Édition La Peuplade, 423 pages, juin 2026

Traduit du suédois par Catherine Renaud

Quelle importance si je pue quand il n’y a personne pour sentir l’odeur ?

 

J’ai repéré ce roman sur la blogosphère Sin-city et son billet m’avait donné envie de l’offrir à ma sœur, elle a beaucoup aimé et me l’a prêté. À mon tour, j’ai lu avec beaucoup d’attention la fin de vie de Bo, et sa difficulté à se faire entendre car il perd peu à peu la force et les codes pour se faire comprendre. Le roman se déroule sur quelques mois, mais parfois Bo part dans les souvenirs de sa vie nous permettant de découvrir la vie en Suède pour des gens simples. Le récit est entrecoupé par les petites notes des différentes aides à domicile et de son fils Hans.

Bo est très attaché à son chien Sixten, il craint (à juste titre) que son fils décide de le faire adopter par une autre famille car c’est un chien qui a besoin de courir et il est incapable physiquement d’accompagner l’animal dans de grandes promenades. Mais Bo n’est heureux que lorsqu’il sent Sixten à ses cotés et qu’il peut passer sa main sur sa tête. De toutes ses maigres forces, il essaie de faire comprendre à Hans qu’il refuse qu’on le sépare de son animal.

L’écrivaine a vraiment un grand talent pour raconter ce quotidien de cet homme qui sent la vie s’échapper. Son enfance a été gâchée par un père d’autant plus violent qu’il buvait beaucoup. Comme souvent lorsqu’on vieillit c’est l’enfance qui occupe la plus grande place dans les souvenirs. Il décrit la tristesse de la relation avec son père qui est incapable de lui manifester la moindre affection et sa mère femme soumise simplement malheureuse de ne pouvoir faire le bonheur de son fils. Bo travaillera toute sa vie dans une menuiserie, comme son père, la relation entre les hommes était sans paroles inutiles et aucune manifestation sentimentale, la Suède du monde rural c’est un pays de taiseux et de gens qui veulent surtout ne jamais se faire remarquer. Tout le monde semble accepter d’être à sa place et le seul personnage qui semble plus fantaisiste, son ami Ture, voyagera et racontera à Bo des contrées différentes,

Bo sera heureux dans son mariage, il essaiera de ne pas reproduire avec Hans de ce qu’il a vécu avec son propre père qu’il appelle tout le temps « le vieux », il a aussi une petite fille qu’il aime beaucoup. Mais toute sa vie il luttera contre une colère qu’il sent monter en lui et la peur de ressembler à son père.

On comprend très bien que, si son fils est maladroit, il l’est parce qu’il s’inquiète beaucoup pour son père. Sa femme a complètement perdu la tête, et la visite de Bo et de Hans à son hôpital est vraiment très triste.

L’auteure, se plaçant du point de vue de Bo, on voit que toutes ses actions ont une logique, mais le résultat a vraiment de quoi inquiéter son entourage : on le retrouve en pleine nuit près d’une boite aux lettres car il décide d’envoyer une lettre à sa femme, on le retrouve allongé par terre complètement gelé car il a voulu faire jouer Sixten dans une prée.

Quand on vieillit, un des grands malheurs c’est de voir tous ses amis mourir, ainsi Ture son ami de toujours mourra avant lui, et lors de son enterrement Bo découvrira le secret de la vie de son ami, dont il ne lui avait jamais parlé. L’absence de communication entre les hommes est la caractéristique de tout ce récit, et c’est aussi le grand talent de l’autrice de nous intéresser à la vie d’un homme en apparence si vide d’émotion. Tout est intériorisé, Bo ne sait pas mettre des mots sur ce qu’il a vécu, mais il est plein de souvenirs qui évoquent les senteurs de la nature, les fleurs, le bonheur de la pêche, et l’intensité des moments où il a été pleinement heureux en famille . Tout cela a disparu , mais il aime quand ses souvenirs reviennent à lui et ne sont pas bousculés par un quotidien fait de soins et de contrariétés.

C’est un très beau roman, une plongée triste dans le vieillissement et son cortèges de désagréments, mais qui en même temps donne toute sa dignité à un être humain en fin de vie.

Extraits.

Début.

JE RÊVE DE LE DÉSHÉRITÉ, de faire en sorte qu’il ne reçoive pas un centime.
 Il prétend que s’il veut m’enlever Sixten, c’est autant pour mon bien que pour le sien. Que les personnes âgées comme moi ne devraient pas se promener dans la forêt et que les chiens, comme Sixten ont besoin de balades plus longues qu’un simple aller-retour jusqu’à la route. 
Je regarde Sicten, allongé à côté de moi sur la banquette de la cuisine. Il ouvre sa gueule dans un grand bâillement, puis pose sa tête sur mon ventre. Je plonge mes doigts gonflés dans son pelage avant de secouer la tête agacé. Qu’est-ce qu’il en sait d’ailleurs cet idiot ? Il n’aura pas ce qu’il veut, c’est hors de question.

Les aides à domicile.

 Malin est son Ingrid. On a à peu près le même niveau de service de la part de nos aides à domicile. Ils nous lavent, nous nourrissent et font le ménage de nos maisons. On se dit souvent pour plaisanter que la seule chose que nous avons besoin de faire c’est d’ouvrir grand la bouche et de les suivre à la salle de bain quand ils nous le demandent.

 À part Malin, on est d’accord qu’Ingrid et les autres qui me rendent visite sont meilleurs que les aides de Ture. Au début, on les chronométrait et même si on était censés avoir des douches de la même durée, et le même accompagnement pour aller aux toilettes, il restait, généralement plus longtemps chez moi que chez lui. Chez moi, ils restaient même plus longtemps que leur temps de travail ne leur permet. À l’exception des remplaçants, comme la harpie.

La vieillesse .

 Bien qu’on ne se soit pas vu depuis longtemps, je m’imagine facilement ses mouvements pour prendre sa collation. Sa façon de soulever d’une main tremblante, sa tasse de café fleurie, pas plus grande qu’une demi-balle de tennis, jusqu’à sa bouche. Il ne remplit jamais sa tasse, plus qu’à moitié pour ne pas en renverser et se brûler.

Jeune homme, il veut fuir la violence de son père.

 Des logements pour les travailleurs sont mis à disposition, était-il écrit dans l’annonce. Un lit, une chambre, mon propre logement. J’ai des fourmillements dans tous les corps, j’ai envie de rentrer immédiatement pour faire mes bagages. Je me demande s’il y a un bus direct pour Hissmofors ou si faut passer par Krokom.
 Un son de trompette interrompt mes pensées et deux oiseaux majestueux volent juste au-dessus de moi. Les premières grues de l’année je m’arrête et je les suis du regard. J’observe leurs ailes puissantes qui battent régulièrement et prolpulsent les grands oiseaux vers l’avant. Je me promets qu’avant qu’elles ne repartent vers le sud, j’aurai quitté cet endroit.

La propreté.

Je trouve que c’est une horreur de prendre tant de douches. Je ne me suis jamais autant douché de ma vie que ces dernières années, et encore, je refuse parfois. Quelle importance si je pue quand il n’y a personne pour sentir l’odeur ?

La perte d’autonomie.

Pour qui il se prend ? Venir ici et me dire ce que je dois faire de tes affaires. Qu’est-ce que ça peut faire si ta veste est toujours accrochée dans l’entrée ?

 J’ai envie de me lever de taper du poing sur la table et de dire que je fais ce que je veux, bon sang. Que je suis le capitaine de mon propre navire. 
Mais je ne le fais pas. Parce que je ne suis pas le capitaine je ne suis qu’un baluchon attaché un bateau en pleine tempête.

