Traduit de l’anglais Fran­çoise du Sorbier. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Voici la phrase d’accroche de la quatrième de couver­ture

Un petit bijou d’intelligence et d’esprit typi­que­ment british, dans la lignée du « Cercle litté­raire des amateurs d’épluchures de patates » et de « la dernière conquête du major Petti­grew »

Tout est dit ! La volonté de la maison d’édition de réali­ser un maxi­mum de ventes ! Un roman qui se lit faci­le­ment (trop sans doute !) des femmes britan­niques coura­geuses, certaine indignes d’autres sublimes et tout cela sur fond de deuxième guerre mondiale. Si comme moi vous savez lu le roman de Mary-Ann Shaf­fer, vous aurez une curieuse impres­sion de « déjà-lu » qui enlè­vera une bonne partie de l’intérêt à cette histoire. Résu­mons : ce petit village anglais voit donc une superbe histoire d’amour, un horrible tyran fami­lial orga­ni­ser un échange de bébés, une femme éner­gique mais un peu stupide se lais­ser corrompre par l’argent, une Miss Marple bis qui résout un enquête un peu sordide, un bombar­de­ment qui tue deux person­nages sympa­thiques, une enfant juive tchèque réfu­giée, et un beau téné­breux qui n’est pas l’homme corrompu que l’on croyait. Nous suivons toutes ces histoires grâce aux cour­riers des unes et des autres ou aux jour­naux intimes qui étaient parait-il en usage pendant la guerre. J’ai bien aimé la construc­tion de la choral et l’évocation des cantiques qui ponc­tuent le récit et avec Youtube, on peut les écou­ter tout en conti­nuant la lecture qui ne vous fati­guera pas.

Citation

La couleur du roman

L’enthousiasme ouvre toutes les voies, car il les éclaire d’une lumière vive.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Un petit livre très agréable à lire et que toutes celles et tous ceux qui appré­cient, ou, ont envie de décou­vrir Érik Satie, aime­ront. Stepha­nie Kalfon ne vous expli­quera pas pour­quoi Satie avait chez lui, le jour de sa mort quatorze para­pluies, tous noirs, mais vous racon­tera comment ce grand musi­cien a fini par mourir de faim et d’épuisement. Il marchait tous les jours d’Arcueil à Paris. Dans ce qui était une banlieue ouvrière pauvre, Érik Satie a trouvé une petite chambre où ses deux pianos ne lais­saient la place qu’à un lit. C’est là qu’il a vécu et qu’il est mort après avoir quitté Mont­martre.

Le style, et le rythme de la phrase épousent la musique de Satie et c’est très agréable à lire. Nous n’avons pas d’explication ni à sa misère ni à sa folie. Evidem­ment l’alcool y est pour beau­coup, l’absence de recon­nais­sance aussi. Pour­tant, ses amis recon­nais­saient son talent, mais rien ne pouvait visi­ble­ment effa­cer les paroles si dures et si terribles des profes­seurs du conser­va­toire. D’autres compo­si­teurs sont passés par là sans pour autant douter de leur capa­cité à compo­ser. Pour Satie tout était musique et impo­ser des règles pour en rendre compte, c’est frei­ner le génie musi­cal. Il était sans doute trop sensible, trop orgueilleux, trop .. trop tout et aucun sens des contraintes. Il a vécu dans le dénue­ment le plus total alors que sans doute le succès était à sa porte. Il nous laisse sa musique qui a son image est peu struc­tu­rée mais si belle par moments. Un génie certes mais insai­sis­sable et si peu conven­tion­nel.

Citations

Un mal de vivre

Où en sommes-nous chacun, de ce qui fait une vie ? Qu’a-t-on appris de tous les bruyants bavar­dages dont nous recou­vrons nos malaise d’être là, vide et visible, mon Dieu tout se vide… À qui la donner pour ne plus l’affronter, cette perplexité d’être soi, être soi d’accord mais qui ? Il est impos­sible de se ressem­bler. Un matin, quelque chose se stabi­lise et une rue plus loin, on a changé de carac­tère ou de colère. Il n’y a pas de mots pour dire ces varia­tions silen­cieuses. On s’éloigne, c’est tout. On ne se recon­naît plus, « simply like that ». Autour, tu es resté iden­tique pour­tant, sauf soi-même. On est perdu. Dépassé. Alors on attend, avec le visage inté­rieur de quelqu’un d’autre. Celui des mauvais jours et des incer­ti­tudes, souffle agres­sif, sans raison non sans raison, si ce n’est que vivre n’est plus tenable. Soudain, se tenir là dans le monde, c’est au-dessus de nos forces.

