Éditions Serge Safran, 247 pages, février 2016

Traduit du coréen par Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot 

 

Toujours dans la série des romans qui ne sont jamais sortis de la médiathèque de Dinard, j’ai donc lu ce roman d’un écrivain très connu dans son pays. Je ne suis pas certaine de contribuer à lui trouver un lectorat.

Nous suivons la vie d’un certain Chun, qui dès les premières pages de ce livre annonce qu’il va partir faire la guerre au Vietnam aux côté des américains, sans aucune conviction, mais plutôt parce qu’il ne sait pas quoi faire de lui-même. Ensuite, l’auteur qui a des points communs avec son personnage, raconte la lente dérive du personnage et de ses amis. Dans les années 60, la jeunesse coréenne, a essayé plusieurs fois de soulever le régime très autoritaire mis en place en Corée du sud, la répression fera de nombreux morts chez les étudiants. Chun et ses amis traversent la pays pour vivre autrement, cela ressemble un peu aux gauchistes des années 68 qui partaient pour élever des chèvres sur le plateau du Larzac.

Cela aurait vraiment pu donner un roman passionnant, car on sent que la Corée est traversée par des conflits passés dont elle se remet mal et actuels qui sont très violents. Et une population très courageuse mais plongée dans une misère dont je n’avais aucune idée. J’ai bien écrit : « on sent cela » , mais ce n’est absolument pas le sujet du roman. Chun est anti héros parfaitement ennuyeux, rien ne l’intéresse dans la vie, son seul but est de ne pas s’insérer dans une société qu’il déteste. Cela nous vaut un survol de la réalité scolaire et universitaire qui visent à formater une jeunesse et jamais à l’épanouir. Dans les année 60 en Europe aussi la jeunesse se révoltait contre un système scolaire obsolète et répressif. Et , petite remarque, le système scolaire coréen n’a pas beaucoup changé, il est un des plus compétitifs du monde.

Bref, j’ai lu jusqu’au bout ce roman, en cherchant à comprendre ce pays alors que l’auteur ne voulait que se raconter lui-même et les errances de sa jeunesse, même les paysages semblent ordinaires alors que lorsqu’on va les voir sur le net, ils semblent superbes.

Extraits.

Début.

 C’est cet hiver-là que fut décidé mon départ pour le Viêt Nam.
 J’avais d’abord été loin d’imaginer que le bataillon, auquel j’étais affecté avait été désigné pour y être envoyé en renfort. Mais l’ordre d’intégrer l’École spéciale pour le combat de jungle ne tarda pas à être signifié à notre unité. Notre destination une fois l’entraînement terminé ne faisait pas de doute. Je n’en fis pas un drame. Au contraire, j’allais enfin me lancer dans quelque chose qui n’avait rien d’abstrait : mourir ou survivre, telles étaient les deux possibilités qui allaient s’offrir à moi.

Après la guerre de Corée.

 J’étais obligée de mentir à mes parents qui ne pouvaient oublier qu’avant de perdre leur fortune, ils étaient des citoyens respectables ayant reçu une éducation moderne. D’un côté, j’étais semblable à ses mioches de journaliers du plus bas de l’échelle sociale, mais de l’autre, je restais le fils chéri d’un couple de réfugiés originaires du Nord, ruinés, mais survivant grâce à l’amour-propre de ceux qui avaient appartenu à une ancienne famille aisée. Du moins étais-je cet être double dans mon quartier et dans mon école, située à la périphérique de Séoul. Mes parents avaient suivi des études poussées sous l’occupation japonaise, 0n’avaient jamais été ouvriers ni paysans, avait un temps joui d’une vie culturelle, fréquentant les cinémas, les grands magasins, les cafés ou les restaurants, dans la capitale de l’état, appelé Mandchoukouo que les impérialistes japonais avaient érigé au nord de la péninsule coréenne.

Lui et ses amis dans un musée.

 Il y avait, cependant une remarquable statue de Maitreya en méditation, un pied posé sur la cuisse de l’autre jambe et une main touchant le menton. Sa position était parfaitement harmonieuse, mais ce qui était mystérieux, c’était qu’en même temps, on avait l’impression qu’il hésitait, comme sur le point de sortir de cette immobilité. Une fois dehors, nous fîmes une pause sur les degrés en pierre.
– Ne visitons plus les musées, proposai-je
Inho était également de cet avis.
– Quand on se fixe des objectifs, ça gâche le voyage. On va se laisser porter par le courant tout simplement. 
– Cela dit, on ferait mieux de décider où on va après, tu ne crois pas ?
– On ne devrait pas se rendre à Puyô ?
 Nous étions d’accord pour ne rien planifier, mais comme nous n’avions pas d’autre idée, nous décidâmes d’aller à Puyô comme l’avait suggéré l’homme du train.

 


Éditions Gallimard, 172 pages, juillet 2020

Comme beaucoup à l’époque, j’avais adoré « Balzac et la petite tailleuse chinoise », depuis je lis régulièrement cet auteur , j’avais beaucoup aimé, « L’évangile selon Yong Sheng« , et un peu moins « trois vies chinoises« . Ici, encore, mon avis est en mi teinte. Pour mieux comprendre la folie destructrice des « Gardes rouges » pendant la révolution culturelle contre la civilisation tibétaine, ce roman mérite d’être lu. Bien sûr, on le sait vaguement et le régime actuel reconnaît du bout des lèvres les « excès » de cette période, mais ne dit rien sur la volonté de supprimer totalement une civilisation et son expression culturelle. Dans le palais Polota, l’ancien peintre du dernier Dalaï-Lama est retenu par des gardes rouges qui veulent lui faire avouer des turpitudes des moines, et vont pour cela le torturer à mort. Lui se réfugie dans son passé, période durant laquelle il a peint des « tankas » les plus extraordinaires et ainsi l’auteur fait revivre la civilisation tibétaine. Un garde rouge, le chef est particulièrement cruel et excite ses troupes à détruire au maximum tout ce qui relève de la religion bouddhiste. On apprend à l afin qu’il était le fils de l’homme chargé de s’occuper des restes des cadavres et que ce sont des gens méprisés par les bouddhistes. De là sa fureur ?

L’auteur entraîne son lecteur dans les valeurs de cette religion et dans son expression artistique, et j’ai été beaucoup moins intéressée par cet aspect qui représente quand même la plus grande partie du roman. Un reproche de mise en page : on ne peut pas comprendre ce livre sans lire les 112 notes qui expliquent un vocabulaire totalement inconnu pour moi, et au lieu de les mettre en bas de page ce qui permet de ne pas interrompre la lecture, elles sont à la fin du roman. Mais surtout cette civilisation que je respecte beaucoup ne me passionne pas. Si l’auteur décrit bien le monde des moines, on a moins d’informations sur le peuple tibétain lui-même. Un petit peu au début, l’enfance du peintre Bstan Pan, avec ses parents nomades, mais dès sa plus jeune enfance il est confié à des moines qui remarquent très vite son talent de peintre. On ne sent pas la vie de cet enfant ni de cet homme qui semble juste quelqu’un en adéquation totale avec cette religion.

