Édition L’Élan . Traduit du suédois par Margue­rite Gay

Encore une fois , j’ai oublié comment j’ai noté ce roman. Et en plus, de façon suffi­sam­ment forte puisque je l’ai même acheté . Fina­le­ment je crois qu’il vaut mieux se plon­ger dans « la saga des émigrants » le livre qui a fait connaître Vilhelm Moberg, mais je ne le ferai sans doute jamais. En lisant cette passion amou­reuse racon­tée dans les moindres détails, je croyais vivre un film d’Ing­mar Berg­man , tourné au ralenti … Je dois avouer que j’ai fait l’im­passe sur quelques pages au milieu du livre telle­ment il me pesait. Inutile de vous dire qu’on comprend dès le début que cette belle Märit épouse du trop sage et trop gentil Pavel va succom­ber au charme de Hakan grâce à qui elle éprouve le plai­sir physique pour la première fois de sa vie.

Si j’ai acheté ce roman, c’est certai­ne­ment qu’il promet au delà de la passion amou­reuse, une pein­ture de la société rurale du 19° siècle. C’est vrai on apprend pas mal de détails sur l’or­ga­ni­sa­tion foncière de la Suède et la diffi­culté pour les petits paysans à sortir de la misère. On voit aussi le poids de la reli­gion protes­tante, peu encline au plai­sir physique. Mais cela n’a pas suffi pour m’embarquer dans une lecture plus atten­tive. On peut même penser parfois à Flau­bert ou Maupas­sant mais à la suédoise donc sans une once de joie ou d’hu­mour : pour moi, un ennui total que la qualité d’écri­ture n’a pas pu soulever.

Citations

Le mariage

Il est vrai qu’on ne se marie qu’à deux périodes de la vie : ou avant d’avoir tout son bon sens ou quand on l’a perdu.

L’amour physique

Les hommes et les femmes sont faits pour se donner mutuel­le­ment du plai­sir par leur corps. Et, pour­tant, ils s’écartent sans néces­sité l’un de l’autre, tant le prêtre leur inspire la peur de l’en­fer et dans l’en­fer leur inspire la peur du prêtre. Que de volupté perdues chaque jour dans le monde ! Et dire qu’un pareil gaspillage reçoit des louanges ! Celui qui le premier à prêcher cela était d’une bien grande naïveté !

La femme d’un paysan « gentil » !

Pour lui, elle fait partie de son bétail. Dans cette situa­tion, elle a tout de même eu de bons jours, bien que qu’elle ne les ait peut-être pas appré­ciés à leur juste valeur. Car il l’a entou­rée de soins. Il s’est préoc­cupé de son bien-être. On tient à voir son bétail bien portant et pros­père. Il a peur qu’elle ne travaille trop. Celui qui est raison­nable ne veut pas surme­ner ses boeufs . Il a veillé sur elle d’une manière parfaite. Un homme raison­nable ne laisse pas dépé­rir ses animaux. Un paysan raison­nable profite de de la santé et des forces de son bétail, il gagne­rait moins si ses bêtes se portaient mal ou s’af­fai­blis­saient. Et quand elle était bien dispo­sée, il lui donnait parfois une tape sur la hanche, comme il cares­sait à l’oc­ca­sion les flancs d’une jument.

Édition Jacque­line Cham­bon. Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Gilbert Cohen-Solal.

Un livre d’ap­pa­rence légère mais qui exhale aussi un parfum de tris­tesse : Arthur Mineur essaie de se remettre d’une rupture amou­reuse en faisant le tour des invi­ta­tions pour écri­vains à travers le monde. Nous suivons donc la tris­tesse d’un homme amou­reux améri­cain qui est souvent maladroit et fait de mauvais choix. Arthur Mineur se raconte lui-même de façon très drôle à l’image de son appren­tis­sage de la langue alle­mande et la joie d’être,enfin, dans un pays dont l’au­teur parle la langue – du moins le croit-il- ses propos se terminent ainsi :

