Éditions Sygne Gallimard, 174 pages, septembre 2024
Quand j’ai une petite baisse de moral un petit Fabrice Caro et hop ! ça va mieux, ça marche à tous les coups : depuis Le Discours, Figurec, Brodway, et Samouraï
Je ne me lasse pas de son humour mais il est vrai qu’il m’étonne un peu moins ce qui explique que je ne mette pas à chaque fois 5 coquillages, c’est un peu injuste mais pour l’humour je crois qu’il faut un effet de surprise.
Donc, notre éternel narrateur, celui qui est toujours mal à l’aise dans les situations quotidiennes mais qu’il sait si bien décrire, doit faire face à deux challenges terribles : vider la maison familiale car sa mère est morte récemment, et passer Noël ; comme tous les ans avec son frère et sa belle sœur qui l’horripile complètement.
Mais là : stop ! danger , et quel danger ! Il se rend compte que lorsque les gens l’énervent trop comme cet homme qui est passé devant lui à la caisse du supermarché, ils meurent brutalement d’AVC. Alors Corine, sa belle sœur qui fait toujours mieux que tout le monde, qui sert toujours à ses deux fils les deux cuisses de poulet avant de demander si les autres en veulent, Corine, celle qui doit monter la tête à son mari pour que les deux frères débarrassent au plus vite la maison, c’est sûr à Noël elle va faire un AVC.
Les scènes sont toujours aussi pleine d’humour, mais le récit tient moins bien la route enfin selon moi. Mais si vous avez une petite baisse de moral, si le chien de votre voisin vous énerve, si vous n’avez pas envie d’aller à une fête de famille, vous pouvez tout à fait lire ce roman et vous sentir mieux.
Extraits
Début.
Je m’étais absenté une minute à peine, le temps de retourner chercher les sacs poubelles que j’avais oubliés. Quand je suis revenu à la caisse, un type avait fait passer son caddy devant le mien et avait commencé à déposer ses produits sur le tapis roulant. Je me suis retrouvé derrière lui, hagard et désemparé. Il m’a lancé un regard furtif, a replongé le nez dans ses courses, puis m’a regardé à nouveau.– oh, le caddie était à vous ?Cette phrase expéditive était censée l’excuser Elle signifiait qu’il n’avait pas fait attention qu’un caddie était là. Il l’avait machinalement écarté, pour faire passer le sien, en se disant que quelqu’un l’avait probablement oublié. À aucun moment son intention n’avait été de doubler quiconque tout ça n’était qu’un malentendu sans grande importance. Tel était le message.
Humour grinçant.
Nous ne parlions plus la même langue, nous étions deux frères ancestraux s’étant perdus en cours de route, un Israélien et un Palestinien autour d’un café allongé.
Pas très proche de son frère.
Il était déjà attablé quand je suis arrivé. Il s’est levé pour me faire la bise. Nous nous étions tellement éloignés ces dernières années que j’avais toujours la sensation de faire la bise à une statue d’ancien militaire oubliée sur une place de village. Embrasser un contrôleur de la SNCF pris au hasard sur un quai de gare , ne m’aurait pas mis moins à l’aise. Nos joues s’effleuraient à peine. La distance croissante qui les séparaient année après année témoignait de la distance qui s’installait entre nous. A ce rythme dans dix ans, nous nous ferions la bise en maintenant nos joues à vingt centimètres l’une de l’autre.
Nature et découverte à Noël .
Je me suis mis à errer au hasard au milieu de jouets en bois, des jeux de société en bois de vélo en bois de vêtements en bois, les vendeurs étaient probablement en bois aussi.
Les téléphones portables.
Les boutiques s’ajoutaient à tous ces lieux publics que l’être humain avaient fini par rendre infréquentables par sa seule présence, les trains, les salles de cinéma, les rues. Les gens se croyaient dans leur salon partout où ils allaient. Le portable avait abattu les cloisons de l’intime qui s’était vulgairement déversé dans l’espace public de sorte que tout lieu était devenu invivable. Sartre avait en partie raison, il n’avait simplement pas pu aller au bout de son raisonnement : l’enfer c’est les autres avec du réseau.

