Cita­tion de Charles de Gaulle

» Les possé­dants sont possé­dés par ce qu’ils possèdent »

Je trouve que ce livre complète bien la lecture du précé­dent car il permet de décou­vrir le prin­ci­pal diri­geant qui a vu gran­dir ma géné­ra­tion et celle de Jean-Pierre Le Goff. On sent la très grande admi­ra­tion de Gérad Badry pour « le » Géné­ral. Derrière l’homme de la résis­tance, celui qui a sorti la France des erreurs de la quatrième Répu­blique et qui a permis la déco­lo­ni­sa­tion, il y a donc un homme chré­tien et respec­tueux des femmes. Il n’a rien d’un fémi­niste et pour­tant … il voulait depuis long­temps donner le droit de vote aux femmes, il a permis la contra­cep­tion et a voulu que les femmes puissent travailler et élever leurs enfants. Sa vision de la femme est marquée par le rôle de mère qui lui semble sacré. C’est à ce titre, qu’il a systé­ma­ti­que­ment exercé son droit de grâce pour les femmes à la libé­ra­tion. Mais plus que ses idées poli­tiques, ce qui m’a inté­res­sée c’est son entière probité, son respect des femmes et ce qui m’a le plus touchée sa grande affec­tion pour sa petite Anne enfant triso­mique qu’il a tant aimée. C’est un homme éton­nant, d’une autre époque et d’une autre culture, il vient à la fois de la chré­tienté et de l’amour de la patrie et son carac­tère a été forgé par l’armée fran­çaise. Je ne savais pas qu’il avait fait entrer au gouver­ne­ment une femme musul­mane d’origine algé­rienne Nafissa Sid Cara qui a un parcours très inté­res­sant. Le portrait de Gene­viève de Gaulle-Antho­nioz est passion­nant et méri­te­rait à lui seul un livre entier. C’est une plon­gée dans un autre monde, celui juste­ment qui a vu naître et gran­dir Jean-Pierre Le Goff mais un monde ne pouvait pas comprendre que les adoles­cents de mai 1968 n’étaient pas unique­ment porteurs de « chien­lit ».

Citations

Entrée en bourse des femmes

C’est aussi sous de Gaulle, en 1967, que les femmes seront auto­ri­sées à entrer à la Bourse de Paris pour y spécu­ler. Leur arri­vée à la corbeille ou s’affairaient depuis toujours un aéro­page exclu­sif de messieurs, en cravate et costumes sombres, fait d’abord sensa­tion, avant que d’élégantes jeunes diplô­mées en finance n’occupent des poste de commis. Dans les milieux bour­sier, un authen­tique bastion mascu­lin, la résis­tance avait été très forte pour refu­ser de parta­ger les codes, les secrets et les moeurs avec la gente fémi­nine. La seule femme ayant pu s’introduire à la corbeille l’avait fait, en 1925, habillée en homme et portant une barbe postiche. Condam­née à 3 ans de prison pour escro­que­rie et abus de confiance pour avoir vendu des titres appuyés sur des société fictives, Marthe Hanau avait fini par se donner la mort en prison, en 1935, renfor­çant l’opposition des hommes à l’entrée de toute femme dans l’univers de la Bourse. L’histoire roma­nesque de Marthe Hanau devait, en 1980, inspi­rer le film « la Banquière » de Fran­cis Girod avec Romy Schnei­der.

Trente-deux ans plus tard, les portes du palais Bron­gniart s’ouvraient enfin aux femmes.

la loi Neuwirth

En Conseil des ministres, le géné­ral se montre rési­gné. Il déclare : « Les mœurs se modi­fient. C’est évolu­tion est en cours depuis long­temps, nous n’y pouvons à peu près rien. En revanche, il faut accen­tuer notre poli­tique nata­liste. Puis il ajoute.

