Édition Acte Sud Babel, Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Céline Leroy

Quand j’ai fait paraître mon billet sur « la rivière » de Peter Heller plusieurs d’entre vous (le Bouqui­neur Kathel ) dans les commen­taires ont parlé de ce livre comme un chef d’œuvre bien supé­rieur à « La rivière ».

Ce n’est pas du tout mon avis, mais je le dis tout de suite j’ai peu de goût pour les livres ou les films d’an­ti­ci­pa­tion de catas­trophes. Il faut dire que cette catas­trophe décrite en 2013 (pour la traduc­tion) rappelle étran­ge­ment le virus du Covid trop célèbre aujourd’­hui. Le roman commence neuf ans après la « fin de Toute Chose », l’ori­gi­na­lité du roman, c’est de ne pas être dans un déve­lop­pe­ment chro­no­lo­gique, donc nous n’ap­pren­drons qu’à la moitié du récit que le monde a été détruit par un terrible virus qui combine celui de la grippe avec celui de la grippe aviaire. C’est un virus extrê­me­ment conta­gieux et mortel à 99,9 pour cent. L’ori­gine à été attri­buée à l’Inde mais la vérité est que ce virus vient d’un labo­ra­toire et à été répandu à cause d’un acci­dent d’avion.
Le roman raconte les rapports entre les humains après une catas­trophe aussi terrible. Les deux hommes Hig et Bangley ont réussi à sécu­ri­ser un terri­toire autour d’un aéro­port qu’ils protègent le mieux qu’ils peuvent. Et comme Bangley est un excellent soldat et Hig un pilote remar­quable, ils peuvent repous­ser toutes les attaques de gens qui ne veulent que leur mort. Il y a aussi un petit groupe de reli­gieux menno­nites qui ne sont pas atta­qués par les préda­teurs car ils sont atteints d’une mala­die du sang mortelle et contagieuse.
Tout le roman repose sur cette extrême violence qui vient de l’ex­té­rieur, tous les autres humains n’ont qu’une idée en tête : assas­si­ner nos deux héros. Le pour­quoi de cette haine violente n’est jamais expliquée.
La deuxième partie du roman se passe après la mort du chien de Hig. Comme dans tant de film améri­cain la mort du chien fidèle est ressen­tie comme un si grand drame que cela change tout pour Hig qui va partir de son aéro­port sécu­risé à la recherche d’une autre histoire. Il va rencon­trer une femme et son père qui avaient réussi à survivre dans un vallon bien protégé avec du bétail.
Ensemble, ils revien­dront dans l’aé­ro­port retrou­ve­ront Bangley bien mal en point .
La fin montre un renou­veau possible. Les familles menno­nites vont sans doute survivre et des avions qui survolent l’aé­ro­port prouvent que la vie normale a peut être redé­marré ailleurs.
Le style de l’écri­vain est assez parti­cu­lier. Le roman est une succes­sion de petits chapitres et l’au­teur ne nous explique rien qui ne relève pas du vécu actuel des personnages.
Outre l’ex­trême violence du récit, ce que je trouve très gênant c’est de ne pas comprendre pour­quoi tous les hommes ne cherchent qu’à se tuer les uns et les autres sauf nos deux héros.
La nature en danger est sans doute le thème le plus impor­tant du roman. Comme dans « La rivière » l’au­teur qui adore les grands espaces natu­rels les voit détruits chaque année par des incen­dies de plus en plus violents. C’est sans doute cela qui l’a poussé à écrire ce roman que vous êtes plusieurs à avoir tant apprécié.
Bref un roman qui donne pas le moral mais qui va plaire aux lecteurs très nombreux qui aiment ce genre de récit d’an­ti­ci­pa­tion-catas­trophe. Je me demande pour­quoi les améri­cains sont les grands spécia­listes du genre, cela doit être le reflet de leur mauvaise conscience face à leur façon de maltrai­ter leur pays et même la planète.

Citations

Quand on commence à comprendre ce qui s’est passé

Je ne veux pas perdre le compte : ça fait neuf ans. La grippe a tué presque tout le monde, puis la mala­die du sang a pris le relais. Dans l’en­semble, ceux qui restent sont du genre pas gentils, c’est pour ça qu’on vit dans la plaine, pour ça que je patrouille tous les jours.

Réflexions face à la solitude

La famine. Qui consume aussi lente­ment que le feu sur du bois humide. Fragi­lise les os, des sacs d’os ambu­lants, puis l « un meurt, puis l’autre. Ou peut-être qu’il vaut mieux être atta­qué par des indigènes
Qu’est-ce qui te manque le plus ? La foule babillant et sans visage, la célé­brité, les fêtes, l’ex­plo­sion des flash ? Les amants, la gaieté, le cham­pagne ? La soli­tude taillée dans la célé­brité, L’étude des cartes à la lumière d’une unique lampe sur un vaste bureau dans un hôtel véné­rable ? Le room service, le café avant l’aube, la compa­gnie d’un ami, de deux ? le choix : tout ou rien ? Un peu ou rien ? Main­te­nant, pas main­te­nant, peut-être plus tard ?

L’aspect hilarant ? (dont parle la quatrième de couverture et que j’ai eu du mal à trouver)

C’est fou à quel point le fait de ne pas devoir tuer quel­qu’un simpli­fie la rela­tion, en géné­ral. Même si papy a bien essayé de me tuer, moi. Bon. Passons l’éponge. Toujours est-il que je pouvais marcher jusque chez eux, les buter ou pas, et ça c’est une libération.


Édition Albin Michel Traduit de l’an­glais (Canada) par Sarah Gurcel

Je dois cette lecture passion­nante à Krol et je la remer­cie du fond du coeur. Je pense que toutes celles et tous ceux qui liront ce livre en reste­ront marqués pour un certain temps. À la manière des cernes concen­triques d’une coupe trans­ver­sale d’un arbre, le roman commence en 2038 avec Jacke Green­wood, guide dans une île préser­vée du Nord Cana­dien qui a gardé quelques beaux spéci­mens de forêts primi­tives. Puis nous remon­tons dans les cernes du bois avec son père Liam Green­wood, en 2008 char­pen­tier, lui même fils de Willow Green­wood mili­tante acti­viste écolo­gique de la cause des arbres, élevée par un certain Harris Greenn­wood un puis­sant exploi­tant de bois en 1974, nous voyons la misère causée par la crise de 29 en 1934 et la nais­sance de Willow puis le début du récit en 1908. Ensuite nous remon­te­rons le temps pour comprendre les déci­sions que devra prendre Jacke Green­wood en 2038.

