Lu dans le cadre de masse criti­que de Babe­lio.



Je me souviens que le résumé de ce livre m’avait atti­rée car on y parlait de la guerre en Abys­si­nie en 1936. C’est une guerre dont on parle peu mais qui m’a toujours inté­res­sée et révol­tée. L’Éthiopie d’aujourd’hui est aussi un pays qui m’intrigue et qui semble avoir un dyna­misme où l’on retrouve cette fierté natio­nale dont parle ce roman. Je ne regrette pas d’avoir dérogé à mes prin­ci­pes et d’avoir répondu à « Masse-​critique ». Ce roman histo­ri­que qui commence en 1936, en Éthio­pie pour se termi­ner à Rome en 1945, est passion­nant et a d’étranges réso­nan­ces avec la période actuelle. L’auteure Theresa Révay à choisi comme héroïne prin­ci­pale une corres­pon­dante de guerre. C’est une idée géniale car cela lui permet d’exercer son regard criti­que sur tous les points chauds du globe à l’époque. De la guerre d’Espagne à la montée du nazisme à l’entrée en guerre de l’Italie fasciste de Musso­lini en passant par les guer­res du désert et de la vie à Alexan­drie. Elle aura tout vu cette sublime Alice et tout compris.

Le seul point faible du roman c’est cette superbe histoire d’amour entre ce prince italien et la belle corres­pon­dante de guerre améri­caine. Mais il fallait bien un amour pour relier entre eux des événe­ments aussi tragi­ques. J’avoue que je n’y ai pas trop cru, c’est un peu trop roma­nes­que mais ce n’est pas là l’essentiel. L’important c’est de revi­vre ces époques et se deman­der si le monde n’est pas à nouveau en train de partir sur des pentes aussi dange­reu­ses que dans ces moments tragi­ques. Lire le récit de tous ces épiso­des dans un même roman cela fait peur car l’enchaînement tragi­que était évita­ble sans la mollesse des conscien­ces dans les démo­cra­ties. Le Nazisme a vrai­ment la palme de l’horreur et pour­tant Musso­lini et Franco n’étaient pas des anges. Je verrais bien ce roman dans une série, chaque guerre consti­tuant une saison ; on aurait alors le temps d’aller au bout des dessous des conflits. Je crois, par exem­ple, que le public serait content d’en appren­dre plus sur la façon dont les Italiens se sont conduits en Abys­si­nie.

Citations

Les armes chimiques en 1936 en Abyssinie

Après la grande Guerre, les armes chimi­ques avaient pour­tant été pros­cri­tes aux termes d’une conven­tion inter­na­tio­nale rati­fiée par l’Italie. Leur usage était un acte scan­da­leux et mépri­sa­ble.

Le correspondant de guerre

Les rela­tions avec les hommes d’État ressem­blaient à un jeu de poker. Il fallait garder l’esprit clair, dissi­mu­ler ses pensées tout en obte­nant qu’ils dévoi­lent les leurs.

Description qui permet de se croire au Vatican : sœur Pascalina

Le voile sombre ondulé ondu­lait sur ses épau­les. Sa jupe effleu­rait le sol, dissi­mu­lant ses pieds, si bien qu’on avait l’impression qu’elle flot­tait au-​dessus d’un pave­ment de marbre

Portrait d’Hemingway à Madrid en avril 1937

En face d’elles, un grand miroir se fendilla sur toute sa hauteur. Heming­way, torse bombé, gesti­cu­lait en cher­chant à rassu­rer son audi­toire. Le célè­bre écri­vain s’était d’emblée imposé comme le cœur ardent de la bâtisse. Non seule­ment parce qu’il stockait dans ses deux cham­bres, outre d’innombrables bouteilles d’alcool, des jambons, du bacon, des œufs, du fromage, de la marme­lade, des conser­ves de sardi­nes, et des crevet­tes, du pâté fran­çais t d’autres victuailles impro­ba­bles en ces temps de pénu­rie, mais aussi parce que sa ferveur à défen­dre la cause répu­bli­caine et son tempé­ra­ment homé­ri­que lami­naient son entou­rage.

L’histoire d’amour

Ainsi allait le monde d’Umberto. Elle était consciente de ne pas y avoir sa place. (…) Elle mesura encore une nouvelle fois combien Umberto était écar­telé entre sa vie de famille et les moments qu’il lui accor­dait. (…) A son corps défen­dant, une pointe doulou­reuse la trans­perça et elle regretta d’être deve­nue une femme amou­reuse tris­te­ment banal.

Le fascisme

Je viens d’entendre le cri nécro­phile « Viva la muerte ! » Qui sonne à mes oreilles comme « À mort la vie ! » s’était écrié le philo­so­phe, avant d’ajouter : Vous vain­crez mais vous ne convain­crez pas. Vous vain­cre parce que vous possé­dez une surabon­dance de force brutale, vous ne convain­cre pas parce que convain­cre signi­fie persua­der. Et pour persua­der il vous faudrait avoir ce qui vous manque : la raison et le droit dans votre combat. » Ses adver­sai­res, fou de rage, avaient hurlé : « À mort l’intelligence ! »

Le nazisme

Pour être inno­cent sous le Troi­sième Reich, il fallait être enfermé dans un camp de concen­tra­tion ou mort.

