Édition Le Livre de Poche

Une auteure et un livre que vous êtes nombreuses (sans oublier Jérôme ) à aimer. Je l’ai lu rapi­de­ment l’été dernier sans faire de billet. Il m’avait rendu si triste ce roman, juste­ment pour son aspect circu­laire. Dans ce cercle où tout se repro­duit à l’iden­tique, je me sens malheu­reuse et je crois que la vie peut être plus belle que cela. Marion Brunet à mis en exergue de son roman cette cita­tion de Maupas­sant que j’aime tant :

« La vie voyez vous , ça n’est jamais si bon ni si mauvais qu’on croit ».
Mais ici, il n’y a rien de bon que du sordide.
Le roman commence par une scène qui sera reprise à la fin, la famille va ensemble a une fête foraine mais le soir Céline, la fille aînée de Manuel, un maçon d’ori­gine espa­gnole et de Séve­rine, fille d’un paysan de la région annonce sa gros­sesse à ses parents. Elle n’a que 16 ans et refuse de dire qui est le père de cet enfant. C’est vrai­ment dommage car, pour son père, cela ne peut être que Saïd l’Arabe avec qui il revend des objets que celui-ci vole dans les villas qu’il restaure, l’Arabe va le payer très cher. Je sais vous n’ai­mez pas qu’on divul­gâche le suspens des romans, surtout qu’ici on annonce un roman poli­cier. Tout est telle­ment prévi­sible dans cet enfer de gens qui ont tout raté dans leur vie et qui ne trouvent de l’éner­gie que dans la bière ou les ciga­rettes . Pour moi ce n’est pas le côté poli­cier qui fait l’in­té­rêt du roman mais dans la descrip­tion d’un milieu social qui n’a aucun sens des valeurs. J’ai du mal à imagi­ner que de telles personnes existent mais pour le temps du roman, il faut l’ac­cep­ter. Personne ne sort indemne de cette pein­ture sociale pas plus le grand père paysan qui emploie des clan­des­tins et les dénonce à la gendar­me­rie pour ne pas les payer, que les parents de Céline et de Johanna qui ne cherchent pas à comprendre leurs filles adoles­centes, même Saïd trempe dans des affaires de recels, l’ins­ti­tu­trice gentillette est ridi­cule et la police complè­te­ment nulle. L’ab­sence de leur enquête montre bien qu’il ne s’agit pas d’un roman poli­cier. La seule qui donne un peu d’es­poir c’est Johanna qui aime le théâtre et les livres.
C’est un roman sur l’ado­les­cence dans un milieu frustre et aigri dont les seuls déri­va­tifs sont l’al­cool et les ciga­rettes. Il se lit faci­le­ment car il est bien enlevé et rempli de remarques très justes sur un monde qui va mal, mais pour moi tout est trop prévisible.

Citations

Le début du roman

Chez eux , se souvient Johanna, ou une main au cul c’était un truc sympa, une façon d’ap­pré­cier la chose, de dire « t’as de l’ave­nir » – à mi-chemin entre une caresse et une tape sur la croupe d’une jument. Les filles avaient des atouts, comme au tarot, et on aurait pu croire que si elles jouaient les bonnes cartes au moment adéquat, il y avait moyen de gagner la partie.

Conséquences de l’alcool au volant.

David et son cousin Jérémy s’étaient plan­tés un soir, au carre­four entre l’en­trée d’au­to­route vers Marseille et la bretelle pour Cavaillon. La bagnole avait heurté le para­pet, finit sa course sur une berges du Rhône. Les pompiers avaient mis des heures pour les sortir de là. David après six mois de coma, s’était réveillé légume (.…)
Les premières années, Jérémy allait le voir régu­liè­re­ment. Il avait eu plus de chance, des frac­tures, mais il s’en était remis(.…) Ses vannes tombaient toujours mal au pied du cousin, pied tordu vers l’in­té­rieur et chaussé de baskets neuves qui le reste­raient Il avait cessé de venir, à cause de sa tante, qui ne suppor­tait plus de le voir. Ce regard lourd de reproches et de détresse ça le rendait fou – c’était lui qui condui­sait, ivre mort.

Genre de dialogues qui me rendent triste.

