Édition Belfond Traduit de l’amé­ri­cain par Oris­telle Bonis

Déso­lée Yv nous ne serons pas d’ac­cord pour cette lecture. Certes les préci­sions tech­niques sur les incen­dies sont inté­res­santes, certes à la fin on sait tout sur les fraudes divers et variées aux assu­rances. Mais ! il y a pour moi un gros « mais », la cascade des malver­sa­tions et des crimes auxquels nous assis­tons rendent ce récit tota­le­ment indi­geste. Je suis certaine que cet auteur a un public et des lecteurs qui se laissent empor­ter par sa fougue narra­tive . Ils n’ont pas peur de lire des récits sur les procé­dés du KGB et de la mafia russe, ils savent que tout le monde peut être corrompu : il suffit d’y mettre le prix. J’avais vrai­ment l’im­pres­sion d’être dans une série améri­caine où on ballade le spec­ta­teur d’épi­sode en épisode avec un grada­tion dans l’hor­reur et l’ab­ject. Je ne sais pas quel ressort le roman­cier a oublié de mettre en action dans cette intrigue. La corrup­tion, de la police et des assu­reurs, les avocats véreux qui s’en­graissent sur le dos des malfrats, un méde­cin tota­le­ment incom­pé­tent qui ne vit que pour les mallettes d’argent que la mafia dépose à son cabi­net. Et puis, l’en­quête de cet ancien flic passé aux enquêtes pour son assu­rance, qui est le seul à vouloir punir le méchant .
Bref un roman qui m’est tombé des mains mais pour­quoi me suis-je laissé aller à lire un tel livre Yv l’an­non­çait bien comme un thril­ler ? Seule­ment voila, souvent la Cali­for­nie flambe – comme l’été dernier – et je pensais, donc, en savoir davan­tage sur ces feux qui ravagent une si belle région.

Citations

Portrait du flic ripoux

Une des raisons, parmi une tripo­tée d’autres, pour lesquelles Jack le déteste à ce point est que Bent­ley, ce cossard de première, n’aime pas faire son boulot. Pour Bent­ley, n’im­porte quel incen­die est a priori d’ori­gine acci­den­telle. S’il s’était trouvé à Dresde après les bombar­de­ments, il aurait décou­vert à coup sûr une couver­ture chauf­fante défec­tueuses sous les décombres. Histoire de limi­ter au mini­mum la corvée de pape­rasse et les témoi­gnages sous serment devant le tribu­nal. En tant qu’ex­pert en incen­die, Bent­ley et un pêcheur à la ligne hors pair.

Genre de sentences qui m’agacent

Il y a deux types d’amour : celui qui passe et celui qui dure. D’un côté, l’amour qui satis­fait le corps et le cœur, l’amour qui passe, de l’autre l’amour qui nour­rit l’âme, l’amour qui dure.
Le mobi­lier ancien est le seul objet d’amour capable de nour­rir l’âme de Nicky.

Édition folio, traduit de l’amé­ri­cain par Josée Kamoun

C’est donc le troi­sième roman de cet auteur sur mon blog . Après « La Tache », chef d’œuvre absolu , et « Le complot contre l’Amé­rique » qui m’avait un peu déçue, j’ai retrouvé dans « Un Homme » tout ce qui fait de cet écri­vain un grand de la litté­ra­ture contem­po­raine. Dans un texte assez court Philip Roth cerne la vie d’un homme de 73 ans à l’en­ter­re­ment duquel nous assis­tons dans le premier chapitre. Grâce à une succes­sion de flash­back nous allons mieux connaître ses parents, son frère, sa fille Nancy, ses femmes et ses fils . Certains de ces person­nages l’aiment ou l’ont beau­coup aimé d’autres, en parti­cu­lier ses deux fils, n’éprouvent que de l’hos­ti­lité pour lui. Philip Roth sait bien décrire tous les ressorts de l’âme humaine, sans jamais forcer le trait , il n’édul­core aucun aspect néga­tif mais ne renie jamais ce qui a été le moteur de sa vie : il aime et a été aimé des femmes et cela a rendu le mariage compli­qué pour lui, il aime la jouis­sance physique cela rendu aussi, la fidé­lité quasi­ment impos­sible. Il a bien réussi sa carrière de publi­ci­taire mais nous n’en saurons pas grand chose si ce n’est que cela lui permet de vivre une retraite sans soucis finan­cier. Une grande partie du roman décrit la diffi­culté de vivre avec les mala­dies qui accablent parfois les êtres vieillis­sants. Et lui a subi moultes opéra­tions pour permettre à son cœur de fonc­tion­ner norma­le­ment. Alors, bien sûr, il ne peut que se poser « La Ques­tion », la seule qui devrait nous hanter tous : celle de la mort. Aucune réponse n’est donnée dans ce livre et pour­tant le person­nage prin­ci­pal se confronte à elle sans cesse, il passe même une jour­née dans le cime­tière où sont enter­rés ses parents pour bien comprendre le travail du fossoyeur, et, il est parvenu à m’in­té­res­ser à la tech­nique du creu­se­ment d’une tombe ! J’ai aimé aussi l’évo­ca­tion de sa vie de petit garçon qui faisait les courses pour son père horlo­ger bijou­tier, celui-ci lui faisait traver­ser New-York avec une enve­loppe remplie de diamants. J’ai aimé aussi son rapport à Hollie son grand frère toujours en bonne santé. Il éprou­vera même de la jalou­sie face à cette injus­tice, lui, encore et toujours, malade et Hollie dont la bonne santé est comme un contre­point à ses propres souf­frances. Son amour pour Nancy, sa fille de sa deuxième femme, est très tendre . Bref un homme tout en nuances comme sans doute les trois quart de l’hu­ma­nité, banal en somme mais quel talent il faut à un écri­vain pour inté­res­ser à la bana­lité en faire ressor­tir tout l’as­pect humain. Ce livre qui commence et se termine par les poignées de terre jetées sur son cercueil, comme elles l’avaient été aupa­ra­vant sur celui de son père nous permet-il d’ac­cep­ter un peu mieux la mort ? Aucune certi­tude évidem­ment.

(Je me souve­nais d’avoir lu le billet de Géral­dine que je vous conseille vive­ment.)