Toujours est-il que Mineur arrive à Berlin et se rend en taxi jusqu’à son appar­te­ment provi­soire à Wilmer­dorf en se jurant de ne pas parler un seul mot d’an­glais durant son séjour. Bien sûr, le vrai défi est de parler un mot d’allemand.
Il s’amuse beau­coup et nous fait sourire à propos de toutes ses approxi­ma­tions dans la langue de Goethe, il n’hé­site jamais à souli­gner le ridi­cule dans lesquelles ses diffé­rentes maladresses le mettent souvent. Comme l’image de la couver­ture : sa carte magné­tique n’ou­vrant plus la porte de son appar­te­ment, il entre­prend de passer par le balcon ! Il scrute avec préci­sion la moindre de ses réac­tions en parti­cu­lier sur sa place en tant qu’é­cri­vain. Est-il un écri­vain impor­tant ? Il n’en est abso­lu­ment pas certain, d’au­tant qu’il a vécu pendant long­temps avec un génie de la poésie améri­caine et qu’il sait bien que lui n’est pas un génie. Et puis il y a cette barre des cinquante ans qu’il doit fran­chir pendant son périple, on voit alors le problème du vieillis­se­ment pour un homme dont la jeunesse a été le prin­ci­pal atout de séduc­tion. La lecture est rendue plus diffi­cile par le chan­ge­ment de narra­teur, sans préve­nir le lecteur on ne sait jamais si c’est Arthur d’au­jourd’­hui qui prend la parole ou Mineur l’écri­vain connu pour un premier roman et à qui a‑t-il donné la parole au dernier chapitre ? je ne peux vous le dire sans dévoi­ler la fin. Je ne suis pas enthou­siaste à propos de ce roman et contrai­re­ment aux lectrices du club, je n’au­rais certai­ne­ment pas mis de coup de cœur mais c’est un roman origi­nal très agréable à lire.

Citations

Humour

Mineur n’est pas vrai­ment connu en tant que profes­seur, de même que Melville ne l’était pas vrai­ment en tant qu’un inspec­teur des douanes. Et pour­tant, les deux hommes occupent respec­ti­ve­ment ces fonctions.

Un hommage à la traductrice

Mineur se met à imagi­ner (tandis que le maire marmonne toujours son discours en italien) qu’on a mal traduit, où – comment dire ?- qu’on a comme « super-traduit » son roman, confié à un poète de génie mécon­nue (elle s’ap­pelle Giul­liana Monti), qui a réussi à faire de son pauvres anglais un italien stupé­fiant. Son livre a été ignoré en Amérique, on en a à peine rendu compte, sans qu’un seul jour­na­liste ait demandé à l’in­ter­vie­wer (son atta­ché de presse lui a dit : « L’au­tomne est une mauvaise période »). Mais ici, en Italie, il se rend compte qu’on le prend au sérieux. Et en automne, de surcroît. Pas plus tard que ce matin, on lui a montré des articles de la « Répu­blica », du « Corriere della Serra », de jour­naux locaux et de revues catho­liques, avec des photos de lui dans son costume bleu, fixant l’ap­pa­reil du même regard bleu saphir, natu­rel et inquiet, qu’il avait lancé à Robert sur cette plage. Mais la photo devrait être celle de Giuliana Monti, c’est elle, en fait, qui a écrit ce livre .

L’humour et la sexualité

Mais leurs rapports sexuels n’était pas idéaux : Howard était trop direc­tif. » Pince-moi là ; oui c’est ça ! Main­te­nant, touche-moi là ; non, plus haut ; mais non, plus haut ! Non, plus haut, je te dis. » Mineur avait presque l’im­pres­sion de passer une audi­tion pour une comé­die musicale.

Je vois bien la scène

Pendant qu’il patiente, une jeune femme en robe de lainage marron polli­nise l’un après l’autre des groupes de touristes, avec les mouve­ments circu­laires d’une sorte d’oi­seau-mouche vêtu de tweed. Elle se penche sur un bouquet de chaises, pose une certaine ques­tion et, mécon­tente de la réponse, s’élance à tire-d’aile vers un autre groupe.