La destruction des œuvres de cette culture est une horreur absolue et les meutres perpétrés par les Gardes Rouges aussi, cela rend ce petit livre très pesant, mais la beauté de cette culture, je n’ai pas réussi à la comprendre, je suis sans doute trop occidentale pour cela. Voici une image de Tanka trouvé sur l’article Wikipédia

 

Extraits .

Début.

 Il avait plu toute la nuit et, en ce matin de mars1968, il bruinait encore. L’air était frais. Dans l’arrière-cour, déserte du Potala, où les anciennes écuries du Dalaï- Lama étaient transformées en prison par les gardes rouges, qui occupaient le Palais, le silence fut soudain troublé par le grincement des essieux d’une charrette et le crissement de ses roues sur le gravillon. Hachée par la rotation des rayons, la silhouette courbée d’un vieil homme se dessinait en ombre chinoise entre les brancards de la voiture chargée de seaux en bois. De sa bouche s’échappait une faible haleine. 
Il était prisonnier et, cependant, il n’avait pas été arrêté par la police ou condamné par un tribunal, l’une et l’autre de ses administrations étant paralysées en cette période troublée de la révolution culturelle.

Les volontés de destruction d’une culture ancienne.

 Des centaines de silhouettes sombres, un brassard rouge autour du bras – des gardes rouges venus d’autres villes du tibet-, formaient une chaîne humaine entre la bibliothèque du premier étage et le rez-de-chaussée, se passant des centaines de précieux sutras, parmi lesquels, Bsan Pa reconnut une magnifique et très ancienne et édition du Kanjur, calligraphies à l’encre d’or, dont le plat supérieur de la reliure était en bois de santal, incrusté d’ivoire. Les derniers de la scène les entassaient au centre de l’esplanade, et quand les piles de livre furent si hautes, qu’elles s’écoulèrent sous leur propre poids, ils y mirent le feu en entonnant des chants révolutionnaires.

Les horreurs chinoises ne datent pas du communisme.

 Cette époque, au Tibet, personne ne savait vraiment ce qui se passait en Chine, et nul n’avait eu vent de la lutte féroce et sans merci que l’impératrice douairière avait livré à son neveu, désormais placé en résidence surveillée comme un vulgaire prisonnier. Depuis dix ans, elle ne l’autorisait plus à recevoir de visites, pas même celle de son épouse ou de ses concubines. (Sa favorite, surnommé la Perle, fut contrainte de se suicider en se jetant dans un puits du palais, sur ordre de Cixi, qui lui refusa l’indulgence de pouvoir se pendre.)

Les personnages tibétains (bizarres, pour moi).

 À leur grande stupéfaction, les deux hommes avaient découvert que le cadavre d’un jeune enfant faisait office de selle sur le dos de la mule. La femme avait fini par l’enfourcher pour s’éloigner lentement, le corps oscillant dans la lumière du contre-jour. D’une main, elle tenait un crâne humain rempli de sang, de l’autre, une vipère à tête plate qui servait de bride à la monture. La mule, à laquelle les yeux naïfs et les longues oreilles toujours en branle donnaient un air bon enfant, s’était mise en marche, soulevant du bout de ses sabots, de petits nuages de vase au bord de l’eau. Elle avait aussi un troisième œil, non pas au milieu du front, mais sur sa croupe gauche, large et pleine. Le deuxième dalaï-lama et son conseiller avaient tout autant été fascinés qu’effrayés par cette créature, et, sur le chemin du retour, le souverain avait mandé un peintre pour en faire le portrait.

 


Éditions Intervalles, 156 pages, 2015

Traduit du grec par François Bienfait et Jérôme Giovendo

En 2011, Melsi un journaliste d’origine albanaise mais vivant depuis longtemps en Grèce, revient précipitamment en Albanie, à la mort de son père. Il avait rompu avec lui, car il lui reproche la mort de sa femme, donc de la mère du narrateur. Il ne sait vraiment pas grand chose du passé de ses parents, il se sait d’origine juive, mais son père s’est intégré de toutes ses forces à l’Albanie et ce pays se voulait athée. Son père a raconté leur vie dans un cahier que Melsi a le temps de lire et comprendre pourquoi son père est parti mourir Shangaï , les formalités pour le retour du corps sont longues, fastidieuse et très chères .

Grâce à ce cahier nous allons comprendre la tragédie vécue par Isa et Bora les parents de Melsi, mais avant cela, il raconte le départ de ses parents de Salonique pour fuir la déportation que les Nazis avaient commencée à organiser. Ainsi donc la famille de Melsi était grecque ! C’est important pour lui, car on lui refuse la nationalité grecque aujourd’hui, parce qu’on le considère albanais. Toute la famille va prendre des noms musulmans et cacher leur judéité et passer en Albanie. Dans un premier temps, ils vivront dans un petit village mais grâce au talent de couturière de Bora ils arriveront à Tirana et vivront des années heureuses pendant l’enfance de Melsi. Mais une rencontre avec une Chinoise va bouleverser la vie de la famille.
Le régime communiste dans toute son horreur ! Melsi comprendra mieux son père à la dernière page du cahier. Cette quête des origines va aussi permettre à Melsi de s’interroger sur ses rapports aux femmes qu’il aime : Ariane et Anna.

Ce roman assez court se lit d’une traite. L’émotion est vraiment bien rendue, les horreurs du nazisme et du communisme se sont acharnées sur cette famille, Melsi pourra repartir en Grèce en comprenant mieux son père qui n’a vraiment pas eu le choix lorsque l’appareil répressif est tombé sur lui. Et tout ça, parce qu’un homme puissant du parti voulait se venger de lui.

Un beau livre, très sensible, merci Yvon de me l’avoir prêté, et il complète le « Le pays des pas perdus » que j’ai tant aimé.

Extraits.

Début

« À l’instar de certaines amours, certains pays sont une aberration : ils n’auraient jamais dû exister. Être né et avoir vécu dans un tel pays procure un désenchantement assez proche de ce que l’on éprouve quand on a gâché sa vie avec une personne qui n’était pas la bonne. » Melsi était content de sa trouvaille. Craignant de l’oublier, il retrouva un peu d’énergie pour sortir son carnet et y consigner ces phrases, moitié en grec, moitié en albanais. Il avait pris cette habitude, ces derniers temps, comme s’il tentait de se forger une langue à lui ou d’encourager les deux langues à dialoguer, deux langues balkaniques qui, contrairement aux langues, slaves, étaient les seules rescapées de leur famille linguistique respective.

 Son prénom.

«  Décidément, les Albanais sont aussi doués dans l’art des surnoms que dans celui d’inventer des prénoms ! » se dit-il, en repensant à celui que son grand-père lui avait concocté à sa naissance : Melsi était une savante combinaison de lettres empruntées aux noms de Marx, Engels et Staline.

Les objets et les mentalités .

 Son père s’entêtait à faire rentrer du bois chaque hiver et à l’empiler sur le petit balcon, se démarquant ainsi radicalement de ses voisins, tout fiers d’avoir très vite bazardé leurs anciens poêles et autres vétustés – exception faite de leur mentalité rétrograde sur laquelle ils veillaient avec un fanatisme exemplaire.