- Comment va Séverine ?
- Bien. 
-Elle fait un métier diffi­cile. Tous ces mômes c’est bien ce qu’elle fait.
- Elle est canti­nières, papa. Elle leur sert à bouf­fer, c’est tout. 
-Nour­rir des gosses, pour toi c’est rien ?
- Papa…

J’aime beau­coup cette auteure, au point d’ache­ter deux fois son livre et de le lire deux fois aussi. Au fur et à mesure que je le lisais, je retrou­vais les person­nages et l’his­toire que j’avais déjà lue, et comme je fais partie de la mino­rité, si injus­te­ment décriée, des lectrices qui adorent qu’on leur raconte la fin des intrigues, c’était le bonheur total. C’est vrai­ment une lecture distrayante et que vous aime­rez si vous avez gardé le plai­sir que vous l’on raconte des histoires. Le procédé narra­tif n’est pas banal , car pour expli­quer pour­quoi cette mère Tatiana a dû empê­cher sa fille Nine d’al­ler à la fête du lycée, elle doit d’abord l’emmener dans une cabane perdue près d’un lac, où malheu­reu­se­ment aucune connexion n’est possible , mais surtout racon­ter son enfance et révé­ler peu à peu les secrets de sa famille. Ceux-ci sont si lourds et si complexes qu’il ne faut surtout pas les révé­ler trop bruta­le­ment, et il faudra bien tout le temps d’un roman, pour que Nine sente combien sa mère l’a aimée plus que tout et qu’a­vant sa mère, Rose-Aimée sa grand mère avait fait preuve d’un courage incroyable pour que ses trois enfants puissent vivre à l’abri d’un père on ne peut plus destruc­teur. L’au­teure termine son roman quand les diffé­rents person­nages vont se retrou­ver et j’avoue que j’au­rais bien aimé savoir comment leurs retrou­vailles allaient se passer . Mais son histoire est termi­née quand tant d’autres la commenceraient.

C’est un roman qui est classé « ado », et oui, je pense que cela peut plaire à des jeunes lecteurs car l’in­trigue est bien fice­lée, mais surtout l’ado­les­cence est parfai­te­ment décrite. Dans ses excès, ses fragi­li­tés et son incroyable sens de l’hu­mour. Et c’est ce qui rend ce roman lisible pour les adultes qui aiment cet âge. Quand elle était jeune Tatiana qui s’ap­pe­lait alors Conso­lata a supporté les errances de sa mère qui chan­geait assez souvent de compa­gnon. L’au­teure décrit très bien les diffi­cul­tés de l’en­fant lorsque sa mère change de parte­naire, elle aimait l’an­cien et détes­tait le nouveau qui pour­tant a bien des qualité qu’elle décou­vrira petit à petit. Elle se crée des pères biolo­giques au gré de ses passions, un célèbre foot­bal­leur ou un chan­teur de rock Elle ne sait rien des diffi­cul­tés réelles de sa mère mais une chose certaine elle n’a pas manqué d’amour dans sa vie. À son tour elle aimera de toutes ses forces sa fille, Nine, même si elle ne lui offre pas le dernier IPhone le même que celui de toutes ses amies . D’ailleurs le rapport à l’argent de Tata­nia-Conso­lata semble bien compli­qué, et on décou­vrira pour­quoi. Rassu­rez-vous je respecte les anti-divul­gâ­cheuse et je n’en dirai pas plus !

Je crois que j’ai préféré « et je danse aussi » du même auteur mais il est bien dans la même veine que « le temps des miracles » et pour le côté combat des femmes : « Pépites »

Citations

Tellement bien vu !

C’est une vieille voiture de marque alle­mande, le genre de tank démodé qui polluent l’at­mo­sphère depuis la fin du 20e siècle et qui fait honte à la fille assise à l’arrière.
La fille, c’est Nine, 16 ans la semaine prochaine, cinq cents kilo­mètres de silence au compteur.

Une autre époque

D’une certaine façon, le monde était plus lent et plus vide qu’au­jourd’­hui. Chaque chose que nous faisions prenait du temps, récla­mait des efforts, mais personne ne s’en plai­gnait puisque c’était normal. Les photos, par exemple. Il fallait appor­ter la pelli­cule chez un photo­graphe pour qu’elle soit déve­lop­pées dans un labo. Parfois, il s’écou­lait plusieurs mois entre la prise de vue et le tirage, si bien qu’en décou­vrant le résul­tat, on ne se souve­nait même plus qui était sur le cliché ! Rien n’était instan­tané, à part le choco­lat en granu­lés et le café en poudre ! Si tu étais fan de musique, pour écou­ter ton morceau préféré, tu devais attendre qu’il passe à la radio. Ou bien, tu devais aller ache­ter le disque vinyle dans un maga­sin spécia­lisé. Et si par malheur tu n’avais pas de maga­sins de disques près de chez toi, tu devais le comman­der sur le cata­logue, ce qui suppo­sait d’at­tendre encore plus longtemps…

