Édition l’iconoclaste, 180 pages, octobre 2025.
Une fois encore, c’est Ingannmic qui a présenté ce roman et m’a tentée. Maxime Rossi décrit une journée d’un infirmier libéral qui, en Ardèche, se rend chez ses patients pour leur apporter réconfort et soins. Il y a beaucoup de l’écrivain dans ce roman, car il a puisé son inspiration dans sa vie : comme lui l’infirmier est un ancien libraire, comme lui, il exerce en Ardèche, mais l’auteur tient à dire que c’est un roman que, chaque personne et chaque situation sont la quintessence de ce qu’il a connu sans en être l’exacte représentation. Maxime Rossi sait très bien raconter la France rurale qui se meurt sans bruit. Ses descriptions de la nature sont très belles, et l’humanité est réconfortante même quand elle souffre. La galerie de portraits des gens qu’ils croisent ont en commun de beaucoup souffrir, et d’être d’une génération complètement différente de celle d’aujourd’hui. Cette génération avait un savoir manuel inutile aujourd’hui, elle avait su mettre en valeur une région ingrate pour nourrir la population des alentours. Ce livre est riche de tous les humains qu’il croise, et je lis et relis avec plaisir certains portraits, surtout ceux des femmes qui ont lutté toute leur vie pour rester optimistes.
L’infirmier voit aussi la nature reprendre ses droits sur les aménagements que les générations passées avaient construites à force d’efforts titanesques : comme les terrasses appelées « faïsses ». Pendant ses trajets , il écoute de la musique, plutôt une musique légère et entraînante.
La façon dont ce roman raconte les corps vieillissants m’a beaucoup touchée. L’auteur doute beaucoup du rôle des hôpitaux et des Ehpads dans les soins. Ce qui l’amène à avoir des doutes à propos du suicide assisté, il pense que ce qu’il connaît des hôpitaux actuels ne sauront pas accompagner humainement la fin de vie des patients.
Tout le roman, l’auteur décrit aussi, sa propre famille, avec un père alcoolique qui fait tout pour se détruire. Heureusement, il a aussi une épouse institutrice qui est un vrai de rayon de soleil.
Un beau roman, très sensible et qui ouvre beaucoup de questions, sur la solitude en milieu rural, sur le vieillissement des corps et la fin de vie.
Extraits
Début .
Tout passe, c’est ce que m’a enseigné la rivière. Les images et les voix, les sensations se maintiennent vivantes, un temps pour venir au secours de notre tristesse, puis elle s’en vont doucement, sans s’effacer, elles deviennent des sédiments de la mémoire – notre mémoire semblable à un paysage de rivière, perpétuellement remodelé par les crues, les débordements qui s’épanchent dans les larmes, les cris ou le silence, le moyen qu’a chacun d’exprimer sa souffrance. J’ai tant de visage en tête ; mais je n’ai pas pleuré depuis bien longtemps.
La vieillesse.
La vérité. C’est que loin d’associer la vieillesse à une décrépiccude, j’ai toujours trouvé qu’elle magnifiait les corps, sans doute parce que j’ai eu des grands-parents extraordinaires. Pour moi il est peu de choses aussi touchantes que la fragilité des vieux, leur manière de se mouvoir, comme économe d’une vie qu’ils savent précieuse. Il est peu de choses aussi belles qu’un visage parcheminé, dont les sillons traduisent les souffrances et les joies, et dont les rides au coin des yeux ont été façonnées par le bonheur de traverser l’existence.
Son grand père .
Mon grand-père était médecin de campagne et je l’adorais tout autant. C’était un humaniste pessimiste, d’aucun dirait que c’était un misanthrope, je dirais plutôt qu’il était sans doute déçu par l’humain, pour l’avoir côtoyé jusque dans ces secrets inavouables. Lui et moi savions combien l’individu peut se révéler vil, et sa capacité à oublier qu’il l’est. Et lui et moi savions combien l’individu peut se révéler bon, et parfois bon et vil par alternance, dans différentes strates de l’existence. Il s’est empoisonné à l’âge de quatre-vingt-huit ans. Ma mère l’a trouvé sur le sol, un jus noir à la bouche, nu comme au jour de sa naissance. Sur son bureau, l’évaluation gériatrique qui le condamnait à l’Ehpad, lui qui avait été gériatre d’un petit hôpital. Au moins, avait-il le luxe de pouvoir se suicider.
Les Ehpads.
En quittant ce coin de campagne, je passe devant la sinistre façade de l’Ehpad des Lavandes. Je n’ai jamais compris pourquoi ces lieux ou la vie se fane, portent des noms floraux.
Les « écrivants » .
