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Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

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Je me demande si le nom de l’expédition Donner a été le départ de l’inspiration de ce beau livre de Chris Donner. Puisqu’il situe son livre à Reno tout près du lac Donner. Cette expé­di­tion a existé, 81 personnes ont voulu trou­ver une route plus rapide entre l’Utah et le Nevada, 36 personnes sont mortes de faim et on a parlé de canni­ba­lisme à propos des survi­vants.

L’histoire de ce roman-ado que beau­coup de personnes plus âgées auront grand plai­sir à lire se présente comme un conte moderne. Un jeune qui, comme par hasard, s’appelle David est doué natu­rel­le­ment pour le dessin, tout ce qu’il entre­prend devient une merveille de repro­duc­tion de la réalité ; oui mais voilà dans son école d’art cela n’a plus aucune valeur. Sauf aux yeux d’un vieux profes­seur fou de la renais­sance italienne. Plus le jeune David est mis en valeur pour ses dons acadé­miques plus il est mis à l’écart de l’école qui est de plus en plus sous la coupe du repré­sen­tant de l’art contem­po­rain. C’est mon seul reproche la vision de l’art contem­po­rain est cari­ca­tu­ral.

Le livre pour­tant pose une très bonne ques­tion que faire d’un don de dessi­na­teur à notre époque. Et cette ques­tion lui est fina­le­ment posée par l’enseignant acadé­mique. Veut-il comme tant d’autres dessi­ner des portraits à la sortie des musées pour 5 dollars ? David qui est un peu angé­lique sur les bords, veut faire des enfants avec la femme qu’il aime et pas du tout deve­nir artiste, il ne se sent pas artiste et a bien du mal à l’expliquer à son père qui est si fier de lui.

Un très bon roman qui fera réflé­chir les ados et les anciens ados !

Citation

Je connais quelqu’un d’autre comme ça

J’aurais dû faire ce dessin la veille, mais j’étais un élève pares­seux et sujet à la procras­ti­na­tion, d’après les commen­taires de mes précé­dents bulle­tins scolaires.

L’adieu du professeur académique

Vous dessi­nez comme un Dieu, vous le savez, je vous l’ai dit. Trop. Et main­te­nant , je veux vous dire une chose, il faut que vous sachiez que ça ne vous servira à rien. Il y a encore un siècle, vous auriez triom­phé partout, mais aujourd’hui dans le monde de l’art, il n’y a pas de place pour des garçons comme vous. C’est fini. J’ai essayé d’expliquer ça à votre père plusieurs fois. Il ne peut pas le comprendre. Il voit ce que vous faites et il se dit :« Mon fils est un génie », et il a raison. Mais c’est quoi un génie malheu­reux, un génie au chômage, un génie dont personne n’achète les œuvres ? C’est juste un futur clochard. Je n’ai pas envie de vous retrou­ver un jour à la sortie d’un musée en train de faire le portrait à des touristes pour cinq dollars.

Les projets d’art contemporain

Et le défilé des projets conti­nua, tous pleins d’invention, d’imagination, de mo-der-ni-té. C’est celui de Cathe­rine Donkins qui produi­sit la plus forte sensa­tion : elle propo­sait de défé­quer dans une boîte de fer-blanc, genre boîte de conserve, qu’elle scel­le­rait selon la méthode que son père utili­sait dans son usine de condi­tion­ne­ment de corned-beef. Elle avait déjà dessiné l’étiquette sur laquelle on pouvait lire :« Merde d’artiste » ; Dissi­mu­lant son dégoût derrière un sourire d’une faus­seté patente, Mr Deems accepta le projet de Cathe­rine , tout en lui rappe­lant que l’exploit avait déjà été réalisé par Piero Manzoni en 1961. Cathe­rine le savait , mais argu­menta qu’aucune artiste femme ne l’avait encore fait.
- Il fallait y penser, dit Mr Deems.

On en parle

Beau­coup d’avis posi­tifs chez Babe­lio.

Emprunté à la média­thèque.

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Le chemin de Compos­telle m’a entraî­née vers le Brésil.… Je voulais connaître ce roman pour lequel Jean-Chris­tophe Rufin a reçu le prix Goncourt 2001 et connaît depuis une noto­riété certaine. Cet écri­vain est doué pour les romans histo­riques, je le sais depuis « le grand Coeur » et même si je ne suis pas une grande adepte du genre, je ne boude pas mon plai­sir quand c’est bien fait. Cette épopée de 600 pages nous raconte un épisode peu connu , la tenta­tive de colo­ni­sa­tion du Brésil par le cheva­lier de Ville­ga­gnon en 1555.

En quelques pages, à la fin du roman, l’auteur nous résume ce que l’on sait de cet épisode peu glorieux, il explique aussi, que les deux person­nages les plus roma­nesques, Colombe et Just de Clamor­gan, sont sortis de son imagi­na­tion, l’écrivain a donc pu , à sa guise, leur donner une person­na­lité plus complexe que les person­nages pour lesquels les sources histo­riques mettent quelques limites à la créa­tion litté­raire .

Le style de Ruffin est un délice de simpli­cité et de clarté,puisque nous sommes en 1555, il maille son texte de mots anciens qu’on a plai­sir à recher­cher. Savez-vous ce que sont des « poils amatoires » ? j’ai souri quand j’ai compris( le texte est suffi­sam­ment expli­cite !). Ruffin entraîne son lecteur dans un Brésil à la nature aussi luxu­riante qu’inquiétante peuplée d’Indiens au mœurs qui choquent les Euro­péens. D’abord, ils se promènent nus et ne semblent pas avoir envie de domes­ti­quer la nature. Et comble de l’horreur, ils sont anthro­po­phages .

Le choc des deux civi­li­sa­tions ne permet pas qu’une compré­hen­sion mutuelle puisse s’installer , sauf pour Colombe mais c’est le privi­lège du roman­cier de rêver que deux civi­li­sa­tions aussi oppo­sées puissent se comprendre. Les colons sont peu nombreux et mènent une vie terri­ble­ment dure, la construc­tion d’un fort est une entre­prise complè­te­ment surhu­maine mais à ces rudes condi­tions d’installation se rajoutent les disputes reli­gieuses qui déci­me­ront, bien plus sûre­ment que tout autre danger, la malheu­reuse petite troupe aux ordres d’un capi­taine fantasque qui va perdre peu peu toutes ses illu­sions. Malheu­reu­se­ment, il perdra la seule qui le rendait un peu sympa­thique , la croyance en l’homme et devien­dra un enragé de la foi et donc tuera,tortura avec toute la bonne conscience que donne l’assurance d’avoir Dieu pour soi .

Au delà de la décou­verte du Brésil ce roman est une bonne façon de faire revivre la Renais­sance avec ce curieux para­doxe que cette période a apporté l’humanisme mais, hélas, l’intolérance reli­gieuse et annonce les guerres de reli­gion. C’est terrible de se souve­nir que les anciens persé­cu­tés, calvi­nistes ‚luthé­riens devien­dront à leur tour des combat­tants au nom de la « vraie » foi sans aucune pitié pour ceux qui ne partagent pas leurs croyances. Le débat autour de la présence du corps du Christ dans l’hostie en est un parfait exemple.

Je comprends que beau­coup de lecteurs aient aimé ce roman et dans notre monde où l’on voit des musul­mans s’entre déchi­rer au nom de la pureté de leur foi ce livre a sa place dans notre réflexion.

Citations

le choc de l’Italie pour les Français de l’époque

Je suis arrivé en Italie a trente ans et, crois-moi, j’étais encore tout plein de la vieille tradi­tion de notre cheva­le­rie où l’homme est ruiné par les veilles et les prières,cousu de cica­trices et ne s’accorde aucun soin. Mon premier choc , je l’ai reçu à Florence , en voyant le David de Michel-Ange et le Baptême du Christ de Sanso­vino. Ainsi malgré la trahi­son d’Adam, l’idée de Dieu était toujours présente dans l’homme et il suffi­sait de la culti­ver. L’homme idéa­le­ment beau, chef d’œuvre de son créa­teur, l’homme de bien qui excelle aux armes et aux arts, l’homme bon,calme,serein, élégant, maître de lui, pouvait deve­nir un idéal.

Réflexion qui m’a étonnée

La fidé­lité est un senti­ment qu’on contente aisé­ment. Il suffit de le tolé­rer.

Genre de discussions avec des fanatiques religieux

- les auteurs dont vous parlez , précisa tran­quille­ment le pasteur , ne connais­sait pas le Christ. Leur pensée plon­gée dans les ténèbres , ne peut être d’aucun secours. Il faut croire, voilà tout.

- C’est ce que disent aussi les prêtres et le pape , fit lugu­bre­ment l’amiral.

- Oui, confirma Richer avec mépris. Mais la diffé­rence, c’est qu’il sont tort.

Tuer au nom de Dieu

Les guerres de reli­gion sont toujours une provi­dence pour les crimi­nels. La violence tout à coup devient sainte ; pourvu qu’ils sachent mimer la dévo­tion, au moins en parole, licence leur est donnée par un Dieu d’accomplir des infa­mies dont ils avaient long­temps rêvé.

On en parle

Je renvoie aux critiques de Babe­lio car je n’ai pas lu de critiques récentes de ce livre dans mes blogs préfé­rés.

Emprunté à la média­thèque. J » ai beau­coup aimé Le grand Coeur, du même auteur.

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J’arrive un peu tard , et je pense que, beau­coup d’entre vous êtes convain­cus de la qualité de ce livre. Mais trois raisons me poussent à mettre un article sur mon blog :

  1. Il reste peut-être un marcheur ou une marcheuse qui n’a pas encore entendu parler de ce livre ou qui hésite à le lire, à moi de les convaincre !
  2. Je trouve injuste de ne pas parler d’un livre qui nous a plu (nous, les blogueurs et blogueuses), sous prétexte qu’on en dit du bien partout. Nous n’avons pas qu’une fonc­tion de décou­vreur. Ça arrive, et c’est bien agréable de trou­ver des petits chefs-d’œuvre, qui, sans nous,seraient passés inaper­çus mais j’aime aussi, quand je lis sur mes blogs favo­ris, qu’un livre fait l’unanimité.Avec cinq coquillages, je dis assez que j’ai adoré ce témoi­gnage.
  3. Enfin la dernière raison me concerne. SI je tiens ce blog c’est, entre autre, pour garder une trace de presque tous les livres que j’ai lus.

