Éditions autrement, 309 pages, février 2015

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Mathilde Bach

 L’homme n’est chez lui ni dans la civilisation ni dans la nature – parce que nous sommes des aberrations coincées entre deux états.

 

Avec la bibliothécaire de la médiathèque de Dinard, nous avons décidé de nous intéresser aux livres qui ne sortent jamais. Celui-ci en fait partie, les raisons pour lesquelles il n’a jamais été choisi peuvent être multiples, la plus bizarre d’entre elles c’est sa position dans la médiathèque, Les rayons du bas sont largement ignorés par les lecteurs et lectrices (dont je fais partie) qui n’aiment pas se baisser. Nous aurons donc un thème cette année à notre club de lecture pour sauver du « pilon » des livres en quête de lecteurs.

Ce roman aurait dû trouver son public, il est hors norme et très prenant. Il s’agit d’une chasse à l’homme (et à une femme) à travers les régions, les plus froides et les plus hostiles de l’Alaska. Il y est beaucoup question des loups dont un des personnages est un spécialiste : Russel Corre. C’est un homme âgé qui toute sa vie a observé et écrit sur les loups. Il est appelé par une femme, Medora qui a lu ses livres car, dit-elle son fils de 7 ans a été tué par des loups. Cela se passe dans une petit hameau Keelut, qui n’est reliée par aucune route à une ville plus importante. Les habitants semblent vivre hors du temps et de la civilisation, ils semblent victime d’une malédiction comme si le « mal » pouvait à tout moment s’abattre sur eux. C’est ce qui va d’ailleurs leur arriver. Il se manifestera par la main cruelle et sans pitié de Slone, le mari de Medora à la recherche de sa femme. Celui-ci revient de la guerre en Irak sans doute et il a appris à tuer sans remords , tous ceux qu’on lui désigne comme « ennemi » et ceux qui ne respectent pas « son » code de l’honneur.

C’est un roman d’une violence incroyable et en dehors de toute morale, c’est le genre de romans que je n’apprécie pas en général, mais j’ai vraiment été captivée par la force de l’écriture qui est mis eau service de descriptions d’une nature hostile et glacée et des hommes proches des comportements des animaux . Les loups sont, eux, emprunts de noblesses et de rationalité contrairement à Slone et à beaucoup des habitants de ce village.

La fin est à l’image du récit : hors norme et amoral, mais je ne peux pas vous en dire plus dommage, j’aimerais bien !

En recherchant sur les blogs que je connais depuis quelques années, j’ai vu que Kathel en avait fait une pépite en 2025, soutenue par Dominique.et grâce aux commentaires j’ai trouvé et Aifelle et Ingannmic.

Extraits

Début.

 Les loups, descendirent des collines et prirent les enfants de Keelut. Le premier enfant disparut alors qu’il tirait sa luge sur les hauteurs du village. La semaine suivante, une autre fut enlevée tandis qu’elle longeait les cabanes près de l’étang gelé. Et voilà qu’au milieu des volutes, blanches de l’hiver, un troisième était arraché à leur village, celui-ci sur le seuil même de sa maison. Sans un bruit – nul cri, d’homme ou de loup, pour témoin.

La nature.

 Il connaissait les choses de la nature.
 Chez les lions, un quart de la mortalité est causée par les infanticide. Le bar mange sa propre progéniture si elle ne nage pas assez vite pour lui échapper.
 Les femelles du cochon et du lapin étouffent leurs petits lorsqu’ils sont faibles ou malades, ou bien lorsque la nourriture vient à manquer. Cela s’appelle le « savaging ».
 Les chiens de prairie tuent un ombre tellement important de leurs petits que c’est pratiquement devenu un sport chez eux. 
 Les rats mangent leurs petits, quand ils sont blessés ou difformes. Mais ce sont des rats.
 Des guêpes des requins de mer. Des otaries. Des hirondelles.
 Ces dauphins, dont nous admirons tellement l’intelligence : ils sont capables de tuer un nouveau-né avec leur bec, en l’enfonçant dans la chair de l’animal. Jusqu’à ce qu’il meure, comme dans une mêlée mortelle.
 Plus de quarante espèces de primates tuent leurs progénitures. Et nos ancêtres ? Darwin doutait de leurs participations à ce genre de barbarie, ils n’étaient pas aussi « pervertis » écrivait-il. Goodfall fit l’état dans ses observations de femelles chimpanzés, tuant et mangeant des bébés chimpanzés.
 Chez certains babouins trente pour cent de la mortalité infantile, relève de l’infanticide.
(…)
 Il existe pas une seule culture sur terre qui n’ait jamais vu une mère tuer son enfant.

Le début d’une longue, très longue série de meurtres.

 Le gros (policier) s’adressa ça à eux de derrière :
– Vous voulez bien nous suivre, les gars ? On a du café qui nous attend là-bas du bon café, qui vous réchauffe un homme. Une lampée de bourbon la-dedans et vous serez comme neuf.
Slone referma sa braguette et prit le calibre .45 de Cheeon dans le noir. Il se retourna et tira à bout portant sur le gros, en plein visage à moins d’un mètre. 
Il abattit l’autre d’une balle dans le front. 
Il s’effondrèrent devant la portière de leur véhicule et Saône, debout à côté d’eux, leur logea à chacun une autre balle dans l’oreille, avant de rengainer l’arme à la ceinture. Cheeon, lui tendit une lampe torche et Slone repéra des fragments de crâne et de cerveau en train de geler collés à la carrosserie.