Ne croyez pas vous perdre dans ce récit aussi dense qu’une forêt profonde. L’au­teur a besoin de tout ce temps pour nous faire comprendre les catas­trophes écolo­giques qui se sont passées dans son pays dont la nature semblait résis­ter à tous les préda­teurs, l’homme aura raison de ses résis­tances. On suit avec passion l’his­toire de la filia­tion de Jacke Grenn­wood, mais ce n’est vrai­ment pas aussi impor­tant que l’his­toire des arbres cana­diens que Michael Chris­tie raconte sur plus d’un siècle. Les récents incen­dies de forêts et les inon­da­tions de la région de Vancou­ver prouvent que l’écri­vain n’écrit pas tant un roman du futur mais plutôt ce qui se passe aujourd’­hui. Dans un article de Wiki­pé­dia voilà ce que vous pour­rez trouver :

Facteurs aggravants

Les scien­ti­fiques sont d’avis que les coupes à blanc et les feux de forêts des dernières années ont joué un rôle dans les inon­da­tions dans l’intérieur de la Colom­bie-Britan­nique. La coupe à blanc a tendance à faire augmen­ter le niveau de la nappe phréa­tique et la perte des arbres par les deux phéno­mènes conduit à un plus grand ruis­sel­le­ment. Une étude par l’univer­sité de la Colom­bie-Britan­nique constate que la suppres­sion de seule­ment 11 % des arbres d’un bassin versant double la fréquence des inon­da­tions et en augmente l’ampleur de 9 à 14 %93.

Tout commence donc par l’ins­tal­la­tion des colons au Canada qui chassent sans aucune pitié les habi­tants de cette région boisée. Dans cet univers très violent certains (très peu) font fortune et exploitent la misère de ceux qui ont cru trou­ver dans ce nouveau monde un pays accueillant. Puis nous voyons l’argent que l’on peut se faire en exploi­tant des arbres qui semblent four­nir une ressource inépui­sable, c’est vrai­ment le coeur du roman et qui peut s’ap­pli­quer à toutes les ressources que la terre a four­nies aux hommes. Bien sûr, au début tout semble possible, il s’agit seule­ment d’être plus malin que les autres pour exploi­ter et vendre le bois dont les hommes sont si friands. Et puis un jour, des pans entiers de régions aussi grandes que des dépar­te­ments fran­çais sont rasés et rien ne repousse. La fiction peut s’ins­tal­ler : et si les arbres qui restent étaient tous en même temps atteint d’un virus mortel ? Alors comme dans le roman nous serions amenées à ne respi­rer qu’à travers un nuage de pous­sière de plus en plus dense ? Tous les person­nages acteurs de ce grand roman, ont des person­na­li­tés complexes même si parfois, ils enfouissent au plus profond d’eux-mêmes leur part d’humanité.
Avec Keisha et Kathel je vous le dis : lisez et faites lire ce roman je n’ai vrai­ment aucun autre conseil à vous donner.
Et si, encore un conseil, je me permets de faire de la publi­cité pour une petite entre­prise bretonne (Ecotree) qui vous permet­tra d’of­frir un arbre comme cadeau. L’idée est origi­nale et a plu à tous les parents à qui j’ai fait ce cadeau pour la nais­sance d’un bébé qui sera donc proprié­taire d’un arbre dans des forêts françaises.

Citations

La catastrophe planétaire sujet de ce roman.

Dans l’ab­solu, Jake est libre de mention­ner les orages de pous­sières endé­miques, mais la poli­tique de la Cathé­drale est de ne jamais en évoquer la cause : le Grand Dépé­ris­se­ment – la vague d’épi­dé­mies fongiques et d’in­va­sions d’in­sectes qui s’est abat­tue sur les forêts du monde entier dix ans plutôt, rava­geant hectare après hectare.

Formule percutante.

Il n’y a rien de tel que la pauvreté pour vous faire comprendre à quel point l’in­té­grité est un luxe

Je pense souvent à ce paradoxe lorsque je vois la jeunesse écologique partir en vacances en avion aux quatre coins de la planète.

Y en a‑t-il seule­ment un parmi vous, pour­suit Knut, pour appré­cier « l’in­di­cible ironie » de voir les membres de l’élite diri­geante est des célé­bri­tés venir jusqu’ici se revi­go­rer spiri­tuel­le­ment avant de pouvoir retour­ner, ragaillar­dis, à des vies qui, direc­te­ment ou indi­rec­te­ment, portent notre planète à ébul­li­tion, condam­nant un peu plus encore les merveilles de la nature auxquelles appar­tiennent les arbres sacrés qu’ils prétendent vénérer ?

Époque où on pense la ressource en bois éternelle.

Le papier lui-même a la couleur des amandes grillées. Il s’en dégage une robus­tesse qui date d’un temps où les arbres, en nombre illi­mité, étaient une ressource inépui­sable. Un temps où l’on épon­geait ce qu’on venait de renver­ser avec un rouleau entier d’es­suie-tout et où l’on impri­mait l’en­tiè­reté de sa thèse (ce fut son cas à elle) sur les seuls rectos d’une grosse pile de papier blanc comme neige.

1934.

Au cours de sa carrière, Harris Green­wood a présidé à l’abat­tage de plus de deux cent cinquante millions d’hec­tares de forêts primaires. certains arbres parmi les plus larges, les plus beaux, que la planète ait jamais portées sont tombés sur son ordre.
Sans les jour­naux et le papier, Green­wood Timber aurait déjà sombré. Harris four­nit tous les pério­diques cana­dien et la moitié de l’édi­tion améri­caine. Il sera bien­tôt obligé de réduire en pâte à papier des arbres qui, jadis, auraient servi de colonne verté­brale à des palais, ce qui pour un homme du métier, revient à faire des saucisses avec un filet de choix. Tout ça pour que les gens puissent faire leurs mots croi­sés idiots et lire des romans de gare.

L’installation des colons en 1908.

Quand le couple arriva au « Pays des Arbres », ils décou­vrirent que les trente arpents densé­ment boisés qu’ils avaient deman­dés au Bureau du cadastre cana­diens étaient déjà occu­pés par une bande d’Iro­quois nomades, chas­sés des terri­toires où ils posaient d’or­di­naires leurs pièges par une entre­prise locale exploi­ta­tion fores­tière. Malgré ses façons chari­tables James Craig acheta un fusil et monta une milice de gens du coin pour chas­ser les Indiens de sa propriété un acte brutal mais néces­saire auquel beau­coup d’entre nous avaient déjà été contraints. Certains ont refusé de partir, montrant tant d’ar­ro­gance qu’il n’y eût eu d’autre choix que de les exécu­ter pour l’exemple et de brûler leurs femmes et leurs enfants.

En 1934 des Américains vendent du bois aux Japonais.

Je ne suis toujours pas convaincu qu’il soit dans notre inté­rêt de conclure ce contrat. le Japon a envahi la Mand­chou­rie et s’est retiré de la Ligue des Nations. Kes gens parlent de cette Hiro­hito comme si c’était le frère aîné de Jésus et on ne pour­rait pas jeter une balle de base­ball dans le port sans toucher un navire de guerre. À mon avis ils n’ont qu’une envie c’est se battre. Et devi­nez avec qui ?

Réflexions sur le Canada

S’il est vrai que les États-Unis se sont construits sur l’es­cla­vage et la violence révo­lu­tion­naire, songe-t-elle en regar­dant les hommes travailler, alors assu­ré­ment son propre pays, le Canada, est né d’une indif­fé­rence cruelle, vorace, envers la nature et les peuples autoch­tones. « Nous sommes ceux qui arrachent à la terre ses ressources les plus irrem­pla­çables et les vendent pour pas cher à quiconque a trois sous en poche, et nous sommes prêts à recom­men­cer le lende­main » telle pour­rait être la vie la devise de Green­wood et peut-être même du pays tout entier.