Édition Payot et Rivages . Traduit de l’an­glais par Gene­viève Doze

Comme la Souris Jaune , je ne sais plus qui a glissé ce roman d’Eli­za­beth Taylor dans ma biblio­thèque, ni quelle impul­sion j’ai suivie pour l’ache­ter , ni même si je l’ai vrai­ment acheté. Mais ce roman était là, et, j’ai pris bien du plai­sir à le lire. Ce n’est pas une lecture très facile, on se perd beau­coup parmi des person­nages et j’ai dû me faire une fiche pour m’y retrou­ver. Le roman se situe en 1947 dans un petit port du sud de l’An­gle­terre. Le tourisme n’a pas encore repris et la station autre­fois animée l’été a bien du mal à retrou­ver ses touristes. Nous suivons les déam­bu­la­tions d’un sous-offi­cier de marine à la retraite, Bertram, qui veut se mettre à la pein­ture sans en avoir les capa­ci­tés. En revanche, il a la capa­cité de rentrer en rela­tion avec les habi­tants de la petite ville et avec lui, nous faisons la connais­sance de Beth, l’écri­vaine que l’au­teure comprend certai­ne­ment mieux que quiconque. Un peu absor­bée par l’écri­ture de ses romans, voit-elle que sa meilleure amie Tory divor­cée et mère d’un petit Edward qui est pension­naire, a une rela­tion amou­reuse avec son mari Robert, méde­cin du village. Leur fille Prudence le sait et en est malheu­reuse, ainsi que Madame Bracey la commère qui tient une fripe­rie avec ses deux filles qu’elle tyran­nise. Mais plus que ces intrigues, c’est l’en­semble des petites histoires, la gale­rie des person­nages dont aucun n’est cari­ca­tu­ral et les réflexions sur la vie qui rendent ce livre très riche. Ce n’est pas une lecture passion­nante, mais on se dit souvent « c’est si vrai ! ». Une fois que l’on a une carto­gra­phie précise des lieux : le phare, le pub, la fripe­rie, la maison de Tory et la maison du Docteur, que l’on sait quel person­nage nous parle, alors on est très bien dans ce roman. Le diffi­culté vient du style : c’est un livre avec beau­coup de dialogues et on passe d’un person­nage à un autre sans savoir très bien pour­quoi. À la fin, Beth mettra un point final à son roman, et Bertram aura fini sa toile qui est loin d’être un chef d’oeuvre. Gageons que le roman d’Eli­za­beth Taylor aura une meilleure posté­rité que la tableau de Bertram. La dernière phrase de « Vue sur Port » me semble une petite vengeance de l’écri­vaine, mais à vous de me dire si vous l’avez comprise comme moi !

Citations

Erreur à propos de la vieillesse

La vie est la plus forte, songea-t-il. Elle est source de souf­france tout au long de l’exis­tence, et main­te­nant, le grand âge venant – dans son esprit, il allait toujours venir, jamais l’at­teindre – on s’at­tend à trou­ver la paix, à ce que la curio­sité une fois écar­tée, sa place soit prise par la contem­pla­tion, les abstrac­tion facile, le travail. Coupé de tout ce qui m’était fami­lier, dans un endroit inconnu, je pensais pouvoir réali­ser tout ce dont j’avais rêvé et que j’avais voulu faire depuis ma jeunesse, lorsque j’étais aux prises à chaque instant avec l’amour, la haine, le monde, perpé­tuel­le­ment impli­qué, engagé, enserré répare la vie. Alors je serai libéré, pensai-je. Mais à cet instant même, tandis que je suis ici depuis deux jours, voilà que la marée monte sour­noi­se­ment, commence à me rejoindre, et je prends obscu­ré­ment conscience que la vie ne connaît pas la paix, pas tant qu’elle n’en n’aura pas fini avec moi.