 

Éditions Philippe Rey, 409 pages, août 2011

Traduit de l’anglais (Inde) par Bernard Turle

 

 

Elle sourirait quand elle apprendrait qu’aux toilettes du troisième étage une plaque indiquait « Dames » et l’autre « Scientifiques ».

Toujours dans la série des livres qui ne sortent pas de la médiathèque, voici un roman pour faire mieux connaître l’Inde. J’ai remarqué qu’il n’a pas non plus un grand succès sur Babelio. C’est pourtant un livre que j’ai lu attentivement jusqu’au bout. Il prend comme sujet, ce qui fait sans doute la gloire la plus incontestable de ce grand pays : la recherche scientifique. Dans ce centre de recherche le personnel est séparé selon les fameuses castes qui soi-disant n’existent plus ! tous les chercheurs sont des brahmanes masculins, aucun personnel de service ne l’est et le héros du livre, Ayyan est « dalit » parce qu’on ne dit plus jamais « intouchable ». Comme l’auteur Ayyan ne supporte lus cette division , et il regarde d’un œil critique tous ces scientifiques qui se gargarisent de leur savoir sans poser leur regard sur les gens qui les servent. Il les espionne et enregistre leurs conversations, ce qui va lui être utile pour son plan de vengeance. Il n’en peut plus de vivre dans une cité immonde où s’entassent des milliers de personnes, avec son épouse Orva et son fils Adi ils vivent dans moins de 20 m2 et les WC sont dans la cour commune à tout l’immeuble. C’est d’ailleurs un lieu important pour propager des nouvelles vraies ou fausses. Adi est sourd d’une oreille et, à l’école, il vit des moments difficiles, jusqu’à ce que père réussisse à le faire passer pour une enfant surdoué. Pour cela il lui fait apprendre par cœur des phrases piochées dans son centre de recherche, l’enfant de 10 ans les dit en classe et commence fortement à agacer ses professeurs. Ayyan paye un journaliste pour écrire un article sur son fils qui aurait gagné un concours prestigieux en Suisse. Ensuite le mensonge s’emballe mais Ayyan garde le contrôle jusqu’au bout.

Cette partie du roman est drôle et on a vraiment envie de savoir comment la supercherie sera découverte. Mais, le roman s’éloigne un peu de son propos en ridiculisant complètement les scientifiques indiens. Ils s’écharpent sur le « Big-Bang » et la façon de savoir comment entrer en contact avec des « extra-terrestre » est ridicule et pas crédible. La passion amoureuse du grand savant à la tête de l’institut avec une jeune femme est importante pour l’intrigue, mais c’est aussi une charge terrible contre les femmes arrivistes en Inde ce qui est assez pénible . Les deux femmes du roman ne sont pas des personnages intéressants. La femme d’Allyan est emprisonnée dans ses croyances religieuse et la superbe femmes scientifique s’avère être une garce destructrice. Le personnage principal est loin d’être sympathique mais peut-il faire autrement avec les cartes biaisées qu’il a en mains.

Je comprends la rage du Journaliste écrivain, Manu Joseph, de voir que son pays ne se débarrasse pas des mépris de castes et la description de la survie des « Dalits » est vraiment bien racontée, la charge contre le monde scientifique est drôle parfois, mais il est vrai aussi que l’Inde fourni au monde des chercheurs remarquables.

Pour moi, ce roman fleuve prend trop de temps pour le fil du récit, et pour dénoncer ce qui ne va pas en Inde. Je salue , évidemment, le regard acéré de cet auteur sur son pays qui rend son roman intéressant à lire.

Extraits.

Dès le début un talent de conteur.

 Cheveux noirs épais ramenés sur le côté, Ayyan Mani se faisait une raie, à la va-comme-je-te-pousse, en dents de scie telles les frontières tracées jadis par les Britanniques entre deux voisins hostiles. Il avait le regard acéré de l’homme à qui on n’en compte pas. Sa moustache drue abritait un perpétuel sourire. Sombre de peau, propre sur lui, il n’en avait pas moins l’air pauvre.
 Il observait les promeneurs du crépuscule. Des centaines sur la longue promenade face à la mer d’Oman. Des jeunes femmes solitaires, bien chaussées, marchaient à vive allure, comme si elles fuyaient un sort funeste qui les aurait fait ressembler à leur mère. Leurs fières poitrines rebondissaient, la chair de leurs cuisses tremblotait à chacun de leurs pas. Déformé par des grimaces de sportive, le visage de ces femmes des hautes castes à la peau claire et à l’expression blasée, luisait de sueur..

Je souris à ce portrait.

De petite taille, il donnait l’impression de se tenir très droit parce que son dos n’était pas assez long. À voir la façon dont sa chemise était tendue, Ayyan devina qu’il la coinçait dans son caleçon pour qu’elle tienne mieux -mode intime de beaucoup d’hommes de sa connaissance. Une fine ceinture marron faisait quasiment deux fois le tour de sa taille. Sa poche de chemise ployait sous le poids de son contenu. Un peigne rouge sortait de la poche arrière, de son pantalon.

L’incroyable histoire des BDD à Bombay.

BDD était une ruche de dix mille appartements d’une pièce répartis dans cent vingt bâtiments de trois étages, tous identiques, alignés comme des ruines, grisâtres car d’anciennes pluies en avaient depuis longtemps effacé les peintures. Un million de vêtements pendaient aux grilles d’une multitude de petites fenêtres sombres. Des pans de façade, parfois même des toitures, s’effondraient, surtout pendant les calamiteuses pluies de la mousson en août. Les cités avaient été construites par les Britanniques, quatre-vingts ans plus tôt pour loger les sans abris dans un tardif sursaut de bonne conscience. Mais les travaux avaient été tellement baclés que les gens avaient refusé d’y emménager, ne voyant pas pourquoi ils auraient dû renoncer à jouir du monde entier et du ciel bleu, pour se satisfaire d’une petite pièce sombre ouvrant sur un long couloir lugubre. Les bâtiments furent donc convertis en prison pour combattants de la liberté. Les studios dédaignés devinrent des cellules dont l’on ne pouvait s’échapper. Dans ce lieu, dont, quatre-vingts ans plus tôt, même les sans abris n’avaient pas voulu, dans ce lieu, qui avait ensuite été une prison, vivaient désormais plus de quatre-vingts mille personnes qui peinaient sous le fardeau d’union matrimoniale dont elle ne serait libérées que par la mort.

Les scientifiques.

Acharya était le genre d’homme qui, d’abord, décidait de croire en une vérité de son choix puis, ensuite et seulement ensuite, cherchait pendant tout le restant de leur vie cette chose de peu qu’on appelle la preuve.

La mendicité.

 Parce que la navette de l’Institut fut bloquée dans un embouteillage sur Coloba Causeway, il vit des gamins mendier à la fenêtre d’un taxi. Le jeune couple, à l’intérieur, faisait mine de ne pas les voir. Comme ils auraient aimé donner une roupie ! Mais ils avaient lu dans un journal de langue anglaise une enquête comme il en paraît au moins une par an sur la cruauté des syndicats de mendiants censés exploiter les enfants. En refusant de donner une roupie aux gamins, ils frappaient les syndicats en plein cœur. Tant de philosophie pour une transaction à une roupie ….

Le « journaliste » qui a écrit l’article à propos du fils de Ayyan.

Thambe, reporter à « Yug » , était l’un de ces hommes toujours excités qui font des choses pour lesquelles il n’existe pas de nom : il pouvait récupérer des licences perdues, vous procurez des mini-cartes de rationnement et connaissait le numéro de portable d’employés du gouvernement. (….)
– Tu me demandes si mon supérieur sait que j’écris des articles contre de l’argent ? Soit direct. Nous sommes amis maintenant. Bien sûr qu’il le sait. Tu veux connaître mon salaire ? Huit cents roupies. En m’engageant, il m’a dit : « Nous ne payons pas beaucoup. » Puis il a sorti une carte de presse avec ma photo dessus et m’a dit :  » À partir de maintenant, tu peux aller partout et faire ce que tu veux avec. « 

Raisonnement d’un scientifique.