Ce livre reçu en cadeau, m’a vrai­ment inté­res­sée. Je n’en fais pas un coup de cœur pour des raisons qui lui sont repro­chées par son éditeur à l’in­té­rieur (en effet c’est un roman qui raconte entre autre la créa­tion d’un roman qui s’ap­pelle « l’Ano­ma­lie »), son éditeur lui reproche le trop grand nombre de person­nages, et je suis d’ac­cord on se perd un peu et il faut vrai­ment s’ac­cro­cher pour suivre tous ces destins . Il est temps que je vous raconte un peu l’his­toire sans pour autant divul­gâ­cher le suspens . (Tâche au combien déli­cate, surtout pour moi qui adore commen­cer les romans par la fin … ) Tous les person­nages ont un point commun : ils ont pris un vol Paris- à New-York et ont été victimes de turbu­lences abso­lu­ment catas­tro­phiques et tous ont cru en leur mort prochaine. Mais ils ont fina­le­ment bien atterri. Surtout ne cher­chez pas, comme je l’ai fait, un lien entre tous ses gens, il n’y en pas. On commence donc par connaître la vie d’un tueur, puis celle du de l’écri­vain Victor Miesel qui écrit le roman « l’ano­ma­lie » et ainsi de suite avec sept autres person­nages. Et puis … le même avion revient sur terre quelques mois plus tard … avec les mêmes personnes à bord. C’est là que le roman devient passion­nant même si c’est un sujet très traité, il l’est ici de façon origi­nale : comment l’hu­ma­nité réagi­rait à un phéno­mène qui dépasse notre raison. Les débats entre les scien­ti­fiques, les philo­sophes, les reli­gieux sont très bien menés et le lecteur se demande alors ce qu’il aurait pensé et comment il aurait agi s’il avait eu un quel­conque pouvoir. L’au­teur pour rendre le ques­tion­ne­ment plus vivant imagine que c’est un phéno­mène qui s’est déjà produit en Chine. Evidem­ment les Chinois ne se sont pas embar­ras­sés de consi­dé­ra­tions huma­ni­taires, ils ont fait dispa­raître le deuxième avion et tous ceux qui étaient dans cet avion. Aux États-Unis, on a plus de scru­pules et commence alors une autre partie du roman : la confron­ta­tion de ces reve­nants avec eux-mêmes . Je ne peux pas vous racon­ter la suite sinon vous ne vien­drez plus sur Luocine .

J’ai toujours un peu de mal avec le genre science-fiction mais j’ap­pré­cie aussi que l’on me confronte à des inter­ro­ga­tions qui me font sortir de mes pensées ordi­naires. Hervé Le Tellier croque assez bien les défauts de notre époque. Mais il reste que ce roman avec tous ces person­nages m’a un peu perdue en route.

J’ai lu et bien aimé de cet auteur Toutes les familles heureuses, un peu moins Assez parlé d’amour

Citations

Une rupture

Peu à peu, face à l’exal­ta­tion d’An­dré, à ces bras qui veulent l’en­ser­rer , à ces baisers qui lui infligent à tout instant devant ces amis à qui il veut abso­lu­ment la présen­ter, comme le butin d’une bataille qu’il aurait gagné, elle recule. Pour­quoi les chats qui attrapent les souris refusent-il de les lais­ser vivre ? Elle n’était pas dispo­sée à un tel enva­his­se­ment, elle aurait voulu moins d’im­pé­ra­tif, un enga­ge­ment plus lent et plus serein. L’avi­dité de ses mains d’homme l’ef­fraie, leur convoi­tise oppres­sante inter­dit à son propre désir de naître.

Patriotisme

À Guan­ta­namo, on avait bien balancé des tranches de jambon dans les cages. Des ordures seront toujours trouvé refuge dans le patriotisme.

Le racisme aux USA

Elle discerne dans le rictus de Prior cet indi­cible du Sud qu’il porte sur lui, ces signes et ces nuances symbo­liques qui imprègnent toutes les rela­tions raciale, elle recon­naît cette posture spon­ta­née qui auto­rise une riche dame blanche aux cheveux bien mis à offrir à son chauf­feur noir le plus radieux des sourires, un sourire d’af­fec­tion écra­sant où se déchiffre son impé­rieuse certi­tude de l’in­fé­rio­rité natu­relle de ce petit- fils d’es­clave, ce sourire empoi­sonné qui n’a pas bougé d’un pouce depuis « Autant en emporte le vent » et que toute son enfance Joanna a vu se dessi­ner sur le visage poudré des clientes blanches de sa mère couturière.

L’âge entre amants

La diffé­rence d’âge rendait tout invrai­sem­blables. Jeanne, sa fille, aura bien­tôt l’âge de Lucie. Voici peu, il a demandé à une femme, pour rire. Voulez-vous être ma veuve ? La veuve puta­tive n’avait pas ri. Et pour­quoi ses compagnes sont-elles désor­mais si jeunes ? Ses amis vieillissent avec lui, mais pas les femmes qu’il aime. Il fuit, il a peur. Il peut dîner avec la mort à venir, mais ne parvient pas à coucher avec.

Édition Presse de la Cité. Traduit du japo­nais par Jean-Baptiste Flamin

C’est avec « Treize marches » que j’avais décou­vert cet auteur et malgré la clas­si­fi­ca­tion thril­ler de celui-ci et ses 740 pages je m’étais promis de le le lire. Voilà qui est fait mais je ne suis pas certaine de relire de sitôt un thril­ler ! Les trois coquillages s’expliquent par ma grande diffi­culté à lire un roman où le ressort essen­tiel est dans le suspens. Mais si cela ne vous dérange pas, préci­pi­tez vous sur cet énorme roman, car dans le genre il doit être bien­fait et le côté « science à peine fiction » fonc­tionne bien. Pour une fois, le point de vue n’est pas améri­cain mais japo­nais et ça change pas mal de choses. D’abord sur les révé­la­tions des pratiques peu glorieuses des services secrets améri­cains. Par exemple : les lieux de tortures et d’assassinats des personnes soup­çon­nées de terro­risme, pour respec­ter les règles du droit améri­cain ces prisons sont dans des pays étran­gers. Le plus grand scan­dale c’est certai­ne­ment la guerre en Irak qui a laissé cette région complè­te­ment dévas­tée. Un jour où l’autre les États-Unis seront jugés pour avoir déclen­ché une guerre sous un prétexte qu’elle savait faux. Dans ce roman, il y a quelques person­nages posi­tifs des hommes désin­té­res­sés qui œuvrent pour le bien­fait de l’humanité et qui prennent des risques incroyables pour réus­sir à créer un médi­ca­ment qui sauvent des enfants atteints d’une mala­die rare, ce sont des scien­ti­fiques japo­nais, et c’est très amusant de voir les rôles habi­tuel­le­ment tenus par des améri­cains donnés à de jeunes nippons.
Je dois évoquer le côté science fiction du roman.Un enfants est né dans une tribu pygmée dans la forêt afri­caine au Congo avec une tête très bizarre mais surtout des capa­ci­tés cogni­tives complè­te­ment hors normes. Une expé­di­tion orga­ni­sée par la CIA sous la respon­sa­bi­lité directe du président des États-Unis veut abso­lu­ment liqui­der cet enfant. Comme tout roman de science-fiction celui-ci repose sur une ques­tion inté­res­sante que ferait notre espèce à l’arrivée d’une muta­tion d’hommes avec des capa­ci­tés nous dépas­sant complè­te­ment. Dans ce roman tout est mis en œuvre pour la détruire et cela permet de décrire tous les plus mauvais côtés de la puis­sance améri­caine, relayée par les pires instincts de violence des humains plon­gés dans les guerres tribales. Les violences dans les villages afri­cains sont à peine soute­nables et hélas elles ne sont pas loin de la vérité. Bref, 750 pages de tensions et d’horreurs de toutes sortes, ce n’est vrai­ment pas pour moi. Mais je suis quand même contente de l’avoir lu car je trouve que cet auteur pose de bonnes ques­tions, et n’hésite pas à décrire ce qui d’habitude est soigneu­se­ment dissi­mulé. Après la peine de mort du Japon, (dans treize marches) voici les pratiques de la CIA améri­caine, l’humanité est vrai­ment loin d’être un havre de paix !

