Je suis mort. C’est pas le pire qui pouvait m’arriver.


J’ai besoin de cet auteur, j’ai besoin de son humour, il me fait telle­ment de bien depuis sa « Gram­maire imper­ti­nente » jusqu’à « Mon autop­sie ». Il me fait écla­ter de rire même si je suis seule, et dans mon blog, peu de livres ont eu ce pouvoir. Evidem­ment, après, je partage les extraits de son livre avec tous ceux et toutes celles qui ont ri avec Pierre Desproges, un exemple des grands amis de cet auteur.

Dans « Mon autop­sie », Jean-Louis Four­nier répond à la critique qu’on lui a sans doute faite de s’être moqué de toute sa famille sauf de lui. Dans ce livre, il se passe donc lui-même sur le grill de son esprit caus­tique, il ne s’épargne guère, après son père alcoo­lique, sa mère du Nord , ses deux enfants handi­ca­pés, sa fille reli­gieuse, sa femme qu’il a tant aimé, le voilà, lui l’écrivain. Lisez ce roman vous saurez tout sur Jean-Louis Four­nier, dissé­qué par une jeune étudiante en méde­cine. Évidem­ment, l’auteur a besoin que cette jeune femme soit belle et émou­vante. Au fur et à mesure qu’elle s’arrête sur telle ou telle partie de son corps, des souve­nirs lui reviennent. Il cherche aussi à comprendre cette jeune femme et sa vie amou­reuse. Les dialogues sont savou­reux. Le livre ne se raconte pas vrai­ment, j’ai reco­pié quelques passages pour vous donner envie de l’ouvrir. Il réus­sit même à nous faire accep­ter que lui aussi va mourir et que ce n’est peut-être pas si triste (person­nel­le­ment son humour me manquera).

Citations

Un chapitre entier pour vous

Lais­sez moi rire
Égoïne a décou­vert sur mon torse un tatouage au niveau du cœur, » S’il vous plaît ne me rani­mer pas do not disturb ».
Il était destiné à mon dernier méde­cin, il a compris le message. Elle a ri. Toute ma vie j’ai voulu faire rire. Le faire encore, après ma mort, m’est délicieux.
Petit, je me dégui­sais, j’improvisais des sketchs. À l’école, mon goût de faire rire m’a coûté cher. En rete­nue tous les dimanches, j’étais le mauvais exemple de la classe. Pour me faire remar­quer je n’étais jamais à cours d’idées, jusqu’à mettre une statue de la Sainte Vierge plus grande que moi dans les chiottes. Là, je fus mis à la porte. Mais j’avais fait rire ma mère.
Pour un bon mot, j’étais prêt à tout. Pour éviter des pour­suites judi­ciaires, j’ai même utili­ser l’humour. Pour­suivi pour avoir stationné dans la cour des départs de la gare du Nord, j’ai reçu un cour­rier m’enjoignant de payer pour arrê­ter les pour­suites. J’ai écrit à Madame la SNCF que je refu­sais l’arrêt des pour­suites, je tenais à être châtier pour expier. Je lui deman­dais une dernière faveur, être déchi­queté par le Paris Lille en gare d’Arras.
Les pour­suites se sont arrêtées.
Pour moi l’humour était un déra­page contrôlé, un antal­gique, une parade à l’insupportable, une écri­ture au second degré, une arme à double tran­chant, un déter­gent. Il nettoie, comme la pyro­lyse, brûle les sale­tés, efface les tâches, les préju­gés, les rancœurs et les rancunes.
Plus tard, dans mes livres, j’ai essayé de rire de tout.
De la gram­maire, de l’alcoolisme de mon père, de l’hypocondrie de ma mère, de mes enfants handi­ca­pés, de ma vieillesse et j’ai voulu rire de ma mort…

J’en connais d’autres, tous élevés chez les curés

Quand j’étais petit, un curé, à la confes­sion, avant de me donner l’absolution, m’avait dit que la nuit il fallait prier avec ses mains, ça évitait de tripo­ter ses « parties honteuses ».
Ça ne m’a pas empê­ché de continuer.
Je me sorti­rais. Les pensées impures étaient-elles des péchés mortels ? Évidem­ment, je n’osais le deman­der à personne.
Ma jeunesse a été empoi­son­née par le péché mortel, et la peur d’aller en enfer.

Si drôle

Plus de mille fois j’ai récité » Ne nous lais­sez pas succom­ber à la tentation ».

Heureu­se­ment, Dieu ne m’a jamais exaucé

On pleure quand on arrive sur terre, pour­quoi on râle quand on doit partir ?

Jamais content.

J’appelais pour donner des nouvelles, rare­ment pour en deman­der, et il ne fallait pas que ça dure longtemps.

