Je suis mort. C’est pas le pire qui pouvait m’arriver.


J’ai besoin de cet auteur, j’ai besoin de son humour, il me fait telle­ment de bien depuis sa « Gram­maire imper­ti­nente » jusqu’à « Mon autop­sie ». Il me fait écla­ter de rire même si je suis seule, et dans mon blog, peu de livres ont eu ce pouvoir. Evidem­ment, après, je partage les extraits de son livre avec tous ceux et toutes celles qui ont ri avec Pierre Desproges, un exemple des grands amis de cet auteur.

Dans « Mon autop­sie », Jean-Louis Four­nier répond à la critique qu’on lui a sans doute faite de s’être moqué de toute sa famille sauf de lui. Dans ce livre, il se passe donc lui-même sur le grill de son esprit caus­tique, il ne s’épargne guère, après son père alcoo­lique, sa mère du Nord , ses deux enfants handi­ca­pés, sa fille reli­gieuse, sa femme qu’il a tant aimé, le voilà, lui l’écrivain. Lisez ce roman vous saurez tout sur Jean-Louis Four­nier, dissé­qué par une jeune étudiante en méde­cine. Évidem­ment, l’auteur a besoin que cette jeune femme soit belle et émou­vante. Au fur et à mesure qu’elle s’arrête sur telle ou telle partie de son corps, des souve­nirs lui reviennent. Il cherche aussi à comprendre cette jeune femme et sa vie amou­reuse. Les dialogues sont savou­reux. Le livre ne se raconte pas vrai­ment, j’ai reco­pié quelques passages pour vous donner envie de l’ouvrir. Il réus­sit même à nous faire accep­ter que lui aussi va mourir et que ce n’est peut-être pas si triste (person­nel­le­ment son humour me manquera).

Citations

Un chapitre entier pour vous

Lais­sez moi rire
Égoïne a décou­vert sur mon torse un tatouage au niveau du cœur, » S’il vous plaît ne me rani­mer pas do not disturb ».
Il était destiné à mon dernier méde­cin, il a compris le message. Elle a ri. Toute ma vie j’ai voulu faire rire. Le faire encore, après ma mort, m’est délicieux.
Petit, je me dégui­sais, j’improvisais des sketchs. À l’école, mon goût de faire rire m’a coûté cher. En rete­nue tous les dimanches, j’étais le mauvais exemple de la classe. Pour me faire remar­quer je n’étais jamais à cours d’idées, jusqu’à mettre une statue de la Sainte Vierge plus grande que moi dans les chiottes. Là, je fus mis à la porte. Mais j’avais fait rire ma mère.
Pour un bon mot, j’étais prêt à tout. Pour éviter des pour­suites judi­ciaires, j’ai même utili­ser l’humour. Pour­suivi pour avoir stationné dans la cour des départs de la gare du Nord, j’ai reçu un cour­rier m’enjoignant de payer pour arrê­ter les pour­suites. J’ai écrit à Madame la SNCF que je refu­sais l’arrêt des pour­suites, je tenais à être châtier pour expier. Je lui deman­dais une dernière faveur, être déchi­queté par le Paris Lille en gare d’Arras.
Les pour­suites se sont arrêtées.
Pour moi l’humour était un déra­page contrôlé, un antal­gique, une parade à l’insupportable, une écri­ture au second degré, une arme à double tran­chant, un déter­gent. Il nettoie, comme la pyro­lyse, brûle les sale­tés, efface les tâches, les préju­gés, les rancœurs et les rancunes.
Plus tard, dans mes livres, j’ai essayé de rire de tout.
De la gram­maire, de l’alcoolisme de mon père, de l’hypocondrie de ma mère, de mes enfants handi­ca­pés, de ma vieillesse et j’ai voulu rire de ma mort…

J’en connais d’autres, tous élevés chez les curés

Quand j’étais petit, un curé, à la confes­sion, avant de me donner l’absolution, m’avait dit que la nuit il fallait prier avec ses mains, ça évitait de tripo­ter ses « parties honteuses ».
Ça ne m’a pas empê­ché de continuer.
Je me sorti­rais. Les pensées impures étaient-elles des péchés mortels ? Évidem­ment, je n’osais le deman­der à personne.
Ma jeunesse a été empoi­son­née par le péché mortel, et la peur d’aller en enfer.

Si drôle

Plus de mille fois j’ai récité » Ne nous lais­sez pas succom­ber à la tentation ».

Heureu­se­ment, Dieu ne m’a jamais exaucé

On pleure quand on arrive sur terre, pour­quoi on râle quand on doit partir ?

Jamais content.

J’appelais pour donner des nouvelles, rare­ment pour en deman­der, et il ne fallait pas que ça dure longtemps.

» Ce qui m’intéresse le plus chez les autres c’est moi » a écrit Fran­cis Picabia.
Cette phrase me va comme un gant.

Et pour vous faire « mourir » de rire son ami si drôle

Plon­gée dans des œuvres très longues et trop sérieuses, j’ai eu besoin de lire un livre qui me fasse sourire. Ce pauvre petit Icare, qui préfère (et de loin) qu’on l’appelle Cour­gette, a réussi à me faire passer une excel­lente soirée. J’ai reco­pié le début du livre pour donner l’idée du ton et de la façon de racon­ter. Derrière ce qui n’est qu’une fable autour de l’enfance malheu­reuse, appa­raissent aussi tous les récits des enfants qui sont broyés par des parents injustes et violents. J’ai quand même été un peu agacée par le côté « tout finira bien » pour notre petite « Cour­gette » qui voulait voir la vie en couleurs. La vie de cet enfant avait tout pour finir en tragé­die, une mère alcoo­lique et violente, un père tota­le­ment absent. Le roman commence alors que, par malheur, il tue sa mère croyant « tuer » le ciel que sa mère invoque sans cesse pour expli­quer tous ses malheurs. Un gendarme au grand cœur, va être touché par ce petit bonhomme et va faire de son mieux pour l’aider à sortir de ce marasme.

Le charme du roman vient du style, l’enfant ne comprend aucune image ni cliché, si son père est parti avec une poule, c’est pour lui une poule comme celle qui sont dans la cour de ses voisins paysans. Le procédé est assez répé­ti­tif et j’ai du mal à croire qu’un enfant de 9 ans soit aussi peu capable de compré­hen­sion au deuxième degré de sa propre langue. Ensuite, sa naïveté est trop totale et trop pure. J’ai donc des réserves sur ce roman, mais cela ne m’a abso­lu­ment pas empê­ché de le lire avec grand inté­rêt. Comme je l’ai dit, c’est une fable et je souhaite qu’elle vous fasse autant de bien qu’elle m’en a fait et je souhaite aussi que les enfants mal-aimés trouvent tous un homme ou une femme qui les aimera assez fort pour les remettre sur le chemin de l’espoir et de la vie.

Le début

Depuis tout petit, je veux tuer le ciel à cause de maman qui me dit souvent :

- Le ciel, ma cour­gettes, c’est grand pour nous rappe­ler qu’on est pas grand-chose dessous.
- La vie, ça ressemble en pire à tout ce gris du ciel avec ces salo­pe­ries de nuages qui pissent que du malheur.
-Tous les hommes ont la tête dans les nuages. Qu’ils y restent donc, comme ton abruti de père qui est parti faire le tour du monde avec une poule.
Des fois, maman dit n’importe quoi.
J’étais trop petit quand mon papa est parti, mais je vois pas pour­quoi il aurait emmené une poule au voisin pour faire le tour du monde avec. C’est bête une poule : ça boit la bière que je mélange aux graines et après ça titube jusqu’au mur avant de s’écrouler par terre.
Et c’est pas sa faute si maman raconte des bêtises pareilles. C’est à cause de toutes ces bières qu’elle boit en regar­dant la télé.
Et elle râle après le ciel et elle me tape dessus alors que j’ai même pas fait de bêtises.
Et je finis par me dire que le ciel et les coups ça va ensemble.
Si je tue le ciel, ça va calmer maman je pour­rais regar­der tran­quille la télé sans me prendre la raclée du ciel.