Comme l’auteur, je rêve de faire ce chemin ou un autre. La marche à pied me fait du bien et j’y puise un récon­fort moral qu’aucun sport ne me peut me donner. Jean-Chris­tophe Ruffin , décrit avec atten­tion l’état dans lequel se trouve peu à peu le marcheur , un état de fatigue et de bien-être très parti­cu­lier.

La marche permet de réflé­chir , offre une vie en harmo­nie avec la nature et permet d’éclairer diffé­rem­ment les réali­tés du monde d’aujourd’hui. Le marcheur ne peut aller plus vite que ses pas et doit tout porter sur son dos. Il change, alors, ses prio­ri­tés et ce qui était néces­saire devient très vite super­flu (en parti­cu­lier quand un objet pèse plus de quelques kilos). Le regard du marcheur sur les abords des villes m’a beau­coup inté­res­sée . Si nos anciennes cités ont encore bien des charmes, les zones d’activité arti­sa­nales et commer­ciales qu’il faut traver­ser avant d’y arri­ver, sont unifor­mé­ment tristes que l’on se rapproche de Dinan ‚Véze­lay ‚ou d » Aix en Provence. On oublie ces zones quand on est touriste et en voiture, on se dépêche de regar­der ailleurs , mais le piéton traverse tout d’un même pas, il ne peut pas se racon­ter des histoires quand c’est moche, il en profite jusqu’au bout.

Le récit de cet écri­vain est plein de remarques légères et drôles sur le petit peuple des « Jaquets » , ainsi appelle-ton les pèle­rins de Saint Jacques. Un regard amusé sur l’inconfort des auberges desti­nées à rece­voir ce petit monde qui ne veut surtout pas dépen­ser trop d’argent : le pèle­rin est pauvre mais surtout radin. Les chemins sont parfois beaux à couper le souffle et ces instants de magie se suffisent à eux seuls. Il est une ques­tion à laquelle je ne répon­drai pas, Pour­quoi fait-on le chemin ? C’est un chapitre du livre et je ne connais toujours pas la réponse.

Je pense qu’on peut marcher partout et j’aurais tendance à croire qu’on est partout mieux que sur les chemins qui mènent à Compos­telle, je signe par là que je n’ai pas encore été atteinte par le virus…

Citations

Difficultés du marcheur

Sitôt levé, assommé par le manque de sommeil ; il me fallait marcher jusqu’à trou­ver un café ouvert. Le rituel du réchaud est par trop dépri­mant le matin et, dans ce pays pourvu de toutes les commo­di­tés, il n’y a pas vrai­ment de raison de vivre comme dans les espaces désert de hautes montagnes.
Le seul problème est la contra­dic­tion qui existe entre les lieux où le camping sauvage est possible et ceux où se rencontrent des cafés.

L’égalité devant la marche

Celui ou celle pour qui la ville est impi­toyable, avec sa concur­rence terrible, ses modèles tyran­niques qui condamnent le gros, le maigre, le vieux, le laid, le pauvre, le chômeur, découvre dans la condi­tion de pèle­rin une égalité qui laisse sa chance à chacun.

Les régions vertes

Il faut toujours se méfier des régions vertes. Une végé­ta­tion si drue, une verdure si écla­tante ne peuvent avoir qu’une origine : la pluie.

L’orgueil du pèlerin et le secret du chemin

Car il est assez trivial de dire (mais plus rare d’éprouver soi-même ) que l’extrême humi­lité est une des voies de l’orgueil . À mesure qu’il se dimi­nue le pèle­rin se sent plus fort et même presque invin­cible. La toute-puis­sance n’est jamais loin de la plus complète ascèse. C’est en réflé­chis­sant à cela qu’on approche peu à peu le véri­table secret du Chemin, même s’il faut du temps pour le décou­vrir.

Les conduites humaine

Je connais des bistrots à Paris où ces messieurs par ailleurs auto­ri­taires et habi­tués à comman­der viennent s’adonner à l’heure du déjeu­ner au plai­sir maso­chiste de se faire rudoyer par un patron inso­lent et gros­sier. Les coups de fouet moraux qu’il leur assène pendant le repas semblent les revi­go­rer et leur donnent une éner­gie nouvelle pour tour­men­ter à leurs propres subor­don­nés.

Les bondieuseries

Il est une règle qui ne souffre pas d’exception : chaque fois qu’un projet artis­tique est soumis à l’arbitrage d’un grand nombre, la bana­lité et la laideur prévalent. La collé­gia­lité, en matière artis­tique, c’est l’eau tiède. On peut être certain que beau­coup de gens ont été consul­tés pour l’érection de la statue qui orne le Monte del Gozo car il est diffi­cile de conce­voir plus laid, plus préten­tieux et plus décou­ra­geant. On pour­rait consi­dé­rer que c’est un chef-d’œuvre, à condi­tion de le faire concou­rir dans un genre bien parti­cu­lier : celui du kitsch catho­lique.

et voici la photo .….. plus moche ce n’est pas possible ! ! ! !

J’aime cette formule

Pour le dire d’une formule qui n’est plai­sante qu’en appa­rence : en partant pour Saint Jacques, je ne cher­chais rien et je l’ai trouvé.

On en parle

à sauts et à gambades (en livre lu) , le goût des livres et ….36 critiques chez Babe­lio

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Coup de cœur de mon club de lecture.

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J’imagine le plai­sir que Chris­tian Goudi­neau, spécia­liste de l’histoire Gallo-Romaine, a éprouvé à écrire ce roman poli­cier, délais­sant pour un moment ses ouvrages scien­ti­fiques sur la même période. Il met en œuvre tout son savoir d’historien pour nous racon­ter une histoire. Et pour être bien sûr d’être lu jusqu’au bout il crée un roman poli­cier gallo-romain. Il faut dire que l’époque s’y prête, et que, sans doute, la réalité dépasse dans les grandes largeurs la fiction puisque les person­nages qui tirent le ficelles s’appellent Messa­line, Aggri­pine, Cali­gula… on peut, donc, s’attendre à tout.

Le person­nage prin­ci­pal, Vale­rius Asia­ti­cus a existé, et, l’intrigue est plau­sible à défaut d’être histo­rique. On sent tout le plai­sir que prend l’auteur à faire revivre cette époque, dans tous les détails du quoti­dien : l’habitat, les vête­ments, les dépla­ce­ments, et la nour­ri­ture. Ah ! La nour­ri­ture… j’avoue que par moment, je m’ennuyais un peu à la descrip­tion des repas. J’ai souri quand le person­nage prin­ci­pal, Char­mo­laos , faisant relire par sa jeune nièce, Kallisto, son récit, s’entend repro­cher ceci :

Avais-je besoin de décrire tous ces repas, d’en donner la compo­si­tion, sans parler de ces innom­brables coupes de vin

Quel talent ! Un person­nage se trouve là pour énon­cer la critique que je m’apprêtais à lui faire. L’auteur a choisi de faire parler ses person­nages dans la langue d’aujourd’hui, cela rend le texte léger et amusant. Comme nous sommes entre érudits, il nous arrive d’avoir des passages de culture grecque. On découvre aussi la vigueur et la diver­sité des villes gauloises.

Le reproche que l’on peut faire à ce roman, c’est de vouloir dire trop de choses sur cette époque, on sent parfois que l’intrigue n’est qu’un prétexte et que l’historien saisit toutes les oppor­tu­ni­tés de son récit pour nous faire parta­ger sa passion.

Je ne suis pas sûre que les amateurs de romans poli­ciers appré­cie­ront cette intrigue un peu compli­quée, mais les histo­riens ayant le sens de l’humour vont se réga­ler. C’est un beau voyage que je me suis offert pendant quelques jours avec des person­nages qui m’ont permis de renouer avec une époque que je connais­sais mal.

Cita­tions

L’humour du philosophe

Un peu de patience, on vien­drait nous désem­bour­ber, un peu de patience et l’on arri­ve­rait a une auberge épatante, un peu de patience et le temps revien­drait au calme. Prévi­sions qui par force, s’avérèrent exactes, le temps de la patience n’ayant jamais été précisé.

Un philosophe antique Panaitos de Rhodes, question éternelle !

L’univers dans lequel nous vivons nous échappe pour toujours. Même si nous décou­vrons les lois qui le régissent, nous ne pour­rons jamais conce­voir son origine. Si nous l’attribuons aux dieux, nous infé­rons que ceux-ci lui sont anté­rieurs. Mais l’idée d’éternité, de non-nais­sance est incom­pa­tible avec notre fini­tude de mortels, nous qui nais­sons et sommes voués à mourir. L’idée de cycles, qui voient l’univers se créer puis dispa­raître, repro­duit notre propre condi­tion , mais ne résout pas la ques­tion essen­tielle : comment est-il possible que quelque chose ne naisse pas ou naisse de rien ? Comment imagi­ner le rien ? Comment imagi­ner l’absence de temps

Le bon goût

L’aspect « décor peint » qui préva­lait à l’extérieur devait flat­ter le gout gaulois, peut-être même le cote » nouveau riches » auquel Critias avait fait plusieurs fois allu­sion.

Les repas

On nous servit un vin plein de vigueur. Chairs succu­lentes, sauces …qui chan­geaient de ce garum qui passe pour le nec plus ultra mais auquel mon palais répugne. Pas de livèche, des cham­pi­gnons et une énorme platée de choux et de raves. Des coupelles de confi­tures douces ou aigre­lettes pour recti­fier l’assaisonnement.

On en parle

Un histo­rien qui n’a pas trop appré­cié le roman poli­cier et enfin « un » blogueur dans ce monde si fémi­nin D’une berge à l’autre

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Je termine ce roman, et je me sens de retour après un long voyage dans l’histoire de France. Trois noms qui me sont, grâce à Jean -Chris­tophe Rufin, deve­nus fami­liers, Jacques Cœur, Charles VII et Agnès Sorel, et qui m’ont permis de revivre la fin de la guerre de cent ans et le renou­veau de la monar­chie fran­çaise. C’est un roman passion­nant , pour­tant je n’apprécie guère d’habitude les romans histo­riques.

La descrip­tion du génie de Jacques Cœur qui a su, dans une période si trou­blée, comprendre que la liberté du commerce pouvait donner la richesse à son pays tout en créant son enri­chis­se­ment person­nel, a retenu toute mon atten­tion surtout lors de son ascen­sion. Soutenu par la descrip­tion de la créa­tion du réseau commer­cial « Jacques Cœur », le roman histo­rique se déroule au gré de ce que l’auteur connaît de la réalité du royaume de France de l’époque, et de ce qu’il imagine, comme l’histoire d’amour entre la trop belle et si fragile Agnès Sorel et le grand argen­tier du roi.