Édition robert Laffont, 700 pages, mars 2008

Traduit de l’estonien par Jean-Luc Moreau.

J’ai ce livre depuis longtemps dans ma liste et je vais pouvoir l’enlever, je suis désolée Keisha, mais je suis restée à la page 500 . C’est intéressant mais que c’est long ! vraiment trop pour moi. Le récit n’avance pas, et on tourne souvent en rond. Dommage, car avec un auteur à l’esprit un peu plus concis j’aurais adoré cette lecture.

Cet homme Timo, noble important d’Estonie, a osé écrire au Tzar pour lui dire qu’il devait faire des réformes que rien ne marchait bien dans son empire. Cet homme a été enfermé neuf ans dans un isolement à peu près total, il ressort car on le pense fou. Et lui se demande aussi s’il n’est pas fou. Ce récit nous permet de découvrir l’Estonie de la fin du 19° siècle, sous un régime particulièrement injuste, on voit aussi combien la surveillance policière est constante et souvent faite par les familiers de la famille. On souffre avec cet homme qui doit ravaler sa dignité pour assurer la survie de sa femme et de son fils, et se faire humilier par des gens de si peu de valeur.

Tout le drame de ce noble estonien vient du fait qu’il a aimé une femme d’origine roturière, il paira cher sa volonté de liberté et de se marier avec elle. Le récit est vu par le frère d’Eeva, Timo a permis à cette femme et à son frère de recevoir une éducation qui leur permet de parler, allemand, français, russe en plus de leur estonien natal. Ils ont lu les principaux écrivains et philosophes de ces langues mais cela n’empêchera pas méchanceté de la noblesse estonienne qui est d’autant plus stupide qu’elle va bientôt être balayée par la révolution. Cela aussi le roman permet de le comprendre, ce monde ne fonctionne plus mais ces gens sont bien incapables de se reformer. Et quand, comme Timo, on a affranchi les serfs, tout le monde le juge fou plutôt que précurseur.

Et lisez aussi l’avis d’Ingannmic plus patiente que moi.

Extraits.

Début .

Voïsiku, jeudi 26 mai 1827.

 Avant toutes choses, je veux dire la raison qui me pousse à commencer ce journal. Je viens d’écrire « commencer  » : c’est qu’en effet pour ce qui est de le tenir impossible à savoir à l’avance si j’y parviendrai. Cela paraît si problématique. Tenir un journal, notre époque ne s’y prête guère. Ni ce pays. Et ce n’est pas du tout le genre de notre famille..

La condition paysanne en Estonie 1820.

 L’énorme machine fut immédiatement mises en branle. Il nous acheta par l’intermédiaire de l’inspecteur des domaines de la couronne pour deux fois notre prix. Il nous fit établir des chartes d’affranchissement. Naturellement, après une affaire pareille, nous ne pouvions pas rester à proximité du manoir de Holstre. En attendant mieux, il nous trouva une ferme dans le village de Kaavere, qui se trouvait sur sa propre terre de Vöisiku et nous y fit emménager avec toutes nos affaires.

Où Timo parle en public de l’affranchissement de son épouse.

 » Vous voyez ma femme ici présente : Praxitel pour sculpter son Aphrodite, aurait pu la prendre pour modèle ! Et -hm- (je notai non, sans approuver involontairement, que Timo n’oubliait pas d’épicer son sermon du vinaigre sucré de l’ironie.) pour ce qui est de Kant, Kitty, en tout cas ne l’a pas moins lu que nos autres dames. Mais comme vous le savez, j’ai acheté Kitty il y a quelques années. Selon la loi de ce pays pour le prix de quatre chiens de chasse anglais. Messieurs me tromperai-je en concluant que si les paroles de l’évangile ne sont pas un vain bavardage, le Christ dans ce pays vaut le prix de quatre chiens de chasse ?… »

Humiliation à l’église .

 Tandis que le cocher se glissait dans le fond de la chapelle, parmi les gens du commun, nous nous avançâmes tous les trois et prîmes place au pied de la chair dans la travée des Bock. C’est alors que la dame du domaine de Lustivere, Marie Samson von Himmmelstiern,se leva brusquement (elle était assise, elle aussi, dans la partie réservée à la noblesse, un rang derrière nous) le visage figé comme celui d’une statue de pierre en colère. Entraînant son Reinhold, elle dit assez fort pour que la moitié de l’église l’entendît :
 » Je préfère encore aller prier à l’étable là on sait au moins où on est. »
 Et d’un pas ferme, la femme devant est le mari derrière, il sortirent de l’église.
(Suivis de toute la noblesse sauf une famille)

Ironie .

 « Jacob voici le général gouverneur marquis Paolucci. L’empereur l’a envoyé ici personnellement afin qu’il mette Timo en prison et protège sa famille de tout tracas. Quel honneur rends-toi compte »


Éditions Verdier,131 pages, août 2021.

Quand j’ai chroniqué Haute Folie, vous aviez été plusieurs à me dire à quel point ce livre vous avait plu, il était depuis longtemps dans ma liste de livres à lire. Je suis ennuyée de ne pas partager l’enthousiasme des lecteurs qui ont valu une belle récompense à ce roman : prix du livre inter 2022. Je reconnais à cet auteur un réel talent littéraire : il écrit très bien. Mais je ne comprends pas le parti pris de cet auteur : pour nous faire partager la souffrance extrême du peuple syrien, nous écoutons la plainte de ce vieil homme Elmachi, qui a tout perdu et qui contemple la montée des eaux d’un lac sur l’Euphrate qui va submerger son village d’enfance. On comprend peu à peu, qu’il a vécu la mort de sa femme, et de ses trois enfants. Ses années de prison durant lesquels il a été gravement torturé, l’ont auparavant totalement détruit. Il erre sur ce lac dans une barque, il plonge pour retrouver son village et peu à peu nous livre toute sa souffrance. L’auteur a choisi de s’exprimer en utilisant des vers libres et des phrases très courtes. Le livre se lit facilement et parfois j’ai été saisie par la souffrance de cet homme, alors d’où viennent mes réserves. Je n’ai rien appris à propos de la Syrie, j’ai appris en revanche que la Syrie et ses horreurs touchent Antoine Wauters. C’est très respectable, mais rien ne remplace la parole des Syriens eux-mêmes ou des témoignages directs : , je me suis sentie tellement plus concernée par « l’Odyssée d’Hakim« , cet homme tout simple m’a fait comprendre la terrible et absurde répression, de celui que le vieil Elmachi appelle « le docteur » ou ‘l’ophtalmologue » : Bachar el-Assad. Lui, qui n’aimait pas la politique, qui se préparait à une vie tranquille à Londres (de médecin effectivement) pendant que son frère se préparait à diriger la Syrie, s’est avéré le pire dicteur qu’un pays ait connu. Il coule aujourd’hui des jours tranquilles, sinon heureux, dans des résidences de luxe dans la Russie de son ami Poutine.

Extraits.

Début.