» Ce qui m’intéresse le plus chez les autres c’est moi » a écrit Fran­cis Picabia.
Cette phrase me va comme un gant.

Et pour vous faire « mourir » de rire son ami si drôle

Plon­gée dans des œuvres très longues et trop sérieuses, j’ai eu besoin de lire un livre qui me fasse sourire. Ce pauvre petit Icare, qui préfère (et de loin) qu’on l’appelle Cour­gette, a réussi à me faire passer une excel­lente soirée. J’ai reco­pié le début du livre pour donner l’idée du ton et de la façon de racon­ter. Derrière ce qui n’est qu’une fable autour de l’enfance malheu­reuse, appa­raissent aussi tous les récits des enfants qui sont broyés par des parents injustes et violents. J’ai quand même été un peu agacée par le côté « tout finira bien » pour notre petite « Cour­gette » qui voulait voir la vie en couleurs. La vie de cet enfant avait tout pour finir en tragé­die, une mère alcoo­lique et violente, un père tota­le­ment absent. Le roman commence alors que, par malheur, il tue sa mère croyant « tuer » le ciel que sa mère invoque sans cesse pour expli­quer tous ses malheurs. Un gendarme au grand cœur, va être touché par ce petit bonhomme et va faire de son mieux pour l’aider à sortir de ce marasme.

Le charme du roman vient du style, l’enfant ne comprend aucune image ni cliché, si son père est parti avec une poule, c’est pour lui une poule comme celle qui sont dans la cour de ses voisins paysans. Le procédé est assez répé­ti­tif et j’ai du mal à croire qu’un enfant de 9 ans soit aussi peu capable de compré­hen­sion au deuxième degré de sa propre langue. Ensuite, sa naïveté est trop totale et trop pure. J’ai donc des réserves sur ce roman, mais cela ne m’a abso­lu­ment pas empê­ché de le lire avec grand inté­rêt. Comme je l’ai dit, c’est une fable et je souhaite qu’elle vous fasse autant de bien qu’elle m’en a fait et je souhaite aussi que les enfants mal-aimés trouvent tous un homme ou une femme qui les aimera assez fort pour les remettre sur le chemin de l’espoir et de la vie.

Le début

Depuis tout petit, je veux tuer le ciel à cause de maman qui me dit souvent :

- Le ciel, ma cour­gettes, c’est grand pour nous rappe­ler qu’on est pas grand-chose dessous.
- La vie, ça ressemble en pire à tout ce gris du ciel avec ces salo­pe­ries de nuages qui pissent que du malheur.
-Tous les hommes ont la tête dans les nuages. Qu’ils y restent donc, comme ton abruti de père qui est parti faire le tour du monde avec une poule.
Des fois, maman dit n’importe quoi.
J’étais trop petit quand mon papa est parti, mais je vois pas pour­quoi il aurait emmené une poule au voisin pour faire le tour du monde avec. C’est bête une poule : ça boit la bière que je mélange aux graines et après ça titube jusqu’au mur avant de s’écrouler par terre.
Et c’est pas sa faute si maman raconte des bêtises pareilles. C’est à cause de toutes ces bières qu’elle boit en regar­dant la télé.
Et elle râle après le ciel et elle me tape dessus alors que j’ai même pas fait de bêtises.
Et je finis par me dire que le ciel et les coups ça va ensemble.
Si je tue le ciel, ça va calmer maman je pour­rais regar­der tran­quille la télé sans me prendre la raclée du ciel.

L’amour

La petite fille s’appelle Camille.
Je pense à elle, même quand elle est là.


Vous avez été nombreux à parler en bien de ce roman, je vous ai donc suivis et je l’ai trouvé très instruc­tif. Il fait réflé­chir sur le trafic de drogue en France et le fonc­tion­ne­ment de la justice. J’ai moins aimé le côté roman poli­cier mais je ne suis pas adepte du genre. L’auteure est avocate et connaît bien son sujet, on peut suppo­ser qu’à part les exagé­ra­tions impo­sées par le genre, ce qu’elle nous décrit est assez proche de la réalité. Je ne sais pas pour­quoi elle fait un portrait aussi terrible de ses parents, qui engraissent leur jardin à coups de cadavres, et ce n’est certai­ne­ment pas cette partie qui m’a fait mettre quatre coquillages. Cette auteure a un style enlevé et souvent drôle, voire très drôle. Quand son person­nage prin­ci­pal devient inter­prète pour la justice, l’auteure qui en sait long sur la ques­tion nous fait décou­vrir le monde de la drogue en France qu’elle décrit ainsi :

Quatorze millions d’expérimentateurs de canna­bis en France et huit cent mille culti­va­teurs qui vivent de cette culture au Maroc. Les deux pays sont amis et pour­tant ces gamins dont j’écoutais à longueur de jour­née les marchan­dages purgeaient de lourdes peines de prison pour avoir vendu leur shit aux grosses des flics qui les pour­suivent, à ceux des magis­trats qui les jugent ainsi qu’à tous les avocats qui les défendent.

