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Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

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Je me demande si le nom de l’ex­pé­di­tion Donner a été le départ de l’ins­pi­ra­tion de ce beau livre de Chris Donner. Puis­qu’il situe son livre à Reno tout près du lac Donner. Cette expé­di­tion a existé, 81 personnes ont voulu trou­ver une route plus rapide entre l’Utah et le Nevada, 36 personnes sont mortes de faim et on a parlé de canni­ba­lisme à propos des survi­vants.

L’his­toire de ce roman-ado que beau­coup de personnes plus âgées auront grand plai­sir à lire se présente comme un conte moderne. Un jeune qui, comme par hasard, s’ap­pelle David est doué natu­rel­le­ment pour le dessin, tout ce qu’il entre­prend devient une merveille de repro­duc­tion de la réalité ; oui mais voilà dans son école d’art cela n’a plus aucune valeur. Sauf aux yeux d’un vieux profes­seur fou de la renais­sance italienne. Plus le jeune David est mis en valeur pour ses dons acadé­miques plus il est mis à l’écart de l’école qui est de plus en plus sous la coupe du repré­sen­tant de l’art contem­po­rain. C’est mon seul reproche la vision de l’art contem­po­rain est cari­ca­tu­ral.

Le livre pour­tant pose une très bonne ques­tion que faire d’un don de dessi­na­teur à notre époque. Et cette ques­tion lui est fina­le­ment posée par l’enseignant acadé­mique. Veut-il comme tant d’autres dessi­ner des portraits à la sortie des musées pour 5 dollars ? David qui est un peu angé­lique sur les bords, veut faire des enfants avec la femme qu’il aime et pas du tout deve­nir artiste, il ne se sent pas artiste et a bien du mal à l’ex­pli­quer à son père qui est si fier de lui.

Un très bon roman qui fera réflé­chir les ados et les anciens ados !

Citation

Je connais quelqu’un d’autre comme ça

J’au­rais dû faire ce dessin la veille, mais j’étais un élève pares­seux et sujet à la procras­ti­na­tion, d’après les commen­taires de mes précé­dents bulle­tins scolaires.

L’adieu du professeur académique

Vous dessi­nez comme un Dieu, vous le savez, je vous l’ai dit. Trop. Et main­te­nant , je veux vous dire une chose, il faut que vous sachiez que ça ne vous servira à rien. Il y a encore un siècle, vous auriez triom­phé partout, mais aujourd’hui dans le monde de l’art, il n’y a pas de place pour des garçons comme vous. C’est fini. J’ai essayé d’ex­pli­quer ça à votre père plusieurs fois. Il ne peut pas le comprendre. Il voit ce que vous faites et il se dit :« Mon fils est un génie », et il a raison. Mais c’est quoi un génie malheu­reux, un génie au chômage, un génie dont personne n’achète les œuvres ? C’est juste un futur clochard. Je n’ai pas envie de vous retrou­ver un jour à la sortie d’un musée en train de faire le portrait à des touristes pour cinq dollars.

Les projets d’art contemporain

Et le défilé des projets conti­nua, tous pleins d’in­ven­tion, d’ima­gi­na­tion, de mo-der-ni-té. C’est celui de Cathe­rine Donkins qui produi­sit la plus forte sensa­tion : elle propo­sait de défé­quer dans une boîte de fer-blanc, genre boîte de conserve, qu’elle scel­le­rait selon la méthode que son père utili­sait dans son usine de condi­tion­ne­ment de corned-beef. Elle avait déjà dessiné l’éti­quette sur laquelle on pouvait lire :« Merde d’ar­tiste » ; Dissi­mu­lant son dégoût derrière un sourire d’une faus­seté patente, Mr Deems accepta le projet de Cathe­rine , tout en lui rappe­lant que l’ex­ploit avait déjà été réalisé par Piero Manzoni en 1961. Cathe­rine le savait , mais argu­menta qu’au­cune artiste femme ne l’avait encore fait.
- Il fallait y penser, dit Mr Deems.

On en parle

Beau­coup d’avis posi­tifs chez Babe­lio.

Traduit du danois par Alain Gnae­dig. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Chau­de­ment recom­mandé par la biblio­thé­caire de Dinard, ce roman m’a égale­ment beau­coup plu ainsi qu’à Aiffele. On sent dès les première pages, que l’au­teur va, peu à peu nous faire remon­ter dans le passé doulou­reux d’El­li­nor. Ce jour là, elle enterre son mari Georg et s’adresse dans un long mono­logue à Anna, sa première femme décé­dée, il y a 40 ans. Le premier drame qui hante son récit , c’est la décou­verte que son mari Henning avait une liai­son avec Anna. Ils ont été empor­tés tous les deux par une avalanche, alors que les deux couples passaient des vacances ensemble à la neige. Mais au delà de cette souf­france, nous appren­drons pour­quoi elle n’a pas d’en­fant à elle, pour­quoi elle a élevé ceux d’Anna. Pour­quoi sa mère n’a jamais été mariée et pour­quoi le poids de la honte de sa mère est peut-être, fina­le­ment la clé de toutes ses souf­frances. Avec elle, nous voyons la société danoise pas si éloi­gnée que la nôtre fina­le­ment.

La période de la guerre est vue à travers les souf­frances de sa mère, l’après-guerre à travers les diffi­culté de vie d’El­li­nor et enfin le monde moderne à travers Stefan et Morten, les jumeaux qui ont partagé sa vie quand elle s’est mariée avec Georg et certaines pages sur le couple de Mia et Stefan nous font penser aux excès de notre époque. A la fin du roman elle retrouve son quar­tier d’en­fance et, on espère pour elle, un peu de joie de vivre malgré sa soli­tude et la perte de l’homme qu’elle a fini par beau­coup aimer. Ce roman est aussi une réflexion sur l’amour, on comprend bien pour­quoi elle s’est trom­pée la première fois, mais la vie lui a permis, fina­le­ment, de vivre une belle histoire.

Citations

L’amour

Les années ont passé, nous sommes deve­nus proches simple­ment parce que nous vivions l’un à côté de l’autre. Quand on est jeune, on sous-estime la force de l’ha­bi­tude, et on sous-estime ses bien­faits et sa grâce. Un mot étrange mais, voilà, c’est dit

Une baby-sitter au Danemark

Le quai de la gare de Char­lot­te­lund était vide comme si on était au milieu de la nuit. Sur le dernier banc, j’ai aperçu une petite silhouette. J’ai d’abord cru qu’il s’agis­sait d’un enfant, mais c’était la petite Philip­pine, penché sur son iPhone. Joy avait-elle aussi son vendredi libre ? Pour autant que je sache, on parle espa­gnol aux Philip­pines, mais ici on donne un nom anglais aux filles au pair, le plus souvent des noms piocher dans le registre frivole, celui celui des filles de bordel.

La garde d’enfants

Les femmes de la classe moyenne mercan­tiles ont trouvé une solu­tion post­co­lo­niale au calcul compli­qué qui pose, » égalité fois carrière fois réali­sa­tion de soi plus mater­nité ». On trouve une domes­tique du tiers-monde et on appelle ça échange cultu­rel, mais neuf fois sur dix, la gamine vit dans une chambre à la cave d’où elle peut skyper avec les enfants qu’elle a dû aban­don­ner dans la paillote des grands-parents.

La honte de sa mère

J’étais un faux pas, je n’au­rais jamais dû naître. Dans mon esprit d’ado­les­cente, pour ma mère, l’his­toire de son amour ne qu’on pensait pas l’his­toire de sa honte. Cette honte m’a suivie au cours de toutes ces années, comme un chien sans maître et insis­tant. Nul n’a été plus fidèle que mon roquet galeux et nul ne me connaît mieux que lui. Un jour, j’ai entendu le marchand de légumes dire à un client ce que l’on aurait dû faire avec les gens comme moi. « Ils ont ça dans le sang », a‑t-il déclaré. J’ai baissé les yeux, la gorge sèche en atten­dant mon tour.

Dernière phrase

C’est la seule chose qui compte pour un enfant. Nous pardon­nons à nos parents qu’ils nous oublient, à condi­tion qu’ils s’aiment.

(mais, je me demande si on peut pardonner à ses parents d’être oublié)

Emprunté à la média­thèque.

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Le chemin de Compos­telle m’a entraî­née vers le Brésil.… Je voulais connaître ce roman pour lequel Jean-Chris­tophe Rufin a reçu le prix Goncourt 2001 et connaît depuis une noto­riété certaine. Cet écri­vain est doué pour les romans histo­riques, je le sais depuis « le grand Coeur » et même si je ne suis pas une grande adepte du genre, je ne boude pas mon plai­sir quand c’est bien fait. Cette épopée de 600 pages nous raconte un épisode peu connu , la tenta­tive de colo­ni­sa­tion du Brésil par le cheva­lier de Ville­ga­gnon en 1555.