 Il avait toujours honni les disproportions . C’est pourquoi, à une époque, il avait méprisé les dirigeables au même titre que de petites femmes blanches au volant de longues berlines. L’engin et sa fonction devaient être proportionnés Mais était-ce une exigence raisonnable ? L’engin étant un objet physique, il avait forcément une taille. De son côté, la fonction, elle, étant abstraite, ne pouvait être qualifiée par sa taille. La petite femme blanche n’était pas la fonction de la berline. La sonde dans la nacelle du ballon, n’était pas la fonction de ce dernier. Le but de la berline était que la petite femme blanche se rende quelque part – disons, au hasard à un enterrement. La fonction du ballon était de confirmer qu’il y avait de la matière extraterrestre dans le cosmos. Que venez donc faire la disproportion dans tout ça ?

Dispute entre mathématiciens (calculer la vitesse de propagation des nouvelles dans l’institut).

 Même s’il était vrai que les nouvelles voyageaient, elle ne voyageaient pas dans un espace physique, d’où l’on en déduisait qu’il était impossible de parler de vitesse. Le premier mathématicien, hochant vigoureusement la tête, rétorqua qu’entrait en ligne de compte une distance « non linéaire » et que les nouvelles voyageaient donc à travers un espace physique. Ayyan ne comprenait pas entièrement ce que ces gens entendaient par « probabilités » et « distance non linéaire », mais il n’eut pas le cœur de quitter la cantine. Au bout d’environ une heure, les deux mathématiciens convinrent autour d’une troisième assiette en carton, que les mauvaises nouvelles voyageaient plus vite que les bonnes. Ayan aurait pu le leur dire dès le début. 

Humour.

 Ayyan avait l’impression d’être un personnage dans un film d’art et d’essai. Rien n’arrive pendant un bon moment, après quoi il ne se passe encore rien, puis c’est déjà le générique de fin.


Éditions Gallmeister, 272 pages, janvier 2015

Traduit de l’américain par Laura Derajinski

 

Toujours dans la série des romans qui ne sortent jamais voici un roman qui m’a à la fois captivée et vraiment choquée. Ce n’est vraiment pas un récit banal et je n’ai aucune explication qui pourrait expliquer son triste sort à la médiathèque de Dinard. Un jeune policier Val Millimaki à Copper dans le Montana, est spécialisé dans la recherche des personnes perdues, dont le plus souvent, il ne retrouve que le cadavre, on va le suivre dans son rapport avec un meurtrier qui est est un vieillard aujourd’hui mais qui a vécu toute sa vie d’assassinats qui lui rapportaient de l’argent. Il est en prison et attend son jugement. Val le surveille toutes les nuits, et peu à peu s’installe entre eux un dialogue qui m’a passionnée. Val et John Gload, le meurtrier, ont tous les deux vécu une enfance très difficile, Val à retrouver sa mère pendue, John Gload orphelin a vécu l’enfer des enfants placés et très vite il réagira par la violence et le crime.

C’est peut être pour cela qu’il n’a pas de succès en bibliothèque : où le classer  ? Ce n’est pas un thriller et pourtant, on est avec un meurtrier implacable, ce n’est pas un roman policier, puisque nous savons tout de suite qui a tué et pourquoi, nous assistons même à trois meurtres, ce n’est pas un roman social, car la morale est totalement absente de ce récit. C’est quand même plus vers ce genre que penche ce récit, car nous sommes enfermés avec Val et Gload dans les cellules de la prison, sous l’autorité du Shérif,. Il y a bien un peu de suspens car on se demande si les deux flics pourris feront la peau de Gload avant qu’il soit jugé et surtout ils veulent se faire mousser en retrouvant tous les restes des victimes du tueur.

Le côté immoral aurait dû me rebuter, car celui qui tire les ficelles de tous les rapports humains dans cette prison c’est Gload, il comprend les petitesses de chacun et en joue avec brio. On sent que Val est envahi peu à peu par son métier et sa femme perd pied et finit par le quitter. Le talent de l’écrivain est extraordinaire, il nous fait découvrir le Montana, cette région qui semble si belle, et la dure vie des paysans, et les difficultés de vivre des gens ordinaires qui parfois n’en peuvent plus et partent mourir discrètement quel que part où le chien Tom et le policier Val les retrouveront. Il décrit aussi l’épuisement de Val qui perd totalement le sommeil et qui ressemble parfois plus à un zombie qu’à un homme .

Il reste que quand j’ai refermé le livre, j’ai retrouvé mon sens moral et que je m’en suis voulu d’avoir pris partie pour ce ce Gload qui a commencé en tuant une vieille femme simplement parce qu’il n’aimait pas son chien !

C’est un talent extraordinaire d’écrivain que de ne rien nous cacher des turpitudes de son personnage principal et en même temps mettre son lectorat du côté du meurtrier.
En mettant mon billet sur Babelio je vois que Cath. avait déjà signalé la qualité de ce roman, et Keisha dans son commentaire me donne son lien vers son billet.

 

Extraits

Début du prologue.

 À l’automne de cette année-là, le garçon descendit du bus au bout de la route sèche, la haie de buisson vrombissant du crissement des sauterelles affolées, qui bondissaient à son passage depuis les hautes herbes et le feuillage pâle et poussiéreux des oliviers de bohème, se heurtaient à son pantalon et se précipitaient contre les pans de sa chemise. Une fois par mois on leur permettait de quitter l’école plus tôt et on les encourageait à mettre ce temps libre profit des œuvres de charité. Val était un garçon sérieux.

Début du roman.

 Comme pour parer un coup, il leva les bras devant son visage et la première balle traversa son mince avant-bras, ainsi que la moitié supérieure de son oreille droite avant de siffler dans l’air du soir comme une abeille furieuse. La deuxième, alors qu’il faisait volte-face pour s’enfuir, l’atteignit en haut de la nuque, il tomba tête la première et cessa de bouger. Le vieil homme s’approcha de lui examina la blessure avec attention. Il retourna le garçon. La balle était ressortie juste sous son nez, le vieil homme inspecta son œuvre tandis que le garçon cillait et regardait le ciel au-delà du visage impassible du tueur.

La description d’un paysage du Montana.

 Il décrivit au jeune adjoint, en panoramique, ce qu’il voyait – des promontoires de grès coiffés de sauge sans âge, la cheminée en pierre d’une cabane de pionnier où un cultivateur avait jadis baissé les bras toujours dressés au milieu d’un amas de rondins couleur de rouille, le vert pâle du lit d’une rivière et après un autre tournant bien plus loin, la ligne dentelée des montagnes qui, parfois, lui paraissaient accessibles en un jour de marche. Et d’autres fois ne ressemblaient qu’à une tâche bleue sur bleu, qui aurait pu n’être qu’un banc de nuages ou rien du tout, un mirage. 

Portrait réaliste d’un policier minable.

Wexler est un connard de la pire espèce. Je vous parie ce que vous voulez qu’il a été un petit étron, toute sa vie, qu’on c’est foutu de lui sans arrêt, et maintenant qu’il a un peu de pouvoir, il fait payer ceux qu’il croise. J’ai vu des types comme lui toute ma vie. Je vous parie mille dollars qu’il a été un étron, toute son enfance et que maintenant, il applique le tarif fort.

Dans la cafétéria de l’hôpital, Val apprend que sa femme le trompe.

