Traduit de l’an­glais (États ‑Unis) par Vincent Raynaud, Édition Globe.

Je mets rare­ment les livres de ma liseuse sur mon blog car je pense que j’au­rais toujours le temps de le faire et puis j’ou­blie car ils sont toujours à mes côtés. C’est un peu les cas de « Hill­billy élégie ». D’abord je dois dire que le titre m’étonne, autant je trouve que cet essai décrit très bien cette popu­la­tion regrou­pée sous le nom de « Hill­billy » autant je ne trouve aucun carac­tère élégiaque à ce récit. Sauf, et c’est sans doute l’ex­pli­ca­tion du titre, l’in­croyable téna­cité de ses grands-parents à qui il doit tout. D’ailleurs il leur adresse ce livre

Pour Mamaw et Papaw, mes Termi­na­tors à moi

Dans son intro­duc­tion, il explique très bien qu’il est excep­tion­nel, non parce qu’il est diplômé de Yale, mais parce qu’il vient de la « Rust-Belle » c’est à dire d’une région de l’Ohio qui produi­sait autre fois de l’acier et qui main­te­nant est peuplée de gens dans la misère des petits boulots ou du chômage. Cet essai m’a permis de rencon­trer une partie de la popu­la­tion améri­caine que l’on ne connaît pas très bien. Issues de l’émi­gra­tion écos­saise et irlan­daise, ces familles très soudées se sont regrou­pées dans cette région autour des acié­ries nord améri­caines. Ces usines deman­daient des hommes forts et résis­tants à la fatigue et la souf­france au travail. On voit très bien le genre de person­na­li­tés mascu­lines que cela pouvait engen­drer. Aujourd’­hui, il n’y a plus d’acié­ries et il ne reste que la misère et les mauvais compor­te­ments. Mais aussi un esprit clanique qui empêche les « Hill­billy » de partir dans des régions où l’on trouve du travail. J.D Vance est issue d’une de ces familles , et il est très bien placé pour nous décrire ce qui détruit ce groupe social. Sa mère est dépas­sée par la misère, les nombreux maris et la drogue, il lui recon­naît une qualité : elle a toujours choisi des hommes qui étaient gentils avec les enfants. J.D n’a donc pas été maltraité par ses nombreux beaux-pères. Mais ce qui l’a sauvé de la répé­ti­tion du modèle paren­tal, c’est la stabi­lité que lui a offert le foyer de ses grands-parents. Pour lui, la clé de la défaite et le plon­geon dans la misère c’est l’ins­ta­bi­lité du foyer et la clé du sauve­tage c’est au contraire un foyer stable où l’en­fant peut trou­ver des modèles sur lesquels s’ap­puyer pour affron­ter les diffé­rentes diffi­cul­tés de la vie en parti­cu­lier l’école. Venant de ce milieu très pauvre et violent, il peut en décrire les rouages de l’in­té­rieur. Une idée qui revient souvent chez lui, c’est l’im­por­tance de prendre conscience que l’in­di­vidu fait des choix : avoir un bébé sans avoir fini l’école c’est un choix, prendre de la drogue c’est un choix, frap­per un enfant c’est un choix … Mais plus que tout offrir à un enfant un milieu stable l’ai­dera à se construire, car tous les pièges du déclas­se­ment social sont là juste derrière la porte de son foyer : l’alcool, le chômage, la violence, la drogue, l’échec scolaire… Si aucun adulte n’a eu confiance dans le jeune alors il tombera certai­ne­ment, dans ces pièges. (Et pour­ront alors deve­nir le héros des romans sur les déclas­sés des USA que certains d’entre nous aimons tant !)

Pour­quoi n’ai-je mis que trois coquillages ? Car j’ai trouvé le livre répé­ti­tif , la vie et l’amour de ses grands parents sont vrai­ment très touchants et m’ont beau­coup inté­res­sée et même si je comprends bien que J.D Vance ait été obligé de passer par une descrip­tion minu­tieuse du milieu des « Hill­billy« pour nous faire comprendre, à la fois, d’où il venait et pour­quoi, il est le seul de sa commu­nauté à être sorti de Yale, c’est très (trop, pour moi !) long .

Et depuis j’ai lu les billets de Inga­mic qui pour des raisons diffé­rentes a aussi quelques réserves sur ce livre. De Kathel et de Keisha .

