Édition Inculte

Il y a un an Keisha m’avait tentée avec ce titre que j’avais déjà remar­qué chez « Lire au lit » . Le point de départ de ce roman est un fait exact qui m’a donné très envie de lire ce livre : savez-vous ce qu’est un « Copy­right Trap » ? Person­nel­le­ment, je n’en savais rien. Dans les années 19201930 au moment où l’uti­li­sa­tion de l’au­to­mo­bile explose et donc, la consom­ma­tion d’es­sence, les grandes compa­gnies offraient à leurs clients fidèles des cartes routières. Fabri­quer une carte demande un savoir faire et du person­nel compé­tent donc, beau­coup d’argent, alors pour être certain de n’être pas copié, on deman­dait aux gens qui créaient ces cartes de mettre un détail faux comme une ville qui n’existe pas. Ainsi, si une autre compa­gnie copiait votre travail, on pouvait le voir grâce à ce détail. Ces villes fantômes ou villes de papier a inspiré Olivier Hoda­sava : démê­ler le vrai du faux dans ce roman devient un exer­cice très diffi­cile car il mélange bien les sources et aussi son imagi­naire. C’est ce qui a beau­coup plu à la blogueuse de « Lire au lit » . Inutile de cher­cher l’his­toire de Rosa­mond sur Wiki­pé­dia , en revanche l’his­toire de la ville d’Agloe lui ressemble beau­coup. Cette ville a fini par exis­ter, mais je ne peux pas vous dire si une élec­tion de Miss a été pertur­bée par la foudre, si Walt Disney avait décidé d’en faire une ville modèle, si une enquête permet­trait de retrou­ver des descen­dants de celui qui avait créé cette ville fantôme ? J’ai aimé le passage où Walt Disney imagine une ville idéale, je dois dire que les villes utopiques m’in­té­ressent beau­coup. Je vous conseille d’al­ler visi­ter le fami­lis­tère de Godin à Guise, Riche­lieu aussi construit pour être ville idéale au 17° siècle . J’aime ces utopies de bonheur même si ça ne marche pas toujours très bien.

Voici la cour inté­rieure du fami­lis­tère de Guise :

Mais reve­nons au roman, je l’ai trouvé moins enthou­sias­mant que les deux blogs que j’ai cités, car j’ai trouvé que le fiction­nel se mélan­geait assez mal avec le réel et que les person­nages n’avaient pas assez de profon­deur. En dehors du premier chapitre qui décrit ce qu’est un « Copy­right Trap » la ville fantôme perd beau­coup de son inté­rêt et est remplacé par la créa­tion du roman car il y a bien là un travail de l’ima­gi­naire par l’écri­ture et savoir démê­ler ce qui vient du cerveau talen­tueux de l’écri­vain ou de faits pris dans la réalité est parfois impos­sible. « Une ville de papier » est bon roman sans être, pour moi, un coup de coeur.

Citations

Préjugé

Ce qui donne sens à sa vie, mise à part l’amour qu’elle éprouve pour Desmond Crother , c’est le violon. Ele le pratique deux heures par jour au moins. Depuis qu’elle a 8 ans. Elle est douée. Au point que ses profes­seurs estiment qu’une carrière profes­sion­nelle puisse être envi­sa­geable et ce bien qu’elle soit une femme, qui plus est d’ori­gine mexi­caine. Ses parents ne voient pas forcé­ment d’un bon œil ses rêves de percer dans la musique mais son exal­ta­tion est telle qu’ils n’osent pas la contra­rié. Secrè­te­ment, il espère que le mariage qui s’an­nonce chan­gera sa façon de voir, sûr qu’elle rentrera dans les rangs quand il s’agira de s’oc­cu­per d’un foyer et plus encore d’éle­ver des enfants.

La réalité :

- Et alors ? Elle est réelle ?

- Vous savez, tout dépend de la défi­ni­tion que vous donnez du réel. Si être réel c’est exis­ter dans l’es­prit des gens alors oui, pour moi, elle est bien réelle. » Il s’empressa de noter cette dernière remarque dans son carnet. Il tenait là ‑il en était certain- une élégante chute pour son papier.

La ville rêvée de Walt Disney

Faire naître Rosa­monde, vraiment.
Construire une ville idéale au fur et à mesure. Louer ou vendre les bâti­ments une fois ceux-ci construits mais toujours garder un œil sur la vision d’ensemble. … 
Deux ques­tions fonda­men­tales, se posent à lui et l’ob­sèdent. Régu­liè­re­ment, il s’en confie à sa femme. La première pour­rait se résu­mer ainsi : à partir du moment où la ville va exis­ter, à quel point risque-t-elle de lui échap­per ? Si des auto­ri­tés, offi­ciel­le­ment, se mettent à la gouver­ner, pourra-t-il seule­ment encore nommer ou chan­ger les choses à son gré ? L’autre ques­tion, peut-être plus fonda­men­tale encore, concerne les habi­tants poten­tiels de la ville. Comment choi­sit-on les gens que l’on voudrait voir habi­ter une ville idéale ? Faut-il qui faut-il que soient mis en place des quotas ? Et si oui, sur quelle base ? Par classe d’âge ? Par type de métier ? Par niveau de richesse ? Par origine ethnique ?… Walt Disney ne veut pas faire de sa Rosa­mon l’équi­valent de l’un de ses parcs à thème. Il veut juste une cité aux propor­tions parfaites. Il voudrait qu’y naisse une société qui ensuite puisse pros­pé­rer « natu­rel­le­ment ». Mais alors, comment choi­sir, ou juste­ment ne pas choi­sir, ceux qui habi­te­ront un tel endroit ? La problé­ma­tique est verti­gi­neuse. Au point qu’il lui arrive même parfois de douter que son projet puisse être viable.

Édition JCLat­tès . Traduit de l’an­glais par Johan Frede­rik Guedj.

J’ai reçu en cadeau cet essai de Tara Westo­ver et je l’ai lu avec beau­coup d’émo­tion et d’in­té­rêt. Cette jeune femme diplô­mée de l’université de Cambridge et de Harvard a commencé sa vie dans des condi­tions très parti­cu­lières. Venant d’un milieu mormon, elle a grandi dans l’Idaho près du mont Buck’s Peak.