 Au début, les premières secondes, je touche
 toujours mon cœur pour vérifier qu’il bat.
 Car j’ai le sentiment de mourir.
 J’ajuste mon masque, me tenant à la proue.
 Je fais des battements de jambes.
 Le vent souffle fort.
 Il parle.
 Je l’écoute parler.
 Au loin, les champs de pastèques,
 Le toit de la vieille école et les fleurs de safran.
 L’eau est froide, malgré le soleil,
 et le courant chaque jour plus fort.
 Bientôt, tout cela disparaîtra.

L’homme et la prison.

Si bien que lorsque l’homme que j’aimais, (toi idiot, 
oui !) a dévié de la route des cases du parti, on l’a jeté
en prison. 
Moi non plus je n’oublie rien.
 Quand il est sorti la lumière avait déserté
 son regard, il ne parlait pratiquement plus.
 Il emmenait les enfants au lac.
 Il les installait sur sa barque. 
Ensuite ils piqueniquaient et chassaient
 les mouettes avec toutes sortes d’armes fabriquées, main. 
Il s’efforçait de rire.
 Et eux aussi riaient, ne se doutant pas un seul instant du gouffre que cache parfois le rire d’un père. 
De ses envies de se défenestrer.
De sa rage. 
Les coups qu’il se donnait pour punir et bannir 
la violence que la prison avait semée en lui.
L’abrutir.


Éditions Grasset, 374 pages, août 2025.

 « Le livre de kells » est aussi l’histoire d’une jeunesse engagée et d’une époque violente. J’y ai changé des patronymes, quelque faits, parfois bousculé une temporalité trop personnelle pour en faire un roman. La vérité vraie, protégée par une fiction appropriée. »

Cet auteur est un habitué sur Luocine : Retour à Killybegs , Le quatrième mur, La légende de nos pères , Profession du Père, Le jour d’avant , Enfant de salaud .

Je ne sais pas si ce roman parlera à tout le public mais pour moi, il représente un retour vers ma jeunesse et mes engagements d’alors. Mais contrairement à lui, je n’habitais pas à Paris et à Rennes, les actions violentes n’ont pas existé, mais comme toute la jeunesse engagée tous nos regards allaient vers Paris, où tout semblait se passer.

La première partie du roman, raconte le sort terrible du jeune Kells qui a fui la violence de son père et se retrouve seul à Paris. L’auteur raconte avec beaucoup de délicatesse la vie dans la rue. Par moment le désespoir saisit le jeune qui a choisi de s’appelle Kells car il a reçu un jour une carte postale avec cette œuvre qui est un chef d’œuvre de la littérature chrétienne irlandaise en l’an 800. Sa vie lui permet de croiser des êtres très abimés mais aussi très humains. Et surtout montrer l’aspect impitoyable de la vie dans la rue. La difficulté de trouver un toit, au point où un jour il déclare que son rêve le plus fou, serait d’avoir un jour son nom sur une boîte aux lettres. Et tous les petits boulots payés au noir qui permettent rarement de se nourrir correctement, et les abus des gens qui les emploient et qui savent ces gens sans défense. Et puis parfois une femme humaine qui le nourrit et le loge une nuit alors qu’il gèle à Paris.
Un jour, il croise des militants de « La cause du peuple » et parmi ces militants trouvera une nouvelle famille et commencera à lutter avec eux pour qu’enfin le monde change. On retrouve là les luttes des années 70 et certains noms ont résonné jusqu’à Rennes : Pierre Overney assassiné par un membre de la milice de l’usine Renault .

Enfin la dernière partie ce sont les fêlures qui peu à peu amènent Kells à douter de ses engagements : l’affaire de Bruay en Artois où « La Cause du peuple » » a pris fait et cause pour prouver la culpabilité du notaire, quand son innocence éclate la cause maoïste semble ridicule, et puis l ‘assassinat des athlètes israéliens par les palestiniens le trouble beaucoup.

Le livre se termine sur se débuts à Libération avec Serges July.

C’est un roman très bien raconté et très vivant, mais je suis prête à lire des avis négatifs, et après un tour sur Babelio, je vois que si tout le monde a été (comme moi) touché par la première partie où il raconte si bien la vie des SDF, les lecteurs qui n’ont pas connu ces années là, n’ont pas été passionnés par son engagement politique ni par les différentes personnalités de « La cause du peuple ». Je peux le comprendre, d’ailleurs je remarque que les passages que j’ai notés sont tous dans la première partie et pourtant j’ai lu tout ce livre avec un grand intérêt.

 

Extraits.

 

Début.

 -Tiens, prends ça mon fils, tu en auras besoin.
 Elle l’avait cherché du regard, partout dans la salle des pas perdus, tournant la tête comme un oiseau inquiet. Ma mère, son front soucieux, ses yeux délavés par le temps.
 Elle se méfiait. Elles vérifiaient que l’Autre ne l’avait pas suivie.
L’ Autre, c’est comme ça que j’appelais mon père.

Pourquoi ce nom et le titre.

Pour eux tous, je m’appelais Kells, comme la ville d’Irlande où Jacques et ses parents avaient campé un été. Partout où il allait en vacances, mon ami postait pour moi, un souvenir coloré. Des places, des monuments célèbres le désert marocain où les gratte-ciel d’Amérique. Mais cette fois, il avait choisi une carte postale reproduisant une gravure médiévale avec cette explication au dos : » Le livre de Kells chef d’œuvre du catholicisme irlandais, ce manuscrit a été rédigé en l’an 800 par des moines de culture celtique sur 185 peaux de veaux mort-nés. » Il avait été impressionné par l’histoire de ce trésor. Moi j’ai été sidéré par sa beauté.

Effet du LSD.

 Passant près d’un immeuble mouvant. J’ai été pétrifié. Sur une poubelle grise les mots « Papier svp » m’ont donné une crise d’asthme. Nous étions dans un pays totalitaire. C’était inouïe. Même les poubelles publiques me demandaient mon identité. Elles étaient devenues les auxiliaires zélées des flics et des gendarmes. Je suis passé à un mètre du panneau, mais j’ai refusé d’ obtempérer. Un acte de résistance. J’ai dépassé le danger, attendu un coup de sifflet, compté mes pas une fois encore, mais rien. L’ennemi avait renoncé.

Un ado qui se croit malin auprès du curé de sa paroisse.

 Lorsqu’il m’a demandé où j’en étais dans la vie, les études, les certitudes, j’ai essayé de le déstabiliser.
 J’ai pris ma tête à claques.
– Quand je croise une croix, j’ai envie de cracher dessus.
 C’était faux, c’était bête, j’avais 15 ans.
 Je m’attendais à ce que mon ancien confesseur s’indigne. Il a fait mini de réfléchir.
– Quand tu croises une croix, tu as envie de cracher dessus ?
 Répétée par ses lèvres, ma phrase semblait ridicule.
 J’ai aussi la tête, sans un mot.
 Il a posé la main sur mon épaule, un sourire immense sur le visage.
– Tu vois toujours la croix ? Alors, c’est un bon début, mon fils.
 Et il est reparti en trottinant, content du bon tour qu’il venait de me jouer.

La misère totale.