Je ne savais de Charles VII que l’épisode de Jeanne d’Arc , la person­na­lité que lui crée Jean-Chris­tophe Rufin me semble vrai­sem­blable . Ces rois qui ont fait la France sont souvent aussi repous­sants de cruauté et de félo­nie que capti­vants par leur volonté de construire un royaume puis­sant. La diffi­culté de ce genre de roman, c’est de faire la part entre la réalité de l’époque choi­sie et la person­na­lité actuelle de l’écrivain.

J’ai bien aimé que l’auteur écrive dans sa post­face :

Je ne sais ce qu’il [Jacques Cœur] pense­rait d’un tel portrait et sans doute me ressemble plus qu’à lui.

C’est ce que j’éprouvais quand il faisait de Jacques Cœur un homme sans reli­gion ouvert à la philo­so­phie grecque. J’avais l’impression d’être avec un philo­sophe des lumières ou avec un homme d’aujourd’hui. Je n’ai qu’une envie aujourd’hui aller voir le palais de Jacques cœur à Bourges , et je recom­mande ce roman à tous ceux et toutes celles qui aiment l’histoire et les romans.. il me semble qu’il s’agit d’un très large public !

Citations

Une phrase à méditer

Il est des fidé­li­tés qui conduisent à la trahi­son

Les ennemis de l’homme d’action :

Il devint le premier des nombreux enne­mis que je me créai tout au long de ma vie, du simple fait d’avoir révélé leur faiblesse.

Comment voir positivement des traits de caractère que l’on jugeait auparavant négatifs

On ne me jugea plus rêveur mais réflé­chi, timide mais réservé, indé­cis mais calcu­la­teur.

Le pouvoir et la force

Ainsi il exis­tait le pouvoir et la force, et les deux choses n’étaient pas toujours confon­dues.
Si la force procé­dait du corps , le pouvoir, lui, était œuvre de l’esprit.

La jalousie du talent

Talent, réus­site, succès font de vous un ennemi de l’espèce humaine qui, à mesure qu’elle vous admire plus, se recon­naît moins en vous et préfère vous tenir à distance. Seuls les escrocs , par l’origine triviale de leur fortune, l’acquièrent sans se couper de leurs semblables et même en s’attirant leur sympa­thie.

Meneur d’hommes

Sans jamais avoir cher­ché à divi­ser pour régner , j’ai toujours pensé que l’union des contraires était le secret de toute entre­prise réus­sie.

Différence de mentalité entre Florence et la France

Je compris rapi­de­ment qu’il n’existait pas dans cette cite libre la diffé­rence que nous connais­sons entre noble et bour­geois.
A Florence , la richesse ne connaît ne pudeur ni inter­dit. La seule précau­tion que prennent ceux qui en font étalage est de veiller à ce qu’elle revête les appa­rences de l’art. La beauté est le moyen qu’emploient les puis­sants pour parta­ger leur richesse avec le peuple.

La réussite de Jacques cœur n’est -elle pas un hymne au libéralisme ?

L’entreprise que j’avais créée s’était à ce point déve­lop­pée parce qu’elle était vivante et que nul ne la contrô­lait . Liberté était donnée à tous les membres de ce gigan­tesque corps d’agir à leur guise . En se jetant sur les morceaux qu’ils pouvaient saisir ‚en plaçant mes biens sous séquestre, en démem­brant chaque pièce de drap conte­nue dans nos maga­sins , Dauvet et les chiens qui couraient à sa suite ne faisaient que fouiller les entrailles d’une bête morte . Tout ce qu’ils saisis­saient cessait d’être libre et donc de vivre. La valeur de ces choses deve­nues inertes , sitôt évaluées , se mettait à décroître , car elles ne valaient vrai­ment que dans le mouve­ment inces­sant et libre de l’échange.

On en parle

Tigrou 41454


Apres Homo Sapiens, je savais que je lirai ce livre qui fait tant parler de lui et de son auteur. On retrouve l’esprit vif et peu conven­tion­nel de Yuval Noah Harari mais c’est moins agréable à lire. Car, si de nouveau, il remet en cause la façon dont Homo Sapiens, (c’est à dire nous) a conquis la planète, au détri­ment des animaux et au risque de détruire l’équilibre de la nature, il projette dans le futur les consé­quences de nos récentes décou­vertes. Nous sommes donc, selon lui, au bord de créer l’Homo-Deus qui aura sans doute aussi peu de consi­dé­ra­tion pour Homo Sapiens que celui-ci en a eu pour les animaux. L’auteur consacre de longues pages sur le sort que nous avons réservé à l’espèce animale, c’est terri­ble­ment angois­sant. Les démons­tra­tions sont brillantes et souvent impla­cables. Mais c’est aussi très triste, car cet avenir n’est guère réjouis­sant. Yuval Noah Harari ne veut être ni gourou, ni prophète, il peut se trom­per mais il nous demande de réflé­chir. Il termine son livre en nous lais­sant trois thèmes de réflexions que je vous livre :

Tous les autres problèmes et évolu­tion sont éclip­sés par trois proces­sus liés les uns aux autres :
1/​la science converge dans un dogme univer­sel, suivant lequel les orga­nismes sont des algo­rithmes et la vie se réduit au trai­te­ment des données.
2/ l’intelligence se découple de la conscience.
3/​Des algo­rithmes non conscients mais fort intel­li­gents, pour­raient bien­tôt nous connaître mieux que nous-mêmes.
Ces trois proces­sus soulèvent trois ques­tions cruciales, dont j’espère qu’elle reste­ront présentes à votre esprit long­temps après que vous aurez refermé ce livre : 
1/​Les orga­nismes ne sont-ils réel­le­ment que des algo­rithmes, et la vie se réduit-elle au trai­te­ment des données ? 
2/​De l’intelligence ou de la conscience, laquelle est la plus précieuse ?
3/​Qu’adviendra-t-il de la société, de la poli­tique et de la vie quoti­dienne quand les algo­rithmes non conscients mais haute­ment intel­li­gents nous connaî­trons mieux que nous ne nous connais­sons ?
Ne croyez pas pouvoir sortir de ces ques­tions par une simple boutade, ou par un geste rapide de déné­ga­tion. Même si ces ques­tions ne vous inté­ressent pas sachez que ces problèmes vont venir vers vous que vous le vouliez ou non. Il a fallu 500 pages à l’auteur pour en arri­ver là. Il vous entraî­nera aupa­ra­vant dans l’histoire humaine avec beau­coup d’humour et de sagesse. Vous verrez Homo Sapiens conqué­rir, domes­ti­quer et domi­ner complè­te­ment la planète et après avoir vaincu les trois fléaux qui l’ont occupé des millé­naires durant, à savoir : la famine, la mala­die et les guerres, s’il suit les tendances actuelles, il se pren­dra pour Dieu et voudra vivre une vie augmen­tée de tous les services rendus par les nouvelles tech­no­lo­gies. Vous croyez qu’il délire, et pour­tant entre le Bitcoin, les blok­schains et les big-data , dites moi un peu où se trouvent l’individu, le pouvoir poli­tique ou les nations. Que deviennent nos concep­tions de l’humanisme ?
J’ai annoté ce livre au fur et à mesure de ma lecture et si je mets toutes mes notes dans mon article c’est que parfois elles me font sourire mais surtout elles me permettent de mieux me souve­nir des raison­ne­ments de cet auteur, Yuval Noah Harari : juif, athée, végé­ta­rien, homo­sexuel et surtout incroya­ble­ment intel­li­gent. Il a déclaré que le fait de n’être pas dans le moule de l’Israélien clas­sique lui avait permis d’être libre dans son mode de pensée.
Un livre impla­cable donc, vous le lirez sans doute mais avec moins de jubi­la­tion que son précé­dent ouvrage.

Citation

la fin des famines

En 2012, autour de 56 million de personnes sont mortes à travers le monde. ; 620000 ont été victimes de la violence humaine, (la guerre en a tué 120000, le crime 500 000). En revanche, on a dénom­bré 800 000 suicides, tandis que 1,5 million de gens mouraient du diabète. Le sucre est devenu plus dange­reux que la poudre à canon.

Une formule et un exemple frappant : l’art de convaincre de cet auteur

Le mot « paix » a pris un sens nouveau. Les géné­ra­tions anté­rieures envi­sa­geaient la paix comme l’absence tempo­raire de guerre. Aujourd’hui, la Paix, c’est l’invraisemblance de la guerre. En 1913, quand les gens parlaient de la paix entre la France et l’Allemagne, ils voulaient dire : » pour l’instant, il n’y a pas de guerre entre les deux pays, et qui sait ce que l’année prochaine nous réserve ? » Quand nous disons aujourd’hui que la paix règne entre la France et l’Allemagne, nous voulons dire que, pour autant que l’on puisse prévoir, il est incon­ce­vable qu’une guerre puisse écla­ter entre elles.

La fin des masses

De surcroît, malgré toutes les percées médi­cales, nous ne saurions être abso­lu­ment certain qu’en 2070 les plus pauvres joui­ront de meilleurs soins qu’aujourd’hui. L’État et L’élite pour­raient se désin­té­res­ser de la ques­tion. Au 20e siècle, la méde­cine a profité aux masses parce que ce siècle était l’ère des masses. Les armées avaient besoin de millions de soldats en bonne santé, et les écono­mies de millions de travailleurs sains. Aussi les États ont-ils mis en place des services publics pour veiller à la santé et à la vigueur de tous. Nos plus grandes réali­sa­tions médi­cales ont été la créa­tion d’installation d’hygiène de masse, de campagne massive de vacci­na­tion et l’éradication des épidé­mies de masse. En 1914, l’élite japo­naise avait tout inté­rêt à vacci­ner les plus pauvres, et à construire des hôpi­taux et le tout-à-l’égout dans les taudis : pour que le pays deviennent une nation forte à l’armée puis­sante et à l’économie robuste, il lui fallait des millions de soldats et d’ouvriers en bonne santé. 

L’ère des masses pour­rait bien être termi­née et, avec elle, l’âge de la méde­cine de masse. Tandis que soldats et travailleurs humains laissent place aux algo­rithmes, certaines élites au moins en concluent peut-être qu’il ne rime à rien d’assurer des niveaux de santé amélio­rés ou même stan­dards aux masses pauvres, et qu’il est bien plus raison­nable de cher­cher à augmen­ter une poignée de surhommes hors norme.