Citations

Le personnage principal japonais.

Kento n’avait pas décidé de conti­nuer en docto­rat parce que le monde de la recherche l’at­ti­rait, mais parce qu’il n’avait plus se résoudre à rentrer dans celui du travail. Au contraire, depuis son premier jour à l’uni­ver­sité, Kento ne s’était jamais senti à sa place, comme s’il s’était trompé de voie. Il n’avait pas éprouvé une once d’in­té­rêt pour la phar­ma­cie ou la synthèse orga­nique. Comme il ne pouvait rien faire d’autre, il s’était rési­gné à pour­suivre, sans plus. Si rien ne chan­geait, dans vingt ans, il serait devenu un de ces cher­cheurs ennuyeux ayant trouvé refuge dans une niche, comme son père.

Les rapports amoureux chez les scientifiques (Humour)

- On s’ap­proche, on s’éloigne, sans jamais se heur­ter. Une vraie liai­son de van der Waals.
- Ah, le plai­gnit Doi. Dommage.
- Et toi, tu as quel­qu’un ? Il y a une fille mignonne dans mon labo. Avec elle c’est plutôt une liai­son métal­lique. On bouge comme des atomes dans un groupe sans parve­nir à se toucher. 
- Ce serait bien si je pouvais avoir une petite liai­son covalente…
-Pareil…

Le danger

Le conseiller scien­ti­fique avait mesuré avec justesse l’am­pleur de la menace biolo­gique née dans la jungle congo­laise. Cette menace c’était « le pouvoir » . Ce qu’il fallait craindre, ce n’était ni la force destruc­trice de la bombe nucléaire ni le poten­tiel des tech­no­lo­gies et des sciences les plus avan­cées, mais la puis­sance intel­lec­tuelle qui les engendrait.

La guerre des drones

La brusque onde de choc l’as­saillit par-derrière trans­perça tout son corps, la vague de chaleur et le souffle embrasé le firent voler en avant.

Il tomba la tête la première dans un ruis­seau, ce qui lui évita de perdre conscience. Il ne récolta que des éraflures au visage. L’ex­plo­sion l’avait rendu sourd, il se tapota les côtés du crâne pour tenter de retrou­ver l’ouîe. Il se releva, se retourna, et là, à cinquante mètres de l’en­droit qu’il avait foulé quelques secondes plus tôt, décou­vrit un gigan­tesque cratère, bordée d’ar­bris­seaux apla­tis par le souffle.
Yeag­ger se coucha à plat ventre, dégaina son fusil, sans la moindre idée du point de tir de les nuits. Il leva fina­le­ment les yeux, regarda à travers les branches qui recou­vraient sa tête, et frémit. L’en­nemi était dans le ciel. À six cents mètres d’al­ti­tude un Preda­tor, drone de recon­nais­sance armée, avait lancé un missile anti­char Hell­fire. Son pilote avait déclen­ché ses flammes infer­nales depuis une base de l’ar­mée de l’air situé dans le Nevada : un dispo­si­tif de pilo­tage semblable à une console de jeux lui permet­tait de manœu­vrer cet engin à distance, de l’autre côté du globe.

Ce passage résonne aujourd’hui :

Il y a entraide parce qu’il est lucra­tif de s’en­trai­der. Un exer­cice simple : l’aide publique au déve­lop­pe­ment des pays indus­tria­li­sés n’a d’autre but que de permettre à terme d’in­ves­tir dans les pays en déve­lop­pe­ment. Tôt ou tard, l’Afrique sera suffi­sam­ment déve­lop­pée pour garan­tir assez de ressources et de consom­ma­teurs. Allons plus loin : prenez les trai­te­ments médi­caux. Dans ce domaine le profit passe avant tout le reste, même dans le déve­lop­pe­ment de trai­te­ments contre les mala­dies graves. Les remèdes aux infec­tions les plus rares ne sont pas déve­lop­pés faute de débou­chés assez juteux.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. 

Quel roman ! Je suis peu sensible à la science fiction, je ne l’ap­pré­cie que, lorsque le côté futu­riste n’est qu’une légère exagé­ra­tion de notre réalité. Et c’est le cas ici ! Aussi bien pour la société dans laquelle l’écri­vain au chômage a retrouvé du travail que dans la vie de sa fille qui s’adonne à un jeu vidéo.

J’ai eu peur et je me suis sentie oppres­sée aussi bien par l’am­biance de l’en­tre­prise « Larcher » que par le jeu « Your­land » inter­ac­tif de sa fille. On sent très bien que les deux vont vers une chute angois­sante, évidem­ment, je ne racon­te­rai rien de ce suspens d’au­tant plus faci­le­ment que ce n’est pas ce qui m’a fait appré­cier ce roman. Le narra­teur est un écri­vain en panne d’ins­pi­ra­tion au bout de ses droits au chômage, sa femme l’a quitté et il ne voit plus beau­coup sa fille qu’il aime beau­coup. Il retrouve du travail – et donc l’es­poir de sortir du marasme- dans une grande société : Larcher, qui l’emploie à rédi­ger des modes d’emploi. En appa­rence en tout cas, car cela semble la couver­ture pour des tâches qui pour­raient êtres anodines si on n’exigeait pas de ses employés un secret absolu qui cachent des phéno­mènes étranges qui seront dévoi­lés peu à peu. Et le jeu vidéo de sa fille ? Et bien, il rejoint en partie les problèmes de son père. Bien sûr c’est une fiction, mais qui nous inter­roge de façon percu­tante sur tous les rensei­gne­ments que nous lais­sons sur nos person­na­li­tés dans les diffé­rents réseaux connec­tés entre eux. Et s’il y avait derrière tout cela une intel­li­gence capable de nous mani­pu­ler ? D’ailleurs, n’est-ce pas déjà le cas, nous enten­dons à longueur de temps que la richesse et la puis­sance de Google et autres GAFA proviennent des DATA, c’est à dire de toutes les données que nous lais­sons un peu partout en utili­sant nos ordi­na­teurs, télé­phones, tablettes et autres appa­reils connec­tés. On retrouve la roman de Pierre Raufast, « Habe­mus Pira­tam », sans l’hu­mour, ce que j’ai (un peu) regretté. La descrip­tion des nouvelles tech­niques de mana­ge­ments des grandes entre­prises sont très bien vues et on retrouve les compor­te­ments grégaires même de gens qui seraient censés réflé­chir plus que d’autres, comme cet écri­vain. Et Dieu dans tout ça ? Ce n’est pas pour moi la partie la plus inté­res­sante du roman, le narra­teur (l’au­teur ?) semble avoir des comptes à régler avec une certaine forme de catho­li­cisme repré­sen­tée ici par le nouveau conjoint de son ex-femme. Ce petit bémol et une fin qui ne m’a pas tota­le­ment convain­cue lui ont fait rater un cinquième coquillage, sur Luocine. Mais j’es­père bien qu’il trou­vera son public car ce roman a le mérite de nous capti­ver et de nous faire réfléchir.