Citations

Sa famille

Pour employer un euphé­misme, j’ai une rela­tion « compli­quée » avec mes parents, dont l’un s’est battu toute sa vie ou presque contre une forme d’addiction. Ce sont mes grands-parents qui m’ont élevé. Aucun d’eux n’a terminé le lycée et très peu de gens dans ma famille, même élar­gie, sont allés à l’université. Les statis­tiques le prouvent : les gosses comme moi sont promis à un avenir sombre. S’ils ont de la chance, ils parvien­dront à ne pas se conten­ter du revenu mini­mum, et s’ils n’en ont pas ils mour­ront d’une over­dose d’héroïne – comme c’est arrivé à des dizaines de personnes la seule année dernière, dans la petite ville où je suis né.

Le contexte social

Au contraire, je me recon­nais dans les millions de Blancs d’origine irlando-écos­saise de la classe ouvrière améri­caine qui n’ont pas de diplômes univer­si­taires. Chez ces gens-là, la pauvreté est une tradi­tion fami­liale ‑leurs ancêtres étaient des jour­na­liers dans l’éco­no­mie du Sud escla­va­giste, puis des métayers, des mineurs, et, plus récem­ment, des machi­nistes et des ouvriers de l’in­dus­trie sidé­rur­gique. Là où les Améri­cains voient des « Hilli­liies », des « Rednecks » ou des « Whiste trash », je vois mes voisins, mes amis, ma famille.

Sa ville

Près d’un tiers de la ville, envi­ron la moitié de la popu­la­tion locale, vit sous le seuil de pauvreté. Et la majo­rité des habi­tants, elle, juste au-dessus. L’addiction aux médi­ca­ments s’est large­ment diffu­sée, les gens se les procurent sur ordon­nance. Les écoles publiques sont si mauvaises que l’État du Kentu­cky en a récem­ment pris le contrôle. Les parents y mettent leurs enfants parce qu’ils n’ont pas les moyens de les scola­ri­ser ailleurs. De son côté, le lycée échoue de façon alar­mante à envoyer ses élèves à l’université. Les habi­tants sont en mauvaise santé et, sans les aides du gouver­ne­ment, ils ne peuvent même pas soigner les mala­dies courantes. Plus grave encore, cette situa­tion les rend aigris – et s’ils hésitent à se confier aux autres, c’est simple­ment parce qu’ils refusent d’être jugés.

Exemple sordide

J’étais en première quand notre voisine Pattie télé­phona à son proprié­taire pour lui deman­der de faire répa­rer des fuites d’eau du plafond de son salon. Lorsque celui-ci se présenta, il trouva Pattie seins nus, défon­cée et incons­ciente sur son canapé. À l’étage, la baignoire débor­dait – d’où les fuites. Visi­ble­ment, elle s’était fait couler un bain, avait avalé des cachets puis était tombée dans les vapes. Le sol de l’étage était endom­magé, ainsi qu’une partie des biens de la famille. Voilà le vrai visage de notre commu­nauté : une junkie à poil qui bousille le peu de chose qu’elle possède. Des enfants qui n’ont plus ni jouets ni vête­ments à cause de l’addiction de leur mère.

Son cas personnel

Je ne dis pas que les capa­ci­tés ne comptent pas. Elles aident, c’est certain. Mais comprendre qu’on s’est sous estimé soi-même est une sensa­tion puis­sante – que votre esprit a confondu inca­pa­cité et efforts insuf­fi­sants. C’est pour­quoi, chaque fois qu’on me demande ce que j’aimerais le plus chan­ger au sein de la classe ouvrière blanche, je réponds : « Le senti­ment que nos choix n’ont aucun effet. » Chez moi, les marines ont excisé ce senti­ment comme un chirur­gien retire une tumeur.
Tu peux le faire tout donner

Faire des choix

Quand les temps étaient durs, quand je me sentais submergé par le tumulte et le drame de ma jeunesse, je savais que des jours meilleurs m’attendaient, puisque je vivais dans un pays qui me permet­trait de faire les bons choix, choix que d’autres n’auraient pas à leur dispo­si­tion. Aujourd’hui, lorsque je pense à ma vie et à tout ce qu’elle a de réel­le­ment extra­or­di­naire – une épouse magni­fique, douce et intel­li­gente, la sécu­rité finan­cière dont j’avais rêvé enfant, des amis formi­dables et une exis­tence pleine de nouveau­tés –, je me sens plein de recon­nais­sance pour les États-Unis d’Amérique. Je sais, ça sonne ringard, mais c’est ce que j’éprouve.