:» Il ne faut pas faire payer les pilules par la sécu­rité sociale. Ce ne sont pas des remèdes. Les Fran­çais veulent une plus grande liberté des mœurs mais nous n’allons tout de même pas leur rembour­ser la baga­telle. »

Probité

Leur première tâche a été de remettre de l’ordre dans le fonc­tion­ne­ment de la prési­dence pour y intro­duire plus de rigueur. Il a été souvent raconté que, le jour même de leur arri­vée, les de Gaulle avait exigé qu’un comp­teur indi­vi­duel soit posé pour payer de leur poche l’électricité de leurs appar­te­ments. C’est exact. Mais on s’est moins qu’Yvonne a mis immé­dia­te­ment fin à l’utilisation de la vais­selle d’État, en porce­laine de Sèvres, pour leurs repas quoti­diens en tête à tête. Au volant de sa voiture, au premier jour de leur instal­la­tion, elle s’est rendue au Bon Marché, son maga­sin préféré, pour y ache­ter -avec leur argent- un service de table ordi­naire qui fut utilisé jusqu’à la démis­sion du géné­ral en 1969. De même, Yvonne deman­dera à l’intendant de l’Élysée de lui présen­ter chaque fin de mois la note corres­pon­dant au repas pris par les membres de la famille venus déjeu­ner avec eux le dimanche.

On trouve un autre exemple de cette honnê­teté sans faille des de Gaulle dans leur déci­sion de faire instal­ler un oratoire à l’Élysée pour y assis­ter à la messe domi­ni­cale à l’abri des regards. Créé dans l’ancien bureau des chauf­feurs encore envahi par les odeurs de pastis, cette petite chapelle – une table servant d’autel, quatre chaises prie-Dieu et quelques orne­ments- a été tota­le­ment payé avec l’argent person­nel du couple.

Portrait de la secrétaire de de Gaulle Elisabeth de Miribel

Les Miri­bel, comme les Mac-Mahon, ont le culte de l’honneur et de la disci­pline. Ils affichent leur dédain pour l’argent et pour la poli­tique. » Élevée dans ce milieu conser­va­teur et catho­lique, je n’ai jamais entendu mes parents discu­ter de poli­tique à la maison. Autant il leur paraît normal de mourir pour la patrie, si possible en gants blancs, autant il faut éviter de se salir les mains en se mêlant de poli­tique » expli­quera-t-elle dans son auto­bio­gra­phie.

Le patrio­tisme, le don de soi pour la France, la foi chré­tienne, le dédain pour l’argent et pour la poli­tique, c’est tout ce qu’elle retrou­vera et qu’elle aimera chez de Gaulle.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

J’ai choisi de lire ce livre car l’image des femmes tondues à la libé­ra­tion, est quelque chose qui m’a toujours profon­dé­ment révol­tée. Je ne dis pas qu’il ne fallait pas réagir contre des femmes qui avaient profité de la guerre pour s’enrichir grâce à des soldats alle­mands, mais alors qu’elle soient jugées et non livrées à la vindicte publique, c’est bien en tant que femmes qu’elles sont ainsi humi­liées et non pour des faits de colla­bo­ra­tion. J’ai déjà lu un roman de cette auteure (et toujours dans le cadre du club) « les oubliés de la lande » et je retrouve dans celui-ci un aspect qui ne me touche pas, un mélange du merveilleux de l’ancien monde celtique avec la cruauté du monde moderne. Cepen­dant, j’ai appré­cié que fina­le­ment, au moins dans un roman, toutes les femmes tondues se trouvent venger. Maria Salaün avait une superbe cheve­lure rousse et à l’époque c’était toujours mal vu et appa­renté au diable, les choses ont bien changé , encore que … si on en croit Pascal Sacleux ce n’est toujours pas si facile d’être roux en Bretagne.

Voici les cheveux de Char­lotte, ils me donnent le sourire à chaque fois que je les vois. Et je ne suis pas la seule …

Citations

Préjugés contre les rousses

- La couleur du diable. Celle du feu et de tous les rous­sis de l’enfer.