J’ai marché le jour la nuit sous le vent du nord et dans le froid. Je me suis réfugié au cœur du pire. Un parking gelé, une décharge à ordure, une vespasienne. Mes pieds étaient brûlés. Ma peau lacérée. Mon ventre, dévoré par le mépris de moi-même. Je n’étais plus un homme, j’étais une défaite. 
Jamais je n’avais imaginé que je serais aussi seul au monde.

Un beau geste et si bien raconté.

 J’étais devenu un pauvre.
 Un soir, boulevard de Ménilmontant, une dame âgée m’a fait entrer chez elle. Elle m’a surpris devant sa porte, aveuglé par la minuterie de l’escalier. Elle m’a vu, sorti du sommeil désemparé, les mains entre les cuisses et mon sac-à-dos pour oreiller. Elle n’a rien dit. Après être entrée dans son petit appartement, elle a laissé la porte ouverte. Comme ça. Un rayon de lumière dans mon obscurité. Alors je l’ai suivie. Avec mon visage de nuit, ma cape ridicule et la faim au ventre. Je suis resté debout dans l’entrée, mon sac à bout de bras. Et elle a fait comme si je n’étais pas là. Elle a enlevé son manteau d’hiver et fait chauffer des restes. Du veau, une sorte de ratatouille des haricots en plus. Et puis d’un geste de la main, elle m’a proposé un siège. Elle a ajouté mon assiette à la sienne. C’était une mère. Elle ne me craignait pas.
 Nous avons dîné face à face sans question sans un mot. Elle et moi, dans notre cuisine commune. J’ai su qu’elle me ferait une place dans un fauteuil ou un canapé pour la nuit. A son regard tranquille, j’ai compris qu’elle avait pris soin d’autres enfants que moi. Ces gestes disaient d’habitude, et la fraternité. J’étais le bienvenu.

 


Éditions les Léonides, 393 pages, mai 2025

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard

 

Ce roman a ravivé pour moi le temps où l’Albanie représentait un pays au régime communiste pur et dur. Certains de mes contemporains étaient prêts à défendre Enver Hoxha mais finalement moins que ceux qui défendaient Mao et tellement moins que ceux qui ont défendu le petit père des peuple : Staline. Cela me fait plaisir qu’aucune jeunesse ne se réclame aujourd’hui de Kim Joon-un.

L’écrivaine journaliste a imaginé l’histoire une jeune fille partant à la recherche des racines familiales de sa mère dans un village complètement perdu dans les montagnes albanaises. Comme souvent aujourd’hui, ce récit mêle plusieurs temporalités, avec des changements de personnages principaux.

Au début du récit, dans les années 2020, nous sommes avec Sarah. Elle retrouve la maison de sa mère, en Albanie pays d’où elles sont originaires. Sa mère, lui avait ordonné avant de mourir de retrouver une certaine Elora. Un couple de touristes qui veulent sortir des sentiers battus pour découvrir un pays l’accompagnent dans ce périple. Peu à peu en progressant dans sa recherche, l’auteure remonte dans le temps et dénoue tous les fils du drame qui a obligé Sarah et sa mère à vivre en Islande bien loin des guerres de clans qui ont bouleversé leur vie et celle des habitants de ce village.

En 1972, trois amis venant de ce village, arrivent à Tirana pour faire des études, ils sont tous les trois amoureux de la belle Esther fille d’un intellectuel, ensemble ils découvriront les joies et le pouvoir de la poésie. L’amitié et la rivalité amoureuse entrainera le drame dont on aura toutes les réponses qu’à la fin du roman.

En 1980 deux jeunes Elora et Agon sont très amis parfois Niko et le grand frère d’Agon, Durim les rejoignent. La vie au village se serait passée à peu près normalement si ce n’est qu’un envoyé du parti (l’un des trois amis qui étaient allés faire ses études à Tirana), veut absolument collectiviser et faire obéir tout ce petit monde aux ordres d’Enver Hoxha. La description de l’absurdité communiste qui, par exemple, oblige les gens à avoir une coupe de cheveux au centimètre près pour ne pas risquer de se faire arrêter est, hélas, très proche de la réalité.
En 1990, c’est une autre horreur qui secoue le village : la dette de sang. Car comme si le communisme ne suffisait pas, l’Albanie obéit aux traditions ancestrales : le viol d’Elora entrainera trois meurtres et on craint même que cela se perpétue en 2023. On devine assez vite que l’enquête de Sarah permettra de dénouer toutes les tragédies qui ont traversé ce village et fait fuir sa mère si loin dans un pays si opposé à l’Albanie, pour le climat, la lumière, les mœurs, et surtout la liberté des femmes, l’Islande.

C’est un roman dense qui se lit facilement, mais même si je l’ai apprécié, j’ai l’impression qu’à part l’évocation des excès stupides du régime communiste et des horreurs des lois qui régissent les vengeances des lois que l’on dit gérées par l’honneur, je l’oublierai assez vite, et, de plus, je ne comprends pas trop le goût actuel des romanciers de mélanger les temporalités.

Extraits

Début

2023
 Le bouquet de fragrances se déverse dans l’habitacle lorsque Sarah baisse la fenêtre du 4×4 : ciste, romarin, thym, lavande, sauge. La terre exhale des parfums qui l’enfièvrent depuis qu’ils ont quitté la capitale. Tant de senteurs, tant de soleil : elle n’a pas l’habitude. L’hiver retirait à peine sa longue traîne blanche du fjord lorsqu’elle a quitté son laboratoire d’Akureyri, dans le nord de l’Islande. Les effluves de la lande étaient encore assoupies sous la neige, attendant leur l’heure pour jaillir.

Le poids des traditions en Albanie.

 Les rares villageois qui ne supportent plus la vie spartiate du hameau rejoignent la vallée nichée dans l’ombre. Certains entament des études dans les grandes villes. D’autres dégotent un logement confortable à Tirana. Mais quels que soient leurs efforts et les charmes que la capitale déploie sous leurs yeux, le souvenir du village sans nom ne cesse de les hanter. Ils portent le même secret : la mémoire des vendetta entrée dans leur chair. Leur âme est trempée à loutrenoir, cette matière née de l’ombre et de la lumière mêlées, par laquelle le malheur des prophéties anciennes s’abat.

Le tourisme et l’Albanie.

– Vous pensez vraiment que des touristes vont venir jusqu’ici ? interroge Sarah.
– Amélie et Antoine en sont là preuve, répond Niko, désignant le couple d’un geste du menton, sourire aux lèvres. Les amateurs de haut de gamme sont à la recherche d’expériences exceptionnelles, loin des destinations piétinées par les hordes de badauds. Il reste peu de coins vierges comme celui-ci sur le continent. L’isolement du village est précisément ce qui le protégera du tourisme de masse. Personne n’imagine les trésors que ces montagnes dissimulent.

Le régime communiste.

 Récolter les plantes à l’aube, les nettoyer, les plonger dans les alambics vrombissants, collecter le nectar ainsi produit et conditionner les huiles essentielles : voilà à quoi se résument désormais les journées des villageois.
Le parti du travail est leur employeur.
 Le parti du travail distribue leur repas.
 Le parti le renseigne les préceptes d’Envers Hoxha, scandés à longueur de journée dans la distillerie.
(…)
 Les villageois récitent le catéchisme enseigné par le Parti. Mais le soir, dans le secret de leurs masures, enfin désertées par les prisonniers, ils vomissent leur mépris.
– Qu’est-ce que c’est que ces conneries !