Le portrait de son ami qui lui ressemble en pire !

Conta­mine triste mine, ne parve­nait plus à aller au bout des choses. En amitié comme en litté­ra­ture, il collec­tion­nait les débuts de phrases et les débuts de rela­tions. Il n’osait jamais prendre le risque de travailler, se trom­per où se soumettre au juge­ment d’un autre. C’était un peureux. En fait, derrière une appa­rente paresse, il avait un ego grand comme les Buttes-Chau­mont. Il était fantai­siste, bourré d’idées, une vraie four­mi­lière son crâne. Mais rien ne se déve­lop­pait : une meilleure idée en chas­sait une bonne et puis voilà, end of the story. En paral­lèle de sa vie litté­raires, il faisait des traduc­tions exécrables d’auteurs qu’il execrait mais qui, eux, avaient publié. Conta­mine avait la naïveté de croire que le plus diffi­cile et le plus noble se situait au commen­ce­ment des choses : abor­der quelqu’un, rebon­dir avec une idée nouvelle, lancer un nouveau parti poli­tique, propo­ser un premier baiser. Il croyait réel­le­ment que le courage, c’était de se jeter à l’eau. Il décou­vrit qu’en vérité, le courage, c’est quand il faut tenir bon. Quand il faut conti­nuer de nager. Il n’était ni coriace ni patient. Il était comme Éric, il lui fallait les honneurs et l’admiration immé­diate, totale, l’effet quoi, le reste… C’était pour les dactylo.

Explication du titre : on a trouvé quatorze parapluie après la mort de Satie

Dès qu’il a un sou en poche, c’est pour ache­ter un para­pluie :
un de Secours ( de couleur noire)
un « Just in case » (de couleur noire)
un Malheu­reux (de couleur noire)
un plus Solide ( de couleur noire)
un qui s’Envole (de couleur noire)
un Jetable (de couleur noire)
un très Digne (de couleur noire)
un imper­méable (de couleur noire)
un que l’on peut Casser (de couleur noire)
un qui nous Attend (de couleur noire)
un très Inti­mi­dant (de couleur noire)
Un Alam­bi­qué (de couleur noire)
un très Spor­tif qui défend bien ( de couleur noire)
et le dernier, gentil juste pour les Dimanches (de couleur noire).
Tous peuvent se porter été comme hiver. Ils sont prati­qués, indé­mo­dables, discrets et très patients. Abso­lu­ment noir. Ils sont au nombre de quatorze, mais ils n’empêchent pas de se sentir seul. Ils permettent de se sentir abri­tés . Surtout quand il ne pleut pas.

Et ce qui est le plus impor­tant sa musique :

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Et vous remar­que­rez son coup de cœur !

Pour­quoi Dinard ? Car c’est la ville d’où vient cet auteur. Pour­quoi ce coup de cœur ? Parce que cet auteur vient de notre ville. Cela ne veut pas dire que ce soit un mauvais roman, mais quand même, mes amies n’étaient peut-être pas entiè­re­ment objec­tives. Ce roman raconte l’adolescence d’un jeune garçon, ses émois sexuels, sa passion pour la musique et son quoti­dien marqué par un père direc­teur d’un grand hôpi­tal psychia­trique. Il passera son enfance parmi des gens de cet hôpi­tal. Son meilleur ami, Fran­cis, celui qui l’appelle « Mon gamin » a été aban­donné par ses parents dans la cour de cet hôpi­tal. Thierry, le person­nage prin­ci­pal a le malheur de perdre sa mère trop tôt et Fran­cis qui vouait un culte à ce méde­cin psychiatre qui avait été simple­ment humaine avec lui, proté­gera toute sa vie cet enfant. Le père de Thierry se rema­rie avec Emelyne une trop jeune et jolie belle mère. Un meurtre est commis et sans être un roman poli­cier on est pris par les suites logiques de cet acte. Mais comme souvent ces faits sont vus à travers les yeux et les raison­ne­ments de malades mentaux, ce n’est pas si simple de démê­ler le vrai du faux.