Un bibliothécaire haut en couleurs

Derrière le comp­toir de la biblio­thèque se trou­vait un vieil homme, muni d’un tampon encreur et d’un grand timbre ovale, au moyen desquels il menait une campagne passion­née et bizarre contre la dégra­da­tion des mœurs. La censure qu’il prati­quait était toute person­nelle.(…) Le biblio­thé­caire qui rendait des services ines­ti­mable au lecteur avait en tête certains critères bien établis tandis qu’ins­tallé là il parcou­rait les pages, tripo­tant le timbre d’une main. Il admet­tait l’as­sas­si­nat, mais pas la forni­ca­tion. L’ac­cou­che­ment (surtout si l’in­té­res­sée en mourait), mais pas la gros­sesse. L’on était auto­risé à suppo­ser qu’un amour était consommé pourvu que personne n’y prenne plai­sir. Certains mots à eux seuls susci­taient immé­dia­te­ment le recours au timbre. Les person­nages était auto­risé à crier « Ô Seigneur » à la dernière extré­mité, mais pas « Oh, bon Dieu ! » « Sein ».ne devait pas être au pluriel. « Viol » plon­geait le timbre en convul­sions dans l’encre violette.

Une remarque étonnante au cours d’une conversation

- C’était notre maison de vacances.
-Mon mari aimait faire de la voile. Il avait tendance à être riche.
- Est-ce que cela conti­nue, où est-ce terminé en ce qui vous concerne ?
-Il me donne de l’argent, comme il le devrait et le doit. On ne peut pas permettre à un homme de garder la beauté d’une femme pour lui jusqu’à ce qu’elle soit fanée et remettre ensuite sa compagne sur le marché sans qu’elle ait rien à vendre.

Réflexions d’écrivain

Je ne suis pas un grand écri­vain, ce que je fais à toujours été fait aupa­ra­vant, et mieux, songea-t-elle tris­te­ment. D’ici dix ans, personne ne se souvien­dra de ce livre, les biblio­thèques auront vendu d’oc­ca­sion tous leurs exem­plaires cras­seux et les autres seront dislo­qué, tombés en pous­sière. Et puis, en admet­tant que je fasse partie des grands, qui attache de l’im­por­tance à la longue ? Quelle diffé­rence cela ferait t‑il aux gens qui déam­bulent dans les rues, si les romans de Henry James n’avaient jamais été écrits ? Ce serait le cadet de leurs soucis. Personne ne nous demande d’écrire : si nous arrê­tons, qui nous implora de conti­nuer ? Le seul bien­fait qui en sortira, c’est assu­ré­ment l’ins­tant présent ou je me demande si « vague » vaut mieux que « faible » ou « faible » que « vague », et ce qui doit suivre, en alignant un mot après l’autre comme on assor­tit des soies de couleur, un genre de jeu.

But du mariage

Je suis arrivé à la conclu­sion que le vrai but du mariage, c’est la conver­sa­tion. C’est ce qui le distingue des autres formes de rela­tions entre rela­tions entre hommes et femmes, ce qui vous manque le plus, bizar­re­ment, à la longue : le déver­se­ment de petits riens jour après jour. Je pense que c’est le besoin foncier de l’hu­ma­nité, beau­coup plus impor­tant que…la passion violente, par exemple.

Je suis d’accord

- Oh, bali­vernes. C’est une commère foui­neuse avec une langue très médisante.
- Aucun être humain n’est jamais aussi simple que ça. Il y a toujours autre chose en plus… sa curio­sité a été bridée par les circons­tances et s’est orien­tée dans des voies indignes…

Édition Feux croi­sés Plon . Traduit de l’an­glais (États-Unis) par Karine Lalechère

