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Voici une nouvelle raison de tenir mon blog, et cette raison je la dédie à toutes celles qui ont eu ces temps derniers envie d’ar­rê­ter le leur, en espé­rant que cela leur redon­nera l’en­vie de conti­nuer car la lecture des blogs divers et variés font partie de mes plai­sirs de vie. Je me suis promis de relire un tome par été de « La recherche du temps perdu », je l’ai lu depuis long­temps et essayé plusieurs fois de le relire. Mais je me croyais obli­gée (je me demande bien pour­quoi !) de commen­cer par le début, cela fait que je connais assez bien (avec Proust , il faut toujours rester modeste sur la connais­sance de son œuvre) « du Côté de chez Swann » et « à l’Ombre des jeunes filles en fleurs ». Je pense donc qu’en dehors des chal­lenges propo­sés par les amis, on peut se donner à soi-même des défis en pensant les mettre sur son blog.

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Mettre des coquillages à ce chef d’œuvre, c’est un peu stupide, mais Proust me ravit trop et sa lecture me fait un tel bien que je veux le clamer haut et fort. De même la petite made­leine sur ma photo est quelque peu kitsch, il me pardon­nera surement mes fautes de goûts lui qui sait si bien décor­ti­quer les ressorts de l’âme humaine. « Le temps retrouvé » dans mon édition est en deux tomes, le premier commence par une soiré à Tasson­ville chez Gilberte l’épouse de Robert de Saint-Loup et est traversé par la guerre 1418. Le second par une invi­ta­tion chez la duchesse de Guer­mantes , soirée lors de laquelle Proust (ou le narra­teur de « la Recherche ») compren­dra la néces­sité dans laquelle il se trouve d’écrire son œuvre alors que tous les acteurs qu’il a dépeints jusqu’à présent sont au bord de la grande vieillesse. On y trouve, donc, les clés qui motivent la créa­tion artis­tique. Je voudrais dire à tous ceux que la lecture de Proust rebute, qu’il peut être lu de façons telle­ment diffé­rentes qu’il n’est pas possible que l’une d’entre elles ne leur corres­ponde pas. Bien sûr, il reste son style et ses phrases si longues que parfois on s’y perd, mais voilà , au début on se force, puis on s’ha­bi­tue et enfin on adore. Je tiens aussi à dire qu’on s’amuse beau­coup en lisant ce grand auteur car il sait mieux que quiconque croquer les travers de gens qui se croient telle­ment au dessus du « commun ».

Vous pouvez l’ap­pré­cier pour la justesse de l’ana­lyse de l’âme humaine, à l’op­posé de Zola (autre clas­sique relu cet été), aucun person­nage n’est forcé et même si le trait est parfois féroce, c’est toujours dit avec beau­coup d’élé­gance, ainsi, Madame Verdu­rin que l’on a vu mépri­ser les grands de ce monde au début de « la recherche », les fréquente de plus en plus et que nous dit Proust :

On peut remar­quer , d’ailleurs, qu’au fur et à mesure qu’aug­menta le nombre de gens brillants qui firent des avances à Mme Verdu­rin, le nombre de ceux qu’elle appe­lait les « ennuyeux« dimi­nua. Par une sorte de trans­for­ma­tion magique, tout ennuyeux qui était venu lui faire une visite et avait solli­cité une invi­ta­tion deve­nait subi­te­ment quel­qu’un d’agréable et d’in­tel­li­gent.

C’est telle­ment vrai !

On peut aussi savou­rer les traits d’es­prit volon­taires chez le Duc de Guer­mantes…

Si son mari arri­vait vrai­ment ou s’il n’en­ver­rait pas une de ses dépêches dont M. De Guer­mantes avait spiri­tuel­le­ment fixé le modèle : « Impos­sible venir, mensonge suit. »

… ou invo­lon­taire chez Fran­çoise :

« Au commen­ce­ment de la guerre on nous disait que ces Alle­mands c’était des assas­sins, des brigands, de vrais bandits des Bbboches. .… » Si elle mettait plusieurs b à Boches, c’est que l’ac­cu­sa­tion que les Alle­mands fussent des assas­sins lui semblait après tout plau­sible, mais celle qu’ils fussent des Boches presque invrai­sem­blable à cause de son énor­mité.