Ce roman vaut surtout pour l’ambiance de ce petit village qui vit au rythme de l’institution psychia­trique. Comme mes co-lectrices, j’ai moins aimé le dénoue­ment que le reste du roman. Les émois sexuels du jeune adoles­cent sont bien racon­tés, et l’histoire de Fran­cis m’a beau­coup émue. Les rapports humains entre les malades et les « bien-portants » sont fine­ment décrits. Bref il y a de très bons moments dans ce roman qui pour­tant ne m’a pas entiè­re­ment enthou­sias­mée.

Citation

Une seule mais que j’aime beaucoup pour son humour et sa profondeur

Là où les non-initiés poin­taient du doigt un camp de concen­tra­tion pour fous, Marc voyait une sorte de prin­ci­pauté où les malades mentaux étaient exoné­rés d’impôts sur la diffé­rence.

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Denyse Beau­lieu. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard thème : « en chan­tant ».

Ce roman mérite sa caté­go­rie « roman qui fait du bien » ! Après quelques lectures éprou­vantes où l’on imagine que les êtres humains se résument à des algo­rithmes et à des « datas », voici la descrip­tion d’une commu­nauté de Bridg­ford qui s’oppose avec intel­li­gence à des projets qui, de façon insi­dieuse suppri­me­raient leur art de vivre. Le centre commer­cial ne sera donc pas construit et le centre ville restera un lieu convi­vial. Mais si ce roman fait tant de bien, ce n’est pas que pour cette raison. En décri­vant les parti­ci­pants à la chorale de Bridg­ford, l’auteure anime devant nous un échan­tillon repré­sen­ta­tif de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, c’est à la fois drôle et telle­ment vrai humai­ne­ment.

Beau­coup de person­nages sont complexes et sympa­thiques et Gill Hornby sait nous les rendre très atta­chants. Tous ceux et toutes celles qui ont parti­cipé à une chorale se retrou­ve­ront dans ce roman, les petites vache­ries des sopranes, les blagues des basses .… Mais il y a aussi ce talent si parti­cu­lier à l’Angleterre où le chant fait davan­tage partie de leur quoti­dien qu’en France. Nous allons donc parta­ger la vie d’Annie qui ne se réalise qu’en offrant sa vie aux autres, elle va mettre beau­coup d’énergie pour que la chorale de Brig­ford ne dispa­raisse pas malgré le grave acci­dent dont a été victime la chef de chœur. Cela pour­rait être une cari­ca­ture de dame patron­nesse, car elle oublie quelque peu sa propre famille aux profits de ses bonnes actions. mais elle reste lucide et son enga­ge­ment auprès des autres n’est pas qu’une façade, et il est souvent couronné de succès. Il y a aussi Tracey qui visi­ble­ment cache un secret et passe son temps à proté­ger son fils Billy qui ne fait pas grand chose de sa vie, elle devien­dra grâce à Annie un pilier de la chorale et inves­tira son éner­gie au service de la petite commu­nauté. Il y a aussi, Bennett, mon préféré. Il part de loin celui-là ! Cadre dyna­mique au chômage, il doit faire face à la soli­tude puisque son épouse Sue a décidé de le quit­ter, et à une remise en cause de ses habi­tudes. Il va évoluer vers un Ben inven­tif et auda­cieux qui me plaît beau­coup. Evidem­ment la fin est heureuse et peut être trop idyl­lique, mais j’avais telle­ment besoin de croire en la soli­da­rité humaine que j’ai tout accepté. Si vous aimez chan­ter dans une chorale, si vous aimez les petites villes anglaises, si vous avez besoin de vous faire du bien lisez « All Toge­ther Now », et munis­sez vous d’un appa­reil pour écou­ter en même temps que votre lecture tous les chants dont il est ques­tion dans ce roman.

et voici la chan­son dont est tiré la cita­tion qui commence le roman

Citations

Les couples divorcés

Tous les couples en plein divorce se ressem­blaient : ils ne pouvaient pas vivre ensemble, mais chacun n’arrêtait pas de parler de l’autre. Alors que le nom de James, avec qui Annie vivait un bonheur tran­quille depuis trente ans, n’était prati­que­ment jamais mentionné dans ce café. Sue préten­dait qu’elle avait quitté Bennett parce qu’il était trop ennuyeux : main­te­nant, c’était elle qui deve­nait ennuyeuse à force de rado­ter sur Bennett.