Citations

Les communautés de retraités aux USA

Il quitta Manhat­tan pour une commu­nauté de retrai­tés, Star­fish Beach, à trois km de la station balnéaire où il avait passé des séjours d’été en famille, tous les ans, sur la côte du New Jersey. Les lotis­se­ment de Star­fish Beach se compo­saient de jolis pavillons de plain-pied, coif­fés de bardeaux, avec de vastes baies et des portes vitrées coulis­santes donnant sur des terrasse en teck ; ils étaient réunis par huit pour former un demi-cercle autour d’un jardin paysa­ger et d’un petit étang. Les pres­ta­tions offertes aux cinq cents rési­dents de ces lotis­se­ment répar­tis sur cinquante hectares de terrain compre­naient des courts de tennis, un vaste parc avec un abri de jardin, une salle de sport un bureau de poste, une salle poly­va­lente avec des espaces de réunion, un studio de céra­mique, un atelier bois, une petite biblio­thèque, une salle infor­ma­tique avec trois termi­naux et une impri­mante commune, ainsi qu’un audi­to­rium pour les confé­rences, des spec­tacles et les diapo­ra­mas des couples qui rentraient d’un voyage à l’étran­ger. Il y avait une piscine olym­pique décou­vert et chauf­fée en plein cœur du village, et une autre, plus petite couverte, il y avait un restau­rant tout à fait conve­nable dans la modeste gale­rie marchande, au bout de la rue prin­ci­pale, ainsi qu’une librai­rie, un débit de bois­sons, une boutique de cadeaux, une banque, un bureau de cour­tage, un admi­nis­tra­teur de biens, un cabi­net d’avo­cat et une station-service.

Les choix de vie d’un homme qui a peur d’encombrer sa fille (Nancy)

Il rentra sur la côte, reprendre son exis­tence soli­taire. Nancy, les jumeaux et lui ‑ça ne tenait pas debout, de toute façon, et puis ça aurait été injuste, car il aurait trahi le serment qu’il s’était fait de main­te­nir une cloi­son étanche entre sa fille trop affec­tueuse et les tracas et faiblesses d’un homme vieillis­sant.

Je comprends ce choix

Quand il avait fui New York, il avait élu domi­cile sur la côte parce qu’il avait toujours adoré nager dans les rouleaux et braver les vagues, et puis parce que cette partie du litto­ral était asso­cié pour lui a une enfance heureuse.

La vieillesse

La vieillesse est une bataille, tu verras, il faut lutter sur tous les fronts. C’est une bataille sans trêve, et tu te bats alors même que tu n’en n’as plus la force, que tu es bien trop faible pour livrer les combats d’hier. 

Une note d’humour

Son épouse de l’époque, sa troi­sième et dernière épouse (…) était une présence à haut risque. Pour tout soutien, le matin de l’opé­ra­tion, elle suivit le chariot en sanglo­tant et en se tordant les mains, et finit par lâcher : » Qu’est-ce que je vais deve­nir ? »
Elle était jeune, la vie ne l’avait pas éprou­vée ; elle s’était peut-être mal expri­mée, mais il comprit qu’elle se deman­dait ce qu’elle allait deve­nir s’il restait sur le billard. « Chaque chose en son temps, s’il te plaît. Laisse-moi d’abord mourir, si tu veux que je t’aide à suppor­ter ton chagrin. »

Édition Poche Folio

Après avoir lu de cette auteure, grâce au club de lecture, « Le Ciel par dessus les Toits » j’ai eu très envie de décou­vrir un peu plus cette écri­vaine mauri­cienne. Si l’île Maurice est syno­nyme pour beau­coup d’entre nous de vacances sur des plages de sable blanc, de mer bleu azur, sous un soleil toujours présent, cette île a repré­senté pour des popu­la­tions noires un lieu d’es­cla­vage et lorsque celui-ci a pris fin, une terre d’im­mi­gra­tion pour des Indiens fuyant une misère abso­lue dans leur pays.

Loin de ces impres­sions para­di­siaques, ce roman se situe en 1890 : l’île Maurice est alors sous domi­na­tion britan­nique, depuis une tren­taine d’an­nées, mais les plan­ta­tions restent la propriété de riches plan­teurs fran­çais qui recherchent à tout prix une main d’œuvre bon marché pour rempla­cer leurs anciens esclaves. Les noirs habitent aussi cette île mais refusent de se faire maltrai­ter par les proprié­taires blancs, peu d’en­tente sont possibles avec les Indiens qui acceptent des condi­tions de travail dont eux mêmes ne veulent plus. En peu de chapitres, les problèmes sont très bien posés. On comprend d’au­tant mieux tous les problèmes qui assaillent dès leur arri­vée ces malheu­reux Indiens sur l’île Maurice que chaque person­nage nous est présenté avant leur départ dans leur lieu de vie d’ori­gine. On comprend alors, pour­quoi ils partent, mais aussi comment ils vont être forcé­ment déçus car trop de fables irréa­listes, comme ces pièces d’or que l’on trouve en soule­vant des rochers, leur obscur­cissent le cerveau !

Ce roman nous permet de comprendre la situa­tion des Indiens en 1890, certains sont acca­blés par les dettes que leurs parents ont contrac­tées, un des person­nage est seule­ment joueur de poker et perd tout l’argent de ses parents aux cartes, une jeune femme de sang royal doit brûler sur le bûcher de son mari mort à la chasse, un autre croit rejoindre son frère… Tous se retrouvent sur un bateau : l’At­las qui après des mois de navi­ga­tion d’au­tant plus éprou­vante que les Indiens craignent beau­coup la mer, ils débarquent apeu­rés sur l’île « Meuriche » et trouvent une condi­tion qui se rapproche plus de l’esclavage que celle de travailleurs pauvres et précaires.

J’ai beau­coup aimé ce livre, certai­ne­ment parce que je ne savais pas grand chose de cette immi­gra­tion mais aussi parce que cette auteure sait très bien racon­ter, j’ai quitté à regret ses person­nages et j’au­rais aimé les suivre un peu plus long­temps. Il y a un aspect qui m’a beau­coup inté­res­sée : à quel point l’en­fer­me­ment dans les tradi­tions de l’Inde asser­vit la popu­la­tion et empêche les plus pauvres de s’éman­ci­per, mais à quel point égale­ment, ces carcans repré­sentent un lieu rassu­rant face à un inconnu encore plus mena­çant que la servi­tude que l’on connaît bien. Le roman l’an­nonce mais ne le décrit pas, visi­ble­ment les Indiens sauront grâce à leur courage et à leur force de travail deve­nir une partie très impor­tante de la popu­la­tion active de l’île et à fina­le­ment s’en­ri­chir même sans trou­ver les fameuses pièces d’or qui ont fait briller les yeux de leurs ancêtres.