La méchan­ceté ordi­naire des salons :

Certes, je m’at­ten­dais à vous voir partout ailleurs qu’à un des grands trala­las de ma tante, puisque tante il y a » ajouta-t-elle d’un air fin , car étant Mme de Saint-Loup depuis un peu plus long­temps que Mme Verdu­rin n’était entrée dans la famille, elle se consi­dé­rait comme une Guer­mantes de tout temps et atteinte par la mésal­liance que son oncle avait faite en épou­sant Mme Verdu­rin, qu’il est vrai elle avait entendu railler mille fois devant elle , dans la famille , tandis que , natu­rel­le­ment, ce n’était que hors de sa présence qu’on avait parlé de la mésal­liance qu’a­vait faite Saint-Loup en l’épou­sant.

Dans la première partie du « Temps retrouvé » la descrip­tion de la vie pari­sienne à l’ar­rière du front est d’une justesse éton­nante, deux scènes ont retenu mon atten­tion , la première c’est Madame Verdu­rin qui, malgré les restric­tions alimen­taires dues à la guerre, a réussi à se faire pres­crire « son » crois­sant du matin par le docteur Cottard accom­pa­gnant son café , car, sans ces deux ingré­dients, elle souffre de migraines. Elle lit avec « Horreur » le torpillage du Lusi­ta­nia tout en essuyant les miettes de son crois­sant. Et à l’op­posé , lorsque l’un des neveux de Fran­çoise se fait tuer sur le front, lais­sant une très jeune veuve tenir seul un café qu’ils venaient d’ache­ter, l’oncle et la tante du jeune homme qui vivaient une retraite tran­quille vien­dront l’ai­der à tenir ce café sans se faire payer.

On peut aussi appré­cier des descrip­tions aussi bien des lieux que des person­nages, j’ai beau­coup aimé cette évoca­tion de la vieillesse :

.. qu’on eût dit qu’elle était un être condamné, comme un person­nage de féerie, à appa­raître d’abord en jeune fille, puis en épaisse matrone, et qui devien­drait sans doute bien­tôt en vieille bran­lante et cour­bée. Elle semblait, comme une lourde nageuse qui ne voit plus le rivage qu’à une grande distance, repous­ser avec peine les flots du temps qui la submer­geaient.

ou de la prin­cesse de Nassau :

Née presque sur les marches d’un trône, mariée trois fois, entre­te­nue long­temps et riche­ment par de grands banquiers, sans comp­ter les mille fantai­sies qu’elle s’était offerte, elle portait légè­re­ment, comme ses yeux admi­rables et ronds, comme sa figure fardée et comme sa robe rose, les souve­nirs embrouillés de ce passé innom­brable.

Enfin dans la deuxième partie, la réflexion sur la créa­tion artis­tique est abso­lu­ment passion­nante, c’est plus compli­qué de donner des cita­tions appro­priés à son propos, j’ai été parti­cu­liè­re­ment sensible à la néces­sité d’écrire et à la force qu’il lui faut pour abou­tir dans ce projet, en parti­cu­lier ne pas se lais­ser diver­tir par les événe­ments du monde pour éviter d’écrire

Aussi combien se détournent de l’écrire, que de tâches n’as­sume-t-on pas pour éviter celle-là. Chaque événe­ment, que ce fût l’af­faire Drey­fus, que ce fût la guerre, avait fourni d’autres excuses aux écri­vains pour ne pas déchif­frer ce livre – là, ils voulaient assu­rer le triomphe du droit, refaire l’unité morale de la nation, n’avaient pas le temps de penser à la litté­ra­ture. Mais ce n’étaient que des excuses parce qu’ils n’avaient pas ou plus de génie, c’est à dire d’ins­tinct. Car l’ins­tinct dicte le devoir et l’in­tel­li­gence four­nit des prétextes pour l’élu­der.