Chacun ses doudoux ! quand je trouve que le monde va mal et qu’un fond de tris­tesse m’en­va­hit, je cours chez Sauveur Saint-Yves et pour moins de quarante cinq euros et un peu plus d’une heure de consul­ta­tion, ce théra­peute me redonne confiance dans l’hu­main. Je sais que cette série d’adresse aux adoles­cents ce que je ne suis plus depuis si long­temps et que j’ai déjà fait deux billets à propos de cette série (sur le « un » et le « deux ») . Mais la période est fran­che­ment pas foli­chonne et donc je régresse avec une joie non dissi­mu­lée. D’au­tant plus faci­le­ment que Noukette et Jérôme se sont ligués pour avoir trouvé chez cette auteure leur dose de récon­fort. Ils parlaient de la saison 6 mais peu importe, on y trouve toujours de quoi sourire et s’at­ta­cher aux person­nages. J’au­rais peut être dû ache­ter la six , car j’ai été un tout petit peu déçue. Le premier et le deuxième tome m’avaient complè­te­ment séduite, là, je suis un peu restée en dehors des récits et même des person­nages que je connais trop bien main­te­nant. Ce n’est qu’une légère critique pour un ado cela sera parfait mais pour la grand mère d’un ado, il lui en faut sans doute un peu plus pour soule­ver le moro­sité ambiante.

Citations

Un bon sourire au début

Donc, made­moi­selle Louane, qui vivait alors à Austin, Texas, avait consulté un théra­peute réputé qui déter­mi­nait en quelques séances quel était votre animal de soutien émotion­nel, celui qui vous aide­rait à traver­ser les inévi­tables épreuves de la vie. Dans le cas de Louane c’était le hamster, ce qui était sans doute préfé­rable à l’hippopotame.

La vie

On choi­sit sans savoir, Gabin. Qu’est-ce que je savais de la psycho­lo­gie avant de commen­cer mes études ? Trois fois rien. Qu’est-ce que je savais de ce que serait ma vie de psycho­logue ? Abso­lu­ment rien. Et la femme que j’ai épou­sée ? Je ne la connais­sais pas. Et le mariage, c’est quoi avant que tu sois marié ? Tu ne sais pas. En fait, tu embarques sur un bateau et après tu t’ar­ranges avec la vague et le vent. Quand tu arrives au port, tu t’aper­çois que c’est le voyage qui t’a fait ce que tu es, c’est pas si mal.

Encore un bon sourire

- Je vais m’en­ga­ger dans la marine. 
Rien ne permet­tait de savoir si Gabin était sérieux ou s’ils déconnait.
- Tu es déjà allé sur un bateau ? Ques­tionna à son tour Lazare. 
- J’ai fait un stage de planche à voile quand j’avais 11 ans. 
- Ça n’a rien à voir, gloussa Alice.
- Le mono m’avait dit que j’avais le pied marin, répli­qua Gabin. On ne m’a jamais fait d’autres compli­ments depuis. Il conclut très fermement : 
- Je pense que c’est une vocation.

Édition Rouergue

Je dois cette lecture à Krol qui avait été très enthou­siaste pour un autre roman d’Hé­lène Vignal, que je lirai à l’oc­ca­sion celui-ci était à la média­thèque. Il se trouve que ce jour là il y avait une expo­si­tion qui va bien avec le thème du roman dont je vais vous parler. Il s’agis­sait de portrait de personnes âgées qui ont toutes en commun de se faire porter des livres car elles ne peuvent que diffi­ci­le­ment se dépla­cer. J’ai adoré ces portraits :

