20151215_112915Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

3Je dédie ce livre à mon fils heureux papa d’une petite fille qui a un an aujourd’­hui. S’il lit ce roman, il y retrou­vera toutes les angoisses de sa mère lors­qu’il était adoles­cent. Il s’agit, en effet d’un roman sur l’ad­dic­tion au monde connecté. Isabelle Jarry nous plonge dans un futur pas très éloi­gné du nôtre. L’homme a réussi à créer des androïdes capables d’une certaine forme d’in­tel­li­gence donc, d’au­to­no­mie. Pour lutter contre les méfaits d’un temps trop long passé devant des écrans, la société impose des cures de désin­toxi­ca­tion d’une semaine à tous ceux qui ne savent pas se décon­nec­ter du monde virtuel. C’est ainsi que commence le roman : Tim se retrouve bruta­le­ment dans un de ces centres pour une semaine sans possi­bi­lité de préve­nir Today, son androïde, qui, à force d’in­te­rac­tions, est devenu pour lui beau­coup plus qu’un robot, il est son véri­table assis­tant et son compa­gnon de vie.

Le roman permet de suivre deux survies, celle de Tim qui se retrouve confronté à la nature et qui s’in­quiète sans cesse pour son androïde qu’il voudrait au moins préve­nir de son absence. Or il ne le peut pas puisque le prin­cipe de la cure est de priver bruta­le­ment le patient de tous ses liens avec le monde virtuel. L’autre person­nage en errance, c’est Today (l’androïde) dont l’exis­tence est sans cesse mena­cée par des rencontres plus au moins hostiles.

Le roman ne décrit pas un monde déshu­ma­nisé et la rela­tion de Tim et de Today n’a rien d’im­pos­sible. À travers leurs deux expé­riences, l’au­teure nous fait revivre notre société dans des aspects à la fois tragiques et amusants. Les recherches de Tim portent sur la survie après une catas­trophe nucléaire, et il rentre donc en contact avec un sage japo­nais qui est resté vivre à 40 kilo­mètres de Fuku­shima, ça c’est pour l’as­pect tragique mais pas déses­péré puisque ce Japo­nais a réussi à survivre dans une nature délais­sée par l’homme donc de plus en plus belle. Le côté léger et drôle vient des person­nages rencon­trés par Tim et Today, le chef de cuisine, paro­die de ceux présen­tés à la Télé­vi­sion, la canta­trice quelque peu déca­tie, le clochard lubrique…

Bien sûr, on retrouve dans ce roman une oppo­si­tion entre la vie dans la nature et le monde moderne connecté mais ce n’est pas pour autant un roman mora­li­sa­teur ni trop simpliste. Et une fois n’est pas coutume, le mot de la fin est donné à l’androïde pas à l’hu­main. J’ai quelques réserves, encore une fois – ça devient de plus en plus fréquent- les passages en anglais ne sont pas traduits. Mais surtout, j’au­rais aimé en savoir plus sur Tim et sur ce qu’il va deve­nir enfin l’his­toire de plusieurs person­nages ne me semble pas finie. l’au­teure laisse à notre imagi­naire le destin de plusieurs person­nages : je me suis sentie aban­don­née par l’écri­vain , que devien­dra Mme Hauvelle la cher­cheuse aigrie, et Mirène la canta­trice clochar­di­sée et surtout Tim, c’est un peu dur de ne pas savoir où va le person­nage prin­ci­pal , je suis déso­lée pour toutes celles qui détestent qu’on « divul­gache » les intrigues mais voici la dernière phrase concer­nant Tim

Il ne savait pas où il allait.…

Je n’en dis pas plus pour garder mes lecteurs et lectrices, mais moi je trouve ça frus­trant. C’est la raison pour laquelle je n’ai mis que 3 coquillages alors que, jusqu’à l’avant dernier chapitre, je pensais en mettre quatre. L’au­teure prépare peut-être une suite ?

Citations

La place de l’homme dans la nature

L’être humain lui-même était si faible… La nature dans son exubé­rance, sa force insur­mon­table, son inépui­sable éner­gie, sa faculté à essai­mer et à se repro­duire, la nature l’avait nargué dès le début. Pour­quoi, à l’ins­tar des autres espèces, n’avait-il pas accepté la place qu’il occu­pait , préda­teur des uns, proie des autres, maillon dans la chaîne de la vie ? Pour­quoi avait-il voulu échap­per à cette condi­tion, impo­ser sa loi ?