En quelques pages, à la fin du roman, l’au­teur nous résume ce que l’on sait de cet épisode peu glorieux, il explique aussi, que les deux person­nages les plus roma­nesques, Colombe et Just de Clamor­gan, sont sortis de son imagi­na­tion, l’écri­vain a donc pu , à sa guise, leur donner une person­na­lité plus complexe que les person­nages pour lesquels les sources histo­riques mettent quelques limites à la créa­tion litté­raire .

Le style de Ruffin est un délice de simpli­cité et de clarté,puisque nous sommes en 1555, il maille son texte de mots anciens qu’on a plai­sir à recher­cher. Savez-vous ce que sont des « poils amatoires » ? j’ai souri quand j’ai compris( le texte est suffi­sam­ment expli­cite !). Ruffin entraîne son lecteur dans un Brésil à la nature aussi luxu­riante qu’in­quié­tante peuplée d’In­diens au mœurs qui choquent les Euro­péens. D’abord, ils se promènent nus et ne semblent pas avoir envie de domes­ti­quer la nature. Et comble de l’hor­reur, ils sont anthro­po­phages .

Le choc des deux civi­li­sa­tions ne permet pas qu’une compré­hen­sion mutuelle puisse s’ins­tal­ler , sauf pour Colombe mais c’est le privi­lège du roman­cier de rêver que deux civi­li­sa­tions aussi oppo­sées puissent se comprendre. Les colons sont peu nombreux et mènent une vie terri­ble­ment dure, la construc­tion d’un fort est une entre­prise complè­te­ment surhu­maine mais à ces rudes condi­tions d’ins­tal­la­tion se rajoutent les disputes reli­gieuses qui déci­me­ront, bien plus sûre­ment que tout autre danger, la malheu­reuse petite troupe aux ordres d’un capi­taine fantasque qui va perdre peu peu toutes ses illu­sions. Malheu­reu­se­ment, il perdra la seule qui le rendait un peu sympa­thique , la croyance en l’homme et devien­dra un enragé de la foi et donc tuera,tortura avec toute la bonne conscience que donne l’as­su­rance d’avoir Dieu pour soi .

Au delà de la décou­verte du Brésil ce roman est une bonne façon de faire revivre la Renais­sance avec ce curieux para­doxe que cette période a apporté l’hu­ma­nisme mais, hélas, l’in­to­lé­rance reli­gieuse et annonce les guerres de reli­gion. C’est terrible de se souve­nir que les anciens persé­cu­tés, calvi­nistes ‚luthé­riens devien­dront à leur tour des combat­tants au nom de la « vraie » foi sans aucune pitié pour ceux qui ne partagent pas leurs croyances. Le débat autour de la présence du corps du Christ dans l’hos­tie en est un parfait exemple.

Je comprends que beau­coup de lecteurs aient aimé ce roman et dans notre monde où l’on voit des musul­mans s’entre déchi­rer au nom de la pureté de leur foi ce livre a sa place dans notre réflexion.

Citations

le choc de l’Italie pour les Français de l’époque

Je suis arrivé en Italie a trente ans et, crois-moi, j’étais encore tout plein de la vieille tradi­tion de notre cheva­le­rie où l’homme est ruiné par les veilles et les prières,cousu de cica­trices et ne s’ac­corde aucun soin. Mon premier choc , je l’ai reçu à Florence , en voyant le David de Michel-Ange et le Baptême du Christ de Sanso­vino. Ainsi malgré la trahi­son d’Adam, l’idée de Dieu était toujours présente dans l’homme et il suffi­sait de la culti­ver. L’homme idéa­le­ment beau, chef d’œuvre de son créa­teur, l’homme de bien qui excelle aux armes et aux arts, l’homme bon,calme,serein, élégant, maître de lui, pouvait deve­nir un idéal.

Réflexion qui m’a étonnée

La fidé­lité est un senti­ment qu’on contente aisé­ment. Il suffit de le tolé­rer.

Genre de discussions avec des fanatiques religieux

- les auteurs dont vous parlez , précisa tran­quille­ment le pasteur , ne connais­sait pas le Christ. Leur pensée plon­gée dans les ténèbres , ne peut être d’au­cun secours. Il faut croire, voilà tout.

- C’est ce que disent aussi les prêtres et le pape , fit lugu­bre­ment l’ami­ral.

- Oui, confirma Richer avec mépris. Mais la diffé­rence, c’est qu’il sont tort.

Tuer au nom de Dieu

Les guerres de reli­gion sont toujours une provi­dence pour les crimi­nels. La violence tout à coup devient sainte ; pourvu qu’ils sachent mimer la dévo­tion, au moins en parole, licence leur est donnée par un Dieu d’ac­com­plir des infa­mies dont ils avaient long­temps rêvé.

On en parle

Je renvoie aux critiques de Babe­lio car je n’ai pas lu de critiques récentes de ce livre dans mes blogs préfé­rés.

Emprunté à la média­thèque. J » ai beau­coup aimé Le grand Coeur, du même auteur.

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J’ar­rive un peu tard , et je pense que, beau­coup d’entre vous êtes convain­cus de la qualité de ce livre. Mais trois raisons me poussent à mettre un article sur mon blog :

  1. Il reste peut-être un marcheur ou une marcheuse qui n’a pas encore entendu parler de ce livre ou qui hésite à le lire, à moi de les convaincre !
  2. Je trouve injuste de ne pas parler d’un livre qui nous a plu (nous, les blogueurs et blogueuses), sous prétexte qu’on en dit du bien partout. Nous n’avons pas qu’une fonc­tion de décou­vreur. Ça arrive, et c’est bien agréable de trou­ver des petits chefs‑d’œuvre, qui, sans nous,seraient passés inaper­çus mais j’aime aussi, quand je lis sur mes blogs favo­ris, qu’un livre fait l’unanimité.Avec cinq coquillages, je dis assez que j’ai adoré ce témoi­gnage.
  3. Enfin la dernière raison me concerne. SI je tiens ce blog c’est, entre autre, pour garder une trace de presque tous les livres que j’ai lus.

Comme l’au­teur, je rêve de faire ce chemin ou un autre. La marche à pied me fait du bien et j’y puise un récon­fort moral qu’au­cun sport ne me peut me donner. Jean-Chris­tophe Ruffin , décrit avec atten­tion l’état dans lequel se trouve peu à peu le marcheur , un état de fatigue et de bien-être très parti­cu­lier.

La marche permet de réflé­chir , offre une vie en harmo­nie avec la nature et permet d’éclai­rer diffé­rem­ment les réali­tés du monde d’au­jourd’­hui. Le marcheur ne peut aller plus vite que ses pas et doit tout porter sur son dos. Il change, alors, ses prio­ri­tés et ce qui était néces­saire devient très vite super­flu (en parti­cu­lier quand un objet pèse plus de quelques kilos). Le regard du marcheur sur les abords des villes m’a beau­coup inté­res­sée . Si nos anciennes cités ont encore bien des charmes, les zones d’ac­ti­vité arti­sa­nales et commer­ciales qu’il faut traver­ser avant d’y arri­ver, sont unifor­mé­ment tristes que l’on se rapproche de Dinan ‚Véze­lay ‚ou d » Aix en Provence. On oublie ces zones quand on est touriste et en voiture, on se dépêche de regar­der ailleurs , mais le piéton traverse tout d’un même pas, il ne peut pas se racon­ter des histoires quand c’est moche, il en profite jusqu’au bout.

Le récit de cet écri­vain est plein de remarques légères et drôles sur le petit peuple des « Jaquets » , ainsi appelle-ton les pèle­rins de Saint Jacques. Un regard amusé sur l’in­con­fort des auberges desti­nées à rece­voir ce petit monde qui ne veut surtout pas dépen­ser trop d’argent : le pèle­rin est pauvre mais surtout radin. Les chemins sont parfois beaux à couper le souffle et ces instants de magie se suffisent à eux seuls. Il est une ques­tion à laquelle je ne répon­drai pas, Pour­quoi fait-on le chemin ? C’est un chapitre du livre et je ne connais toujours pas la réponse.

Je pense qu’on peut marcher partout et j’au­rais tendance à croire qu’on est partout mieux que sur les chemins qui mènent à Compos­telle, je signe par là que je n’ai pas encore été atteinte par le virus…

Citations

Difficultés du marcheur

Sitôt levé, assommé par le manque de sommeil ; il me fallait marcher jusqu’à trou­ver un café ouvert. Le rituel du réchaud est par trop dépri­mant le matin et, dans ce pays pourvu de toutes les commo­di­tés, il n’y a pas vrai­ment de raison de vivre comme dans les espaces désert de hautes montagnes.
Le seul problème est la contra­dic­tion qui existe entre les lieux où le camping sauvage est possible et ceux où se rencontrent des cafés.