Je me suis fait ma philo­so­phie person­nelle à la lecture de ce roman, pour lutter contre la drogue et les mafias qui en vivent, il n’y a que deux solutions :

  • léga­li­ser toutes les drogues, et voir immé­dia­te­ment toute une partie de la jeunesse mourir devant nos yeux.
  • Où comme en Thaï­lande ou au Maroc (où elle est culti­vée !) punir de 20 ans de prison tous les consom­ma­teur et de mort tous les trafiquants.

Sinon, toutes les autres solu­tions appor­te­ront des situa­tions bancales lais­sant place à la créa­tion litté­raire de bons romans policiers !

Citations

Le nerf de la guerre et depuis si longtemps !

L’argent est « le Tout » ; le condensé de tout ce qui s’achète dans un monde où tout est à vendre. Il est là réponse à toutes les ques­tions. Il est la langue d’avant Babel qui réunit tous les hommes.

Humour

À l’époque on parlait beau­coup du créa­tion­nisme aux États-Unis et on pouvait lire des conne­ries du genre : les dino­saures ont disparu parce qu’ils étaient trop lourds pour monter sur l’arche de Noé.

Regard sur les années 70

Dans les années 70 ça se disait PDG . Ça allait avec le canard à l’orange, les cols roulés jaunes sur des jupes-culottes et les protège-télé­phones fixes en tissu galonné.

Ses parents

En couvrant sa femme des yeux avec fierté, mon père, qu’au passage toutes les pros­ti­tuées du quar­tier de la Made­leine appe­laient par son prénom, disait d’elle qu’elle était comme une oeuvre d’art : très belle, mais d’une valeur d’usage abso­lu­ment nulle.

Vision réaliste du trafic de drogue en France. Point de vue de la traductrice

Quoi qu’il en soit le trafic de stups m’a fait vivre pendant prati­que­ment vingt cinq ans au même titre que les milliers de fonc­tion­naires char­gés de son éradi­ca­tion ainsi que les nombreuses familles qui sans cet argent n’auraient que les pres­ta­tions sociales pour se nourrir.

Les dealers la plupart Marocains en France

En semaine, leurs jour­nées commencent vers quatorze heures et se terminent à trois heures du matin. Elles se résument à des va-et-vient en scoo­ter ou en Smart entre leur point de réap­pro­vi­sion­ne­ment et de deal et leur bureau sis au kebab du coin ou à la salle de sport.
Si j’avais à les filmer dans leurs acti­vi­tés, je mettrais en fond sonore « What a wonder­ful world » de Louis Armstrong.
Toutes leurs conver­sa­tions tournent autour de l’argent : celui qu’on leur doit, celui qu’ils auraient dû toucher, celui qu’ils rêvent d’avoir… Cet argent, ils le claquent le weekend en boîte de nuit -les mêmes que les cadres de la Défense… Qui sont aussi leurs clients – sauf que eux, la bouteille de cham­pagne à mille euros, lorsqu’elle arrive sur leur table, ils la vident en la retour­nant dans son seau car ils ne boivent pas d’alcool. Souvent, à la sortie de la boîte, ils se battent et sont systé­ma­ti­que­ment arrê­tés et condam­nés sans que l’on cherche même à savoir si ce sont où les cadres de la Défense qui ont commencé.
Leur hiver, ils le passent comme leurs clients en Thaï­lande, notam­ment à Phuket mais dans un autre quar­tier : à Patong, rebap­tisé « Les 4000 » du nom de la cité de La Cour­neuve en Seine-Saint-Denis. Les Thaï­lan­dais les appellent les « French Arabics ».
Là-bas, c’est les vacances, ils ne dealent pas parce que le simple usage de stups est puni de vingt ans. L’été, ils se tapent le bled avec la famille. Là non plus il ne dealent pas pour les mêmes raisons.
Leurs films préfé­rés sont « Fast and Furious » 1, 2, 3 … 8 et « Scar­face ». Ils sont tout sur les réseaux sociaux – libres ou en taule, c’est selon ou ils s’affichent comme travaillant chez Louis Vuit­ton et fréquen­tant Harvard Univer­sity. Ils y échangent de grandes véri­tés où l’islam sunnite (la partie qui a trait à la poly­ga­mie, prin­ci­pa­le­ment), se mele aux répliques cultes de Tony Montana et aux textes des rappeurs qui dépassent les cinq cents millions de vues sur YouTube.
Ils sont en matière d’introspection comme tous les mes commer­çants du monde… D’une pauvreté crasse.
.…And I think tout myself What­sap à Wonder full world ..
Je sais, ça n’a pas l’air, mais j’ai pour certains d’entre eux comme de l’affection car ils me rappellent l’anarchisme de droite prati­qué par mon père et ils parlent comme lui la langue univer­selle : « l’argent ».