Je comprends cette réaction.

Depuis la veille, le couple et elle se tutoient. Ils ont le même âge. Très vite, ils ont échangé en français des commentaires échappant à leur guide avec qui ils communiquent en anglais. Sarah apprécie la complicité qui s’installe entre eux et s’en méfie. Tantôt sur la réserve, tantôt désireuse de s’en faire des amis, elle ne peut s’empêcher d’émettre un jugement sur leur choix de vacances, randonner sur les hauteurs d’un pays ruiné par le communisme et la corruption qu’il a engendrée a quelque chose d’obscène.

La tradition.

Le Kanun dit : les hommes respecteront la gjakmarrja. La vengeance du sang. Tout assassinat d’un membre de la famille et toute offense grave devront être réparés par la vie d’un membre de la famille de l’offenseur. Il est interdit de tuer les femmes et les enfants. Il est interdit de tuer un homme dans sa propre maison, et dans la tour de claustration. Les blessures peuvent être indemnisées par le versement d’une amende. Toute blessure non indemnisée compte pour un demi-mort. Deux blessures équivalent à un mort.

Raisons pour lesquelles on était arrêté sous Enver Hoxha.

  » J’organisais des parties de cartes pour les gars de l’usine après le travail. On m’a accusé de dissidence. J’ai, passé cinq ans dans les mines de Burrel, puis on m’a envoyé ici. »
 » J’ai eu le malheur de faire mes études à Moscou. Je suis considéré comme un ennemi du peuple depuis que l’Albanie a coupé les ponts avec L’URSS. »
 » J’ai accueilli des étudiants chinois dans ma classe : on m’a jugé ennemi du peuple quand l’albani c’est fâchée avec Mao. »
 » Je trimais sur des travaux de terrassement. J’ai regardé vers l’horizon : on m’a accusé de vouloir fuir à l’étranger, j’ai pris trois ans de prison. »
 » Je travaillais dans un café, j’ai éteint la radio pendant la transmission d’un discours d’Enver Hoxha pour prendre la commande d’un client. On m’a dénoncé. »
 » J’ai porté mon sac en bandoulière, on m’dit que j’avais été « perverti par l’esprit étranger » et j’ai été arrêté. »
 » J’ai dix-huit ans, je suis né en prison parce que mon père et ma mère étaient des dissidents ».
 » J’étais marin, j’ai laissé des passagers revenir d’Italie avec des gressins dans leur sac. »
 » Je me suis plaint de la chaleur dans la brigade agricole où je travaillais. »
 » J’ai bâillé au corneille pendant une réunion du Parti. »
« J’ai râlé dans la queue d’un magasin général. »
 » Nous avions la télévision dans notre appartement de Tirana. Le soir, nous regardions les séries italiennes que nous parvenions à capter. Tout le monde fait ça derrière les volets clos ! L’un de nos voisins a dénoncé ceux du quartier dont l’antenne était tournée vers Rome. On m’a arrêté pour activité hostile. »

 

 

 


Éditions Gallimard NRF, 146 pages, mars 2025.

Après avoir lu et apprécié, « le Mage du Kremlin« , je savais que je lirai cet essai dont j’entends parler un peu partout. Le jour où je rédige cet article je vois qu’il a déjà plus de 2500 lecteurs sur Babelio ! C’est donc un phénomène, je n’ai pas lu les critiques de Babelio mais j’en ai entendu quelques unes sur les ondes (je lirai les différents critiques après avoir écrit la mienne pour ne pas être trop influencée). Ce n’est certainement pas un aussi bon livre que le précédent, je suis bien d’accord. Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par les défauts : On a l’impression que l’auteur nous livre quelques moments de ses expériences en politique dans son pays et surtout à l’international. Ce sont de petits flashs sur des moments variés du monde qui nous dirige, il n’y a pas de liens entre eux, sauf à nous faire découvrir que nous sommes gouvernés par des hommes de piètre valeur et qui eux mêmes ont laissé le pouvoir aux puissants de la « Tech », qui à l’image d’Elon Musk sont capables de tout car ils n’ont aucun contre pouvoir. L’auteur nous donne l’impression de vouloir absolument nous dévoiler ce qu’il a vu, pour nous ouvrir définitivement les yeux, comme s’il voulait nous réveiller de notre torpeur bercée aux sirènes des réseaux sociaux et de l’IA.

Mais, car il y a évidemment un « mais » et des raison à autant de succès , certaines de ses idées sont de fulgurantes évidences et devraient effectivement nous alerter. Celle que je retiendrai définitivement, c’est de se rendre compte que toutes les civilisations se sont effondrées, lorsque cela coutait plus cher de se défendre que d’attaquer. Aujourd’hui les démocraties occidentales mettent des sommes sommes importantes dans leurs différents moyens de défense, mais nous sommes menacés par des régimes beaucoup plus pauvres qui peuvent nous détruire avec des moyens tellement moins chers.

Ensuite plusieurs passages m’ont passionnée, même si c’est un peu décousu : la soi-disant gentillesse et amabilité du dirigeant de l’Arabie Saoudite : Mohammed Ben Salmane désigné par ses initiales MBS, la façon dont il a organisé une purge à son arrivée au pouvoir, et dont il a fait assassiner et dépecer le journaliste Kamal Khashoggi , en dit long sur le personnage devant lequel , les dirigeants des démocraties se prosternent .

J’ai beaucoup aimé aussi son analyse sur l’ère Obama et les différentes dérives des démocrates américains.

Mais le plus intéressant c’est évidemment l’analyse même si elle est succincte de la prise de pouvoir par les hommes de la « tech » à travers l’IA .
Certes ce n’est pas le livre du siècle mais il est facile à comprendre et il en dit tant sur notre monde et notre capacité à mettre à la tête de nos pays des gens totalement incapables, la prime revient aux USA avec leur Trump adulé par plus de 50 % de la population américaine. Pour moi il faut lire ce livre, ne serait-ce que pour en discuter.

Extraits.

 

Début.

 Quand les premières nouvelles du débarquement d’Hermán Cortés parvinrent à la capitale de l’Empire aztèque, Moctezuma II convoqua immédiatement ses plus proches conseillers. Quelle attitude adopter face à ces visiteurs inattendus arrivés d’on ne sait où à bord de curieuses citées flottantes ?
 Certains estimèrent qu’il fallait repousser les intrus sur le champ. Il n’aurait pas difficiles pour les troupes impériales de venir à bout de quelques centaines d’impudents qui avaient osé pénétrer sur les terres de la Triple Alliance sans y être invités. « Oui, mais » dirent les autres. D’après les premiers rapports sur les étrangers, ceux-ci semblaient dotés de pouvoirs surnaturels : ils étaient entièrement recouverts de métal, contre lequel se cognaient les fléchettes les plus acérées.

L’homme politique .