Citations

Les dettes des paysans pauvres

Quand il emprunta cinquante roupies au zamin­dar, les deux hommes étaient conve­nus d’un kamia C’était un contrat où l’on troquait sa sueur, son labeur et parfois la chair et le labeur de ses enfants contre de l’argent. Tant que les cinquante roupies et les inté­rêts sur le prêt n’étaient pas rembour­sés, Devraj Lal s’en­ga­geait à travailler les terres du zamin­dar pour la moitié d’un salaire. Il s’en­ga­geait aussi à ce que son fils reprenne le kamia s’il décé­dait avant d’avoir remboursé les cinquante roupies. Ce qui arriva moins d’un an après et son fils, Chotty se trouva en devoir d’ho­no­rer une dette qu’il n’avait pas contrac­tée.
Cela faisait dix années que Chotty travaillait pour le zamin­dar. Les inté­rêts sur le prêt avaient grandi comme le blé : vite. Et Chotty, semblait – il, ne travaillait pas aussi vite que le blé. Il avait amassé quelques roupies mais plusieurs fois son fils était tombé malade ou le zamin­dar décré­tait qu’il n’avait pas bien fait son travail ou encore ce qui arri­vait de plus en plus souvent ces derniers temps, la bibi se plai­gnait.

Être veuve

Il n’y avait rien de pire que de survivre à son mari. Donner nais­sance à une fille en premières couches ou toucher un paria étaient des manque­ments terribles mais être veuve était innom­mable. Ici, depuis des siècles, dans les familles de sang royal, les femmes montaient sur le bûcher avec leur mari. C’était une tradi­tion comme une autre. De toute façon, que ferait une femme sans son mari ? Qui voudrait d’une veuve quand les jeunes filles vierges ne manquaient pas ? Surtout, qui pren­drait le risque d’ac­cueillir une femme qui porte telle­ment le mauvais œil qu’elle finit veuve ?

Les rapports des noirs anciens esclaves et les indiens nouvellement arrivés

« Je t’ai eu, Malbar. Vous croyez supé­rieur, hein, tous, tous autant que vous êtes ? Vous venez ici, vous léchez le cul des blancs, vous faites vos village, vous amas­sez de l’argent, vous ache­tez des terrains et ensuite, vous vous prenez pour des blancs. Vous nous crachez dessus. Nous sommes des êtres infé­rieurs pour vous. Vous aussi, vous fouet­tez vos employés … Tu vas voir, Malbar. Tu vas voir ce que c’est que pour­rir en prison. Tu travaille­ras sous le soleil et comme nous, tu soulè­ve­ras les pierres et tu pour­ri­ras loin des tiens. »

Édition Rivages

Quel roman ! Il faut avoir le cœur bien accro­ché pour lire toutes les turpi­tudes humaines, tout cela pour s’en­ri­chir, et, avec quoi ? Le guano ! autre­ment dit la fiente d’oi­seaux. J’ai lu ce roman en véri­fiant sans cesse les infor­ma­tions car je ne connais­sais abso­lu­ment pas cette histoire. Nous sommes à la fin du XIX° et grâce aux îles au large du Pérou ce pays connaît une richesse phéno­mé­nale. On appelle ce moment « l’ère guano ». Une telle richesse a attiré des convoi­tises multiples, ce que raconte le roman se situe au moment où le Pérou a chassé les puis­sances colo­niales et exploite à son profit cette ressource. Malheu­reu­se­ment, si les puis­sances colo­niales sont parties ceux qui les avaient chas­sées sont deve­nus aussi corrom­pus que les anciens exploi­teurs. La terrible condi­tion des misé­reux qui sont sous les ordres des proprié­taires des terrains des îles sur lesquelles on exploite le guano est horrible. Pour le roman, l’au­teur invente une histoire d’amour impos­sible et évidem­ment tragique, cela lui permet de décrire deux person­nages un peu moins sombres. Sur terre, en face de ces îles, à trois jours de navi­ga­tion, la guerre que se livrent les deux ports qui se disputent la vente de la « fiente » est sans pitié, vrai­ment plusieurs fois on se dit en lisant ce livre « et tout cela pour de la m.…. » . De plus cette région est soumise à un climat très parti­cu­lier, la plupart du temps les gens vivent dans un brouillard opaque qui empêche le soleil d’éclai­rer un peu la vie celle des riches comme celle des pauvres. Je n’ai pas bien compris pour­quoi l’au­teur semble faire corres­pondre ce brouillard à l’ex­ploi­ta­tion du guano.

C’est un phéno­mène, que les chiliens appellent « le caman­cha » , il a existé de tout temps me semble-t-il. (Et il existe encore aujourd’­hui : des essais sont fait pour en capter l’hu­mi­dité pour ferti­li­ser des zones déser­tiques.)

(Depuis j’ai eu la réponse de l’au­teur qui est si perti­nente que je m’en veux un peu de ne pas avoir compris toute seule :

Je voulais que le brouillard fasse comme une chape dépo­sée sur l’intrigue, qu’il enferme un peu plus les person­nages sur eux-mêmes.
C’est un texte assez méta­pho­rique, donc je trou­vais inté­res­sant que le brouillard s’installe conco­mi­tam­ment à la décou­verte de la ressource, comme si l’exploitation de la fiente allait de pair avec une malé­dic­tion céleste…)

Ce récit qui se passe dans la fiente et où on ne voit jamais le soleil et qui ne donne aucun espoir est vrai­ment terrible. Le pire étant qu’il respecte la réalité histo­rique. Pour la fiction, on suit le parcours du Capi­taine Mous­tache, le seul marin qui ose affron­ter ce brouillard avec son vieux bateau pour le char­ger de guano et le livrer aux deux villes concur­rentes qui vont bien­tôt se détruire. Lui, il a un plan et veut fuir cet endroit avec le maxi­mum d’argent, mais ses plans seront contre­car­rés par la soif de richesse des gens si peu recom­man­dables avec lesquels il doit trai­ter. C’est bien connu, il ne faut jamais pacti­ser avec le diable ! Et dans cette région des diables, il y en a un peu partout. Pour un des person­nages la fin se termine un peu mieux mais sinon la mort, le crime, le viol les tortures sont au rendez-vous. Un roman bien mené qui respecte la réalité histo­rique que vous lirez si vous avez envie, comme moi, de décou­vrir un pan de l’his­toire humaine peu glorieux mais que vous évite­rez si vous n’ai­mez pas vous enfon­cer dans la m.…. jusqu’au cou.