Tout change même la religion

Vingt-cinq ans aupa­ra­vant, avant que Bennett ne se mure dans sa vie de labeur, Dieu était pour lui une espèce d’ancien mili­taire, mi-seigneur, mi-père de famille. Il était au ciel, et tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. De nos jours, appa­rem­ment, il s’était fait voler la vedette par Jésus, qui avait d’ailleurs énor­mé­ment changé entre-temps, lui aussi. Les choristes avaient passé la moitié de la messe à chan­ter qu’il était beau, qu’il était gentil, et qu’il était dans leurs cœurs.

L’horrible prof de piano local

Mme Coles était la prof de piano local : on lui attri­buait l’anéantissement de toute voca­tion musi­cale sur plusieurs géné­ra­tions à Brid­ge­ford.

Les ragots de choral.

C’était la plus jeune des altos, dans la tren­taine avan­cée – par rapport aux autres, elle était quasi­ment en mater­nelle – et pour autant qu’on sache, elle n’était pas parti­cu­liè­re­ment mélo­mane. Mais elle ne ratait jamais un mardi de chorale, ni d’ailleurs aucune des classes et réunions locales auxquelles elle assis­tait tous les soirs et presque tous les week-ends, dès massages indiens au brico­lage. Plutôt qu’une touche-à-tout, on accor­dait à penser qu’elle était esseu­lée cher­chant l’âme sœur. Ce qui était évidem­ment assez sexiste et passa­ble­ment médi­sant, mais ça c’était typique des soprano de Brid­ge­ford, assez sexiste et médi­santes.
– Dommage qu’elle n’ait pas de soirée libre pour les Weight Watchers.

Bennett le père de famille au chômage

« tu veux repar­tir de zéro . On comprend très bien , tous les trois » , alors que de toute sa vie il n’avait jamais rêvé de repar­tir de zéro . L’idée même de repar­tir de zéro lui faisait horreur . Chaque fois que ça chan­geait – même si s’agissait d’un chan­ge­ment mineur ou néces­saire-il en avait éprouvé Une profonde douleur psychique . À ce jour , il n’était pas tout à fait certains de cette remis du choc d’avoir quitté l’école primaire .
les toasts brûlaient . Il est fit il glis­ser sur une assiette , noirs d’un côté , blancs de l’autre lorsqu’on faisait la moyenne ça donnait un brun doré. Parfait.

Billy, il passe ses journées à ne rien faire, il décide de partir faire de l’humanitaire en Afrique.

Cela dit, bien­tôt, ça ne serait plus son problème, mais celui de l’Afrique. Pauvre Afrique… La séche­resse, la famille, et main­te­nant, son fils Billy Leck­ford. C’était, comme on le répé­tait si souvent, un conti­nent magni­fique mais maudit.

Définition d’un chœur

Un chan­teur, c’est un chan­teur ; plusieurs chan­teurs, ce sont plusieurs chan­teurs ; idem pour un groupe de chan­teurs. Mais un chœur -un chœur qui vit, qui respire, qui fonc­tionne, c’est tout à fait autre chose : le résul­tat singu­lier d’une réac­tion physique qui ne peut surve­nir que dans certaines condi­tions de labo­ra­toire, condi­tions qu’aucun scien­ti­fique sur terre ne serais capable d’énumérer. En géné­ral, pour qu’un chœur soit bon, il faut qu’il ait un bon chef de chœur -comme Tracey Leck­ford qui, devant eux s’abandonnait à la musique.

Quand une chorale réussit sa prestation

Cette inter­pré­ta­tion eut un effet extra­or­di­naire sur chacun des choristes. Au début, les spec­ta­teurs instal­lés dans leurs sièges en velours rouges n’avaient vu en eux que ce qu’ils étaient : un rassem­ble­ment hété­ro­clite de chan­teurs amateurs de toutes les géné­ra­tions et de tous les milieux sociaux qui n’avaient rien en commun, à part la musique, leur lieu de rési­dence et l’envie de passer un bon moment. Mais presque aussi­tôt, le pouvoir trans­for­ma­teur de la voix humaine accom­plit son miracle. À la fois pour eux-mêmes, et pour leur spec­ta­teurs émus, il devint quelque chose de toute autre. Pendant dix magni­fiques minutes, ils sortirent d’eux mêmes, leurs âmes se joignirent et s’envolèrent. Lorsqu’il revinrent enfin sur terre, les accla­ma­tions du public les remuèrent jusqu’au fond du cœur.