Cette montagne aura une grande impor­tance dans la construc­tion de sa person­na­lité, son père lui a raconté toutes les légendes qui peuplent ces lieux et elle repré­sen­tera tout son univers pendant seize ans de sa vie. L’en­fance qu’elle raconte dans ce livre est terrible car non seule­ment les mormons ont tendance à vivre entre eux en respec­tant des règles strictes mais en plus son père était « le plus mormon des mormons » et surtout c’est un malade mental qui est la proie de crises para­noïaques. Il faudra à Tara, seize longues années pour se défaire des liens qui l’at­ta­chaient à cette famille morti­fère. Son frère aîné est d’une violence et d’une perver­sité incon­trô­lable, elle sera battue, humi­liée et en grand danger de mort sans que ses parents n’in­ter­viennent. Il faudra une dernière crise de ce frère pour qu’en­fin elle aban­donne ses réac­tions de petite dernière de la fratrie des Westo­ver pour aller vers des études qui lui permet­tront de trou­ver la femme remar­quable qu’elle est vraiment.

Sa descrip­tion de son enfance est émou­vante, si elle n’est pas allée à l’école, elle a croisé des adultes qui savaient lui dire que ce n’était pas normal et cela a dû avoir une certaine impor­tance dans la rupture avec ses parents qu’elle devra assu­mer. Elle tient beau­coup à ce titre « Éduca­tion » , car oui elle a été éduquée et en parti­cu­lier à trou­ver des forces en elle-même, savoir admi­rer la beauté de la nature mais à part cela c’est vrai­ment diffi­cile de voir les valeurs que son père lui a données. On sent très bien que la reli­gion n’est qu’un prétexte pour ce père afin de soumettre toute sa famille à des lois et des règles très dures. Les seuls qui se sont sortis de cette domi­na­tion sont ceux qui n’ont pas accepté de faire partie du clan et qui tous grâce aux études ont pu assu­mer leur vie. Les autres vivent encore sous cette domi­na­tion et le succès du livre de Tara n’a pas dû arran­ger la para­noïa de son père. Elle est défi­ni­ti­ve­ment passée du côté du gouver­ne­ment, celui qui impose le lavage de cerveau par l’école, qui ruine la santé par les vaccins et les soins à l’hô­pi­tal, qui ne croit pas à la fin du monde et donc n’en­cou­rage pas les construc­tions de souter­rains pour survivre : bref, le monde de terreur dominé par le patriarche et assiégé par les forces du mal dont sa fille fait main­te­nant partie.

Le soucis de vérité de Tara Westo­ver et son honnê­teté sont très émou­vants elle cherche à éviter la culpa­bi­lité que sa mère sa sœur et ses frères veulent lui incul­quer. On sent tout le travail théra­peu­tique qu’elle a dû faire pour oser écrire ses souve­nirs sans bles­ser personne et pouvoir retrou­ver sa famille sur des valeurs d’amour qui ne soient pas fondées sur la mani­pu­la­tion des uns par les autres.

Citations

Le début

Je n’ai que sept ans, mais je comprends que c’est surtout ça qui rend ma famille diffé­rentes : nous n’al­lons pas à l’école.
Papa redoute que le gouver­ne­ment ne nous force à y aller, et cela est impos­sible, parce que les auto­ri­tés ignorent que nous exis­tons. Quatre des sept enfants de mes parents n’ont pas d’acte de nais­sance. Nous n’avons pas de dossiers médi­caux, parce que nous sommes nés à la maison et n’avons jamais vu un méde­cin ou une infir­mière. Nous n’avons pas de dossier scolaire parce que nous n’avons jamais mis les pieds dans une salle de classe.

La propreté

« N’ap­prends-tu pas à tes enfants à se laver les mains après être allés aux toilettes ? »
Papa a pas mis le moteur en route. Le pick-up avan­çait lente­ment, il a fait un signe de la main. 
« Je leur apprends à ne pas se pisser sur les mains. »

La religion de ses parents

J’avais toujours su que mon père croyait en un Dieu diffé­rent. Enfant, j’avais conscience que si ma famille fréquen­tait la même église que tout le monde dans notre ville, notre reli­gion n’était pas pareil. Les autres croyaient en la décence ; nous, nous la prati­quions . Ils croyaient au pouvoir de guéri­son de Dieu ; nous remet­tions nos bles­sures entre Ses mains. Ils croyaient en la prépa­ra­tion de la Résur­rec­tion, nous nous y prépa­rions véri­ta­ble­ment. Aussi loin que je me souvienne, j’étais convaincu que les membres de ma famille étaient les seuls vrais mormons que j’ai jamais connus.

Le final

Main­te­nant que j’y pensais, je me rendais compte que tous mes frères et soeurs excep­tés Richard et Tyler, étaient écono­mi­que­ment dépen­dants de mes parents. Ma famille se scin­dait en deux ‑les trois qui avaient quitté la montagne, et les quatre qui étaient restés. Les trois titu­laires de docto­rat, et les quatre sans diplômes. Un fossé était apparu, et se creusait.

Édition Feux croi­sés Plon . Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Karine Lalechère

Un roman peu banal sur un sujet qui démarre pour­tant de façon si clas­sique dans la litté­ra­ture et hélas dans les faits divers améri­cains : Un jeune homme, Roy, marié depuis peu à la belle Celes­tial est accusé d’avoir violé une jeune femme blanche dans le motel où il passait la nuit . Sa femme a eu beau dire qu’il était auprès d’elle cela n’a pas empê­cher un jury de le décla­rer coupable et de lui infli­ger douze ans de prison. Il n’a rien fait mais il est noir et c’est donc suffi­sant. Cela pour­rait être le sujet du roman mais pas vrai­ment. Les trai­te­ments qu’il a dû subir en prison et sa lutte pour prou­ver son inno­cence ne sont évoqués qu’à travers les cour­riers que s’échangent Roy et Céles­tial. Cour­rier qui est plus allu­sif sur ces sujets car tous les deux parlent surtout de leurs liens amou­reux . Roy et Celes­tial se sont aimés mais leur couple ne résis­tera pas à la prison , les parents de Roy se sont aimés toute leur vie . C’est un bel exemple de couple améri­cain uni pour la réus­site de leur fils, enfin le fils de sa mère car son père, Big Roy, l’a adopté quand il a épousé Olive . Le père biolo­gique jouera pour­tant un rôle dans l’his­toire de Roy. Les parents de Celes­tial parents fortu­nés feront tout ce qu’ils peuvent pour aider Roy à sortir de prison. Il est effec­ti­ve­ment acquitté au bout de cinq ans mais sa femme l’a quitté pour son ami d’en­fance André. Un roman passion­nant car complè­te­ment en dehors des évidences sur la condi­tion des noirs aux États-Unis, tout en nuances mais qui par la même m’a beau­coup touchée.