L’égalité devant la marche

Celui ou celle pour qui la ville est impi­toyable, avec sa concur­rence terrible, ses modèles tyran­niques qui condamnent le gros, le maigre, le vieux, le laid, le pauvre, le chômeur, découvre dans la condi­tion de pèle­rin une égalité qui laisse sa chance à chacun.

Les régions vertes

Il faut toujours se méfier des régions vertes. Une végé­ta­tion si drue, une verdure si écla­tante ne peuvent avoir qu’une origine : la pluie.

L’orgueil du pèlerin et le secret du chemin

Car il est assez trivial de dire (mais plus rare d’éprou­ver soi-même ) que l’ex­trême humi­lité est une des voies de l’or­gueil . À mesure qu’il se dimi­nue le pèle­rin se sent plus fort et même presque invin­cible. La toute-puis­sance n’est jamais loin de la plus complète ascèse. C’est en réflé­chis­sant à cela qu’on approche peu à peu le véri­table secret du Chemin, même s’il faut du temps pour le décou­vrir.

Les conduites humaine

Je connais des bistrots à Paris où ces messieurs par ailleurs auto­ri­taires et habi­tués à comman­der viennent s’adon­ner à l’heure du déjeu­ner au plai­sir maso­chiste de se faire rudoyer par un patron inso­lent et gros­sier. Les coups de fouet moraux qu’il leur assène pendant le repas semblent les revi­go­rer et leur donnent une éner­gie nouvelle pour tour­men­ter à leurs propres subor­don­nés.

Les bondieuseries

Il est une règle qui ne souffre pas d’ex­cep­tion : chaque fois qu’un projet artis­tique est soumis à l’ar­bi­trage d’un grand nombre, la bana­lité et la laideur prévalent. La collé­gia­lité, en matière artis­tique, c’est l’eau tiède. On peut être certain que beau­coup de gens ont été consul­tés pour l’érec­tion de la statue qui orne le Monte del Gozo car il est diffi­cile de conce­voir plus laid, plus préten­tieux et plus décou­ra­geant. On pour­rait consi­dé­rer que c’est un chef‑d’œuvre, à condi­tion de le faire concou­rir dans un genre bien parti­cu­lier : celui du kitsch catho­lique.

et voici la photo .….. plus moche ce n’est pas possible ! ! ! !

J’aime cette formule

Pour le dire d’une formule qui n’est plai­sante qu’en appa­rence : en partant pour Saint Jacques, je ne cher­chais rien et je l’ai trouvé.

On en parle

à sauts et à gambades (en livre lu) , le goût des livres et ….36 critiques chez Babe­lio

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Coup de cœur de mon club de lecture.

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J’ima­gine le plai­sir que Chris­tian Goudi­neau, spécia­liste de l’his­toire Gallo-Romaine, a éprouvé à écrire ce roman poli­cier, délais­sant pour un moment ses ouvrages scien­ti­fiques sur la même période. Il met en œuvre tout son savoir d’his­to­rien pour nous racon­ter une histoire. Et pour être bien sûr d’être lu jusqu’au bout il crée un roman poli­cier gallo-romain. Il faut dire que l’époque s’y prête, et que, sans doute, la réalité dépasse dans les grandes largeurs la fiction puisque les person­nages qui tirent le ficelles s’ap­pellent Messa­line, Aggri­pine, Cali­gula… on peut, donc, s’at­tendre à tout.

Le person­nage prin­ci­pal, Vale­rius Asia­ti­cus a existé, et, l’in­trigue est plau­sible à défaut d’être histo­rique. On sent tout le plai­sir que prend l’au­teur à faire revivre cette époque, dans tous les détails du quoti­dien : l’habitat, les vête­ments, les dépla­ce­ments, et la nour­ri­ture. Ah ! La nour­ri­ture… j’avoue que par moment, je m’en­nuyais un peu à la descrip­tion des repas. J’ai souri quand le person­nage prin­ci­pal, Char­mo­laos , faisant relire par sa jeune nièce, Kallisto, son récit, s’en­tend repro­cher ceci :

Avais-je besoin de décrire tous ces repas, d’en donner la compo­si­tion, sans parler de ces innom­brables coupes de vin

Quel talent ! Un person­nage se trouve là pour énon­cer la critique que je m’apprêtais à lui faire. L’au­teur a choisi de faire parler ses person­nages dans la langue d’aujourd’hui, cela rend le texte léger et amusant. Comme nous sommes entre érudits, il nous arrive d’avoir des passages de culture grecque. On découvre aussi la vigueur et la diver­sité des villes gauloises.

Le reproche que l’on peut faire à ce roman, c’est de vouloir dire trop de choses sur cette époque, on sent parfois que l’in­trigue n’est qu’un prétexte et que l’his­to­rien saisit toutes les oppor­tu­ni­tés de son récit pour nous faire parta­ger sa passion.

Je ne suis pas sûre que les amateurs de romans poli­ciers appré­cie­ront cette intrigue un peu compli­quée, mais les histo­riens ayant le sens de l’humour vont se réga­ler. C’est un beau voyage que je me suis offert pendant quelques jours avec des person­nages qui m’ont permis de renouer avec une époque que je connais­sais mal.

Cita­tions

L’humour du philosophe

Un peu de patience, on vien­drait nous désem­bour­ber, un peu de patience et l’on arri­ve­rait a une auberge épatante, un peu de patience et le temps revien­drait au calme. Prévi­sions qui par force, s’avé­rèrent exactes, le temps de la patience n’ayant jamais été précisé.

Un philosophe antique Panaitos de Rhodes, question éternelle !

L’uni­vers dans lequel nous vivons nous échappe pour toujours. Même si nous décou­vrons les lois qui le régissent, nous ne pour­rons jamais conce­voir son origine. Si nous l’at­tri­buons aux dieux, nous infé­rons que ceux-ci lui sont anté­rieurs. Mais l’idée d’éternité, de non-nais­sance est incom­pa­tible avec notre fini­tude de mortels, nous qui nais­sons et sommes voués à mourir. L’idée de cycles, qui voient l’uni­vers se créer puis dispa­raître, repro­duit notre propre condi­tion , mais ne résout pas la ques­tion essen­tielle : comment est-il possible que quelque chose ne naisse pas ou naisse de rien ? Comment imagi­ner le rien ? Comment imagi­ner l’ab­sence de temps

Le bon goût

L’as­pect « décor peint » qui préva­lait à l’ex­té­rieur devait flat­ter le gout gaulois, peut-être même le cote » nouveau riches » auquel Critias avait fait plusieurs fois allu­sion.

Les repas

On nous servit un vin plein de vigueur. Chairs succu­lentes, sauces …qui chan­geaient de ce garum qui passe pour le nec plus ultra mais auquel mon palais répugne. Pas de livèche, des cham­pi­gnons et une énorme platée de choux et de raves. Des coupelles de confi­tures douces ou aigre­lettes pour recti­fier l’as­sai­son­ne­ment.

On en parle

Un histo­rien qui n’a pas trop appré­cié le roman poli­cier et enfin « un » blogueur dans ce monde si fémi­nin D’une berge à l’autre

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Je termine ce roman, et je me sens de retour après un long voyage dans l’histoire de France. Trois noms qui me sont, grâce à Jean ‑Chris­tophe Rufin, deve­nus fami­liers, Jacques Cœur, Charles VII et Agnès Sorel, et qui m’ont permis de revivre la fin de la guerre de cent ans et le renou­veau de la monar­chie fran­çaise. C’est un roman passion­nant , pour­tant je n’ap­pré­cie guère d’ha­bi­tude les romans histo­riques.

La descrip­tion du génie de Jacques Cœur qui a su, dans une période si trou­blée, comprendre que la liberté du commerce pouvait donner la richesse à son pays tout en créant son enri­chis­se­ment person­nel, a retenu toute mon atten­tion surtout lors de son ascen­sion. Soutenu par la descrip­tion de la créa­tion du réseau commer­cial « Jacques Cœur », le roman histo­rique se déroule au gré de ce que l’au­teur connaît de la réalité du royaume de France de l’époque, et de ce qu’il imagine, comme l’his­toire d’amour entre la trop belle et si fragile Agnès Sorel et le grand argen­tier du roi.

Je ne savais de Charles VII que l’épi­sode de Jeanne d’Arc , la person­na­lité que lui crée Jean-Chris­tophe Rufin me semble vrai­sem­blable . Ces rois qui ont fait la France sont souvent aussi repous­sants de cruauté et de félo­nie que capti­vants par leur volonté de construire un royaume puis­sant. La diffi­culté de ce genre de roman, c’est de faire la part entre la réalité de l’époque choi­sie et la person­na­lité actuelle de l’écri­vain.

J’ai bien aimé que l’au­teur écrive dans sa post­face :

Je ne sais ce qu’il [Jacques Cœur] pense­rait d’un tel portrait et sans doute me ressemble plus qu’à lui.