Je suis toujours à la recherche de nouvelles pour pouvoir les lire à haute voix à un public de vieilles dames. J’aime beau­coup l’écriture de Benoît Duteutre, et ce livre est encore une fois parfai­te­ment écrit. Ces nouvelles ont été rédi­gées au moment où sa mère mourait dans une maison adap­tée à la grande vieillesse dépen­dante d’autrui pour survivre. Et toutes ces nouvelles sont marquées par cette tris­tesse et même si c’est bien vu, c’est trop triste pour moi (et pour mon public qui a surtout besoin d’optimisme pour vaincre le poids des soucis de santé). Dans un des textes, il met en scène les retrou­vailles des familles sur la plage d’Étretat (cela pour­rait être Dinard) qui s’émerveillent devant le dernier né de la famille et toutes les petites têtes blondes qui jouent sur la plage. Face à ce que peuvent deve­nir chaque humain au choix (selon lui) : délin­quant, abruti, cancé­reux, sectaire ou drogué, il a du mal à être au diapa­son de cette joie qu’il trouve factice. Consta­tant de plus que l’homme est, quelque soit son destin, le plus grand préda­teur de la planète, il se réjouit que lui et son compa­gnon n’aient pas d’enfants.

Dans une autre nouvelle, son person­nage prin­ci­pal s’agace du musi­cien de rue qui joue toujours le même morceau. Son agace­ment tour­nera à l’obsession, et il perdra son goût pour l’écriture, son loge­ment et son amie qui tombera amou­reuse du musi­cien en ques­tion. Toutes les nouvelles ont cette couleur là, et, ce n’est évidem­ment pas la descrip­tion de la vie de la maison dans laquelle sa mère va mourir qui peut nous réjouir. Il passe aussi ses vacances dans les Vosges, la descrip­tion de la fin du monde rural est d’une tris­tesse infi­nie. Bref si vous avez un moral d’acier et que vous voulez une petite note de tris­tesse ce livres est pour vous, sinon fuyez, vous allez deve­nir neurasthénique !

Citations

« La vie » à la campagne :

Il vivait avec ses deux sœurs, l’une neuras­thé­nique et l’autre aveugle, si je me souviens.Le peuple de la campagne accep­tait ses imper­fec­tions comme un des carac­tères de l’humanité : on y rencon­trait des sourds-muets, des boiteux, des idiots, mais aussi quan­tité de vieux céli­ba­taires dans cette vallée progres­si­ve­ment dépeuplée.

L’enterrement

La mort de Mme Maré­chal, en 1976, est l’une des premières dont je me souvienne. Je me rappelle surtout que ma grand-tante, excel­lente musi­cienne, joua de l’harmonium pour l’inhumation et que pour la remer­cier, M. Maré­chal vint chez nous quelques jours plus tard, en costume noir, coiffé d’une casquette. De sa voix de sour­dine, il voulait savoir comment il pour­rait dédom­ma­ger ma grand-tante pour les obsèques de sa femme. Timide, hési­tant, il finit par lui deman­der si elle aime­rait quelques brouettes de fumier. Ainsi s’achevaient les vies d’autrefois, quand toutes les pensées retour­naient vers la terre.

Le charme de la campagne

Un jour, enfin, à ce qu’on m’a dit, il est sorti de chez lui au petit matin, puis s’est rendu au ruis­seau où il a plongé sa tête dans l’eau froide et l’y a main­te­nue volon­tai­re­ment jusqu’à l’asphyxie. Son nom est venu s’ajouter à la lita­nie des suicides paysans, à ces fins obscures dans les fermes perdues, à ces pendus des greniers à foi. Et à tous ces campa­gnards mélan­co­liques hantés par le destin.

Dernière phrase de ce livre trop triste

Le mois de septembre approche et, déjà, je songe au fagot de petit bois que je vais bien­tôt aller ramas­ser, dans mon coin des Vosges, dans le nord-est de la France, près du cime­tière qui m’attend, qui nous attend… Mais, pour l’heure, j’écoute la voix de la mère et je me sens bien.