Citations

L’amour

Mais en te perdant j’ai appris une chose au sujet de l’amour. Notre maison n’est pas simple­ment vide. Elle a été vidée. L’amour se crée une place dans ta vie, il se crée une place dans ton lit. À ton insu, il se crée une place dans ton corps, détourne tes vais­seaux sanguins, bat juste à côté de ton cœur. Et quand il part, il laisse un trou.
Avant de te rencon­trer je ne me sentais pas seule. À présent je me sens si seule que je parle aux murs et chante pour le plafond.

Être noir aux USA face à la justice

Ce calvaire n’aurait alors été qu’une histoire que nous lui aurions racon­tée plus tard, pour qu’il comprenne qu’il fallait être prudent quand on était un homme noir aux États-Unis. Lorsque nous avons décidé qu’il valait mieux avor­ter, d’une certaine manière, nous nous sommes rési­gnés. Nous avons cessé de croire que je serais acquitté.

Humour de prison

C’est le destin de l’homme noir. Porté par six ou jugé par douze. 

Les femmes

L’immense géné­ro­sité des femmes est un tunnel mysté­rieux et nul ne sait où il mène. Partout, il y a des indices qui sont autant de pièges et, quand on est un homme, il faut être conscient que la logique ne nous conduira pas néces­sai­re­ment à la sortie.

Édition les allu­sifs . Traduit du polo­nais par l’au­teure relu par Martin Gipet

Je dois cette lecture à Aifelle et je suis ravie d’avoir décou­vert cette auteure. On a tiré une pièce de théâtre de ce petit livre et je pense que la pièce devait être plus passion­nante que le livre. J’ai trouvé le texte trop court et il manque de la profon­deur à chacun des person­nages c’est plutôt un synop­sis qu’un roman ou qu’une nouvelle. Voici donc le sujet : une femme, enfant cachée de la guerre découvre que la meilleure amie de sa mère morte à Birke­nau lui a volé son manus­crit . Elle est deve­nue riche et célèbre. L’en­fant de la femme juive, ne veut qu’une chose se venger et elle est complè­te­ment habi­tée par cette vengeance. En moins de 60 pages, l’au­teure donne une idée des prota­go­nistes de ce drame qui s’avance inexo­ra­ble­ment vers une fin tragique , sauf que … la fin en forme d’épi­logue et de carte postal enlève (maladroi­te­ment selon moi !) le tragique de l’histoire.

Citation

Épeler son nom

Voulez-vous savoir comment je m’ap­pelle ? Voilà une ques­tion préli­mi­naire qui m’hor­ri­pile ! J’ai­me­rais vous répondre Marie Smith ou Stanis­lawa Gorka ou Rachel Néguev. En faisant un effort, je vous dirai mon vrai nom, Irena Gole­biowska. Si vous n’êtes pas slave, et cepen­dant honnête et bien inten­tionné, vous allez aussi­tôt me deman­der d’épe­ler ce nom barbare. Et cela va m’ir­ri­ter. On ne me deman­dait jamais cela en Pologne. C’est à des détails comme celui-ci qu’on s’aper­çoit qu’on est en exil. Après toutes ces années, de telles requêtes provoquent toujours chez moi une réac­tion presque paranoïaque.
(PS : pour habi­ter la France je sais qu’il n’y a pas besoin d’être étran­ger pour épeler son nom les Lozac’h bretons en savent quelque chose)

Édition P.O.L

J’ai trouvé cette lecture chez « lire au lit » un blog qui propose des lectures origi­nales et qui sont souvent éditées chez P.O.L. Comme cette blogueuse, je me suis atta­chée à Ayme­ric, le père du petit Jim, né d’une d’une maman, Florence qui mène sa vie un peu à « l’ar­rache ». Le roman couvre la jeunesse d’Ay­me­ric et de Florence, puis raconte les dix ans de bonheur absolu pendant laquelle Ayme­ric sera le père de Jim, jusqu’au retour du père biolo­gique. Ensuite, nous parta­geons la terrible souf­france de cet homme qui verra son « fils » partir au Canada avec ses parents biolo­giques. Ayme­ric et Jim se retrou­ve­ront, mais vingt ans plus tard et Jim aura beau­coup de ques­tions à poser à ce père qu’il a tant aimé.
Résumé de cette façon, je ne sais pas si je vous donne envie de lire ce roman, pour­tant c’est incroyable comme cette lecture m’a touchée. D’abord parce qu’on ne traite pas si souvent de l’at­ta­che­ment d’un homme pour un enfant jusqu’à penser à en être le père. Sans pour autant faire les démarches admi­nis­tra­tives qui offi­cia­li­se­raient le lien, pensant sans doute que le lien d’amour est plus fort que n’importe quelle admi­nis­tra­tion. Ensuite parce que tous les person­nages sont dans la nuance, trop sans doute, si Ayme­ric s’était plus imposé et avait plus rejeté Chris­tophe le père biolo­gique, il aurait sans doute moins souf­fert. Combien de fois dans ce roman, j’ai eu envie de lui dire : « mais réagis, impose toi , ne te laisse pas faire » . Comme il le dit si bien dans ce roman les conseils des autres qui ne vivent pas la situa­tion sont souvent trop tran­chants et n’aident pas à comprendre l’en­semble de la situa­tion. Ces person­nages sont des gens d’au­jourd’­hui ni en réus­site parti­cu­lière ni en échec, ils vivent dans une région que l’au­teur aime profon­dé­ment : le Jura. Une région de bois et de montagne, dans laquelle Pierre Bailly a ses attaches . Le centre du roman qui raconte l’en­fance de Jim au milieu de la nature qu’il découvre grâce à son père et à une grand-mère qui vit dans une ferme au milieu des bois, est un moment magique. Comme tous les bonheurs, il y a des failles que le narra­teur ne veut pas voir : est-il encore amou­reux de Florence ? ou reste-t-il près d’elle pour élever leur (son) enfant ?

Le récit est très bien mené , le choix de la maman de le couper de ce père pour que l’en­fant essaie de s’adap­ter au Canada est très logique mais que de dégâts derrière. Le person­nage que je trouve le moins crédible mais aussi celui qui m’a le plus dérangé c’est Chris­tophe le père biolo­gique. Il n’a abso­lu­ment pas voulu de cet enfant et a repoussé cette femme quand il a su qu’elle atten­dait un enfant de lui. Un terrible acci­dent a tué sa femme et ses deux filles et c’est chez Florence qu’il vient se faire conso­ler. Il fallait bien un person­nage pour le roman , mais lui je n’ar­rive pas à imagi­ner sa construc­tion mentale.