Super­sti­tieuse, Margue­rite refusa de toucher aux cheveux de l’enfant.
Son père s’occuperait de la toilette de la fillette tandis que la vieille serait char­gée de la nour­rir, de la prome­ner et de la diver­tir par quelques histoires de son cru.
Passant le seuil de la porte, il n’était pas rare de la voir s’immobiliser, demeu­rer comme inter­dite et cesser là tout ouvrage, oublier même celui qu’elle s’apprêtait à conduire. Aussi pouvait-elle entrer d’un pied ferme dans la chambre où l’enfant gazouillait et resté planté là, l’instant d’après, sans oser faire un pas de plus. C’était cette histoire de cheveux qui la para­ly­sait. Rien à faire, elle ne s’y habi­tait pas. Elle préten­dait voir une couronne de flammes ceindre la tête de la gamine. Quand ce n’était pas des grappes de vipère qui s’agitait en tous sens.
Malheur, quel malheur ! Clamait la vieille à tout bout de champ impos­sible de savoir si elle parlait toujours des cheveux de l’enfant, de sa nais­sance qui avait tué sa fille, de la vie qui l’avait fait veuve trop tôt, ou de l’avenir de la petite.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Après « Ce sont des choses qui arrivent », j’ai eu un grand plai­sir à retrou­ver cette auteure. Elle a un ton bien à elle pour évoquer les petits travers des « grandes » heures de gloire de la France, et même le tragique prend un air quelque peu ridi­cule. Nous sommes en Mais 1968, le 22 pour être précis. Tout Paris reten­tit de la révolte étudiante et subit les contraintes de la grève géné­rale qui para­lyse l’approvisionnement et les trans­ports. Tout Paris, soit mais qu’en est-il des hôtels de luxe et du person­nel peu formé pour expri­mer des opinions person­nelles et encore moins liber­taires. Que pense donc, le person­nel et les habi­tués du Meurice ? Son décor n’inspire pas la contes­ta­tion :

Il n’empêche ! le Chef de Rang, Roland, a orga­nisé une assem­blée géné­rale du person­nel qui a voté l’autogestion. Seule­ment voilà, ce jour le 22mai 1968, c’est aussi, le jour ou la richis­sime Florence Gould doit remettre « le prix Nimier » à un jeune écri­vain. Le person­nel décide de montrer qu’il est fort capable de se passer du direc­teur et orga­nise une soiré en tout point remar­quable. Pendant ce temps le direc­teur réunit ces confrères du Ritz, du Plazza, du Lute­tia et du Crillon pour savoir que faire devant cette situa­tion quelque peu inédite. Cela permet à l’auteur de donner vie à un autre endroit stra­té­gique de l’hôtel, le bar :

Peu de problèmes résistent à l’alcool et à l’argent. C’est la morale de ce roman. Sans doute vous serez vite curieux de connaître le roman­cier récom­pensé, comme l’ex ministre de la culture Fleur Pelle­rin, les vieux compa­gnons de table de Florence ne l’ont pas lu et seraient bien en peine de parler de son livre. En mai 1968 le prix Roger Nimier a été attri­bué à Patrick Modiano, et ce prix lui a été remis par des écri­vains proches de la colla­bo­ra­tion. Pauline Drey­fus a un vrai talent pour faire revivre ces gens si riches et si oisifs, elle ne les charge pas mais rend bien leurs aspects super­fi­ciels. Et son talent ne s’arrête pas à « croquer » caprices des gens trop riches avec humour,(la scène du repas de l’ocelot de Salva­dor Dali est aussi cruelle que drôle !)

L’auteure sait aussi nous rendre plus proche les obses­sions litté­raires de Patrick Modiano, qui dit de lui même qu’il a hérité du passé de la guerre qui n’était pas le sien. Or, ces mêmes salons furent le siège de la Komman­dan­tur et ce sont les mêmes suites qui furent les loge­ments de fonc­tion des occu­pants et du géné­ral von Chol­titz. Tous les person­nages du fameux dîner ont existé et certains person­nages ont dû s’amuser à se retrou­ver sujet de roman. Un person­nage fictif existe, un homme qui a mis toutes ses écono­mies dans une semaine au Meurice avant que le cancer ne l’emporte. Il est le seul à avoir lu et avoir compris le roman, et c’est lui aura le mot de la fin avec une chute qui m’a peu convain­cue. Le roman n’avait pas besoin de ce hasard là.