Ça m’énerve beau­coup les romans qui ne durent pas le temps de mon trajet Saint-Malo Paris. Pour­tant le TGV est de plus en plus rapide et être aban­don­née après Laval et me sentir seule pour la fin du trajet cela me fait rager. J’étais bien avec ces trois jeunes danseurs. Ce n’est évidem­ment pas le roman du siècle mais cela décrit assez bien trois destins de jeunes adoles­cents fran­çais qui ont inscrit la danse clas­sique comme leur unique passion. Cela m’a fait penser à une série gentillette venant d’Australie « Danse tes rêves ». Un doux moment de lecture, on peut cepen­dant lui repro­cher de ne pas vrai­ment faire comprendre les diffi­cul­tés de cet art . Tout est lisse et agréable même si la vie de ces jeunes est comme pour toute vie d’adolescent un peu compli­quée par le poids des conflits paren­taux. Un roman qui devrait plaire à toutes les très jeunes filles qui se rêvent en tutu. Je l’avais remar­qué grâce au billet lu sur « le bruit des pages  ».

Citations

Bien vu !

Quand j’étais au collège, je regar­dais les autres ne pas me regarder.

Les classes de danse classique

Parce que, toutes, on mesu­rait moins de un mètre soixante-cinq, et que la direc­trice avait coché la bonne case en face de notre nom en obser­vant nos trois déga­gés-demi-plié-révé­rence, on se sentait excep­tion­nelle. Le problème c’est que très vite, trop vite, on s’est demandé laquelle de nous serait la plus exceptionnelle.

Une idée de lecture que je dois à Domi­nique. Je conseille ce livre à tous les amou­reux et amou­reuses de Paris et de Modiano. J’ai déam­bulé dans le XVI° en lisant ce court essai et j’ai cru mettre mes pas dans ceux de Béatrice Commengé et de Modiano. Ce n’est pas un guide touris­tique même si cela permet de visi­ter Paris d’une façon origi­nale, cette auteure sait surtout nous faire comprendre la vie de Modiano et son impé­rieux besoin d’écrire. Rien n’était très net dans la vie de ce jeune fils d’un juif au passé trouble et d’une actrice qui lais­sait souvent son fils en garde dans des lieux inso­lites. Quand ses parents se sont rencon­trés, ils habi­taient en face de cet endroit rue Shef­fer dans le XVI° :

Ils ont connu un semblant de vie fami­liale au 15 quai Conti, et aussi les rigueurs de pension­nats dans lesquels il n’était pas heureux. Il a eu le malheur de perdre un frère qui semblait plus fait pour le bonheur que lui. Sinon on peut dire que son oeuvre est le reflet d’une ville dont il a connu les beaux quar­tiers mais aussi les quar­tiers popu­laires puisque à l’époque, il en exis­tait encore : sa véri­table demeure c’est Paris .

Un Paris cita­din mais avec des lignes de fuites qui ont complè­te­ment disparu vers une zone entre campagne et banlieue. Enserré dans son corset péri­phé­rique Paris a perdu ce charme-là et surtout une réelle possi­bi­lité de s’agrandir. Il nous reste les livres de Modiano, cet auteur qui s’est appro­prié ses souve­nirs et ceux de ses parents au point où il le dit lui-même

Il n’y a jamais eu pour moi ni présent, ni passé. Tout se confond.

Citations

Le Paris occupé les parents de Modiano

J’avance jusqu’à l’autre bout de la rue sans passer devant la moindre vitrine -je suis donc forcé­ment passer, me dis-je, devant ce restau­rant ou un jeune juif de trente ans (fils d’un toscan émigrés à Paris après avoir tran­sité par Salo­nique, Alexan­drie et le Vene­zuela) et une jeune actrice blonde venu d’Anvers, de six ans sa cadette, appre­naient à faire connais­sance dans un Paris occupé par les Alle­mands, un Paris favo­rable aux amour précaires, un Paris inso­lite, où la vie semblait conti­nuer « comme avant », avec les mêmes rengaines à la radio et du monde dans les cinémas.

Metin Arditi est un auteur que j’aime bien et qui est très facile à lire. Il y a toujours de l’élégance dans ses romans. Je n’ai pas encore créé cette caté­go­rie, sinon il ferait partie des auteurs « bien élevés », certes on peut lui repro­cher un manque de profon­deur mais j’apprécie sa déli­ca­tesse. Dans ce roman, il a dû se faire très plai­sir car il a pu mettre en scène ses chères mathé­ma­tiques. Je comprends bien que pour un amou­reux de cette science ce soit un peu compli­qué de ne jamais en parler, ici il a trouvé un biais pour nous racon­ter tous ses bonheurs, celui de rêver aux suites des nombres. Deux person­nages se retrouvent dans une île grecque Kala­maki. Un ancien archi­tecte dévasté par la mort de sa fille sur cette île et le garçon autiste d’une femme éner­gique qui vit de la pêche et qui élève seule ou presque cet enfant. Yannis est autiste Asper­ger, il ne peut pas commu­ni­quer mais passe sa vie à calcu­ler. Les habi­tants de l’île savent lui faire une place et sa vie est heureuse même si elle est compli­quée et que sa mère est terro­ri­sée par son avenir. Dans ce cadre idyl­lique, un projet hôte­lier risque de détruire ce petit paradis.