C’est ce que j’éprou­vais quand il faisait de Jacques Cœur un homme sans reli­gion ouvert à la philo­so­phie grecque. J’avais l’im­pres­sion d’être avec un philo­sophe des lumières ou avec un homme d’au­jourd’­hui. Je n’ai qu’une envie aujourd’­hui aller voir le palais de Jacques cœur à Bourges , et je recom­mande ce roman à tous ceux et toutes celles qui aiment l’his­toire et les romans.. il me semble qu’il s’agit d’un très large public !

Citations

Une phrase à méditer

Il est des fidé­li­tés qui conduisent à la trahi­son

Les ennemis de l’homme d’action :

Il devint le premier des nombreux enne­mis que je me créai tout au long de ma vie, du simple fait d’avoir révélé leur faiblesse.

Comment voir positivement des traits de caractère que l’on jugeait auparavant négatifs

On ne me jugea plus rêveur mais réflé­chi, timide mais réservé, indé­cis mais calcu­la­teur.

Le pouvoir et la force

Ainsi il exis­tait le pouvoir et la force, et les deux choses n’étaient pas toujours confon­dues.
Si la force procé­dait du corps , le pouvoir, lui, était œuvre de l’es­prit.

La jalousie du talent

Talent, réus­site, succès font de vous un ennemi de l’es­pèce humaine qui, à mesure qu’elle vous admire plus, se recon­naît moins en vous et préfère vous tenir à distance. Seuls les escrocs , par l’ori­gine triviale de leur fortune, l’ac­quièrent sans se couper de leurs semblables et même en s’at­ti­rant leur sympa­thie.

Meneur d’hommes

Sans jamais avoir cher­ché à divi­ser pour régner , j’ai toujours pensé que l’union des contraires était le secret de toute entre­prise réus­sie.

Différence de mentalité entre Florence et la France

Je compris rapi­de­ment qu’il n’exis­tait pas dans cette cite libre la diffé­rence que nous connais­sons entre noble et bour­geois.
A Florence , la richesse ne connaît ne pudeur ni inter­dit. La seule précau­tion que prennent ceux qui en font étalage est de veiller à ce qu’elle revête les appa­rences de l’art. La beauté est le moyen qu’emploient les puis­sants pour parta­ger leur richesse avec le peuple.

La réussite de Jacques cœur n’est ‑elle pas un hymne au libéralisme ?

L’en­tre­prise que j’avais créée s’était à ce point déve­lop­pée parce qu’elle était vivante et que nul ne la contrô­lait . Liberté était donnée à tous les membres de ce gigan­tesque corps d’agir à leur guise . En se jetant sur les morceaux qu’ils pouvaient saisir ‚en plaçant mes biens sous séquestre, en démem­brant chaque pièce de drap conte­nue dans nos maga­sins , Dauvet et les chiens qui couraient à sa suite ne faisaient que fouiller les entrailles d’une bête morte . Tout ce qu’ils saisis­saient cessait d’être libre et donc de vivre. La valeur de ces choses deve­nues inertes , sitôt évaluées , se mettait à décroître , car elles ne valaient vrai­ment que dans le mouve­ment inces­sant et libre de l’échange.

On en parle

Tigrou 41454

Édition Galli­mard NRF (du monde entier)

Traduit de l’ita­lien par Danièle Valin

Quand j’ai chro­ni­qué « le poids du Papillon » Domi­nique m’avait conseillé de lire ce roman. Comme elle, j’ai parfois des lectures moins enthou­siastes de cet auteur par exemple « le jour avant le bonheur » et même « le tort du soldat » m’avaient moins convain­cue que ces deux derniers romans. Encore un coup de cœur pour celui-ci. Un des sujets du roman c’est le travail du « passeur » arti­san (il refu­se­rait le titre d’ar­tiste) qui doit « expo­ser la nature » du christ c’est à dire son sexe. Oui, j’ai appris grâce à ce roman que les cruci­fiés étaient nus sur leur croix. Il existe de rares statues du christ nu.

Un sculp­teur décide au début du XX° siècle de faire une sculp­ture du cruci­fié nu, mais l’église a imposé que l’on cache le sexe sous un pagne de pierre. Notre person­nage prin­ci­pal est donc chargé d’en­le­ver le rajout et sculp­ter le sexe du christ.

Le person­nage, – voilà l’autre thème du roman- est un habi­tant des montagnes mais il doit trou­ver refuge dans une petite ville de bord de mer car il est devenu bien malgré lui trop célèbre dans son village. Habi­tant des régions fron­ta­lières, il est devenu « passeur », pour « des gens » qui veulent conti­nuer leur périple en Europe. Ces immi­grés sont, comme il nous le dit, les nouveaux nomades de notre époque. Il s’ac­quitte avec succès de cette tâche, en accep­tant le prix fixé par deux passeurs du village mais lui rend aux immi­grés leur argent dès la fron­tière passée. Cela se sait et tous les médias s’in­té­ressent à lui. Ses anciens amis se sentent trahis et ne veulent plus de lui dans le village. Il part donc et trou­vera ce travail dans une église du bord de mer. C’est pour lui, et pour nous, l’oc­ca­sion de se confron­ter au travail du sculp­teur sur marbre et de réflé­chir au sens des trois grandes reli­gions mono­théistes. Tout le livre très court ‑cet auteur écrit souvent de moins de deux cent pages- est plein d’une sagesse, d’hu­mour et de réflexions qui font sourire parfois, nous troublent souvent. J’ai aimé ce roman , j’es­père me souve­nir de quelques une des cita­tions que j’ai notées ‑celle sur Char­lot a fait écla­ter de rire mes amis-. À mon tour de vous en recom­man­der chau­de­ment la lecture.

Citations

J’adore .…

Je grave des noms pour les amou­reux endur­cis qui les préfèrent sur des branches et des cailloux plutôt que sur des tatouages. Ils durent plus long­temps sans pâlir. 

Les frontières dans les montagnes

Ils sont cocasses ces États qui mettent des fron­tières sur les montagnes, ils les prennent pour des barrières. Ils se trompent, les montagnes sont un réseau dense de commu­ni­ca­tion entre les versants, offrant des variantes de passage selon les saisons et les condi­tions physiques des voya­geurs.

Le personnage principal doit sculpter le sexe du Christ qui a été enlevé et caché par un linge en granit

Il m’ap­prend que je suis le dernier d’une longue liste d’ar­tistes, confir­més ou non, qui ont été consul­tés. L’un d’eux a dit que l’en­lè­ve­ment trau­ma­tique de la couver­ture suffi­rait déjà à repré­sen­ter la nudité et son histoire censu­rée. Ceux qui ont accepté d’es­sayer ont proposé des solu­tions bizarre. À la place de la partie déta­chées, quel­qu’un a imaginé un oiseau, plus préci­sé­ment un coucou, parce qu’il met ses œufs dans le nid des autres. Un deuxième à penser à une fleur. Un jeune artiste a eu l’idée d’un robi­net.

Le vin

Le curé conti­nue à m’écou­ter tout en prenant une bouteille de vin et deux verres. Il remplit le mien à ras bord. C’est l’usage chez les ouvriers. Si on offre du vin, on remplit le verre. Ce sont les riches qui en verse peu. Eux, ils ne boivent pas ils sirotent. Si on en offre à un ouvrier, on en verse jusqu’à ce que le verre déborde.

Vous la portez à droite ou à gauche ?

Il est curieux de connaître celui qui a fina­le­ment été chargé de restau­rer la gêne. Son père qui était tailleur, l’ap­pe­lait ainsi quand il prenait les mesures pour un panta­lon. Il deman­dait au client de quel côté, droit ou gauche, il portait la gêne. 

Traverser la place de la gare à Naples

J’ob­serve ce que font les passants pour atteindre la rive oppo­sée du trot­toir. Le courant d’au­to­mo­biles est continu.
Ils font comme ça, ils descendent du bord tandis que le flux s’écoule indif­fé­rent à eux. Ils l Ils avancent dans le gué , frôlés et contour­nés par les voitures comme des rochers qui affleurent. Ils avancent rapi­de­ment jusqu’à la berge d’en face. Il ne faut pas croire que la mer Rouge s’ouvre en deux pour eux, mais c’est une mer rouge locale, élas­tique, qui coule en évitant le peuple en marche. Elle l’in­cor­pore et le repose indemne de l’autre côté. Je regarde sans bouger. Je prends des notes visuelles étonné sur la dyna­mique du lieu, sans me déci­der à tenter l’ex­pé­rience. Il est impé­ra­tif de ne pas hési­ter une fois dans le courant. La mer Rouge s’adapte à l’in­trus si son pas est décidé, mais devient colé­reuse et impé­tueuse s’il hésite ou change d’avis.

Charlot

Char­lie Chaplin a parti­cipé au concours des imita­teurs de Char­lot et il est arrivé troi­sième. 

Le prix et la langue des passeurs

Les voya­geurs paient comp­tant, forcé de faire confiance. On utilise un anglais de dix mots, le jargon des dépla­ce­ments.

