finan­cières. Valé­rie travaille pour le tour-opéra­teur qu’ils avaient choisi et il va l’ai­der à monter des concepts de voyages plus rentables. Le héros et les deux autres person­nages impor­tants Valé­rie et son chef Jean-Yves se rendent compte que lors des voyages orga­ni­sés la seule chose que dési­rent les touristes c’est avoir des rela­tions sexuelles , autant les prévoir par le Tour-Opéra­teur qui se nommera « Aphrodite ».

Tout le talent de cet écri­vain , c’est d’al­ler juste un peu plus loin, et parfois pas tant que ça de nos compor­te­ments et donc ces occi­den­taux qui viennent « baiser » loin de chez eux trou­ve­ront tout ce qu’ils veulent sauf que .… un terrible atten­tat en 2002 en tuera plus de deux cents d’entre eux. Ne cher­chez pas de condam­na­tions morales ou des juge­ments de valeur, on a l’im­pres­sion que rien ne le choque ; Michel Houel­le­beck décrit ce que tout le monde peut voir ou connaître. Dans un style parti­cu­lier qui peut sembler assez plat, il accroche son lecteur, (en tout cas moi) sans aucun autre effet qu’une histoire très bien racon­tée et un point de vue d’une honnê­teté abso­lue, mais comme toujours assez triste car très désa­busé sur la nature humaine.

Citations

Le bonheur et les voyages

J’ai passé ma dernière jour­née de congé dans diffé­rentes agences de voyages. J’ai­mais les cata­logues de vacances, leur abstrac­tion, leur manière de réduire les lieux du monde à une séquence limi­tée de bonheurs possibles et de tarifs, j’ap­pré­ciais parti­cu­liè­re­ment le système d’étoiles pour indi­quer l’in­ten­sité du bonheur qu’on était en droit d’es­pé­rer. Je n’étais pas heureux, mais j’es­ti­mais le bonheur, et je conti­nuais à y aspirer.

Du Houellebeck tout pur

« Je n’ai rien à attendre de ma famille, pour­sui­vit-elle avec une colère rentrée. Non seule­ment ils sont pauvres, mais en plus ils sont cons. Il y a deux ans, mon père a fait le pèle­ri­nage de la Mecque ; depuis, il n’y a plus rien à en tirer. Mes frères, c’est encore pire : ils s’en­tre­tiennent mutuel­le­ment dans leur conne­rie, ils se bourrent la gueule au pastis tout en se préten­dant les dépo­si­taires de la vraie foi, ils se permettent de me trai­ter de salope parce que j’ai envie de travailler plutôt que d’épou­ser un connard dans leur genre. »

Je partage cet avis sauf pour l’alcool et les cigarettes

Prendre l’avion aujourd’­hui, quelle que soit la compa­gnie, quelle que soit la desti­na­tion, équi­vaut à être traité comme une merde pendant toute la durée du vol. Recro­que­villé dans un espace insuf­fi­sant et même ridi­cule, dont il sera impos­sible de se lever sans déran­ger l’en­semble de ses voisins de rangée , on est d’emblée accueilli par une série d’in­ter­dic­tions énon­cées par des hôtesses arbo­rant un sourire faux. Une fois à bord, leur premier geste et de s’emparer de vos affaires person­nelles afin de les enfer­mer dans les coffres à bagages ‑auxquels vous n’au­rez plus jamais accès, sous aucun prétexte, jusqu’à l’at­ter­ris­sage. Pendant toute la durée du voyage, elles s’in­gé­nient ensuite à multi­plier les brimades, tout en vous rendant impos­sible tout dépla­ce­ment, et plus géné­ra­le­ment toute action, hormis celles appar­te­nant à un cata­logue restreint, dégus­ta­tion de soda, vidéos améri­caines, achat de produits duty free. La sensa­tion constante de danger, alimen­tée par des images mentales de crash aérien, l’im­mo­bi­lité forcée dans un espace limité provoquent un stress si violent qu’on a parfois observé des décès de passa­gers par crise cardiaque sur certains vols long-cour­riers. Ce stress, l’équi­page s’in­gé­nie à le porter à son plus haut niveau en vous inter­di­sant de le combattre par les moyens usuels. Privé de ciga­rettes et de lecture, on est égale­ment de plus en plus souvent, privé d’alcool.