Victoire du libéralisme économique sur le totalitarisme communiste

Si le capi­ta­lisme a vaincu le commu­nisme, ce n’est pas parce qu’il était plus éthique, que les liber­tés indi­vi­duelles sont sacrées où que Dieu était en colère contre les commu­nistes païens. Le capi­ta­lisme a gagné la guerre froide parce que le trai­te­ment distri­bué des données marche mieux que le trai­te­ment centra­lisé, du moins dans les périodes d’accélération du chan­ge­ment tech­nique. Le comité central du Parti commu­niste ne pouvait tout simple­ment pas faire face au chan­ge­ment rapide du monde à la fin du 20e siècle. Quand la tota­lité des Data s’accumule dans un seul bunker secret, et qu’un groupe de vieux appa­rat­chiks prend toutes les déci­sions impor­tantes, ils peuvent certes produire des bombes nucléaires à la pelle, mais ni Apple ni Wiki­pé­dia. 
On raconte une anec­dote proba­ble­ment apocryphe, comme toutes les bonnes anec­dotes, lorsque Michael Gorbat­chev tenta de ressus­ci­ter l’économie sovié­tique mori­bonde, il envoya à Londres un de ses prin­ci­paux colla­bo­ra­teurs pour voir ce qu’il en était du that­ché­risme et comment fonc­tion­nait réel­le­ment un système capi­ta­liste. Ses hôtes guiderent le visi­teur sovié­tique, à travers la City, la bourse de Londres et la London School of Econo­mics, où il discuta avec des direc­teurs de banque, dès entre­pre­neurs et des profes­seurs. Après de longues heures, l’expert sovié­tique ne plus se rete­nir : » Un instant, je vous prie. Oubliee toutes ces théo­ries écono­miques compli­quées. Cela fait main­te­nant une jour­née que nous parcou­rons Londres en long et en large, il y a une chose que je n’arrive pas à comprendre. À Moscou nos meilleurs esprits travaillent sur le système de four­ni­ture du pain, et pour­tant il y a des queues inter­mi­nables devant les boulan­ge­ries et les épice­ries. Ici, à Londres, vivent des millions de gens, et nous sommes passés aujourd’hui devant quan­tité de maga­sin et de super­mar­ché, je n’ai pas vu une seule queue pour le pain. Je vous en prie, condui­sez-moi auprès de la personne char­gée de ravi­tailler Londres en pain. Il faut que je connaisse son secret. » Ses hôtes se grat­terent la tête, réflé­chirent un instant, et dirent : » Personne n’est chargé de ravi­tailler Londres en pain. »
Tel est le secret de la réus­site capi­ta­liste. Aucune unité centrale de trai­te­ment ne mono­po­lise toutes les données concer­nant la four­ni­ture en pain de la capi­tale.

L’avenir de l’internet

les gouver­ne­ment et les ONG pour­suivent en consé­quence des débats intenses sur la restruc­tu­ra­tion d’internet , mais il est beau­coup plus diffi­cile de chan­ger un système exis­tant que d’intervenir à ses débuts. De plus, le temps que la pesante bureau­cra­tie offi­cielle ait arrêté sa déci­sion en matière de Cyber-régu­la­tion, Inter­net ce sera méta­mor­phosé dix fois. La tortue gouver­ne­men­tale ne saurait rattra­per le lièvre tech­no­lo­gique. Les data la submergent. La NSA (Natio­nal Secu­rity Agency) peut bien espion­ner chacun de nos mots, à en juger d’après les échecs répé­tés de la poli­tique étran­gère améri­caine, personne, à Washing­ton, ne sait que faire de toutes les données. Jamais dans l’histoire on en a su autant sur ce qui se passe dans le monde, mais peu d’Empires ont gâché les choses aussi maladroi­te­ment que les États-Unis contem­po­rains. Un peu comme un joueur de poker qui c’est quelles cartes détiennent ses adver­saires mais se débrouille pour perdre à chaque coup.

Connais-toi toi même.…

Vous voulez savoir quoi ? Payez à « 23andMe » la modique somme de 99 dollars, et on vous enverra un petit paquet dans lequel vous trou­ve­rez une éprou­vette. Vous crachez dedans, vous la fermez hermé­ti­que­ment et vous la renvoyer à Moun­tain View, en Cali­for­nie. Là, l’ADN de votre salive est lu, et vous rece­vez les résul­tats en ligne. Vous obte­nez une liste des problèmes de santé qui vous guettent et le bilan de vos prédis­po­si­tions géné­tiques a plus de quatre-vingt-dix traits et condi­tions, de la calvi­tie à la cécité. « Connais-toi toi-même ? » Cela n’a jamais été plus facile ni meilleur marché. Puisque tout repose sur des statis­tiques, la taille de la base de données de la société est la clé pour des prédic­tions exactes Aussi la première société à construire une base de données géné­tiques géante four­nira-t-elle à la clien­tèle les meilleures prédic­tion et acca­para-t-elle poten­tiel­le­ment le marché. Les socié­tés améri­caines de bio-tech­no­lo­gie redoutent de plus en plus que la rigueur des lois sur la vie privée aux États-Unis, alliée au mépris chinois pour l’intimité, n’apporte à la Chine sur un plateau le marché géné­tique.

Fin de l’humanisme

Les hommes sont mena­cés de perdre leur valeur écono­mique parce que l’intelligence est décou­plée de la conscience. 
Jusqu’à aujourd’hui, la grande intel­li­gence est toujours allée de pair avec une conscience déve­lop­pée. Seuls des êtres conscients pouvaient accom­plir des tâches qui néces­si­taient beau­coup d’intelligence, comme jouer aux échecs, conduire une voiture, diag­nos­ti­quer une mala­die ou iden­ti­fier des terro­ristes. Toute­fois, nous mettons au point de nouveaux types d’intelligences non conscientes suscep­tibles d’accomplir ses tâches bien mieux que les êtres humains. Toutes ces tâches sont en effet fondées sur la recon­nais­sance de forme, il est possible que, bien­tôt, des algo­rithmes non conscients surpassent la conscience humaine en la matière.

Justification de la guerre

L’humanisme évolu­tion­niste soutient que l’expérience de la guerre est précieuse, et même essen­tielle. Le film « le troi­sième homme » a pour cadre la ville de Vienne au lende­main de la Seconde Guerre mondiale. Réflé­chis­sant au conflit récent, le person­nage Harry Lime observe : « Après tout, ce n’est pas si terrible… En Italie, sous les Borgia, ils ont eu trente années de guerre, de terreur, de meurtre et de bain de sang, mais ils ont produit Michel-Ange, Léonard de Vinci et la Renais­sance. En Suisse, ils ont eu l’amour frater­nel, cinq siècles de démo­cra­tie et de paix, et qu’ont-ils produit ? Le coucou. » Il a tort sur presque tous les points, au début des temps modernes, la Suisse a proba­ble­ment été la région d’Europe la plus assoif­fée de sang et expor­tait surtout des merce­naires, et le coucou est en fait une inven­tion alle­mande.

Humour en Israël

De nos jours, il est assez inté­res­sant de le consta­ter, même les fana­tiques reli­gieux adoptent ce discours huma­niste quand ils veulent influen­cer l’opinion publique. Chaque année depuis une décen­nie, par exemple, la commu­nauté israé­lienne LGBT
(lesbiennes,gays, et trans­genres) orga­nise une Gay Pride dans les rues de Jéru­sa­lem : un jour d’harmonie unique dans cette ville déchi­rée par les conflits, parce que c’est la seule occa­sion où les juifs reli­gieux, les musul­mans et les chré­tiens trouvent soudain une cause commune ; tous se déchaînent contre la parade. Ce qui est vrai­ment inté­res­sant, cepen­dant, c’est l’argument qu’ils invoquent. Ils ne disent pas : » Ces pêcheurs doivent être privés de parade parce que Dieu inter­dit l’homosexualité. » Mais, devant tous les micros et camé­ras de télé­vi­sion, ils expliquent que « voir une parade gay dans les rues de la ville sainte de Jéru­sa­lem blesse notre sensi­bi­lité. Les gays nous demandent de respec­ter leurs senti­ments, qu’ils respectent les nôtres. ».

Humour

Alors que les prêtres du Moyen-Âge dispo­saient d’une hotline avec Dieu et pouvaient distin­guer le bien du mal à notre inten­tion, les théra­peutes modernes, nous aident simple­ment à entrer en contact avec nos senti­ments intimes.

Importance du crédit

Les Temps Modernes finir par casser ce cycle du fait de la confiance crois­sante des gens en l’avenir et au miracle du crédit qui en est résulté. Le crédit est la mani­fes­ta­tion écono­mique de la confiance. De nos jours, si je souhaite mettre au point un nouveau médi­ca­ment, et que je manque d’argent, je peux obte­nir un prêt à la banque, ou me
tour­ner vers des inves­tis­seurs privés et des fonds de capi­taux à risque. Quand Ébola est apparu en Afrique de l’Ouest à l’été 2014, que croyez-vous qu’il advint des actions des socié­tés phar­ma­ceu­tiques qui travaillait à des médi­ca­ments et des vaccins contre ce virus ? Elle s’envolèrent. Les actions de Tekmira augmen­tèrent de 50 %, salle de BioCryst, de 90 %. Au Moyen-Âge, quand une épidé­mie se décla­rait, les gens tour­naient les yeux vers le ciel et priaient Dieu de leur pardon­ner leurs péchés. Aujourd’hui, quand les gens entendent parler d’une nouvelle épidé­mie mortel, ils prennent leur télé­phone mobile et appellent leur cour­tier. Sur le marché bour­sier, même une épidé­mie est une occa­sion de faire des affaires.

L’humour

En vérité, aujourd’hui encore, quand ils prêtent serment, les prési­dents améri­cains posent la main sur une Bible. De même dans bien des pays à travers le monde, dont les États-Unis et le Royaume-Uni, les témoins, à la cour, posent la main sur une Bible en jurant de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. Il est para­doxal qu’ils jurent de dire la vérité sur un livre débor­dant de fictions, de mythes et d’erreurs. 

Une partie des problèmes de l’Afrique

Sur une table bien asti­quée de Berlin, ils dérou­lèrent une carte à moitié vide de l’Afrique, esquis­sèrent quelques traits ici ou là, et se parta­gèrent le conti­nent.
Quand, le moment venu, les Euro­péens s’y aven­turent munis de leur carte, ils décou­vrirent que nombre des fron­tières tracées à Berlin rendaient mal justice à la réalité géogra­phique, écono­mique et ethnique de l’Afrique. Toute­fois, pour éviter de réveiller des tensions, les enva­his­seurs s’en tinrent à leurs accords, et ces lignes imagi­naires devinrent les fron­tières effec­tives des colo­nies euro­péennes. Dans la seconde moitié du XXe siècle, avec la désin­té­gra­tion des empires euro­péens, les colo­nies accé­dèrent à l’indépendance. Les nouveaux pays acce­ptèrent alors des fron­tières colo­niales, redou­tant de provo­quer sinon une chaîne sans fin de guerres et de conflits. Beau­coup de diffi­cul­tés que traversent les pays afri­cains actuels viennent de ce que leurs fron­tières ont peu de sens. Quand les écrits fantai­sistes des bureau­cra­tie euro­péenne se heur­tèrent à la réalité afri­caine, ce fut la réalité qui dut céder.

