
Éditions Casterman, 196 pages, septembre 2025
Je lis peu de BD, mais j’ai vu celle-ci passer sur la blogosphère, un grand merci Gambadou. C’est un travail absolument superbe, en si peu de mots, l’artiste sait nous faire comprendre toute la souffrance des femmes iraniennes. J’aime ce genre de BD : quand les dessins sont au service de l’histoire, que le récit n’existerait pas avec la même force sans les images, et que celles-ci prennent tout leur poids par un texte sans un mot de trop.
C’est le cas ici, élevée par un père ordinairement tyrannique iranien, Mansoureh Kamari a eu peur toute sa vie, et essaie de se réapproprier son corps alors qu’elle vit en France. Elle cherche dans le dessin de son corps nu ce qui peut être la raison de la fureur des hommes dont la raison est dévorée par l’islam, elle cherche aussi à fuir ses traumatismes mais on sent que c’est encore tellement douloureux pour elle ! Je n’oublierai ni les pleurs de sa mère, ni tous les gestes qu’elle doit subir de la part des hommes qu’elle rencontre (par exemple, le professeur d’université qui joue avec son sexe devant elle alors qu’elle lui montre son travail !) . Lorsqu’une journaliste veut la filmer en train de dessiner, elle retrouve le sentiment de viol de son intimité et elle ne peut le supporter.
On peut offrir cette BD à toutes les jeunes filles qui se voilent en France.
C’est un livre très fort qui m’a beaucoup émue. Je vous ai photographié un passage particulièrement émouvant et ainsi vous verrez la qualité de ses dessins :
mais moi je rajoute des mots, vous avez bien lu ? les gardiens de la révolution violent les jeunes filles en prison condamnées à mort car si on les tue vierge elles vont au paradis, et on fait payer le prix de la balle à leurs parents ! ! !
Extrait :
Marcher dans la rue sans tchador.
J’ai 18 ans, je progresse dans l’avenue Vali ASR (…)
la plus longue avenue de Téhéran, qui va du Nord au Sud de la ville. Des maisons des riches du Nord aux cabanes des plus démunis du Sud. J’aime marcher seule dans cette rue et me perdre dans mes pensées.
Mais dans cette rue, la solitude est de courte durée pour une jeune fille.
Je suis déshabillée par les regards appuyés qui m’entourent et m’écœurent
Les bouches nauséabondes murmurent …
Elles s’approchent si près de moi …
Que je peux sentir la chaleur de leur souffle indécent ..
Sale pute ! Beau cul ! Salope ! J’ai envie de toi ! Ma bite dans ta bouche ! Suce là ! Petite chatte tu suces ! Tu vas me faire jouir !
Des paroles impures qui rongent mon âme et font perler la sueur froide sur mon front.