L’amour

La petite fille s’appelle Camille.
Je pense à elle, même quand elle est là.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Bernard Hœpff­ner avec la colla­bo­ra­tion de Cathe­rine Goffaux.


Le récent article de Keisha m’a amenée à relire ce roman que j’avais aban­donné, il m’a fallu toute la force de sa convic­tion pour que je le termine. J’ai failli plus d’une fois faire comme Sandrine renvoyer ce roman aux oubliettes. Il est construit autour d’un texte perdu, caché, présenté comme « unique » et « superbe », il donne, donc, au lecteur une seule envie : le lire à son tour pour parta­ger et comprendre ce plai­sir mais les extraits qui sont donnés sont (pour moi) des flops, cette décep­tion a entraîné une partie de mon désa­mour pour ce ce livre.

Extrait du livre présenté comme un chef d’oeuvre

Pendant l’age du verre, chacun pensait qu’une partie de son corps était extrê­me­ment fragile. Pour certains c’était une main, pour d’autres un fémur, et d’autres encore pensaient que c’était leur nez qui était en verre. L’âge du verre avez suivi l’âge de la pierre en tant que proces­sus évolu­tif de correc­tion, avait intro­duit un senti­ment nouveau de fragi­lité dans les rela­tions humaines qui encou­ra­geait la compassion.

Pour­quoi autant de mystère autour d’un texte aussi inin­té­res­sant ! Mais le pire n’est pas là, le côté abso­lu­ment insup­por­table de ce roman c’est sa construc­tion. Les person­nages sont reliés entre eux par des fils qui sont si emmê­lés que l’on ne sait pas ce qui les rapproche. Il y a cepen­dant de très beaux passages, les évoca­tions des diffé­rents aspects de l’extermination des juifs de Pologne et d’Europe centrales. Le poids de tous ces morts et les souve­nirs qui ne peuvent plus être ravi­vés par les vivants mais qui se sont arrê­tés alors que les parents, les frères les sœurs, les amants et amantes avaient encore le reste de leur vie à parta­ger avec la fratrie ; cela finit par étouf­fer les survi­vants. J’aurais tant voulu appré­cier ce livre, je suis bien triste de ne pas y être parvenue.

Citations

Une mère envahissante

Quand je disais que j’allais dans ma chambre elle m’appelait : « Que puis-je faire pour toi, je t’aime telle­ment », et j’avais toujours envie de dire,mais sans jamais le faire : Aime- moi moins.

Le grand amour

Et si l’homme avait autre­fois été un garçon qui avait promis qu’il ne tombe­rai jamais amou­reux d’une autre fille tant qu’il vivrait a tenu promesse, ce n’est pas parce qu’il était têtu ni même loyale. Il ne pouvais pas faire autre­ment. Et, après s’être caché pendant trois ans et demi, caché son amour pour un fils qui ne savait même pas qu’il exis­tait ne parais­sait pas impen­sable. Pas si c’était ce que la seule femme qu’il aime­rait jamais lui deman­de­rait de faire. Après tout, quelle impor­tance si un homme doit cacher une chose de plus lorsqu’il a complè­te­ment disparu ?

Un juif réfugié au Chili et le poids de la découverte du sort de ceux qui sont restés en Pologne.

La guerre s’acheva. Petit à petit, Livi­nov apprit ce qu’était devenu sa soeur Myriam, et de ses parents, et de quatre autres frères et sœurs (ce qui était arrivé à son frère aîné André, il ne put le devi­ner qu’à partir de proba­bi­lité). Il apprit à vivre avec la vérité. Pas à l’accepter, mais vivre en sa compa­gnie. C’était comme s’il vivait avec un éléphant. Sa chambre était minus­cule et, chaque matin, il devait se glis­ser le long de la vérité simple­ment pour se rendre à la salle de bains. Pour atteindre l’armoire et sortir des sous-vête­ments, il lui fallait passer à quatre pattes sous la vérité, en priant qu’elle ne choi­sisse pas ce moment précis pour s’asseoir sur son visage. La nuit, quand il fermait les yeux, il la sentait planer au-dessus de lui.

La bande annonce pour vous mettre dans l’ambiance…

https://​www​.youtube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​M​e​b​w​G​f​3​pcS

Ce festi­val permet de voir deux sortes de films. Les films en compé­ti­tion qui sont des films de jeunes réali­sa­teurs et qui ont le mérite d’être auda­cieux et permettent de se rendre compte que même sans gros budget on peut réali­ser des films qui ont beau­coup d’intérêt.
Depuis quelques années je parti­cipe à ce festi­val avec ma sœur, et c’est impor­tant de le faire à deux car parfois au bout d’une dizaine de films, on se décou­rage et à deux on se remotive.

Pour les films en compé­ti­tion un film que nous avons adoré a eu le Hitch­cock d’or du jury

Seule la terre

Un film de Fran­cis Lee.

Film qui a pour sujet central, l’homosexualité dans une ferme anglaise. Mais qui est surtout un éveil au senti­ment amou­reux. Très beau film très sensible. Aucun person­nage n’est dans la cari­ca­ture, tout est plau­sible et filmé avec beau­coup de délicatesse.

Notre film préféré qui n’a eu aucune récompense.

Jawbone

Un film de Thomas Napper.

Nous avons pleuré et été très émues par le person­nage prin­ci­pal un ancien boxeur. Son combat le plus diffi­cile n’est pas celui où il reçoit le plus de coups. C’est un alcoo­lique et cet homme qui a un courage incroyable se laisse domi­ner par l’alcool. Ce film est servi par des person­nages secon­daires très émouvants.

Pili ‚ Hitchcock du public

Film docu­men­taire de Leanne Welham.

Les femmes afri­caines portent beau­coup sur leur dos. Et cette maman Pili, conta­mi­née par le Sida que son mari lui a trans­mis avant de l’abandonner a touché le cœur des festi­va­liers. Ce film a été tourné par les femmes du village qui jouent leur propre rôle et cela donne un accent de vérité à ce film qui se passe en Tanzanie.


Trois films en compé­ti­tion, nous ont moins plu :

Une prière avant l’aube

D’un fran­çais Jean Stéphane Sauvaire qui raconte le parcours d’un jeune drogué anglais dans les prisons thaï­lan­daises . C’est encore la boxe qui lui permet­tra de s’en sortir mais que de violence avant la lueur d’espoir ! C’est tiré d’une histoire vraie.

Daphné

De Peter Mackie Burns, une très jolie actrice pour un film dont nous n’avons pas du tout compris l’intérêt. En revanche la prési­dente du Jury Nicole Garcia aurait aimé récom­pen­ser ce film , il a obtenu le prix du scéna­rio alors que juste­ment, je n’ai pas vu qu’il y en avait un, de scénario.

England is mine

De Mark Gill, un film qui raconte l’adolescence du chan­teur Morris­sey avant qu’il ne soit célèbre. Un person­nage odieux que le film n’arrive pas à rendre intéressant.


Dans les avant-premières nous n’avons pas pu tout voir mais ne ratez surtout pas dès qu’il passera :

À l’heure des souvenirs

De Ritesh Batra.

Nous avons eu la chance que l’acteur prin­ci­pal Jim Broadbent vienne nous présen­ter son film. C’est un petit chef d’oeuvre, on ne peut abso­lu­ment pas le racon­ter sans risquer de ce faire trai­ter de divul­gâ­cheuse, et pour une fois je suis abso­lu­ment d’accord. Tout l’intérêt du film vient de ce que l’on se prend de sympa­thie pour certains person­nages et que peu à peu la réalité trans­forme notre opinion. Peut-être, en ai-je trop dit déjà !

Une belle rencontre

De Lone Sherfig.

J’ai adoré ce film, même si j’ai trouvé la fin un peu longuette, mais c’est sans doute l’effet festi­val : le rythme s’accélère qu’on le veuille ou non. L’histoire : les anglais décident en 1942, de tour­ner un film pour remon­ter le moral des Britan­niques. Un film dans un film, avec en toile de fond la guerre c’est vrai­ment passion­nant. Le numéro d’acteur de Bill Nighly est génial.