Une expo­si­tion qui part à la rencontre de nos aînés…

De la même façon, j’ai beau­coup aimé le portrait de Jamie la grand-mère de la narra­trice Louise. Cette femme qui passe son temps à soupi­rer, à ranger une maison ou rien de dépasse, à faire des mots fléchés et des sudoku saura-t-elle comprendre sa petite fille et s’ou­vrir aux joies du camping. Parce que les vacances dont rêve Louise c’est de passer huit jours avec sa mère et son ami Théo à Béno­det. Rien ne se passe comme prévu, sa mère doit repar­tir travailler et Louise doit renon­cer à ses vacances au camping. Or, Théo son ami homo­sexuel, a tout autant qu’elle besoin de ces huit jours loin de ses parents à qui il ne peut abso­lu­ment pas parler de son homo­sexua­lité. Beau­coup de thèmes se croisent dans ce roman pour ado, mais qui peut faci­le­ment être lu par des adultes. La guerre d’Al­gé­rie, (c’est bizarre mais j’ai lu deux livres à la suite qui parlaient de cette guerre), la diffi­culté de se comprendre entre géné­ra­tion, l’ho­mo­sexua­lité, mais surtout la façon dont une personne, ici Jamie, peut passer à côté du bonheur en s’en­fer­mant dans des habi­tudes morti­fères. Beau­coup d’hu­mour dans ce roman, la scène où dans « la famille parfaite » du camping, les parents veulent persua­der l’enfant que, puis­qu’il aime les cour­gettes et les concombres « il doit aimer les corni­chons » est très drôle. Je ne sais abso­lu­ment pas si les ado aiment cet auteur mais je l’es­père de toutes mes forces car elle parle de tout avec une légè­reté et un sérieux qui fait du bien sans oublier son humour.

Citations

Les phrases d’ado que j’aime

Moi, je regar­dais un feuille­ton améri­cain en faisant la patate devant la télé.

Mon grand-père était-il un soldat sangui­naire ? Genre vété­rans du Viet­nam façon couscous ?

Quand elle repousse sa grand-mère

Ces phrases sonnent comme un mauvais sort. Je m’écarte comme si elle venait de me piquer avec un rouet empoi­sonné de sorcière. J’en veux pas, moi de sa vie compli­quée. J’en veux pas de ses « jamais », des ses « tu verras », char­gés comme des bombar­diers. Je ne veux pas que la vie s’oc­cupe de moi. Je veux m’oc­cu­per de ma vie toute seule. Sans subir, comme elle. Sans languir après des trucs qui n’ar­rivent jamais. Sans espé­rer que demain ça ira mieux. Sans attendre que les gens soient morts pour les comprendre.

Portrait très bien dessiné en une phrase

Elle s’éloigne, martiale,la bouche comme un smiley à l’en­vers, les joues qui pendent, l’œil noir, en pous­sant un soupir offensé.

Ça m’énerve beau­coup les romans qui ne durent pas le temps de mon trajet Saint-Malo Paris. Pour­tant le TGV est de plus en plus rapide et être aban­don­née après Laval et me sentir seule pour la fin du trajet cela me fait rager. J’étais bien avec ces trois jeunes danseurs. Ce n’est évidem­ment pas le roman du siècle mais cela décrit assez bien trois destins de jeunes adoles­cents fran­çais qui ont inscrit la danse clas­sique comme leur unique passion. Cela m’a fait penser à une série gentillette venant d’Aus­tra­lie « Danse tes rêves ». Un doux moment de lecture, on peut cepen­dant lui repro­cher de ne pas vrai­ment faire comprendre les diffi­cul­tés de cet art . Tout est lisse et agréable même si la vie de ces jeunes est comme pour toute vie d’ado­les­cent un peu compli­quée par le poids des conflits paren­taux. Un roman qui devrait plaire à toutes les très jeunes filles qui se rêvent en tutu. Je l’avais remar­qué grâce au billet lu sur « le bruit des pages ».

Citations

Bien vu !

Quand j’étais au collège, je regar­dais les autres ne pas me regarder.

Les classes de danse classique

Parce que, toutes, on mesu­rait moins de un mètre soixante-cinq, et que la direc­trice avait coché la bonne case en face de notre nom en obser­vant nos trois déga­gés-demi-plié-révé­rence, on se sentait excep­tion­nelle. Le problème c’est que très vite, trop vite, on s’est demandé laquelle de nous serait la plus exceptionnelle.


J’aime cette auteure et je sais que je lirai toute sa série. Marie-Aude Murial possède ce talent de nous faire parta­ger la vie d’une grande partie des êtres humains de notre société à partir d’un point de vue précis. Un petit bémol, pour moi, on sent trop, dans ce récit, que l’on aura une saison 3, trop de choses sont en suspens, mais tant pis, je ne boude pas mon plai­sir. J’aime bien passer mes soirées avec Sauveur Saint-Yves et son fils, Lazare que l’on voit un peu moins dans ce tome . Ce méde­cin, psycho­logue ordi­naire donc extra­or­di­naire, quand il arrive à rendre moins malheu­reux les gens autour de lui, inau­gure un nouveau trai­te­ment « l’hamsterothérapie ».