Pourquoi les religieux détestent la théorie de l’évolution

La théo­rie de la rela­ti­vité ne met personne en colère parce qu’elle ne contre­dit aucune de nos croyances chérie. La plupart des gens se fichent pas mal que l’espace et le temps soit absolu ou rela­tif. Si vous croyez possible de cour­ber l’espace et le temps, eh bien, faites donc ! Allez-y, pliez-les. Je n’en ai cure. En revanche, Darwin nous a privé de notre âme. Si vous compre­nez plei­ne­ment la théo­rie de l’évolution, vous compre­nez qu’il n’y a pas d’âme. C’est une pensée terri­fiante pour les chré­tiens et musul­mans fervents, mais aussi pour bien des esprits sécu­liers qui n’adhèrent clai­re­ment a aucun dogme reli­gieux, mais n’en veulent pas moins croire que chaque humain possède une essence indi­vi­duelle éter­nelle qui reste inchan­gée tout le long de la vie et peut même survivre intacte à la mort.

Le charme de l’éducation britannique

John Watson, qui faisait auto­rité en la matière dans les années 1920, conseillait sévè­re­ment aux parents : » Ne serrez jamais vos enfant dans vos bras, ne les embras­sez pas, ne les lais­sez jamais s’asseoir sur vos genoux. S’il le faut, donnez-leur un baiser sur le front quand ils vous disent bonne nuit. Le matin, serrez leur la main. »

Genre d’anecdote qu’on aime répéter

Une anec­dotes célèbres, proba­ble­ment apocryphe, rapporte la rencontre en 1923 du prix Nobel de litté­ra­ture Anatole France et d’Isadora Duncan, la belle et talen­tueuse danseuse. Discu­tant du mouve­ment eugé­niste alors en vogue, Duncan observa : « .Imagi­nez un peu un enfant qui aurait ma beauté et votre intel­li­gence ! ». Et France de répondre : « Oui, mais imagi­nez un enfant qui ait ma beauté et votre intel­li­gence ! »

La vie, le sacré et la mort

La Décla­ra­tion univer­selle des droits de l’homme adop­tée par les Nations unies au lende­main de la dernières guerre – qui est ce qui ressemble sans doute le plus à une consti­tu­tion mondiale- déclare caté­go­ri­que­ment que le « droit à la vie » est la valeur la plus fonda­men­tale de l’humanité. Puisque la mort viole clai­re­ment ce droit, la mort est un crime contre l’humanité. Nous devons mener contre elle une guerre totale.
Tout au long de l’histoire, les reli­gions et les idéo­lo­gies n’ont pas sanc­ti­fié la vie elle-même, mais autre chose au-delà de l’existence terrestre. Elles ont donc parfai­te­ment toléré la mort. Certaines ont même montré beau­coup d’affection pour la Grande Faucheuse. Pour le chris­tia­nisme, l’islam et l’hindouisme, le sens de notre exis­tence dépen­dait de notre destin dans l’au-delà ; pour ces reli­gions, la mort était donc un élément vital et posi­tif du monde.

20150917_105711D’abord écrit en hébreu par l’auteur traduit par lui-même en anglais et traduit en fran­çais par Pierre Emanuel DAUZAT.

Pour satis­faire les opti­mistes aussi bien que les pessi­mistes, nous pouvons conclure que notre époque est au seuil du ciel et de l’enfer, passant nerveu­se­ment de la porte de l’un à l’antichambre de l’autre. L’histoire n’a pas encore décidé où elle finira.

Non seule­ment, il est sur ma liseuse, mais je l’ai offert à mon petit fils. J’attends avec impa­tience ses réac­tions. Il est un peu jeune (14 ans) mais c’est un passionné de pré-histoire, je pense qu’il le lira entiè­re­ment plutôt vers 16 – 17 ans.

Un énorme merci à Domi­nique, pour m’avoir donné envie de lire ce livre que tout humain devrait lire, c’est un pavé, bien sûr mais à l’échelle de l’histoire de l’humanité ce n’est qu’un feuillet. J’ai relu trois fois ce livre avant de me lancer dans la rédac­tion de ce commen­taire. Je voudrais telle­ment convaincre toutes celles et tous ceux qui n’ont pas encore décou­vert Yuval Noah HARARI de se mettre immé­dia­te­ment à le lire. Pour cela, il ne faut pas que vous ayez peur des quelques centaines de pages que vous allez devoir avaler. Ce livre extra­or­di­naire se lit Très faci­le­ment . Et pour une simple raison vos petites cellules grises sont main­te­nues en éveil par des idées qui mettent sans arrêt en cause ce que vous croyiez savoir. Pas de pitié pour les évidences ni les conforts que vous pouviez avoir, il vous faudra réflé­chir mais cet écri­vain a un tel sens de l’humour que vous serez bien obligé de le suivre. Je vous donne un exemple, comme moi vous avez sans doute pensé que si les femmes ne sont pas plus présentes dans les armées, c’est que dans les temps anciens se battre était surtout une ques­tion de force physique. Certes, mais de tout temps la stra­té­gie et l’organisation des armées ne demandent aucune force physique et pour­tant… Il en faudra du temps pour qu’une femme fran­çaise soit à la tête des armées ! Comme moi aussi vous avez pensé que la révo­lu­tion agri­cole a consti­tué un progrès pour l’humanité. Alors lisez vite ce livre pour vous rendre compte que l’homme cueilleur chas­seur était beau­coup plus adapté à son envi­ron­ne­ment que l’homme qui a fait dépendre sa survie d’une seule céréale : le blé. Et vous perdrez toute estime pour l’homo-sapiens quand, vous vous rendrez compte qu’à peine celui-ci met le pied sur un conti­nent ou sur des îles habi­tées seule­ment par des animaux parfois gigan­tesque en très peu de temps tous ces animaux dispa­raissent. Et quand, par hasard, des orga­ni­sa­tions humaines diffé­rentes de la notre, comme celles des Abori­gènes de Tasma­nie ont survécu à la terrible révo­lu­tion agri­cole, il faudra moins de 30 ans aux glorieux colo­ni­sa­teurs britan­niques pour faire dispa­raître complè­te­ment une popu­la­tion de 10 000 personnes . Cette île porte aujourd’hui, le nom du Hollan­dais, Abel Tasman, à l’origine de ce terrible massacre.

Si j’ai autant de cita­tions c’est que sur ma liseuse, c’est assez simple de créer des notes et de me les envoyer. J’en ai supprimé beau­coup mais si j’en ai laissé tant ce n’est pas seule­ment pour vous donner envie d’aller lire ce livre mais aussi pour essayer de garder en mémoire toutes ces idées que j’ai trouvé abso­lu­ment géniales. La conclu­sion n’est pas fran­che­ment opti­miste : cette créa­ture deve­nue maître de la terre et qui se prend pour Dieu pourra-t-elle surmon­ter ses frus­tra­tions et lais­ser une chance à la vie ? La ques­tion finale de Yuval Noha Harari, nous nous la posons avec lui :

Ainsi faisons-nous des ravages parmi les autres animaux et dans l’écosystème envi­ron­nant en ne cher­chant guère plus que nos aises et notre amuse­ment, sans trou­ver satis­fac­tion.

Y-a-t-il rien de plus dange­reux que des dieux insa­tis­faits et irres­pon­sables qui ne savent pas ce qu’ils veulent

Citations

Propos du livre

Trois révo­lu­tions impor­tantes inflé­chirent le cours de l’histoire. La Révo­lu­tion cogni­tive donna le coup d’envoi à l’histoire voici quelque 70 000 ans. La Révo­lu­tion agri­cole l’accéléra voici envi­ron 12 000 ans. La Révo­lu­tion scien­ti­fique, enga­gée voici seule­ment 500 ans, pour­rait bien mettre fin à l’histoire et amor­cer quelque chose d’entièrement diffé­rent. Ce livre raconte comment ces trois révo­lu­tions ont affecté les êtres humains et les orga­nismes qui les accom­pagnent.

L’arrivée de l’homme

Ce qu’il faut avant tout savoir des hommes préhis­to­riques, c’est qu’ils étaient des animaux insi­gni­fiants, sans plus d’impact sur leur milieu que des gorilles, des lucioles ou des méduses

les Hommes sont victorieux

Le Sapiens, en revanche, ressemble plus au dicta­teur d’une répu­blique bana­nière. Il n’y a pas si long­temps, nous étions les oppri­més de la savane, et nous sommes pleins de peurs et d’angoisses quant à notre posi­tion, ce qui nous rend double­ment cruels et dange­reux. Des guerres meur­trières aux catas­trophes écolo­giques, maintes cala­mi­tés histo­riques sont le fruit de ce saut préci­pité.

Humour et comparaison

Tandis qu’un chim­panzé passe cinq heures à mâchon­ner de la nour­ri­ture crue, une heure suffit à un homme qui mange de la nour­ri­ture cuisi­née. L’apparition de la cuisine permit aux hommes de manger des aliments plus variés, de passer moins de temps à se nour­rir, et de le faire avec des dents plus petites et des intes­tins plus courts. Selon certains spécia­listes, il existe un lien direct entre l’apparition de la cuisine, le raccour­cis­se­ment du tube diges­tif et la crois­sance du cerveau. Les longs intes­tins et les gros cerveaux dévo­rant chacun de l’énergie, il est diffi­cile d’avoir les deux.

Sapiens et Neandertal

Une autre possi­bi­lité est que la concur­rence autour des ressources ait dégé­néré en violences et en géno­cide. La tolé­rance n’est pas une marque de fabrique du Sapiens. Dans les Temps modernes, une petite diffé­rence de couleur de peau, de dialecte ou de reli­gion a suffi à pous­ser un groupe de Sapiens à en exter­mi­ner un autre. Les anciens Sapiens auraient-ils été plus tolé­rants envers une espèce humaine entiè­re­ment diffé­rente ? Il se peut fort bien que la rencontre des Sapiens et des Nean­der­tal ait donné lieu à la première et la plus signi­fi­ca­tive campagne de nettoyage ethnique de l’histoire.

