Éditions Les Allusifs, 183 pages, septembre 2007

Traduit du danois, par Elena Balzomo

 

J’ai mis ce roman dans le mois des feuilles allemandes, car cela concerne complètement les Allemands après la période Nazie, même si l’auteur est danois, sa mère, elle, était allemande son père danois. Hélas pour eux, ils vivent tous les trois dans un petit village du bord de mer baltique, tous les habitants détestent cette femme et tous les enfants feront souffrir leur fils en l’appelant « cochon d’Allemand ».

L’auteur raconte son enfance et décrit les membres de sa famille, c’est à la fois triste et drôle. Son grand père paternel s’est ruiné dans des projets si peu réalistes, ou tellement en avance sur son temps. Leur fils qui sera le père de Knud mène, au contraire, une vie très réglée et ne laissant place à aucun imprévu, sauf de … tomber amoureux d’une allemande qui subira l’opprobre de tout un village. La famille de sa mère est marquée par un grand-père tyrannique, et on découvre peu à peu qu’Hildegarde loin d’être nazie a fait partie de la résistance au régime hitlérien. Elle est beaucoup plus courageuse que la plus part des villageois danois.

Enfin Knud, il est totalement isolé aucun enfant n’accepte de jouer avec lui, et ils prennent plaisir à le brutaliser. Il adore sa mère et est désespérée de voir tous les efforts qu’elle fait pour se faire accepter, tous les gens lui tournent le dos (au sens propre) et malgré cela elle reste fière et sert les dents. Elle se console, hélas, avec l’alcool et le tabac.

Ce roman raconte aussi l’après guerre en Allemagne avec l’occupation russe tant redoutée et l’absence de dénazification. Pour les familles c’est une période de débrouille difficile pour tout le monde, mais là encore c’est grâce au courage d’Hildegarde que la famille retrouvera un peu de bien-être et une partie de leurs biens.

Ce roman n’est pas très facile à lire car ce n’est vu que du point de vue de l’enfant au gré des visites familiales, donc ce n’est pas un récit linéaire. J’ai dû faire un effort pour m’y retrouver au milieu de tous les membres de sa famille. Mais c’est un éclairage très nouveau pour moi sur l’après guerre en Allemagne et au Danemark . Le racisme ordinaire produit partout les mêmes effets et les Danois des années 50 dans le monde rural en sont une parfaite illustration.

Extraits.

Début.

 J’ai toujours eu peur de mon grand-père, pour moi, il était « Papa Schneider ». J’ignorais aussi bien son vrai nom que son prénom, ce qui, du reste, n’avait aucune importance, car il ne me serait jamais venu à l’esprit de l’appeler par son prénom. Il n’était pas du genre à encourager la familiarité.
 Papa Schneider avait un visage balafré : des kilomètres de cicatrices, uniquement sur la joue gauche. Des souvenirs, du siècle passé, il faisait alors partie de quelques « Schlägerverein », cercle de bagarreurs. Ces gens-là mettaient leur point d’honneur à se taillader mutuellement la face avec un sabre – debout, sans sourciller, le bras gauche replié derrière le dos.

 

Un ancien soldat allemand.

 Oncle Helmut croyait aux esprits et il avait de bonnes raisons de le faire. À l’âge de dix sept ans, il avait été envoyé sur le front de l’est : il devait marcher sur Stalingrad ; deux millions de morts plus tard, après avoir retraversé en sens inverse l’hiver russe, il revint, trois orteils et l’entendement en moins. Il avait vu ses aïeux l’accompagner en le protégeant des balles et du froid, et même s’il réussit à revenir vivant au pays, il ne réussit jamais à revenir à lui-même. Il vécut dans le passé, entouré de ses proches et des fantômes qu’il était le seul à voir, les images hallucinant de la vie d’antan fut tout ce qu’il lui resta après la guerre.

Portrait de son père.

 Père était aussi bon que la journée était longue, son visage irradiait comme le soleil. Il ne buvait pas, il ne fumait pas, il se couchait tôt et se levait de bonne heure, je ne l’ai jamais entendu jurer. Il arrivait toujours à l’heure, s’acquittait bien de son travail, payait les impôts, commençait à freiner cent mètres avant les feux, même quand ils étaient au vert (quand nous les atteignons, ils avaient eu le temps de passer au rouge). Il se levait instinctivement si un supérieur lui téléphonait et ne mettait jamais une fiche dans la prise sans avoir lu le mode d’emploi. Il était impeccable dehors comme dedans, sa conscience était aussi propre que sa chemise, sa cravate était toujours bien nouée, ses chaussures brillaient, et son costume pouvait se tenir debout tout seul. 
Agent d’assurance de son métier, père s’assurait tous les jours contre le moindre imprévu.

Sa ville natale.

Nykøbing Falster est une ville si petite qu’elle se termine avant même d’avoir commencé. Quand on est dedans, on ne peut pas en sortir, et quand on est dehors, on ne peut pas y entrer. Dans les deux cas, on se retrouve du mauvais côté, et la seule preuve de son existence est l’odeur qui imprègne les vêtements : en été, ça sent l’engrais, en hiver, la betterave à sucre. C’est à cet endroit que je naquis en 1960, et c’était la façon la plus sûre de ne pas exister du tout.

L’après guerre en Allemagne.

Après la guerre, Manfred Roeder, le procureur général, celui qui les avait fait assassiner, avait été acquitté. Il avait personnellement insisté pour que les peines de prison, trop « clémentes » fussent commuées en condamnation à mort pour les femmes coupables de n’avoir pas fait de dénonciation, même pour Liane qui n’avait que dix neuf ans. Après l’exécution, il avait téléphoné au père de Horst Heilmann et il lui avait dit d’un ton sacastique : « Ihr Sohn ist ausgelöscht », votre fils est liquidé, puis lui avait fait envoyer la facture, trous cents reichmarks. Roeder n’avait fait que son devoir, affirmait l’avocat général en classant le dossier en 1951. Le bourreau put se retirer dans sa villa dans la Hesse et reprendre sa carrière d’homme de loi, il finit même président du conseil paroissial.

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