Épigraphe du roman

» La reli­gion fait peut-​être aimer Dieu mais rien n’est plus fort qu’elle pour faire détes­ter l’homme et haïr l’humanité »

Je suis triste d’être déçue par ce roman dont j’attendais tant. Et pour­tant ! Que de phrases et d’idées inou­bliables sous la plume de ce grand écri­vain ! J’ai suivi avec tris­tesse cette vision d’un monde dominé par des forces reli­gieuses qui ne cherchent qu’à tortu­rer et à assas­si­ner tous ceux qui ne baissent pas assez vite les yeux devant les acolytes des forces au service de la reli­gion au pouvoir. Les scènes de meurtres en public rappellent les Tali­bans et Daesh, d’ailleurs alors que je lisais ce livre, j’entendais qu’en Syrie, dans un village mal défendu par des Kurdes, Daesh avait tué 29 personnes dont des enfants. Cela n’a fait que peu de bruit en France, beau­coup plus occu­pée par le nouveau gouver­ne­ment et les vacances scolaires. Cet auteur Algé­rien qui a connu la guerre contre un parti venu léga­le­ment au pouvoir, qui a tenté de fonder un état reli­gieux archaïque qui n’hésitait pas à assas­si­ner tous ceux qui ne pensaient pas comme eux, sait de quoi il parle et cela donne un poids immense à ce livre. Il a été lui-​même plongé dans l’horreur, il a certai­ne­ment vu des amis dispa­raître ou se trans­for­mer en bour­reaux, il lui a fallu une force morale éton­nante pour faire mûrir en lui ce roman. Je pense que la noir­ceur du récit est à l’image des senti­ments qu’il a éprou­vés pendant cette période atroce pour le pays qu’il aime tant. Et revoir ses fous de Dieu repar­tir à l’assaut d’autres régions du globe à dû le conduire à mettre sous cette forme ce qu’il a alors ressenti. Comment alors puis-​je être déçue par ce livre abso­lu­ment essen­tiel ? Le début m’a saisie et je me suis retrou­vée dans une lignée d’essais d’anticipation qui ont forgé mes réflexions : Candide, Le meilleur des Mondes et bien sûr 1984 auquel ce livre fait expli­ci­te­ment allu­sion. Tout l’aspect prise en main par des forces reli­gieuses d’un peuple soumis est remar­quable et nous amène à réflé­chir mais l’histoire est de plus en plus embrouillée, se perd dans des cercles concen­triques qui mènent vers l’enfer absolu. C’est telle­ment embrouillé que je me suis égarée au milieu de tous les person­nages qui luttent tous les uns contre les autres. Et le dernier tiers du livre, j’ai quelque peu aban­donné Ati à son triste sort au milieu de ces fous dange­reux et stupides.

Citations

Métaphore

Dans la montagne, la descente n’est pas facile, elle est plus dange­reuse que l’ascension, la gravité aidant on succombe faci­le­ment à la tenta­tion de la préci­pi­ta­tion. Les vieux routiers, sibyl­lins en diable, ne cessent de le dire aux novices courir dans le sens de la chute est un penchant très humain.

Des points communs entre la religion de 2084 et une autre…

Et toujours la formule qui ponc­tue chaque chaque phrase, chaque geste de la vie du croyant :« Yolah est grand et Abi est son Délé­gué ! »
..les prêches restés célèbres et les magni­fiques formules chocs (comme ce remar­quable cri de guerre :« Allons mourir pour vivre heureux », adopté depuis par l’armée abis­ta­naise comme devise sur son blason) avaient levé d’innombrables contin­gents de bons et héroïques mili­ciens , tous bel et bien morts en martyrs lors de la précé­dente Grande Guerre Sainte.

Tartufe n’est pas si loin

Le peuple décou­vrait que l’habit faisait le moine et que la foi faisait le croyant.


Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard, thème le Maroc

Lors du mois consa­cré au Maroc, il se devait d’y avoir au moins un livre de ce grand écri­vain à la langue si belle. Ce roman corres­pond exac­te­ment au thème : il raconte la vie d’un travailleur maro­cain. La vie ou plutôt toutes les vies de ces ouvriers recru­tés dans les années 50 dans le bled maro­cain et qui restent atta­chés de toutes leurs forces à leur village dont ils sont issus. Moham­med » Limmi­gré » comme on l’appelle aussi bien au Maroc qu’en France est le symp­bole de tous ces hommes qui prennent comme iden­tité le fait d’être « Immi­gré » c’est à dire coincé en France dans des quar­tiers où il ne fait pas bon vivre et rêvant de leur village natal où ils ne reviennent que l’été. Ses seuls moments de bonheur sont ceux où ils se sent musul­man où il peut faire ses prières et respec­ter les prin­cipes d’une reli­gion qu’on lui a apprise dans sa petite mosquée de son village. Ils sont simples ces prin­cipes : « fait le bien autour de toi sur terre et tu iras au para­dis pour être heureux, fais le mal et tu ne connaî­tras que le malheur dans l’au-delà ». Alors bien sûr, il ne comprend pas grand chose aux versions violentes de l’islam, pas plus qu’il ne comprend ses enfants qui se sont mariés avec des non-​musulmans, pour son fils il l’accepte mais pour sa fille il l’a carré­ment suppri­mée de sa famille. Toute sa vie, il a travaillé à l’usine et il a aimé ce rythme, se lever tôt, sa gamelle, son retour chez lui avec une femme qui l’a toujours accom­pa­gnée. La seule chose vrai­ment posi­tive de la France qu’il retien­dra, en dehors de son salaire régu­lier, c’est l’hôpital où il est mieux soigné qu’au Maroc et aussi l’éducation que reçoit son neveu triso­mique qu’il a adopté pour qu’il puisse béné­fi­cier d’une bonne éduca­tion. Cet enfant sera son vrai bonheur car il est heureux et lui donne toute l’affection que ses enfants n’ont pas su lui témoi­gner. Mais catas­trophe ! voilà la retraite qui arrive alors que faire ? « L’entraite » comme il dit a déjà tué deux de ses amis, plus rien n’a de sens : ses enfants sont loin de lui ; on lui dit qu’il a du temps pour lui, mais il ne sait abso­lu­ment pas quoi en faire de ce temps. Le roman­cier part alors dans une fable, qui a sûre­ment un fond de vérité, Moham­med construit dans son village du bled, avec toutes ses écono­mies une maison énorme et tota­le­ment absurde pour réunir toute sa famille. Ce sera fina­le­ment son tombeau.

Citations

Le nouvel iman

Seul l’imam des Yvelines avait la capa­cité de citer un verset et de le commen­ter. Il connais­sait le livre par cœur et disait l’avoir étudié au Caire, à la grande univer­sité d’zl-Azhar. Peut-​être était-​ce vrai, personne n’avait les moyens de le contre­dire. Cet iman était tombé du ciel, personne ne l’avait vu arri­ver. Il était entouré d’une cour de jeunes délin­quants déci­dés à reprendre le droit chemin. Il les appe­lait mes enfants. Il avait une grosse voiture, portait de belles tenues blanches, se par fumait avec l’essence du bois de santal et habi­tait en dehors du quar­tier infer­nal.

Une observation tellement juste et drôle

J’ai vu à la télé des gens riches, des Fran­çaouis ou Spagnouli qui viennent vivre avec des paysans pauvres, ça les change de leurs immeubles, des voitures et de tout ce que nous n’avons pas ; alors on va vendre le bled, ce sera un village de vacances pour personnes riches et fati­guées d’être riches ; ces gens vien­dront chez nous pour faire l’expérience du rien.

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Étrange roman, d’une auteure fran­co­phone d’origine iranienne. Sorour Kasmaï veut à travers une histoire quelque peu fantas­tique, nous faire vivre l’atmosphère du début de la révo­lu­tion iranienne. Elle veut égale­ment mettre en scène les diffé­rentes compo­santes des histoires reli­gieuses et mytho­lo­giques du passé de ce grand pays la Perse. La reli­gion Zoroas­trienne n’était pour moi qu’un nom avant la lecture de ce roman.