 Mesdames et messieurs, je suis adjoint au shérif du comté de Copper puis-je avoir votre attention ? Je suis agent des forces de l’ordre et mon épouse veut de m’informer qu’elle voyait quelqu’un. Alors je vous prie de garder votre calme. Je vous promets à tous que s’il est actuellement dans cette salle, je ne déchargerai pas mon arme à feu dans la région annale du professionnel de la santé qui baise ma femme.

Petits problèmes de traductions ?

Je me demande comment une statue en fer forgé peut avoir des dents étincelantes

 Dans le sas d’entrer un valet noir en fer forgé accueillit Millimaki et manifesta sa servitude par un plateau tendu et un rictus qui dévoilait des dents étincelantes.

J’ai du mal à savoir ce que sont ces bouviers des hommes des chiens et si ce sont des chiens comment un chien peut il être scabreux :

  Deux bouvier scabreux, déboulèrent d’une grange qui penchait d’une quinzaine de centimètres au-dessus des fondations, ils se fixèrent aussitôt sur le flanc du chien pisteur et Val dut les chasser à coups de pied..

 

 


Éditions Acte Sud, 131, pages, Novembre 2004

Traduit du russe par Joëlle Dublanchet

 

La vodka c’est comme la crasse on en trouve partout.

Toujours dans la série des livres qui ne sortent jamais des rayonnages de ma médiathèque, voici une véritable pépite. D’abord ce roman est original aussi bien pour le sujet, que pour l’écriture, que pour la construction du récit et dépasse tout ce que j’ai lu sur le retour des soldats blessés en Russie. Mais il est aussi profondément humain, et il m’a beaucoup émue. Constantin, Kostia, est revenu de l’horrible guerre de Tchétchénie, avec le visage complètement brûlé, il est si défiguré qu’il fait peur aux gens. Sa voisine Olga, l’utilise pour faire peur à son petit garçon pour que celui-ci accepte de se coucher , sinon Kostia le menace de l’emmener chez lui. Cela fait trois ans qu’il est revenu de la guerre , et il n’en peut plus il décide de boire de la vodka jusqu’à tomber dans le coma. Deux de ses camarades qui étaient avec lui dans le véhicule où ils ont tous failli mourir, arrivent à temps, et ensemble ils partent à la recherche du quatrième, Sérioja, qui a disparu. C’est lors de ce voyage que Kostia va retrouver l’envie de dessiner puis finalement de vivre. Il retrouve son père, et les fragments de sa vie.

J’ai un peu mis à plat ce récit mais ce qui fait sa force, c’est le mélange des temporalités, on passe de son enfance avec un père qui a fui ses responsabilités pour vivre avec une femme plus jeune que sa mère abandonnant son fils, à sa formation scolaire, où il rencontre un personnage incroyable, le directeur, Alexandre Stépanovitch, un homme obèse dont le seul effort consiste à tendre le bras pour attraper son verre de Vodka, à la guerre en Tchétchénie et toutes les horreurs qui vont avec, au voyage pour retrouver leur ami. On passe de l’une à l’autre de ses temporalités en éprouvant des sentiments très différents, la jalousie, la compassion, la haine , l’indifférence. Et le lien de tous ces éclats de vie : LA VODKA , mais aussi la force d’expression du dessin, c’est par lui que Kostia va arriver à communiquer avec les autres. La vodka coule à flots dans ce récit, il n’y a aucun jugement de valeur ni positif ni négatif : est-ce comme ça que les hommes vivent en Russie ? La fin m’a arraché un sourire plein de tendresse .

J’ai vraiment dévoré ce très court texte d’une traite et je l’ai relu plus lentement, je ne peux le comparer à aucun roman car il n’a pas son équivalent, sur Luocine en tout cas J’espère vous avoir donné envie de le lire et j’ai hâte de retrouver vos avis sur la blogosphère.

Extraits.

Début

 Je n’avais pas réussi à caser toute la vodka dans le frigo. J’avais d’abord essayé de poser les bouteilles debout, puis je les avais couchées les unes sur les autres. Elle ressemblait comme ça à des poissons transparents. Tapis et silencieux. Mais je n’avais plus de place pour les dix dernières.

Description de son père par son beau père.

 Il entrait dans ma chambre s’asseyait et parlait. Il n’arrêtait pas de me dire que mon père était un vrai con, à l’époque où tous les deux étaient élèves officiers dans le même régiment. Et que ma mère avait fait une connerie en l’épousant. Il la laissait sans arrêt, et alors même qu’elle était enceinte, il ne se privait pas de bécoter les filles juste sous la fenêtre. Et quand je suis né, il disparaissait tout le temps Dieu sait où. Un jour, elle était venue à la caserne, et avait dit qu’elle n’avait pas de quoi me nourrir. J’avais deux ans, et on ne savait pas où était mon père, ils avaient tous fait une sorte de collecte pour donner à manger au pauvre gamin affamé. Par la suite, on avait voulu jouer un sale tour à mon père. On en était resté à vrai dire au stade de l’intention parce que mon père à cette époque était déjà commandant de la compagnie, et il leur avait dit :  » Eh bien, allez-y ». Ça les avait arrêtés. Bref, c’était vraiment un sale type.

Portrait du directeur du lycée.

 Le directeur ne buvait jamais sa vodka dans les petits verres habituels. Il se la versait dans un bon gros verre et l’avalait comme si c’était effectivement de l’eau. Comme s’il avait soif tout simplement.
 En homme qui avait la gorge sèche,.
Il buvait un verre après l’autre, sans même reprendre son souffle, il regardait mes dessins n’était jamais ivre. Il était tranquillement assis dans son fauteuil en face de moi et il me disait qu’il ne fallait pas que je me monte la tête.

Les brûlures de guerre.

 Kostia ! Kostia ! crie-t-il tu es vivant ? Tu m’entends ?
J’ouvre la bouche. Sur le visage de Pacha une expression d’horreur. Il éteint le feu sur moi, à mains n’est. Je veux fermer les yeux, mais je n’ai plus de paupières, elles ont brûlé..

Le regard des autres sur un défiguré .

 Nous avons sillonné Moscou et d’autres villes pendant près de deux semaine. En quinze jours, j’ai vu dans la jeep de Guéna tout ce que je n’avais pas vu pendant trois bonnes années. J’avais l’impression que le monde était devenu complètement différent, et c’est avec intérêt que je le regardais par la vitre. D’autant plus que le verre en était teinté. Si on m’avait proposé avant de voyager en voiture, je n’aurais pas décliné l’offre pour ne pas risquer d’effrayer les passants avec ma tête. Seulement voilà, personne ne me l’avait proposé. Jusqu’à ce que les médecins m’enlèvent mes pansements, ça n’avait rien d’anormal de marcher dans les rues. Mais après ça n’a plus été pareil. Surtout quand je rencontrais des gens que je connaissais. Je ne sais qui était le plus mal à l’aise, eux ou moi. C’est qu’il fallait faire des efforts et faire comme si on ne remarquait rien. C’est pourquoi le plus souvent je restais chez moi et dans les appartements où je faisais des travaux . C’est par téléphone que je communiquais avec les propriétaires et quand ils venaient ce n’est pas moi qui les intéressais. Ils ne jouaient presque pas la comédie.

Les horreurs de la guerre.

 Une femme russe à Groznyï. D’une cinquantaine d’années. Elle s’est mise à pleurer quand on s’est approchés et qu’on a sauté du blindé. Mais peut-être qu’elle pleurait avant qu’on arrive. Son mari était tchétchène. Ils avaient fait leurs études ensemble à l’institut de pédagogie. On l’avait torturé à mort dans la prison de Tchernozovo. Ce sont les nôtres qui avaient fait ça. Avant la guerre, il enseignait la biologie. Cette femme, s’était cachée avec ses enfants dans une cave, avec d’autres femmes russes. Jusqu’à ce que les Tchétchènes y balancent des grenades. Une, puis deux, puis trois, semble-t-il. Elle ne se rappelait pas bien, elle savait seulement qu’elle n’avait plus personne. Elle se souvenait des explosions et aussi de l’expression des enfants. « Celui qui est en prison pour un certain nombre d’années sait pourquoi il attend. Mais mon malheur à moi n’aura jamais de fin. » 

 


Éditions Nami, 300 pages, mai 2026

Traduit du coréen par Marion Gilbert.