Le froid.

 Mais pour nous, ici, moins vingt, c’est de la rigolade. Moins trente , il faut faire un petit peu plus attention., moins quarante, on fait en sorte d’être toujours à moins de cinq minutes d’une source de chaleur. Moins cinquante, on ne sort même pas de chez nous. Chez les gens qui vivent aux abords de la ville, dans les cabanes qui ne sont pas raccordées aux réseaux, il y en a parfois qui sortent par moins cinquante, pour aller jusqu’au lit d’une rivière glacée chercher de l’eau. Pensant n’en avoir que pour une vingtaine de minutes, ils ne s’habillent pas correctement, et ils ne reviennent jamais. Pris dans la glace, comme des statues.

23 Thoughts on “Aucun homme ni dieu – William GIRALDI”

  1. C’est une excellente idée de sortir ainsi les livres négligés ! Comme tu le dis, leur emplacement peut jouer, ce qui veut dire que cela peut varier d’une bibliothèque à l’autre… Je nenm’etais jamais fait cette réflexion, et je vais me pencher un peu plus souvent désormais dans les rayonnages !

    • Je pensais que dans une autre vie j’aurais aimé être bibliothécaire mais après cet été durant lequel j’ai lu des livres qui ne sont jamais sortis, j’avoue me sentir impuissante pour motiver les utilisateurs à lire des livres qui ne font pas de bruit dans les médias.

  2. J’étais en train de le noter, avant de me rendre compte que je l’avais lu… notamment suite au conseil de Katehl d’ailleurs.

  3. Un roman injustement délaissé, si je comprends bien.

  4. C’est une bonne idée de mettre en avant des livres qui ne sortent pas… mais sans doute un peu vain aussi, à voir comme ce sont toujours les mêmes qui sortent…
    J’en ai un bon souvenir, un peu vague, mais ça tient plus à ma mémoire qu’à l’intérêt du livre. ;-)

  5. Athalie on 27 septembre 2026 at 08:28 said:

    C’est une super idée (même si d’après les commentaires de blogueuses qui ont l’air de s’y connaître, un peu vaine) mais tu auras fait une belle découverte et merci pour le conseil. Je note ce titre à mon tour !

  6. J’ai tellement, tellement, tellement aimé ce livre, je m’en souviens encore et je pourrais le relire avec bonheur j’en suis sûre. https://legoutdeslivres.canalblog.com/archives/2015/01/26/31397521.html

    (Pas de lecture pour moi en ce moment, pas d’activité, pas de sortie, seulement du repos, je ne sais pas pour combien de temps. Je ne m’intéresse pas du tout à la rentrée littéraire, il me faut un livre aussi original que celui du jour pour me faire ouvrir un oeil et écrire un paragraphe …) Bonne rentrée à toi.

    • je t l’ai déjà dit lorsque j’ai commencé les deux blogueuses avec qui je me susi sentie le plus d’affinités, c’était toi et Dominique, et toutes les deux vous vous faites très rares sur la blogosphère et j’en suis très triste , bon rétablissement et à bientôt j’espère.

  7. tu sais susciter la curiosité :) Dans ma bibli, les bibliothécaires font pareil avec les livres qui ne sortent jamais, on tombe parfois sur des pépites.

  8. Je ne connaissais pas du tout mais on dirait que ce livre a finalement été chroniqué (et apprécié) par pas mal de bloggeuses.

  9. Luocine, je n’ai pas envie d’arrêter, mais là les ennuis de santé ne me laissent pas le choix. Il est trop tôt pour que je sache comment les choses vont évoluer, il y a de bonnes nouvelles, des moins bonnes, selon les jours, il va encore falloir de la patience, mais j’espère ..

  10. j’espère que tu vas aller mieux, bon courage Aifelle.

  11. Bonsoir Luocine, un roman que je note (il est sorti en poche). Tu donnes envie. Et c’est vrai qu’il y a des livres qui ne sortent jamais ou peu (manque de notoriété certainement de l’auteur ou du titre). Bonne soirée. PS, je suis contente de constater qu’Aifelle a donné de ses nouvelles.

  12. Il y a des livres qui doivent être défendus par les bibliothécaires, conseillés etc…
    Mais comme à la bib de Dinard il n’y a quasi pas de contact humain pour un visiteur lambda… En 5 ans, personne ne m’y a dit « Madame, avez vous lu ce livre, il est génial ? »… Récemment, j’ai remis en avant Farenheit 451 qui n’était pas sorti depuis des lustres… Bien positionné, avec un coup de coeur dessus et des conseils, il vit une nouvelle jeunesse !
    Et aussi oui, le drame des bas étages… Et en fonction du désherbage, des entrées en collection, ça bouge… Mon drame à St Lu, Philippe Besson est passé sur l’étagère du bas…

  13. C’est une belle initiative que de donner une chance aux oubliés mais cela demande du courage, je trouve. Il y a tant à lire que de choisir sur ce critère est hasardeux, non ?
    Cela dit, bonne pioche pour celui-ci.

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