Citations

L’ado à problèmes

Gabin zonait parfois sur « Word offre Warcraft » pendant six ou sept heures d’af­fi­liés, de préfé­rence la nuit. D’où ses absences scolaires, surtout en début de mati­née. À partir de 11 heure, il se conten­tait de dormir en cours, la tête entre les bras. Les profs le lais­saient en paix, désar­més par sa bonne gueule un peu cabos­sée, à la Depar­dieu jeune, et son regard inex­pres­sif, qui le faisait passer pour plus crétin qu’il n’était.

L’horreur de Daesh

Racontée à la journaliste

Haddad avait 26 ans, elle était mariée à Yous­sef, profes­seur de violon. Peu après l’en­trée des djiha­distes, dans Mossoul le 10 juin, monsieur Haddad avait perdu son emploi, la musique étant inter­dite. Les hommes de Daesh avait marqué la maison des Haddad d’une lettre qui les dési­gnaient comme chré­tiens. Puis les nouveaux maîtres de la ville, circu­lant en pick-up dans les nouveaux quar­tiers chré­tiens, avaient diffu­sés ce message par haut-parleur : » Conver­tis­sez-vous, deve­nez sujets du Cali­fat. Sinon, partez sans rien empor­ter. » Refu­sant de se soumettre aux isla­mistes ;, les Haddad avaient bourré leur break. A la sortie de la ville quatre hommes les avaient fait ranger sur le bas-côté

Ils nous ont demandé de sortir du break. Ils ont pris tout ce qu’on avait dans la voiture . Puis on a pu partir.….

Racontée en toute confiance au psychologue

Elle lui raconta la terreur dans la ville, son frère Hilal, un adoles­cent d e 15 ans égorgé en pleine rue, la fuite dans le break, les hommes qui les avaient arrê­tés et sortis de force de la voiture, le violon de son mari qu’ils avaient fracassé contre une pierre, car la musique est impie, les bijoux qu’ils avaient arra­chés à ses mains, à son cou, la peur qu’elle avait eu d’être violée.…

La mère abusive pauvre Samuel !

Madame Cahen, qui,était aux aguets, avait flairé quelque chose. son fils se lavait, il cirait ses chaussures

- Tu te fais beau ce matin, rica­nait-elle ? « Elle » est de ta classe .

Samuel buvait son choco­lat le matin, il mettait son linge sale dans le panier ?. Sa doci­lité même était suspecte. Sa mère entrait encore plus souvent dans sa chambre sans crier gare. Elle soule­vait ses copies, ses cahiers, elle faisait du tri dans ses vête­ments, elle cher­chait elle ne savait quoi. Une lettre. Une adresse. Une photo. La trace d’une fille.

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Comme vous le voyez, je n’ai pas résisté long­temps au billet de Noukette pas plus qu’à celui de Jérôme. Ces deux là quand ils vous promettent un bon roman qui fait du bien, vous pouvez y aller, ils sont rare­ment à côté de la plaque ! J’ai tout simple­ment adoré ce roman , je l’ai avalé en quelques heures et déjà, je rêve de lire la suite. Un psycho­logue origi­naire des Antilles soigne des gens mal dans leur peau et dans leur vie. C’est un bel homme noir dont le charme ne laisse pas indif­fé­rent les femmes. Il a une clien­tèle d’en­fants et d’ados. Au retour de l’école, son fils, Lazare écoute les récits des patients. Cela permet à l’au­teur de multi­plier les points de vue sur le monde des gens qui vont mal aujourd’­hui en parti­cu­lier les adoles­cents. Nous avons le regard de Sauveur (beau prénom pour un psycho­logue) celui de Lazare son fils et aussi les propos des gens qui viennent le voir. C’est drôle, pétillant, triste souvent et tragique parfois.

La classe de CE2 de madame Dumayet fréquen­tée par Lazare vaut celle du célèbre petit Nico­las. Les cas suivis par Sauveur (et son fils) permettent à Marie-Aude Murail de mettre en scène des petits instan­ta­nés de notre monde contem­po­rain. J’ai bien aimé aussi les maladresses de Sauveur avec son fils, lui qui sait si bien comprendre les souf­frances des autres, a un peu plus de mal à voir celles de son enfant dans lesquelles il est impli­qué, évidem­ment. Cela donne un sens à l’in­trigue et au retour vers le drame de leur vie d’avant quand ils vivaient à la Marti­nique ce n’est pas la meilleure partie du roman . Autant les enfants et les ado sont passion­nants autant certains adultes sont à la limite de la caricature.