Un roman peu banal sur un sujet qui démarre pour­tant de façon si clas­sique dans la litté­ra­ture et hélas dans les faits divers améri­cains : Un jeune homme, Roy, marié depuis peu à la belle Celes­tial est accusé d’avoir violé une jeune femme blanche dans le motel où il passait la nuit . Sa femme a eu beau dire qu’il était auprès d’elle cela n’a pas empê­cher un jury de le décla­rer coupable et de lui infli­ger douze ans de prison. Il n’a rien fait mais il est noir et c’est donc suffi­sant. Cela pour­rait être le sujet du roman mais pas vrai­ment. Les trai­te­ments qu’il a dû subir en prison et sa lutte pour prou­ver son inno­cence ne sont évoqués qu’à travers les cour­riers que s’échangent Roy et Céles­tial. Cour­rier qui est plus allu­sif sur ces sujets car tous les deux parlent surtout de leurs liens amou­reux . Roy et Celes­tial se sont aimés mais leur couple ne résis­tera pas à la prison , les parents de Roy se sont aimés toute leur vie . C’est un bel exemple de couple améri­cain uni pour la réus­site de leur fils, enfin le fils de sa mère car son père, Big Roy, l’a adopté quand il a épousé Olive . Le père biolo­gique jouera pour­tant un rôle dans l’his­toire de Roy. Les parents de Celes­tial parents fortu­nés feront tout ce qu’ils peuvent pour aider Roy à sortir de prison. Il est effec­ti­ve­ment acquitté au bout de cinq ans mais sa femme l’a quitté pour son ami d’en­fance André. Un roman passion­nant car complè­te­ment en dehors des évidences sur la condi­tion des noirs aux États-Unis, tout en nuances mais qui par la même m’a beau­coup touchée.

Citations

L’amour

Mais en te perdant j’ai appris une chose au sujet de l’amour. Notre maison n’est pas simple­ment vide. Elle a été vidée. L’amour se crée une place dans ta vie, il se crée une place dans ton lit. À ton insu, il se crée une place dans ton corps, détourne tes vais­seaux sanguins, bat juste à côté de ton cœur. Et quand il part, il laisse un trou.
Avant de te rencon­trer je ne me sentais pas seule. À présent je me sens si seule que je parle aux murs et chante pour le plafond.

Être noir aux USA face à la justice

Ce calvaire n’aurait alors été qu’une histoire que nous lui aurions racon­tée plus tard, pour qu’il comprenne qu’il fallait être prudent quand on était un homme noir aux États-Unis. Lorsque nous avons décidé qu’il valait mieux avor­ter, d’une certaine manière, nous nous sommes rési­gnés. Nous avons cessé de croire que je serais acquitté.

Humour de prison

C’est le destin de l’homme noir. Porté par six ou jugé par douze. 

Les femmes

L’immense géné­ro­sité des femmes est un tunnel mysté­rieux et nul ne sait où il mène. Partout, il y a des indices qui sont autant de pièges et, quand on est un homme, il faut être conscient que la logique ne nous conduira pas néces­sai­re­ment à la sortie.

Édition P.O.L

J’ai trouvé cette lecture chez « lire au lit » un blog qui propose des lectures origi­nales et qui sont souvent éditées chez P.O.L. Comme cette blogueuse, je me suis atta­chée à Ayme­ric, le père du petit Jim, né d’une d’une maman, Florence qui mène sa vie un peu à « l’ar­rache ». Le roman couvre la jeunesse d’Ay­me­ric et de Florence, puis raconte les dix ans de bonheur absolu pendant laquelle Ayme­ric sera le père de Jim, jusqu’au retour du père biolo­gique. Ensuite, nous parta­geons la terrible souf­france de cet homme qui verra son « fils » partir au Canada avec ses parents biolo­giques. Ayme­ric et Jim se retrou­ve­ront, mais vingt ans plus tard et Jim aura beau­coup de ques­tions à poser à ce père qu’il a tant aimé.
Résumé de cette façon, je ne sais pas si je vous donne envie de lire ce roman, pour­tant c’est incroyable comme cette lecture m’a touchée. D’abord parce qu’on ne traite pas si souvent de l’at­ta­che­ment d’un homme pour un enfant jusqu’à penser à en être le père. Sans pour autant faire les démarches admi­nis­tra­tives qui offi­cia­li­se­raient le lien, pensant sans doute que le lien d’amour est plus fort que n’importe quelle admi­nis­tra­tion. Ensuite parce que tous les person­nages sont dans la nuance, trop sans doute, si Ayme­ric s’était plus imposé et avait plus rejeté Chris­tophe le père biolo­gique, il aurait sans doute moins souf­fert. Combien de fois dans ce roman, j’ai eu envie de lui dire : « mais réagis, impose toi , ne te laisse pas faire » . Comme il le dit si bien dans ce roman les conseils des autres qui ne vivent pas la situa­tion sont souvent trop tran­chants et n’aident pas à comprendre l’en­semble de la situa­tion. Ces person­nages sont des gens d’au­jourd’­hui ni en réus­site parti­cu­lière ni en échec, ils vivent dans une région que l’au­teur aime profon­dé­ment : le Jura. Une région de bois et de montagne, dans laquelle Pierre Bailly a ses attaches . Le centre du roman qui raconte l’en­fance de Jim au milieu de la nature qu’il découvre grâce à son père et à une grand-mère qui vit dans une ferme au milieu des bois, est un moment magique. Comme tous les bonheurs, il y a des failles que le narra­teur ne veut pas voir : est-il encore amou­reux de Florence ? ou reste-t-il près d’elle pour élever leur (son) enfant ?