Le Haïku qui donne son titre au roman

La voix du rossi­gnol s’éloigne
La lumière s’éteint
Magique aujourd’­hui

11 Thoughts on “Magique Aujourd’hui – Isabelle JARRY

  1. C’est un thème que j’aime bien qu’on trou­vait dans une série comme real humans, black miror, p.K. Dick.. Pour­quoi pas…

    • Oui, ce livre apporte une réflexion sur le monde connecté et il n’est pas mani­chéen. Je regarde en ce moment « Black Mirror » et je suis saisie par le ton de cette série, c’est vrai­ment une série à part. Ce qu’elle dit n’est pas si nouveau , mais la façon dont elle le dit est tota­le­ment nova­teur.

  2. Dis donc dis donc, tu nous donnes la fin si j’ai bien compris… c’est-à-dire qu’elle est trop ouverte pour toi, c’est ça ? On n’a pas les réponses à toutes les ques­tions qu’on s’est posé ? Il est sorti quand ce livre ?

    • J’ai rédigé mon billet en ayant peur de ta réac­tion, je t’ex­plique : voilà je donne une fin, mais pas LA fin, je me suis sentie aban­don­née par l’écri­vain qui ne termine pas l’his­toire de nombreux person­nages en parti­cu­lier du person­nage prin­ci­pal . Mais du coup elle donne le mot de la fin à l’An­droïde et , ça, j’ai bien appré­cié, mais les autre,s tous les autres, ils restent sur la route et ça me gêne . Je me devais de le racon­ter malgré Krol et toutes celles qui vivent dans la peur qu’on leur divul­gâche les romans , alors s’il te plaît ne te fâche pas, lis le roman et dis moi si tu éprouves la même chose que moi. Merci Krol ! (sortie du livre en juin 2015)

  3. Comme Krol, je n’aime pas qu’on divul­gâche un roman, mais là (je pense qu’elle sera d’ac­cord avec moi), tu nous mets juste en garde quant à la fin de celui-ci. J’ap­pré­cie car moi aussi j’ai des attentes quand je lis et j’aime autant être préve­nue qu’elles ne seront pas forcé­ment satis­faites. Et pour ce qui est de me faire une idée (ce qui m’irait très bien), cela n’est pas pour le moment à l’ordre du jour car le roman ne figure au cata­logue d’au­cune de mes média­thèques (et je ne suis pas assez moti­vée pour leur deman­der de l’ache­ter).

    • Sympa le message, donc le clan des anti­di­vul­gâ­cheur ne quit­tera pas Luocine ! Je le redis, ce roman mérite d’être lu, mais peut-être pas en prio­rité .. alors comme ça Brize a plusieurs média­thèque , bonne idée !

  4. Mon premier billet de l’an­née prochaine concer­nera un roman où se sont les nombreux passages en latin qui ne sont pas traduits… c’est quand même un excellent livre puisque je le relis :-)
    Bonne fin d’an­née à toi !

    • merci et que 2016 nous apporte tous l’es­poir dans l’hu­ma­nité !
      je suis toujours très agacée par l’ab­sence de traduc­tion , et me demande toujours ce que ça veut dire de la part de l’au­teur.

  5. La Souris Jaune on 4 janvier 2016 at 15:44 said:

    … Eh bien moi je ne suis pas ton fils, mais ça m’a quand même drôle­ment donné envie de le lire, même si ça risque d’am­pli­fier mes propres peurs !! Et tu as bien fait de nous mettre en garde quant aux faims que nous risque­rons de garder en lisant ce livre. Je le cher­che­rai dans l’une de mes 3 biblio/​médiathèques ! ;) Ne serait-ce que parce qu’il semble renou­ve­ler les théma­tiques de nos lectures de façon géné­rale… Bises !

    • C’est un bon roman avec quelques faiblesses , selon moi.. mais je suis certaine que beau­coup de mères doivent se retrou­ver dans les inquié­tudes face au monde hyper-connecté dans lequel nous vivons Bises à toi aussi

  6. Il est dans ma PAL depuis peu.. à voir, donc (mon anglais étant rela­ti­ve­ment rudi­men­taire) ! J’avais lu de cette auteure Contre mes seuls enne­mis, un récit qui flirte égale­ment avec la SF, et qui m’avait déçue, compte tenu du coup de cœur que fut pour moi La traver­sée du désert, roman avec lequel j’ai décou­vert I.Jarry.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Post Navigation