Édition Belfond Traduit de l’amé­ri­cain par Oris­telle Bonis

Déso­lée Yv nous ne serons pas d’ac­cord pour cette lecture. Certes les préci­sions tech­niques sur les incen­dies sont inté­res­santes, certes à la fin on sait tout sur les fraudes divers et variées aux assu­rances. Mais ! il y a pour moi un gros « mais », la cascade des malver­sa­tions et des crimes auxquels nous assis­tons rendent ce récit tota­le­ment indi­geste. Je suis certaine que cet auteur a un public et des lecteurs qui se laissent empor­ter par sa fougue narra­tive . Ils n’ont pas peur de lire des récits sur les procé­dés du KGB et de la mafia russe, ils savent que tout le monde peut être corrompu : il suffit d’y mettre le prix. J’avais vrai­ment l’im­pres­sion d’être dans une série améri­caine où on ballade le spec­ta­teur d’épi­sode en épisode avec un grada­tion dans l’hor­reur et l’ab­ject. Je ne sais pas quel ressort le roman­cier a oublié de mettre en action dans cette intrigue. La corrup­tion, de la police et des assu­reurs, les avocats véreux qui s’en­graissent sur le dos des malfrats, un méde­cin tota­le­ment incom­pé­tent qui ne vit que pour les mallettes d’argent que la mafia dépose à son cabi­net. Et puis, l’en­quête de cet ancien flic passé aux enquêtes pour son assu­rance, qui est le seul à vouloir punir le méchant .
Bref un roman qui m’est tombé des mains mais pour­quoi me suis-je laissé aller à lire un tel livre Yv l’an­non­çait bien comme un thril­ler ? Seule­ment voila, souvent la Cali­for­nie flambe – comme l’été dernier – et je pensais, donc, en savoir davan­tage sur ces feux qui ravagent une si belle région.

Citations

Portrait du flic ripoux

Une des raisons, parmi une tripo­tée d’autres, pour lesquelles Jack le déteste à ce point est que Bent­ley, ce cossard de première, n’aime pas faire son boulot. Pour Bent­ley, n’im­porte quel incen­die est a priori d’ori­gine acci­den­telle. S’il s’était trouvé à Dresde après les bombar­de­ments, il aurait décou­vert à coup sûr une couver­ture chauf­fante défec­tueuses sous les décombres. Histoire de limi­ter au mini­mum la corvée de pape­rasse et les témoi­gnages sous serment devant le tribu­nal. En tant qu’ex­pert en incen­die, Bent­ley et un pêcheur à la ligne hors pair.

Genre de sentences qui m’agacent

Il y a deux types d’amour : celui qui passe et celui qui dure. D’un côté, l’amour qui satis­fait le corps et le cœur, l’amour qui passe, de l’autre l’amour qui nour­rit l’âme, l’amour qui dure.
Le mobi­lier ancien est le seul objet d’amour capable de nour­rir l’âme de Nicky.

Édition du Seuil. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Deuxième roman de cette auteure que notre biblio­thé­caire doit bien aimer, et autant j’avais des réserves sur « Nos richesses » autant celui-ci m’a bien plu. Je lui trouve un petit air de roman pour ado, à cause du style très simple et aussi parce que les person­nages prin­ci­paux sont des enfants. (Mais je ne sais plus ce que les ados lisent) Cela se passe dans l’Al­gé­rie d’au­jourd’­hui ou déjà d’hier. Car la clique des géné­raux au pouvoir est encore en place dans ce roman. L’Al­gé­rie va-t-elle vrai­ment pouvoir se débar­ras­ser de l’ap­pa­reil d’état mili­taire tota­le­ment corrompu ?. En tout cas, c’est ce qui semble s’an­non­cer grâce aux milliers de personnes qui sont descen­dues dans la rue et qui ont réussi à empê­cher Boute­flika (ou son cadavre ambu­lant) de se repré­sen­ter aux élec­tions.

Reve­nons à l’his­toire : des enfants du lotis­se­ment « du 11 décembre » un ensemble de maisons occu­pés par des mili­taires à la retraite décident de ne pas lais­ser dispa­raître leur terrain, terrain sur lequel les enfants et les adoles­cents jouent au foot, ni de lais­ser leurs aînés déci­der pour eux. Seule­ment voilà, deux géné­raux très influents du régime ont décidé d’y construire leur maison. Personne ne pourra s’y oppo­ser, personne ? et bien si, des enfants de moins de 12 ans campent sur le terrain et ridi­cu­lisent ces hommes si impor­tants.
Voici donc la trame du roman, mais ce qui est très inté­res­sant, c’est la descrip­tion des diffé­rentes strates de la popu­la­tion algé­rienne, chaque géné­ra­tion étant marquée par son lot de violences et de renon­ce­ments. On sent que rien ne peut faire bouger le régime et que tout est écrit d’avance. Peut-être pas tout, car les télé­phones portables et les réseaux sociaux repré­sentent un réel danger pour une société qui a toujours fonc­tionné grâce au secret. C’est vrai­ment plus diffi­cile pour ces colo­nels violents et corrom­pus d’étouf­fer cette affaire. Diffi­cile mais peut être pas impos­sible, dans ce roman. Ce livre a certai­ne­ment été écrit avant les événe­ments de l’été 2019 mais il annonce et explique très bien les mani­fes­ta­tions du vendredi à Alger, pour autant, on ne sait pas si beau­coup de choses ont changé dans ce pays. Tout cela est très bien raconté et rendu très vivant dans ce roman grâce au talent d’écri­vaine de Kouther Adimi.