Arditi parle aussi des problèmes de la Grèce actuelle et ce n’est pas une pein­ture idyl­lique. La fin est mesu­rée, j’ai eu peur que « le contre projet à l’hôtel de l’horrible promo­teur » soit vaincu par« l’idyllique le projet d’une école philo­so­phique du gentil écolo­giste archi­tecte ». Comme nous sommes avec Arditi, la fin est plus mesu­rée et plus réaliste. Je suis un peu gênée par l’intérêt actuel des personnes autistes, je trouve, évidem­ment, très impor­tant de savoir en parler. Cela fait de très beaux sujets de romans, le plus souvent, ils sont Asper­ger, c’est à dire qu’ils ont un don éton­nant par rapport à « la norma­lité », ils sont doués d’une mémoire hors norme. Cela donne un bon ressort roma­nesque mais c’est autre­ment plus compli­qué dans la vie réelle.

Citations

Propos du Pope, j’aime beaucoup ces trois ancres

Pour ma part, je m’accroche à trois pensées du Christ. Aux trois ancres qu’il nous a léguées pour nous aider à surmon­ter la tempête.

La première est notre part de libre arbitre.… Moi, lorsque je me sens à deux doigts d’être emporté par la colère, je fais la prome­nade qui, du monas­tère, mène jusqu’au phare.… À toi de cher­cher ce qui, dans ta vie, dépen­dra de de ta seule volonté. Ne serait-ce qu’une prome­nade le long de la mer.

Le deuxième ancrage que nous offre le Christ est sa résur­rec­tion. À chaque instant, l’être recom­mence. La vie reprend ses droits… la Résur­rec­tion du Christ n’est pas à cher­cher dans les circons­tances. Elle est partout. Il en est de même pour celle des hommes. À chaque instant la vie recommence

Voici enfin la troi­sième ancre. La vie renaît par le travail. Souviens-toi. Trois fois avant le chant du coq, tu me trahi­ras, dis-le Christ à Pierre. Pour­tant, c’est à lui, le traître, qu’il confiera la construc­tion de son Église. Et cette tâche sauvera Pierre… Nous le savons, aucun travail ne pourra effa­cer ton immense douleur. Mais il t’aidera à l’adoucir. Mets-toi au travail. Où tu le voudras, en faisant ce que tu juge­ras oppor­tun. Ne reste pas désœu­vré. Ici commence ton libre arbitre.

Je dois cette lecture à Krol qui sait si bien ne pas racon­ter les livres qu’elle appré­cie. L’ennuie c’est qu’elle dit aussi qu’il vous faut fuir les billets qui en disent trop . Alors ? lirez vous le mien jusqu’au bout ? Tant pis, je me lance. Ce roman est en deux parties, dans la première le père humo­riste célé­bris­sime est le narra­teur et le person­nage prin­ci­pal. On le suit dès son enfance, marquée par un père qui ne l’a jamais compris et un acci­dent qui rendra son frère para­plé­gique. Cela ternit à jamais sa possi­bi­lité d’être heureux car il se sent respon­sable. Son succès comme humo­riste lui permet de sortir de sa condi­tion de Fran­çais moyen, mais creuse peu à peu, entre son fils et lui un désert aride où l’incompréhension est la règle. Ce grand comique se vide peu à peu de sa substance et alors que la France entière se tord de rire à ses blagues, son fils est de plus en plus absent de sa vie. L’explication nous est donnée dans la deuxième partie dont le narra­teur devient le fils, celui-ci n’a vécu le succès de son père que comme une trahi­son et une absence de plus en plus lourde d’abord, puis de plus en plus indif­fé­rente. Ces deux êtres trou­ve­ront-ils le moyen de se rencon­trer. Sous le regard critique de Krol, je ne peux évidem­ment en dire plus. Pour­quoi ne suis-je pas plus embal­lée par ce roman ? J’ai adoré la première partie qui décrit très bien ce que le succès peut avoir à la fois d’enivrant et de destruc­teur. La descrip­tion de l’entrée en scène de cet humo­riste devant des milliers de spec­ta­teurs est criante de vérité. mais la deuxième partie m’a beau­coup moins plu. Et en plus, elle est trop évidente. On devine très faci­le­ment les ressorts psycho­lo­giques des deux person­nages et le carac­tère narcis­sique du fils m’a semblé très convenu. J’espère ne pas en avoir trop dit, si l’angoisse de la scène veut dire quelque chose pour vous, lisez ce livre j’ai rare­ment lu une descrip­tion aussi réaliste.