 Cela dit, en politique, il n’y a pas que la chute qui soit douloureuse : la vérité est qu’on souffre tout le temps. Il faut être fait pour ça. Comme ses poissons abyssaux, habitués à survivre sous la pression de milliers de tonnes d’eau de mer. 
 Prenez cet homme à la mine un peu hésitante à tabler dans la salle à manger des délégations, au quatrième étage du palais de verre à l’occasion d’un repas offert par la France en l’honneur de la Communauté du pacte de Paris pour les peuples et la planète. Il s’agit du nouveau premier ministre britannique, Keir Starmer : après les extravagances de Boris Johnson et le court mandat du premier chef de gouvernement britannique non blanc de l’histoire, voici cet avocat londonien, sexagénaire, grisonnant, poli, souriant, qui rappelle la phrase sur Louis Philippe  » Il marche dans la rue, il a un parapluie. »
 On ne peut pas dire qu’il ait eu des débuts faciles. Des gaffes, des émeutes, des coupes budgétaires et même un scandale à propos de ses lunettes qui lui aurait été offertes par un généreux donateur Résultat : deux mois après son triomphe électoral le Premier ministre britannique était au plus bas dans les sondages. Le fait est, quoi qu’en disent les populistes, que la politique est un métier parmi les plus difficile. Une activité qui expose en permanence au risque de se ridiculiser, de passer pour un imbécile surtout quand on ne l’est pas.

 

Le chef d’état des USA.

 Aujourd’hui nos démocraties paraissent encore solides. Mais nul ne peut douter que le plus dur est à venir. Le nouveau président américain a pris la tête d’un cortège bariolé d’autocrates décomplexés, de conquistadors de la tech, de réactionnaires et de complotistes impatients d’en découdre. Une ère de violence sans limites s’ouvre en face de nous et, comme au temps de Léonard (de Vinci) les défenseurs de la liberté paraissent singulièrement mal préparés à la tâche qui les attend. 

Le pouvoir.

Goethe raconte l’histoire de ce vieux duc de Saxe, original et obstiné, que l’on pressait de réfléchir de considérer, avant de prendre une décision importante.  » Je ne veux ni réfléchir ni considérer, aurait-il répondu, sinon pourquoi serais-je duc de Saxe ? »

Intelligence et politique.

Trump n’est au fond que l’énième illustration de l’un des principes immuables de la politique, que n’importe qui peut constater : il n’y a pratiquement aucune relation entre la puissance intellectuelle et l’intelligence politique. Le monde est rempli de personnes très intelligentes, même parmi les spécialistes, les politologues et les experts, qui ne comprennent absolument rien à la politique, alors qu’un analphabète fonctionnel comme Trump peut atteindre une forme de génie dans sa capacité à résonner avec l’esprit du temps.
 Que d’entrepreneurs richissimes, de technocrates globaux, d’intellectuels et de prix Nobel a-t-on vus s’infliger des humiliations cuisantes en essayant de transposer leurs triomphes professionnels dans l’arène politique.


Éditions la tribu, 459 pages, janvier 2025

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard

 

J’ai lu chez « je lis je blogue » un billet à propos de ce roman et il se trouve qu’il était au programme du club dans le thème » roman historique ».

Je rappelle brièvement le fait central : rue Transnonain, au 12 exactement, la nuit du 14 avril 1834, les troupes commandées de loin par un certain Bugeaud obéissant à Adolphe Thiers, entrent dans cet immeuble et tuent tout le monde : hommes, vieillards femmes et enfants. C’est un crime d’état et qui a d’abord choqué l’opinion publique et puis qui a été bien oublié. Il préfigure ce que sera la répression de la Commune toujours menée par Adolphe Thiers, ce boucher qui a encore tant de rues et de places à son nom dans les villes françaises.

Ce qui a sans doute rendu célèbre ce crime d’état c’est le dessin de Daumier plus que le texte de Ledru-Rollin qui, déjà, dénonçait ce crime sans raison de 12 parisiens.

Description de cette image, également commentée ci-après

À partir de ce crime horrible, l’auteur crée une fiction historique, très intéressante qui permet de se plonger dans le Paris de la misère sous Louis Philippe. Les deux personnages principaux, la prostituée, Annette Vacher, et l’ancien policier Joseph Lutz ne sont pas des personnages de pure fiction mais très librement interprétés par l’auteur. La trame principale de ce récit est de démonter la propagande officielle de l’époque qui consistait à faire porter le chapeau de cette tuerie aux habitants de cet immeuble qui auraient caché un homme qui a tué un officier de la garde. En réalité, le règne de Louis Philippe est secoué par de multiples révoltes dont celle des canuts à Lyon, et le pouvoir, avec le tristement célèbre Thiers à sa tête, veut remettre de l’ordre . Pour cela, il faut museler la presse et mettre en prison tous les gens qui appartiennent à des mouvements progressistes. Bugeaud pense qu’il faut faire peur aux bourgeois, rien de telle qu’une tuerie bien organisée.

Le monde de la misère est parfaitement décrit en particulier celui de la prostitution. L’auteur fait revivre deux femmes remarquables de l’époque : Suzanne Voilquin et Claire Démar qui ont lutté toute leur vie pour la cause des femmes, trop tôt, sans être le moindre du monde entendues à leur époque.

J’ai une réserve sur ce roman trop foisonnant. L’auteur a voulu tout dire de l’époque . Le fil narratif est, de façon permanente, fait d’aller et retour sans que cela se justifie. Pour moi, la chronologie aide à la compréhension et le contraire m’a lassée. Et puis le romanesque emporte l’auteur dans des invraisemblances qui n’apportent pas grand chose et surtout le personnage de la prostituée amoureuse d’un jeune ouvrier occupe une très grande partie du roman sans pour autant être très incarnée : c’est une très belle coquille vide . Bref, quelques longueurs dans un roman qui vaut vraiment le peine d’être lu pour découvrir la misère du tout début de l’industrialisation de la France.

 

Extraits

Début.

« … on ne tue pas le monde comme ça. « 
 Au numéro 12 de la rue Transnonain, à l’emplacement de l’actuel 62, rue Beaubourg à Paris, deux amants sont allongés dans un lit. L’un dort l’autre veille. La jeune femme s’appelle Annette Vacher. Elle doit avoir dépassé la vingtaine. Personne ne peut donner son âge exact, mais tous se souviennent de ses yeux verts légèrement bridés, de son épaisse chevelure d’un rouge rabattu et de ses tâches de rousseur. Quelque chose d’excessif dans la féminité, de débordant. Madame Pajot, la concierge de l’immeuble, est plus directe pour elle, « c’est une fille ».

Citations de la presse d’opposition .

 La caricature, 17 avril 1834
 Pendant toute la journée, on voyait à chaque instant sortir des cercueils des maisons démantelées de la rue Transnonain ; on avait oublié d’écrire dessus : laisser passer l’ordre public. 
(plus loin)
 L’administration des pompes funèbres a placé, dit-on, au-dessus de son établissement l’écriteau suivant : Au Pouvoir, les pompes funèbres reconnaissantes. 

Portrait d’Adolphe Thiers.