Citations

Les inondations

On a quand même un peu peur. On n’ou­blie pas qu’en 2001, des inon­da­tions détruit le quar­tier de Bab El Oued, c’est près de mille morts et coûté des million de dinars. Certains corps n’ont jamais été retrou­vés et des enfants deve­nus de jeunes adultes conti­nuent d’es­pé­rer que leur mère ou leur père finira par rentrer, même, après autant d’an­nées. 
À défaut de tombes, des centaines d’his­toires.

La corruption

Le géné­ral Athmane, lui, a fait des études de droit en Angle­terre payées par l’Ar­mée. C’est un grand et bel homme qui sait char­mer son entou­rage, contrai­re­ment à son ami le géné­ral Saïd.

On ne le sait pas mais il n’a jamais obtenu de diplôme. Il passa ses années de faculté à boire dans des pubs et à courir après Marie, une jeune Anglaise qui le quitta du jour au lende­main. Athman revint au milieu des années 70 en Algé­rie ou l’ar­mée l’at­ten­dait les bras ouverts. Il présenta un faux diplôme et fut recruté dans le service juri­dique. Il épousa une femme qui venait du même village que lui et oublia très vite Marie et Londres. Il conseilla à son frère de créer une entre­prise de travaux publics et lui fit obte­nir grâce à ses rela­tions les plus gros chan­tiers du pays.
Aujourd’­hui, il possède un appar­te­ment à Genève, un hôtel en Espagne acheté sous le nom de son épouse, des tableaux de maîtres cachés dans un appar­te­ment à Paris qui est au nom de l’un de ses enfants et deux voitures blin­dées. Grâce au frère de sa femme, direc­teur de la douane, il peut faire passer ce qu’il veut sans problème et récu­père régu­liè­re­ment les marchan­dises saisies.

Le colonel à la retraite

Lorsque le terro­risme faisait rage, Moha­med, qui devait tous les jours se battre contre les groupes terro­ristes, arrêta la prière pendant dix ans. Le temps de cette guerre. Il n’en parla à personne, n’ex­pli­qua rien à sa femme. Prier lui était devenu tout simple­ment impos­sible. Il y avait trop d’hor­reur autour de lui. Il ne suppor­tait plus de devoir appe­ler des parents ou des jeunes femmes pour leur apprendre que leur fils ou époux était mort au combat, abattu à bout portant, déchi­queté par une bombe ou torturé par une lame. Il ne suppor­tait plus d’en­tendre le mot « Dieu » dans la bouche des terro­ristes. Il ne suppor­tait plus de dire le même mot sur son tapis de prière. Les mots. Ils se mélan­geaient dans sa tête. Quel­qu’un peut-il salir un mot ? Peut-il se l’ap­pro­prier tant et si bien qu’il finit par vous l’ar­ra­cher, vous le voler en quelques sortes ? Se battre contre les terro­ristes, monter au maquis, débus­quer les camps, c’était un peu une manière de se réap­pro­prier tous les mots les inté­gristes avaient confis­qué aux Algé­riens.

Les partis politiques

Les partis poli­tiques, les jour­naux indé­pen­dant et une majo­rité des élus, indus­triels et artistes s’op­posent égale­ment au verdict des urnes. Tous crient à la menace isla­miste. L’Iran en Algé­rie ? Jamais. Non, jamais, mais bien sûr, nous sommes mal à l’aise. Nous avons voulu la démo­cra­tie mais les urnes nous donnent une réponse qui nous déplaît et nous voici dans la rue pour protes­ter. Nous sommes mal à l’aise, je me répète mais l’ai-je dit à l’époque ? Non, car on avait réussi à nous convaincre qu’il n’y avait que deux camps possibles : les isla­mistes ou les mili­taires.

Le téléphone portable

Le géné­ral Athman lança un petit sourire sarcas­tique à son ami :

- Les temps ont bien changé. Depuis quand lais­sons-nous faire ?
- Depuis que le cours du pétrole a dégrin­golé, que les réseaux sociaux ne nous permettent plus d’empêcher les gens de parler, commen­ter, dénon­cer. Depuis que tout le monde a un télé­phone portable avec lequel prendre des photos et des vidéos. Oui, cher ami, les temps ont bien changé et seuls ceux qui le comprennent peuvent survivre.