Enfin lire Proust c’est se réga­ler de petites phrases telle­ment justes :

Les vrais para­dis sont ceux qu’on a perdus

Et ne peut-on dire cela aujourd’­hui encore pour tous ceux qui se font leur opinion à travers les média ? :

Ce qui est éton­nant, dit-il, c’est que ce public qui ne juge ainsi des hommes et des choses de la guerre que par les jour­naux est persuadé qu’il juge par lui-même.

Je termine par cette phrase que je trouve si belle :

Le bonheur est salu­taire pour le corps, mais c’est le chagrin qui déve­loppe les forces de l’es­prit.

Un site parmi tant d’autres que je recom­mande à tous ceux et celles qui veulent se fami­lia­ri­ser avec Proust et ceux et celles et ceux qui veulent savou­rer leur plai­sir de lecture avec un vrai connais­seur : Proust ses person­nages.

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Un livre au sujet de Proust rassem­blant neuf écri­vains appré­ciant pour des raisons diffé­rentes la Recherche, : Laura El Makki, Antoine Compagnon,Raphaël Entho­ven, Michel Erman, Adrien Goetz, Nico­las Grimaldi, Julia Kris­teva, Jérôme Prieur, Jean-Yves Tadié.

Ils ont chacun leur Proust et, durant l’été 2013, ils l’ont raconté sur les ondes de France Inter. Je n’écoute pas souvent la radio l’été , mais ce livre me le ferait regret­ter. J’ai lu avec beau­coup d’in­té­rêt ce recueil, il m’a permis de revivre des bons moments de ma lecture de La Recherche , à la vérité les meilleurs moments sont les extraits de l’œuvre de ce si grand écri­vain. Je pense que ce petit livre peut amener de nouveaux lecteurs qui ont encore peur du style de Proust. Pour les autres ceux et celles qui lisent et relisent La Recherche, nous nous sentons en commu­nion avec des idées que nous avons eues ou qui nous appa­raissent comme justes.

Si je ne suis pas plus enthou­siaste, c’est que j’ai trouvé diffi­cile de passer d’un critique à l’autre.C’est un peu comme les nouvelles, mais en plus diffi­cile : on commence par s’ins­tal­ler dans un style dans un mode de pensée et il faut en chan­ger sans en avoir envie. À chaque fois, ça m’a fait perdre les premières pages du penseur suivant car je regret­tais la pensée que je venais de quit­ter. Enfin, il m’a manqué, ce qui pour moi fait le sel de Proust, c’est son humour. Cette écri­vain qui croque avec tant de préci­sion toutes les couches de la popu­la­tion est parfois très drôle . Je me souviens de la scène où Fran­çoise est complè­te­ment indif­fé­rente à la souf­france de la jeune bonne, alors qu’elle est boule­ver­sée à la lecture des mêmes maux dans le livre de méde­cine du père du narra­teur.

En dehors de ces deux remarques, je dois dire que je n’ai pas réussi à quit­ter ce livre pendant une dizaine de jours et je sais que je le reli­rai souvent car j’ai toujours du mal à passer beau­coup de temps sans Proust. J’ai enfin relu Sodome et Gomorrhe qui ne m’avait pas plu à la première lecture, et j’ai été contente de lire dans ce livre à quel point Marcel Proust a écrit sans far et sans gêne ce qu’é­tait l’ho­mo­sexua­lité à son époque.

Citations

Antoine Compagnon au sujet de Swann et d’Odette et du narrateur avec Albertine

Car la jalou­sie est une psycho­lo­gie de l’ima­gi­naire. Pas plus qu’il n’y a de jalou­sie sans soup­çon, pas plus n’y a‑t-il en effet de soup­çon sans imagi­na­tion. Or, le propre du soup­çon est que notre imagi­na­tion du possible lacère l’image que nous avons du réel. Dès que nous avons perdu de vue la femme dont nous sommes jaloux, que n’en pouvons nous imagi­ner ? Où est-elle en ce moment ? Qu’y fait-elle ? Avec qui ? Comment ? Le jaloux tente alors de l’ima­gi­ner. En l’ima­gi­nant , il se le repré­sente , il le mime inté­rieu­re­ment, il le ressent, il le vit.