Citations

Comme je comprends

Prendre le train était toujours un moment très anxio­gène pour lui ; il avait systé­ma­ti­que­ment peur d’arriver en retard à la gare, il fallait qu’il regarde plusieurs fois le quai indi­qué sur le panneau d’affichage pour être sûr de ne pas se trom­per. Paris Saint-Lazare : voie 3. Il véri­fiait le numéro du train sur son ticket, puis sur l’écran de télé­vi­sion accro­ché en l’air. Plusieurs fois. S’assurait qu’il se trou­vait bien sur la voie 3. Plusieurs fois. Et, arrivé dans l’Inter-cité, il ne pouvait s’empêcher de deman­der au premier passa­ger croisé : « Est-ce que ce train va bien à Paris ? »

Ne pas faire comme son père

Parce que Édouard a voulu « pous­ser » Arthur, trop fort sans doute. À avoir souf­fert d’un père qui ne croyait pas en lui, il s’est persuadé que c’était tout l’inverse qu’il fallait à son enfant. Il se devait de l’encourager, le forcer à se dépas­ser. Alors quand son gamin a eu l’idée, à cinq ans à peine, de s’amuser à faire parler ses marion­nettes en peluche, Édouard n’a eu de cesse de l’encourager dans cette voie, tu as un don, il ne faut pas le gâcher, entraîne-toi ! 

La fin d’un amour

Tout au fond de son cœur, Édouard sait que cette fois, c’est la fin, la vraie. Celle contre laquelle on ne peut plus lutter, celle qui est déjà arri­vée à pas de loup même si on ne s’en était pas aperçu jusqu’à présent, celle qu’il faut seule­ment accep­ter, le plus digne­ment possible, même si on sait qu’après coup, la douleur semblera insur­mon­table, qu’il faudra la noyer, l’assommer, la muse­ler à tout prix pour qu’elle reste silen­cieuse. – Je parti­rai demain matin, sauf si tu préfères que j’aille à l’hôtel ce soir. – Ne raconte pas n’importe quoi, on ne va pas deve­nir des étran­gers l’un pour l’autre… Tu peux rester, profi­ter d’Arthur quelques jours… – Non, j’ai du boulot de toute façon, tout un tas de trucs à gérer à Paris.

L’artiste

Tu sais, je suis persua­dée que la plupart des artistes ont un besoin de recon­nais­sance et d’affection supé­rieur aux autres, ils ont en eux cette soif viscé­rale d’être appré­ciés, d’être aimés.

Ce petit déjeu­ner pluvieux a été égayé par la lecture de ce livre. J’avais trouvé l’idée sur le blog de Noukette qui parlait du « Retour de Jules » j’ai donc préféré lire son arri­vée, d’autant qu’elle a été moins séduite par le tome 2. On sourit à cette lecture et on admire les prouesses du chien d’aveugle. Je n’apprécie pas que celui-ci porte le même prénom que mon petit fils, pour moi il y a une diffé­rence entre les hommes et leurs fidèles compa­gnon, ce n’est certai­ne­ment pas une réflexion poli­ti­que­ment correcte pour tous les amis des animaux. Mais j’aime bien que les gens s’appellent Didier et leur chien Médor. Je m’égare ! Ce roman raconte les amours contra­riés de Zibal, un homme super diplômé qui vend des maca­rons Laduré à l’aéroport d’Orly et d’Alice une aveugle, peintre à ses heures, guidée par Jules. Malheu­reu­se­ment pour le chien, Alice recouvre la vue et Jules perd son utilité mais pas l’amour de sa maîtresse. Le roman peut commen­cer avec des suites de rebon­dis­se­ments auxquels on n’a pas besoin de croire puisque Didier Van Cauwe­laert vous les raconte si bien. C’est drôle, enlevé et comme cet écri­vain sait croquer nos compor­te­ments contem­po­rains un peu ridi­cules, ce roman se lit faci­le­ment. Je sais que je ne lirai pas le tome 2 (moins appré­cié des fans de Jules 1 !), sauf si un jour de cafard j’ai juste envie de me diver­tir. C’est déjà beau­coup d’avoir ce don là : diver­tir une Dinar­daise un jour de pluie !