Le récit est très bien mené , le choix de la maman de le couper de ce père pour que l’en­fant essaie de s’adap­ter au Canada est très logique mais que de dégâts derrière. Le person­nage que je trouve le moins crédible mais aussi celui qui m’a le plus dérangé c’est Chris­tophe le père biolo­gique. Il n’a abso­lu­ment pas voulu de cet enfant et a repoussé cette femme quand il a su qu’elle atten­dait un enfant de lui. Un terrible acci­dent a tué sa femme et ses deux filles et c’est chez Florence qu’il vient se faire conso­ler. Il fallait bien un person­nage pour le roman , mais lui je n’ar­rive pas à imagi­ner sa construc­tion mentale.

Nous sommes aussi dans un monde que je connais peu, un monde où on va écou­ter des concerts pour tout oublier et la drogue aide bien dans ce cas. Je préfère et de loin quand le narra­teur obtient le même résul­tat dans ses marches en montagne.

Un superbe roman et je me promets de lire les autres livres de cet auteur.

Citations

Psycho à la fac

En psycho que on devait être trois mecs pour deux cents filles. Je me souviens d’une soirée où j’ai dit à un type que je faisais psycho, il en est resté bouche bée pendant plus de dix secondes, esto­ma­qué par ma réponse. Il a fini par s’ex­cla­mer : mais oui, t’as tout compris, toi, oh, le petit malin, en plus ça marche à ce que je vois, bien joué mon gars. Là, il regar­dait en direc­tion de Jenny, et quand je lui ai annoncé qu’on se connais­sait d’avant, qu’on ne s’était pas rencon­tré sur les bancs de la fac mais au collège, il a repris sa tête de pois­son crevé. Il venait de trou­ver la seule raison pour un mec aller en fac de psycho fina­le­ment non, ce n’était même pas pour ça que j’y étais .

L’éducation d’un petit garçon aujourd’hui .

On avait beau avoir le souci, autant Flo que moi, de ne pas trop valo­ri­ser les codes mascu­lin et de ne pas lui impo­ser des pratiques de petit mec, on avait beau l’en­cou­ra­ger à s’au­to­ri­ser à aimer la couleur rose ou tel jouet tradi­tion­nel­le­ment destiné aux filles, et j’in­siste pour dire que je faisais ma part de boulot en la matière, et bien je ne pouvais pas m’empêcher de camper ce person­nage de père qui bricole, de père qui n’a peur de rien, de père un peu brutal parfois .

Comment gérer une crise : les amis ne sont pas forcément les mieux placés .