C’est la raison pour laquelle je n’ai pas mis 5 coquillages. La raciste de service me semble sorti d’un roman de 4 sous, et le prof d’his­toire dragueur et bedon­nant (le père d’Océane) peu crédible. Le sel de ce roman ce sont les enfants et les ados qui nous le donnent et eux, pour peu que les adultes ne les écra­bouillent pas complè­te­ment, sont prêts à vivre de toutes leurs forces. Je ne sais pas si cette auteure s’adresse à des ado ou à des adultes, ce que je sais, moi qui suis loin de cet âge là, c’est que j’ai eu l’im­pres­sion de parta­ger un moment la vie de gens plus jeunes et que Marie-Aude Murail me donnait, à travers les yeux compa­tis­sants de Sauveur et de son fils, des clés pour mieux les comprendre.

Citations

Les ambiances de classe comme si on y était

L « histoire inti­tu­lée « le loup était si bête » leur avait plu. Malheu­reu­se­ment, il s’agis­sait de faire main­te­nant l’exer­cice de compré­hen­sion numéro 3 page 42.

1/​Que nous apprend le titre du texte ?

2/​Ce conte fait-il peur ?

3/​Connais-tu des contes de Loup qui font peur ?

Paul dont l’es­prit de conci­sion faisait la charme répondit :

1/​Le loup il est bête 2/​non 3/​oui

Problème d’orthographe

Le mardi c’était le jour d’Ella, la phobique scolaire. Lazare avait eu quelques diffi­cul­tés à obte­nir des infor­ma­tions sur ce mal étrange car il avait d’abord tapé « fobic solaire » sur Google.

le sommeil des ados (je ne savais pas ça !)

Dans tous les cerveaux il y a de la méla­to­nine qui fait dormir, mais le cerveau des adoles­cents fabrique la méla­to­nine pas à la même heure que le cerveau des adultes. Alors le soir, ils n’ont pas envie de dormir. Mais le matin, si.

J’ai un petit faible pour Océane

Pour le proverbe du jour Madame Dumayet avait choisi. :« Après la pluie , le beau temps » . Qui sait ce que veut dire ? Oui, Océane.

Il faut pas oublier son parapluie.

Les enfants et leurs secrets

Les poule noire étran­glée et le cercueil en boîte de chaus­sures étaient allés rejoindre le monde inter­dit aux enfants, dont les secrets s’échappent par une porte entrebâillée

20151218_095309Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard dans le thème décou­verte de l’Ouest américain.

3Seuls ceux et celles qui liront ce roman compren­dront le gros plan sur la ferme­ture Éclair de mon jean. J’avais déjà lu un roman de cette auteure, « le temps des miracles » que j’avais beau­coup appré­cié. Ces deux livres sont dans la caté­go­rie « ado » mais peuvent être lus par un large public. À mon avis, celui-ci cible fran­che­ment un public jeune, ce qui lui donne un côté bien sympathique.on a parfois l’im­pres­sion de lire une BD sans image. On part sur les routes du Far West, avec une fille à fort tempé­ra­ment, pour arri­ver sur la côte Ouest. Bella Rossa est très belle, rousse grâce à son ascen­dance irlan­daise, d’une éner­gie peu commune. Elle a des seins superbes, comme des pastèques dit-elle, et dans ce monde qui manque de femmes c’est loin de n’être qu’un avan­tage. Deux person­nages haut en couleur l’ac­com­pagnent. Son père para­lysé, boit sans arrêt, il crie sur sa fille et sur tous ceux qui s’oc­cupent de lui. Et le plus impor­tant pour elle, Jaro, son homme qui n’est pas toujours un cadeau.

Ensemble, ils mène­ront leur carriole sur les pistes des cher­cheurs d’or pour leur vendre des objets pour le moins variés. C’est donc l’oc­ca­sion de revi­si­ter le Far West avec tous ses dangers (dont la guerre) et des person­nages parfois très peu recom­man­dables, un pasteur pervers et lubrique, des fermiers qui lynchent un homme à cause de la couleur de sa peau, un voleur aidé d’un opos­sum, des femmes trop peu farouches au goût de Bella Rosa… C’est un récit simple et effi­cace en somme, une bonne distrac­tion pour ceux et celles qui aiment les Westerns. Les person­nages ne sont pas cari­ca­tu­raux et le récit est enlevé. Si on consi­dère que ce roman s’adresse a un public jeune, il est parfait, mais pour des adultes, il manque de profondeur.