Citations

Début du roman

Cette histoire a de multiples débuts. Pour moi, elle commence en 2003 : je suis marié, j’ai 31 ans et je regarde par la fenêtre le monde chan­ger. Les voitures prennent des rondeurs de nuages comme pour circu­ler dans des tubes à air comprimé. Les costumes se cintrent à la taille ils épousent la svel­tesse capi­ta­lis­tique à la mode et le rêve d’un corps social dégraissé. Les télé­phones se changent en ordi­na­teur, les ordi­na­teurs en home cinéma, les films en jeux vidéos, les jeux vidéos en film, l’argent en abstrac­tion, les licen­cie­ments en plan de sauve­garde de l’emploi. Le vingt et unième siècle sera robo­tique, virtuel et plus sauva­ge­ment libé­ral encore que le ving­tième , proclament les experts. Comme ça les excite – et quelle peur on sent derrière.

Formation d’adultes

Un seul candi­dat montre une appli­ca­tion à la hauteur de la mienne : Brice. Il devient l’ami à côté duquel je m’as­sieds chaque matin, preuve que renvoyer des adultes à l’école les rend à leur socia­bi­lité d’enfants.

Dialogue d informaticiens

- Et si j’ai un programme paral­lèle à mémoire parta­gée en C +++ que je veux faire migrer sur l’in­fra­struc­ture Hadhop ?
-Tu sais que sur Hadhop les hommes ne commu­niquent pas ? On t’a appris quoi à l » ESDI ? Passe sur Spark. Avec Apache ignite, t’au­ras une couche parta­gée. Sinon tu viens au bowling vendredi ?- – Ouais. On t’in­vite le nouveau ?
-Tu as pas vu ? Il boit des menthe à l’eau, donc il aime pas le bowling.
- S’il n’aime pas le bowling il risque pas de nous griller dans les promos.
-Toute façon pour moi l’an prochain c’est le siège.
-C’est con que ce soit pas réver­sible. Je veux dire, si j’ar­rive devant toi dans le tableau des promos, je baise­rai ta femme et c’est cool mais si je baise déjà ta femme, j’ar­ri­ve­rai pas forcé­ment devant toi dans le tableau.

Portait de sa fille qui lit « Le père Goriot » pour le bac de français.

Si l’en­fance est un fluide, une rivière chan­tante, alors l’ado­les­cence se compose de ciment à prise rapide. Je l’ai vue se déver­ser sur Emma depuis ses 12 ans. Pour figer ma petite mous­que­taire qui n’ai­mait rien tant que rire, se faire peur et passer de l’un à l’autre en un bloc de réti­cence figé depuis une heure sur la page 112 du « Père Goriot ». L’ado­les­cence d’Emma se concentre dans sa moue, qui semble dire au monde. « Vous avez beau être bien déce­vant, vous n’ajou­te­rez pas à ma décep­tion ». Ou plutôt elle surgit dans le contraste entre cet air blasé et ses regards de mésange affo­lée, perdue hors de ses couloirs migra­toires. Et aussi dans le mouve­ment de sa tresse manga atta­chée comme une balan­celle entre ses oreilles.

J’avais repéré ce roman chez Keisha, Jérôme, Kathel, AifelleKrol (qui ne tient pas à jour son Index des auteurs).J’ai fait plusieurs tenta­tives pour le finir car ce livre est une vraie claque mais le genre de claque qui rend triste et plombe le moral. Il faut un certain courage pour affron­ter cette réalité : oui, les hommes se conduisent mal sur la seule planète qu’ils seront sans doute capables d’ha­bi­ter. Ils dominent tout, saccagent tout, pour pouvoir vivre confor­ta­ble­ment leur vie de « Maîtres et posses­seurs » comme nous l’avait enjoint Descartes∗. Alors, à la manière d’un Montes­quieu avec ses Persans et d’un Swift avec Gulli­ver, Vincent Message veut nous faire réflé­chir sur ce que nous faisons sur notre planète, il imagine qu’à notre tour, à une époque diffé­rente, nous sommes « Domi­née et Possé­dés ». Son roman est très fort car il n’a pas cher­ché à fabri­quer des extra terrestres un peu ridi­cules, nous ne savons rien de ces « Domi­na­teurs » sauf que ces êtres nous ont étudiés et qu’ils ont parfai­te­ment compris comment nous avons fait pour êtres des « Maîtres » et à leur tour, il sont deve­nus « Nous » mais en nous rempla­çant. Les hommes sont main­te­nant trai­tés comme nous le faisons avec les animaux aujourd’hui.

  • Les animaux de compa­gnie qui ont le droit de vivre confor­ta­ble­ment auprès de leur maître.
  • Des esclaves qui triment jusqu’aux limites de leur forces puis sont abattus.
  • Et enfin la pire des condi­tions, des hommes d’élevages qui seront abat­tus et consom­més sous forme de viande.

Comme ces êtres ont d’abord cher­ché à nous comprendre, cela permet à l’au­teur d’écrire quelques pages terribles sur nos absurdes compor­te­ments destruc­teurs, par exemple dans la mer. Les pages sur la pêche indus­trielle sont insup­por­tables mais telle­ment vraies. Le roman alterne des périodes d’ac­tions intenses car le héros Malo est un être supé­rieur et un haut cadre de la nouvelle société, il est l’ins­ti­ga­teur d’un projet de loi qui demande que l’on auto­rise les hommes à vivre dix ans de plus : jusqu’à 70 ans, car dans cette fiction, il sont systé­ma­ti­que­ment abat­tus à 60 ans pour éviter les problèmes liés à la vieillesse des humains. Malo s’est épris d’une jeune femme humaine, Iris qui était une femme d’éle­vage. Il veut la sauver à tout prix, alors qu’elle a été victime d’un acci­dent de voiture. Le système impla­cable que les maîtres ont mis en place se referme peu à peu sur lui. En dehors de cette action intense, l’au­teur nous offre des périodes de réflexions sur le trai­te­ment de la nature. Ces êtres supé­rieurs ont, en effet, seule­ment cher­ché à domi­ner et à faire mieux que nous, en consé­quence de quoi la planète est aussi malme­née que lors de la domi­na­tion humaine. Une petite lueur d’es­poir dans ce roman si sombre, les hommes ont une carac­té­ris­tique que ceux qui nous ont dominé n’ont pas, ces « maîtres » ne sont pas des créa­teurs. Alors l’art saurait-il nous sauver ? Et puis, à la fin du roman on parle d’un lieu sur terre où les choses se passent diffé­rem­ment et fina­le­ment pouvons nous réjouir de cette certi­tude les domi­na­teurs connaî­tront un jour, eux-aussi leur fin ?