Nous sommes aussi dans un monde que je connais peu, un monde où on va écou­ter des concerts pour tout oublier et la drogue aide bien dans ce cas. Je préfère et de loin quand le narra­teur obtient le même résul­tat dans ses marches en montagne.

Un superbe roman et je me promets de lire les autres livres de cet auteur.

Citations

Psycho à la fac

En psycho que on devait être trois mecs pour deux cents filles. Je me souviens d’une soirée où j’ai dit à un type que je faisais psycho, il en est resté bouche bée pendant plus de dix secondes, esto­ma­qué par ma réponse. Il a fini par s’ex­cla­mer : mais oui, t’as tout compris, toi, oh, le petit malin, en plus ça marche à ce que je vois, bien joué mon gars. Là, il regar­dait en direc­tion de Jenny, et quand je lui ai annoncé qu’on se connais­sait d’avant, qu’on ne s’était pas rencon­tré sur les bancs de la fac mais au collège, il a repris sa tête de pois­son crevé. Il venait de trou­ver la seule raison pour un mec aller en fac de psycho fina­le­ment non, ce n’était même pas pour ça que j’y étais .

L’éducation d’un petit garçon aujourd’hui .

On avait beau avoir le souci, autant Flo que moi, de ne pas trop valo­ri­ser les codes mascu­lin et de ne pas lui impo­ser des pratiques de petit mec, on avait beau l’en­cou­ra­ger à s’au­to­ri­ser à aimer la couleur rose ou tel jouet tradi­tion­nel­le­ment destiné aux filles, et j’in­siste pour dire que je faisais ma part de boulot en la matière, et bien je ne pouvais pas m’empêcher de camper ce person­nage de père qui bricole, de père qui n’a peur de rien, de père un peu brutal parfois .

Comment gérer une crise : les amis ne sont pas forcément les mieux placés .

Elle était au courant de tout, bien sûr, elle était encore plus remon­tée que moi. C’est toujours facile de s’emballer quand on est exté­rieur, on ne vit pas les choses, on n’est pas vrai­ment concerné, on ne souffre pas de la même manière, et puis on n’aura pas à assu­mer les consé­quences de nos réac­tions et de nos actes, alors on adopte une posi­tion radi­cale, on joue les durs, et on ferait mieux de se taire, car on est souvent de mauvais conseil,

Édition Galli­mard NRF

Voici la première phrase
J’ai vingt-huit ans et j’ar­rive à Rennes avec pour tout bagage trois mots de fran­çais – Jean, Paul et Sartre.

J’avais acheté ce livre suite à une avalanche de commen­taires élogieux, je me souviens d’un billet de Jérôme, Ingannmic Atha­lie et de Kathel mais je sais qu’il y en a eu d’autres. Le problème c’est que j’avais accepté de prêter ce roman avant de l’avoir fini. Il est revenu mais je l’avais un peu oublié. Je l’ai relu avec plus de plai­sir que la première fois et je n’ai pas lâché ma lecture car je ne voulais pas qu’il dispa­raisse encore une fois dans mes piles de livres. Depuis, j’ai écouté les diffé­rentes prises de paroles de Veli­bor Čolić et l’au­teur est tout aussi inté­res­sant que son roman. Il raconte son arri­vée à Rennes avec le statut de réfu­gié : le choc ! Est-ce qu’un être humain peut se résu­mer en un mot :« réfu­gié » . Il veut être écri­vain, et j’imagine l’en­sei­gnante langue étran­gère (que j’ai été autre­fois) qui s’ar­rache les cheveux lorsqu’il remplit sa fiche, à la rubrique « que voulez vous faire plus tard » Veli­bor Čolić écrit : « Goncourt », alors que la leçon du jour est de répé­ter et écrire « Où est la poste » .… Son humour, son sens de l’ob­ser­va­tion parti­cu­liè­re­ment aiguisé parce qu’il est illet­tré en fran­çais, ses rencontres diverses et variées de gens qui ont le même statut que lui, lui ont permis d’écrire ce manuel à mettre dans toutes les mains. Les nôtres d’abord, nous les Fran­çais qui ne savons pas souvent comment faire pour aider ces gens qui sont d’abord des êtres souf­frants d’avoir perdu leur iden­tité, et dans les mains des réfu­giés pour les aider à se redres­ser et à rede­ve­nir les hommes ou les femmes qu’ils sont au delà de ce statut qui les écrase. Ce livre n’a rien de tragique et pour­tant on y croise la tragé­die tout est sauvé par le style d’un grand écri­vain . Veli­bor Čolić arrive dans la langue fran­çaise avec son accent, mais à l’écrit ça ne se sent pas trop, avec aussi sa propre façon d’écrire sans pathos et sans la fameuse logique carté­sienne. Il y a de la poésie même dans ses beuve­ries et dans les locaux un peu cras­seux où il doit habi­ter, mais surtout il y a cet humour rava­geur qui le sauve de toutes les situa­tions les plus scabreuses. Je pense que oui, un jour, il l’aura le Goncourt même s’il a gardé un accent pour dire : « Où est la poste » .

(PS les horten­sias c’est pour sa nouvelle iden­tité bretonne !)

Citations

Sa langue

Je murmure une complainte, stupide et enfan­tine, tout en sachant que les mots ne peuvent rien effa­cer, que ma langue ne signi­fie plus rien, que je suis loin, et que ce « loin » est devenu ma patrie et mon destin…

La France vu par des exilés

- Quel drôle de pays la France, radote Alexandre, ici le pain blanc est moins cher que le pain noir. 
-Et en plus, dis Volo­dya, il mange de la salade avant la viande, et pas comme nous en même temps.… 
- Oui, oui j’ajoute avec un air sérieux, les Fran­çais et leur mille sortes de fromages qui puent… Chez nous on a deux sortes de fromages ‑salé et demi salé- et pour le reste débrouille-toi camarade. 
Ensuite nous trin­quons et buvons au goulot, à la slave.

Deux leçons pour survivre dans l’exil :

Comment faire ses courses

Tu sors dans la rue piétonne, la rue prin­ci­pale, la rue la plus fréquen­tée et tu attends que la première grosse mama afri­caine arrive. Ensuite tu te faufiles derrière elle, discrè­te­ment, telle une ombre. Là où elle fait ses courses c’est garanti moins cher en ville.