Citations

Grève au Meurice

Depuis hier, même les Folies Bergères sont occu­pées par le person­nel. Ce que les filles à plumes peuvent faire, je ne vois pas pour­quoi nous n’en serions pas capable. Sinon nous allons passer pour le dernier des Mohi­cans. Votons une motion !

La grande Histoire et la petite

En appre­nant que le Meurice avait, lui aussi, été conta­miné par la révo­lu­tion qui gangre­nait le pays, le ministre s’était senti person­nel­le­ment insul­ter. Il tenait en grande estime le direc­teur de l’hôtel, qui lui consen­tait des prix infé­rieurs à ceux du marché, au motif que l’Histoire n’est qu’une éter­nelle répé­ti­tion et qu’autrefois, Louis Napo­léon Bona­parte avait élu Le Meurice pour abri­ter ses amours avec Miss Howard. Une actrice, déjà. Un homme poli­tique, encore. L’adultère, toujours.

Florence Gould et son passé pendant et après la guerre ou le pouvoir de l’argent.

Au bout d’une jour­née entière de labo­rieux palabres ponc­tués de protes­ta­tions indi­gnées, Florence avait dû son salut à son carnet de chèques. Le montant qu’elle avait inscrit était si élevé qu’elle avait pu rega­gner son domi­cile le soir même.
Pour tout le monde et surtout pour l’avenir, cet épisode serait à clas­ser dans la caté­go­rie des calom­nies. Même si elle avait été brève, l’expérience lui avait paru humi­liante. Ces déjeu­ners où se presse le Tout-Paris de la litté­ra­ture, c’est sa revanche. Plus personne ne lui repro­chera ses fréquentations.(Hormis , post mortem, ses biographes, mais avec une telle mansué­tude que le péché devient erreur de jeunesse : « Forence, après c’est sévère enquête du gouver­ne­ment fran­çais, améri­cain et moné­gasque, est vite lavée de tout soup­çon même si elle a manqué de discer­ne­ment dans le choix de certains amants » litote déli­cieuse !)

L’homme des renseignements généraux au bar du Meurice

Il est des missions plus agréables que d’autres. Au perrier rondelle a succédé le whisky, puis le Dry Martini. Aussi, à cette minute, son esprit est-il si brumeux qu’il serait inca­pable de faire la diffé­rence entre un situa­tion­niste et un maoïste.

SONY DSCLu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

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Une excel­lente surprise que la lecture de ce roman. Surprise, pour­quoi ? Car il a été couronné par le prix Fémina 2015, et que je suis de plus en plus déçue par les livres récom­pen­sés, je finis par avoir un réflexe un peu stupide de fuite. Ce roman est vrai­ment très touchant, il est écrit d’une façon origi­nale pour racon­ter une famille, en parti­cu­lier la vie des grands-parents de l’auteur, des gens hors du commun. Mère-grand est rennaise, d’une horrible famille confite en dévo­tion, en senti­ment de supé­rio­rité et désar­genté mais qui veulent « paraître » et tenir leur rang (je me demande si je lirai, un jour, un livre où on dit du bien de Rennes, ma ville natale, que je n’ai jamais beau­coup appré­ciée).