Citations

∗Extrait du discours de la méthode de Descartes

« Car [ces connais­sances] m’ont fait voir qu’il est possible de parve­nir à des connais­sances qui soient fort utiles à la vie, et qu’au lieu de cette philo­so­phie spécu­la­tive, qu’on enseigne dans les écoles, on peut en trou­ver une pratique, par laquelle connais­sant la force et les actions du feu, de l’eau, de l’air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous envi­ronnent, aussi distinc­te­ment que nous connais­sons les divers métiers de nos arti­sans, nous les pour­rions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres et ainsi nous rendre comme maîtres et posses­seurs de la nature. Ce qui n’est pas seule­ment à dési­rer pour l’invention d’une infi­nité d’artifices, qui feraient qu’on joui­rait, sans aucune peine, des fruits de la terre et de toutes les commo­di­tés qui s’y trouvent, mais prin­ci­pa­le­ment aussi pour la conser­va­tion de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fonde­ment de tous les autres biens de cette vie.”

La vision des nouveaux maîtres de la planète sur les hommes

L’iro­nie c’est qu’ils avaient cru être supé­rieurs, eux aussi, en leur temps, mais c’était dans leur cas au prix d’un aveu­gle­ment qui prenait avec la distance un aspect un peu pathé­tique. Ce qui les mettait à part, c’était, disaient-ils, leur intel­li­gence redou­table, leur manie­ment fin du langage, leur créa­ti­vité. Ne pas être capable de régu­ler pour de bon sa démo­gra­phie, déter­rer et brûler le carbone jusqu’à rendre l’air irres­pi­rable, c’était pour eux le signe d’une intel­li­gence redou­table. Réduire de force plusieurs milliards de leurs propres congé­nères à une vie de quasi esclave pour qu’une mino­rité concentre les richesses, c’était l’in­dice certains de leur inven­ti­vité excep­tion­nelle. Ils ne se deman­daient presque jamais si le fonde­ment de l’in­tel­li­gence ne consiste pas à se donner des moyens de survivre sur le long terme, si la capa­cité à une auto-conser­va­tion durable n’est pas le premier signe de la raison. Ils mépri­saient comme des aber­ra­tions de la nature des rebuts de la créa­tion toute une série d’es­pèces qui les avaient précé­dés sur terre et qui leur auraient survécu de quelques millions d’an­nées s’ils n’avaient pas eu la chance que nous repre­nions les choses en main. Nous les avons trou­vés pullu­lant à certains endroits et ne se repro­dui­sant pas assez à d’autres. Tout aussi inca­pables de répar­tir le travail que la popu­la­tion. Et cette incon­sé­quence, d’une constance tout à fait remar­quable, elle tenait pour beau­coup à leur empri­son­ne­ment dans le chaos des inté­rêts parti­cu­liers. Pour rien au monde ils n’au­raient accepté quelque chose qui favo­rise plus le pays voisins que le leur, ou consenti à des efforts substan­tiels pour des gens qui n’étaient même pas encore nés. C’était là des traits qui, si on en faisait la somme justi­fiait assez la rapi­dité de leur effon­dre­ment et la légi­ti­mité de notre domination.

Les Hommes comme nourriture

Natu­rel­le­ment, des esprits critiques, des polé­mi­queurs ‑j’ai dit déjà que nos rangs en comptent plus que de raison- affirment qu’il y a une sorte de schi­zo­phré­nie à élever certains hommes pour les aimer et parta­ger notre quoti­dien avec eux, et d’autres hommes pour les tuer les manger. On peut juger cela étrange, mais tout comme le réel nous ne sommes pas à une étran­geté prêt. C’est la moindre des schi­zo­phré­nies dont nous nous avérons capables. Jamais, il faut l’avouer, il ne nous vien­drait à l’idée de manger ceux qui nous servent d’ani­maux de compa­gnie, nous aurions le senti­ment, en mordant dans leur chair, de recon­naître impli­ci­te­ment que nous sommes nous-mêmes comes­tible, et que tout être vivant, entre les murs que nous habi­tons, pour­rait parfai­te­ment, à son tour, se retrou­ver équarri , mis au four, découpé sur une planche, réparti par tranches fines dans des assiettes que l’on tend à la ronde en disant commen­cez, commen­cez, n’at­ten­dez pas que ça refroidisse.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard, où il a obtenu un coup de cœur. Traduit de l’amé­ri­cain par Josette Chicheportiche.


Véri­table embal­le­ment de la blogo­sphère, ce livre mérite les coups de cœur qu’il a reçu chez Krol, Domi­nique, Aifelle, Jérôme et Noukette et beau­coup d’autres dont je mettrai les noms au fur et à mesure des commen­taires. J’avais une réserve à cause de la réfé­rence à « La Route », roman que j’avais peu appré­cié. Ici l’apo­ca­lypse suppo­sée est beau­coup plus crédible, et elle ne consti­tue pas l’es­sen­tiel du roman. D’ailleurs avant même que le monde s’ef­fondre, on ne sait pas trop pour­quoi, cette famille avait choisi de vivre au cœur d’une forêt. les deux filles Neil et Eva ne vont pas à l’école et sont éduquées par leurs parents, l’une sera danseuse et l’autre prépare son entrée à Harvard. Mais peu à peu le monde s’ar­rête et tout le confort que notre société nous procure dispa­raît, et fina­le­ment les deux jeunes filles doivent vivre seules au milieu d’une forêt et de rencontres pas toujours amicales. On retrouve un peu les efforts de survie que doit faire l’hé­roïne du « mur invi­sible » pour assu­rer sa survie mais le message est diffé­rent. Ce n’est pas, en effet, le savoir de l’homme qui va sauver les deux filles mais la connais­sance de la nature. Et si ce roman, s’ap­pelle « dans la forêt », c’est parce que leur salut vien­dra de ce que la forêt peut leur appor­ter. Comme avant elles, les rares indiens qui ont pu échap­per à l’ex­ter­mi­na­tion program­mée de leurs peuple.

Je relis en ce moment « Sapiens une brève Histoire de l’hu­ma­nité » on y retrouve ce même message, la révo­lu­tion agri­cole nous dit Yuval Noah Harari est la plus grande escro­que­rie de l’his­toire et elle a asservi l’homme au lieu de le libé­rer. Nos deux héroïnes vont donc reve­nir au stade des « chas­seurs cueilleurs » beau­coup plus adapté à la survie en forêt. Je pense que les écolo­gistes vont adorer ce roman qui a tout pour leur plaire, de plus l’écri­vaine vit au fond des bois de l’écri­ture de ses livres et de l’api­cul­ture. Mais ce n’est pas qu’un roman à messages, c’est aussi une intrigue bien menée et les person­nages sont inté­res­sants et crédibles. J’ai vu le film qui a été tiré de cette histoire, il insiste beau­coup sur la riva­li­tés et le lien entre les deux sœurs, encore un film qui est beau­coup mins inté­res­sant que le roman. Si j’ai une petite réserve, c’est que je garde, malgré moi, un certain agace­ment vis à vis des Améri­cains qui sont les plus farouches défen­seurs de l’environnement et en même temps les plus grands pollueurs de la planète.