26 Thoughts on “La vie ne danse qu’un instant -Theresa REVAY

  1. Merci pour ce moment culture géné­rale, car je ne connais­sais pas ce conflit armé…

    • L’Italie voulait avoir un empire colo­nial alors elle a pris la Libye et s’est lancée dans une guerre violente et cruelle contre l » Abys­si­nie.

  2. J’aime beau­coup les romans histo­ri­ques, je le note

    • Je pense que pour une « amatrice » de roman histo­ri­que celui-​ci est parfait. Cette période trou­blée est terri­ble et rappelle ce que nous vivons en ce moment.

  3. Même remar­que que pour Goran. Mon épouse a lu un livre de cette auteure, Dernier été à Mayfair, qui lui a aussi beau­coup plu.

    • J’ai des réser­ves sur le côté romance mais sinon son angle d’attaque pour nous faire revi­vre et compren­dre l’époque est parfait. Qui est mieux placé qu’un corres­pon­dant de guerre pour décrire les conflits armés .

  4. Les derniers extraits sont terri­ble­ment justes. Je note le livre, je connais très mal ce conflit d’Abyssinie, même si je sais que les Italiens se sont mal conduits.

    • Cette guerre est peu connue mais elle montre l’aspect le moins hono­ra­ble de l’Italie fasciste pour la première fois face au monde. Le pire était déjà là et peu de conscien­ces se sont émues.

  5. Il semble que déjà alors, la Société des Nations (deve­nue l’ONU) ait été inca­pa­ble d’empêcher l’invasion italienne fasciste de l’Ethiopie.
    Dommage que le « liant », l’histoire roma­nes­que, soit un peu maladroite, si je vous lis bien.

    • c’est une superbe histoire d’amour qui ne m’a pas convain­cue, mais si je suis complè­te­ment honnête, sans une certaine romance aurais-​je lu cette histoire? des essais sur cette période j’en ai lu beau­coup le côté romancé m’a aidé à faire les liens entre tous ces événe­ments.

  6. passion­née d’histoire c’est un conflit que je connais­sais mais j’aime bien ton billet et le livre m’attire, je note même si ma liste pèse d’un poids consi­dé­ra­ble

  7. Bonjour Luocine, il est certain que Franco et Musso­lini n’étaient pas anges vu ce qu’ils ont fait subir à leurs peuples. Je savais que l’Italie possé­dait l’Ethiopie dans les années 30 mais je n’en sais pas plus. Je note, bonne fin d’après-midi.

    • Bonjour Dasola, j’espère ne pas choquer en disant que Franco et Musso­lini étaient des tyrans ordi­nai­res et Hitler a innové en la matière , mais est ce impor­tant de faire ce genre de compa­rai­sons on est dans l’horreur de toute façon! Il se trouve que ce roman rappro­chant ces trois pério­des, on éprouve ce genre de tenta­tions.

  8. Les histoi­res d’amour auxquel­les on a du mal à croire, c’est clai­re­ment un frein au plai­sir de la lecture ;)

    • je dois dire que je trou­vais cette histoire d’amour comme un passage obligé pour faire un lien entres les pério­des histo­ri­ques je la lisais avec un sourire aux lèvres sans trop y croire. Mais cela n’a pas freiné ma lecture.

  9. il est toujours appré­cia­ble de mourir moins con! J’aime ta phrase « Le seul point faible du roman c’est cette superbe histoire d’amour » :))

    • Oui c’est bien d’apprendre en lisant ou se souve­nir pour ceux qui savent. Quant à l’histoire d’amour je lais­se­rai d’autres en parler.

  10. Je lis peu de romans histo­ri­ques mais pour­quoi pas ? ;-)

    • Il y en a de meilleurs je viens de finir le roman d’Amélie de Bour­bon Parme « le secret de l’empereur » c’est un excel­lent roman histo­ri­que même si la période est moins passion­nante.

  11. Pour­quoi pas ? Faut voir…

    • Ce qu’il y a bien avec les romans histo­ri­ques c’est que je ne peux pas divul­gâ­cher ; Tu sais comment ont fini Franco, Mussoilini,Hitler et tu sais aussi tout le mal qu’ils ont pu faire avant!

  12. livresetbonheurs on 14 avril 2017 at 18:50 said:

    Voilà qui, éton­nam­ment, me tente­rait bien :)

  13. J’ai toujours un peu peur de m’ennuyer quand l’Histoire prend trop d’importance dans le récit… Mais j’ai parfois été surprise…

    • C’est le risque avec les romans histo­ri­ques. Mais ils permet­tent aussi de faire revi­vre des moments impor­tants de l’histoire que nous avons oubliés.

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