L’importance du bavardage

On pour­rait croire à une plai­san­te­rie, mais de nombreuses études corro­borent cette théo­rie du commé­rage. Aujourd’hui encore, la majeure partie de la commu­ni­ca­tion humaine – e-mails, appels télé­pho­niques et échos dans la presse – tient du bavar­dage. Celui-ci nous est si natu­rel qu’il semble que notre langage se soit préci­sé­ment déve­loppé à cette fin

Fonction du langage

La capa­cité de dire : « Le lion est l’esprit tuté­laire de notre tribu. » Cette faculté de parler de fictions est le trait le plus singu­lier du langage du Sapiens. On convien­dra sans trop de peine que seul l’Homo sapiens peut parler de choses qui n’existent pas vrai­ment et croire à six choses impos­sibles avant le petit déjeu­ner

L’importance de la fiction

Le secret réside proba­ble­ment dans l’apparition de la fiction. De grands nombres d’inconnus peuvent coopé­rer avec succès en croyant à des mythes communs. Toute coopé­ra­tion humaine à grande échelle – qu’il s’agisse d’un État moderne, d’une Église médié­vale, d’une cité antique ou d’une tribu archaïque – s’enracine dans des mythes communs qui n’existent que dans l’imagination collec­tive.

Réalité imaginaire plus forte que le réel

Depuis la Révo­lu­tion cogni­tive, les Sapiens ont donc vécu dans une double réalité. D’un côté, la réalité objec­tive des rivières, des arbres et des lions ; de l’autre, la réalité imagi­naire des dieux, des nations et des socié­tés. Au fil du temps, la réalité imagi­naire est deve­nue toujours plus puis­sante, au point que de nos jours la survie même des rivières, des arbres et des lions dépend de la grâce des enti­tés imagi­naires comme le Dieu Tout-Puis­sant, les États-Unis ou Google.

Les élites avec l’humour de l’auteur

Un exemple de choix est l’apparition répé­tée d’élites sans enfants telles que le clergé catho­lique, les moines boud­dhistes et les bureau­cra­ties chinoises d’eunuques. L’existence de pareilles élites va contre les prin­cipes les plus fonda­men­taux de la sélec­tion natu­relle puisque ces membres domi­nants de la société renoncent volon­tiers à la procréa­tion. Ce n’est pas en refi­lant le « gène du céli­bat » d’un pape à l’autre que l’Église catho­lique a survécu, mais en trans­met­tant les histoires du Nouveau Testa­ment et du droit canon

Supériorité sur les singes

On aurait cepen­dant tort de recher­cher les diffé­rences au niveau de l’individu ou de la famille. Pris un par un, voire dix par dix, nous sommes fâcheu­se­ment semblables aux chim­pan­zés. Des diffé­rences signi­fi­ca­tives ne commencent à appa­raître que lorsque nous fran­chis­sons le seuil de 150 indi­vi­dus ; quand nous attei­gnons les 1 500 – 2 000 indi­vi­dus, les diffé­rences sont stupé­fiantes. Si vous essayiez de réunir des milliers de chim­pan­zés à Tian’anmen, à Wall Street, au Vati­can ou au siège des Nations unies, il en résul­te­rait un chari­vari. En revanche, les Sapiens se réunissent régu­liè­re­ment par milliers dans des lieux de ce genre. Ensemble, ils créent des struc­tures ordon­nées – réseaux commer­ciaux ..

Connaissance de la nature

De nos jours, la grande majo­rité des habi­tants des socié­tés indus­trielles n’a pas besoin de savoir grand-chose du monde natu­rel pour survivre. Que faut-il vrai­ment savoir de la nature pour être infor­ma­ti­cien, agent d’assurances, profes­seur d’histoire ou ouvrier ? Il faut être féru dans son tout petit domaine d’expertise mais, pour la plupart des néces­si­tés de la vie, on s’en remet aveu­glé­ment à l’aide d’autres connais­seurs, dont le savoir se limite aussi à un minus­cule domaine d’expertise. La collec­ti­vité humaine en sait aujourd’hui bien plus long que les bandes d’autrefois. Sur un plan indi­vi­duel, en revanche, l’histoire n’a pas connu hommes plus aver­tis et plus habiles que les anciens four­ra­geurs.

Survivre en ce temps-là néces­si­tait chez chacun des facul­tés mentales excep­tion­nelles. L’avènement de l’agriculture et de l’industrie permit aux gens de comp­ter sur les talents des autres pour survivre et ouvrit de nouvelles « niches pour imbé­ciles ». On allait pouvoir survivre et trans­mettre ses gènes ordi­naires en travaillant comme porteur d’eau ou sur une chaîne de montage

Supériorité du fourrageur

De surcroît, côté corvées domes­tiques, leur charge était bien plus légère : ni vais­selle à laver, ni aspi­ra­teur à passer sur les tapis, ni parquet à cirer, ni couches à chan­ger, ni factures à régler. L’économie des four­ra­geurs assu­rait à la plupart des carrières plus inté­res­santes que l’agriculture ou l’industrie. De nos jours, en Chine, une ouvrière quitte son domi­cile autour de sept heures du matin, emprunte des rues polluées pour rejoindre un atelier clan­des­tin où elle travaille à longueur de jour­née sur la même machine : dix heures de travail abru­tis­sant avant de rentrer autour de dix-neuf heures faire son travail domes­tique.

Moins malade

De surcroît, n’étant pas à la merci d’un seul type d’aliment, ils étaient moins expo­sés si celui-ci venait à manquer. Les socié­tés agri­coles sont rava­gées par la famine si une séche­resse, un incen­die ou un trem­ble­ment de terre ruine la récolte.
Les anciens four­ra­geurs souf­fraient aussi moins des mala­dies infec­tieuses. La plupart de celles qui ont infesté les socié­tés agri­coles et indus­trielles (variole, rougeole et tuber­cu­lose) trouvent leurs origines parmi les animaux domes­ti­qués et n’ont été trans­mises à l’homme qu’après la Révo­lu­tion agri­cole.

L’homme arrive en Australie

Or, plus de 90 % de la méga­faune austra­lienne a disparu en même temps que le dipro­to­don. Les preuves sont indi­rectes, mais on imagine mal que, par une pure coïn­ci­dence, Sapiens soit arrivé en Austra­lie au moment précis où tous ces animaux mouraient de froid.

Si l’extinction austra­lienne était un événe­ment isolé, nous pour­rions accor­der aux hommes le béné­fice du doute. Or, l’histoire donne de l’Homo sapiens l’image d’un serial killer écolo­gique.

Les coupables, c’est nous. Mieux vaudrait le recon­naître. Il n’y a pas moyen de contour­ner cette vérité. Même si le chan­ge­ment clima­tique nous a aidés, la contri­bu­tion humaine a été déci­sive.

La révolution agricole

La révo­lu­tion agri­cole est l’un des événe­ments les plus contro­ver­sés de l’histoire. Certains de ses parti­sans proclament qu’elle a engagé l’humanité sur la voie de la pros­pé­rité et du progrès. D’autres soutiennent qu’elle est la voie de la perdi­tion. C’est à ce tour­nant, selon eux, que Sapiens s’arracha à sa symbiose intime avec la nature pour sprin­ter vers la cupi­dité et l’aliénation. Où qu’elle menât, c’était une voie sans retour. L’agriculture permit aux popu­la­tions une crois­sance si forte et si rapide qu’aucune société complexe ne pour­rait plus jamais subve­nir à ses besoins.

L’angoisse du paysan

Le paysan anxieux était aussi fréné­tique et dur à la tâche qu’une fourmi mois­son­neuse en été, suant pour plan­ter des oliviers dont ses enfants et petits-enfants seule­ment pres­se­raient l’huile, mettant de côté pour l’hiver ou l’année suivante des vivres qu’il mourait d’envie de manger tout de suite. Le stress de la culture fut lourd de consé­quences. Ce fut le fonde­ment de systèmes poli­tiques et sociaux de grande ampleur. Tris­te­ment, les paysans dili­gents ne connais­saient quasi­ment jamais la sécu­rité écono­mique dont ils rêvaient en se tuant au travail. Partout surgirent des souve­rains et des élites qui se nour­rirent du surplus des paysans

Richesse et révolutions

Et si aucun accord n’est trouvé, le conflit se propage – même si les entre­pôts regorgent de vivres. Les pénu­ries alimen­taires ne sont pas à l’origine de la plupart des guerres et des révo­lu­tions de l’histoire. Ce sont des avocats aisés qui ont été le fer de lance de la Révo­lu­tion fran­çaise, non pas des paysans famé­liques. La Répu­blique romaine attei­gnit le faîte de sa puis­sance au premier siècle avant notre ère, quand des flottes char­gées de trésors de toute la Médi­ter­ra­née enri­chirent les Romains au-delà des rêves les plus fous de leurs ancêtres. Or, c’est à ce moment d’abondance maxi­male que l’ordre poli­tique romain s’effondra .

L’importance de la religion

De toutes les acti­vi­tés humaines collec­tives, la violence est la plus diffi­cile à orga­ni­ser. Dire qu’un ordre social se main­tient à la force des armes soulève aussi­tôt une ques­tion : qu’est-ce qui main­tient l’ordre mili­taire ? Il est impos­sible d’organiser une armée unique­ment par la coer­ci­tion. Il faut au moins qu’une partie des comman­dants et des soldats croient à quelque chose : Dieu, l’honneur,

Les septiques

Le philo­sophe grec Diogène, fonda­teur de l’école cynique, logeait dans un tonneau. Un jour qu’Alexandre le Grand lui rendit visite, Diogène se prélas­sait au soleil. Alexandre voulut savoir s’il pouvait faire quelque chose pour lui, et le Cynique lui répon­dit : « Oui, en effet. Ôte-toi de mon soleil ! » Voilà pour­quoi les cyniques ne bâtissent pas d’empire, et pour­quoi un ordre imagi­naire ne saurait être main­tenu que si de grandes sections de la popu­la­tion – notam­ment, de l’élite et des forces de sécu­rité – y croient vrai­ment. Le chris­tia­nisme n’aurait pas duré deux mille ans si la majo­rité des évêques et des prêtres n’avaient pas cru au Christ

les femmes et les travaux de force

Beau­coup de femmes courent plus vite et soulèvent des poids plus lourds que beau­coup d’hommes. Secundo, et c’est des plus problé­ma­tiques pour cette théo­rie, les femmes ont été tout au long de l’histoire exclues surtout des tâches qui exigent peu d’effort physique (prêtrise, droit, poli­tique) et ont dû assu­mer de nombreux travaux manuels rudes aux champs, dans les arti­sa­nats et à la maison.