In Another life

De Jason Wingard.

C’est trop dur les films sur l’immigration actuelle, cela passe par Calais et et tout me boule­verse dans ce genre de film. J’ai juste une remarque, je n’arrive pas à comprendre pour­quoi la Grande Bretagne semble pour eux un Eldo­rado et la France un enfer.

Patrick’s day

De Terry Mc-Mahon.

Les rapports entre la mère et son fils schi­zo­phrène sont poignants et la souf­france de cet homme très bien rendu. Nous avons toutes les deux (ma sœur et moi)été très émues par ce film.

Final portrait

De Stan­ley Tucci.

C’est toujours un peu compli­qué les films sur la créa­tion artis­tique, ici on suit bien les évolu­tions du peintre et sculp­teur Giaco­metti mais quel odieux personnage !

La mort de Staline

De Armando Lanucci.

Ce film respecte bien la vérité histo­rique mais fait des hauts digni­taires sovié­tiques : des marion­nettes abso­lu­ment creuses, lâches, stupides qui veillent simple­ment à sauver leur peau . Le film ne choi­sit pas entre humour et tragé­die et c’est un peu gênant.

Un docu­men­taire, culpa­bi­li­sant et pas très bien fait à notre avis.

Douleur de la mer

De Vanessa Redgrave.

Une séance de courts métrages

À boire et à manger mais c’est assez normal le genre veut ça.


et enfin nous avons eu la chance de voir aussi…

Confident Royal

De Stephen Frears.

Un clas­sique dans le genre des films britan­niques. Que tous ceux et toutes celles qui aiment Down­ton Abbey se précipitent !

Tout cela en 5 jours ! Pas mal les sœurs !

Traduit de l’allemand et annoté par Élisa­beth Guillot.


Les cinq coquillages veulent dire, tout simple­ment, qu’il faut lire ce livre car il nous en apprend tant sur une période qu’on voudrait à jamais voir bannie et fait réflé­chir sur la langue du monde poli­tique qui veut mani­pu­ler plus que convaincre. Rosa Montero dans « la folle du logis « en parlait et elle m’a rappelé que je voulais le lire depuis long­temps. À mon tour de venir conseiller cette lecture à toutes celles et tous ceux qui se posent des ques­tions sur le nazisme en parti­cu­lier sur l’antisémitisme des Alle­mands. Ce pays haute­ment civi­lisé qui en 1933 permit que l’on inscrive à l’entrée de l’université de Dresde où Victor Klem­pe­rer ensei­gnait la philologie :

« Quand le Juif écrit en alle­mand, il ment. »

Comment cet homme qui se sent telle­ment plus alle­mand que juif peut-il comprendre alors, qu’aucun de ses chers confrères n’enlèvent immé­dia­te­ment cette pancarte ? Cet homme qui a failli lais­ser sa vie pour sa patrie durant la guerre 14 – 18 ne peut accep­ter le terrible malheur qui s’abat sur lui. Pour ne pas deve­nir fou, il essaie d’analyser en bon philo­logue la langue de ses bour­reaux. Il cachera le mieux qu’il peut ses écrits et leur donnera une forme défi­ni­tive en 1947. Comment a-t-il survécu ? contrai­re­ment à son cousin Otto le chef d’orchestre, il est resté en Alle­magne, marié à une non-juive ; il a survécu tout en subis­sant les lois concer­nant les Juifs alors qu’il était baptisé depuis de longues années. La veille des bombar­de­ments de Dresde, il devait être déporté avec sa femme, les consé­quences tragiques du déluge de feu qui s’est abattu sur sa ville lui ont permis de fuir en dissi­mu­lant son identité.

Son essai montre de façon très précise comment on peut défor­mer l’esprit d’un peuple en jouant avec la langue et en créant une pseudo-science . Il semble parfois ergo­ter sur certains mots qui ne nous parlent plus guère, mais ce ne sont que des détails par rapport à la portée de ce livre. Il est évident que Victor Klem­pe­rer réus­sit à survivre grâce à l’amour de sa femme et le dévoue­ment d’amis dont ils parlent peu. Il est telle­ment choqué par la trahi­son des intel­lec­tuels de son pays qu’il a tendance à ne rien leur pardon­ner et être plus atten­tif aux gens simples, qu’ils jugent plus victimes du régime que bour­reaux . Pour ceux qui avaient la possi­bi­lité de réflé­chir, il démontre avec exac­ti­tude qu’ils ont failli à leur mission d’intellectuels. Malheu­reu­se­ment dans un passage dont je cite un court extrait, on voit que sa clair­voyance s’est arrê­tée au nazisme et qu’il est lui-même aveu­glé par l’idéologie commu­niste. Le livre se fait poignant lorsque Victor Klem­pe­rer se laisse aller à quelques plaintes des trai­te­ments qu’il subit quoti­dien­ne­ment. Que ce soit » le bon » qu’il reçoit pour aller cher­cher un panta­lon usagé réservé aux juifs, puisqu’il ne peut plus ache­ter ni porter des vête­ments neufs, ou le geste de violence qui le fait tomber de la plate-forme du bus, seul endroit que des juifs peuvent utili­ser dans les trans­ports en commun. Avec, au quoti­dien, la peur d’enfreindre une des multiples règles concer­nant les juifs et l’assurance, alors, d’être déporté : avoir un animal domes­tique, avoir des livres non réser­vés aux juifs, dire Mendels­sohn au lieu du « juif Mendels­sohn », sortir à des heures où les juifs n’ont pas le droit d’être dehors, ne pas lais­ser la place assez rapi­de­ment à des aryens, ne pas clai­ron­ner assez fort « Le juif Klem­pe­rer » en arri­vant à la Gestapo où de toutes façon il sera battu plus ou moins forte­ment … un véri­table casse-tête qui fait de vous un sous-homme que vous le vouliez ou non.

Lors de la réflexion sur le poids des mots et des slogans en poli­tique, j’ai pensé que nous avions fait confiance à un parti qui s’appelle « En marche », et que ces mots creux ne dévoi­laient pas assez, à travers cette appel­la­tion, les inten­tions de ceux qui allaient nous gouver­ner. En période trou­blée, les mots comme « Répu­blique » ou « Démo­cra­tie » sont sans doute plus clairs mais engagent-ils davan­tage ceux qui s’y réfèrent ?

Citations

Pour situer ce livre, on peut lire ceci dans la préface de Sonia Combe

À la fin de la guerre, Victor Klem­pe­rer et à double titre un survi­vant. Tout d’abord, bien entendu, parce qu’il a fait partie de ces quelques milliers de Juifs, restés en Alle­magne, qui ont échappé à la dépor­ta­tion. Mais, en second lieu, parce qu’il demeure ce qu’il a toujours été, un Juif irré­mé­dia­ble­ment alle­mand, un rescapé de la « symbiose judéo-alle­mande », de ce bref moment de l’histoire alle­mande qui permit la sécu­la­ri­sa­tion de l’esprit juif, l’acculturation des juifs et leur appro­pria­tion de l’univers cultu­rel alle­mand. Quoi qu’il en soit de la réalité de cette symbiose, aujourd’hui le plus souvent perçu comme un mythe ou l’illusion rétros­pec­tive d’une rela­tion d’amour entre Juifs et Alle­mands qui ne fut jamais réci­proque, Klem­pe­rer est l’héritier spiri­tuel de cette Alle­magne fantasmé et désiré – au point qu’elle restera, quoi qu’il arrive et pour toujours, sa seule patrie possible.