Voici donc un roman feel-good coréen. Tout est fait pour qu’on se sente bien avec cette grand-mère, Gumnam, qui non seulement régale les clients de son petit restaurant de Séoul, mais qui agrémente chaque repas à emporter d’un petit mot plein de bonté et de sagesse qui se termine toujours par ces mots : « See you again » .

Nous suivons plusieurs de ses clients : une jeune femme qui se sent obligée d’abandonner son bébé qu’elle a eu avec un malfrat, un jeune homme qui rate sa vie car il porte le même nom qu’un excellent joueur de foot, ce qu’il n’est pas, un livreur d’œufs frais qui chante très bien, un SDF qui cherche à manger, une infirmière qui est désespérée de ne pas avoir d’enfant, et enfin Minjeong, la fille adoptive de Gumnam artiste peintre à New York.

La bonté et la clairvoyance de Gumnam va aider tous ses clients à résoudre leur problème, et tout se termine pour le mieux, un peu moins pour elle, mais elle ira quand même à New-York le rêve de sa vie.
C’est le genre de roman dont on tourne les pages en se demandant ce que l’auteure va inventer pour nous donner le sourire et elle y arrive toujours, alors que les personnages sont parfois dans des galères incroyables. Les recettes coréennes de Gumnam sont là pour agrémenter le tout, c’est un peu comme si on visitait ce pays avec un tour opérateur, avec un guide décidé à nous montrer ce pays sous son meilleur aspect. Je ne pense pas que la vie soit ainsi faite mais je n’ai pas détesté me promener dans Séoul et rencontré ces personnages ; même si j’ai des doutes sérieux sur leur existence. On est tellement loin du livre HWANG SOK – YUONG, c’est aussi une autre époque je suppose qu’entre le monde désespéré de l’un et celui-ci un peu (beaucoup) à l’eau de rose la réalité doit être entre les deux, comme souvent.

Extraits.

Début du prologue

 Un matin, à l’aube, l’heure où le ciel se part de violet car le soleil n’est pas encore levé, l’introduction de « Moon River « résonnait dans tout le « hanok » à travers une enceinte Marshall, beige.

Début du roman.

«  Une journée de plus a montré mes talents de cuisinière ! » Pensa Gumnam en ouvrant d’un coup sec la baie vitrée en accordéon. L’air frais du matin pénétra instantanément dans la salle de Manna Doshirak. Une légère bise fit tintinabuler le carillon décoré de poissons, accroché à la porte d’entrée et les premiers rayons du soleil se reflétaient sur la vitrine bien lustrée. Gumnam se connecta à l’enceinte via Bluetooth, grâce aux gros caractères affichés sur son écran de téléphone, qui lui permettait de voir facilement les touches sans avoir besoin de loupe.

Cette recette ne me fait pas tellement envie.

 Bientôt, les pommes de terre dévoilèrent leur chair lisse et brillante.
 Après les avoir fait cuire et écraser, Gumnam y ajoute délicatement du jambon, du concombre, finement coupé, de la mayonnaise, de la moutarde, du sucre, du sel et du poivre, puis mélangea le tout. Elle coupa le côté d’une brioche moelleuse en deux pour y fourrer une grosse cuillère de salade ou plutôt deux, faisant presque craquer l’autre côté. Elle compléta la boîte avec une sauce aux œufs poissons et à l’avocat ainsi que du bœuf mijoté dans de la sauce soja.

 

 

 


Éditions Perrin, 243 pages, octobre 2008

Toujours dans la série « Romans qui ne sont jamais sortis des rayons de la médiathèque » voici un auteur que je ne m’attendais pas à trouver dans cette triste catégorie. Depuis « effroyable jardin » qui avait connu un succès important, j’ai chroniqué sur Luocine : « Apaise le temps« , « En dépit des étoiles » et « L’espoir d’aimer en chemin« . C’est un auteur qui sait très bien raconter les histoires en particulier, quand la grande Histoire se mêle à la vie des gens. Il a pris ici un risque qui visiblement n’a pas rencontré un public (seul 100 lecteurs sur Babelio, 4292 pour « Effroyable jardin ») . Il le dit dans son introduction : il a fait des deux dernières années la vie de Jean Moulin, un roman. Il y raconte, au plus près de la réalité, sa lutte pour unifier la résistance derrière le Général de Gaulle. Pour rendre ce récit romanesque, il crée une jeune fille lilloise rescapée de l’exode qui tombe amoureuse d’un jeune résistant. Celui-ci fils de pharmaciens de Lyon, sera dénoncé par ses parents et se suicidera dans la prison de Montluc.

Le roman commence et se termine par une scène d’épuration, le village où les parents de son amoureux avait un propriété vont organiser le lynchage des parents collabo . Le roman suit donc les deux destinées , et deux narrateurs vont utiliser le « je », Max et Agathe, qui habitent dans le même immeuble et Max trouve qu’elle ressemble à Berthe Morisot donc l’appelle ainsi.

Avec Max nous suivons toutes les difficultés que Jean Moulin a rencontré pour unifier les différents composantes de la résistance. J’ai retrouvé tout ce que j’avais découvert grâce à Daniel Cordier dans son livre « Alias Caracalla« . On sent que chaque personnalité à la tête d’un réseau pense surtout à l’après et veut absolument apparaître comme le sauveur et n’a nul envie de laisser la place à de Gaulle. L’hostilité de Henri Fresnay ne s’éteindra pas facilement ; même après la guerre, car pour lui Jean Moulin était à la solde des communistes, et on lui doit la qualification de « crypto-communiste ». Quant à savoir si Max a été trahi par Hardy, (défendu par Fresnay dans ses deux procès) , l’auteur ne prend pas partie, il décrit surtout une montée en puissance de la Gestapo et de la Milice qui connaissaient de mieux en mieux l’organigramme de la résistance. Il est certain que si Hardy n’a pas trahi, Bénouville qui est venu avec lui à la réunion de Caluire, a fait une énorme erreur , car il n’était pas très compliqué de le savoir suivi par la police allemande qui venait de le relâcher.

L’histoire d’amour, permet à l’auteur de nous faire vivre au plus près le travail de fourmis des petites mains de la résistance. Les boîtes aux lettres et le transport des messages qui permettent d’organiser les différentes actions et de prévenir des dangers.

Quand je lis ce genre de romans, je me demande toujours comment font mes amies anti-divulgâcheuses, pour lire ce genre de roman : car oui, Max va être arrêté et, oui il mourra sous la torture sans avoir parlé. Savoir cette fin, n’enlève rien au suspens insoutenable de la réunion de Caluire, car Michel Quint sait si bien faire monter la tension que j’ai eu du mal à lire la fin. Il sait aussi parfaitement décrire la pesante atmosphère de délation et de suspicion qui a régné pendant l’occupation nazie. Savoir se taire et ne faire confiance à personne étaient indispensables pour survivre quand on n’était pas vichyste, encore plus si on était résistant.
C’est un bon roman qui mériterait de sortir des rayons de notre médiathèque.

Extraits.

Avertissement (j’espère alors, lui pardonner, ce que j’ai fait finalement.)

