
Éditions Serge Safran, 247 pages, février 2016
Traduit du coréen par Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot
Toujours dans la série des romans qui ne sont jamais sortis de la médiathèque de Dinard, j’ai donc lu ce roman d’un écrivain très connu dans son pays. Je ne suis pas certaine de contribuer à lui trouver un lectorat.
Nous suivons la vie d’un certain Chun, qui dès les premières pages de ce livre annonce qu’il va partir faire la guerre au Vietnam aux côté des américains, sans aucune conviction, mais plutôt parce qu’il ne sait pas quoi faire de lui-même. Ensuite, l’auteur qui a des points communs avec son personnage, raconte la lente dérive du personnage et de ses amis. Dans les années 60, la jeunesse coréenne, a essayé plusieurs fois de soulever le régime très autoritaire mis en place en Corée du sud, la répression fera de nombreux morts chez les étudiants. Chun et ses amis traversent la pays pour vivre autrement, cela ressemble un peu aux gauchistes des années 68 qui partaient pour élever des chèvres sur le plateau du Larzac.
Cela aurait vraiment pu donner un roman passionnant, car on sent que la Corée est traversée par des conflits passés dont elle se remet mal et actuels qui sont très violents. Et une population très courageuse mais plongée dans une misère dont je n’avais aucune idée. J’ai bien écrit : « on sent cela » , mais ce n’est absolument pas le sujet du roman. Chun est anti héros parfaitement ennuyeux, rien ne l’intéresse dans la vie, son seul but est de ne pas s’insérer dans une société qu’il déteste. Cela nous vaut un survol de la réalité scolaire et universitaire qui visent à formater une jeunesse et jamais à l’épanouir. Dans les année 60 en Europe aussi la jeunesse se révoltait contre un système scolaire obsolète et répressif. Et , petite remarque, le système scolaire coréen n’a pas beaucoup changé, il est un des plus compétitifs du monde.
Bref, j’ai lu jusqu’au bout ce roman, en cherchant à comprendre ce pays alors que l’auteur ne voulait que se raconter lui-même et les errances de sa jeunesse, même les paysages semblent ordinaires alors que lorsqu’on va les voir sur le net, ils semblent superbes.
Extraits.
Début.
C’est cet hiver-là que fut décidé mon départ pour le Viêt Nam.J’avais d’abord été loin d’imaginer que le bataillon, auquel j’étais affecté avait été désigné pour y être envoyé en renfort. Mais l’ordre d’intégrer l’École spéciale pour le combat de jungle ne tarda pas à être signifié à notre unité. Notre destination une fois l’entraînement terminé ne faisait pas de doute. Je n’en fis pas un drame. Au contraire, j’allais enfin me lancer dans quelque chose qui n’avait rien d’abstrait : mourir ou survivre, telles étaient les deux possibilités qui allaient s’offrir à moi.
Après la guerre de Corée.
J’étais obligée de mentir à mes parents qui ne pouvaient oublier qu’avant de perdre leur fortune, ils étaient des citoyens respectables ayant reçu une éducation moderne. D’un côté, j’étais semblable à ses mioches de journaliers du plus bas de l’échelle sociale, mais de l’autre, je restais le fils chéri d’un couple de réfugiés originaires du Nord, ruinés, mais survivant grâce à l’amour-propre de ceux qui avaient appartenu à une ancienne famille aisée. Du moins étais-je cet être double dans mon quartier et dans mon école, située à la périphérique de Séoul. Mes parents avaient suivi des études poussées sous l’occupation japonaise, 0n’avaient jamais été ouvriers ni paysans, avait un temps joui d’une vie culturelle, fréquentant les cinémas, les grands magasins, les cafés ou les restaurants, dans la capitale de l’état, appelé Mandchoukouo que les impérialistes japonais avaient érigé au nord de la péninsule coréenne.
Lui et ses amis dans un musée.
Il y avait, cependant une remarquable statue de Maitreya en méditation, un pied posé sur la cuisse de l’autre jambe et une main touchant le menton. Sa position était parfaitement harmonieuse, mais ce qui était mystérieux, c’était qu’en même temps, on avait l’impression qu’il hésitait, comme sur le point de sortir de cette immobilité. Une fois dehors, nous fîmes une pause sur les degrés en pierre.– Ne visitons plus les musées, proposai-jeInho était également de cet avis.– Quand on se fixe des objectifs, ça gâche le voyage. On va se laisser porter par le courant tout simplement.– Cela dit, on ferait mieux de décider où on va après, tu ne crois pas ?– On ne devrait pas se rendre à Puyô ?Nous étions d’accord pour ne rien planifier, mais comme nous n’avions pas d’autre idée, nous décidâmes d’aller à Puyô comme l’avait suggéré l’homme du train.