La mauvaise foi des scientifiques allemands de l’époque nazie

Le congrès de méde­cine de Wies­ba­den était lamen­table ! Ils rendent grâce à Hitler, solen­nel­le­ment et à plusieurs reprises, comme « Au Sauveur de l’Allemagne »-bien que la ques­tion raciale ne soit pas tout à fait éluci­dée, bien que les « étran­gers » , August von Wasser­mann méde­cin alle­mand 1866 1925, Paul Ehrlich,médecin alle­mand 1854 1915 prix Nobel de méde­cine en 1908 et Neis­ser aient accom­pli de grandes choses. Parmi « mes cama­rades de race » et dans mon entou­rage le plus proche, il se trouve des gens pour dire que ce double « bien que » est déjà un acte de bravoure et c’est ce qu’il y a de plus lamen­table dans tout cela. Non, la chose la plus lamen­table entre toutes, c’est que je sois obligé de m’occuper constam­ment de cette folie qu’est la diffé­rence de race entre Aryens et Sémite, que je sois toujours obligé de consi­dé­rer tout cet épou­van­table obscur­cis­se­ment et asser­vis­se­ment de l’Allemagne du seul point de vue de ce qui est juif. Cela m’apparaît comme une victoire que l’hitlérisme aurait rempor­tée sur moi person­nel­le­ment. Je ne veux pas la lui concéder.

L’influence Nazie dans les couches populaires.

Frieda savait que ma femme était malade et alitée. Un matin, je trou­vais une grosse pomme au beau milieu de ma machine. Je levais les yeux vers le poste de Frieda et elle me fit un signe de tête. Un instant plus tard, elle se tenait à côté de moi : « pour ma petite mère, avec toutes mes amitiés ». Puis d’un air curieux et étonné, elle ajouta : » Albert dit que votre femme est alle­mande. Est-elle vrai­ment allemande ? »
La joie que m’avait causée la pomme s’envola aussi­tôt. Dans cette âme candide qui ressen­tait les choses de manière abso­lu­ment pas nazie mais, au contraire, très humaine, s’était insi­nué l’élément fonda­men­tal du poison nazi ; elle iden­ti­fiait » Alle­mand » avec le concept magique d » » Aryen » ; il lui semblait à peine croyable qu’une Alle­mande fut mariée avec moi, l’étranger, la créa­ture appar­te­nant à une autre branche du règne animal ; elle avait trop souvent entendu et répété des expres­sions comme « étran­gers à l’espèce », » de sang alle­mand », « racia­le­ment infé­rieur », « nordique » et « souillure raciale » : sans doute n’associait-elle à tout cela aucun concept précis, mais son senti­ment ne pouvait appré­hen­der que ma femme pût être allemande.

L’auteur se pose cette question :

Mais voilà que le reproche que je m’étais fait pendant des années me reve­nait à l’esprit, ne sures­ti­mais-je pas, parce que cela me touchait person­nel­le­ment de manière si terrible, le rôle de l’antisémitisme dans le système nazi ?
Non, car il est à présent tout à fait mani­feste qu’il consti­tue le centre et, à tout point de vue, le moment déci­sif du nazisme dans son ensemble. L’antisémitisme, c’est le senti­ment profond de rancune éprou­vés par le petit-bour­geois autri­chien déchu qu’était Hitler ; l’antisémitisme, sur le plan poli­tique, c’est la pensée fonda­men­tale de son esprit étroit. L’antisémitisme, du début jusqu’à la fin, le moyen de propa­gande le plus effi­cace du Parti, c’est la concré­ti­sa­tion la plus puis­sante et la plus popu­laire de la doctrine raciale, oui, pour la masse alle­mande c’est iden­tique au racisme. effet, que sait la masse alle­mande des dangers de l » negri­fi­ca­tion » (Vernig­ge­run) et jusqu’où s’étend sa connais­sance person­nelle de la préten­due infé­rio­rité des peuples de l’Est et du Sud-Est ? Mais un Juif, tout le monde connaît ! Anti­sé­mi­tisme et doctrine raciale sont, pour la masse alle­mande, syno­nyme. Et grâce au racisme scien­ti­fique ou plutôt pseudo-scien­ti­fique, on peut fonder justi­fier tous les débor­de­ments et toutes les préten­tions de l’orgueil natio­na­liste, chaque conquête, chaque tyran­nie, chaque exter­mi­na­tion de masse.

Originalité de l’antisémitisme nazie

Dans les temps anciens, sans excep­tion, l’hostilité envers les Juifs visait unique­ment celui qui était en dehors de la foi et de la société chré­tienne ; l’adoption de la confes­sion et des mœurs locales avait un effet compen­sa­teur, et (au moins pour la géné­ra­tion suivante) obli­té­rant. En trans­po­sant la diffé­rence entre Juif et non-Juifs dans le sang, l’idée de race rend tout compen­sa­tion impos­sible, elle rend la sépa­ra­tion éter­nelle et la légi­time comme œuvre de la volonté divine

Aveuglement sur le communisme

Car il est urgent que nous appre­nions à connaître le véri­table esprit des peuples dont nous avons été isolés pendant si long­temps, au sujet desquels on nous a menti pendant si long­temps. Et l’on ne nous a jamais menti autant que sur le peuple russe… Et rien ne nous conduit au plus près de l’âme d’un peuple que la langue… Et pour­tant, il y a » mettre au pas » et « ingé­nieur de l’âme » -tour­nures tech­niques l’une et l’autre. La méta­phore alle­mande désigne l’esclavage et la méta­phore russes, la liberté.

Le cogneur et le cracheur les deux hommes de la Gestapo qui ont tourmenté Klemperer pendant de longues années, ils les opposent aux intellectuels

Le cogneur et le cracheur, c’étaient des brutes primi­tives (bien qu’ils eussent le grade d’officier), tant qu’on ne peut pas les assom­mer, il faut suppor­ter ce genre d’homme. Mais ce n’est pas la peine de se casser la tête dessus. Alors qu’un homme qui a fait des études comme cet histo­rien de la litté­ra­ture ! Et, derrière lui, je vois surgir la foule des hommes de lettres, des poètes, des jour­na­listes, la foule des univer­si­taires. Trahi­son, où que se porte le regard.
Il y a Ulitz, qui écrit l’histoire d’un bache­lier juif tour­menté et la dédie à son ami Stefan Zweig, et puis au moment de la plus grande détresse juive, voilà qu’il dresse le portrait cari­ca­tu­ral d’un usurier juif, afin de prou­ver son zèle pour la tendance dominante.

Traduit de l’anglais (améri­cain) par Jean Esch.

Deux livres qui se suivent traduits par le même traduc­teur, j’aimerais tant confron­ter mon opinion à la sienne. Autant je me suis sentie enfer­mée dans le bon roman « les filles au lion » autant je me suis sentie libre dans celui-ci. Libre d’aimer , libre de croire à l’histoire , libre d’imaginer les person­nages. La cuisine et la recherche (parfois très compli­quée) des bons aliments sont à le mode visi­ble­ment dans tous les pays. L’avantage de prendre comme fil conduc­teur la cuisine , c’est de traver­ser toutes les couches de la société améri­caine. Entre le grand bour­geois raffiné qui peut payer un repas d’exception et le petit mitron qui épluche les légumes l’éventail des person­na­li­tés et des situa­tions est assez large. L’avantage aussi, c’est que comme pour toute forme d’art, seul le travail paye. Et deve­nir une chef mondia­le­ment connue comme le person­nage Eva Thor­vald est une tension de tous les instants entre les exigences de la vie et celle du créateur.

Dans ce roman, la très bonne cuisine n’est pas tant une sophis­ti­ca­tion de la cuis­son que l’exigence de la qualité des produits. Toute créa­tion cache une souf­france et celle d’Eva vient de sa nais­sance , aban­don­née par sa mère , orphe­line trop tôt d’un père qui a juste eu le temps de lui donner le goût de la bonne nour­ri­ture, elle rame pour survivre d’abord au lycée. Ah ! les lycées améri­cains la violence qui y règne est d’autant plus surpre­nante que ce n’est pas l’image que j’en avais. Souvent quand j’interrogeais les étudiants améri­cains sur leurs années lycée, ils me disaient que cela repré­sen­tait pour eux un grand moment de bonheur, alors que les jeunes Fran­çais détestent presque toujours leur lycée. Le roman s’intéresse ensuite à diffé­rents person­nages, l’on croit quit­ter Eva mais on suit son parcours et sa progres­sion comme chef d’exception à travers les rencontres qu’elle est amenée à faire, elle n’est plus alors le person­nage prin­ci­pal, et cela nous permet de comprendre un autre milieu à travers une autre histoire.

