
Éditions Robert Laffont, (Pavillons) 258 pages, janvier 2026
Ce livre autobiographique raconte la construction de la personnalité d’une enfant qui de la sixième à la terminale, pendant huit longues années, a été pensionnaire pour pouvoir suivre des études. Cette enfant a été arrachée à une famille aimante, mais qui hélas habite loin des lycées.
Noëlle J (elle ne donne pas son nom de famille trop connue) raconte de façon émouvante ses premières années surtout son année de sixième, elle n’a survécu que grâce à une amie Thérèse et ce sont leurs pleurs qui les uniront pour l’année entière. À deux, elles arriveront à construire un petit groupe de quelques filles qui unies contre l’injustice des adultes surmonteront les épreuves de l’internat. Ce sera la même tactique qu’elle mettra en œuvre dans le deuxième internat. Ses parents la changent de lycée pour qu’elle puisse faire des études à Paris. Sa méthode pour être heureuse : se constituer un bon groupe d’amies, pour se sentir protégée.
Dans le lycée parisien, l’enfant décrit l’injustice des surveillantes, mais on sent que l’autorité vacille car certaines surveillantes sont gentilles avec les pensionnaires. Mais la personnalité des professeurs prend plus d’importance, elle sera hélas victime d’un professeur de mathématiques sadique qui réussira à lui faire peur de cette matière pour le reste de ses études. Jusqu’en troisième les pensionnaires porteront un uniforme bleu marine, béret et gants blancs en promenade !
La jeune fille connaît aussi le plaisir physique avec d’autres filles et un grand amour avec une surveillante. Pendant ces dix longues années, ses parents (surtout sa mère) souffre autant qu’elle de cette séparation, ses parents compensent par des week-ends les plus chaleureux possibles, et je pense que cela l’a beaucoup aidée.
Tout cette autobiographie scolaire, est très bien raconté, et je retrouve bien l’ambiance que j’ai connue dans les lycées de jeunes filles. Je n’étais pas pensionnaire mais la méfiance que l’on ressentait sur l’énergie des filles était bien là. Et j’ai vraiment souffert de cette répression stupide. Et comme elle, certains professeurs qui aimaient transmettre la joie que leur avait procuré l’étude leur matière, a transformé peu à peu ma vie au lycée. Contrairement à elle, je le dois à un professeur de mathématiques en quatrième et troisième, hélas en seconde j’ai connu aussi une abrutie qui considérait les mathématiques comme un moyen de répression. En seconde, en français ma vie a été complètement changé grâce à une enseignante ( elle a cent ans cette année) Suzanne a illuminé la vie de tous les élèves puis celle des étudiants qui ont eu la chance de l’avoir comme professeur à l’université.
J’avais complètement oublié que j’avais lu « au pays des vermeilles » de cette autrice. (Livre qui ne m’avait déçue.)
Extraits.
Début.
Dix ! Plus dix ! Plus dix ! Plus dix ! …Plus de quarante lits .Je ne vais tout de même pas dormir avec tout ce monde-là !Je sens ma mère aussi désemparée que moi. Vaillamment elle tente : » Ils ne sont pas trop vilains, ces couvre-lits à franges avec toutes ces roses !… »Consciente que son « pas trop vilain » sonne plutôt faux. Au cas où on ne l’aurait pas compris, il s’agit bien ici d’un dortoir de filles. Les filles naissent dans les roses, c’est connu ! Sauf pour moi. Imbattable sur la procréation, les organes génitaux et tout et tout ! J’éclate de rire, faute d’éclater de quelque chose d’autre que j’ignore, car j’éclate souvent, Mais la plupart du temps, je suis la première à m’étonner de la forme que cela va prendre, avec une préférence pour les larmes.
Un autre internat.
On m’avait dit, pour ta quatrième, ce sera la capitale, un grand lycée parisien. On m’avait vanté cette promotion, grâce à la présence, dans cet un établissement d’une vague cousine, professeur de mathématiques.Paris ! Ce que je n’avais pas vraiment compris, c’était que l’internat serait à ce point éloigné du lycée, que c’était en car qu’il faudrait nous y conduire chaque matin, et nous ramener le soir, nous, les pensionnaires, marquées, qui plus est, par l’obligation de porter un uniforme ringard, digne d’un internat de bonne sœur : tenue bleu marine, chemisier blanc, chaussettes blanches, gants blanc, et béret ! C’est sûr que le bleu marine est une couleur que je vais détester toute ma vie. C’est la pire des couleurs, puisqu’ici, tout le monde la porte ! La couleur des orphelines, alors que moi, j’ai des parents bien vivants, le dimanche et le jour de courrier. Pourquoi nous faire croire qu’ils sont morts les jours de la semaine ?
Le « on » de l’internat.
Quelqu’un apparaît au pied de mon lit : » Eh bien, Mademoiselle, on lambine ? On n’a pas compris le règlement rappelé avant l’extinction des feux ? »« On » … je le connais ce « on ». c’est le « on » de la multitude du collectif. C’est un « on » qui n’a pas de nom, pas de prénom, pas de corps qui vous prive de vous-même. Ce « on » faussement protecteur, en fait méprisant, comme tous les ordres venus d’en haut.
La force du collectif.
La marrade a plusieurs, c’est autre chose que de chialer dans son lit, toute seule, pendant que les autres dorment. L’amitié collective offre donc à nos jours et à nos nuits une certaine protection. Et lorsque les silences est réclamé, en études, par exemple, ce n’est pas un vrai silence, chacune entend les autres. C’est un silence vivant complice….

J’ai aussi été interne, pendant des années, on rentrait le (court) week end, mais je n’ai pas de si mauvais souvenirs! Des profs en tout cas. les filles, bien, quand on n’est pas du même milieu, on a du ressenti. ^_^
Elle est peut-être un peu plus âgée que toi. Et tu étais pensionnaire dès la sixième ?
Noëlle Chatelet était très présente dans les medias à une époque, mais je n’ai rien lu d’elle. Son parcours doit être celui de pas mal de filles de ces années là. Pas de lycée pour moi, je n’ai pas connu ces ambiances entre filles, pas de problèmes avec les profs, c’était déjà fini pour moi (raisonnement simple dans mon milieu : une fille n’a pas besoin d’études, elle se marie, elle fait des enfants, elle obéit à son mari ….) C’est le regret de ma vie.
La lecture peut-elle combler ce manque ?
Elle vient au contraire d’un milieu où les femmes faisaient des études, mais cela a exigé pour sa famille de mettre leur enfant en pensionnat. Ce qu’elle raconte ici de façon agréable à lire.
Non, la lecture ne comble pas ; ça fait longtemps que j’ai compris que les diplômes ne garantissent pas que tu deviennes une personne forcément « bien » ou « mieux » mais dans la vie professionnelle ça pèse très lourd en France. Je lirai peut-être le livre, les parcours des autres sont toujours intéressants à découvrir et ça n’est rose pour personne finalement. Chacun rencontre des difficultés et des chagrins.
En tout cas moi j’aime beaucoup ton blog et tes avis sur les livres comptent beaucoup pour moi.