 Au moment des Trois Glorieuses, ils parie sur Louis Philippe. Dans les colonne du « National », il le pousse sur le trône. Élu député, il s’arrange pour envoyer le mari de sa maîtresse en poste dans le Nord et, ne pouvant mettre la main sur la mère, épouse la fille de seize ans. Le voilà riche, le voilà électeur, le voilà éligible. Grâce à la fortune du beau-père, il s’installe place Saint-Georges, dans un hôtel particulier en style néogothique, qui symbolisera aux yeux des Parisiens, ce que peuvent faire la ruse et le pouvoir réunis en un seul personnage.

Le carnaval et les excès .

 Son nom est Milord l’Arsouille. Le fils bâtard d’un riche Anglais qui vient d’hériter de cent mille livres sterling. Elles lui brûlent les mains. Et pas que les siennes. Son jeu préféré consiste à plonger une poignée de pièces d’or dans l’huile de la friture et, muni d’un mouchoir, de les lancer sur la foule. Il faut les voir s’arracher la peau en paiement de leur lucre. Quand il a bien ri, il se bat. Peu importe la raison. Avec les bourgeois. les fiers-à-bras. Comme s’ils voulaient se punir d’avoir eu tant de chance.

Genre de scènes trop fréquentes à mon goût.

 Dans son dos les chaufourniers retroussent sa robe. La poussière lui entre dans les narines, les oreilles, les yeux. Par tous les orifices du corps. Il doit y en avoir sur le sexe en érection parce que ça la brûle de l’intérieur. Dans la cour les femmes parlent de plus en plus fort. Les enfants jappent comme des petits chiens. Les chaufourniers avaient et toussent, leur souffle si court qu’Annette croit plusieurs fois qu’ils vont mourir en elle.

6 ans d’une vie.

 Elles arrivent ainsi de devant la barrière d’Italie. Celle par laquelle six années plus tôt, Annette entrait dans Paris. Six ans c’est peu … à moins qu’on n’ait été obligé de coucher avec des centaines d’hommes, qu’on n’ait éborgné une femme, passé un an en prison, connu plusieurs révolutions, échappé à un massacre, dormi sur des grabats, éprouve la faim, le froid rencontré l’amour et tenu dans ses mains son crâne ouvert.

La peur et l’action .

 Dimanche après-midi quelques heures avant l’assaut. La rue Beaubourg est remplie à la gueule. Des familles entières qui musardent depuis la tour Saint-Jacques jusque dans le Marais. Ça chante, ça prend du bon temps. C’est pas comme ça qu’on va faire la révolution. Retiens bien mon avis, Lutz : la peur c’est le seul combustible valable. Sans elle, autant rester chez soi.


Éditions du Seuil, 151 pages, août 2024.

lu sur un mur de Chiraz

Vous pensiez me tuer, Vous nous avez ressuscitées

Je regarde assez peu la Grande Librairie, le plus souvent parce que j’oublie, mais ce soir là deux auteurs que je voulais lire étaient invités : Kamel Daoud pour Houri, et Delphine Minoui pour ce roman. Le soir de cette émission pendant laquelle cette autrice franco-iranienne racontait son admiration pour les jeunes iraniennes du mouvement « femme, vie, liberté » qui, au péril de leur vie, arrachent leur voile et le brûlent, une femme en arrière plan passait son temps à remettre le sien !

Badjen veut dire aujourd’hui la jeune fille qui ose rejeter « les bonnes mœurs musulmanes », mais le premier sens est presque « prostituée ». Cette jeune fille, Badjen (c’est le nom que lui a donné sa mère) est élevée dans une famille classique iranienne et elle ressent immédiatement que sa naissance a été un malheur pour son père pour qui la femme n’est que source de problème . Sa mère est celle qui lui permettra de se construire, car si celle-ci semble accepter la domination de son mari, en cachette de celui-ci, elle donne à la vie de sa fille la force de s’opposer. La différence entre les deux générations, c’est le courage de la jeunesse qui osera tout et le fera de façon ouverte.

Le roman est très facile à lire et explique très bien de quoi le voile est le symbole : il s’agit de ne pas attiser la convoitise des hommes et de garder la femme dans une attitude de soumission. Il y a une énergie dans ce récit qui le rend « presque » agréable à lire. Pour le côté sombre, car ces jeunes filles sont très souvent blessées ou même tuées par la police, le film « les graines du figuier sauvage » complète très bien cette lecture. Et dans ce film aussi c’est l’adolescente qui lutte le plus naturellement contre l’oppression patriarcale .

Une lecture nécessaire et si simple qui s’adresse à la jeunesse, celle de notre pays ou la liberté des filles existe encore et je l’espère pour toujours.

 

Extraits

Début poème .

T’entends leurs cris ?
Tu les entends t’applaudir alors que t’as encore rien fait ?
Froussarde ! Très même pas cap.
Même pas cap de grimper sur la benne.

Début du texte .

 J’ai 16 ans. 
Aucun cri ne sort de ma bouche.
Je me parle à moi-même depuis ce corps qui ne m’a jamais appartenu. 
J’ai 16 ans. Je pèse 47 kg et je mesure 1,59 m.
 Je les entends hurler « vas-y ma fille ! » et je repense au premier cri :
– Dieu c’est une fille !
Ce cri d’avant ma naissance.
Le cri fondateur. 
Originel.
Celui des hommes de ma famille agglutinés au-dessus du ventre de maman.

L’avortement et l’islam.

On dit que ce sont les détails qui tuent. Moi c’est mon grand-père qui a failli me tuer.
Pendant que la gynéco aidait ma mère à se relever, il avait pris tous les hommes de la famille en aparté pour planifier ma sentence prématurée. – Un avortement ! Il faut à tout prix envisager un avortement !
L’islam, religion d’état, interdit l’avortement. 
Sauf qu’en Iran tout se négocie même la religion.
 Mon grand-père affirmait connaître un médecin dont la cave servait de clinique clandestine, ni vu ni connu.
– Un homme de confiance, avait-il insisté.
 Il l’avait contacté en urgence par texto.
 Cinq minutes plus tard la réponse s’affichait sur son portable. Deux lignes expéditives confirmant la possibilité d’une intervention illicite moyennant un prix très juteux, nettement supérieur à la somme escomptée. (…)
 Mon grand-père lui avait raccroché au nez renonçant à contre cœur à mon assassinat trop coûteux.

Sa mère .

 Plus tard je l’ai souvent entendu dire en parlant à ses copines :
 » On ne veut pas finir comme la Syrie. »
 Ou encore :
 « La révolution nos parents l’ont déjà expérimentée, et on a vu ce que ça a donné ! »
Et elle s’est remise à faire ce qu’elle avait toujours fait : contourner les interdits plutôt que les envoyer balader. Une vie de concessions, de compromis de soirées clandestines, de défilés de mode underground, d’alcool frelatés, livré dans des sacs poubelles et de programmes satellitaires captés grâce à de petites paraboles camouflés sur le toit … Des arrangements tolérés au compte-gouttes par mon père, tant qu’ils étaient soigneusement tus pour ne pas entacher la réputation familiale.
 La seule audace que maman ait gardé de 2009, c’est ce foulard vert qu’elle porte de temps en temps, surtout les jours de cafard.
Elle répète que « le vert, c’est l’espoir ».
c’est tout ce qu’il lui reste.
Avec moi.