L’expérience communiste

L’expérience la plus ambi­tieuse et la plus célèbre de ce genre fut menée en Union sovié­tique : ce fut un échec lamen­table. En pratique, le prin­cipe du « chacun travaillait suivant ses capa­ci­tés et rece­vait suivant ses besoins » se trans­forma en « chacun travaillait aussi peu que possible pour rece­voir le plus possible »

La monnaie

La monnaie est donc un moyen d’échange univer­sel qui permet aux gens de conver­tir presque tout en presque tout. Le soldat démo­bi­lisé peut délais­ser la force muscu­laire pour se muscler la cervelle en utili­sant sa solde afin de payer ses droits d’inscription en fac. La terre peut se conver­tir en loyauté quand un baron vend des biens pour entre­te­nir sa suite. La santé peut se conver­tir en justice quand un méde­cin se sert de ses hono­raires pour recou­rir aux services d’un avocat – ou soudoyer un juge. Il est même possible de trans­for­mer le sexe en salut : ainsi les putains du xve siècle, quand elles couchaient avec des hommes pour de l’argent qu’elles utili­saient ensuite pour ache­ter des indul­gences à l’Église catho­lique.

Des chré­tiens et des musul­mans qui ne sauraient s’entendre sur des croyances reli­gieuses pour­raient néan­moins s’accorder sur une croyance moné­taire parce que, si la reli­gion nous demande de croire à quelque chose, la monnaie nous demande de croire que d’autres croient à quelque chose

L’importance de la religion

De nos jours, la reli­gion est souvent consi­dé­rée comme une source de discri­mi­na­tion, de désac­cord et de désunion. En vérité, pour­tant, elle a été le troi­sième grand unifi­ca­teur de l’humanité avec la monnaie et les empires. Les ordres sociaux et les hiérar­chies étant toujours imagi­naires, tous sont fragiles, et le sont d’autant plus que la société est vaste.

Reste que si l’on addi­tionne les victimes de toutes ces persé­cu­tions, il appa­raît qu’en trois siècles les Romains poly­théistes ne tuèrent pas plus de quelques milliers de chrétiens[1]. À titre de compa­rai­son, au fil des quinze siècles suivants, les chré­tiens massa­crèrent les chré­tiens par millions pour défendre des inter­pré­ta­tions légè­re­ment diffé­rentes d’une reli­gion d’amour et de compas­sion.

Lors du massacre de la Saint-Barthé­lemy, entre 5 000 et 10 000 protes­tants trou­vèrent la mort en moins de vingt­quatre heures. Quand le pape apprit la nouvelle à Rome, sa joie fut telle qu’il orga­nisa des prières de liesse pour célé­brer l’occasion et char­gea Gior­gio Vasari de faire une fresque du massacre dans une salle du Vati­can (aujourd’hui inac­ces­sible aux visiteurs[2]). Plus de chré­tiens moururent de la main d’autres chré­tiens au cours de ces vingt-quatre heures que sous l’Empire romain poly­théiste tout au long de son exis­tence.

La révolution scientifique

La Révo­lu­tion scien­ti­fique a été non pas une révo­lu­tion du savoir, mais avant tout une révo­lu­tion de l’ignorance. La grande décou­verte qui l’a lancée a été que les hommes ne connaissent pas les réponses à leurs ques­tions les plus impor­tantes. Les tradi­tions prémo­dernes du savoir comme l’islam, le chris­tia­nisme, le boud­dhisme et le confu­cia­nisme affir­maient que l’on savait déjà tout ce qu’il était impor­tant de savoir du monde.

Mortalité enfantine

la reine Elea­nor eut seize enfants entre 1255 et 1284 : 1. Fille anonyme née en 1255, morte à la nais­sance. 2. Cathe­rine, morte à 1 ou 3 ans. 3. Joan, morte à 6 mois. 4. John, mort à 5 ans. 5. Henry, mort à 6 ans. 6. Elea­nor, morte à 29 ans. 7. Fille anonyme morte à 5 mois. 8. Joan, morte à 35 ans. 9. Alphonso, mort à 10 ans. 10. Marga­ret, morte à 58 ans. 11. Beren­ge­ria, morte à 2 ans. 12. Fille anonyme morte peu après la nais­sance. 13. Mary, morte à 53 ans. 14. Fils anonyme mort peu après la nais­sance. 15. Eliza­beth, morte à 34 ans. 16. Édouard. Le plus jeune, Édouard, fut le premier des garçons à survivre aux dange­reuses années de l’enfance

L’horreur du monde moderne

Pire encore fut le destin des indi­gènes de Tasma­nie. Ayant survécu à 10 000 ans de splen­dide isole­ment, ils furent tous élimi­nés : un siècle après l’arrivée de Cook, hommes, femmes et enfants avaient disparu jusqu’au dernier. Les colons euro­péens commen­cèrent par les refou­ler des parties les plus riches de l’île, puis, convoi­tant même les parties déser­tiques restantes, ils les traquèrent et les tuèrent systé­ma­ti­que­ment

Une blague (drôle)

Un jour qu’ils s’entraînaient, les astro­nautes tombèrent sur un vieil indi­gène améri­cain. L’homme leur demanda ce qu’ils fabri­quaient là. Ils répon­dirent qu’ils faisaient partie d’une expé­di­tion de recherche qui allait bien­tôt partir explo­rer la Lune. Quand le vieil homme enten­dit cela, il resta quelques instants silen­cieux, puis demanda aux astro­nautes s’ils pouvaient lui faire une faveur. « Que voulez-vous ? – Eh bien, fit le vieux, les gens de ma tribu croient que les esprits saints vivent sur la Lune. Je me deman­dais si vous pouviez leur trans­mettre un message impor­tant de la part des miens. – Et quel est le message ? » deman­dèrent lesas­tro­nautes. L’homme marmonna quelque chose dans son langage tribal, puis demanda aux astro­nautes de le répé­ter jusqu’à ce qu’ils l’aient parfai­te­ment mémo­risé. « Mais qu’est-ce que ça veut dire ? – Je ne peux pas vous le dire. C’est un secret que seuls sont auto­ri­sés à savoir notre tribu et les esprits de la Lune. » De retour à leur base, les astro­nautes ne ména­gèrent pas leurs efforts pour trou­ver quelqu’un qui sût parler la langue de la tribu et le prièrent de traduire le message secret. Quand ils répé­tèrent ce qu’ils avaient appris par cœur, le traduc­teur partit d’un grand éclat de rire. Lorsqu’il eut retrouvé son calme, les astro­nautes lui deman­dèrent ce que ça voulait dire. L’homme expli­qua. Ce qu’ils avaient si méti­cu­leu­se­ment mémo­risé voulait dire : « Ne croyez pas un seul mot de ce qu’ils vous racontent. Ils sont venus voler vos terres. »

L’esclavage

Dix millions d’esclaves afri­cains, dont près de 70 % pour les plan­ta­tions de canne à sucre. Les condi­tions de travail étaient abomi­nables. La plupart avaient une vie brève et misé­rable. Des millions d’autres moururent au cours des guerres menées pour les captu­rer ou au cours du long voyage du cœur de l’Afrique aux côtes de l’Amérique. Tout cela pour que les Euro­péens sucrent leur thé et mangent des bonbons… et que les magnats du sucre empochent d’énormes profits

Le consumérisme

L’obésité est une double victoire pour le consu­mé­risme. Au lieu de manger peu, ce qui provo­que­rait une réces­sion écono­mique, les gens mangent trop puis achètent des produits diété­tiques – contri­buant ainsi double­ment à la crois­sance écono­mique.

Le temps

En 1784 commença à opérer en Grande-Bretagne un service de voitures avec des horaires publics : ceux-ci n’indiquaient que l’heure de départ, pas celle d’arrivée. En ce temps-là, chaque ville ou chaque bourg avait son heure locale, laquelle pouvait diffé­rer de celle de Londres d’une bonne demi-heure. Quand il était midi à Londres, il pouvait être 12 h 20 à Liver­pool et 11 h 50 à Canter­bury. Comme il n’y avait ni télé­phones, ni radio, ni télé­vi­sion, et pas de trains rapides, qui pouvait savoir, et qui s’en souciait[2] ? 

L’importance de l’état

L’État prête aussi une atten­tion plus soute­nue aux rela­tions fami­liales, surtout entre parents et enfants. Les parents sont obli­gés d’envoyer leurs enfants à l’école. L’État peut prendre des mesures contre les parents parti­cu­liè­re­ment abusifs ou violents. Au besoin, il peut même les jeter en prison ou placer leurs enfants dans des familles nour­ri­cières. Il n’y a pas si long­temps, l’idée que l’État doive empê­cher les parents de battre ou d’humilier leur progé­ni­ture eût été balayée d’un revers de main comme une idée ridi­cule et inap­pli­cable. Dans la plupart des socié­tés, l’autorité paren­tale est sacrée.

20161125_185110Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard

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Surtout que cette photo ne vous induise pas en erreur, ce roman n’est pas à jeter aux toilettes. Il fallait que j’évoque, soit le RER, soit la machine à broyer les livres, soit une « dame pipi » .
J’avais très envie, de rendre hommage aux « Dames-pipi » , car Julie qui nettoie tous les jours les WC dans une gale­rie marchande, est un des rayons de soleil de ce roman. Je trouve parti­cu­liè­re­ment compli­qué de parler de ce métier sans tomber dans la gros­siè­reté ou la condes­cen­dance. Julie est gaie, a plein d’idées, attend son prince char­mant en comp­tant les carreaux de faïences des toilettes qu’elle nettoie avec ardeur et conscience. Le person­nage prin­ci­pal Guylain Vignol que le surnom de Vilain Guignol pour­sui­vra toute sa vie, a bien besoin de rayons de soleils dans sa vie lui l’amoureux des livres qui travaille dans une usine on les pilonne, les livres !

7438643-11462508Pour lutter contre cette destruc­tion qui lui déchire le cœur, le person­nage prin­ci­pal du livre vole quelques page à la mons­trueuse machine, et il les lit à haute voix dans son RER de 6 heures 27 créant ainsi, peu à peu, un public atten­tif. Il est entouré de person­nages sympa­thiques, un Italien qui a perdu ses jambes dans cette broyeuse de livre et un concierge fou d’alexandrins , heureu­se­ment qu’il a ses amis car son patron est horrible et son pois­son rouge pas très bavard. Je vous laisse décou­vrir comment Julie rencon­trera Guylain et comment ce doux rêveur enchan­tera les pension­naires plus très jeunes de la rési­dence des Glycines.
Le charme de ce roman vient beau­coup de la langue de l’auteur on a l’impression parfois de petits morceaux de douces poésies un peu désuètes. Je vais mettre une nouvelle caté­go­rie : romans qui font du bien et ce sera le premier de la liste. J’ai vrai­ment envie de lire de tels romans en ce moment , cela me fait du bien de le mettre sur Luocine un 26 décembre après un Noël où tant de gens luttent pour leur survie.