 Qu’on me pardonne de faire de Jean Moulin un héros de roman. Que sa famille, les historiens, les gardiens de mémoire et les survivants de la Résistance excusent mes libertés avec l’histoire : j’ai souvent simplifié la réalité des êtres et de leurs actes, de leurs motivations, réalité sur laquelle les spécialistes et même les acteurs de l’Histoire dans leurs écrits ne s’accordent pas encore. J’ai voulu que cette fiction, pour tenter d’être vraie ne prenne pas partie dans leur polémique aussi fondée soient-elles. 

Début du roman.

 Je suis entrée aux enfers par une rue en pente. Elle coupait net le premier pâté de maisons du village comme la lame étroite, brûlante de soleil, d’un petit couteau oublié à la fin d’une partie de campagne au cœur d’une pomme trop mûre. Au bout, là où elle s’étrécissait en pointe, on entamait à droite une grimpée qui s’enroulait jusqu’au centre avec ses commerces tassés autour du noyau, d’une place ovale, gros fruit grumeleux de gravier, blond. Au-delà, passé l’église aux épaules d’hercule forain, on dévalait un vieux cimetière par des venelles où les habitations boîtaient bas. Je le savais pour être venu une seule fois à Noël 42, dans une demeure campagnarde, et y avoir laissé entre les draps parfumés de lavande, sous la suspension de la cuisine, au détour de chaque couloir contre les portes de chaque pièce, de la chambre, au jardin amidonniers d’hiver, oui, y avoir laissé tout ce que j’avais aux lèvres de baisers frais, et d’amour.

Scène de la libération.

 Je les connais, ces deux là qu’on massacre en kermesse, je n’ai entrepris ce voyage que pour les rencontrer, me montrer vivante à eux. Ce que je ressens alors, même aujourd’hui je ne sais plus, sûrement que je me suis effacée à l’intérieur, je n’ai plus été présente consciemment et puis c’est revenu, la douloureuse sensation d’être témoin de l’inhumain et de ne rien pouvoir que ces villageois avaient la certitude de n’être pas coupable puisqu’ils punissaient le mal incarné, et aussi d’être parmi eux, semblables à eux. La nausée m’est montée dans une suée glacée, je me suis retournée pour vomir.

Difficultés d’organiser la résistance unie dialogue entre Alain (Daniel Cordier) et Max (Jean Moulin).

Charvet (Fresnay), Bernard (D’Astier de La Vigerie) et Gilles (Lévy) ont toutes les prétentions aujourd’hui…Sans abandonner de Gaulle qu’ils pensent contrôler, ils ne veulent plus passer par vous, le terrain est favorable pour Brumaire ..
– Alors je demanderai son rappel d’urgence à Londres. Même chose pour son acolyte Passy (Dewavrin)… Ensuite il faut s’allier les syndicalistes et les socialistes… Notons-le. Voir aussi si on peut pas faire désavouer Charvet par le comité directeur de Combat, diviser un peu pour régner… En revanche, tâcher de retarder son départ possible à Londres. Idem pour Bernard et Gilles … Qu’il n’aille pas me débiner à une période cruciale. Si je résume, j’ai à calmer la fronde des chefs de mouvements, dont il faut aussi augmenter le financement leur faire accepter Vidal (Delestraint) aux commandements de l’AS, améliorer le sort et l’utilisation des réfractaires au STO et des maquis et mettre sur pied le conseil de la résistance…
– Et à ne pas vous faire prendre, Max.
– Je ne suis pas y remplaçable.
– Pour encore longtemps, si.
 À moi donc d’atteindre vite mes objectifs.

Ce discours résonne aujourd’hui encore.

 Je fais l’exposé liminaire, j’espère que ma voix tiendra, faire la guerre, rendre la parole au peuple de France rétablir les libertés républicaines travailler avec les Alliés collaboration internationale où la France ait sa place, surtout aller vers une forme de bipartisme élargi, à la libération, qui fasse stable rase de la foule de formation politique troisième république, incapable d’alliance profonde…. Ensuite, deux trois questions pour la bonne forme s’il est représentant des vieux partis renaudent, on lit le message de Gaulle demandant un effort proprement français, unifié lors de la libération, qui soit alors un appui pour le comité national de Londres, à faire valoir les droits et intérêts de la France dans le nouveau concert mondial…. Ce sera au suffrage citoyen de s’exprimer sur les aspirations de ceux qui ont participé à la lutte.


Éditions Serge Safran, 247 pages, février 2016

Traduit du coréen par Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot 

 

Toujours dans la série des romans qui ne sont jamais sortis de la médiathèque de Dinard, j’ai donc lu ce roman d’un écrivain très connu dans son pays. Je ne suis pas certaine de contribuer à lui trouver un lectorat.

Nous suivons la vie d’un certain Chun, qui dès les premières pages de ce livre annonce qu’il va partir faire la guerre au Vietnam aux côté des américains, sans aucune conviction, mais plutôt parce qu’il ne sait pas quoi faire de lui-même. Ensuite, l’auteur qui a des points communs avec son personnage, raconte la lente dérive du personnage et de ses amis. Dans les années 60, la jeunesse coréenne, a essayé plusieurs fois de soulever le régime très autoritaire mis en place en Corée du sud, la répression fera de nombreux morts chez les étudiants. Chun et ses amis traversent la pays pour vivre autrement, cela ressemble un peu aux gauchistes des années 68 qui partaient pour élever des chèvres sur le plateau du Larzac.

Cela aurait vraiment pu donner un roman passionnant, car on sent que la Corée est traversée par des conflits passés dont elle se remet mal et actuels qui sont très violents. Et une population très courageuse mais plongée dans une misère dont je n’avais aucune idée. J’ai bien écrit : « on sent cela » , mais ce n’est absolument pas le sujet du roman. Chun est anti héros parfaitement ennuyeux, rien ne l’intéresse dans la vie, son seul but est de ne pas s’insérer dans une société qu’il déteste. Cela nous vaut un survol de la réalité scolaire et universitaire qui visent à formater une jeunesse et jamais à l’épanouir. Dans les année 60 en Europe aussi la jeunesse se révoltait contre un système scolaire obsolète et répressif. Et , petite remarque, le système scolaire coréen n’a pas beaucoup changé, il est un des plus compétitifs du monde.

Bref, j’ai lu jusqu’au bout ce roman, en cherchant à comprendre ce pays alors que l’auteur ne voulait que se raconter lui-même et les errances de sa jeunesse, même les paysages semblent ordinaires alors que lorsqu’on va les voir sur le net, ils semblent superbes.

Extraits.

Début.

 C’est cet hiver-là que fut décidé mon départ pour le Viêt Nam.
 J’avais d’abord été loin d’imaginer que le bataillon, auquel j’étais affecté avait été désigné pour y être envoyé en renfort. Mais l’ordre d’intégrer l’École spéciale pour le combat de jungle ne tarda pas à être signifié à notre unité. Notre destination une fois l’entraînement terminé ne faisait pas de doute. Je n’en fis pas un drame. Au contraire, j’allais enfin me lancer dans quelque chose qui n’avait rien d’abstrait : mourir ou survivre, telles étaient les deux possibilités qui allaient s’offrir à moi.

Après la guerre de Corée.

 J’étais obligée de mentir à mes parents qui ne pouvaient oublier qu’avant de perdre leur fortune, ils étaient des citoyens respectables ayant reçu une éducation moderne. D’un côté, j’étais semblable à ses mioches de journaliers du plus bas de l’échelle sociale, mais de l’autre, je restais le fils chéri d’un couple de réfugiés originaires du Nord, ruinés, mais survivant grâce à l’amour-propre de ceux qui avaient appartenu à une ancienne famille aisée. Du moins étais-je cet être double dans mon quartier et dans mon école, située à la périphérique de Séoul. Mes parents avaient suivi des études poussées sous l’occupation japonaise, 0n’avaient jamais été ouvriers ni paysans, avait un temps joui d’une vie culturelle, fréquentant les cinémas, les grands magasins, les cafés ou les restaurants, dans la capitale de l’état, appelé Mandchoukouo que les impérialistes japonais avaient érigé au nord de la péninsule coréenne.