On passe du concours de cuisine consa­cré aux barres de céréales où toutes les mesqui­ne­ries habi­tuelles dans ce genre de compé­ti­tion sont bien décrites, à l’ouverture de la chasse aux cerfs d’une violence que je ne suis pas prête d’oublier. La scène finale rassemble les éléments du puzzle de la vie d’Éva dans un moment d’anthologie roma­nesque et culi­naire. Fina­le­ment c’est au lecteur de réunir tous les person­nages, j’ai relu deux fois ce roman pour être bien sûre d’avoir bien tout compris. Un grand moment de plai­sir dans mon été qui était plutôt sous le signe de romans plus tristes et je le dois à Aifelle qui avait été tentée par Cuné et Cathulu.

Citations

Légèreté et d’humour explication du lutefisk

Peu importe que ni Gustaf ni sa femme Elin, ni ses enfants n’aient jamais vu, et encore moins attrapé, assommé, fait sécher, trempé dans la soude, retrempé dans l’eau froide, un seul pois­son à chair blanche, ni accom­pli la déli­cate opéra­tion de cuis­son néces­saire pour obte­nir un aliment qui, quand il était préparé à la perfec­tion, ressem­blait à du smog en gelée et sentait l’eau d’aquarium bouillie.

Toujours le lutefisk

Lars, quant à lui, fut stupé­fait par ces vieilles scan­di­naves qui vinrent le trou­ver à l’église pour lui dire : » Un jeune homme qui prépare le lute­fisk comme toi aura beau­coup de succès auprès des femmes ». Or, d’après son expé­rience, la maîtrise du lute­fisk provo­quait géné­ra­le­ment du dégoût, au mieux de l’indifférence, chez ses rencards poten­tiels. Même les filles qui préten­daient aimer le lute­fisk ne voulaient pas le sentir quand elles n’en mangeaient pas, mais Lars ne leur lais­sait pas le choix.

Rupture amoureuse

« – Mais en atten­dant, conten­tons-nous d’être amis. »
Will avait déjà entendu cette phrase et il avait appris à ne plus écou­ter ce que disait la fille ensuite parce que c’était du baratin.

Le maïs

Anna Hlavek culti­vait un produit rare, presque inouï : une variété de maïs à polli­ni­sa­tion libre qui n’avait pas changé depuis plus de cent ans. D’après ce qu’elle savait, Anna avait hérité d’un stock de semences ayant appar­tenu à son grand-père, qui les avait ache­tés par corres­pon­dance .…en 1902. C’était exac­te­ment le même maïs que mangeait les arrières-grands-parents d’Octavia dans leur ferme près de Hunter dans le Dakota du Nord : des grains char­nus, fermes et juteux qui explo­saient dans la bouche, si sucrés qu’on aurait pu les manger en dessert.

Classe aisée américaine

Octa­via qui avait grandi à Minne­tonka, entouré de gens fortu­nés au goût sûr, qui avait obtenu des diplômes d’anglais et de socio­lo­gie à Notre-Dame, dont le père était avocat d’affaires et la belle-mère un ancien manne­quin deve­nue repré­sen­tante dans l’industrie phar­ma­ceu­tique, était desti­née à épou­ser un homme comme Robbe Kramer. Elle n’aspirait pas à une vie meilleure que celle qu’elle avait connue dans son enfance ; elle n’avait pas besoin d’être plus riche, juste aisée, auprès d’un ami comme Robbe, atta­ché au même style de vie. Elle serait heureuse, elle le savait, de l’accompagner dans ses dîner de bien­fai­sance poli­tique, et de char­mer les épouses moins intel­li­gentes de ces futurs asso­ciés. Elle avait même appris à jouer au golf, elle savait confec­tion­ner vingt sept cock­tails diffé­rents, elle pouvait regar­der un match des Minne­sota Vikings et comprendre ce qui se passait sans poser de questions.

Traduit de l’anglais par Jean Esch.


J’avais appré­cié avec quelques réserves « Minia­tu­riste  », je n’ai donc pas hésité à me plon­ger dans son nouveau roman. Cette auteure sait capti­ver son lecto­rat. Et je m’en voudrais de vous dévoi­ler tous les ressorts de l’intrigue. Tout tourne autour d’un tableau qui a été peint en Espagne au début de la guerre civile. L’intrigue roma­nesque se passe en deux lieux et en deux temps. En Grande-Bretagne en 1957, dans la gale­rie d’art Skel­ton diri­gée par un certain Edmund Reed et une Femme Marjo­rie Quick, notre appren­tie écri­vaine Odelle Bastien vient se présen­ter pour un poste de dactylo. Elle est origi­naire des Caraïbes et dans l’Angleterre de ces années-là, on sent très bien le rejet des « gens de couleurs ».

L’autre moment se passe en Espagne à côté de Malaga, une famille germano-britan­nique vit là pour aider Sarah Schloss, épouse d’Harold négo­cia­teur d’œuvres d’art, à sortir de sa dépres­sion. Leur fille Olive peint mais en cachette de son père qui, elle en est certaine, n’apprécierait pas les tableaux d’une femme et encore moins de sa fille. La famille est aidée par Izaac et Teresa Robles, deux jeunes espa­gnols origi­naires du village. On assiste au début des violences qui amène­ront la guerre civile espa­gnole et à une passion à la fois pour la pein­ture et l’amour char­nel. La jeune Olive est une grande artiste qui aime­rait tant que son père ne la regarde plus comme une jeune fille dilet­tante de la bonne société. La guerre en Espagne puis le sort des juifs vont complè­te­ment battre les cartes de façon telle que personne ne puisse s’y retrou­ver. En 1957, le jeune Lawrie Scott vient dans la gale­rie où travaille Odelle faire évaluer le tableau qui a de tout temps accom­pa­gné sa mère : « les filles au Lion » , Odelle qui commen­çait à s’adapter à la vie londo­nienne, ne s’attendait pas à la violence de la réac­tion de sa patronne Marjo­rie Quick. Il faudra les 500 pages du roman pour que tous les fils se dénouent.

Jessie Burton est vrai­ment maître des intrigues et nous les suivons avec inté­rêt car elle sait mettre en toile de fond la réalité histo­rique et elle raconte très bien. Et pour­tant… encore une fois, j’ai quelques réserves peu parta­gées par la blogo­sphère. J’ai lu ce roman avec beau­coup d’attention , on ne peut pas faire autre­ment qu’être atten­tive car sinon on perd vite le fil. Je devrais savoir gré à Jessie Burton de cela. Mais voilà, je me suis aussi sentie prison­nière de cette intrigue et j’avais plus envie de finir ma lecture que de la retrou­ver les person­nages tous les soirs et rester rêver avec eux . Pour moi, elle en fait trop. C’est comme un filet qui nous enserre, je perds ma liberté quand je la lis. Je pense que cette auteure ne me convient pas tout à fait , heureu­se­ment elle a beau­coup d’admiratrices parmi les blogs que j’apprécie donc vous pour­rez lire des avis enthou­siastes qui me contredisent.

Citations

Description de Londres

Je deve­nais une obser­va­trice expé­ri­menté des pous­sées irré­gu­lières et des cica­trices de l’habitat londo­nien. Les codes postaux, la brique, rosier ou pas, le décrot­toir, la hauteur du perron ou son absence consti­tuaient un langage que j’avais appris. Vous ne pouviez pas vivre ici sans remar­quer les diffé­rences entre les rues où régnaient la paix ou le chaos, un chien galeux vautré près du cani­veau, des enfants en haillons, une haie de buis bien taillée, un rideau soulevé qui dansait. À Londres il exis­tait de nombreuses façons de vivre, mais peu de façon de chan­ger de vie.

La création féminine en peinture 1936

Sais-tu combien d’artistes vend mon père ? Vingt six, la dernière fois que j’ai compté. Sais-tu combien il y a de femmes parmi eux ? Aucune. Pas une seule. Les femmes en sont inca­pables, figure-toi. Elles n’ont pas de vision. Pour­tant si je ne m’abuse, elles ont des yeux, des mains, un cœur et une âme.