Elle était au courant de tout, bien sûr, elle était encore plus remon­tée que moi. C’est toujours facile de s’emballer quand on est exté­rieur, on ne vit pas les choses, on n’est pas vrai­ment concerné, on ne souffre pas de la même manière, et puis on n’aura pas à assu­mer les consé­quences de nos réac­tions et de nos actes, alors on adopte une posi­tion radi­cale, on joue les durs, et on ferait mieux de se taire, car on est souvent de mauvais conseil,

Édition Plon, feux croi­sés . Traduit de l’an­glais Auré­lie de Maupéou

Tout est dit avec ces deux coquillages : ce roman n’était pas pour moi ! Pour­tant Keisha en avait parlé avec un tel enthou­siasme, je n’avais donc aucun doute sur mon plai­sir de lecture. C’est peu dire que je me suis ennuyée avec cette pauvre Frances . Cepen­dant, tout le long de la lecture, je me tançais en me disant : « Si Keisha a aimé c’est qu’il y a quelque chose que tu ne vois pas allez conti­nue ! ». Mais tout est triste fade et convenu dans ce roman et j’ai été bien soula­gée de le termi­ner et d’al­ler bien vite m’en débar­ras­ser. Voici le sujet : Frances est correc­trice dans un jour­nal, mais là il ne se passe rien mais alors, rien du tout. Si vous voulez en savoir plus sur le monde de la correc­tion et vous amuser un peu, lisez l’ex­cellent livre de Muriel Gilbert « Au bonheur des Fautes » . Les parents de Frances sont « ordi­naires » et leur fille les aime en les mépri­sant quelque peu. Ce sont les quelques soirées chez eux qui sauvent un peu le livre, je suis toujours inté­res­sée par les diffé­rences sociales et les préju­gés qui vont avec. Frances est le témoin d’un acci­dent mortel pour la femme d’un écri­vain de renom Laurence Kyte. Commence alors les manœuvres pour cette pauvre fille un peu terne pour se faire aimer du grand écri­vain. Et tant pis pour vous, je vais racon­ter la fin (ce livre m’a telle­ment éner­vée !) : OUI la correc­trice anonyme va deve­nir l’épouse du grand Laurence Kyte . Elle va savoir se rendre indis­pen­sable pour les deux enfants dans un premier temps, puis saura se faire aimer par leur père. Tout est prévi­sible dans ce roman et jamais mon atten­tion n’a été captée, il est possible que je n’étais pas d’hu­meur à me lais­ser porter par ce roman qui vaut sans doute mieux que ce que j’ai éprouvé. Et surtout, je vous recom­mande chau­de­ment le blog de Keisha chez qui je trouve souvent des sugges­tions de lectures merveilleuses !

Citations

Le jardin de sa mère

C’est un jardin de très bon goût. Avec un mini­mum de couleur et d’odeur – ma mère consi­dère que la plupart des fleurs sont vulgaires, or elle a une terreur profonde de la vulga­rité, comme si celle-ci pouvait l’at­ta­quer par surprise dans une ruelle sombre – mais une abon­dance de textures et de formes. À cette époque de l’an­née, tandis que le crépus­cule s’épais­sit, il semble plus triste encore que d’habitude.

Humour

Parfois, tout au moins en ce qui concerne ma mère, je soup­çonne que le but réel d’avoir une famille consiste à avoir un sujet de conver­sa­tion tout prêt quand elle croise madame Tucker au supermarché.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Édition Phébus , traduit de l’an­glais par Jean buhler