Et vlan pour les profs de français

J’avais appris qu’elle était prof de lettres « dans le civil », comme disait plai­sam­ment René ; ça ne m’avait pas du tout étonné. C’était exac­te­ment le genre de salopes qui m’avaient fait renon­cer à mes études litté­raires, bien des années auparavant.

Qui d’autre que Houellebecq à le droit d’écrire cela

Il y avait égale­ment deux Arabes isolés, à la natio­na­lité indé­fi­nis­sable ‑leur crâne était entouré de cette espèce de torchon de cuisine auquel on recon­naît Yasser Arafat dans ses appa­ri­tions télévisée.

Intéressant

Les seules femmes dont je parve­nais à me souve­nir, c’était quand même celles avec qui j’avais baisé.Ce n’est pas rien, ça non plus ; on consti­tue des souve­nirs pour être moins seul au moment de la mort.

L’évolution de la société

Nous vivions en résumé dans une écono­mie mixte , qui évoluait lente­ment vers un libé­ra­lisme plus prononcé, qui surmon­tait peu les préven­tions contre le prêt à usure – et , plus géné­ra­le­ment , contre l’argent- encore présentes dans les pays d’an­ciennes tradi­tions catho­liques. Certains jeunes diplô­més d’HEC, beau­coup plus jeunes que Jean-Yves, voire encore étudiant, se lançaient dans la spécu­la­tion bour­sière, sans même envi­sa­ger la recherche d’un emploi sala­rié. Ils dispo­saient d » un ordi­na­teur relié à Inter­net, de logi­ciels sophis­ti­qués de suivi des de suivi des marchés. Assez souvent, ils se réunis­saient en club pour pouvoir déci­der de nous de mises de fonds plus impor­tants. Ils vivaient sur leur ordi­na­teur, se relayaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ne prenaient jamais de vacances. Leur objec­tif à tous était extrê­me­ment simple : deve­nir milliar­daire avant trente ans.

L’art contemporain

Je travaillais alors sur le dossier d’une expo­si­tion itiné­rante dans laquelle il s’agis­sait de lâcher des grenouilles sur des jeux de cartes étalés dans un enclos pavé de mosaïques ‑sur certains des carreaux étaient gravés des noms de grands hommes de l’his­toire tels que Dürer, Einstein,Michel-Ange. Le budget prin­ci­pal était consti­tué par l’achat des jeux de cartes, il fallait les chan­ger assez souvent, il fallait égale­ment de temps en temps, chan­ger les grenouilles. L’ar­tiste souhai­tait, au moins pour l’ex­po­si­tion l’ex­po­si­tion inau­gu­rale à Paris, dispo­ser de jeu de tarots, il était prêt, pour la province, à se conten­ter de jeux de cartes ordinaires

Édition le Seuil

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Après « la villa des femmes » et « l’empereur à pied », voici ma troi­sième lecture de ce grand écri­vain liba­nais. Ce texte est très court et les chapitres qui le composent font parfois moins d’une demi-page. Le titre dit beau­coup sur cette biogra­phie : Raphaël Arben­sis aurait pu, en effet mener des vies bien diffé­rentes. L’au­teur sent que sa desti­née tient plus du hasard et de la chance que de sa propre volonté. Ce sont des idées bien banales aujourd’­hui mais qui, au début du XVII° siècle, sentent l’hé­ré­sie pour une élite catho­lique toute puis­sante et peu éclai­rée. Elle vient de condam­ner Gali­lée et donc, regar­der, comme le fait le person­nage, le ciel à travers une lunette gros­sis­sante relève de l’au­dace. L’au­teur ne connaît pas tout de la vie de cet aven­tu­rier du pays des cèdres comme lui, mais malgré ces périodes d’ombre qu’il s’empêche de remplir par trop de roma­nesque, il sait nous rendre vivant ce person­nage . Le plus agréable pour moi, reste son talent d’écri­vain : grâce à son écri­ture, on se promène dans le monde si foison­nant d’un siècle où celui qui voyage prend bien des risques, mais aussi, est telle­ment plus riche que l’homme lettré qui ne sort pas de sa zone de confort. Chaque chapitre fonc­tionne comme une fenêtre que le lecteur ouvri­rait sur la société de l’époque, ses grands person­nages, ses peintres, sa pauvreté, ses paysages. Un livre enchan­teur dont les ques­tion­ne­ments sont encore les nôtres : qu’est ce qui relève de notre déci­sion ou de la chance que nous avons su plus ou moins bien saisir ?