Comment mener une bagarre

Il faut toujours que tu tapes en premier. Peu importe la situa­tion, peu importe l’ad­ver­saire il faut que tu le cognes d’abord, après seule­ment tu peux discu­ter. Pour la bagarre il faut éviter, dans la mesure du possible, les petits mecs. Les grands sont plus faciles à prendre. La plupart du temps le grand bonhomme est tran­quille, tout le monde s’écarte devant lui, il n’a pas l’ha­bi­tude de se battre,. Tandis que le petit, et bien lui s’est battu toute sa foutue vie, pour se faire une place, pour se faire entendre, pour prou­ver qu’il existe. Donc, atten­tion aux petits, ils sont à éviter ! 

Concours des horreurs de guerre : l’Africain a gagné

- D’ac­cord, sourit un Afri­cain, une fois un copain a été blessé à la jambe. Il criait et criait telle­ment fort, qu’au bout d’une demi-heure j’ai été obligé de lui dire. « Écoute mon vieux, toi tu es blessé à la jambe et tu pleures comme une gonzesse, mais regarde, ton cama­rade de combat, il a reçu un obus sur la tête et il ne dit rien. »

Histoires de guerre dans l’ex Yougoslavie

Un beau jour, narre Omer, on était 1992 avec mon copain Asim le plon­geur, on s’ar­rête sous un vieux pont en bois pour se soula­ger un peu, tu vois. Et c’est juste­ment à ce moment-là que l’ar­mée serbe décide de bombar­der le pont. Les obus pleu­vaient et nous on était en bas, le panta­lon baissé en train de vider, tu vois, nos ventre. « Je demande à mon cousin. Tu as peur ? Il me dit : « Mais non pas du tout. Pour­quoi ? » Alors je réponds : « Si tu n’as pas peur pour­quoi tu essayes de me torcher les fesses ? »
Voilà une autre histoire vraie, j’ajoute, pendant la guerre l’ar­mée serbe entra dans une maison bosniaque. Ils trou­vèrent juste une grand-mère assise près de la fenêtre. « Écoute la vieille, dit-leur comman­dant, dis-moi rapi­de­ment où est ton fils. » Et la mamie. « Où est ton fils, où est ton fils, où est ton fils… Ce n’est pas assez rapide ? Sinon je peux encore aller plus vite. Et ton fils, où est ton fils, où est ton fils… »

La langue française

Les bottes jadis noires, sont dans un piteux état. Je ne me rappelle plus comment je les ai eues. Je m’in­ter­roge : peut-on dire pour les chaus­sures aussi qu’elles sont de « deuxième main » ? Ou de « deuxième pied ?

Édition Flam­ma­rion. Traduit de l’ita­lien par Juliette Bertrand.

Ce roman a été écrit en 1961 et il reste encore une réfé­rence pour comprendre comment fonc­tion­nait la Mafia sici­lienne. (En espé­rant que les choses aient changé !) Il est si connu ce roman que l’au­teur qui a fait une carrière poli­tique est devenu le spécia­liste de la Mafia (Un peu trop semble-il à son goût !). J’ai cher­ché l’ex­pli­ca­tion du titre, je n’ai rien vu d’évident. Je me lance dans une hypo­thèse, la recherche du coupable peut être devant les yeux de tout le monde, la mafia va rendre les évidences invi­sibles, comme les yeux d’une chouette qui ne voient rien à la lumière du soleil. Le roman se divise en moments diffé­rents que le lecteur doit lui-même relier les uns aux autres. La scène initiale ressemble à une scène de film : un bus part sur la place du village, un homme court pour rattra­per le bus, le chauf­feur ralen­tit, ouvre la porte, deux coups de feu l’homme s’écroule. Le bus se vide, les cara­bi­niers arrivent, personne n’a rien vu. Ensuite l’en­quête va se pour­suivre, le commis­saire est un homme du nord, pour qui la vérité et la logique semblent des valeurs fonda­men­tales. Grâce à cette enquête, l’au­teur nous montre que la vérité est là devant les yeux de tous. L’homme abattu, l’a été car il ne voulait pas payer l’argent de la corrup­tion. Et, lorsque le commis­saire remonte vers cet argent, tout le pouvoir local, mais hélas pour son enquête, égale­ment le pouvoir à Rome, commencent à trem­bler. Et si le pouvoir tremble, le commis­saire a beau faire un travail remar­quable, tout va rede­ve­nir « normal » et personne ne sera inquiété pour ce qui va deve­nir une banale histoire de passion amou­reuse. Le pire des truands aura un alibi suffi­sant pour que l’enquête s’ar­rête. Evidem­ment en 1961, ce roman devait avoir un autre poids qu’au­jourd’­hui. Le fonc­tion­ne­ment de la Mafia nous est aujourd’­hui beau­coup mieux connu, le roman­cier rappelle que le seul régime qui avait réussi à éradi­quer la Mafia c’est le fascisme de Musso­lini, et ce sont les Améri­cains qui ont permis à ces bandits de reve­nir en force. Le charme de ce roman est dans son écri­ture, surtout à la struc­ture du récit. L’au­teur ne semble jamais prendre parti, il nous montre en toute objec­ti­vité les faits, il y a un déta­che­ment qui rend la situa­tion encore moins acceptable.

La traduc­trice a été un peu ennuyée, je pense, avec l’im­par­fait du subjonc­tif, c’est ‑à ce que je crois savoir- un temps norma­le­ment employé en italien, mais en fran­çais, beau­coup moins, surtout à l’oral, et sans doute jamais dans des commissariats.

Citations

Le capitaine Bellodi

S’il conti­nuait à porter l’uni­forme, qu’il avait endossé dans les circons­tances fortuites, s’il n’avait pas quitté le service pour la profes­sion d’avo­cat à laquelle il se desti­nait, c’était parce que le métier qui consis­tait à servir les lois de la Répu­blique, et à les faire respec­ter, deve­nait de jour en jour plus diffi­cile. Il n’en serait pas revenu, l’in­di­ca­teur, s’il avait su qu’il avait en face de lui un homme, cara­bi­nier et, de plus, offi­cier, qui consi­dé­rait l’au­to­rité dont il était investi comme le chirur­gien consi­dère son bistouri : un instru­ment donc on ne doit user qu’a­vec précau­tion, avec préci­sion, en toute sûreté, qui consi­dé­rait la loi comme née de l’idée de la justice et tout acte décou­lant de la loi comme lié à la justice. Un homme prati­quant un métier amer et diffi­cile, en somme.