Citations

Le plaisir d’habiter un lieu isolé ‚un plaisir que je ne partage pas

Voilà le vrai cadeau de Noël, nom de Dieu ‑la paix, le silence de l’air pur. Pas de voisins à moins de six kilo­mètres , et pas de ville à moins de cinquante. Bénis soient Boud­dha, Shiba, Jého­vah et le service des Forêts de Cali­for­nie, nous vivons tout au bout de la route !

Nell et Eva s’approprient la forêt

Petit à petit , la forêt que je parcours devient mienne, non parce que je la possède, mais parce que je finis par la connaître. Je la vois diffé­rem­ment main­te­nant. Je commence à saisir sa diver­sité ‑dans la forme des feuilles, l’or­ga­ni­sa­tion des pétales, le millions de nuances de verts. Je commence à comprendre sa logique et à perce­voir son mystère. Où que j’aille, j’es­saie de noter ce qu’il y a autour de moi – un massif de menthe, une touffes de fenouil, un buis­son de manza­nita ou d’ama­rante à ramas­ser main­te­nant ou plus tard quand je revien­drai, quand le besoin se fera sentir ou que ce sera la saison.

20161112_145710Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.

4Il pleu­vait ce soir là, mais dès que j’ai lu les dix premières pages, j’ai su que j’al­lais passer un très bon moment, qui me ferait oublier la pluie, les jours qui raccour­cissent et toutes les mauvaises nouvelles du monde réel. Un poli­cier honnête qui croit encore que son rôle est de défendre les victimes quelles que soient leurs origines : pros­ti­tuées, noirs, drogués, pauvres ou riches découvre tout au long de sa carrière que toute la société améri­caine est gangre­née par une corrup­tion soute­nue par le trop rapide enri­chis­se­ment des nouvelles entre­prises liées aux nouvelles tech­no­lo­gies. Il se trouve chargé d’une enquête : il doit retrou­ver Ada, créa­tion d’une société immen­sé­ment riche qui travaille sur l’in­tel­li­gence artificielle.

C’est l’oc­ca­sion pour ce roman­cier de retrou­ver ses thèmes favo­ris : le monde virtuel, les complots, l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle. Une simple recherche sur Inter­net nous montre que le créa­teur d’Ubiqus, Antoine Bello,connaît bien ce nouveau monde. L’en­quête de Frank Logan permet d’ex­plo­rer les diffé­rentes socié­tés qui peuplent et font vivre la Sili­con Valley. On le sait main­te­nant ce sont des jeunes qui ont réussi à gagner des sommes abso­lu­ment folles sans pour autant que leurs richesses ne soient fondées sur la produc­tion de biens mais sur des compé­tences virtuelles qui four­nissent des infor­ma­tions qui seront utili­sées à des fins que nous ne maîtri­sons pas.

Ce qui rend ce roman à la fois drôle et intri­gant, c’est que Ada a été conçue pour deve­nir écri­vain. Cela nous amène à réflé­chir sur l’écri­ture et sur ce que pour­rait faire en matière d’écri­ture l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle. C’est drôle mais très inquié­tant, pas tant d’ailleurs pour la créa­tion roma­nesque que pour la forma­tion intel­lec­tuelle. Comment lutter sur le copier/​coller dans les recherches univer­si­taires, dans ce roman Antoine Bello décrit des logi­ciels qui vont cher­cher des infor­ma­tions dans tout inter­net et qui seront bien­tôt capables d’en faire la présen­ta­tion, niveau collège, lycée, univer­sité, et pour­quoi pas de thèses, en 10 mots en 100 mots, en 1000 mots et plus. Bien sûr nous voyons tous les métiers de l’écri­ture dispa­raître les logi­ciels sont déjà bien meilleurs que n’im­porte quel « trader », mais bien­tôt les articles de la presse spor­tive ne seront pas écrits par des jour­na­listes mais par des robots.

Toutes les acti­vi­tés humaine qui laissent des traces sur un ordi­na­teur, peuvent être analy­sées par des logi­ciels et le grand collec­teur de tous ces DATA pren­dront le pouvoir sur l’homme si faillible. J’ai appré­cié que l’au­teur face une place parti­cu­lière à l’amour qui semble échap­per encore à l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle contrai­re­ment à la créa­tion litté­raire puisque voilà Ada qui a écrit un premier roman dans la collec­tion Arle­quin mais qui peut certai­ne­ment s’amé­lio­rer, d’ailleurs qui sait, n’est-ce pas elle qui se cache derrière le pseudo Antoine Bello ?

Citations

Humour d’Antoine Bello

Frank avait vu « Black Runner » à sa sortie en 1982 . Il en gardait deux souvenirs :

  1. Harri­son Ford pour­chas­sait des robots d’ap­pa­rence humaine
  2. Il n’avait rien compris au film.

La prostitution aux États-Unis

On estime que 1500 travailleurs du sexe entrent chaque année aux États-Unis contre leur gré, le plus souvent sans savoir à quelles fins ils seront utili­sés. Torture, pédo­phi­lie, trafic d’or­ganes : les rares affaires rendues publiques offrent un aperçu terri­fiant des turpi­tudes de l’âme humaine. Là encore, la Cali­for­nie, capi­tale mondiale de l’in­dus­trie porno­gra­phique, paie un tribut parti­cu­liè­re­ment lourd.

L’évolution commercial dans le monde

Les coif­feurs à 1 dollar de l’époque (1950) avaient cédé la place à des salons de soins capil­laires où le prix des coupes démarrent à 250 dollars

Humour sur les succès littéraires

les éléments qui tirent les livres vers le succès ; en vrac : les échanges de vœux, les chatons, la tour Eiffel, la paille, la marée montante, les brouettes, les carto­man­ciennes, les prome­nades en gondole, les miroirs en pied, les porte-jarre­telles et l’huile solaire.

D’autres éléments à l’in­verse tirent les ventes à la baisse : l’aïoli, les verrues plan­taires, les tortues, les voyages en classe écono­mique, la bière brune, la couleur jaune, les jardi­niers mexi­cains, le basket-ball et la tecto­nique des plaques.

L’accueil dans les grandes firmes

Trois récep­tion­nistes qui auraient pu consti­tuer le podium de Miss Dane­mark étudiaient leurs ongles derrière un comp­toir en verre dépoli

Trait de caractère toujours négatif

Ambi­tieux et pares­seux à la fois : le plus dange­reux des cocktails …

Starbuck

N’en déplaise à ses porte-parole, Star­buck avait esquinté le tissu écono­mique de l’Amé­rique en rempla­çant les entre­pre­neurs par des employés et, acces­soi­re­ment, en impo­sant à tous ses restau­rants de diffu­ser la même musique insi­pide du mépris des coutumes locales.