Citations

De courts chapitres comme autant de cartes postales du XVII° siècle

Chapitre 6
Il fréquente aussi les lavan­dières qui lavent le linge dans le Tibre . Il fait rire et les trousse à l’oc­ca­sion. À cette époque , les rives bour­beuses du fleuve sont enva­hies par les bate­liers , et les tein­tu­riers y diluent leurs couleurs. Nous sommes dans les premières années du ponti­fi­cat d’Ur­bain VIII. La colon­nade du Vati­can n’est même pas encore dans les projets du Bernin, Borro­mini n’a pas encore construit la Sapienza, le palais des Barbe­rini s’ap­pelle encore palais Sforza et la mode des villas véni­tienne intra-muros commence à peine. Mais il y a des chan­tiers et l’on creuse des allées et des voies. Des peintres et des sculp­teurs habitent en ville. Le Tras­te­vere et un village séparé de la cité, cette dernière n’a pas la taille de Naples, mais depuis le bord du fleuve on voit les dômes de Saint-Pierre et le palais Saint-Ange. Les grands murs du temps de l’Em­pire sont toujours debout, roses et briques parmi les cyprès et les pins, et sous la terre dorment encore bien des merveilles. Un jour de 1625, sur la place du Panthéon, un larron inter­pelle Raphaël pour lui vendre quelque chose en l’ap­pe­lant Monsi­gnore. Arden­tis s’ar­rête, méfiant, le larron rit en décou­vrant une horrible rangée de dents abîmées et lui indique sa brouette sur laquelle il soulève une petite bâche. Aven­sis se détourne du spec­tacle de l’af­freuse grimace du mendiant pour regar­der ce qu’il lui montre et là, au milieu d’un bric-à-brac fait de clous, de chif­fons, de morceaux de plâtre et de divers outils abîmés, il voit une tête en marbre, une grande tête d’empereur ou de dieu, le front ceint d’un bandeau, les lèvres pulpeuses, le nez grec et le cou coupé, posé sur le côté, comme lors­qu’on dort sur un oreiller.
Chapitre 27 un des plus courts
Dans le ciel, il y a toujours ces grands nuages blancs qui se contor­sionnent tels des monu­ments en apesan­teur, qui prennent des postures fabu­leuses et lente­ment chan­geantes comme les anges et les êtres séra­phiques impro­bables de Véronèse.

Á travers une longue vue les personnages regardent Venise et le lecteur croit reconnaître des tableaux

Une autre fois, il voit un homme buvant du vin à une table sur laquelle, en face de lui, une femme nue est accou­dée qui le regarde pensi­ve­ment, le menton dans la main. Il voit un maître de musique près de sa jeune élève devant un clave­cin, il voit une table un globe terrestre dans une biblio­thèque déserte et un jour, dans ce qui semble une chambre à coucher, il voit une femme en bleu, peut-être enceinte, debout et absor­bée dans la lecture d’une lettre.

Le hasard ou le destin

Nos vies, écrit-il, ne sont que la somme, tota­li­sable et dotée de sens après coup, des petits inci­dents, des hasards minus­cules, des acci­dents insi­gni­fiants, des divers tour­nants qui font dévier une trajec­toire vers une autre, qui font aller une vie tout à fait ailleurs que là où elle s’ap­prê­tait à aller, peut-être vers un bonheur plus grand si c’était possible, qui sait ?, mais sans doute souvent plutôt vers quelque chose de moins heureux, tant le bonheur est une proba­bi­lité toujours très faible en compa­rai­son des possi­bi­li­tés du malheur ou simple­ment de l’in­si­gni­fiance finale d’une vie ou de son échec.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Un livre éton­nant qui commence une série que je ne connais­sais pas l « Égo-histoire », qui se défi­nit ainsi :

une forme d’ap­proche histo­rio­gra­phique et de courant d’écri­ture histo­rique à travers laquelle l’his­to­rien est censé analy­ser son propre parcours et ses méthodes de manière réflexive et distan­ciée. (Wiki­pé­dia) . 