Destins d hommes

J’écoute les histoires de destins bizarres, des façons nouvelles de mourir : dans une soute asphyxié par les gaz du moteur, gelé dans le compar­ti­ment du train d’at­ter­ris­sage d’un avion, étouffé dans un camion garé l’été en plein soleil.

Cruauté des hommes

Nous parlons de tout le mal que l’es­pèce humaine a inventé pour elle-même. Aucun animal ne se rapproche de notre pire. Aucune autre créa­ture vivante n’a imaginé le supplice de l’emballement. L’ha­bi­leté du bour­reau consis­tait à prolon­ger l’ago­nie.

Nous cessons de manger pendant un moment, nous nous regar­dons, nous bais­sons les yeux. Il y a peu de temps encore, nous aurions assisté à ces exécu­tion dans la rue sans détour­ner le regard. Décidé par les auto­ri­tés : cela suffit à leur donner force de loi.

Je sais que je dois cette lecture à un blog, mais j’ai hélas oublié de noter son nom . Si je le retrouve, je mettrai immé­dia­te­ment un lien.

Ce livre est un essai du fils du « sauvé », Georges Heis­bourg pour cerner la person­na­lité de son « sauveur » le baron von Hoinin­gen. C’est une plon­gée très inté­res­sante dans la deuxième guerre mondiale et en parti­cu­lier dans le nazisme. L’au­teur s’at­telle à une tâche rendue complexe par la person­na­lité du baron qui n’a jamais raconté ce qu’il a fait pendant la guerre et qui ne s’est jamais glori­fié de quoi que ce soit. « Un taiseux » et un « hyper » discret nous est donc présenté par quel­qu’un qui ne veut surtout pas roman­cer cette histoire. Au passage, je me suis demandé si ce n’était pas là un trait de la haute société luxem­bour­geoise, car le père de l’au­teur n’a pas raconté grand chose non plus. Et si l’au­teur se plaint de n’avoir qu’une photo du baron, il ne met aucune photo de son père dans ce livre. Les sources d’archives proviennent surtout de l’Al­le­magne, car la Gestapo avait la manie de tout écrire pour faire des dossiers sur tout le monde et ce mili­taire haut gradé et noble avait tout pour finir pendu. Il n’a dû son salut qu’à sa fuite au dernier moment de la guerre, alors que l’ar­mée alle­mande recu­lait sur tous les fronts. Mais cela n’empêchait pas la Gestapo de lancer ses sbires à la recherche du fugi­tif soup­çonné à juste titre d’avoir des accoin­tances avec les conju­rés qui ont essayés en vain d’as­sas­si­ner Hitler. Tout ce qu’a fait ce baron est bien analysé et s’ap­puie sur des témoi­gnages de ceux qui ont profité de son enga­ge­ment. Tous le décrivent comme un homme « bien ». Mais alors pour­quoi sa propre famille ne veut pas témoi­gner ? Par pudeur ? De crainte de révé­ler un secret ? L’au­teur comme le lecteur en est réduit aux hypo­thèses. Enfin, le livre se termine sur une réflexion à propos du bien . C’est inté­res­sant de voir que même dans le pire système, il y a des indi­vi­dus qui ne feront pas exac­te­ment ce que des tortion­naires au pouvoir attendent d’eux. C’est ce que l’au­teur défi­nit comme « la bana­lité du bien » qui est en chacun de nous . Alors que » la bana­lité du mal » expres­sion si mal comprise d » Hannah Arendt est le fait d’êtres sadiques et dépra­vés qui se cachent derrière des êtres dont l’ap­pa­rence et la vie sont banales.

Citations

Le recrutement nazi

L’une des forces du Nazisme sera hélas d’avoir su recru­ter aux deux extrêmes du spectre des compé­tences : d’un côté les brutes mena­cées de déclas­se­ment , profil large­ment répandu chez les Gaulei­ter, de l’autre les surdi­plô­més, notam­ment dans les disci­plines juri­diques, qui aurait réussi dans n’im­porte quel système et que l’on trou­vera souvent chez les SS, spécia­le­ment dans les Einsatz­kom­man­dos exter­mi­na­teurs sur le front de l’Est.

Je ne savais pas ça !

Un pasteur proche de la branche natio­nal-socia­liste du protes­tan­tisme, les tenant du « Deut­scher-Christ » (un Jésus non pas juif mais aryen)

Cet étrange Nazi

En ligne de résul­tats : Franz von Hoinin­gen a contri­bué à tirer au moins 574 Juifs, (964 avec « le dernier convoi ») des griffes des nazis au Luxem­bourg, dont de l’ordre de 470 vers un naufrage défi­ni­tif hors d’Eu­rope. Les recherches les plus récentes estime à 890 le nombre total des Juifs du Luxem­bourg qui ont pu quit­ter l’Eu­rope occu­pée pendant la guerre : plus de la moitié de ces sauve­tages défi­ni­tifs doivent être attri­bués, au moins entre autres, au baron.

Un luxembourgeois conservateur : son père.

Un conser­va­teur luxem­bour­geois, c’est d’abord quel­qu’un qui soutient l’exis­tence même du grand-duché et de la dynas­tie grand-ducale. Nonobs­tant l’in­fluence cultu­relle alle­mande et la langue alle­mande dans le pays, et spécia­le­ment à travers une église alors puis­sante, ce natio­na­lisme est davan­tage anti­prus­sien et anti­al­le­mand qu’an­ti­fran­çais ou qu’an­ti­belge. L’épi­sode de 19141918 avait eu pour effet de confor­ter ce posi­tion­ne­ment. Mon père avait par ailleurs pris goût pour la culture et la langue fran­çaises, d’où son choix d’en­ta­mer ses études supé­rieures à Grenoble et à la Sorbonne, à à l’époque, il n’y avait pas d’uni­ver­sité au grand-duché, et les bache­liers pouvaient choi­sir de pour­suivre leurs études en Belgique, en France ou en Alle­magne. Réac­tion­naire, il l’était, mais démo­crate aussi et affi­chera donc ses senti­ments pro-Alliés pendant la drôle de guerre.

La banalité du bien

Pour­tant, ils sont mis par une combi­nai­son assez simi­laire d’éthique de respon­sa­bi­lité et l’éthique de convic­tion. Ce ne sont pas des cyniques. La formule « noblesse oblige » ne s’ap­plique pas au pied de la lettre, puisque seul Hoinin­gen fait partie de cette confré­rie là : pour­tant elle paraît résu­mer leur approche de la situa­tion excep­tion­nelle dans ces années de feu. Aussi, on ne manquera pas de souli­gner l’im­por­tance capi­tale de la trans­mis­sion éthique dans nos socié­tés, trans­mis­sion qui implique aussi une certaine compré­hen­sion de notre passé.

le cas de la Pologne et de la Hongrie

Des pays comme la Pologne où la Hongrie ne parviennent pas à apai­ser leur rela­tion au passé de la guerre froide en partie parce qu’ils n’ont fait que très impar­fai­te­ment leur travail de mémoire par rapport aux drames de la Seconde Guerre mondiale.

Appel au témoignage

Il y a une immense noblesse à faire le bien, surtout si cela implique de tour­ner le dos au système de croyances de son clan, de sa tribu. Cepen­dant, l’ac­tion doit être prolon­gée par sa narra­tion. Le taiseux baron, mais pas seule­ment lui, n’y était pas porté. Il est temps d’en parler. Et, en parlant, peut-être susci­te­rons- nous d’autres voca­tions : des langues de proches se délie­ront, des archives fami­liales ou publiques s’ou­vri­ront. En d’autres mots, et en retour­nant l’adage fami­lier : pas seule­ment des actes mais aussi des paroles. Telle est la condi­tion d’une trans­mis­sion durable.

Homère, pour autant qu’il est réel­le­ment existé, paraît avoir été de cet avis. Qui lui donne­rait tort trois mille ans plus tard ?

De cette auteure j’ai lu et beau­coup appré­cié « la femme de l’Al­le­mand », je retrouve ici son sens de la nuance et la volonté de ne pas juger avec des prin­cipes moraux si répan­dus une situa­tion somme toute très banale. J’ai donc suivie l’avis d’Aifelle qui voit dans ce roman une façon pour Marie Sizun de combler les manques d’une généa­lo­gie incom­plète.

Un homme, Léonard, aime sa jeune femme Hulda à qui il fait cinq enfants. Il embauche une gouver­nante, Livia qui devien­dra sa maîtresse et qui aura aussi un enfant de lui. Cet amour à trois, sous le même toit à quelque chose de destruc­teur et effec­ti­ve­ment la santé d’Hulda ne résis­tera pas à cette situa­tion. L’amour ancil­laire (oui la langue fran­çaise à un même un mot pour décrire cela ! faut-il que cette situa­tion soit banale !) n’est pas le seul respon­sable de la destruc­tion d » Hulda. Cette très jeune fille suédoise de la très bonne société s’est enti­chée d’un séduc­teur fran­çais qui devra divor­cer de sa femme anglaise pour pouvoir l’épou­ser.