Traduit de l’anglais (Irlande) par Isabelle D. Philippe. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard thème : « en chan­tant ».

Pour une fois, je crois qu’il vaut mieux voir le film que lire le livre qui l’a inspiré.

Film d’Alan Parker.


Le film est très drôle, visi­ble­ment, j’admire le talent des cinéastes qui savent à partir d’un tel livre faire un excellent film. On sent bien cepen­dant toute la vie qui jaillit des dialogues mais c’est très très pénible à lire. Pour vous faire une idée je vous reco­pie un passage, tout le roman est écrit sous cette forme là. J’ai fini par survo­ler plus que vrai­ment le lire.

Citation

Création du groupe

-Tous ces trucs à la noix sur l’amour, la campagne et les rendez-vous avec les meufs dans les super­mar­chés ou au McDo­nald, c’est fini, à la masse. C’est malhon­nête, déclara Jimmy.C’est bour­geois…
-Merde !
-C’est des trucs ringards, Dieu merci !
-Qu’est ce qui marche alors ? lui demanda Outs­pan
-Je vais te le dire. Le sexe et la poli­tique.
-Quoi ?
-Le vrai sexe. Pas le genre senti­men­tal « Je te tien­drai la main jusqu’à la fin des temps » Baiser, foutre… tu vois ce que je veux dire ?
-Je crois.
-Mais on ne peut pas dire « foutre » dans une chan­son objecta Derek…

Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.


Fran­çois Garde ne m’en voudra certai­ne­ment pas que l’alto prenne plus de place que son roman sur ma photo. Lui qui a donné vie dans « L’effroi » à un Sébas­tien Armant, altiste à l’opéra de Paris qui « aurait tant aimé ne nous parler que de musique ». Malheu­reu­se­ment, le geste horrible, crimi­nel, d’un chef d’orchestre très en vue fait bascu­ler sa vie. Voici le début d’une d’une vraie tragé­die :

L’archet levé, j’attendais le signal ;

Soudain le chef se redressa. Il prit une longue inspi­ra­tion, se figea dans un impec­cable garde-à-vous. Le public ne se rendit compte de rien, et pour nous ce chan­ge­ment de posture ne produi­sit qu’un vague senti­ment d’alerte.

Lente­ment, il leva le bras droit, main tendue vers le rideau de la scène, et, de sa belle voix de bary­ton, s’exclama avec force et solen­nité :

« Heil Hitler !»

Sébas­tien Armant, saisi d’effroi, va se lever et sortir, entraî­nant derrière lui tout l’orchestre, la répro­ba­tion du geste du chef est telle que cela devient « le » scan­dale média­tique qu’il faut à tout prix exploi­ter pour des raisons poli­tiques et de pouvoir. Notre altiste va deve­nir un objet aux mains des spécia­listes de la commu­ni­ca­tion et peu à peu perdre pied et ne plus très bien savoir comment diri­ger sa vie. Le récit est bien mené et nous retrou­vons les travers de notre société dans la descrip­tion de la chute program­mée d’un homme simple­ment coura­geux. Le lecteur sait, bien avant lui, que Sébas­tien Armant n’aurait jamais dû fréquen­ter les fameux « plateaux » télé, que c’est un monde prêt à dévo­rer de l’émotion sur le dos de ceux qui peuvent encore en expri­mer.

Sa pein­ture du monde poli­tique avec sa cohorte de conseillers en image, en commu­ni­ca­tion, en revue de presse est criant de vérité. Oui, c’est bien dommage que cela se fasse sur le dos de la musique mais, au moins, il peut se rassu­rer, la musique restera toujours cet art exigeant qui demande à ses servi­teurs de travailler tous les jours (ou presque) six heures, pour arri­ver à un résul­tat qui leur donne du plai­sir et nous en donne tant. C’est l’amie proprié­taire de l’alto de cette photo qui m’a fait décou­vrir cette réalité, et aucun conseiller ne pourra jamais faire l’économie de ce travail exigeant pour abou­tir au feu d’artifice que repré­sente un concert réussi. Il peut se compa­rer au travail de l’écrivain qui polit sa langue pour permettre au lecteur de rentrer au plus profond du récit et de parta­ger les doutes et les espoirs de l’écrivain comme le fait si bien Fran­çois Garde.