Il peut très bien se glis­ser dans une de vos valise pour accom­pa­gner vos vacances. Même si il n’est pas qu’un livre léger et plai­sant de souve­nirs d’une famille intel­lec­tuelle pari­sienne, ceci n’est, en effet, qu’un tout petit aspect de ce livre, qui cherche à atteindre des buts beau­coup plus larges, plus « scien­ti­fiques » trou­ver en quoi les vacances orga­ni­sées par ses parents s’ins­crivent dans une conduite socio­lo­gique ne corres­pon­dant pas exac­te­ment à l’ori­gi­na­lité à laquelle elle semblait à l’époque répondre. C’est certai­ne­ment l’aspect qui lui a enlevé un ou deux coquillages sur Luocine, car j’ai trouvé ces expli­ca­tion très répé­ti­tives, on comprend assez vite mais l’au­teur a besoin d’y reve­nir plusieurs fois sans rien ajou­ter au propos. Le second aspect m’a beau­coup touchée : que se cache-t-il derrière cette injonc­tion pater­nelle « Soyez heureux ! » ? Toutes les diffi­cul­tés des resca­pés de la Shoah sont dans ces deux mots et la façon dont son père a rendu ses enfants « heureux » est extra­or­di­naire à la fois de simpli­cité mais aussi de courage . Enfin le dernier aspect, ce sont les souve­nirs de cet enfant qui a comme tous les enfants préfèrent jouer avec ses amis plutôt qu’é­cou­ter les expli­ca­tions savantes à propos des ruines grecques et romaines.

Un livre que j’ai beau­coup aimé malgré les bémols que j’ai évoqués.

Citations

Ambiance familiale marquée par la Shoah

Dans ma famille, le bonheur repré­sen­tait un tel enjeu qu’il en deve­nait non seule­ment inac­ces­sible, mais vicié, légè­re­ment putré­fié, pas si dési­rable que cela. C’est une perver­sion dont je ne me suis jamais tout à fait remis. Le seul remède à cette mala­die de l’âme consis­tait à rompre le soup­çon et a décidé immé­dia­te­ment, toutes affaires cessantes, que je pouvais être heureux, pour aucune autre raison que j’en avais le droit. 

Le camping ‑car

Si les moque­rie de mes cama­rades me mettaient mal à l’aise , c’est parce que je sentais qu’elles visaient bien plus que des vacances : notre iden­tité fami­liale , notre mode de vie , notre « style » , la person­na­lité de mes parents , donc l’édu­ca­tion que je rece­vais d’eux. Partir en camping-car révé­lait un certain niveau de revenu, mais aussi l’ab­sence de tradi­tions fami­liales et de racine ; un certain capi­tal cultu­rel, et aussi un manque de savoir-vivre ; une incli­na­tion au ridi­cule, mais aussi une liberté d’es­prit, une capa­cité de déta­che­ment, par fierté ou indif­fé­rence au qu’en-dira-t-on.

Liberté

j’étais libre parce qu’il n’y avait pas de cein­ture à l’ar­rière et que nous nous dépla­cions dans l’ha­bi­tacle pendant les trajets
parce que je pouvais flâner dans les musées sans les visiter
parce que je pouvais rester des heures à jouer dans les vagues
j’étais libre parce qu’on campait n’im­porte où, sur les plages, les débar­ca­dère, les parkings, au bout des jetées , dans les clairières
parce que mon sac de couchage était un vais­seau spatial, avec des manettes et des cadrans intégrés
j’étais libre parce que aucun cahier de vacances ne venait prolon­ger le travail scolaire de l’année
parce qu’une pres­sion se relâchait
l’ur­gence était suspendue
parce qu’on chan­geait de desti­na­tion tous les ans
parce que nos spots ne figu­raient sur aucun guide de voyage
et que cela ne coûtait rien de se perdre, l’éga­re­ment n’étant qu’un autre chemin
j’étais libre de m’éprou­ver Juif errant, tout en étant protégé par un État 

Je sais que je dois cette lecture à la blogo­sphère en parti­cu­lier à Jérôme mais à d’autres aussi. J’ai d’abord dégusté et beau­coup souri à la lecture de ce petit livre et puis je me suis sentie si triste devant tant de destruc­tions, à la fois humaines et écolo­giques. Le regard de cet auteur est impla­cable, il sait nous faire parta­ger ses révoltes. Comme lui, j’ai été indi­gnée par le compor­te­ment de Philippe Boulet qui refuse de donner un simple coup de fil pour sauver de pauvres Malgaches partis en pirogues. Un de ses adjoint finira par l’y contraindre , mais trop tard si bien que seuls 2 sur 8 de ces malheu­reux ont été sauvés et vous savez quoi ?