Citations

Conseil d’une mère

Vald pensa ce que lui avait murmuré sa mère, il y avait des années, quand son petit frère Igor, cet enfant mala­dif, s’en était allé :« Tu sais, mon fils, si tu n’ac­cepte pas les épreuves, si tu souffres trop, alors ce monde n’est pas pour toi. »

Portrait du capitaine

Seul marin fami­lier de ces archi­pels calcaire, unique capi­taine à affron­ter le brouillard, la commer­cia­li­sa­tion du guano repo­sait sur son oncle stature. Cela faisait de lui, en cette année 1897, un des êtres les plus impor­tants de la région. Assis sur une rente pour l’éter­nité, il dispo­sait d’une épouse qui ne l’at­ten­dait plus, d’en­fants éloi­gnés goûtant une jeunesse confor­table, d’une maison en dur sur le litto­ral au sud d’Are­quipa, ainsi que de nombreuses maîtresses parse­mées au gré de ses voyages.
Capi­taine :car il était le seul à bord et qu’il n’y avait personne pour lui dispu­ter le titre. Mous­tache : une trace de suie épaisse sous le nez pour couvrir l’odeur de la fiente.

Les navigateurs et les terriens

Vois-tu, quand on reste accro­ché comme une huître à un caillou mouillé, on est si heureux de la visite d’un navi­ga­teur. Toi, forcé­ment, cela te passe au-dessus de la tête, tu n’es jamais confronté à l’at­tente. Tu dois savoir, Ernesto, il y a deux types d’hommes, ceux qui se meuvent et ceux qui attendent. Les premiers négligent presque toujours les seconds.

Lorsque le guano valait de l’or

Deux ans aupa­ra­vant, la loi améri­caine avait auto­risé les citoyens états-uniens à s’emparer des îles, îlots ou rochers déserts dispo­sant de gise­ment de guano, partout dans le monde. On ne refait pas un peuple de pion­niers.

Les anglais 1871

Impos­sible de faire comme s’il n’y avait pas eu de colo­ni­sa­tion. Certaines puis­sance tiennent à lais­ser une trace là où, un jour, elles plan­tèrent leurs drapeaux. Les posses­sions britan­niques avait été étudiées une à une. Les terres des colons anglais reste­raient aux colons anglais, qui devien­draient citoyens à part entière du terri­toire. Ils garde­raient leur langue, leur portrait du souve­rain sur la chemi­née et toutes les coutumes qu’on appe­lait pour se moquer « le droit au thé ».
Les bâti­ments offi­ciels passe­raient sans délai sous la coupe de la nouvelle admi­nis­tra­tion. La couronne avait négo­cié ensuite quelques terres australes aban­don­nées, pour conser­ver une présence mari­time et permettre à quelques scien­ti­fiques d’ob­ser­ver on ne sait quel phéno­mène climato-géogra­phique. Elle avait été exau­cée. On lui avait cédé des îlots vides, sans homme, richesse, ni guano.

Un personnage important le brouillard appelé par les Chiliens « Camancha »

Le brouillard s’ins­talla progres­si­ve­ment, comme une mala­die infec­tieuse. Par bandes de ciel d’abord, striant un quar­tier, une île, un litto­ral, coif­fant les pinacles des églises, les faîtes en fer forgé des auberges. Il entra par les fenêtres, engouf­fra ses fila­ments par le trou des serrures et sous les chan­lattes des toits. Il s’ac­cro­cha aux épines des buis­sons, aux branches de bois jeune, aux mâts des bateaux, au fil pour sécher le linge. Puis il arriva par nuages entiers, des masses célestes humides et stag­nantes, comme des monceaux de coton blot­tis au flanc des collines. Il revint sans cesse, deux, trois fois par semaine, un peu plus, chaque jour.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Édition Les Éditions de Minuit

Ce roman prend comme point de départ l’ins­tal­la­tion de deux Pari­siens dans une proche banlieue et dans un petit ensemble « écoquar­tier ». Leur bonheur sera de courte durée car les voisins vont s’avé­rer plus pénibles à suppor­ter qu’ils ne l’avaient imagi­ner. De plus, la construc­tion de ce quar­tier n’échappe pas aux malfa­çons habi­tuelles et rendent assez vite la vie de tous les jours fort désa­gréables. En réalité ce roman est une satyre de tous les compor­te­ments à la mode autour de l’éco­lo­gie et des clichés autour du « mieux vivre ensemble ». Je n’ai pas adhéré au projet de l’au­teur qui ne m’a pas embar­quée dans son histoire ni dans la descrip­tion des person­nages. Je m’ex­plique assez mal pour­quoi car le sujet aurait dû m’intéresser. Le côté décalé sans doute, et, l’ac­cu­mu­la­tion des petits détails signi­fiants qui m’ont semblé assez lourds. Cela donne souvent cette impres­sion quand on n’adhère pas à un roman. Beau­coup d’avis posi­tifs sur ce livre qui permet­tront de se rendre compte que je suis passée à côté d’un roman qui a trouvé son public.

Géral­dine ‚par exemple avait bien aimé (sauf la fin).

Citations

La métaphore des soucis qui traverse le roman

Après quoi elle s’est penchée par la fenêtre pour admi­rer mes soucis. J’avais vrai­ment la main verte, s’est elle excla­mée, il faudrait que je lui donne des conseils.
- Les soucis sont résis­tants, ai-je répondu, ils se relèvent du pire comme du meilleur.
Et nus avons ri. 

Le quartier devient invivable

J’ai laissé mon regard errer vers la fenêtre. Les trouées des cana­li­sa­tions béaient à ciel ouvert. Sous la chaleur, la boue craque­lait en plaques assoif­fées, pour­tant le gazon demeu­rait irré­duc­ti­ble­ment vert. Il m’a semblé qu’on pour­rait toujours en resté là, à mi-chemin de la réso­lu­tion sans que la balance penche jamais d’un côté ni de l’autre.