Au sujet de l’amour

Il y a donc, à l’ori­gine de tout amour, une sorte d’illu­sion, de méprise ou de quipro­quo . Cette illu­sion consiste à prendre pour des proprié­tés objec­tives de la personne les fantasmes subjec­tifs que produit notre imagi­na­tion à son sujet.

Une jolie phrase de Proust citée par Julia Kristeva

Le seul véri­table voyage, (.….) ce ne serait pas d’al­ler vers de nouveaux paysages, mais d’avoir d’autres yeux.

Je partage l’opinion de Michel Erman à propos de l’œuvre de Proust

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Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

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J’ai beau­coup aimé les 100 premières pages du roman. Je suis une incon­di­tion­nelle de l’œuvre de Proust et j’ap­pré­cie tout ce qui peut nous rappro­cher de ce grand écri­vain. Le parti pris de Pierre-Yves Leprince est amusant : imagi­ner les mémoires d’un cour­sier au service d’un hôtel où aurait résidé Marcel Proust. Connais­sant bien « La recherche du temps perdu » , l’au­teur s’amuse à faire revivre diffé­rents traits de carac­tère du narra­teur de ce grand roman en les mêlant, plus ou moins habi­le­ment, à ce qu’on connaît de la vie réelle de Proust, sa santé, son amour pour sa mère, son goût pour les expres­sions et sa façon de repé­rer les tics de langage des uns et des autres.

Le roman se veut aussi un pastiche des romans poli­ciers d’Aga­tha Chris­tie, nous suivons donc l’en­quête du célèbre écri­vain et du jeune cour­sier pour éluci­der deux meurtres qui, comme par hasard, ont lieu pendant le séjour de Marcel Proust à Versailles. Cela permet à l’au­teur de ce roman de nous faire comprendre à quel point à la minu­tie du roman corres­pond une minu­tie de « l’en­quête » à propos des gens, des lieux, des couleurs , des mœurs de tout un chacun.

Le respect du jeune cour­sier permet à Pierre-Yves Leprince d’ex­pri­mer toute son admi­ra­tion pour Marcel Proust et de nous en faire un portrait fort sympa­thique mais avait-il besoin de cela ? En effet, qui, aujourd’­hui, a une image néga­tive du petit Marcel ? J’ai bien aimé la pein­ture des rapports des gens « de basse extrac­tion » et ceux « de la haute », je me suis amusée au début de tous les clins d’œil à l’œuvre de Proust et puis comme à chaque fois qu’un roman tient à un procédé, celui-ci finit par me lasser. Et l’en­quête poli­cière m’a tota­le­ment ennuyée.

Citations

Les classes sociales les « petites gens » :

En ce début du XXe siècle les petites gens disaient toujours oui à tout.
Mon patron disait toujours « quand tu ne sais pas quelque chose, tais-toi, le silence impres­sionne les clients, ils croient que nous réflé­chis­sons à leur problème, ils sont contents. »

Remarque sur l’intelligence

Vous me croyez intel­li­gent, n’ou­bliez jamais que l’in­tel­li­gence d’une personne peut dispa­raître d’un coup , sous l’ef­fet de passions aussi folles que la colère et le jalou­sie, pour lais­ser place à la bêtise la plus bête la plus méchante.

On en parle

Pour l’ins­tant je n’ai lu des billets que sur Babe­lio et un blogueur qui a beau­coup aimé Le bouqui­neur.