Citations

Quel joli début

Guylain Vignolles, lui, était entré dans la vie avec tout fardeau la contre­pè­te­rie malheu­reuse qu’offrait le mariage de son patro­nyme avec son prénom : Vilain Guignol, un mauvais jeu de mots qui avait reten­tit à ses oreilles dès ses premiers pas dans l’existence pour ne plus le quit­ter.

Jolie façon de parler de l’alcoolisme

Il savait de quoi il parlait le vieux, lui qui n’avait rien trouvé de mieux que le rouge étoilé pour se donner le courage de conti­nuer.

Les énumérations évocatrices

La chose était née pour broyer, apla­tir, déchi­que­ter, malaxer, pétrir, ébouillan­ter.

Une évocation parlante du christianisme

Arrosé d’un Lacryma Christi, Giuseppe se plai­sait à lui rappe­ler que s’enivrer avec des larmes du Christ était la plus belle chose qui puisse arri­ver à un chré­tien.

Petit moment de poésie (selon moi)

Mes atten­tions vont plutôt aux éclo­pées, aux fendillées, aux jaunies, aux ébré­chées, à toutes celles que le temps a estro­piées et qui donnent à l’endroit, outre ce petit cachet vieillot que j’ai fini par aimer une touche d’imperfection qui étran­ge­ment me rassure. « C’est dans les cica­trices des gueules cassées que l’on peut lire les guerres, Julie, pas dans les photos des géné­raux engon­cés dans leurs uniformes amidon­nés et tout repas­sés de frais. » M’a dit un jour ma tante tandis que toutes les deux briquions les carreaux à grands coups de peau de chamois pour leur rendre leur lustre d’antan.

J’ai ri

Si avec ça l’habit ne fait pas le moine, alors comme disait ma tante : « Que Sainte Aude-Javel, la patronne des dames pipi soit damnée ! »

Auto-portrait du personnage principal

Non tout ne va pas si bien que ça, eut envie de rétor­quer Guylain. J’attends le retour d’un père mort depuis vingt huit ans, ma mère me croit cadre dans une société d’édition,. Tous les soirs je raconte ma jour­née à un pois­son, mon boulot me dégoûte à tel point qu’il m’arrive de dégueu­ler tripes et boyaux, et enfin pour couron­ner le tout, je suis en train de tomber amou­reux d’une filles que je n’ai jamais vue. En résumé pas de problème, sauf que je suis quand même dans tous les domaines un petit peu « à la limite infé­rieure de la courbe ».

Sourire

On peut s’attendre à tout d’un constipé même à rien.

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Traduit de l’anglais par Chris­tine Barbaste. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

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Je ne m’attendais pas à prendre autant de plai­sir dans une lecture aussi peu dans mes centres d’intérêts habi­tuels. Je ne me souve­nais plus que Sandrine en avait déjà dit le plus grand bien. Ce livre raconte l’histoire d’un groupe de créa­teurs d’une comé­die à succès « Barbara (et Jim) » . Le succès de cette comé­die vient du charme et de la drôle­rie de l’actrice prin­ci­pale Sophie Straw (à propos, je n’ai pas réussi à en trou­ver trace sur le net, au point je me suis deman­dée si c’était une créa­ture fiction­nelle). Dans ce livre, on dit que ça l’énerve qu’on la compare à Sabrina dont voici la photo (qui elle, est dans le livre) :

20160118_181929J’adore ! et je dédie cette publi­cité à tous ceux et toutes celles qui trou­vaient, dans Mad Men, la poitrine de Joan irréa­liste.

Ce qui est vrai­ment plai­sant dans ce roman, c’est la descrip­tion de la société anglaise des années 60, celle qui finira par faire sauter tous les verrous de la bien­séance instal­lés par la Reine Victo­ria. Cela commence par l’homosexualité, qui lorsqu’elle est refou­lée fait souf­frir tant de gens, les homo­sexuels bien sûr, mais leur entou­rage en parti­cu­lier la femme qu’ils se croient obli­gés d’épouser pour donner des gages de bien­séance, sans pour autant éprou­ver d’attirance pour elle, et bien sûr leurs enfants. On voit aussi la lutte entre la BBC sérieuse mais terri­ble­ment ennuyeuse et le diver­tis­se­ment à travers des comé­dies drôles et légères. Bien-sûr la télé­vi­sion est allée encore plus loin aujourd’hui, et depuis la « télé réalité » qui montre tout sauf la réalité, elle s’est perdue à force de diver­tis­se­ment.

Aujourd’hui, tout cela est remplacé par le net et les jeunes ne regardent plus beau­coup la télé­vi­sion. Est-ce mieux ? Est-ce pire ? Comme le faisait remar­quer Sandrine lors de mon commen­taire à propos de ce livre, on est parfois effaré du temps perdu à « surfer » sur cette merveilleuse source de connais­sance mais aussi le vide que repré­sente le temps que nous passons devant notre ordi­na­teur ! J’ai noté que très tôt le poli­tique a compris l’importance des médias, puisque le premier ministre de l’époque (Harold Wilson) aurait demandé qu’un des épisode de la série soit tour­née au 10 Downing Street. Donc notre premier Ministre qui se déplace pour parti­ci­per à une émis­sion télé­vi­sée de distrac­tion popu­laire n’est pas un nova­teur.

L’intérêt de ce livre, c’est de nous faire revivre une époque, mais c’est un peu plus compli­qué à lire pour les Fran­çais car nous ne connais­sons pas les person­nages dont il est ques­tion, en tout cas pas moi.

Citations

la sexualité

-Tu n’es pas vierge n’est ce pas.
-Bien sûr que non. 
En vérité Barbara n’en savait trop rien. Réso­lue à s’affranchir de quelque entrave avant de venir à Londres , elle avait tentée deux ou trois bricoles avec Adam, juste avant le concours de beauté. Mais comme il ne s’était pas montré très dégourdi, elle ne savait plus trop quel était son statut offi­ciel.

L’accent anglais

On l’entendait à la radio, et elle parlait avec ce timbre et cet accent estam­pillé BBC que personne, nulle part en Angle­terre, au nord comme au sud, n’avait dans la vraie vie.

Les opinions dans la classe moyen en 1960

Mon père me tuerait si je votais travailliste, dit Sophie. Il prétend qu’il a travaillé trop dur pour tout donner aux tire-au-flanc et aux syndi­cats.

Finalité d’une comédie télévisée

N’est ce pas là tout l’objet des comé­dies télé­vi­sées ? De fédé­rer les gens ? Et c’est ce que j’adore dans ce travail. Tu rigoles de la même chose que ton patron, ta mère, ton voisin, le critique de télé­vi­sion du « Times », et la reine, pour ce que j’en sais. C’est génial. 

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Reçu et lu dans le cadre de Masse critique de Babe­lio

3
Loin des divers auto­fic­tions ou récits puisant dans une enfance tour­men­tée, voici une auteure qui s’appuie sur ses connais­sances histo­riques pour inven­ter le sujet d’une fiction agréable à lire. C’est un livre de bonne compa­gnie, léger, comme le fut sans doute l’époque : nous sommes en 1928/​1929, juste avant la crise bour­sière qui va secouer les États-Unis, puis l’Europe. Le person­nage prin­ci­pal est un chef cuisi­nier, d’un grand restau­rant pari­sien. Lui, et son ami maître d’hôtel sont des resca­pés de la grande guerre, ils ont retrouvé une forme d’apaisement sinon de bonheur en créant un lieu luxueux consa­cré à la gour­man­dise ; une façon d’exorciser les souve­nirs trop lourds des morts des tran­chées. Michelle Tour­neur fait vivre dans son roman, des person­nages réels de la vie pari­sienne, comme le coutu­rier et parfu­meur Paul Poiret, (le titre du livre vient d’un des flacons de ses parfums), Serge de Diaghi­lev et les ballets russes, et des person­nages de fiction très vivants les commer­çants des halles pari­siennes, la fleu­riste des rues.

L’auteure a choisi ce court instant, où en France, on commence à oublier la guerre, et où les menaces de la prochaine ne sont pas encore là. Elle a donc le temps de lais­ser vivre une rela­tion entre une riche héri­tière améri­caine et le chef du restau­rant. Pearl était venue faire des photos elle rencontre l’amour, pour quelqu’un dont elle épou­sera assez vite la sensi­bi­lité. Ensemble, ils se retrou­ve­ront dans la recherche du beau. Malgré un certain plai­sir et une lecture fluide, je suis restée un peu sur la réserve, autant le cadre, l’atmosphère et les circons­tances me plai­saient, autant les person­nages prin­ci­paux me semblaient trop esquis­sés, on a du mal à les imagi­ner, ils manquent de consis­tance. Un des person­nages secon­daire, un bel Hongrois qui joue merveilleu­se­ment du piano, passe comme une ombre, on se demande d’où il vient et pour­quoi il a cette desti­née. On peut, soit trou­ver que cette légè­reté donne tout le charme au roman, soit, comme moi, trou­ver qu’il manque de profon­deur. Mais dans les deux cas, on appré­ciera le style parfait de l’auteure et le charme avec lequel elle nous entraîne dans son atmo­sphère.

Citation

la personnalité de Charles-Henry Chelan

Comme celle (cette histoire) poignante qui voulait que Charles-Henry eût fait graver, à l’envers de tous les marbres utili­sés en cuisine, la liste de ceux qu’ils avaient vus dispa­raître au front. Un mémo­rial person­nel en somme. C’était possible. Rien n’est impos­sible, rien n’est prouvé. Les mouve­ments de l’âme primaient en lui dans la hiérar­chie des faits. Le patron n’était pas bâti sur le moule commun.

La rencontre amoureuse

Il lui effleura le bras. Le contact de sa peau, son parfum, une senteur tonique lui rappe­lant celle du buis au soleil, lui donnèrent la sensa­tion qu’un vent chaud avant l’orage s’engouffrait dans le taxi.

« C’est peut-être ça, l’imprévisible, dit-il remué. Quand le fami­lier devient étran­ger.

On en parle

beau­coup d’excellentes critiques dans Babe­lio