Discours d’un député

« On m’ac­cuse d’être en rapport avec des gens appar­te­nant à la mafia, et, par consé­quent, avec la mafia. Mais moi, je dois vous dire que je ne suis pas encore arrivé à comprendre ce qu’est la mafia, si elle existe, et je peux, en toute conscience de bons citoyens et de bons catho­liques, vous jurer que je n’ai jamais connu de ma vie un seul mafieux. » À quoi, du côté de la Via loumia, à l’ex­tré­mité de la place où les commu­nistes avaient l’ha­bi­tude de ce grou­per quand leurs adver­saires tenaient un meeting, on enten­dit répondre par une simple ques­tion, très claire :
« Et ceux qui sont avec vous, qu’est-ce que c’est ? Des séminaristes ? »
Là-dessus un éclat de rire s’était propagé dans toute la foule tandis que le député faisait comme s’il n’avait pas entendu la ques­tion et commen­çait à expo­ser un programme pour l’as­sai­nis­se­ment de l’agriculture.

Une scène que l’on imagine si bien au cinéma

Au milieu de son sommeil, la sonne­rie du télé­phone était arri­vée jusqu’à sa conscience par ondes succes­sives et désa­gréables. Il avait saisi l’ap­pa­reil avec l’im­pres­sion que sa main, tandis qu’il faisait ce geste, se trou­vait à une distance incom­men­su­rable de son corps. Tandis que de loin­taines vibra­tions, que des voix loin­taine parve­naient à son oreille, il avait tourné l’in­ter­rup­teur, réveillant de la sorte, irré­mé­dia­ble­ment, Madame : certai­ne­ment, elle ne récu­pé­re­rait pas de la nuit un sommeil qui ne descen­dait jamais que parci­mo­nieu­se­ment sur son corps inquiet. Brus­que­ment, ces loin­taines vibra­tions, se fondirent en une seule voix, égale­ment loin­taine, mais irri­tée, mais inflexible, et Son Excel­lence se trouva hors de son lit, pieds nus et en pyjama, en train de faire des cour­bettes et des sourires comme si cour­bettes et sourires pouvaient s’in­fil­trer dans le microphone. 
Madame le regarda d’un air de profond dégoût. Elle lui tourna le dos, un dos splen­dide et nu, mais non sans lui avoir chucho­ter : « Pas besoin de frétiller, il ne te voit pas. » Et, réel­le­ment, il manquait à son Excel­lence qu’un moignon de queue au derrière pour mieux expri­mer toute sa soumission.

Débat à la chambre

Le sous-secré­taire reprit la parole. Il dit que, sur les faits qui s’était dérou­lés à S. et sur lesquels portaient les inter­pel­la­tions, il n’avait rien à dire, l’en­quête judi­ciaire étant en cours, mais que, de toute façon, le Gouver­ne­ment consi­dé­rait ses faits comme s’ap­pa­ren­tant à la crimi­na­lité courante et repous­sait l’in­ter­pré­ta­tion que leur donnaient les dépu­tés qui l’in­ter­pel­laient. Le gouver­ne­ment repous­sait fière­ment et dédai­gneu­se­ment l’in­si­nua­tion que la gauche faisait dans les jour­naux, à savoir que les membres du Parle­ment ou même du gouver­ne­ment auraient le moindre rapport avec la préten­due mafia. Laquelle, d’après le gouver­ne­ment, n’existe que dans l’ima­gi­na­tion des socia­listes et des communistes.

Édition Plon, feux croi­sés . Traduit de l’an­glais Auré­lie de Maupéou

Tout est dit avec ces deux coquillages : ce roman n’était pas pour moi ! Pour­tant Keisha en avait parlé avec un tel enthou­siasme, je n’avais donc aucun doute sur mon plai­sir de lecture. C’est peu dire que je me suis ennuyée avec cette pauvre Frances . Cepen­dant, tout le long de la lecture, je me tançais en me disant : « Si Keisha a aimé c’est qu’il y a quelque chose que tu ne vois pas allez conti­nue ! ». Mais tout est triste fade et convenu dans ce roman et j’ai été bien soula­gée de le termi­ner et d’al­ler bien vite m’en débar­ras­ser. Voici le sujet : Frances est correc­trice dans un jour­nal, mais là il ne se passe rien mais alors, rien du tout. Si vous voulez en savoir plus sur le monde de la correc­tion et vous amuser un peu, lisez l’ex­cellent livre de Muriel Gilbert « Au bonheur des Fautes » . Les parents de Frances sont « ordi­naires » et leur fille les aime en les mépri­sant quelque peu. Ce sont les quelques soirées chez eux qui sauvent un peu le livre, je suis toujours inté­res­sée par les diffé­rences sociales et les préju­gés qui vont avec. Frances est le témoin d’un acci­dent mortel pour la femme d’un écri­vain de renom Laurence Kyte. Commence alors les manœuvres pour cette pauvre fille un peu terne pour se faire aimer du grand écri­vain. Et tant pis pour vous, je vais racon­ter la fin (ce livre m’a telle­ment éner­vée !) : OUI la correc­trice anonyme va deve­nir l’épouse du grand Laurence Kyte . Elle va savoir se rendre indis­pen­sable pour les deux enfants dans un premier temps, puis saura se faire aimer par leur père. Tout est prévi­sible dans ce roman et jamais mon atten­tion n’a été captée, il est possible que je n’étais pas d’hu­meur à me lais­ser porter par ce roman qui vaut sans doute mieux que ce que j’ai éprouvé. Et surtout, je vous recom­mande chau­de­ment le blog de Keisha chez qui je trouve souvent des sugges­tions de lectures merveilleuses !

Citations

Le jardin de sa mère

C’est un jardin de très bon goût. Avec un mini­mum de couleur et d’odeur – ma mère consi­dère que la plupart des fleurs sont vulgaires, or elle a une terreur profonde de la vulga­rité, comme si celle-ci pouvait l’at­ta­quer par surprise dans une ruelle sombre – mais une abon­dance de textures et de formes. À cette époque de l’an­née, tandis que le crépus­cule s’épais­sit, il semble plus triste encore que d’habitude.

Humour

Parfois, tout au moins en ce qui concerne ma mère, je soup­çonne que le but réel d’avoir une famille consiste à avoir un sujet de conver­sa­tion tout prêt quand elle croise madame Tucker au supermarché.