Lui et ses amis dans un musée.

 Il y avait, cependant une remarquable statue de Maitreya en méditation, un pied posé sur la cuisse de l’autre jambe et une main touchant le menton. Sa position était parfaitement harmonieuse, mais ce qui était mystérieux, c’était qu’en même temps, on avait l’impression qu’il hésitait, comme sur le point de sortir de cette immobilité. Une fois dehors, nous fîmes une pause sur les degrés en pierre.
– Ne visitons plus les musées, proposai-je
Inho était également de cet avis.
– Quand on se fixe des objectifs, ça gâche le voyage. On va se laisser porter par le courant tout simplement. 
– Cela dit, on ferait mieux de décider où on va après, tu ne crois pas ?
– On ne devrait pas se rendre à Puyô ?
 Nous étions d’accord pour ne rien planifier, mais comme nous n’avions pas d’autre idée, nous décidâmes d’aller à Puyô comme l’avait suggéré l’homme du train.

 


Éditions autrement, 309 pages, février 2015

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Mathilde Bach

 L’homme n’est chez lui ni dans la civilisation ni dans la nature – parce que nous sommes des aberrations coincées entre deux états.

 

Avec la bibliothécaire de la médiathèque de Dinard, nous avons décidé de nous intéresser aux livres qui ne sortent jamais. Celui-ci en fait partie, les raisons pour lesquelles il n’a jamais été choisi peuvent être multiples, la plus bizarre d’entre elles c’est sa position dans la médiathèque, Les rayons du bas sont largement ignorés par les lecteurs et lectrices (dont je fais partie) qui n’aiment pas se baisser. Nous aurons donc un thème cette année à notre club de lecture pour sauver du « pilon » des livres en quête de lecteurs.

Ce roman aurait dû trouver son public, il est hors norme et très prenant. Il s’agit d’une chasse à l’homme (et à une femme) à travers les régions, les plus froides et les plus hostiles de l’Alaska. Il y est beaucoup question des loups dont un des personnages est un spécialiste : Russel Corre. C’est un homme âgé qui toute sa vie a observé et écrit sur les loups. Il est appelé par une femme, Medora qui a lu ses livres car, dit-elle son fils de 7 ans a été tué par des loups. Cela se passe dans une petit hameau Keelut, qui n’est reliée par aucune route à une ville plus importante. Les habitants semblent vivre hors du temps et de la civilisation, ils semblent victime d’une malédiction comme si le « mal » pouvait à tout moment s’abattre sur eux. C’est ce qui va d’ailleurs leur arriver. Il se manifestera par la main cruelle et sans pitié de Slone, le mari de Medora à la recherche de sa femme. Celui-ci revient de la guerre en Irak sans doute et il a appris à tuer sans remords , tous ceux qu’on lui désigne comme « ennemi » et ceux qui ne respectent pas « son » code de l’honneur.

C’est un roman d’une violence incroyable et en dehors de toute morale, c’est le genre de romans que je n’apprécie pas en général, mais j’ai vraiment été captivée par la force de l’écriture qui est mis eau service de descriptions d’une nature hostile et glacée et des hommes proches des comportements des animaux . Les loups sont, eux, emprunts de noblesses et de rationalité contrairement à Slone et à beaucoup des habitants de ce village.

La fin est à l’image du récit : hors norme et amoral, mais je ne peux pas vous en dire plus dommage, j’aimerais bien !

En recherchant sur les blogs que je connais depuis quelques années, j’ai vu que Kathel en avait fait une pépite en 2025, soutenue par Dominique.et grâce aux commentaires j’ai trouvé et Aifelle et Ingannmic.

Extraits

Début.

 Les loups, descendirent des collines et prirent les enfants de Keelut. Le premier enfant disparut alors qu’il tirait sa luge sur les hauteurs du village. La semaine suivante, une autre fut enlevée tandis qu’elle longeait les cabanes près de l’étang gelé. Et voilà qu’au milieu des volutes, blanches de l’hiver, un troisième était arraché à leur village, celui-ci sur le seuil même de sa maison. Sans un bruit – nul cri, d’homme ou de loup, pour témoin.

La nature.

 Il connaissait les choses de la nature.
 Chez les lions, un quart de la mortalité est causée par les infanticide. Le bar mange sa propre progéniture si elle ne nage pas assez vite pour lui échapper.
 Les femelles du cochon et du lapin étouffent leurs petits lorsqu’ils sont faibles ou malades, ou bien lorsque la nourriture vient à manquer. Cela s’appelle le « savaging ».
 Les chiens de prairie tuent un ombre tellement important de leurs petits que c’est pratiquement devenu un sport chez eux. 
 Les rats mangent leurs petits, quand ils sont blessés ou difformes. Mais ce sont des rats.
 Des guêpes des requins de mer. Des otaries. Des hirondelles.
 Ces dauphins, dont nous admirons tellement l’intelligence : ils sont capables de tuer un nouveau-né avec leur bec, en l’enfonçant dans la chair de l’animal. Jusqu’à ce qu’il meure, comme dans une mêlée mortelle.
 Plus de quarante espèces de primates tuent leurs progénitures. Et nos ancêtres ? Darwin doutait de leurs participations à ce genre de barbarie, ils n’étaient pas aussi « pervertis » écrivait-il. Goodfall fit l’état dans ses observations de femelles chimpanzés, tuant et mangeant des bébés chimpanzés.
 Chez certains babouins trente pour cent de la mortalité infantile, relève de l’infanticide.
(…)
 Il existe pas une seule culture sur terre qui n’ait jamais vu une mère tuer son enfant.

Le début d’une longue, très longue série de meurtres.

 Le gros (policier) s’adressa ça à eux de derrière :
– Vous voulez bien nous suivre, les gars ? On a du café qui nous attend là-bas du bon café, qui vous réchauffe un homme. Une lampée de bourbon la-dedans et vous serez comme neuf.
Slone referma sa braguette et prit le calibre .45 de Cheeon dans le noir. Il se retourna et tira à bout portant sur le gros, en plein visage à moins d’un mètre. 
Il abattit l’autre d’une balle dans le front. 
Il s’effondrèrent devant la portière de leur véhicule et Saône, debout à côté d’eux, leur logea à chacun une autre balle dans l’oreille, avant de rengainer l’arme à la ceinture. Cheeon, lui tendit une lampe torche et Slone repéra des fragments de crâne et de cerveau en train de geler collés à la carrosserie.

Le froid.

 Mais pour nous, ici, moins vingt, c’est de la rigolade. Moins trente , il faut faire un petit peu plus attention., moins quarante, on fait en sorte d’être toujours à moins de cinq minutes d’une source de chaleur. Moins cinquante, on ne sort même pas de chez nous. Chez les gens qui vivent aux abords de la ville, dans les cabanes qui ne sont pas raccordées aux réseaux, il y en a parfois qui sortent par moins cinquante, pour aller jusqu’au lit d’une rivière glacée chercher de l’eau. Pensant n’en avoir que pour une vingtaine de minutes, ils ne s’habillent pas correctement, et ils ne reviennent jamais. Pris dans la glace, comme des statues.