Ce Léonard est bien étrange, amou­reux de la litté­ra­ture fran­çaise il devient repré­sen­tant en vin et « ses affaires » le retiennent très souvent loin de sa famille. Hulda exilée à Meudon ne trouve que dans Livia la gouver­nante suédoise et aussi la maîtresse de son mari, une amitié qui la réconforte.C’est un triangle infer­nal et Marie Sizun a beau vouloir redon­ner une dignité à chacun de ses person­nages, j’ai vrai­ment eu du mal à accep­ter le rôle de Léonard. C’est d’ailleurs le person­nage le plus faible. On ne comprend pas, l’au­teure ne le dit pas, pour­quoi il fait de mauvaises affaires, et quelles sont les raisons qui le poussent à être toujours aussi loin de chez lui. Ce qu’on sait de lui le rend peu sympa­thique à quarante ans marié à une femme anglaise dépres­sive, il séduit une jeune fille de dix sept ans. Puis Leonard et Hulda forment un couple presque heureux tant qu’ils sont en Suède. Ils partent en France et ce repré­sen­tant en vin laisse sa jeune femme se débrouiller à Meudon sans beau­coup d’argent et gérer la grande maison de Meudon et leurs quatre enfants. De son amour avec la gouver­nante, on ne sait pas non plus grand chose, le talent de Marie Sizun arrive à donner un peu de consis­tance au portrait de Livia.

Marie Sizun explique qu’il s’agit d’un roman d’amour, je trouve que c’est un roman de l’en­fer­me­ment, j’ai étouffé dans ce triangle et j’ai regretté que personne ne renvoie à Léonard Sèze­neau son rôle de préda­teur que j’ai ressenti pendant tout le roman. Hélas ! seul le frère d’Hulda , Anders, a une vision assez juste de la person­na­lité de Léonard, il sent le piège qui se referme sur sa sœur, mais c’est aussi un person­nage falot para­site inca­pable d’ai­der quel­qu’un d’autre. Je comprends bien la volonté de Marie Sizun de retrou­ver un sens à cette histoire qui est en partie la sienne, mais il y a trop d’élé­ments qui lui manquent . Elle n’a pas voulu inven­ter et elle s’est en tenue au plus probable et au plus digne de chaque person­nages. Je suis souvent restée sur ma faim trou­vant en quelque sorte qu’il y avait bien des « blancs » dans cette histoire.

Citations

Le professeur français séduit sa jeune élève suédoise

Comme histoire, ici, se préci­pite !
Hulda a‑t-elle osé, elle, la jeune fille sage, se glis­ser parfois dans l’ap­par­te­ment aban­donné par la malheu­reuse anglaise ? De quelle façon les amants se sont-ils retrou­vés , en quel lieu ? Personne n’a rien vu. Toujours est-il qu’au prin­temps 1868 le scan­dale éclate, soit qu’ils aient été surpris, soit que la petite ait parlé à sa mère : elle est enceinte. Un coup de tonnerre pour la famille du banquier. Sigrid Chris­tians­son pleure beau­coup, son mari tonne, fulmine, se désole. Comment aurait-on pu prévoir une telle incon­duite de la part d’une enfant si sérieuse, si pure ? Sa fille chérie, le trahir pareille­ment.

Noël en Suède

On prépare Noël. La maison n’a jamais été aussi lumi­neuse, aussi joyeuse, car on allume à plai­sir lampes et bougies, on en met partout, jusque sur l’ap­pui des fenêtres, et c’est beau dans la nuit toutes ces fenêtres éclai­rées. Les enfants, les bonnes sont tout exci­tés à l’idée de la fête. Hulda elle-même se laisse gagner par cette gaieté. Avec Livia, elle parle de déco­ra­tion de table, de sapin de Noël, de cadeaux. Comme tout semble harmo­nieux dans la musique des airs de Noël qu’elles jouent au piano à quatre mains, la gouver­nante et elle, pour la grande joie des enfants !

Le drame

- Maman n’était pas malade, inter­vient Isidore. Elle était juste triste. D’être ici, dans cet affreux pays, comme nous, d’ailleurs, mais plus que nous. »

Surprise par la dureté de son regard, Livia regarde le petit garçon : « Je ne sais pas, Isidore. Et c’est vrai que la tris­tesse peut deve­nir une mala­die… En tout cas, de bébé Alice n’y est pour rien, et elle a comme vous perdu sa mère. Elle a besoin de vous. »
Et à travers les mots qu’elle s’en­tend pronon­cer, dont elle voit le reflet sur le visage des quatre petits, elle éprouve elle-même singu­liè­re­ment la cohé­sion de ces enfants là, de cette fratrie, elle sent de façon presque doulou­reuse la force qu’ils repré­sentent autour du bébé tous les cinq, dans la profon­deur de leur unité. Alors qu’elle, la gouver­nante, n’est et ne sera jamais qu’une étran­gère.


Apres Homo Sapiens, je savais que je lirai ce livre qui fait tant parler de lui et de son auteur. On retrouve l’es­prit vif et peu conven­tion­nel de Yuval Noah Harari mais c’est moins agréable à lire. Car, si de nouveau, il remet en cause la façon dont Homo Sapiens, (c’est à dire nous) a conquis la planète, au détri­ment des animaux et au risque de détruire l’équi­libre de la nature, il projette dans le futur les consé­quences de nos récentes décou­vertes. Nous sommes donc, selon lui, au bord de créer l’Homo-Deus qui aura sans doute aussi peu de consi­dé­ra­tion pour Homo Sapiens que celui-ci en a eu pour les animaux. L’au­teur consacre de longues pages sur le sort que nous avons réservé à l’espèce animale, c’est terri­ble­ment angois­sant. Les démons­tra­tions sont brillantes et souvent impla­cables. Mais c’est aussi très triste, car cet avenir n’est guère réjouis­sant. Yuval Noah Harari ne veut être ni gourou, ni prophète, il peut se trom­per mais il nous demande de réflé­chir. Il termine son livre en nous lais­sant trois thèmes de réflexions que je vous livre :

Tous les autres problèmes et évolu­tion sont éclip­sés par trois proces­sus liés les uns aux autres :
1/​la science converge dans un dogme univer­sel, suivant lequel les orga­nismes sont des algo­rithmes et la vie se réduit au trai­te­ment des données.
2/​l’in­tel­li­gence se découple de la conscience.
3/​Des algo­rithmes non conscients mais fort intel­li­gents, pour­raient bien­tôt nous connaître mieux que nous-mêmes.
Ces trois proces­sus soulèvent trois ques­tions cruciales, dont j’es­père qu’elle reste­ront présentes à votre esprit long­temps après que vous aurez refermé ce livre :
1/​Les orga­nismes ne sont-ils réel­le­ment que des algo­rithmes, et la vie se réduit-elle au trai­te­ment des données ? 
2/​De l’in­tel­li­gence ou de la conscience, laquelle est la plus précieuse ?
3/​Qu’ad­vien­dra-t-il de la société, de la poli­tique et de la vie quoti­dienne quand les algo­rithmes non conscients mais haute­ment intel­li­gents nous connaî­trons mieux que nous ne nous connais­sons ?
Ne croyez pas pouvoir sortir de ces ques­tions par une simple boutade, ou par un geste rapide de déné­ga­tion. Même si ces ques­tions ne vous inté­ressent pas sachez que ces problèmes vont venir vers vous que vous le vouliez ou non. Il a fallu 500 pages à l’au­teur pour en arri­ver là. Il vous entraî­nera aupa­ra­vant dans l’his­toire humaine avec beau­coup d’hu­mour et de sagesse. Vous verrez Homo Sapiens conqué­rir, domes­ti­quer et domi­ner complè­te­ment la planète et après avoir vaincu les trois fléaux qui l’ont occupé des millé­naires durant, à savoir : la famine, la mala­die et les guerres, s’il suit les tendances actuelles, il se pren­dra pour Dieu et voudra vivre une vie augmen­tée de tous les services rendus par les nouvelles tech­no­lo­gies. Vous croyez qu’il délire, et pour­tant entre le Bitcoin, les blok­schains et les big-data , dites moi un peu où se trouvent l’in­di­vidu, le pouvoir poli­tique ou les nations. Que deviennent nos concep­tions de l’hu­ma­nisme ?
J’ai annoté ce livre au fur et à mesure de ma lecture et si je mets toutes mes notes dans mon article c’est que parfois elles me font sourire mais surtout elles me permettent de mieux me souve­nir des raison­ne­ments de cet auteur, Yuval Noah Harari : juif, athée, végé­ta­rien, homo­sexuel et surtout incroya­ble­ment intel­li­gent. Il a déclaré que le fait de n’être pas dans le moule de l’Israélien clas­sique lui avait permis d’être libre dans son mode de pensée.
Un livre impla­cable donc, vous le lirez sans doute mais avec moins de jubi­la­tion que son précé­dent ouvrage.