Édition Chris­tian Bour­geois. Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Auré­lie Tronchet

Un livre passion­nant dont pour­tant je n’ai pas eu envie de noter beau­coup de passages, mais cela n’est pas du tout un signe d’une moindre qualité. L’in­té­rêt du roman vient de la confron­ta­tion des diffé­rents person­nages à propos d’ un fait divers. À travers chaque chapitre de longueur variée la roman­cière cerne la réac­tion d’un des person­nages autour d’un tragique acci­dent. Il n’y a pas de grandes pensées au delà des faits, et pour­tant la réalité se construit peu à peu, avec une préci­sion éton­nante et qui m’a capti­vée. L’ef­fet roman choral provoque chez moi un besoin de pause entre les person­nages, mais ce n’est pas du tout gênant. Je vous présente rapi­de­ment les personnages :
– Driss Guer­raoui, proprié­taire d’un restau­rant a été renversé et tué par un chauf­fard qui a pris la fuite alors qu’il traver­sait devant son établis­se­ment pour reprendre sa voiture .
– Sa fille Nora, une musi­cienne de talent, pense que l’acte était volon­taire et avec elle on ressent que les musul­mans Maro­cains ne sont pas si bien vus que ça aux USA.
– Efrain est origi­naire du Mexique et a été témoin de l’ac­ci­dent mais il n’ose pas témoi­gner car il est en situa­tion irré­gu­lière et a très peur d’être recon­duit à la fron­tière. – Maryam la femme de Driss a laissé plus de la moitié de sa vie au Maroc qu’elle a dû fuir à cause de la répres­sion qui s’est abat­tue sur les oppo­sants maro­cains dans les années 80. – Son autre fille Selma qui semble avoir si bien réussi cache mal des fêlures qui l’empêche d’être heureuse. – Cole­man est la femme poli­cière char­gée de l’en­quête. Ce sont tous « les autres » Améri­cains, je mets aussi la poli­cière parce qu’elle est noire et subit le racisme ordi­naire des blancs.

Il y a aussi le voisin du restau­rant qui tient un bowling, et de son fils, d’eux je ne peux rien dire sans divul­gâ­cher l’en­quête poli­cière qui sous-tend ce roman.

Et puis, on entend aussi la voix de Jérémy qui est revenu d’Irak telle­ment meur­tri qu’il a failli sombrer dans l’al­coo­lisme comme son copain de guerre qu’il cher­chera à aider au détri­ment de sa rela­tion avec Nora.

Chaque person­nage est une partie du puzzle qui consti­tue ce roman et qui donne une image des USA qui est certai­ne­ment plus divisé que l’on ne peut l’ima­gi­ner. Bien sûr, depuis Trump on connaît la fameuse frac­ture qui divise ce pays mais ce roman témoigne qu’il y en a bien d’autres et que ce n’est pas du tout certain que le modèle améri­cain permette une meilleure adap­ta­tion des popu­la­tions d’origine étran­gère que le système fran­çais. Ce roman permet de sentir que ce n’est pas si simple de passer d’une culture à une autre et de faire un seul pays avec des arri­vants du monde entier, mais grâce à la démo­cra­tie il y a quand même un espoir et une place pour la vérité et la justice. Un livre prenant facile à lire et qu’on n’ou­blie pas.

Citations

Dans les année 80 : guerre Sahara Maroc en 1975

On y est, je me rappelle avoir pensé, c’est la fin du régime. Comment pouvait-il survivre au fait de tuer ses propres enfants en plein jour ? Mais alors que cette pensée se cris­tal­li­sait dans mon esprit, un des poli­ciers m’a repéré sur le toit, il a levé son arme et m’avi­ser. Même quatre étages plus haut, j’ai vu le canon noir sur moi. Je me suis laissé tomber à genoux, ne compre­nant qu’au siffle­ment proche que la balle m’avais manqué. Adossé contre le mur, j’ai guetté le bruit sourd des bottes des poli­ciers dans l’es­ca­lier. J’ai attendu pendant tout l’après-midi. Même une fois la nuit tombée, j’at­ten­dais encore. J’en­ten­dais encore les sirènes des voitures de police. Des cris­se­ments de pneus. Les bris de verre. Les cris des gens. Le vent dans les palmiers.

L’exil

Pour ma mère, les choses se dérou­laient toujours comme elles n’étaient pas censées se passer. Elle avait quitté son pays avec sa famille, mais tout ce qu’elle n’avait pu empor­ter avec elle lui manquait encore. Son ancienne maison lui manquait, ses amis d’en­fance, l’ap­pel à la prière à l’aube. Quel que soit le plat somp­tueux qu’elle cuisi­nait, il lui manquait toujours quelque chose ‑un ingré­dient, ou bien le goût n’al­lait pas. Le mariage de ma sœur l’a propul­sée dans les paroxysmes de nostal­gie qui ont trans­formé notre maison en un bazar empli de motifs au henné, de cein­tures brodées, de plateaux en cuivre et même d’un palan­quin pour les mariés. Ma mère a dû lais­ser beau­coup de tradi­tions derrière elle et, plus le temps a passé, plus elles sont deve­nues impor­tantes à ses yeux.

Analyse d’un mariage

Mais comme Maryam n’ai­mait aucun des tissus que j’ai choi­sis, j’ai fini par céder. On a acheté les rideaux qu’elle aimait et on est rentré à la maison. J’ai sorti l’échelle et mes outils mais, chaque fois que je faisais un trou, la tringle, selon elle, devait être un peu plus haute ou plus basse. Dans les rideaux ont enfin été instal­lés, il y avait cinq trous dans le mur et la tringle penchait à gauche. Je ne sais pas pour­quoi je me rappelle ça, autant d’an­nées plus tard, ce n’est vrai­ment qu’un détail. C’est peut-être parce que j’es­saie de comprendre ce qui m’est arrivé. Tout ce que je sais, c’est que la vie est courte. Sans en avoir conscience, j’avais cheminé sur la route qui va de la nais­sance à la mort avec la mauvaise compagne.

Remarque sur les américains vus par une marocaine d’origine .

J’avais déjà remar­qué ça chez les Améri­cains, ils veulent toujours passer à l’ac­tion, ils ont du mal à rester en place ou à se lais­ser ressen­tir des émotions désagréables.