La famille du grand-père rescapé des pogroms du centre de l’Europe, aura bien du mal, évidem­ment à survivre au nazisme et à la colla­bo­ra­tion fran­çaise. Le clan Boltanski a donné nais­sance à une kyrielle d’êtres remar­quables : la grand-mère écri­vaine sous le pseu­do­nyme d’Annie Lauran, le grand-père de l’académie de méde­cine, un fils artiste plas­ti­cien reconnu Chris­tian, un autre linguiste qui est le père de Chris­tophe notre auteur jour­na­liste. Lui seul pouvait nous racon­ter de l’intérieur ce qui faisait le quoti­dien de cette famille, marquée par « la cache » du grand-père pendant les deux dernières années de guerre. En progres­sant dans leur lieu de vie, un hôtel parti­cu­lier (dans tous les sens du terme) avenue de Grenelle à Paris, à la manière du Cluedo (la compa­rai­son est de l’auteur) nous appro­chons de plus en plus près de ce qui est l’âme de cette famille : La Cache.

Mais avant d’y arri­ver nous passe­rons par toutes les pièces qui sont autant d’occasions de cerner au plus près la person­na­lité de de Myriam Boltanski, née Marie-Élise Ilari-Guérin, atteinte de polio­myé­lite et qui passera sa vie à nier son handi­cap et à refu­ser la vieillesse. Femme éton­nante qui a insuf­flé à tous les siens l’énergie de la vie. Tout le clan est là resserré autour de celle qui fut aban­don­née par sa propre famille à l’âge de 4 ans pour des raisons de commo­di­tés finan­cières. On connaî­tra tous leurs rituels, décrits avec beau­coup d’humour, les récep­tions où les invi­tés finissent par appor­ter de quoi se nour­rir, la façon de s’endormir tous dans la même chambre au pied des lits des grands parents, l’absence d’hygiène corpo­relles, l’horreur de la maison de Mayenne héri­tage de la marraine adop­tive, grand baraque humide sans aucun confort. On verra leur enga­ge­ment commu­niste et auprès du FLN. Sans doute la consé­quence de la guerre, j’aurais aimé qu’on en sache plus sur ce qu’ils pensent aujourd’hui de ces enga­ge­ments là.

Il y a une absente, la propre mère de l’auteur qui lais­sera son fils vivre dans cet appar­te­ment plutôt qu’auprès d’elle, sans que l’on sache pour­quoi , elle ne fait sans doute pas partie du fameux clan Boltanski

Citations

L’importance des objets qui ont peuplé les souvenirs de l’auteur

Objet mythique des films italiens des années 50, la Fiat de deuxième géné­ra­tion, dite Nuova 500, faisait penser à un bocal pour pois­son rouge, à un sous marin de poche, à un ovni, et moi son passa­ger, à un Martien projeté sur une planète incon­nue. Dans son pays d’origine, on l’appelait la « bambina ». Moins flat­teur, les Fran­çais l’avait surnommé le « pot à yaourt ».

La peur transmise

Cette appré­hen­sion, ma famille me l’a trans­mise très tôt, presque à la nais­sance. Petit, j’avais la phobie du sable chaud, des vagues, des cham­pi­gnons sauvages, des herbes hautes, des arbres serrés les uns contre les autres, des ténèbres, des vieilles dames affables que je confon­dais avec des sorcières, des arai­gnées et, plus géné­ra­le­ment, de toute forme d’insecte.

Le coté juif de son père adopté par sa mère

En signe de réjouis­sance, elle sortait alors ses plus belles assiettes, celle en porce­laine bleue. Les creuses pour la soupe, les plates pour la viande. Plus qu’un festin, elle nous offrait un passé. Elle nous reliait à une histoire qui n’était pas la sienne. Elle sacri­fiait à un culte ancien dont elle avait adopté les rites. Elle accom­plis­sait un genre d’eucharistie. Son potage robo­ra­tif au goût acidulé et à l’odeur de chou conte­nait consub­stan­tiel­le­ment l’âme des Boltansky.

L’importance des meubles des meubles de famille et la bourgeoisie rennaise

Il subsis­tait tant bien que mal avec une maigre pension d’instituteur,entouré de quelques meubles de famille qu’elle recon­nais­sait, malgré leur réap­pa­ri­tion dans un tout autre contexte. Elle disait qu’il avait recréé sous les tropiques l’appartement rennais de leur enfance, tout en appa­rence et en mensonge, à la fois bour­geois et misé­rables.