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J’ai abso­lu­ment adoré la première partie de ce roman. Un peu moins la seconde , lors­qu’on voit, en 1943 et 1944, le « Tout Paris » essayer de revivre de façon futile autour du monde du spec­tacle. Le roman commence par l’en­ter­re­ment à Saint Pierre de Chaillot de : « Prin­cesse Natalie,Marguerite, Marie, Pauline de Lusi­gnan, duchesse de Sorrente. 7mai 1908-10 février 1945 » . Le roman raconte la lente et inexo­rable destruc­tion de cette jeune femme morphi­no­mane . La première partie se passe à Cannes où la famille se trouve « coin­cée » jusqu’en 1943. Coin­cée cela veut dire que la famille a du mal à rece­voir exac­te­ment comme elle l’a toujours fait.

À la mort de sa mère la riche Améri­caine prin­cesse Elisa­beth de Lusi­gnan, Nata­lie apprend qu’elle est la fille natu­relle de Paul Mahl un riche juif ami de son père le prince de Lusi­gnan. En plus d’être une bâtarde elle est donc confron­tée au monde juif et sous la botte des nazis cela prend un tout autre sens que dans les salons du micro­cosme de l’aris­to­cra­tie pari­sienne. Nata­lie n’était pas capable de se défendre d’un milieu oppres­sant, elle était faite pour une vie de salon à la Marcel Proust, auteur qu’elle découvre et qu’elle comprend. Sa rencontre avec la morphine lui sera fatale et lui enlè­vera toutes ses forces. Quand la famille retourne à Paris , cette femme droguée est enva­hie de pulsions et de révoltes qu’elle n’ar­rive pas à assu­mer. Elle aurait voulu être plus coura­geuse et pouvoir répondre à sa petite fille en pleurs : « mais qu’est ce qu’on leur fait aux juifs , quand on les arrête ? » . Sa révolte se limi­tera à une sortie chez la prin­cesse Murat :

« Les juifs sont deve­nus des morts-vivants, tout leur est inter­dit. Ils sont plus ostra­ci­sés que des lépreux au Moyen Age ! « .

Ambiance glaciale garan­tie, dans ce Paris mondain qui, comme Nata­lie me dégoûte quelque peu. Comme elle, et cela grâce au talent de Pauline Drey­fus , le grand écart se creuse entre les soucis des récep­tions (quelle robe ? quel plat ? quelles conver­sa­tions ?) et les familles juives qui dispa­raissent peu à peu. Comme Nata­lie, j’ai envie de les secouer tous ces Cocteau, Guitry invi­tés chez les Murat, Noaille Trémoïles et autres… et leur deman­der s’ils savent répondre à cette petite fille en pleurs : « mais qu’est ce qu’on leur fait aux juifs , quand on les arrête ? ». Comme elle, je n’au­rais peut-être pas eu le courage d’al­ler plus loin dans ma révolte que de ne plus traver­ser les Champs-Élysées inter­dits aux juifs ( tiens, je ne le savais pas !) et monter dans le dernier wagon du métro le seul auto­risé aux juifs. Il me reste à parler du style de cette auteure, son sens de la formule est abso­lu­ment admi­rable et drôle. C’est un livre qui se lit vite et qui fait du bien alors qu’il raconte une histoire bien triste et une époque abomi­nable.

Citations

Les conventions

Pas un bal où elle ne s’affichât auprès du jeune André Mahl, au point de scan­da­li­ser les maîtresses de maison, ulcé­rées que la jeune fille préfé­rât ce jeune homme « israé­lite » à tant d’autres jeunes gens dont le sang, était lui irré­pro­chable. Nata­lie était certes la moins jolie des sœurs Lusi­gnan, mais de là à « s enjui­ver ». Tapie derrière les éven­tails, augmen­tée de points d’ex­cla­ma­tion, la répro­ba­tion se propa­geait.

L’argent et la « noblesse »

Un jour que la cousine de son mari d’au­tant plus à cheval sur sa généa­lo­gie qu’au­cun parti ne lui semblait à la hauteur de la sienne, lui avait lancé : « Mais au fond votre nom ne vaut rien ! » . Élisa­beth avait eu assez d’es­prit pour lui répondre « Pas au bas d’un chèque. .. »

La noblesse d’empire

Partout où l’empereur est passé, il se sent un peu chez lui . Jérôme n’a rien fait d’ex­cep­tion­nel dans sa vie, celle de ses ancêtres lui tient lieu de carte de visite.