Édition livre de poche

  1. Livre reçu en cadeau et lu avec atten­tion car j’avais lu beau­coup d’avis posi­tif sur les blogs que je suis, en parti­cu­lier Krol , qui depuis ne lâche plus cet auteur et bien d’autres lectrices ou lecteurs dont j’ai oublié de noter le nom. Ce roman a reçu le grand prix des lectrices de « Elle », le prix « Psycho­lo­gie » du roman inspi­rant, et le premier prix « Babe­lio ». Une jolie carte de visite pour cet auteur que je découvre donc long­temps après l’en­goue­ment pour ce roman. Cet écri­vain a une écri­ture très person­nelle et envou­tante, on le suit dans tous les tours et détours de son histoire . De plus, quand tous les fils sont dénoués on se rend compte que tous les hasards qui auraient pu rendre cette histoire peu crédible suivait en réalité la logique d’un super préda­teur. L’his­toire est racon­tée par les diffé­rents person­nages de ce drame, ils ne savent qu’une partie de la vérité et Rose qui confie sa vie à des carnets n’a jamais su (ou pu) faire les bons choix. Il faut dire que son père l’a jetée dans la gueule d’un « ogre » qui va la violer et la tortu­rer , elle avait tout juste quatorze ans et n’ose pas faire confiance à Edmond le seul person­nage de ce terrible endroit qui semble ne lui vouloir aucun mal . Celle qu’il appelle la Reine Mère fait avec son fils Charles un duo au service du mal, hélas ! Edmond ne pourra pas sauver Rose du destin qui l’at­tend. Elle aura donc un enfant qui lui sera enlevé et est desti­née à finir dans un asile psychia­trique à la merci du docteur troi­sième élément du trio infer­nal dans les griffes desquelles la pauvre Rose est tombée. Il y a une lueur d’es­poir à la toute fin du roman, qui ressemble à un rêve plus qu’à la réalité.
    J’ai aimé ce roman, son écri­ture et sa construc­tion. J’ai aimé aussi la diffi­culté de raison­ner des person­nages même s’ils ne savent pas prendre les bonnes déci­sions. Mais c’est ce qui m’a empê­cher de mettre cinq coquillages à ce livre c’est ce côté exces­sif dans l’horreur : trop de fata­li­tés ont nuit à la vrai­sem­blance du récit. Je me disais sans cesse « trop c’est trop ». Mais cette nuance dans le concert d’éloges ne m’empêchera de lire les autres romans de cet auteur.

Citations

Remarque qui ne concerne pas seulement les prêtres

Faut-il vieillir pour voir gran­dir le doute de n’avoir pas été à la hauteur de ma mission ?
Vieillir, est-ce la seule façon d’éprou­ver dura­ble­ment la foi ?

Les femmes dans le monde paysan

On était quatre filles, nées à un an d’écart. J’étais l’aî­née. Les filles valent pas grand-chose pour des paysans, en tout cas, pas ce que des parents attendent pour faire marcher une ferme, vu qu’il faut des bras et entre les jambes de quoi donner son nom au temps qui passe, et moi et mes sœur, on a jamais rien eu de ce genre entre nos jambes. Si j’ai pas entendu mille fois mon père dire que les filles c’est la ruine d’une maison, je l’ai pas entendu une seule.

Les hommes

Même à l’âge que j’avais, je savais à quoi m’en tenir avec les hommes, il y en avait deux sortes, ceux avec un pouvoir sur les autres, venu de l’argent du sang, ou même les deux à la fois, et puis les lâche. Lâche, comme Edmond. Parce qu’être lâche, c’est pas forcé­ment recu­ler, ça peut simple­ment consis­ter à faire un pas de côté pour plus rien voir de ce qui dérange. À ce qui me semblait, Edmond, l’avait toujours fait des pas de côté, alors, je voyais pas bien pour­quoi il se mettrait d’un seul coup en travers du chemin du maître, surtout pour une fille comme moi. Malgré son boni­ment et ses regrets, j’y croyais pas une seconde.

La folie

J’ima­gine que pas vouloir lais­ser souf­frir quel­qu’un qu’on aime, c’est être fou, aller contre la souf­france que Dieu aurait décidé de nous faire subir. Ici, il y a que des gens bloqués dans une souf­france qu’ils ont jamais accep­tée, c’est la seule vérité, c’est pour ça qu’ils se réfu­gient de l’autre côté de cette souf­france, dans un temps qui file à l’en­vers, alors crois pas que je suis folle …

Édition Galli­mard. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Une belle décou­verte que cette auteure qui a un style très parti­cu­lier, entre poésie et réalisme.
L’his­toire se résume en peu de mots, une femme d’abord prénommé Éliette et qui devien­dra Phénix, est trop, mais, mal aimée par ses parents et ne saura pas, à son tour, aimer ses deux enfants : sa fille Paloma et son fils Loup. Éliette était une enfant d’une beauté incroyable et un début de talent de chan­teuse, ses parents d’un milieu popu­laire en font, naïve­ment et sans penser la détruire, une petite poupée qui chante en public en parti­cu­lier au Noël de l’usine devant tout le village. Ce corps trop beau et vieilli avant l’âge attire les convoi­tises des hommes, et détruira l’âme d’Éliette. Paloma, sa fille quit­tera, à 18 ans, le domi­cile de sa mère, un garage pour pièces déta­chées dans une zone péri-urbaine, pour se construire une vie plus calme mais elle aban­donne son frère Loup à ce lieu sans amour. Loup pren­dra la fuite en voiture sans permis et bles­sera d’autres auto­mo­bi­listes, il fera huit jours de prison. Il y a bien sûr un inci­dent qui peut expli­quer la conduite d’Éliette, mais l’au­teur n’in­siste pas, elle montre à quel point l’en­fant était mal dans sa peau d’être ainsi montrée en public à cause de sa beauté et de sa façon de chan­ter. Pour punir ses parents elle s’en­lai­dira au maxi­mum, et sa voix devien­dra désa­gréable. Bref de trop, et mal aimée elle passe au stade de rebelle et entraîne dans cette rébel­lion ses deux enfants. Le roman se situe quand Loup est en prison et que Paloma et sa mère essaie de comprendre leur passé respec­tif. Tout le charme de ce texte tient à la langue de Nata­cha Appa­nah, on accepte tout de ce récit car elle nous donne envie de la croire, elle ne décrit sans doute qu’une facette de la violence sociale et la poétise sans doute à l’ex­cès mais c’est plus agréable de la lire comme ça, cette violence sociale, que dans le maxi­mum du glauque et du violent qui me fait souvent très peur. Et pour autant elle n’édul­core pas la misère du manque d’amour mater­nel et des dégâts que cela peut faire.