Racisme ordinaire en 1957

Elle ne connais­sait pas d’autres gens de couleur, m’a-t-elle confié le jeudi de cette première semaine. Quand je lui ai répondu que je n’en connais­sais pas non plus, en tout cas pas sous ce nom, elle m’a regardé avec une expres­sion d’un vide abyssal.

Un portrait bien croqué

À vingt et un ans, Pat Rudge était la dernière descen­dante d’une longue lignée d’habitants de l’East End. Une chou­croute laquée tenait en équi­libre sur sa tête et elle avait assez de khôl autour des yeux pour maquiller cinq pharaons.

Le cinéma français vu par un Anglais

» Vous préfé­rez peut-être aller voir un de ces films fran­çais où les gens n’arrêtent pas d’entrer, de sortir et de se regarder ? »

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie Bisse­riex. Livre lu grâce à Babe­lio et offert par les éditions « le nouveau pont ».


Pat Conroy fait partie des auteurs qui savent me trans­por­ter dans un autre monde et dans un autre genre de vie. J’ai lu tous ses romans et sa mort m’a touchée. Le monde dans lequel il me trans­porte, c’est la Loui­siane ou l’Alabama. Il sait me faire aimer les états du Sud, pour­tant souvent peu sympa­thiques. Il faut dire qu’il vient d’une famille pour le moins non-conven­tion­nelle : sa mère qui se veut être une « parfaite dame du Sud », n’est abso­lu­ment pas raciste, car si elle est en vie, c’est grâce à une pauvre famille de fermiers noirs qui l’a nour­rie alors qu’elle et ses frères et sœurs mouraient de faim pendant la grande dépres­sion. Le racisme, l’auteur le rencon­trera autant à Chicago dans la famille irlan­daise qu’à Atlanta mais sous des formes diffé­rentes. L’autre genre de vie, c’est sa souf­france et sans doute la source de son talent d’écrivain : une famille « dysfonc­tion­nelle », un père violent et des enfants témoins d’une guerre perfide entre parents dont ils sont toujours les premières victimes.

Ce livre est donc paru (en France ?) après la mort de son auteur et explique à ses lecteurs pour­quoi malgré cette enfance abso­lu­ment abomi­nable il s’est récon­ci­lié avec ses deux parents. Il montre son père « le grand Santini » sous un jour diffé­rent grâce au recul que l’âge leur a donné à tous les deux. Cet homme aimait donc ses enfants autant qu’il les frap­pait. Il était inca­pable du moindre mot de gentillesse car il avait peur de les ramol­lir. Plus que quiconque le « grand Santini » savait que la vie est une lutte terrible, lui qui du haut de son avion a tué des milliers de combat­tants qui mena­çaient les troupes de son pays. Un grand héros pour l’Amérique qui a eu comme descen­dance des enfants qui sont tous pacifistes.

Pat Conroy a fait lui même une univer­sité mili­taire, et il en ressort écœuré par les compor­te­ments de certains supé­rieurs mais aussi avec une certaine fierté de ce qu’il est un … « Améri­cain » . Il décrit bien ces deux aspects de sa person­na­lité, lui qui pendant deux ans est allé ensei­gner dans une école où il n’y avait que des enfants noirs très pauvres. Il dit plusieurs fois que l’Amérique déteste ses pauvres et encore plus quand ils sont noirs. Mais il aime son pays et ne renie pas ses origines.

On retrouve dans cette biogra­phie l’écriture directe et souvent pleine d’humour et déri­sion de cet écri­vain. Il en fallait pour vivre chez les Conroy et s’en sortir. On recon­naît aussi toutes les souf­frances qu’il a si bien mises en scène dans ses romans. On peut aussi faire la part ue roma­nesque et de la vérité, enfin de la vérité telle qu’il a bien voulu nous la racon­ter. Ce livre je pense sera indis­pen­sable pour toutes celles et tous ceux qui ont lu et appré­cie Pat Conroy

Citations

Un des aspect de Pat Conroy son estime pour certains militaires

À la dernière minute de ma vie surmi­li­ta­ri­sée, j’avais rencon­tré un colo­nel que j’aurais suivi n’importe où, dans n’importe quel nid de mitrailleuse et avec lequel j’aurais combattu dans n’importe quelle guerre. Ce colo­nel, dont je n’ai jamais su le nom, me permit d’avoir un dernier aperçu du genre de soldat aux charmes desquels je succombe toujours, dévoués, impar­tiaux et justes. C’est lui qui me flan­qua à la porte et qui me renvoya dans le cours de ma vie.

Genre de portrait que j’aime

Sa rela­tion avec la vérité était limi­tée et fuyante -mais son talent pour le subter­fuge était inven­tif et insai­sis­sable par nature.

Toute famille a son barjot

Autant que je sache, chaque famille produit un être margi­nal et soli­taire, reflet psycho­tique de tous les fantômes issus des enfers plus ou moins grands de l’enfance, celui qui renverse le chariot de pommes, l’as de pique, le cheva­lier au cœur noir, le fouteur de merde, le frère à la langue incon­trô­lable, le père brutal par habi­tude, donc qui essaie de tripo­ter ses nièces, la tante trop névro­sée pour jamais quit­ter la maison. Parler moi autant que vous voulez des familles heureuses mais lâchez-moi dans un mariage ou dans un enter­re­ment et je vous retrou­ve­rai le barjot de la famille. Ils sont faciles à repérer.

Son père

Les années les plus heureuse de mon enfance étaient celles où Papa partait à la guerre pour tuer les enne­mis de l’Amérique. À chaque fois que mon père décol­lait avec un avion, je priais pour que l’avion s’écrase et que son corps se consume par le feu. Pendant trente et un ans, c’est ce que j’ai ressenti pour lui. Puis j’ai moi-même déchiré ma propre famille avec mon roman sur lui, « Le grand Santini ».

Humour que l’on retrouve dans les romans de Pat Conroy

-Ton oncle Joe veut te voir. Il habite dans un bus scolaire avec vingt-six chiens.
-Pour­quoi ?
- Il aime les chiens, je crois. Ou alors les bus scolaires

La sœur poète et psychotique

Ma sœur Carole Ann a vécu une enfance vaillante et sans louange mais surtout une enfance d’une soli­tude presque insup­por­table. Elle aurait été un cadeau pour n’importe quelle famille mais passa inaper­çue la plupart du temps. À tout point de vue, c’était une jolie fille qui n’arrivait pas à la hauteur des attentes des mesures et de sa mère. Malgré elle, Peg Conroy avait le don insensé de faire croire à ses filles qu’elles étaient moches.

Son rapport à l’Irlande

Dans mon enfance, tout ceux qui me frap­paient était irlan­dais, depuis mon père, ses frères et ses sœur, jusqu’aux nonnes et aux prêtres qui avaient été mes ensei­gnants. Je perce­vais donc l’Irlande comme une nation qui haïs­sait les enfants et qui était cruelle envers les épouses.

L’éloge funèbre de Pat Conroy à son père

Il ne savait pas ce qu’était la mesure, ni même comment l’acquérir. Donald Conroy est la seule personne de ma connais­sance dont l’estime de soi était abso­lu­ment inébran­lable. Il n’y avait rien chez lui qu’il n’aimait pas . Il n’y avait rien non plus qu’il aurait changé. Il adorait tout simple­ment l’homme qu’il était et allait au devant de tous avec une parfaite assu­rance. Papa aurait d’ailleurs aimé que tout le monde soit exac­te­ment comme lui.

Son obsti­na­tion été un art en soi. Le grand Santini faisait ce qu’il avait à faire, quand il le voulait et malheur à celui qui se mettait en travers de son chemin.

Traduit par André Fayot post face de Bertrand Fillaudreau.