L’art de la formule de Pauline Dreyfus

De toute façon, la duchesse douai­rière de Sorrente n’a jamais aimé les enfants, non plus que les contacts physiques qui prési­daient à leur arri­vée. Sitôt après la nais­sance d’un fils , elle s’était esti­mée quitte avec son mari et avait défi­ni­ti­ve­ment condamné la porte de sa chambre. Elle s’était réfu­giée dans la lecture et la médi­sance, deux acti­vi­tés qui accom­plie avec sérieux, auraient suffi à emplir la jour­née de n’im­porte qui.

Ce qui ne se fait pas

Les frasques d’Élisabeth sont indu­bi­ta­ble­ment à ranger dans la case « ce qui ne se fait pas ». Dans la même nomen­cla­ture, il y a le divorce, le mariage avec une demoi­selle ayant du sang juif(du sang protes­tant à la rigueur, si la jeune personne porte le nom d’une grande banque), et la bâtar­dise assu­mée. Tous ces compor­te­ments qui engendrent la pire des cala­mi­tés pouvant s’abattre sur une famille : « le scan­dale ». En puriste des monda­ni­tés, il aurait volon­tiers ajouté à cette liste le fait de manger son dessert avec une cuillère…

On en parle

Chez Clara, et Mimi­pin­son.

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Traduit du Turc par Ferda Fidan.

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Atten­tion Piège ! Voilà, j’ai trouvé une formule choc pour vous donner envie de vous lancer à l’assaut de ces 700 pages. Pour­quoi piège ? Car, lorsque vous aurez commencé « Istan­bul était un conte », vous ne pour­rez plus vous arrê­ter. Comme moi, vous empor­te­rez votre livre partout, espé­rant grap­piller quelques moments de lecture dans votre vie de tous les jours et rejoindre cet écri­vain dans sa lente déam­bu­la­tion à travers Istan­bul et la famille Ventura.

C’est un livre magique. Mario Levi vous enferme hors du temps, hors de vos repères habi­tuels. Il se construit devant vous en tant qu’écrivain témoin de la commu­nauté juive d’Istanbul. Il a reçu en héri­tage tant d’histoires qui, à elles seules, auraient pu être la matière de centaines de romans qu’il donne l’impression à son lecteur que sa place d’écrivain était en quelque sorte prédes­ti­née.

Que serait la société litté­raire du début du 20° Siècle fran­çais sans Marcel Proust ? De la même façon, que serait la mino­rité juive stam­bou­liote sans Mario Levi ? Et comme pour l’auteur fran­çais, auquel on le compare souvent, au delà du parti­cu­la­risme local, c’est bien de nous et de toute la condi­tion humaine dont il s’agit. Tout en étant très ancré dans cette ville de tradi­tions, le roman se fait l’écho des conflits du monde qui frappent les membres de la commu­nauté.

Mario Levi se promène et nous promène, à travers trois géné­ra­tions de la même famille, pour la plupart habi­tant à Istan­bul. Racon­tant avec préci­sion leurs métiers, leurs histoires d’amour, leurs rites reli­gieux, leur façon de parler, leurs recettes de cuisines, il redonne vie à tous ceux dont il se sent l’héritier. Pour finir, je lui laisse la parole, pour qu’il vous dise sa façon, le pour­quoi de ce livre :

« Témoi­gner c’est se sentir respon­sable .Peut-être avais-je mis du temps à saisir mon rôle dans la pièce mais j’y étais parvenu. Je me multi­plie­rais en obser­vant tout, et en écou­tant les propos échan­gés. C’était aussi un jeu d’écoute. »

Citations

Mais il y a tant d’individus qui n’ont jamais connu de véri­tables réus­sites et qui ont besoin de l’insuccès des autres pour camou­fler le leur

Respi­rer la même nuit, au même endroit, ne consti­tuait donc pas un garde fou évitant de tomber dans des soli­tudes s’ignorant l’une l’autre….