Citations

le directeur de l’Opéra

Jean-Pierre Chomé­rac, le président du conseil d’administration de l’Opér, me surprit. Chomé­rac avait pris ses fonc­tions six mois plus tôt. Il devait ce poste à une ancienne et indé­fec­tible amitié avec le président de la Répu­blique. (…) Sous sa protec­tion, il avait été nommé succes­si­ve­ment inspec­teur géné­ral de l’agriculture, préfet de l’Yonne, ambas­sa­deur au Portu­gal. Il ne dissi­mu­lait pas la minceur de ses compé­tence, et y suppléait par un sens poli­tique avisé et sa propen­sion à se saisir des sujets à la mode et à faire parler de lui. (…)Nos délé­gués syndi­caux murmu­raient qu’il n’avait pas encore décou­vert que dans un opéra on faisait de la musique.

Vous savez président de l’Opéra n’est qu’un lot de conso­la­tion en atten­dant mieux.

Ceux qui nous gouvernent

Je le remer­ciai en prenant la carte qu’il me tendait. Des assis­tants vinrent à nouveau papillon­ner autour de nous. Le conseiller du ministre en profita pour se glis­ser à côté de moi et murmu­rer :

- Il distri­bue ses cartes de visite comme s’il était encore député-maire. Bien évidem­ment, c’est nous qui vous contac­te­rons le moment venu.

Les médias

Les médias sont comme un monstre insa­tiable, il faut lui donner à manger de temps en temps, sinon il peut vous dévo­rer tout cru.

Vie et mort des scandales dans les médias

Les chaînes d’information en continu se régalent. Avant-hier les révé­la­tions d’un obscur atta­ché parle­men­taire ; hier les expli­ca­tions contour­nés du ministre du Budget ; ce matin les bons mots assas­sins d’un jeune loup de l’opposition. Dans notre affaire, il ne se passe rien de nouveau, il ne peut rien se passer d’inédit. Les jour­na­listes me solli­citent moins pour vous rencon­trer. Mon cher Sébas­tien, il faut s’y résoudre : le bouquet que nous propo­sons à la vente depuis deux semaines commence à se faner, et les amateurs veulent des fleurs fraîches.

Le musicien d’orchestre

Rien ne peut égaler l’honnêteté du musi­cien, L’honnêteté sans fard et sans tache du travail du musi­cien, seul respon­sable d’avoir bien appri­voisé son instru­ment, bien lu la parti­tion, bien écouté ses collègues, bien suivi les consignes. Lui seul – et chacun dans l’ensemble- doit se glori­fier modes­te­ment de donner vie aux construc­tions invi­sibles élabo­rées par les maîtres du passé. 

Phrase que j’aime

Comme des rochers fendant une mer calme, ou des sommets émer­geant des nuages. Mais les écueils ne disent rien du métier de pêcheur, ni les montagnes ne se réduisent à leurs extré­mi­tés.

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Vous avez été nombreux à dire du bien de ce roman, Keisha, Jérôme, Noukette, je savais donc que je le lirai. Un roman vite lu sur un sujet tragique : la mala­die mentale . C’est une jeune femme extra­or­di­naire qui est malade, elle a su se faire aimer d’un homme inven­tif et très drôle . L’amour est ici un feu d’artifice , brûlant et pétillant. L’enfant, au milieu d’adultes aimant la vie et s’aimant si fort que rien n’aurait dû pouvoir les sépa­rer , se construit son monde et ses juge­ments sur les adultes qui l’entourent. Un monde de fête et d’absence totale de conven­tion. Bien sûr on se laisse prendre, qui peut résis­ter à la voie de Nina Simone et à tant d’amour. En plus c’est vrai­ment plein d’humour et de moments très drôles.

Malheu­reu­se­ment pour bien connaître la mala­die mentale je me sens un peu mal à l’aise : je n’ai pas connu de moments de vraies fêtes avec des bipo­laires, mais j’ai vu, même quand ils semblaient gais et inven­tifs à quel point ils souf­fraient. C’est ma réserve pour ce roman, mais je ne veux priver personne d’imaginer que l’on peut se sentir heureux dans la folie, ça fait une très belle histoire, c’est certain.