Citations

L’art du tatouage

Son biceps gauche est encer­clé de trous lignes épaisse d’un centi­mètre chacune, d’un noir de jais. Sur son poignet droit, elle porte trois lignes du même noir mais aussi fine qu’un trait de stylo. Une liane de lierre, d’un vert profond, naît sous la saillie de la malléole, entoure sa cheville gauche, grimpe en s’en­tor­tillant le long de sa jambe et dispa­raît sur sous sa robe. Entre ses seins, que l’ou­ver­ture de sa chemise de nuit laisse entre­voir, il y a un oiseau à crête aux deux ailes déployées, à la queue majes­tueuse. C’est le premier tatouage qu’elle s’est fait faire à dix huit ans, pour inscrire à jamais le prénom qu’elle a qu’elle s’était choisi : Phénix. 

Impression que je partage même si, moi, j aime la ville

Georges n’a jamais aimé la ville mais il aime bien les gares. Celle-ci n’est pas trop grande, pas encore en tout cas. Il a l’im­pres­sion que tous ce qui était à taille humaine, recon­nais­sable, inof­fen­sif, est aujourd’­hui cassé, agrandi, trans­formé. Les cafés, les ciné­mas, les maga­sins, les stations services, les routes, à croire que tout est fait pour que les hommes se sentent mal à l’aise, tournent en rond et se perdent.

Portrait amusant

D’ha­bi­tude, elle est de ces femmes à ne jamais cesser de bavar­der, grandes histoires, petits détails,un véri­table moulin à paroles, et le docteur Michel soup­çonne que c’est le genre de femme à commen­ter, seule chez elle, sa vie.

Bien observé

Il y a donc ce gâteau dont l’emballage préci­sait « trans­formé en France et assem­blé dans nos dans nos ateliers »

Édition Le cercle.Belfont. Traduit de l’an­glais par Muriel Levet.

Dans mon club de lecture, il y a quelques lectrices de romans poli­ciers, elles sont très exigeantes si bien que, lors­qu’elles décernent un coup de cœur, je suis volon­tiers leurs recom­man­da­tions. Souvent, c’est qu’au delà de l’in­trigue poli­cière, il y a un inté­rêt histo­rique, socio­lo­gique ou la décou­verte d’une autre civi­li­sa­tion. Rien de tout cela ici, c’est un polar dans la plus plus pure des tradi­tions. Et pour­tant, je l’ai lu sans pouvoir m’arrêter pendant deux jours. L’intrigue est bien fice­lée et le suspens très bien dosé. Evidem­ment, j’ai lu d’abord (ou presque) le dernier chapitre parce que je ne pouvais pas suppor­ter que mes person­nages préfé­rés meurent. Je ne vous dirai rien, puisque vous êtes capables de suppor­ter la mort des gentils en atten­dant la dernière page pour savoir s’ils seront sauvés des griffes des méchants. Non seule­ment vous en êtes capables mais en plus vous aimez ça ! Je ne sais pas si j’ai­me­rai vous rencon­trer dans les tunnels sombres et mal famés de Manches­ter … Oui, parce que dans la banlieue de cette grande ville indus­trielle traîne une faune qui se livre à des trafics en tout genre. Ce qui est assez invrai­sem­blable c’est que de nombreux enfants sans liens avec des adultes sont livrés à des mafieux qui les utilisent comme mule pour la drogue et les pros­ti­tuent, je me demande ce que font les services sociaux britan­niques, cela ressemble plus à la vision de Dickens qu’à la Grande Bretagne d’au­jourd’­hui. Comme je ne peux pas vous racon­ter l’his­toire, je peux au moins dire comment elle commence. Un soir d’hi­ver une maman et sa fille Nata­sha âgée de six ans sont victime d’un acci­dent de la route, la maman est tuée sur le coup, mais la petite fille a disparu (d’où le titre en fran­çais). Six ans plus tard, le mari de cette femme, David a refait sa vie avec Emma et ensemble ils ont un bébé Ollie. Un jour Nata­sha revient chez son père et le roman peut commen­cer, car, si elle est reve­nue, cela semble surtout pour détruire la nouvelle vie de son père. On ne saura que peu à peu ce qu’elle a vécu pendant ces six années qui sont des années d’hor­reur abso­lue. Et nous ne saurons qu’au moment du dénoue­ment pour­quoi elle en veut tant à son père au point de mettre en danger la vie d’Ol­lie, ce bébé rieur.

Je crois que, pour ne rien divul­gâ­cher, j’en ai assez dit, il me reste à évoquer les poli­ciers En parti­cu­lier d’un certain Tom qui mène l’en­quête et qui est très malheu­reux de la mort de son frère Jack un hacker victime d’un acci­dent quelques temps aupa­ra­vant. Mais ce roman est plutôt centré sur les victimes et les malfrats, les poli­ciers font leur travail mais à part Tom n’ont pas une person­na­lité très marquée .

PS

Je crois que si j’ai lu cette auteure c’est aussi que j’ai vu qu’elle habi­tait soit en Italie soit à Auri­gny qui est mon île anglo-normande préfé­rée. Comme quoi, on peut être très irra­tion­nelle dans ses choix. Et voici deux images pour comprendre pour­quoi Rachel Abbot a quitté Manches­ter !

Citation

Travers masculin

David lui faisait parfois penser à une autruche enfon­çant sa tête dans le sable pour se forcer à croire que tout fini­rait par s’ar­ran­ger. C’était l’une des rares choses qu’elle trou­vait agaçante celui. Non pas son opti­misme, mais son inca­pa­cité pas à regar­der la réalité en face et sa tendance à privi­lé­gier les solu­tions de faci­lité

Édition Acte Sud

J’avais beau­coup aimé le roman d’Em­ma­nuel Dongala « Photo de groupe au bord du fleuve », et ce roman-ci avait été chau­de­ment défendu à une de nos rencontre au club de lecture. Cet auteur est un grand conteur et excellent écri­vain. Il raconte cette fois, la vie du jeune George Brige­to­wer, celui-ci vient en France au prin­temps 1789, avec son père . En suivant les traces de Léopold et Wolf­gang Mozart, le jeune George va se faire connaître à la cour du roi Louis XVI parce que, à 9 ans, il joue déjà comme un grand virtuose. George et son père sont noirs, son père a connu escla­vage dans les îles des Caraïbes, a réussi à venir en Grande Bretagne puis en Europe à la cour d’un prince polo­nais. Il a épousé une jeune Polo­naise. George est donc métissé et malgré la couleur de sa peau, son talent va lui permettre de s’im­po­ser en France, en Angle­terre puis en Autriche où il rencon­trera Ludwig Van Beetho­ven . Il se lie d’ami­tié avec Beetho­ven qui lui dédiera dans un premier temps une sonate … qui devien­dra « la Sonate à Kreut­zer ». Cette époque incroya­ble­ment féconde et violente traver­sée par le père et le fils permet à Emma­nuel Dongala de faire revivre l’esclavage mais aussi la condi­tion des femmes. Cet auteur sait parler des femmes et cela le rend très sympa­thique à mes yeux.
J’ai aimé cette lecture mais j’ai été un peu plus réser­vée que pour son premier roman, j’ai trouvé que le prétexte du roman se noyait un peu dans toutes les histoires diverses et variées que l’au­teur nous raconte. Entre Olympe de Gouge, Lavoi­sier, la révolte de Tous­saint Louver­ture, le sort des esclaves irlan­dais avant l’uti­li­sa­tion de la main d’oeuvre afri­caine, la révo­lu­tion fran­çaise.… Bref ce n’est pas un roman mais une dizaine qui se côtoient dans ce roman. Cela n’en­lève rien au talent de l’au­teur, mais par moment George et son père semblent moins inté­res­sants que les événe­ments qu’ils traversent.