Mariam héroïne de cette histoire jeune fille de 16 ans, m’a d’abord prodi­gieu­se­ment agacée : parce qu’elle éprouve le besoin impé­rieux de chan­ger son prénom, elle va provo­quer une série de catas­trophes qui risque de la détruire ainsi que tous les siens. Cela m’a semblé telle­ment stupide comme démarche, un peu comme si on pouvait imagi­ner un juif en 1938 s’adressant aux tribu­naux nazis pour réta­blir la vérité de son iden­tité juive au risque de dénon­cer ses parents qui auraient réussi à la dissi­mu­ler. Évide­ment son parcours dans les méandres de la justice isla­miste est complè­te­ment kafkaïen. Ce qu’elle découvre de son iden­tité et des secrets de sa nais­sance ne peuvent entraî­ner qu’une série de drames. Sans « divul­ga­cher » le roman, je veux expli­quer ma photo. L’ombre de la croix sur laquelle a été cruci­fié le Christe, joue un rôle très impor­tant dans l’histoire de cette jeune Mariam. Les trois reli­gions, Zoroas­trienne, chré­tienne et isla­miste se rejoignent dans une croyance vers la résur­rec­tion des morts qui ne fait aucun bien aux vivants.

J’ai fini par me lais­ser empor­ter par l’écriture de Sorour Kasmai, mais je préviens tous ceux et toutes celles qui fuient le mysti­cisme de se méfier de ce roman. Cela ne veut pas dire qu’il fait la part belles aux mystiques bien au contraire, mais pour arri­ver à comprendre l’élan de tout un peuple vers un islam rétro­grade, l’auteure est allée cher­cher dans les fonde­ments d’une civi­li­sa­tion qui m’est vrai­ment étran­gère tout cela dans une très belle langue, surtout quand elle se met au service des mytho­lo­gies anciennes.

Citations

les Zoroastriens (écrit Zorastriens dans le roman)

On ne parlait pas encore de révo­lu­tion. Personne ne prenait les événe­ments au séreux. Seule ma femme avais peur. « Tu n’es jamais là. Abbas est tout le temps dans la rue. Il ne fréquente que les petits musul­mans. Il s’est mis à faire la prière comme eux. Il dit même vouloir faire le rama­dan » . C’était à la mode. Du jour au lende­main , tout le monde était devenu croyant, ou même prati­quant. Le problème, c’est que nous n’étions pas musul­mans. Ma femme et moi, sommes tous les deux zoras­triens de nais­sance.

Les changements avec la révolution

La Révo­lu­tion avait fait de la fillette joyeuse d’autrefois une sœur musul­mane sévère en colère et renfro­gnée.

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Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

3
Walaande, c’est le jour où une des épouses d’un poly­game prend en charge les tâches de la maison et la nuit avec son mari. Le poly­game musul­man a le droit à quatre femmes, s’il est riche et peut leur payer le même train de vie à elles quatre. Djaïli Amadou Amal, connaît bien cette région du Nord Came­ron et elle est Peule comme ses quatre héroïnes. Elle rassem­blé ses souve­nirs pour écrire son roman, une inter­view donnée à « Afri­cul­ture » éclaire bien son propos.

Ce roman se lit très rapi­de­ment. Il décrit de façon très précise la condi­tion de ces femmes réunies pour satis­faire les désirs d’un seul homme. Elles sont diffé­rentes mais ont en commun d’être très malheu­reuses. Comme il s’agit d’un roman, il y a une histoire qui se finit bien, trois des enfants vont s’émanciper de la tutelle de leur tyran de père. On y croit pas beau­coup, je pense que dans la réalité même si la jeunesse grâce aux modes de commu­ni­ca­tions actuels, prend conscience que le monde peut évoluer , le poids des tradi­tions très bien décrites par cette auteure doit être plus fort que leurs désirs d’émancipation, surtout avec la radi­ca­li­sa­tion de l’islam.

Cette plon­gée dans le monde Peul ‚et dans une maison où quatre femmes se partagent le même homme, n’a rien du tourisme exotique. C’est vrai­ment horrible et j’espère qu’ils arri­ve­ront à sortir de cette tradi­tion qui de façon évidente les empêche tous, hommes et femmes d’être heureux.

Citations

Vie d’une femme de polygame

Attendre ! S’il y a un mot qui peut résu­mer à lui seul sa vie, c’est attendre. Elle a passé sa vie à attendre. Attendre de gran­dir, attendre de se marier, attendre son tour pour voir son mari, attendre pour rétor­quer, attendre qu’il change, attendre d’atteindre ses limites, attendre que ses filles gran­dissent, attendre pour partir, attendre pour vivre, attendre de mourir.

La peur de la quatrième épouse de 19 ans face à un mari de 50

Elle a peur d’être maladroite et de casser quelque chose. elle a peur d’ouvrir la bouche et de le frois­ser par une phrase pour­tant simple. Elle a peur de lui, de tout, elle ne sait plus de quoi elle a si peur, mais elle a peur quand même.