L’hygiène

En tant qu’ancien vice-président de l’Union inter­na­tio­nale d’hygiène scolaire et univer­si­taire, Grand-papa avait théo­risé ce lais­ser-aller géné­ral : « Dans un monde propre, il faut être sale, répé­tait-il. Les bacté­ries nous protègent.» Ne pas se laver était, selon lui, un moyen de renfor­cer nos défenses.

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J’ai abso­lu­ment adoré la première partie de ce roman. Un peu moins la seconde , lorsqu’on voit, en 1943 et 1944, le « Tout Paris » essayer de revivre de façon futile autour du monde du spec­tacle. Le roman commence par l’enterrement à Saint Pierre de Chaillot de : « Prin­cesse Natalie,Marguerite, Marie, Pauline de Lusi­gnan, duchesse de Sorrente. 7mai 1908-10 février 1945 » . Le roman raconte la lente et inexo­rable destruc­tion de cette jeune femme morphi­no­mane . La première partie se passe à Cannes où la famille se trouve « coin­cée » jusqu’en 1943. Coin­cée cela veut dire que la famille a du mal à rece­voir exac­te­ment comme elle l’a toujours fait.

À la mort de sa mère la riche Améri­caine prin­cesse Elisa­beth de Lusi­gnan, Nata­lie apprend qu’elle est la fille natu­relle de Paul Mahl un riche juif ami de son père le prince de Lusi­gnan. En plus d’être une bâtarde elle est donc confron­tée au monde juif et sous la botte des nazis cela prend un tout autre sens que dans les salons du micro­cosme de l’aristocratie pari­sienne. Nata­lie n’était pas capable de se défendre d’un milieu oppres­sant, elle était faite pour une vie de salon à la Marcel Proust, auteur qu’elle découvre et qu’elle comprend. Sa rencontre avec la morphine lui sera fatale et lui enlè­vera toutes ses forces. Quand la famille retourne à Paris , cette femme droguée est enva­hie de pulsions et de révoltes qu’elle n’arrive pas à assu­mer. Elle aurait voulu être plus coura­geuse et pouvoir répondre à sa petite fille en pleurs : « mais qu’est ce qu’on leur fait aux juifs , quand on les arrête ?» . Sa révolte se limi­tera à une sortie chez la prin­cesse Murat :

« Les juifs sont deve­nus des morts-vivants, tout leur est inter­dit. Ils sont plus ostra­ci­sés que des lépreux au Moyen Age ! «.

Ambiance glaciale garan­tie, dans ce Paris mondain qui, comme Nata­lie me dégoûte quelque peu. Comme elle, et cela grâce au talent de Pauline Drey­fus , le grand écart se creuse entre les soucis des récep­tions (quelle robe ? quel plat ? quelles conver­sa­tions ?) et les familles juives qui dispa­raissent peu à peu. Comme Nata­lie, j’ai envie de les secouer tous ces Cocteau, Guitry invi­tés chez les Murat, Noaille Trémoïles et autres… et leur deman­der s’ils savent répondre à cette petite fille en pleurs : « mais qu’est ce qu’on leur fait aux juifs , quand on les arrête ?». Comme elle, je n’aurais peut-être pas eu le courage d’aller plus loin dans ma révolte que de ne plus traver­ser les Champs-Élysées inter­dits aux juifs ( tiens, je ne le savais pas !) et monter dans le dernier wagon du métro le seul auto­risé aux juifs. Il me reste à parler du style de cette auteure, son sens de la formule est abso­lu­ment admi­rable et drôle. C’est un livre qui se lit vite et qui fait du bien alors qu’il raconte une histoire bien triste et une époque abomi­nable.

Citations

Les conventions

Pas un bal où elle ne s’affichât auprès du jeune André Mahl, au point de scan­da­li­ser les maîtresses de maison, ulcé­rées que la jeune fille préfé­rât ce jeune homme « israé­lite » à tant d’autres jeunes gens dont le sang, était lui irré­pro­chable. Nata­lie était certes la moins jolie des sœurs Lusi­gnan, mais de là à « s enjui­ver ». Tapie derrière les éven­tails, augmen­tée de points d’exclamation, la répro­ba­tion se propa­geait.

