Édition P.O.L

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Iegor Gran connait bien la Russie parle parfai­te­ment le russe (sa langue mater­nelle) et y a de nombreux amis. C’est donc de l’in­té­rieur qu’il peut nous décrire l’état de l’opi­nion des Russes et c’est abso­lu­ment terri­fiant. Tout le monde devrait lire ce livre avant de penser quoi que ce soit sur l’Ukraine. Pour Iegor Gran, les Russes sont dans leur immense majo­rité deve­nus des « Zombies » et boivent comme du petit lait les paroles du grand Zombie chef Poutine. Iegor Gran a un style très parti­cu­lier dans d’autres livres, il m’a fait beau­coup rire (l’éco­lo­gie en bas de chez moi , les services compé­tents, un peu moins drôle Ipso facto) mais ici il ne rit pas du tout et nous non plus !.

Il commence par nous citer les propos de Madame tout le monde qui reprend mot à mot les discours de Poutine et qui sera fière d’en­voyer ses enfants à la mort pour sauver la Russie de la main­mise de l’OTAN et du Nazisme. Ensuite, il explique combien il était insup­por­table pour les Russes d’ima­gi­ner que les Ukrai­niens pouvaient mieux vivre qu’eux. Car les Russes connaissent la misère, il raconte des faits incroyables, cela ne les gène pas plus que ça. Ils y trouvent même une source de fierté de pouvoir suppor­ter cette vie si diffi­cile. Et quand on leur montre leurs oligarques qui s’en­ri­chissent ils sont fiers d’eux car ils les jugent plus malins que les occi­den­taux. Iegor Gran termine son essai sur cette idée, les Russes nous méprisent profon­dé­ment car ils nous jugent mous et inca­pables de défendre nos valeurs.

La guerre en Ukraine n’a sans doute que cette simple moti­va­tion, il ne fallait pas que les Ukrai­niens sortent de la domi­na­tion russes et que surtout ce pays fasse la preuve qu’a­lors elle obtient un niveau de vie correcte pour sa popu­la­tion contrai­re­ment à son immense voisin victime de la corrup­tion de ses diri­geants et d’une misère incroyable pour les gens ordinaires.

Citations

Un exemple de zombie.

- De quelle guerre tu me parles ? se braque Anna. il n’y a pas de guerre, c’est une opéra­tion mili­taire, ça n’a rien à voir. 
Son euphé­misme ne la gêne en rien. 
- Pour ta gouverne, la Russie n’a jamais atta­qué personne, pour­suit-elle. C’est un fait historique.
Celle qui me parlait naguère du prin­temps de Prague a brus­que­ment purgé sa mémoire. Le 24 février à l’aube, l’hyp­no­ti­seur suprême a claqué les doigts et Anna s’est réveillée en zombie. Désor­mais elle est capable de repé­rer un « nazi » dans Zelinski (alors qu’il est juif), de prétendre que la petite Ukraine est une menace exis­ten­tielle pour la culture russe « que les nazis cherchent à élimi­ner » de diag­nos­ti­quer des « fake news » dans chaque article de média occi­den­taux. Elle dit noir là où le blanc crève les yeux et elle rejette les faits avec cette assu­rance tran­quille de camion-citerne face à une trot­ti­nette. Mon désar­roi est d’au­tant plus grand que je ne m’y atten­dais pas. Anna est sur diplô­mée. Elle a beau­coup voyagé. Au Louvre, elle aime parti­cu­liè­re­ment Clouet et Georges de La Tour. Elle adore Amster­dam et le zoo de Berlin Ce qui ne l’empêche pas de m’asséner : 
- C’est le moment de régler la ques­tion de l’Ukraine qui a toujours été comme un furoncle. Ces types nous poussent à la guerre ! La preuve tu l’as dit toi-même : « guerre » …ils sont trop heureux d’être au centre de l’at­ten­tion média­tique avec ces drapeaux bleus et jaunes que l’Oc­ci­dent s’empresse de pavoiser. 
J’en ai le tournis.

Paradoxe .

Vous ne trou­ve­rez pas un seul zombie qui mili­te­rait pour la décrois­sance ou la limi­ta­tion volon­taire de la consom­ma­tion person­nelle pour proté­ger les ressources natu­relles, limi­ter la souf­france animale ou réduire l’empreinte carbone. On vomit l’oc­ci­dent et on bave devant ses produits avec un élan iden­tique et une sincé­rité que l’on pour­rait quali­fier d’en­fan­tine, telle­ment la contra­dic­tion, pour­tant flagrante, entre ces deux posi­tions restent dans l’angle mort de la plupart des Russes.

Moqueries sur la France .

Le cuir, réputé mince, de l’oc­ci­dent est un prétexte à une infi­nité de sarcasmes. « Privé de sa marque de PQ préfé­rée, un soldat fran­çais ne tient pas une semaine au front ! » me disait un vieil ami peintre. Il n’était pas le seul. Que n’ai-je entendu ces dernières années ! « Au moindre petit soldat qui meurt au Mali toute la France défile avec une tronche triste alors que Poutine, lui gouverne », » Il suffit d’un isla­miste avec un couteau de cuisine, et ça y est, l’Eu­rope est para­ly­sée par la peur », » Un flic a tabassé un mani­fes­tant – vite, ouvrons trois cellules d’aide psycho­lo­gique, une pour le flic, une pour le mani­fes­tant, une pour le chien qui pissait pas loin ! »

12 Thoughts on “Z comme Zombie – Iegor Gran

  1. keisha on 22 décembre 2022 at 07:56 said:

    Je constate qu’a­vec Iegor Gran on est du même avis ! Je dois trou­ver celui ci !

  2. j’ai entendu du bien et son contraire au sujet de ce livre… J’ap­pré­cie cepen­dant l’au­teur et ton billet est convaincant !

    • Je ne vois pas qui peut en dire du mal , Iegor Grand se contente de nous infor­mer sur l’opinion actuelle des russes et cela est vu par quelqu’un qui parle régu­liè­re­ment avec eux et qui lit leur presse quotidiennement.

  3. La propa­gande ça marche bien dans tous les pays du monde, il suffit de voir la progres­sion des idées de l’ex­trême-droite chez nous. J’ai toujours son livre sur l’éco­lo­gie dans ma PAL, il faudrait que je l’en ressorte avant tout.

    • C’est vrai l’idée de s’en remettre à un homme fort est toujours tentante mais le parti d’extrême-droite a eu un bien piètre résul­tat aux élections .

  4. C’est un auteur que je n’ai jamais lu, ce serait l’oc­ca­sion avec ce titre…

    • Mais ces autres titres sont très drôles d’un humour parti­cu­lier que j’aime beau­coup. Celui-ci est triste car il voit des gens qu’il appré­cie deve­nir Zombie

  5. Je comprends l’in­dis­pen­sable de cette lecture

  6. Avec un tel titre, je ne serais jamais allée vers ce livre. Mais il y a ton billet, et ça change tout !

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