Édition Pocket 

Je dois à Domi­nique cette lecture qui n’a pas été simple pour moi. Il faut dire que « le théo­rème de l’in­com­plé­tude » même expli­qué par le génial Kurt Gödel, je dois m’ac­cro­cher aux branches pour seule­ment imagi­ner que j’ef­fleure le début d’une compréhension.

Ce qui tombe bien, c’est que ces brillan­tis­simes décou­vertes, nous sont expli­quées par Madame Gödel, qui pour toute forma­tion a étudié la danse de caba­ret à Vienne à la belle époque. Elle, comme moi, nous avons quelques diffi­cul­tés à suivre les discus­sions entre Kurt, Albert (Einstein), Robert (Oppen­hei­mer), Wolgang (Pauli), et la bataille autour de la physique quan­tique me laisse sur le côté de la route. Adèle Gödel a sacri­fié sa vie pour que son génial mari ne meure pas trop jeune d’ano­rexie ou de dépres­sion gravis­sime. Car les mathé­ma­tiques du côté des génies cela ne réus­sit pas à tout le monde. On ressort de ce roman avec quelques inter­ro­ga­tions, sont-ils tous, ces médaillés Fields, géniaux en mathé­ma­tiques parce que fous, ou le deviennent-ils à cause des mathé­ma­tiques ? En tout cas Kurt Gödel mourra de faim dès que sa femme sera hospi­ta­li­sée car elle seule arri­vait à le nour­rir parfois à la petite cuillère !

J’ai plus de réserves que Domi­nique à propos de ce roman, car je n’ai pas aimé le mélange des deux temps de la narra­tion. Autant la vie d’Adèle et de Kurt Gödel m’a beau­coup inté­res­sée, autant celle d’Anna Roth la docu­men­ta­liste char­gée de récu­pé­rer les docu­ments de Kurt Gödel auprès de sa veuve ne m’a pas du tout passion­née. Le paral­lèle entre ces deux destins de femme m’a même forte­ment agacée . L’une a compris que son mari était un génie et a sacri­fié sa vie pour lui permettre d’ex­pri­mer toute sa pensée. L’autre est coin­cée dans une vie trop confor­table et a du mal à trou­ver un homme avec qui elle aime­rait faire l’amour.

Mais ce n’est pas le plus impor­tant loin de là, on vit au plus près des gens qui ont à la fois souf­fert du nazisme et du McCar­thysme, on suit l’évo­lu­tion intel­lec­tuelle des ces années auprès des gens les plus brillants à Prin­ce­ton et on comprend telle­ment les frus­tra­tions d’Adèle qui aimait Kurt pas seule­ment pour ces théo­rèmes ! Ils sont enter­rés ensemble à Prin­ce­ton et cette femme par amour, son courage et sa téna­cité mérite bien la célé­brité que Yannick Gran­nec lui a donné à travers ce roman. Je sais depuis qu’Aifelle a laissé un commen­taire sur mon blog qu’elle avait égale­ment recom­mandé cette lecture même si elle trou­vait quelques longueurs (je suppose que comme moi elle n’est pas trop à l’aise avec le théo­rème de la complé­tude ni avec son corollaire !) .

Citations

Humour

Pour moi, la reli­gion était un souve­nir de famille vouer à prendre la pous­sière sur la chemi­née. En ce temps-là, on enten­dait tout au plus cette prière dans la loge des danseuses. « Marie, vous qui l’avez eu sans le faire, faites que je le fasse sans l’avoir. » On avait toutes peur de se faire refi­ler un loca­taire, moi la première. Beau­coup finis­saient dans l’ar­rière-cuisine de la mère Dora, une vieille tricoteuse.

Une blague juive.

Un psychiatre, c’est un Juif qui aurait voulu être méde­cin pour faire plai­sir à sa mère mais qui s’éva­nouit à la vue du sang.

Le couple des parents d’Anna Roth.

Georges, docto­rant bien peigné, avait rencon­tré Rachel, dernière pousse d’un arbre généa­lo­gique cossu, à la récep­tion des nouveaux étudiants en histoire à Prin­ce­ton. La jeune fille fris­son­nait, il lui avait prêté son gilet. Elle avait été impres­sion­née par sa déca­po­table et son accent bosto­nien. Il avait admiré son corps de déesse holly­woo­dienne et sa déter­mi­na­tion encore raison­nable. Il lui avait télé­phoné le lende­main. Elle lui avait présenté sa famille. Ils s’étaient mariés, avaient appris à haïr leurs diffé­rences après les avoir aimées, s’étaient trahis pour le sport, puis par habi­tude, avant de se sépa­rer avec fracas.

Une façon originale de juger les hommes politiques.

Je préfère croire aux hommes plutôt qu’aux idées . Reagan ne m’ins­pire pas confiance. Trop de dents. Trop de cheveux.

La jeunesse et les math.

L’ex­pé­rience ne peut rempla­cer les fulgu­rances de la jeunesse. L’in­tui­tion mathé­ma­tiques s’éva­nouit aussi vite que la beauté. On dit d’un mathé­ma­ti­cien qu’il a été grand comme d’une femme qu’elle fut belle. Le temps est sans justice, Anna. Vous n’êtes plus tout jeune pour une femme, où le sourire encore moins pour une mathématicienne.

Humour d’Einstein.

Seules deux choses sont infi­nies, Adèle. L’uni­vers et la stupi­dité de l’homme. Et encore, je ne suis pas certain de l’in­fi­nité de l’univers !

Humour.

-Pour­quoi le génie arrive-t-il si jeune ? Comme chez les poètes. Les portes d’ac­cès du royaume des Idées se referment-elles avec la maturité ?
Gladys opina du chef :
- Ça doit être hormo­nal. Après, ils prennent du ventre et s’in­quiètent unique­ment du dîner.

De l’importance de la colère.

La colère vous purge. Mais qui peut la vivre à long terme ? La colère rentrée vous consume. Puis elle finit par s’échap­per par petits pets fiel­leux qui ne font qu’empuantir un climat déjà délé­tère. Que faire de toute cette colère ? À défaut, certains la font rejaillir sur leur progé­ni­ture. Je n’avais pas cette malchance. Je la réser­vais donc aux autres : aux fonc­tion­naires incom­pé­tents ; aux poli­ti­ciens véreux ; à l’épi­cière tatillonne ; à la coif­feuse intru­sive ; à la météo ingrate ; à tous les empoi­son­neurs dont je n’avais rien à faire. J’étais deve­nue une mégère par mesure de sécu­rité. Je ne m’étais jamais mieux portée.