La lecture de ce livre de mémoires me prouve que la blogo­sphère a permis à mes goûts litté­raires d’évoluer. J’ai pris un grand plai­sir à cette lecture que je dois à Domi­nique ( elle même remer­cie Keisha). Je voulais connaître cet homme qui est consi­déré comme le « père des parcs natio­naux aux USA » . Mes enfants y font des balades extra­or­di­naires chaque été et leurs photos donnent envie de s’y rendre. J’ai toujours cet éton­ne­ment face à ce para­doxe, le pays le plus pollueur de la planète est aussi celui qui semble adorer le plus la nature vierge. Plusieurs lectures récentes convergent pour me donner l’impression que l’homme agri­cul­teur est devenu le plus grand préda­teur des espèces végé­tales et animales. Faire pous­ser du blé ne peut se faire qu’aux prix de souf­frances infi­nies pour l’homme et la nature.
John Muir, les souf­frances, il connaît, élevé par un père d’une rigueur qui frise le tortion­naire, il a connu les pires brimades physiques dès son enfance : coups, enge­lures, travaux de forçat ; il a tout accepté au nom d’un respect filial qui lui vient, on se demande pour­quoi ? et comment ?
Toute son enfance, surtout son émer­veille­ment de la nature qui s’offre à lui quand il arrive dans le Wiscon­sin, est très agréable à lire et on suit avec atta­che­ment les péri­pé­ties de chaque décou­verte qu’offrent ces lieux souvent encore vierges. La fin est beau­coup moins passion­nante, il est vrai qu’il ne s’agit plus de son enfance. Cet enfant à 10 ans est capable de comprendre la trigo­no­mé­trie tout seul avec des livres, à 14 ans de construire des horloges sans plan préa­lable, il a vrai­ment une intel­li­gence tota­le­ment hors norme. Il a appris à lire et à écrire seul ou presque à 4 ans. Il parle latin et alle­mand. J’aurais aimé qu’il raconte mieux son adap­ta­tion au monde des adultes quand il ne vit plus sous la férule de ce père que j’ai détesté tout au long du livre.

Citations

Éducation écossaise fin du XIXe

Je ne vois rien qui puisse me pous­ser aujourd’hui à concen­trer plus fort mon atten­tion que quand j’étais enfant, ce que réus­sis­sait le fouet -une gigan­tesque raclée le plus souvent. Les insti­tu­teurs écos­sais de la vieille école ne passaient pas leur temps à tenter de trou­ver des chemin raccour­cis vers la connais­sance, ni d’expérimenter les dernières trou­vailles en matière de méthode psycho­lo­gique, telle­ment en vogue de nos jours. Il n’était pas ques­tion de rendre nos bancs confor­tables, ni nos leçons faciles. On nous collait seule­ment de but en blanc devant nos livres, comme des soldats face à l’ennemi, en nous ordon­nant d’un ton sans réplique : « Allez au travail ! Appre­nez vos leçons ». Et à la moindre erreur, si minime fût-elle, c’était le fouet, car avait été fait cette extra­or­di­naire décou­verte, aussi simple que défi­ni­tive, et telle­ment écos­saise, qu’il exis­tait une rela­tion directe entre la peau et la mémoire, et qu’irriter celle-là stimu­lait celle-ci au degré souhaité quel qu’il fût.

Les bagarres

Quand on avait la chance de finir un combat sans un œil au beurre noir, on échap­pait géné­ra­le­ment à une dége­lée à la maison et une autre le lende­main matin à l’école, car les autres traces de l’échauffourée pouvaient être lavées faci­le­ment au puits près de l’église, ou bien dissi­mu­lées, ou mise au compte des aspé­ri­tés du terrain ; tandis qu’un œil poché ne pouvait trou­ver d’autre expli­ca­tion qu’une bagarre en règle. La double correc­tion en était la sanc­tion inéluc­table mais sans aucun effet : les bagarres se conti­nuaient sans la moindre accal­mie, comme les oura­gans, car aucune autre puni­tion que la mort n’aurait pu suppri­mer la vieille agres­si­vité atavique qui brûlait dans nos veines de païens, pas plus qu’on arri­vait à nous faire admettre que père et maître pouvaient légi­ti­me­ment nous étriller aussi labo­rieu­se­ment pour notre bien, tout en refu­sant le plai­sir de nous casta­gner les uns les autres pour le même bien.

Genre de livres où Wikipédia rend bien des services .…

Et il en allait tout de même avec les calo­po­gons, les pogo­nies, les spiranthes et quan­tité d’autres popu­la­tions végé­tales. Le magni­fique turban de Turc ( Lilium super­bum), qui croît sur les berges des cours d’eau, était rare chez nous, alors que le lis orangé pous­sait en abon­dance en terrain sec sous les chênes à gros fruits et nous rappe­lait bien souvent la plate-bande de tante Ray en Écosse. Grâce à ses fleurs rouge écar­late, l’asclépiade tubé­reuse ou herbe à ouate atti­rait des volées de papillons et produi­sait de superbes masses de couleur.

Une éducation à la dure

Mes aven­tures me remettent en mémoire l’histoire de ce garçon qui, en esca­la­dant un arbre pour voler un nid de corbeau, tomba et se cassa la jambe, mais qui, sitôt guéri, se força à grim­per jusqu’au sommet de l’arbre du haut duquel il avait culbuté.

La prégnance de la morale

Comme à l’ensemble des petits écos­sais, on nous ensei­gnait la plus stricte abné­ga­tion, à propos et hors de propos, à faire fi de la chair et à la morti­fier, à veiller à garder nos corps soumis aux préceptes de la Bible et à nous punir sans merci pour toute faute commise ou simple­ment imagi­née. Lorsque, en aidant sa sœur à rame­ner les vaches, un gamin usa un beau jour d’un terme défendu : « faudra que je l’dise à papa, fit la jeune fille horri­fiée. J’le lui dirai, qu’t’as dit un vilain mot…
-J’ai pas pu l’empêcher d’me v’nir répon­dit l’enfant par manière d’excuse. C’est pas pire de le dire tout haut que de l » penser tout bas ! »

Après avoir décrit le Wisconsin comme le paradis des oiseaux , il décrit cette scène horrible (cette espèce de pigeons a complètement disparu, on comprend pourquoi !)

Les pigeons, à ce moment-là, étaient rares un grand nombre de personnes, équi­pées de chevaux et de chariot, et armées de fusil, de longues perches, de pots à soufre, torches de poix, etc, avaient déjà planté leur camp sur le pour­tour deux fermiers instal­lés à plus de cent milles de là avaient amené quelques trois cents porcs pour les faire engrais­ser sur les pigeons massa­crés. Un peu partout, des gens employés à plumer et à saler ce qui avait déjà été mis de côté étaient assis au milieu de monceaux d’oiseaux. La terre était couverte d’une couche de fiente de plusieurs pouces d’épaisseur. Quan­tité d’arbre de deux pieds de diamètre étaient brisés guère au-dessus du sol, et les branches de beau­coup d’autres parmi les plus hauts et les plus éten­dus avaient cédé, comme si un oura­gan avait balayé la forêt.
Au coucher de soleil, pas un pigeon n’était encore arrivé. Mais un cri géné­ral s’éleva tout à coup : » Les voilà ! ». Ils étaient encore loin, mais le bruit qu’ils faisaient me rappe­lait, en mer, un violent coup de vent qui passe à travers les grée­ments d’un navire dont on a serré les voiles. Des milliers furent bien­tôt abat­tus à coups de perche, mais les oiseaux ne cessaient pas pour autant d’affluer. Puis les feux s’allumèrent et un tableau aussi terri­fiant que superbe se mit en place. Les pigeons qui se déver­saient à flots se posaient partout, les uns sur les autres, si bien qu’il se formait des masses compactes sur toutes les branches. Ça et là des perchoirs roulaient avec fracas, et, dans leur chute en abat­taient des centaines d’autres, préci­pi­tant les groupes extrê­me­ment serrés d’oiseaux dont étaient chargé le moindre rameau, spec­tacle de conflit et de tumulte. Je m’aperçus qu’il était parfai­te­ment inutile de parler ou même de crier au gens qui m’entouraient. Les coups de fusil, on les enten­dait rare­ment, et ce n’est qu’en voyant les hommes rechar­ger leurs armes que je compre­nais qu’ils avaient tiré. Personne n’osait s’aventurer à l’intérieur du péri­mètre du carnage. On avait parqué les cochons en temps utile, le ramas­sage des morts et de bles­sés étant remis au lende­main matin. Les pigeons affluaient toujours, et ce ne fut qu’après minuit que je perçus une dimi­nu­tion du nombre des arri­vants. Le vacarme dura toute la nuit.
Vers les premières lueurs du jour, le bruit s’atténua quelque peu ; long­temps avant qu’on pût distin­guer les formes, les pigeons commen­cèrent à s’en aller dans une direc­tion diffé­rente de celle où ils étaient venus la veille, de sorte que quand le soleil se leva tout ce qui était capable de voler avait disparu. Ce fut alors le hurle­ment des loups qui se fit entendre, et l’on vit arri­ver furti­ve­ment renards, lynx, couguar, ours,raton laveur, opos­sum et putois, tandis que des aigles des éper­viers de diffé­rentes espèces, accom­pa­gnés d’une armée de vautour, appro­chaient pour tenter de les évin­cer et d’avoir leur part de butin.
Les auteurs du carnage se mirent alors à avan­cer parmi les morts, les mourants et les muti­lés et à ramas­ser les pigeons et aller mettre en tas, ce jusqu’à ce que chacun ait autant qu’il voulait, après quoi les cochons furent lais­ser libres de dévo­rer les restants.