La religion

Nos compa­triotes donnent chaque année 100 milliards à des asso­cia­tions reli­gieuses pour réser­ver leur place au Para­dis ! Sans garanti, évidem­ment- personne ne les rembour­sera en cas de publi­cité mensongère.

20151221_135737Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Fanchita Gonzales Battle. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

3
Roman poli­cier clas­sique donc, évidem­ment, avec une pointe d’ori­gi­na­lité, celle-ci provient du fait que deux prota­go­nistes sont télé­pathes. Ils entendent parfai­te­ment les idées des gens qui sont en face d’eux. C’est parfois utiles, quand on joue au poker par exemple, gênant quand on fait l’amour et qu’on se rend compte que sa parte­naire fait sa liste de courses en même temps, mais très utiles pour inter­ro­ger des terro­ristes. Je pensais beau­coup m’amu­ser en lisant ce roman, mais il n’y a pas tant d’hu­mour que cela. L’in­trigue est assez complexe et demande à être menée jusqu’au bout. Donc, cela occupe une grande partie du roman. Il faut de plus comprendre le pour­quoi du phéno­mène . Si bien que fina­le­ment, on est dans un poli­cier bien ficelé et très clas­sique. Ce n’est pas trop mon style mais j’ai hâte d’être à la réunion du club car nous avons des incon­di­tion­nelles du genre.

Pour ma part, je trouve que le suspens prend trop de place par rapport à la réflexion que j’au­rais souhaité plus déve­lop­pée sur ce qu’un gouver­ne­ment est capable de faire pour la « bonne cause », par exemple la lutte contre le terro­risme. J’ai regretté égale­ment que l’au­teur ne soit pas plus humo­ris­tique sur les possi­bi­li­tés qu’of­fri­rait la télé­pa­thie. Je me souviens d’un roman de Fredric Brown « martien Go-Home » telle­ment plus amusant et destruc­teur. Des martiens qui n’ont comme arme que le fait de dévoi­ler la vérité et les pensées les plus secrètes de chaque homme, finissent par détruire complè­te­ment la société améri­caine. J’avais beau­coup ri, mais je ne l’ai pas relu depuis longtemps.

Citation

À quoi pense une femme qui fait l’amour ?

Les animaux c’est sympa ; conti­nua Denny. Je ne me sens pas mal avec eux. Ils ne pensent pas beau­coup. Angela, c’est une fille bien, mai merde, elle n’ar­rête pas de penser. On était en train de baiser l’autre soir et elle pensait à la vais­sele qu’elle avait lais­sée dans l’évier.

20151215_112915Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

3Je dédie ce livre à mon fils heureux papa d’une petite fille qui a un an aujourd’­hui. S’il lit ce roman, il y retrou­vera toutes les angoisses de sa mère lors­qu’il était adoles­cent. Il s’agit, en effet d’un roman sur l’ad­dic­tion au monde connecté. Isabelle Jarry nous plonge dans un futur pas très éloi­gné du nôtre. L’homme a réussi à créer des androïdes capables d’une certaine forme d’in­tel­li­gence donc, d’au­to­no­mie. Pour lutter contre les méfaits d’un temps trop long passé devant des écrans, la société impose des cures de désin­toxi­ca­tion d’une semaine à tous ceux qui ne savent pas se décon­nec­ter du monde virtuel. C’est ainsi que commence le roman : Tim se retrouve bruta­le­ment dans un de ces centres pour une semaine sans possi­bi­lité de préve­nir Today, son androïde, qui, à force d’in­te­rac­tions, est devenu pour lui beau­coup plus qu’un robot, il est son véri­table assis­tant et son compa­gnon de vie.

Le roman permet de suivre deux survies, celle de Tim qui se retrouve confronté à la nature et qui s’in­quiète sans cesse pour son androïde qu’il voudrait au moins préve­nir de son absence. Or il ne le peut pas puisque le prin­cipe de la cure est de priver bruta­le­ment le patient de tous ses liens avec le monde virtuel. L’autre person­nage en errance, c’est Today (l’androïde) dont l’exis­tence est sans cesse mena­cée par des rencontres plus au moins hostiles.

Le roman ne décrit pas un monde déshu­ma­nisé et la rela­tion de Tim et de Today n’a rien d’im­pos­sible. À travers leurs deux expé­riences, l’au­teure nous fait revivre notre société dans des aspects à la fois tragiques et amusants. Les recherches de Tim portent sur la survie après une catas­trophe nucléaire, et il rentre donc en contact avec un sage japo­nais qui est resté vivre à 40 kilo­mètres de Fuku­shima, ça c’est pour l’as­pect tragique mais pas déses­péré puisque ce Japo­nais a réussi à survivre dans une nature délais­sée par l’homme donc de plus en plus belle. Le côté léger et drôle vient des person­nages rencon­trés par Tim et Today, le chef de cuisine, paro­die de ceux présen­tés à la Télé­vi­sion, la canta­trice quelque peu déca­tie, le clochard lubrique…

Bien sûr, on retrouve dans ce roman une oppo­si­tion entre la vie dans la nature et le monde moderne connecté mais ce n’est pas pour autant un roman mora­li­sa­teur ni trop simpliste. Et une fois n’est pas coutume, le mot de la fin est donné à l’androïde pas à l’hu­main. J’ai quelques réserves, encore une fois – ça devient de plus en plus fréquent- les passages en anglais ne sont pas traduits. Mais surtout, j’au­rais aimé en savoir plus sur Tim et sur ce qu’il va deve­nir enfin l’his­toire de plusieurs person­nages ne me semble pas finie. l’au­teure laisse à notre imagi­naire le destin de plusieurs person­nages : je me suis sentie aban­don­née par l’écri­vain , que devien­dra Mme Hauvelle la cher­cheuse aigrie, et Mirène la canta­trice clochar­di­sée et surtout Tim, c’est un peu dur de ne pas savoir où va le person­nage prin­ci­pal , je suis déso­lée pour toutes celles qui détestent qu’on « divul­gache » les intrigues mais voici la dernière phrase concer­nant Tim

Il ne savait pas où il allait.…

Je n’en dis pas plus pour garder mes lecteurs et lectrices, mais moi je trouve ça frus­trant. C’est la raison pour laquelle je n’ai mis que 3 coquillages alors que, jusqu’à l’avant dernier chapitre, je pensais en mettre quatre. L’au­teure prépare peut-être une suite ?

Citations

La place de l’homme dans la nature

L’être humain lui-même était si faible… La nature dans son exubé­rance, sa force insur­mon­table, son inépui­sable éner­gie, sa faculté à essai­mer et à se repro­duire, la nature l’avait nargué dès le début. Pour­quoi, à l’ins­tar des autres espèces, n’avait-il pas accepté la place qu’il occu­pait , préda­teur des uns, proie des autres, maillon dans la chaîne de la vie ? Pour­quoi avait-il voulu échap­per à cette condi­tion, impo­ser sa loi ?

Le Haïku qui donne son titre au roman

La voix du rossi­gnol s’éloigne
La lumière s’éteint
Magique aujourd’hui