Il avait trente-neuf ans lorsqu’il partit pour des campas de concen­tra­tion ? Et, quand il revint, son âge n’avait plus aucune impor­tance.

Nul n’aurait pu imagi­ner que l’Allemagne trahi­rait un jour si cruel­le­ment l’humanité, ni Liman von Sanders, ni personne.

On en parle

Un nouveau site BOOK’ING

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Pour­quoi des lunettes de soleil ? Parce que je l’ai lu sur la plage et je dois dire que j’ai un petit compte à régler avec Jérôme et Keisha (c’est chez eux que j’avais noté ce livre) : j’ai éclaté de rire à la lecture de l’in­tro­duc­tion et vous savez quoi ? ça ne se fait abso­lu­ment pas sur la plage de Dinard, j’ai dérangé, de ce fait, beau­coup de gens très bien par mon rire intem­pes­tif. Alors, tant pis pour vous, si vous ouvrez votre ordi sur votre lieu de travail et que vous allez sur Luocine pour, soi-disant lire son billet sur Proust, je vais vous la reco­pier cette fameuse intro­duc­tion et si vous riez aussi fort que moi, votre collègue sera bien étonné que ce soit le petit Marcel qui vous fasse cet effet :

« Je suis désolé, ma chérie, je l’ai sautée par inad­ver­tance. »
Je comprends qu’un homme puisse sauter une femme par dépit, par vengeance, par pitié, par compas­sion, par désœu­vre­ment, par curio­sité, par habi­tude, par excitation,par inté­rêt, par gour­man­dise, par néces­sité, par charité, et même parfois par amour. Par inad­ver­tance, ça non. Pour­tant ce substan­tif vint spon­ta­né­ment à l’es­prit de Marc, lorsque je le pris sur le fait avec sa maîtresse.

Défi­ni­tion d’inad­ver­tance : « défaut acci­den­tel d’at­ten­tion, manque d’ap­pli­ca­tion à quelque chose que l’on fait ».

Faut-il le dire ? Quand j’ou­vris cette porte, ce que je vis n’avais rien d’un manque d’ap­pli­ca­tion. Bien au contraire. Il s’agis­sait d’un excès de zèle érotique carac­té­risé. En tout cas, le porc qui vit à mes côté ne m’a pas sauté avec autant d’inad­ver­tance depuis long­temps…

À la défi­ni­tion, le diction­naire acco­lait une cita­tion de Martin du Gard : « Antoine ne voulait pas se lais­ser distraire une seconde de cette lutte pres­sante qu’il menait contre la mort. La moindre inad­ver­tance, et ce souffle vacillant pouvait s’éva­nouir. »

Cela faisait déjà un bout de temps, chez moi, que le souffle vacillant mena­çait de s’éva­nouir. Plusieurs années sans doute. Cette inad­ver­tance fut de trop et déclen­cha tout le reste.

Ensuite, tout sera un enchai­ne­ment d’his­toires toutes plus impro­bables les unes que les autres, chaque récit est loufoque et montre une qualité d’in­ven­tion extra­or­di­naire. La seule ques­tion que je me pose, c’est pour­quoi je ne l’ai pas lu plus tôt, puis­qu’il a fallu que j’at­tende son second roman toujours chro­ni­qué par Jérôme  et Keisha pour lire celui-ci qui était bien sage­ment dans ma liste. Parfois le mot loufoque me fait fuir, si c’est votre cas, je peux vous rassu­rer car le récit est d’une logique impla­cable, simple­ment tout est inventé. J’adore ce genre de textes, vous ne connais­sez pas les rats-taupes, ni les vierges de Barhoff, ni le syndrome de Paul Sheri­dan, alors il est plus que temps de vous lancer dans la lecture de « la Frac­tale des ravio­lis« ça fait quand même du bien d’être moins bête et telle­ment plus heureux quand on referme un livre.