En tant que chef de mission, Philippe Boulet a été décoré d’une belle médaille par le gouver­ne­ment malgache pour son rôle émérite dans le sauve­tage des pêcheurs. un article de presse en atteste. Il sourit sur la photo.

La vision de la Chine est parti­cu­liè­re­ment grati­née, entre les ambiances de façades et la réalité il y a comme un hiatus. Comme souvent dans les pays à fort contrastes « le gringo » ou le« blanc » est consi­déré comme un porte monnaie ambu­lant. L’au­teur se moque autant de ses propres compor­te­ments que ceux des touristes qui veulent abso­lu­ment voir de « l’au­then­tique ». Mais souvent la charge est lourde et quelque peu cari­ca­tu­rale. C’est peut être mon âme bretonne qui m’a fait être agacée aux portraits de bretons alcoo­liques. Ceci dit, pour voya­ger comme il le fait, il vaut mieux résis­ter à l’al­cool car on est souvent obligé de parta­ger le verre de l’ami­tié qui est rare­ment un verre de jus de fruit quand on veut abso­lu­ment vivre avec et comme les autochtones.

Enfin, le pire c’est le trai­te­ment de la nature par l’homme, c’est vrai­ment angois­sant de voir les destruc­tions s’ac­cu­mu­ler sous le regard des gens qui se baladent de lieux en lieux sans réali­ser que, par leur simple présence, (dont celle de l’au­teur !) ils contri­buent à détruire ce qu’ils trouvent, si « jolis », si « authen­tiques », si « typiques ».…

Citations

Humour

J’ai passé des jour­nées à marcher dans les rues, foui­ner chez les disquaires de Soho, contem­pler l’agi­ta­tion de Notting Hill ou des puces de Camden. Tout cela était très inté­res­sant, je rencon­trais d’autres possibles, mais ça ne m’ai­dait pas réel­le­ment à savoir qui j’étais. Le déclic eut lieu une nuit que j’étais à me morfondre dans quelque pub anglais au cœur de Londres. Accoudé sur un comp­toir, je noir­cis­sais des page de cahier à spirale, dans une navrantes tenta­tive posta­do­les­cente de deve­nir Arthur Morri­son. Je zonais depuis une semaine, le groupe du pub repre­nait Walk Of Life et j’en étais à écrire des sonnets sous Kronen­bourg quand quel­qu’un a renversé son verre de Guin­ness sur mes vers de détresse. Une vision, fémi­nine, cheve­lure fatal et hormones au vent. Note pour les jeunes poètes maudits : écrire la nuit dans les bars, pour pathé­tique que ce soit, peut atti­rer la gour­gan­dine. C’était une vieille, elle avait au moins 25 ans. Elle portait une robe noire sophis­ti­quée et des talons arro­gants ; elle travaillait dans la mode. Ses yeux brillaient d’une assu­rance alcoo­li­sée. Volu­bile et pleins d’histoires.

Très drôle

Il existe, à l’est de Leeds, loca­lité dont peu de gens soup­çonne l’exis­tence. Un port où le soleil n’est qu’un concept loin­tain, une cité prolé­taire ou Marga­ret That­cher est Satan et Tony Blair, Judas. Une riante bour­gade rava­gée par la crise post­in­dus­trielle, où l’on repère les étran­gers à leur absence de tatouages et de cirrhose. Liver­pool sans groupe de rock mythique, Manches­ter sans le foot. Hull est un sujet de moque­rie pour le reste de l’An­gle­terre. Sa page Wiki­pé­dia se résume à 5 lignes, c’est que pour une ville de 250000 habitants.
PS : Véri­fi­ca­tion Hull a plus que 5 lignes sur Wikipedia

Cette envie de recopier le livre !