J’ai, depuis peu, lu plusieurs billets qui expriment égale­ment des réserves sur l’aspect joyeux de ce livre et de la folie. Dasola par exemple.

Citations

Début du roman (comment ne pas lire la suite ?)

Mon père m’avait dit qu’avant ma nais­sance, son métier c’était de chas­ser les mouches avec un harpon. Il m’avait montré le harpon et une mouche écra­sée.
– J’ai arrêté car c’est très diffi­cile et très mal payé, m’avait-il affirmé en rangeant son ancien maté­riel de travail dans un coffret laqué.

Dialogue entre ses parents

À cette époque, je l’ai toujours vu heureux, d’ailleurs il répé­tait souvent :
Je suis imbé­cile heureux !
Ce à quoi ma mère répon­dait :
– Nous vous croyons sur parole Georges, nous vous croyons sur parole !

La réalité de la maladie mentale

Après des années de fêtes, de voyages, d’excentricités et d’extravagante gaîté, je me voyais mal expli­quer à mon fils que tout était terminé, que nous irions tous les jours contem­pler sa mère déli­rer dans une chambre d’hôpital, que sa Maman était une malade mentale et qu’il fallait attendre sage­ment de la voir sombrer.

Et pour écou­ter cette superbe chan­son de la grande Nina Simone sur laquelle les parents ont tant dansé…

« I knew a man Bojangles

And he danced for you
In worn out shoes
With silver hair, a ragged shirt
And baggy pants, the old soft shoe
He jumped so high, he jumped so high
Then he lightly touched down
Mr. Bojangles, Mr. Bojangles
Mr. Bojangles, dance ! »

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Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

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Un grand merci égale­ment à Sandrine qui m’avait déjà donné envie de lire ce roman-biogra­phie, le style est abso­lu­ment magni­fique. L’auteur est tota­le­ment impré­gné de l’œuvre de Ravel , et il veut que son écri­ture rende compte à la fois du carac­tère de Ravel, de son inspi­ra­tion musi­cale, et de la violence de la guerre 1418. Je vous conseille une expé­rience : lire la page 165, en écou­tant le concerto pour la main gauche , les phrases plus belles les unes que les autres parlent si bien de la musique que j’ai eu du mal à maîtri­ser mon émotion.

Quelques notes claires dans les ténèbres, et c’est comme une énorme bulle remon­tée des profon­deurs, gorgée de lumière, qui s’ouvrirait au visage. La souf­france s’éteint, l’angoisse dispa­raît, et la beauté fami­lière, si mal connue et tout à coup dévoi­lée, donne son dernier baiser. C’est la vie qui reflue à celui qui la perd, juste avant la fin le meilleur de la chan­son.

Je ne connais­sais pas la vie de Ravel, et long­temps je ne pouvais citer de son œuvre que Le Boléro. Peu à peu , j’ai appris à aimer sa musique et j’aime beau­coup ce qu’il a écrit pour la voix. Cette biogra­phie lui rend un hommage vibrant et discret, à l’image de ce qu’a été la vie de ce grand compo­si­teur fran­çais. Une élégance et une discré­tion qui allait de pair avec un enga­ge­ment total dans ce qu’il croyait. Sa déter­mi­na­tion à servir son pays, alors que, trois fois, il avait été réformé par la méde­cine mili­taire est admi­rable, mais ce qui m’a la plus touchée, c’est lorsqu’il refuse après la guerre la Légion d’Honneur. Lui qui avait vu tant d’hommes mourir au combat ne pouvait pas accep­ter la moindre récom­pense pour sa musique qu’il savait par ailleurs admi­rable.

Il faut lire ce livre, pour ressen­tir la genèse de la créa­tion musi­cale, la vie de ce compo­si­teur hors du commun et pour comprendre la force du patrio­tisme en 1914, mais par dessus tout il faut le lire pour le style de Michel Bernard qui m’a récon­ci­liée avec la litté­ra­ture fran­çaise, c’est un grand plai­sir de lire de si belles phrases dans sa langue mater­nelle.

Citations

Le désir de servir sa patrie

La guerre