Voici un portrait de George Brid­ge­to­wer :

Citations

Le public parisien 1789

Ici, les amateurs de musique, en parti­cu­lier les habi­tués du Concert Spiri­tuel, venaient autant pour se montrer que pour appré­cier la musique. En grande tenue, ils ne se gênaient pas pour jaser pendant l’exé­cu­tion d’un morceau ou même pour expri­mer leur opinion à haute et intel­li­gible voix.

Portrait des Viennois

Ne te fais pas d’illu­sions sur les Vien­nois. Ces gens-là sont super­fi­ciels. Tant qu’on leur donne de la bière et de la saucisse, ils se tiennent tran­quilles.

Dispute à propos du violon

Et cette vogue du violon ! Un instru­ment au son criard, dur et perçant. Qui n’a ni déli­ca­tesse ni harmo­nie et contrai­re­ment à la viole, à la flûte ou au clave­cin, est fati­gante autant pour l’exé­cu­tant que pour celui qui écoute. 
-Désolé, monsieur, lui rétor­qua son jeune contra­dic­teur, cette prédo­mi­nance du violon est là pour rester. Vous savez pour­quoi ? Parce qu’à lui tout seul, il peut être l’ins­tru­ment prin­ci­pal d’un orchestre.

Portrait d’Olympe de Gouge

Elle est folle, celle-là. Je ne vois pas vrai­ment pour­quoi Etta l’ad­mire tant ! Trou­vez-vous normal qu’elle demande l’abo­li­tion du mariage, qu’elle quali­fie de « tombeau de l’amour » ? Qu’elle prône sans vergogne le vaga­bon­dage sexuel en deman­dant de prendre en compte les penchants natu­rels des parte­naires à nouer des liai­sons hors mariage ? Qu’elle exige que la loi insti­tue un droit au divorce ? Pas éton­nant qu’elle demande aux enfants nés hors mariage, je veux dire les bâtards, soient octroyés les mêmes droits qu’aux enfants légi­times. Rendez-vous compte ! Une femme qui ignore l’ordre natu­rel des choses et veut poli­ti­quer comme un homme, voilà l’Olympe de Gouge qu’ad­mire tant notre cher Etta .

Un des aspects de l’esclavage

Avant de les vendre, on castrait les garçons et les hommes dans des condi­tions effroyables. L’opé­ra­tion était si barbare que très peu y survi­vaient : pour un rescapé, une douzaine trépas­sait (… ) 
Frédé­rick de Augus­tus était médusé. Il connais­sait les horreurs de l’es­cla­vage trans­at­lan­tique, mais personne aupa­ra­vant ne lui avait raconté l’es­cla­vage arabo-musul­man, tout aussi horrible, pire peut-être, sur certains aspects. Surtout, il ne trou­vait aucun sens écono­mique à cette castra­tion qui provo­quait la mort de tant d’es­claves. Il avait posé la ques­tion à Soli­man qui lui avait répli­qué :
- Vois-tu, ces escla­va­gistes-là ne raisonnent pas comme ce que ton père a connu dans les Caraïbes. Pour ces derniers, que les esclaves se repro­duisent est souhaité et même encou­ragé car essen­tiel pour leur pros­pé­rité. C’est comme avoir du chep­tel ; plus il se multi­plie, plus le proprié­taire devient riche. Cette logique écono­mique n’existe pas chez les négriers arabo-musul­mans, obnu­bi­lés qu’ils sont par la crainte de voir ces Noirs prendre souche et avoir des rela­tions sexuelles avec les femmes des harems dont ils sont les gardiens et les servi­teurs. Il fallait donc en faire des eunuques, c’est-à-dire les castrer. Pire encore, comme eux-mêmes ne se privaient pas de violer les esclaves noirs, les enfants qui en résul­taient étaient systé­ma­ti­que­ment élimi­nés ! (…)
Pose-toi la ques­tion mon cher Frédé­rick, comment expliques-tu aujourd’­hui la présence d’une popu­la­tion noire aussi nombreuses dans les Amériques alors que dans les sulta­nats et les candi­dats, malgré la masse innom­brable qui y a été impor­tée, ce n’est pas le cas ? Où sont passés tous ces Noirs qui ont traversé la mer Rouge en direc­tion de la pénin­sule arabique, entas­sés dans des boutres dans les condi­tions les plus atroces ? Crois-tu qu’ils ont tout simple­ment disparu comme ça dans un immense trou noir ? Non. C’est le résul­tat de ces pratiques igno­mi­nieuses. Castra­tion et infan­ti­cide !

Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Claude et Jean Dema­nuelli. Édition Cherche midi.