Toutes ses écono­mies dila­pi­dées dans un voyage à pile ou face, des mafias engrais­sées, le cache cache avec la police de deux conti­nents, la peur et le froid. Tout cela pour deve­nir esclave à Hull, qui concourt au titre de la ville la plus pour­rie d’Eu­rope. Khalid n’ex­pri­mait aucun regret : « Il vaut mieux être ouvrier à Hul que mort à Kaboul. » Une évidence contre laquelle aucune loi ne peut lutter.
… Dix kilo­mètres jusqu’à la maison. Des cités déca­ties où descen­daient les rouquins à capuche, un immense super­mar­ché Tesco, qui était une des raisons pour lesquelles Azad, Moha­med et Khalid, victimes de la géogra­phie poli­tique avez tenté la vie en Europe. Je travaille à l’usine pour pouvoir voya­ger. Ils avaient beau­coup, beau­coup voyagé pour venir travailler à l’usine.

Bombay

J’ai entendu quelques histoires de jeunes Anglais venus faire de l’hu­ma­ni­taire en Inde en sortant de chez leurs parents, et repar­tant au bout de trois jours, trau­ma­ti­sés par la réalité de la misères. Impos­sible de faire abstrac­tion, dans cette ville où il faut prendre garde à ne pas marcher sur les nouveaux nés qui dorment sur le goudron.

Portrait de surfeurs

Tous ces garçons vivent entre eux dans une colo­nie de vacances perpé­tuelle, voya­geant d’un spot à l’autre autour du monde, mangeant des corn flakes et des sand­wichs à la mayon­naise dans des maisons de loca­tion, torse nu, pendant que le coach les dorlote. Le soir, ils boivent des bières autour d’un barbe­cue. Chaque année, à date fixe, il retrouve Hawaï, la Gold Coast austra­lienne, le Brésil, l’Afrique du Sud ou Laca­nau, sans avoir le temps de connaître les endroits qu’ils traversent. Ils ne se préoc­cupent pas de descendre sous la surface, leur fonc­tion est de rester à flot. Ils gagnent très bien leur vie, ce sont des stars. Leurs perfor­mances spor­tives leur permettent de postu­ler au Statut de surhomme. Musclés et bron­zés, ça va sans dire. Pas très grands, pour des histoires de centre de gravité. Leurs copines sont des splen­deurs, rayon­nantes de santé et de jeunesse, tout cela est très logique. On pour­rait moquer la spiri­tua­lité de paco­tille qui entoure le monde du surf, bric-à-brac de panthéisme cool où l’homme fusionne avec la nature dans l’ac­tion, mais ce n’est pas néces­saire. Ces types consacrent leur vie à la beauté du geste, dans un dépas­se­ment de soi photo­gé­nique. Ils tracent des sillons parfaits, en équi­libre constant entre la perfec­tion et la mort. Ce n’est pas rien.

La Chine

À Chong­qing, je je trouve ce que j’aime dans lex tiers-monde. Le chaos orga­nisé, la vie dans la rue, les gens qui vendent n’im­porte quoi à même le sol, les cireurs de chaus­sures,( l’un deux a voulu s’oc­cu­per de mes tongs), les vieux porteurs voûtés qui char­rient le double de leur poids, les bars qui appar­tiennent à la mafia et les chiens qui n’ap­par­tiennent à personne.

À Pékin, on a posé une Chine en plas­tique sur la Chine. Et ça fonc­tionne très bien. Ils ont réussi à cacher les pauvres et les cras­seux. À Chong­qing, il n’y a pas de jeux olym­piques. Les pauvres et les cras­seux côtoient les costards cravates. Des ouvriers cassent les vieux immeubles à la masse, torse et pieds nus, à 15 mètres du sol. Les normes de sécu­rité ne sont pas opti­males. Mais un centre commer­cial doit ouvrir dans 20 minutes à cet empla­ce­ment , alors il faut faire le boulot.

Portrait féroce et réducteur de l’autre.…

Elle est prof. De maths. Alle­mande. Un sacré boute-en-train. Elle passe son temps à détailler de A à Z, tous les points de désac­cord avec la culture chinoise. Je ne compren­drai jamais les gens qui, sortant de chez eux, ne supportent pas qu’on ne se comporte pas comme chez eux. De son côté, elle ne comprend pas que les Fran­çaises s’épilent les jambes régu­liè­re­ment. C’est pour l’ins­tant, le plus gros choc cultu­rel de mon séjour.