Citation

la fin des famines

En 2012, autour de 56 million de personnes sont mortes à travers le monde. ; 620000 ont été victimes de la violence humaine, (la guerre en a tué 120000, le crime 500 000). En revanche, on a dénom­bré 800 000 suicides, tandis que 1,5 million de gens mouraient du diabète. Le sucre est devenu plus dange­reux que la poudre à canon.

Une formule et un exemple frappant : l’art de convaincre de cet auteur

Le mot « paix » a pris un sens nouveau. Les géné­ra­tions anté­rieures envi­sa­geaient la paix comme l’ab­sence tempo­raire de guerre. Aujourd’­hui, la Paix, c’est l’in­vrai­sem­blance de la guerre. En 1913, quand les gens parlaient de la paix entre la France et l’Al­le­magne, ils voulaient dire : » pour l’ins­tant, il n’y a pas de guerre entre les deux pays, et qui sait ce que l’an­née prochaine nous réserve ? » Quand nous disons aujourd’­hui que la paix règne entre la France et l’Al­le­magne, nous voulons dire que, pour autant que l’on puisse prévoir, il est incon­ce­vable qu’une guerre puisse écla­ter entre elles.

La fin des masses

De surcroît, malgré toutes les percées médi­cales, nous ne saurions être abso­lu­ment certain qu’en 2070 les plus pauvres joui­ront de meilleurs soins qu’au­jourd’­hui. L’État et L’élite pour­raient se désin­té­res­ser de la ques­tion. Au 20e siècle, la méde­cine a profité aux masses parce que ce siècle était l’ère des masses. Les armées avaient besoin de millions de soldats en bonne santé, et les écono­mies de millions de travailleurs sains. Aussi les États ont-ils mis en place des services publics pour veiller à la santé et à la vigueur de tous. Nos plus grandes réali­sa­tions médi­cales ont été la créa­tion d’ins­tal­la­tion d’hy­giène de masse, de campagne massive de vacci­na­tion et l’éra­di­ca­tion des épidé­mies de masse. En 1914, l’élite japo­naise avait tout inté­rêt à vacci­ner les plus pauvres, et à construire des hôpi­taux et le tout-à-l’égout dans les taudis : pour que le pays deviennent une nation forte à l’ar­mée puis­sante et à l’éco­no­mie robuste, il lui fallait des millions de soldats et d’ou­vriers en bonne santé. 

L’ère des masses pour­rait bien être termi­née et, avec elle, l’âge de la méde­cine de masse. Tandis que soldats et travailleurs humains laissent place aux algo­rithmes, certaines élites au moins en concluent peut-être qu’il ne rime à rien d’as­su­rer des niveaux de santé amélio­rés ou même stan­dards aux masses pauvres, et qu’il est bien plus raison­nable de cher­cher à augmen­ter une poignée de surhommes hors norme.

Victoire du libéralisme économique sur le totalitarisme communiste

Si le capi­ta­lisme a vaincu le commu­nisme, ce n’est pas parce qu’il était plus éthique, que les liber­tés indi­vi­duelles sont sacrées où que Dieu était en colère contre les commu­nistes païens. Le capi­ta­lisme a gagné la guerre froide parce que le trai­te­ment distri­bué des données marche mieux que le trai­te­ment centra­lisé, du moins dans les périodes d’ac­cé­lé­ra­tion du chan­ge­ment tech­nique. Le comité central du Parti commu­niste ne pouvait tout simple­ment pas faire face au chan­ge­ment rapide du monde à la fin du 20e siècle. Quand la tota­lité des Data s’ac­cu­mule dans un seul bunker secret, et qu’un groupe de vieux appa­rat­chiks prend toutes les déci­sions impor­tantes, ils peuvent certes produire des bombes nucléaires à la pelle, mais ni Apple ni Wiki­pé­dia. 
On raconte une anec­dote proba­ble­ment apocryphe, comme toutes les bonnes anec­dotes, lorsque Michael Gorbat­chev tenta de ressus­ci­ter l’éco­no­mie sovié­tique mori­bonde, il envoya à Londres un de ses prin­ci­paux colla­bo­ra­teurs pour voir ce qu’il en était du that­ché­risme et comment fonc­tion­nait réel­le­ment un système capi­ta­liste. Ses hôtes guiderent le visi­teur sovié­tique, à travers la City, la bourse de Londres et la London School of Econo­mics, où il discuta avec des direc­teurs de banque, dès entre­pre­neurs et des profes­seurs. Après de longues heures, l’ex­pert sovié­tique ne plus se rete­nir : » Un instant, je vous prie. Oubliee toutes ces théo­ries écono­miques compli­quées. Cela fait main­te­nant une jour­née que nous parcou­rons Londres en long et en large, il y a une chose que je n’ar­rive pas à comprendre. À Moscou nos meilleurs esprits travaillent sur le système de four­ni­ture du pain, et pour­tant il y a des queues inter­mi­nables devant les boulan­ge­ries et les épice­ries. Ici, à Londres, vivent des millions de gens, et nous sommes passés aujourd’­hui devant quan­tité de maga­sin et de super­mar­ché, je n’ai pas vu une seule queue pour le pain. Je vous en prie, condui­sez-moi auprès de la personne char­gée de ravi­tailler Londres en pain. Il faut que je connaisse son secret. » Ses hôtes se grat­terent la tête, réflé­chirent un instant, et dirent : » Personne n’est chargé de ravi­tailler Londres en pain. »
Tel est le secret de la réus­site capi­ta­liste. Aucune unité centrale de trai­te­ment ne mono­po­lise toutes les données concer­nant la four­ni­ture en pain de la capi­tale.

L’avenir de l’internet

les gouver­ne­ment et les ONG pour­suivent en consé­quence des débats intenses sur la restruc­tu­ra­tion d’in­ter­net , mais il est beau­coup plus diffi­cile de chan­ger un système exis­tant que d’in­ter­ve­nir à ses débuts. De plus, le temps que la pesante bureau­cra­tie offi­cielle ait arrêté sa déci­sion en matière de Cyber-régu­la­tion, Inter­net ce sera méta­mor­phosé dix fois. La tortue gouver­ne­men­tale ne saurait rattra­per le lièvre tech­no­lo­gique. Les data la submergent. La NSA (Natio­nal Secu­rity Agency) peut bien espion­ner chacun de nos mots, à en juger d’après les échecs répé­tés de la poli­tique étran­gère améri­caine, personne, à Washing­ton, ne sait que faire de toutes les données. Jamais dans l’his­toire on en a su autant sur ce qui se passe dans le monde, mais peu d’Em­pires ont gâché les choses aussi maladroi­te­ment que les États-Unis contem­po­rains. Un peu comme un joueur de poker qui c’est quelles cartes détiennent ses adver­saires mais se débrouille pour perdre à chaque coup.

Connais-toi toi même.…

Vous voulez savoir quoi ? Payez à « 23andMe » la modique somme de 99 dollars, et on vous enverra un petit paquet dans lequel vous trou­ve­rez une éprou­vette. Vous crachez dedans, vous la fermez hermé­ti­que­ment et vous la renvoyer à Moun­tain View, en Cali­for­nie. Là, l’ADN de votre salive est lu, et vous rece­vez les résul­tats en ligne. Vous obte­nez une liste des problèmes de santé qui vous guettent et le bilan de vos prédis­po­si­tions géné­tiques a plus de quatre-vingt-dix traits et condi­tions, de la calvi­tie à la cécité. « Connais-toi toi-même ? » Cela n’a jamais été plus facile ni meilleur marché. Puisque tout repose sur des statis­tiques, la taille de la base de données de la société est la clé pour des prédic­tions exactes Aussi la première société à construire une base de données géné­tiques géante four­nira-t-elle à la clien­tèle les meilleures prédic­tion et acca­para-t-elle poten­tiel­le­ment le marché. Les socié­tés améri­caines de bio-tech­no­lo­gie redoutent de plus en plus que la rigueur des lois sur la vie privée aux États-Unis, alliée au mépris chinois pour l’in­ti­mité, n’ap­porte à la Chine sur un plateau le marché géné­tique.

Fin de l’humanisme

Les hommes sont mena­cés de perdre leur valeur écono­mique parce que l’in­tel­li­gence est décou­plée de la conscience. 
Jusqu’à aujourd’­hui, la grande intel­li­gence est toujours allée de pair avec une conscience déve­lop­pée. Seuls des êtres conscients pouvaient accom­plir des tâches qui néces­si­taient beau­coup d’in­tel­li­gence, comme jouer aux échecs, conduire une voiture, diag­nos­ti­quer une mala­die ou iden­ti­fier des terro­ristes. Toute­fois, nous mettons au point de nouveaux types d’in­tel­li­gences non conscientes suscep­tibles d’ac­com­plir ses tâches bien mieux que les êtres humains. Toutes ces tâches sont en effet fondées sur la recon­nais­sance de forme, il est possible que, bien­tôt, des algo­rithmes non conscients surpassent la conscience humaine en la matière.