Livre criti­qué dans le cadre du programme Masse Critique de Babe­lio

Ouf ! j’ai terminé cet énorme pavé de 560 pages ! Énorme : car je n’ai abso­lu­ment pas appré­cié cette lecture que je m’étais enga­gée à lire dans le cadre d’une masse critique de Babe­lio. Le sujet m’intéressait, j’avais compris que c’était un roman histo­rique et qui devait me permettre de revivre la peste de Londres au XVII ° siècle – en période de pandé­mie cela me semblait une bonne idée que de se plon­ger dans des épidé­mies meur­trières du passé. Le roman se situe dans le milieu juif qui commen­çait tout juste à se réins­tal­ler en Angle­terre après les horreurs de l’in­qui­si­tion en Espagne et au Portu­gal. Mais ce n’est pas du tout le thème le plus impor­tant du roman. L’au­teure a voulu cerner ce qui aurait pu se passer à cette époque si une femme avait voulu se mêler d’écri­ture et de philo­so­phie. Il s’agit donc d’une oeuvre d’une fémi­niste qui veut faire comprendre la condi­tion de la femme. D’ailleurs elle le dit clai­re­ment dans son inter­view que l’on peut lire à la fin du livre :

Ques­tion : Comment vous est venue l’idée de ce roman ? 
Réponse : Dans une chambre à soi, Virgi­nia Woolf pose la ques­tion suivante : si William Shakes­peare avait eu une sœur aussi douée que lui, quelle aurait été son sort ?
Elle apporte elle-même une réponse succincte à la ques­tion. « Elle mourut jeune … Hélas, elle n’écri­vit jamais une ligne. »
Woolf a raison bien sûr. C’était le sort le plus vrai­sem­blable qui pouvait échoir à une femme de cette période douée d’un esprit déve­loppé. Les condi­tions dans lesquelles vivaient alors les femmes leur rendaient virtuel­le­ment impos­sible toute expres­sion artis­tique ou intel­lec­tuelle.
La fiction roma­nesque commence par une décou­verte de manus­crits datant des années 1660, dans une très belle demeure du XVII° à Londres. Ensuite les chapitres se succèdent soit à Londres avec Esther au service d’un rabbin rendu aveugle par les tortures de l’in­qui­si­tion, soit à Londres du XXI° siècle avec Helen Watt et son jeune assis­tant Aaron Levy. Les deux desti­nées sont construites en paral­lèles : Esther doit cacher à sa commu­nauté qu’elle lit et écrit et même trahira son rabbin tant respecté pour pouvoir dialo­guer avec Spinoza. Helen Watt est obli­gée de cacher ses décou­vertes le plus long­temps possible car personne, aujourd’hui encore, n’est prêt à admettre qu’une femme puisse atteindre un tel degré en matière philo­so­phique. Toutes les deux sont dans l’ur­gence de la mala­die, la peste pour Esther et la mala­die de Parkin­son qui ronge le cerveau d’He­len. Enfin les deux ont connu un véri­table amour qui a boule­versé leurs certi­tudes. Ce roman décrit aussi l’ivresse de la décou­verte de vieux docu­ments par des histo­riens et les riva­li­tés du monde univer­si­taire. Il décrit aussi les diffé­rences entre la froi­deur britan­nique et l’en­thou­siasme déplacé des améri­cains.
Tout cela aurait pu m’in­té­res­ser mais je n’ai jamais accro­ché à cette lecture qui a pour­tant reçu toutes les louanges de la presse améri­caine. La « construc­tion étour­dis­sante » dont parle la quatrième de couver­ture m’a semblé d’une lour­deur incroyable. Je vais peut-être me mettre à dos les fémi­nistes améri­caines mais je trouve le projet malhon­nête. Certes, les femmes du XVII° étaient inter­dites de créa­tions litté­raires et artis­tiques et on peut suppo­ser qu’une jeune fille de reli­gion juive avait encore moins d’op­por­tu­ni­tés de se libé­rer des carcans de la tradi­tion pour se permettre de philo­so­pher avec Spinoza. Autant un exemple pris dans la réalité m’au­rait inté­res­sée mais inven­ter un tel person­nage me semble vouloir faire corres­pondre l’idéo­lo­gie de l’au­teure à la réalité histo­rique.
Quant‑à la partie XXI° siècle, l’au­teure met ses person­nages dans des tensions qui rappellent celle des juifs ayant connu l’in­qui­si­tion et la peste de Londres, et je n’y ai pas cru non plus, évidem­ment !
Et comme l’au­teure essaie d’être dans la préci­sion histo­rique et psycho­lo­gique la plus proche de ce qu’elle croit être la réalité, il lui faut presque six cent pages pour ne me convaincre ni dans l’his­toire ancienne ni dans les conflits univer­si­taires britan­niques actuels . À ce roman trop bavard, je préfère et de loin la réponse lapi­daire de Virgi­nia Woolf. :
« Elle mourut jeune … Hélas, elle n’écri­vit jamais une ligne. »

Citation

Les femmes juives au XVII° siècle

Je comprends très bien ton désir de l’étude, mais tu dois réflé­chir au choix qui se présente à toi. Je ne peux pas faire comme si Dieu t’avait créée homme, et par consé­quent capable de vivre de son esprit et de son savoir. Dieu a mis en nous des désirs innom­brables. Mais nous les contrô­lons pour pouvoir vivre. J’ai été obligé, pour ma part, de maîtri­ser mes propres désirs quand la perte de ma vue m’a inter­dit de deve­nir le savant que je voulais être, ou de fonder une famille. Je regrette vrai­ment, dit-il en bais­sant encore la voix, de t’avoir induite à croire que tu pour­rais être une érudite. Tu en avais l’étoffe, cepen­dant.

La fuite du Portugal , parole de la mère juive rebelle.

« Quand ma mère et moi nous sommes enfuies de Lisbonne, c’était pour sauver nos vies. Pas nos vies de juive. Nos vies, tout court. Nous nous sommes enfuies parce que même si nous ne réci­tions jamais une prière, même si ma mère et mes tantes allaient danser après leur festin du vendredi, même ainsi, les prêtres voulaient nous traî­ner dans leur chambre de torture. »

Dialogue en Israël au XX° siècle

« Donne-moi le nom d’un pays, n’im­porte lequel, et je te parle­rai de l’époque où il ne pensait qu’à tuer les Juifs. Sais-tu que des nazis allaient recru­ter des paysans locaux en Russie pour les aider à noyer les Juifs, avant qu’ils aient trouvé des méthodes d’ex­ter­mi­na­tion plus effi­caces ? Trente mille morts en deux jours à Babi Yar. » Un silence. 
» Par noyade.
- Dror arrête.
-Je veux que tu essaies d’ima­gi­ner ça. 
Elle le regarda effa­rée.
» Moi, je l’ima­gine. On ne peut pas noyer les gens en masse tu vois, il faut procé­der indi­vi­duel­le­ment. Peux-tu imagi­ner ce que c’est que de forcer un enfant, une femme, un homme à garder la tête sous l’eau ? Et pas juste une seconde comme si tu agis­sais par réflexe avant d’avoir eu le temps de réflé­chir. Noyer quel­qu’un suppose que tu le main­tiennes … Il faut que tu conti­nues jusqu’à l’ex­tinc­tion de toute vie » conclut-il d’une voix brisée.