L’argent et la « noblesse »

Un jour que la cousine de son mari d’autant plus à cheval sur sa généa­lo­gie qu’aucun parti ne lui semblait à la hauteur de la sienne, lui avait lancé : « Mais au fond votre nom ne vaut rien !» . Élisa­beth avait eu assez d’esprit pour lui répondre « Pas au bas d’un chèque. ..»

La noblesse d’empire

Partout où l’empereur est passé, il se sent un peu chez lui . Jérôme n’a rien fait d’exceptionnel dans sa vie, celle de ses ancêtres lui tient lieu de carte de visite.

L’art de la formule de Pauline Dreyfus

De toute façon, la duchesse douai­rière de Sorrente n’a jamais aimé les enfants, non plus que les contacts physiques qui prési­daient à leur arri­vée. Sitôt après la nais­sance d’un fils , elle s’était esti­mée quitte avec son mari et avait défi­ni­ti­ve­ment condamné la porte de sa chambre. Elle s’était réfu­giée dans la lecture et la médi­sance, deux acti­vi­tés qui accom­plie avec sérieux, auraient suffi à emplir la jour­née de n’importe qui.

Ce qui ne se fait pas

Les frasques d’Élisabeth sont indu­bi­ta­ble­ment à ranger dans la case « ce qui ne se fait pas ». Dans la même nomen­cla­ture, il y a le divorce, le mariage avec une demoi­selle ayant du sang juif(du sang protes­tant à la rigueur, si la jeune personne porte le nom d’une grande banque), et la bâtar­dise assu­mée. Tous ces compor­te­ments qui engendrent la pire des cala­mi­tés pouvant s’abattre sur une famille : « le scan­dale ». En puriste des monda­ni­tés, il aurait volon­tiers ajouté à cette liste le fait de manger son dessert avec une cuillère…

On en parle

Chez Clara, et Mimi­pin­son.

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Domi­nique Fernan­dez nous entraîne dans une quête : la compré­hen­sion d’un père qui a été un mauvais mari, un mauvais père, s’est four­voyé dans le parti de Doriot, et dans la colla­bo­ra­tion, mais a toujours été un critique litté­raire de qualité. C’est un livre remar­quable et passion­nant. On sent toute la douleur de l’écrivain Domi­nique Fernan­dez (que person­nel­le­ment j’apprécie beau­coup). Il a été l’enfant d’un couple qui s’est fait la guerre, et a dû suppor­ter l’infamie d’un père. Il est très honnête dans sa recherche ne charge ni n’excuse son père, cela donne toute la valeur au livre.

Les débats des intel­lec­tuels d’avant-guerre sont passion­nants, et je n’ai jamais lu une analyse aussi fine du PPF de Jacques Doriot. Le rôle de sa mère, dans l’échec du couple m’a, à la fois, inté­res­sée et trou­blée. Inté­res­sée : car D. Fernan­dez est d’une rigueur et d’une intel­li­gence humaine rare. Trou­blée : car je suis gênée qu’un fils en sache et en dévoile tant sur l’intimité du couple de ses parents. Je préfè­re­rais alors une œuvre roma­nesque à un témoi­gnage.

Citations

Tout le problème est là : un enfant a le droit de regar­der « sans honte » le visage de son père mort si celui-ci s’est four­voyé seule­ment en pensée. Mon père s’est-il borné à écrire dans une presse colla­bo­ra­tion­niste, ce qui serait blâmable, mais non coupable d’infamie ? Ou peut-on mettre à sa charge des actes indignes de pardon ?

L’homme moderne croit offrir ses idées à la société : il n’a que les idées que la société lui offre

Mais atten­dez un peu, je n’arrive pas à le dire, c’est trop dur, trop pénible pour un fils de révé­ler une action fran­che­ment abjecte de son père.