
Éditions Verdier,131 pages, août 2021.
Quand j’ai chroniqué Haute Folie, vous aviez été plusieurs à me dire à quel point ce livre vous avait plu, il était depuis longtemps dans ma liste de livres à lire. Je suis ennuyée de ne pas partager l’enthousiasme des lecteurs qui ont valu une belle récompense à ce roman : prix du livre inter 2022. Je reconnais à cet auteur un réel talent littéraire : il écrit très bien. Mais je ne comprends pas le parti pris de cet auteur : pour nous faire partager la souffrance extrême du peuple syrien, nous écoutons la plainte de ce vieil homme Elmachi, qui a tout perdu et qui contemple la montée des eaux d’un lac sur l’Euphrate qui va submerger son village d’enfance. On comprend peu à peu, qu’il a vécu la mort de sa femme, et de ses trois enfants. Ses années de prison durant lesquels il a été gravement torturé, l’ont auparavant totalement détruit. Il erre sur ce lac dans une barque, il plonge pour retrouver son village et peu à peu nous livre toute sa souffrance. L’auteur a choisi de s’exprimer en utilisant des vers libres et des phrases très courtes. Le livre se lit facilement et parfois j’ai été saisie par la souffrance de cet homme, alors d’où viennent mes réserves. Je n’ai rien appris à propos de la Syrie, j’ai appris en revanche que la Syrie et ses horreurs touchent Antoine Wauters. C’est très respectable, mais rien ne remplace la parole des Syriens eux-mêmes ou des témoignages directs : , je me suis sentie tellement plus concernée par « l’Odyssée d’Hakim« , cet homme tout simple m’a fait comprendre la terrible et absurde répression, de celui que le vieil Elmachi appelle « le docteur » ou ‘l’ophtalmologue » : Bachar el-Assad. Lui, qui n’aimait pas la politique, qui se préparait à une vie tranquille à Londres (de médecin effectivement) pendant que son frère se préparait à diriger la Syrie, s’est avéré le pire dicteur qu’un pays ait connu. Il coule aujourd’hui des jours tranquilles, sinon heureux, dans des résidences de luxe dans la Russie de son ami Poutine.
Extraits.
Début.
Au début, les premières secondes, je touchetoujours mon cœur pour vérifier qu’il bat.Car j’ai le sentiment de mourir.J’ajuste mon masque, me tenant à la proue.Je fais des battements de jambes.Le vent souffle fort.Il parle.Je l’écoute parler.Au loin, les champs de pastèques,Le toit de la vieille école et les fleurs de safran.L’eau est froide, malgré le soleil,et le courant chaque jour plus fort.Bientôt, tout cela disparaîtra.
L’homme et la prison.
Si bien que lorsque l’homme que j’aimais, (toi idiot,oui !) a dévié de la route des cases du parti, on l’a jetéen prison.Moi non plus je n’oublie rien.Quand il est sorti la lumière avait désertéson regard, il ne parlait pratiquement plus.Il emmenait les enfants au lac.Il les installait sur sa barque.Ensuite ils piqueniquaient et chassaientles mouettes avec toutes sortes d’armes fabriquées, main.Il s’efforçait de rire.Et eux aussi riaient, ne se doutant pas un seul instant du gouffre que cache parfois le rire d’un père.De ses envies de se défenestrer.De sa rage.Les coups qu’il se donnait pour punir et bannirla violence que la prison avait semée en lui.L’abrutir.

La forme, pas mon truc, j’ai donc passé jusqu’ici… Si en plus ce fond c’est bof<;;;
j’ai été surprise de ne pas être en harmonie avec la blogosphère.
Je crains que la forme du roman me rebute un peu même si tu dis que cela se lit facilement. si je dois lire un ouvrage sur cette région du globe, je suivrais plutôt ton conseil en me tournant vers l’Odyssée d’Hakim
L’Odyssée d’Akim m’a fait comprendre la tragédie des Syriens et c’est à dimension humaine.
Je ne suis pas sûre d’accrocher à la forme… Je ne suis pas convaincue par les extraits en tous cas.
Pourtant ce roman a connu un grand succès.
Il m’a été beaucoup recommandé ce roman et pourtant je n’arrive pas à m’y mettre. Ton avis me conforte dans l’idée de ne rien brusquer et de me tourner plutôt vers des récits des Syriens eux-mêmes.
C’est tellement évident que les populations qui ont connu ces horreurs sont mieux placés que les écrivains français ou autres pour nous en rendre compte. Mais cette remarque n’est pas absolue car les écrivains qui mettent leur sensibilité au service des malheurs du monde écrivent des livres qui me plaisent. Ici la forme et le fond ne m’ont pas touchée.
Je fais partie de celles qui ont été emportée par ce roman et cette voix singulière du vieil homme. C’est vrai qu’il n’y a pas vraiment d’arrière plan historique explicite, mais cela ne m’a pas gênée. J’allais même dire « au contraire » … Je note L’odyssée d’Hakim également.
Tu n’est pas là seule à avoir été enthousiaste à propos de ce roman. Et j’ai apprécié cette lecture mais j’ai eu plus de réserves , sans doute j’en attendais trop.
Bah tu vois, moi qui craignais de ne pas accrocher, notamment à la forme, j’ai comme Athalie été conquise par l’écriture et le personnage.
vous étiez nombreuses à aimer ! et je comprends.
Une lecture qui m’avait conquise. J’ai découvert l’auteur avec ce titre.
il a un vrai talent d’écrivain, c’est certain
C’est un auteur que je veux lire depuis longtemps, tu me refroidis :) !
Tu as vu tous les avis positifs ? Le mien est moins enthousiaste.
J’ai bien aimé ce livre mais il n’a pas été un coup de cœur. Sans doute en raison de la forme.
je pensais avoir noté un enthousiasme général , visiblement pas tant que ça .
J’ai beaucoup aimé ce livre mais il faut aimer la forme (moi ça me parle). Après, oui, ça ne remplace pas les témoignages directs des Syriens mais il est difficile d’avoir leur parole, surtout en littérature (et c’est un problème). Cependant, l’un n’empêche pas l’autre. J’estime que l’on n’a pas forcément besoin d’avoir tout un topo sur la Syrie pour entrer dans le récit. Soit on y sensible, soit on ne l’est pas. Et puis si on devait parler que de ce que l’on vit, on pourrait retirer tout un pan de la littérature mondiale.
Bien sûr, ce commentaire très long et précis enrichi mon point de vue, l’écrivain a le droit de s’emparer de tous les malheurs du monde, et d’en faire une œuvre. Et arriver à faire vivre un personnage dans la tourmente du régime syrien c’est important. Je suis restée en dehors de ce livre, c’est dommage pour moi par pour l’auteur et surtout pas pour tous ceux et celles qui l’ont apprécié.