Justification de la guerre

L’hu­ma­nisme évolu­tion­niste soutient que l’ex­pé­rience de la guerre est précieuse, et même essen­tielle. Le film « le troi­sième homme » a pour cadre la ville de Vienne au lende­main de la Seconde Guerre mondiale. Réflé­chis­sant au conflit récent, le person­nage Harry Lime observe : « Après tout, ce n’est pas si terrible… En Italie, sous les Borgia, ils ont eu trente années de guerre, de terreur, de meurtre et de bain de sang, mais ils ont produit Michel-Ange, Léonard de Vinci et la Renais­sance. En Suisse, ils ont eu l’amour frater­nel, cinq siècles de démo­cra­tie et de paix, et qu’ont-ils produit ? Le coucou. » Il a tort sur presque tous les points, au début des temps modernes, la Suisse a proba­ble­ment été la région d’Eu­rope la plus assoif­fée de sang et expor­tait surtout des merce­naires, et le coucou est en fait une inven­tion alle­mande.

Humour en Israël

De nos jours, il est assez inté­res­sant de le consta­ter, même les fana­tiques reli­gieux adoptent ce discours huma­niste quand ils veulent influen­cer l’opi­nion publique. Chaque année depuis une décen­nie, par exemple, la commu­nauté israé­lienne LGBT
(lesbiennes,gays, et trans­genres) orga­nise une Gay Pride dans les rues de Jéru­sa­lem : un jour d’har­mo­nie unique dans cette ville déchi­rée par les conflits, parce que c’est la seule occa­sion où les juifs reli­gieux, les musul­mans et les chré­tiens trouvent soudain une cause commune ; tous se déchaînent contre la parade. Ce qui est vrai­ment inté­res­sant, cepen­dant, c’est l’ar­gu­ment qu’ils invoquent. Ils ne disent pas : » Ces pêcheurs doivent être privés de parade parce que Dieu inter­dit l’ho­mo­sexua­lité. » Mais, devant tous les micros et camé­ras de télé­vi­sion, ils expliquent que « voir une parade gay dans les rues de la ville sainte de Jéru­sa­lem blesse notre sensi­bi­lité. Les gays nous demandent de respec­ter leurs senti­ments, qu’ils respectent les nôtres. ».

Humour

Alors que les prêtres du Moyen-Âge dispo­saient d’une hotline avec Dieu et pouvaient distin­guer le bien du mal à notre inten­tion, les théra­peutes modernes, nous aident simple­ment à entrer en contact avec nos senti­ments intimes.

Importance du crédit

Les Temps Modernes finir par casser ce cycle du fait de la confiance crois­sante des gens en l’ave­nir et au miracle du crédit qui en est résulté. Le crédit est la mani­fes­ta­tion écono­mique de la confiance. De nos jours, si je souhaite mettre au point un nouveau médi­ca­ment, et que je manque d’argent, je peux obte­nir un prêt à la banque, ou me
tour­ner vers des inves­tis­seurs privés et des fonds de capi­taux à risque. Quand Ébola est apparu en Afrique de l’Ouest à l’été 2014, que croyez-vous qu’il advint des actions des socié­tés phar­ma­ceu­tiques qui travaillait à des médi­ca­ments et des vaccins contre ce virus ? Elle s’en­vo­lèrent. Les actions de Tekmira augmen­tèrent de 50 %, salle de BioCryst, de 90 %. Au Moyen-Âge, quand une épidé­mie se décla­rait, les gens tour­naient les yeux vers le ciel et priaient Dieu de leur pardon­ner leurs péchés. Aujourd’­hui, quand les gens entendent parler d’une nouvelle épidé­mie mortel, ils prennent leur télé­phone mobile et appellent leur cour­tier. Sur le marché bour­sier, même une épidé­mie est une occa­sion de faire des affaires.

L’humour

En vérité, aujourd’­hui encore, quand ils prêtent serment, les prési­dents améri­cains posent la main sur une Bible. De même dans bien des pays à travers le monde, dont les États-Unis et le Royaume-Uni, les témoins, à la cour, posent la main sur une Bible en jurant de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. Il est para­doxal qu’ils jurent de dire la vérité sur un livre débor­dant de fictions, de mythes et d’er­reurs. 

Une partie des problèmes de l’Afrique

Sur une table bien asti­quée de Berlin, ils dérou­lèrent une carte à moitié vide de l’Afrique, esquis­sèrent quelques traits ici ou là, et se parta­gèrent le conti­nent.
Quand, le moment venu, les Euro­péens s’y aven­turent munis de leur carte, ils décou­vrirent que nombre des fron­tières tracées à Berlin rendaient mal justice à la réalité géogra­phique, écono­mique et ethnique de l’Afrique. Toute­fois, pour éviter de réveiller des tensions, les enva­his­seurs s’en tinrent à leurs accords, et ces lignes imagi­naires devinrent les fron­tières effec­tives des colo­nies euro­péennes. Dans la seconde moitié du XXe siècle, avec la désin­té­gra­tion des empires euro­péens, les colo­nies accé­dèrent à l’in­dé­pen­dance. Les nouveaux pays acce­ptèrent alors des fron­tières colo­niales, redou­tant de provo­quer sinon une chaîne sans fin de guerres et de conflits. Beau­coup de diffi­cul­tés que traversent les pays afri­cains actuels viennent de ce que leurs fron­tières ont peu de sens. Quand les écrits fantai­sistes des bureau­cra­tie euro­péenne se heur­tèrent à la réalité afri­caine, ce fut la réalité qui dut céder.

Pourquoi les religieux détestent la théorie de l’évolution

La théo­rie de la rela­ti­vité ne met personne en colère parce qu’elle ne contre­dit aucune de nos croyances chérie. La plupart des gens se fichent pas mal que l’es­pace et le temps soit absolu ou rela­tif. Si vous croyez possible de cour­ber l’es­pace et le temps, eh bien, faites donc ! Allez‑y, pliez-les. Je n’en ai cure. En revanche, Darwin nous a privé de notre âme. Si vous compre­nez plei­ne­ment la théo­rie de l’évo­lu­tion, vous compre­nez qu’il n’y a pas d’âme. C’est une pensée terri­fiante pour les chré­tiens et musul­mans fervents, mais aussi pour bien des esprits sécu­liers qui n’adhèrent clai­re­ment a aucun dogme reli­gieux, mais n’en veulent pas moins croire que chaque humain possède une essence indi­vi­duelle éter­nelle qui reste inchan­gée tout le long de la vie et peut même survivre intacte à la mort.

Le charme de l’éducation britannique

John Watson, qui faisait auto­rité en la matière dans les années 1920, conseillait sévè­re­ment aux parents : » Ne serrez jamais vos enfant dans vos bras, ne les embras­sez pas, ne les lais­sez jamais s’as­seoir sur vos genoux. S’il le faut, donnez-leur un baiser sur le front quand ils vous disent bonne nuit. Le matin, serrez leur la main. »

Genre d’anecdote qu’on aime répéter

Une anec­dotes célèbres, proba­ble­ment apocryphe, rapporte la rencontre en 1923 du prix Nobel de litté­ra­ture Anatole France et d’Isa­dora Duncan, la belle et talen­tueuse danseuse. Discu­tant du mouve­ment eugé­niste alors en vogue, Duncan observa : « .Imagi­nez un peu un enfant qui aurait ma beauté et votre intel­li­gence ! ». Et France de répondre : « Oui, mais imagi­nez un enfant qui ait ma beauté et votre intel­li­gence ! »

La vie, le sacré et la mort

La Décla­ra­tion univer­selle des droits de l’homme adop­tée par les Nations unies au lende­main de la dernières guerre – qui est ce qui ressemble sans doute le plus à une consti­tu­tion mondiale- déclare caté­go­ri­que­ment que le « droit à la vie » est la valeur la plus fonda­men­tale de l’hu­ma­nité. Puisque la mort viole clai­re­ment ce droit, la mort est un crime contre l’hu­ma­nité. Nous devons mener contre elle une guerre totale.
Tout au long de l’his­toire, les reli­gions et les idéo­lo­gies n’ont pas sanc­ti­fié la vie elle-même, mais autre chose au-delà de l’exis­tence terrestre. Elles ont donc parfai­te­ment toléré la mort. Certaines ont même montré beau­coup d’af­fec­tion pour la Grande Faucheuse. Pour le chris­tia­nisme, l’is­lam et l’hin­douisme, le sens de notre exis­tence dépen­dait de notre destin dans l’au-delà ; pour ces reli­gions, la mort était donc un élément vital et posi­tif du monde.