L’inconfort total

Dans toute la maison, il n’y avait en fait de feu que le four­neau de la cuisine, avec son foyer de cinquante centi­mètres de long sur vingt cinq de large et autant de haut – à peine de quoi y mettre trois ou quatre petites bûches-, autour duquel, lorsqu’il faisait – 20 dehors, les dix personnes que nous étions dans la famille grelot­taient, et sous lequel nous trou­vions, le matin, nos chaus­settes et nos grosses bottes impré­gnées d’eau gelée en bloc. Et nous n’avions pas même le droit de rani­mer ce misé­rable petit feu dans sa boîte noire pour les dége­ler. Non, nous devions y compri­mer nos pieds endo­lo­ris et tout palpi­tant d’engelures, au prix de douleurs pires qu’une rage de dent, et filer au travail.

Je crois relire homo sapiens : le malheur de la révolution agricole

Dans ces temps recu­lés, long­temps avant l’arrivée des machines qui nous épargnent tant de peine, tout (ou presque) ce qui touchait à la culture du blé impo­sait des travaux érein­tant – faucher sous la chaleur des longues jour­nées de la cani­cule, râte­ler et lier des gerbes, faire les meules et battre le grain -, et je me disais bien souvent que la façon brutale, fréné­tique, que nous avions de faire sortir le grain de terre ressem­blait trop à une exca­va­tion de tombes.

J’ai racon­tés tous les soirs, cet été, les trois albums de loup gris. Merci à leurs auteurs Gilles Bizouerne et Ronan Badel

Arthur adore les trois albums. Il est inca­pable de vous dire celui qu’il préfère. Il connaît certaines phrases par cœur et vous explique très bien ce que veut dire « évanoui ». Il n’a pas du tout peur de Loup gris « le plus beau le plus costaud », il le trouve même un peu bête. Et comme pour loup gris, on a beau­coup de mal à savoir si Arthur dit « chef » ou « Sef » alors il comprend très bien que l’on peut zeuzeu­ter « un peu », mais manger une mouche (une mousse ») ça jamais ! Son passage préféré ? quand le chien mange la queue du loup et les pages d’après, celles où on voit le loup courir avec un moignon de queue : cet âge est charmant !

J’ai pris beau­coup de plai­sir à racon­ter ces histoires car on peur faire des effets de voix et c’est vrai­ment très drôle pour un adulte aussi, les dessins sont parfaits.

Comme le goût des loups était bien installé j’ai rajouté

« les quatre loups » de Alain Gaus­sel et Caro­line d’All Ava

Le problème de cet album c’est qu’il y a » le loup de la nuit » qui fait peur, donc Arthur écoute cette histoire avec son épée et menace le loup si par hasard celui-ci ne se tenait pas tran­quille. Il aime beau­coup ce petit garçon qui n’a pas peur des loups et d’ailleurs au zoo de la Bour­ban­sais, il voulait surtout voir les loups et véri­fier la taille de leurs grandes dents. C’est une histoire bien écrite pour être racon­tée à voix haute et qui a un rythme de conte poétique. Je n’apprécie pas trop les dessins mais ils plaisent beau­coup à Arthur.

Encore un loup, et quel Loup !

Mordi­cus un jour, Mordi­cus toujours Didier Levy et Marie Novion

Encore un loup et quel loup ; Le plus féroce de tous les loups : Mordi­cus. Donc, quand l’épicière dispa­raît, ce n’est pas très compli­qué de cher­cher qui a fait le coup. Tout le monde en est bien persuadé cela ne peut être que Mordi­cus. Et cela rend très triste Félix son arrière petit fils qui aime beau­coup son arrière grand-père. Je vais divul­gâ­cher la fin pour que tout le monde puisse racon­ter cette histoire si Mordi­cus aime dire qu’il est méchant il ne l’est pas tant que ça.

Arthur a un peu de mal à comprendre pour­quoi il n’a pas mangé l’épicière mais il adore cette histoire. Moi, j’aime beau­coup les dessins et j’aime faire la voix chan­tée, je trouve la leçon de morale un peu trop lourde mais pour­quoi pas :« il ne faut pas juger les gens sur la mine ».

Cet été sous le signe du loup a inspiré Arthur voici Loup gris :

et voici la terrible bataille de Louis gris et le chien qui lui mange la moitié de la queue (le passage préféré d’Arthur !)

Quand nous quit­tons les loups c’est pour trou­ver des monstres et une sorcière

Dehors les monstres par Cyril Hahn

C’est un grand clas­sique de ma maison mais il plaît toujours autant. J’aime beau­coup le papa fleg­ma­tique qui ne se panique jamais. J’aime que ce soit un papa qui passe l’aspirateur. Arthur est très content de voir qu’un croco­dile a réussi à se cacher derrière la porte de la chambre, il est complè­te­ment dégoûté par la soupe de la sorcière, c’est sans doute son passage préféré

Pierre et la sorcière Gilles Bizouerne et Roland Garrigue


J’ai acheté cet album en espé­rant retrouvé l’humour de « Loup Gris » c’st un peu raté, mais cette histoire plaît bien à Arthur surtout quand Pierre pousse la sorcière dans le four aussi quand elle dit les gros mots. Il aime aussi répondre à la dernière ques­tion du livre : « Est ce que Pierre va aller combattre le dragon du château » . C’est un livre agréable à racon­ter, on peut faire des effets de voix et il y a un rythme rapide bien agréable.

et puis trois nouveautés

« Tu ne m’attraperas pas » de Timo­thy Knap­man et Simona Giraolo

Pas de pitié pour Jacky la souris la plus « rapide du monde » elle est déli­cieuse d’après le chat le plus rusé du monde. Album agréable à racon­ter et pas trop long. C’est parfois un avantage

Lièvre et Ours , C’est à moi Emily Gravavett

Bel album , images superbes mais un peu enfan­tin pour Arthur qui aime bien quand même, surtout quand le ballon éclate à la tête des deux compères.

Profes­sion croco­diles Giovanna Zoboli et Maria­chiara di Giorgo

un flop total avec cet album pour­tant conseillé par Noukette qui m’a fait décou­vrir des livres abso­lu­ment merveilleux pour les enfants. En réalité cet album est super­be­ment dessiné mais l’histoire est horrible, Un croco­dile a comme profes­sion d’être croco­dile dans un zoo. Je me demande quel enfant peut comprendre un tel message. La seule chose qui plaise à Arthur c’est de distin­guer dans des dessins très fouillés les animaux qui se sont mélan­gés aux humains. Pour moi c’est un livre pour adulte qui se cache derrière un album pour enfant.

et quand on a fini toutes les histoires on peut passer du temps avec

la famille Oukilé de Béatrice Veillon 

Je perds plus vite patience qu’Arthur mais lui aime vrai­ment beau­coup et cherche avec une grande atten­tion tous les membres de la famille. Arthur les retrouve plus rapi­de­ment à la fin de l’été qu’au début.