Citations

L’amour des animaux et des chiens en particulier

Jacques Haus­sant est un misan­thrope comblé qui voit depuis toujours dans le chien d’excellentes raisons de mépri­ser l’homme.

le personnage principal

Malgré moi j’ai béni la dégrin­go­lade sociale qui m’avait placé sur sa route. Avec un double diplôme d’ingénieurs biochi­miste et d’astrophysicien, je suis devenu à quarante deux ans vendeur de maca­rons à Orly Ouest niveau Départ, hall 2.

Genre de petites observations que j’aime bien

Quant à la gestuelle des textos, elle crée dans les rues, les trans­ports, les bureaux une choré­gra­phie digi­tale que je suis la seule à trou­ver grotesque

Elles ne sont mariées que depuis trois semaines mais au rythme où elles se disputent, elles risquent fort d’être les pion­nières du « Divorce pour tous »


Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard, thème le Maroc

Lors du mois consa­cré au Maroc, il se devait d’y avoir au moins un livre de ce grand écri­vain à la langue si belle. Ce roman corres­pond exac­te­ment au thème : il raconte la vie d’un travailleur maro­cain. La vie ou plutôt toutes les vies de ces ouvriers recru­tés dans les années 50 dans le bled maro­cain et qui restent atta­chés de toutes leurs forces à leur village dont ils sont issus. Moham­med » Limmi­gré » comme on l’appelle aussi bien au Maroc qu’en France est le symp­bole de tous ces hommes qui prennent comme iden­tité le fait d’être « Immi­gré » c’est à dire coincé en France dans des quar­tiers où il ne fait pas bon vivre et rêvant de leur village natal où ils ne reviennent que l’été. Ses seuls moments de bonheur sont ceux où ils se sent musul­man où il peut faire ses prières et respec­ter les prin­cipes d’une reli­gion qu’on lui a apprise dans sa petite mosquée de son village. Ils sont simples ces prin­cipes : « fait le bien autour de toi sur terre et tu iras au para­dis pour être heureux, fais le mal et tu ne connaî­tras que le malheur dans l’au-delà ». Alors bien sûr, il ne comprend pas grand chose aux versions violentes de l’islam, pas plus qu’il ne comprend ses enfants qui se sont mariés avec des non-musul­mans, pour son fils il l’accepte mais pour sa fille il l’a carré­ment suppri­mée de sa famille. Toute sa vie, il a travaillé à l’usine et il a aimé ce rythme, se lever tôt, sa gamelle, son retour chez lui avec une femme qui l’a toujours accom­pa­gnée. La seule chose vrai­ment posi­tive de la France qu’il retien­dra, en dehors de son salaire régu­lier, c’est l’hôpital où il est mieux soigné qu’au Maroc et aussi l’éducation que reçoit son neveu triso­mique qu’il a adopté pour qu’il puisse béné­fi­cier d’une bonne éduca­tion. Cet enfant sera son vrai bonheur car il est heureux et lui donne toute l’affection que ses enfants n’ont pas su lui témoi­gner. Mais catas­trophe ! voilà la retraite qui arrive alors que faire ? « L’entraite » comme il dit a déjà tué deux de ses amis, plus rien n’a de sens : ses enfants sont loin de lui ; on lui dit qu’il a du temps pour lui, mais il ne sait abso­lu­ment pas quoi en faire de ce temps. Le roman­cier part alors dans une fable, qui a sûre­ment un fond de vérité, Moham­med construit dans son village du bled, avec toutes ses écono­mies une maison énorme et tota­le­ment absurde pour réunir toute sa famille. Ce sera fina­le­ment son tombeau.

Citations

Le nouvel iman

Seul l’imam des Yvelines avait la capa­cité de citer un verset et de le commen­ter. Il connais­sait le livre par cœur et disait l’avoir étudié au Caire, à la grande univer­sité d’zl-Azhar. Peut-être était-ce vrai, personne n’avait les moyens de le contre­dire. Cet iman était tombé du ciel, personne ne l’avait vu arri­ver. Il était entouré d’une cour de jeunes délin­quants déci­dés à reprendre le droit chemin. Il les appe­lait mes enfants. Il avait une grosse voiture, portait de belles tenues blanches, se par fumait avec l’essence du bois de santal et habi­tait en dehors du quar­tier infernal.

Une observation tellement juste et drôle

J’ai vu à la télé des gens riches, des Fran­çaouis ou Spagnouli qui viennent vivre avec des paysans pauvres, ça les change de leurs immeubles, des voitures et de tout ce que nous n’avons pas ; alors on va vendre le bled, ce sera un village de vacances pour personnes riches et fati­guées d’être riches ; ces gens vien­dront chez nous pour faire l’expérience du rien.