Citations

Le tout c’est de trouver le client

Pour palper réel­le­ment ce magot, encore fallait-il trou­ver des clients ! Et, fran­che­ment, Jaro n’avait jamais rencon­tré personne qui eût besoin d’un coupe-œuf ou d’un épineur de raisins secs !

Un moment de grâce

Et tout ça grâce à ta salle manie d’ou­vrir ta braguette à tout bout de champ, s’ex­clama-t-elle en embras­sant Jaros­law avec fougue.
Dans sa fièvre spécu­la­trice, elle oubliait toutes les épreuves que Jaro lui avait fait endu­rer, les pince­ments affreux de la jalou­sie, les ravages causés à son cœur et à sa fierté. Elle oubliait les filles au gros derrière, les nuits de soli­tude à guet­ter le retour de son, amour, les douleurs qui lui trans­per­çaient le ventre, tout.

SONY DSCTraduit de l’an­glais par Marie-Hélène SABARD.

4Lu grâce aux conseils d’Elec­tra tombée du ciel, j’au­rais pu reco­pier son article car elle en parle très bien. Je l’ai lu rapi­de­ment en deux soirées et une mati­née de farniente. Je me demande bien pour­quoi ce roman est dans la caté­go­rie « Ados », sinon parce que c’est un adoles­cent qui s’ex­prime, mais même les gens âgés peuvent être sensibles à la voix d’un jeune. Pour le cinéma, il n’y a pas ces diffé­rences, et les adultes vont souvent voir des films dont les héros sont des enfants ou des jeunes. Je rajoute que l’ado que je connais le mieux et qui est un très bon lecteur, préfère les romans de science-fiction à ce genre de livres trop réalistes pour lui. J’ai aimé la voix de Luke encore enfant mais si respon­sable qui essaie de survivre au deuil de sa mère. Tout pour­rait être horrible pour lui, s’il n’avait pas le dessin pour le conso­ler de beau­coup de choses. De tout ? Non, pas de la bêtise et de la cruauté des enfants de son âge.

Luke et Jon doivent affron­ter les violences de la vie. Jon n’a que son amitié pour Luke, Luke lui a un père mais qui, au début du roman, est telle­ment ravagé par la mort de sa femme qu’il est inca­pable d’ai­der son fils. Ensemble, ces trois bles­sés de la vie arri­ve­ront, sans doute, à repous­ser les limites de la douleur et à se faire une vie avec des moments heureux. Aucun person­nage n’est d’une pièce et même Luke s’en veut de certaines de ses conduites , mais c’est très agréable de lire un roman où des êtres faibles s’unissent pour trou­ver des forces. Tout est en mi teinte, et même les employés des services sociaux ne sont pas cari­ca­tu­rés. La mala­die mentale de la maman (elle est bipo­laire), l’alcoolisme déses­péré du père : deux énormes fardeaux qui ne terrassent pas complè­te­ment Luke, il reprend confiance quand il voit son père se remettre à la sculp­ture, sans doute la créa­tion artis­tique réunit le père et le fils. Le style est agréable, simple bien sûr, car c’est un ado qui se confie, la construc­tion du roman est habile car l’au­teur distille peu à peu les dures réalité auxquelles Luke est confronté.

Citations

La peinture

Ça aidait de peindre. Si je regar­dais en arrière je vois que, même du vivant de maman, je peignais plus quand ça allait mal. quand les nuages s’amoncelaient sur elle et qu’elle commen­çait à partir en vrille, je peignais. Pendant l’orage – les longues et sombres jour­nées de silence où elle s’en­fer­mait dans sa chambre‑, je peignais. Je dessi­nais et je peignais aussi quand elle allait mieux, quand tout était stable et calme, mais j’étais moins concen­tré. Ça ne drai­nait pas toute mon éner­gie, ça n’ab­sor­bait pas toutes mes pensées comme d’autres fois. Et, pour tout dire, eh bien, le tableau n’était pas si bon. il manquait de tension, j’imagine.

La violence des ados

C’étaient des frappes chirur­gi­cales. Elles se produi­saient dans les coins sombres, les couloirs tran­quilles. Toujours quand il n’y avait personne aux alen­tours. Et toujours elles se concluaient par un crachat dans la figure. Jon disait qu’ils n’employaient jamais le couteau, mais à deux ou trois reprises on le lui avait montré. Juste pour qu’il sache : voilà ce qui t’ar­rive ; et voilà ce qui pour­rait t’arriver.