Cover Image

Éditions Notab/Lia, 180 pages, mai 2026

C’est encore un roman dont j’ai conseillé l’achat à ma médiathèque suite à vos avis très favorables d’Yvan par exemple. J’ai récemment vu que Violette en a fait un coup de cœur. Mais je sais que j’ai lu auparavant d’autres avis positifs. Le charme de ce livre tient pour moi dans l’évocation des îles Féroé , l’auteur sait vraiment nous faire ressentir au plus près de ses propres sensations ces îles au climat rude toujours fouettées par le vent. Le chagrin de Jonas le père de la petite Anna née d’une mère si alcoolique qu’elle accouche d’un bébé qui ne pourra pas vivre très longtemps est touchant et dans un premier temps j’étais persuadée, moi aussi, de faire de ce roman un coup de cœur, mais on tourne en rond dans cette histoire , car tous les personnages , Olga la mère, Elin la tante, Ana et Jonas racontent chacun à leur tour le drame de ce pauvre bébé, le seuil en bois de la maison prend aussi la parole, le bonnet en laine tricoté pour le bébé aussi, ainsi que le village … J’avoue que je suis restée extérieure à ce procédé quant aux sept poèmes qui décrivent le vent de cette région, leurs souffles n’ont pas réussi à me ravir. En revanche, j’ai bien aimé la façon dont l’auteur se raconte comme visiteur de cette région qu’il aime mais où il sera toujours « l’ Étranger », ces quelques remarques sur la prononciation des noms de lieux m’ont fait sourire.

Malgré mes réticences je dois dire que ce roman m’a fait voyager dans une région que l’auteur sait très bien décrire.

Lisez aussi si vous voulez compléter votre opinion le billet d’Ingannmic 

Extraits

Gjóv

 Quelle qu’en soit la raison, s’il vous prend un jour l’envie de savoir à quoi ressemble les paysages de l’archipel des Féroé, faites comme tout le monde : ouvrez un moteur de recherche, rubrique « Images ». Parmi les photos qui s’afficheront alors, vous tomberez immanquablement sur moi. Savoir en quelle position j’apparaîtrai, ça, en revanche, c’est une autre histoire… Il faut dire que la concurrence est rude..

 

Les toits d’herbe.

 Son toit est recouvert d’herbes folles, comme tous les autres toits de l’archipel, en vertu d’une tradition millénaire. Vu de dehors, c’est très photogénique l’être humain en harmonie avec la nature, se fondant en elle en toute discrétion, un écohabitat qui s’ignore, à la mode avant l’heure. Une fois à l’intérieur, c’est autre chose. Pendant plusieurs jours, le temps de s’y habituer (et encore seulement un peu), on a vraiment la sensation d’être enterré vivant. Même l’échappatoire de la fenêtre ne suffit pas à réprimer l’angoisse qui monte dans la gorge et fait palpiter les jugulaires. Le pire, c’est la nuit. On reste immobile dans son lit à regarder le plafond, en respirant lentement, comme s’il fallait vraiment économiser chaque bouffée d’air. C’est idiot, mais irrépressible.

L’étranger.

 J’avais beau et multiplier les séjours Gjógv et les Féroé ne m’appartiendront jamais. Je serai toujours l’Étranger. Une curiosité pour les habitants, surpris de me voir revenir si souvent, certains se demandant – et moi, c’est cela qui me surprend – ce que je peux bien trouver à leur île au climat si rude. La première fois, un mois de juillet, je n’étais pour eux qu’un touriste au milieu des autres, noyé, confondu parmi ceux qui n’étaient là que pour le cliché instagrammable, deux trois respirations iodées et un  » C’est vraiment encore plus beau qu’en photo ! ». Ceux qui viennent pour voir et non pour regarder.


Éditions Charleston, 266 pages, février 2026

 

J’ai conseillé l’achat de ce roman à la médiathèque de Dinard, car je pensais que les enseignants en activité ou retraités en aimeraient la lecture. Mon avis est beaucoup plus mitigé que celui que j’ai lu sur un blog. Cette autrice raconte son expérience de professeure des écoles, pour son premier poste, elle remplace une enseignante qui a fait une tentative de suicide avant la rentrée. Elle se donne à fond pour faire son métier le mieux qu’elle peut, elle fait classe à des CE2 et CM1 et décrit gentiment les enfants. Elle vit une inspection comme un jugement à un tribunal sans pitié . Peu à peu, elle abandonne ses envies de perfection et devient une professeure agréable pour ses élèves. Pour donner un peu de piquant à ce récit (bien plat) elle met en scène sa mère et sa manie d’infantiliser sa fille et une histoire d’amour .

Le seul moment de vérité se passe avant un séjour à la mer qu’elle a préparé avec sa classe, et ce jour là, le rectorat l’appelle pour lui dire qu’elle doit changer d’école immédiatement. Cela sent le vécu : l’enseignante suicidaire est finalement démissionnaire, donc elle doit bien être remplacée mais pas par le même type de remplaçant. Elle, Lisbeth, pouvait remplacer une enseignante malade mais pas occuper un poste vacant, c’est une autre type de remplaçant qui doit avoir se poste.. Vous y comprenez quelque chose ? et les élèves qui sont à la moitié de leur année ? Les parents se mobiliseront et elle pourra finir son année !

J’espère que ce lire trouvera des lecteurs à ma médiathèque mais je regrette de l’avoir conseillé. Son seul mérite : il se lit très, très facilement.

Extraits.

Début du prologue.

 Jeudi 03 septembre 2009.
– Lily ? Tu es réveillée ?
– Oui, maman, je suis prête.
 Je jette un dernier coup d’œil à mon reflet dans le miroir, hésite encore une fois à échanger mon jean contre une jupe, renonce. C’est la rentrée des classes aujourd’hui, pas le concours pour intégrer la chorale de l’église.

Début

Podcast
2025
 « Bienvenue dans « Trouver sa voie », , le podcast, où l’on explore les instants qui transforment une carrière… et parfois une vie. Je suis Némora, et j’invite les personnes inspirantes à revenir sur une année clé, seul ou à tout prix un autre sens. 
Mon objectif ? Vous aider à comprendre qu’il n’y a pas de bon ou de mauvais choix seulement vos choix à un moment donné de votre existence… »

Elle et sa mère .

 Bien évidemment, je n’aurais pas pu refuser d’héberger ma mère. Mais quand même … elle dort dans la pièce qui me sert de bureau, squatte mon minuscule salon avec ses pelotes de laine, et alors qu’elle est arrivée il y a peine deux semaines, j’ai plus l’impression de séjourner chez elle que de l’accueillir. C’est une personne de bonne compagnie, toujours d’humeur joviale, et j’adore lorsqu’on se retrouve quelques heures. Mais de là à vivre en colocation… Nos repères ont été biaisés. Résultats, elle s’ennuie, et moi, je perds un temps fou à chercher des objets que j’avais pourtant rangés à leur place. Et puis j’ai passé là d’être infantilisé, réveillée le matin et surveillée depuis la fenêtre.

L’école, tout le monde y est passé.

 Jamais, je ne pourrai juger un astrophysicien, parce que je ne connais tout bonnement pas ce métier. Or, tout le monde a une idée sur l’école pour y aller en tant qu’élève. Ensuite, on laisse ses enfants devant le portail et nos propres souvenirs se mélangent à ce qu’on devine. Sauf que, comme pour beaucoup d’endroits, on ne connaît jamais réellement les coulisses avant d’y être intégré.

Le vocabulaire de l’éducation nationale.

En 2009, j’étais T3, parce que c’était ma troisième année de PE, pour professeur des écoles. J’avais obtenu le CRPE, autrement dit le concours, et appris à l’IUFM, anciennement école normale et depuis devenue l’INSPE. 
-Tu veux dire que le jargon crée une dissonance ? – Je le pense. Des mots barbares désignent des concepts simples. Les acronymes doivent être la passion cachée de notre ministère, qui, en invente régulièrement de nouveau, histoire d’entraîner notre cerveau certainement. Le Dasen, l’IEN, les AP, le PPMS,, tous ces termes sont autant de pelles qui creusent le gouffre entre les enseignants et le reste du monde.