Les libraires ne connaissent que trop bien ce genre de personnages affilié à la caste des « écrivants ». Le genre de type qui parodient l’intelligentsia des salons et vous disent avec onctuosité qu’ils sont « entrés en littérature » , comme on entrerait dans les ordres. Chaque fois je le vois, je ne peux pas m’empêcher de penser à un ancien employeur qui avait fait fortune dans la publication à compte d’auteurs. À la manière d’un Christophe Rocquencourt des lettres, il ne cachait pas que la vanité des artistes était ce sur quoi il prospérait, et que dans ce domaine, le filon était inépuisable


Un thème qui me parle!
je trouve que ce livre est passé un peu sous les radars et c’est dommage car il est à la fois touchant et pose beaucoup de questions que je me pose aussi
C’est un thème qui me parle aussi mais que j’ai tendance à éviter car j’ai peur des lectures trop plombantes. Si le sujet est abordé de manière sensible, ça peut passer.
Ce n’est pas plombant mais je ne sais jamais ce qui peut rendre triste les uns et les autres, moi c’est dans le glauque que mon moral se noie.
Ce roman semble à la fois touchant, réaliste et diffuser malgré tout une note d’espoir. Vos deux avis me confortent dans l’envie de le lire.
on trouve souvent des idées de lectures qui nous marquent hors des livres dont on parle dans les médias, sur la blogosphère.
Je l’avais remarqué chez Ingannmic et il a beaucoup d’atouts pour me plaire ce livre. Je surligne.
j’ai vraiment été touchée par les différents portraits de gens vieillissant seuls en milieu rural.
Une lecture qui fut douce, on dirait.
Douce et aussi qui pose beaucoup de questions que je me pose aussi.
Ah, je suis ravie qu’il t’ait plu, j’avais beaucoup aimé accompagner cet infirmier dans sa tournée.
j’espère que d’autres gens le liront car il mérite plus de lecteurs je ne le trouve pas sur les blogs que je suis.
C’est un titre que j’avais noté à la radio, mon 2e fournisseur d’idées de lectures après les blogs !
Je suis très déçue par « la grande librairie » pourtant j’apprécie l’animateur mais il ne choisit que des auteurs à succès et ce n’est vraiment pas ce que je recherche, ceux là je peux les trouver toute seule, mais c’est vrai qu’à la radio les journalistes sont plus exigeants.
je ne doute pas de l’intérêt du livre mais cela est trop proche de mes années travail alors je passe
Tu travaillais avec des personnes âgées en milieu rural ?
L’image que l’on se fait des gens à travers les blogs est souvent loin de la réalité, pour moi tu es un femme citadine engagée dans l’accueil des populations victimes des conflits internationaux. La nature est pour toi une respiration moi de Lyon qui t’oppresse mais que tu aimes aussi.
Mais peut-être que tu es une virtuose du piano, de la danse ou de la cuisine qui sait ??
Je ne doute pas de la beauté de ce roman… Mais la fin de vie, pour le moment pas pour moi. Cette année, je multiplie les enterrements, et plus les mois passent moins les défunts sont âgés… Dur dur..
Oui c’est terrible de se séparer de ceux qui accompagnent nos vies. Je connais bien. Et habiter une ville où on vient surtout en retraite cela aggrave le phénomène.
c’est bien de mettre un coup de projecteur sur ce roman que je n’avais pas du tout repéré. ce que tu en dis, les thèmes abordés m’intéressant, je le note.
J’ai beaucoup apprécié sa délicatesse et son style .
Au moment de la fin de vie de mon père puis de ma mère j’ai eu l’occasion de fréquenter des infirmières à domicile. C’est vrai qu’elles jouent un rôle important et que l’hôpital n’a pas, aujourd’hui, les moyens d’accompagner correctement les personnes. La fin de vie à la maison me paraît la solution la plus acceptable mais elle nécessite aussi un gros investissement des proches.
C’est terrible l’aspect financier de la fin de vie, je comprends tes remarques et je compatis à tes chagrins.
Je voulais parler d’un investissement en présence et en disponibilité mais oui, ça peut aussi être une charge financière.
Il faudra que je le lise, notamment parce que je l’avais aussi repéré chez Inngamic mais j’ai l’impression que c’est un livre qui demande du courage, je ne sais pas pourquoi.
Non pas vraiment de courage, car on est bien avec l’auteur qui écrit très élégamment ce qu’il vit.
Je n’avais pas été tentée par Ingannmic, pour une fois, et malgré la qualité de ton billet et sûrement du livre, je vais passer parce que je sais que je fondrais en larmes à chaque petit vieux rencontrés.
je n’ai pas fondu en larmes mais je me suis, à chaque fois, sentie concernée.