La complicité des adultes

Des gosses criaient : « Bâtard ! » quand ils le croi­saient dans le couloir. Et je voyais des profs sourire, ils étaient au courant de la blague, une petite rigo­lade, pas de bobo ; mais si ça arri­vait quand ils étaient là, à leur avis ils se passait quoi quand ils n’étaient pas là ?

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Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

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Je me demande si le nom de l’ex­pé­di­tion Donner a été le départ de l’ins­pi­ra­tion de ce beau livre de Chris Donner. Puis­qu’il situe son livre à Reno tout près du lac Donner. Cette expé­di­tion a existé, 81 personnes ont voulu trou­ver une route plus rapide entre l’Utah et le Nevada, 36 personnes sont mortes de faim et on a parlé de canni­ba­lisme à propos des survivants.

L’his­toire de ce roman-ado que beau­coup de personnes plus âgées auront grand plai­sir à lire se présente comme un conte moderne. Un jeune qui, comme par hasard, s’ap­pelle David est doué natu­rel­le­ment pour le dessin, tout ce qu’il entre­prend devient une merveille de repro­duc­tion de la réalité ; oui mais voilà dans son école d’art cela n’a plus aucune valeur. Sauf aux yeux d’un vieux profes­seur fou de la renais­sance italienne. Plus le jeune David est mis en valeur pour ses dons acadé­miques plus il est mis à l’écart de l’école qui est de plus en plus sous la coupe du repré­sen­tant de l’art contem­po­rain. C’est mon seul reproche la vision de l’art contem­po­rain est caricatural.

Le livre pour­tant pose une très bonne ques­tion que faire d’un don de dessi­na­teur à notre époque. Et cette ques­tion lui est fina­le­ment posée par l’enseignant acadé­mique. Veut-il comme tant d’autres dessi­ner des portraits à la sortie des musées pour 5 dollars ? David qui est un peu angé­lique sur les bords, veut faire des enfants avec la femme qu’il aime et pas du tout deve­nir artiste, il ne se sent pas artiste et a bien du mal à l’ex­pli­quer à son père qui est si fier de lui.

Un très bon roman qui fera réflé­chir les ados et les anciens ados !

Citation

Je connais quelqu’un d’autre comme ça

J’au­rais dû faire ce dessin la veille, mais j’étais un élève pares­seux et sujet à la procras­ti­na­tion, d’après les commen­taires de mes précé­dents bulle­tins scolaires.

L’adieu du professeur académique

Vous dessi­nez comme un Dieu, vous le savez, je vous l’ai dit. Trop. Et main­te­nant , je veux vous dire une chose, il faut que vous sachiez que ça ne vous servira à rien. Il y a encore un siècle, vous auriez triom­phé partout, mais aujourd’hui dans le monde de l’art, il n’y a pas de place pour des garçons comme vous. C’est fini. J’ai essayé d’ex­pli­quer ça à votre père plusieurs fois. Il ne peut pas le comprendre. Il voit ce que vous faites et il se dit :« Mon fils est un génie », et il a raison. Mais c’est quoi un génie malheu­reux, un génie au chômage, un génie dont personne n’achète les œuvres ? C’est juste un futur clochard. Je n’ai pas envie de vous retrou­ver un jour à la sortie d’un musée en train de faire le portrait à des touristes pour cinq dollars.

Les projets d’art contemporain

Et le défilé des projets conti­nua, tous pleins d’in­ven­tion, d’ima­gi­na­tion, de mo-der-ni-té. C’est celui de Cathe­rine Donkins qui produi­sit la plus forte sensa­tion : elle propo­sait de défé­quer dans une boîte de fer-blanc, genre boîte de conserve, qu’elle scel­le­rait selon la méthode que son père utili­sait dans son usine de condi­tion­ne­ment de corned-beef. Elle avait déjà dessiné l’éti­quette sur laquelle on pouvait lire :« Merde d’ar­tiste » ; Dissi­mu­lant son dégoût derrière un sourire d’une faus­seté patente, Mr Deems accepta le projet de Cathe­rine , tout en lui rappe­lant que l’ex­ploit avait déjà été réalisé par Piero Manzoni en 1961. Cathe­rine le savait , mais argu­menta qu’au­cune artiste femme ne l’avait encore fait.
- Il fallait y penser, dit Mr Deems.

On en parle

Beau­coup d’avis posi­tifs chez Babe­lio.