La classe populaire la désinformation et la presse

Certaines personnes pensent que les Blancs de la classe ouvrière sont furieux ou désa­bu­sés à cause de la désin­for­ma­tion. À l’évidence, il existe une véri­table indus­trie de la désin­for­ma­tion, compo­sée de théo­ri­ciens conspi­ra­tion­nistes et d’extrémistes notoires, qui racontent les pires idio­ties sur tous les sujets, des préten­dues croyances reli­gieuses d’Obama à l’origine de ses ancêtres. Mais les grands médias, y compris Fox News, dont la mali­gnité n’est plus à démon­trer, ont toujours dit la vérité sur la citoyen­neté d’Obama et sa reli­gion. Les gens que je connais savent perti­nem­ment ce que disent les grands médias en la matière. Simple­ment, ils ne les croient pas. Seuls 6 % des élec­teurs améri­cains pensent que les médias sont « tout à fait dignes de confiance ». Pour beau­coup d’entre nous, la liberté de la presse – ce rempart de la démo­cra­tie améri­caine – n’est que de la foutaise. Si on ne se fie pas à la presse, qui reste-t-il pour réfu­ter les thèses conspi­ra­tion­nistes qui enva­hissent sans partage Inter­net. Barack Obama est un étran­ger qui fait tout ce qu’il peut pour détruire notre pays. Ce que les médias nous disent est faux. Dans la classe ouvrière blanche, beau­coup ont une vision très néga­tive de la société dans laquelle ils vivent. Voici
La liste est longue. Impos­sible de savoir combien de gens croient à une ou plusieurs de ces histoires. Mais si un tiers de notre commu­nauté met en doute la natio­na­lité du président – malgré d’innombrables preuves –, il y a tout lieu de penser que d’autres thèses conspi­ra­tion­nistes sont elles aussi à l’oeuvre. Ce n’est pas du simple scep­ti­cisme liber­ta­rien à l’égard des pouvoirs publics, sain dans toute démo­cra­tie. Il s’agit d’une profonde défiance à l’encontre des insti­tu­tions de notre pays, qui gagne le cœur de la société.

Changement de classe sociale

Nous vantons les mérites de la mobi­lité sociale, mais elle a aussi son revers. Celle-ci implique néces­sai­re­ment une forme de mouve­ment – vers une vie meilleure, en prin­cipe –, mais aussi un éloi­gne­ment de quelque chose. Or on ne choi­sit pas toujours les éléments dont on s’éloigne.

Conséquences d’une enfance difficile

Ceux qui ont subi de multiples expé­riences néga­tives de l’enfance ont une plus forte proba­bi­lité d’être victimes d’anxiété et de dépres­sion, d’avoir des mala­dies cardiaques, d’être obèses et de souf­frir de certains cancers. Ils ont aussi une plus forte proba­bi­lité de connaître des diffi­cul­tés à l’école et de ne pas réus­sir à avoir des rela­tions stables à l’âge adulte. Même le fait de trop crier peut miner le senti­ment de sécu­rité chez un enfant, affai­blir sa santé mentale et entraî­ner à l’avenir des problèmes de compor­te­ment.

U‑Z

U

V

Vance (J.D) (Hill­billy Élégie 18 05 2020)

Varenne (Anto­nin) (La Toile du Monde 1juillet 2019)

Vignal (Hélène) ( Plan B pour l’été 10 février 2020)

Von Canal (Anne) (Ni terre ni mer 18 novembre 2019)

Vuillard (Eric) (14 juillet 17 octobre 2016) (La guerre des pauvres 7 octobre 2019)

W

Waberi (A ; Abdou­rah­man) (Pour­quoi tu danses quand tu marches 20 juin 2020)

Wagamese (Richard) (Les étoiles s’éteignent à l’aube 9 avril 2018) (Star­light 31 août 2020)

Wins­low (Don) (Du feu sous la cendre 19 octobre 2020)

X

Y

Yalom (Irvin) (Mensonges sur le Divan 12 juin 2012) (Et Nietzsche a pleuré 6 juillet 2012) (Le Problème Spinoza 28 juillet 2012) (Créa­tures d’un Jour 14 septembre 2015) (Comment je suis devenu moi-même 8 août 2018)

Z

Zeh (Julie) (Nouvel An 25 mai 2020)

Zenatti (Valé­rie) (Jacob Jacob 4 février 2019)

Zweig (Stefan) (Les joueurs d’Échecs 28 juillet 2018)