Ce roman s’est retrouvé dans les propo­si­tions du club de lecture dans le thème : « écri­vains améri­cains ayant habité en France ». J’ai appris ainsi que Louis Brom­field a séjourné des dizaines d’an­nées en France puis, il est retourné dans son Ohio natal pour y fonder une ferme écolo­gique qui se visite toujours. Ce roman, je l’ai lu et relu dans ma jeunesse, j’ado­rais les passages où Mrs Parking­ton règle ses comptes avec les médiocres qui n’avaient pour eux que la richesse due à leur nais­sance. J’ai éprouvé un plai­sir très régres­sif à le lire de nouveau. L’in­trigue est bien menée : une riche héri­tière d’un mari peu scru­pu­leux qui a amassé une fortune consi­dé­rable voit s’ef­fon­drer un monde basé sur l’ap­par­te­nance à une classe sociale et qui se croit à l’abri des lois et du commun des mortels. Elle fera tout ce qu’elle peut pour sauver son arrière petite fille des retom­bées qui vont écla­bous­ser son père qui a épousé la petite fille de Susie Parking­ton. L’au­teur fait de constants retours en arrière qui nous permettent de revivre la vie de cette femme et expliquent pour­quoi leurs enfants et petits enfants ont tant de mal à se sentir bien dans leur peau. Trop beaux pour ses fils, pas assez belle pour sa fille, mais dans tous les cas beau­coup, beau­coup trop riches, ils n’au­ront pas su être heureux. En reli­sant ce roman, j’ai pensé qu’au­jourd’­hui les requins de la finance n’ont guère été punis pour leurs actions qui ont ruiné tant de gens dans le monde. Il y a bien des aspects de ce roman auxquels je suis moins sensibles aujourd’­hui et que je trouve même agaçants. La place de la femme, qui doit être belle, coura­geuse, soute­nant son mari en toute occa­sion, et en même temps heureuse, on est loin des combats fémi­nistes ! L’idée que l’hé­ré­dité explique les diffi­cul­tés des descen­dants : les « Blairs » étaient des origi­naux les enfants seront marqués un peu bizarres. En revanche, j’avais oublié à quel point ce roman était une critique du capi­ta­lisme améri­cain et soute­nait la poli­tique de Roose­velt, le roman raconte la fin d’un monde fondé sur un capi­ta­lisme préda­teur et l’ar­ri­vée d’un société plus humaine et plus honnête. L’au­teur critique beau­coup les Améri­cains qui croient que la nais­sance leur permettent d’ap­par­te­nir à un monde au-dessus des lois, ce que je trouve un peu étrange car pour moi l’image de l’Amé­ri­cain est plutôt repré­senté par le « self made man ». Et fina­le­ment, je l’avoue, avoir de nouveau éprouvé de la sympa­thie pour cette femme extra­or­di­naire même si je ne crois pas du tout que ce genre de person­na­lité avec toutes ces quali­tés puisse exister.

Plus qu’un juge­ment objec­tif sur ce roman, les cinq coquillages viennent illus­trer tous les bons souve­nirs que cette lecture m’a rappelés.

Citations

Sa jeunesse admirons au passage la nature féminine.…

Susie ne manquait jamais de voir le soleil se lever, car sa mère et elle étaient toujours debout avant l’aube afin de prépa­rer les provi­sions des hommes qui allaient travailler dans les mines. Il fallait embal­ler des sand­wichs et verser le café dans des bouteilles. Active et précise dans ses gestes, la mère de Susie était jolie, avec ses petits yeux bleus et ses joues à se joue à fossettes. C’était une de ces femmes qui ont besoin de travailler sans relâche, de par leur nature même. Elle n’au­rait pu se priver de four­nir de grand effort physique. Susie connais­sait aussi ce besoin dévo­rant d’ac­ti­vité, cette inquié­tude qui ne l’eût jamais laissé en repos si son éner­gie n’avait été heureu­se­ment tempé­rée par une forte propen­sion à la rêve­rie et à la contemplation.

Le personnage négatif de l’ancien monde

Ned avait peu d’ex­pé­rience, mais il avait déjà rencon­tré assez d’in­di­vi­dus de la trempe d’Amaury pour pouvoir les juger au premier coup d’œil. Ces gens-là croyaient être proté­gés par des privi­lèges spéciaux du fait de leur nais­sance et échap­per ainsi aux lois qui régissent les actes de l’en­semble du peuple améri­cain. Ils étaient nés dans cette période où le senti­ment des valeurs avait été faussé, où l’on ne croyait qu’à la puis­sance de l’argent et où l’on négli­geait complè­te­ment les quali­tés du cœur et de l’esprit.

Une phrase que je dédie à ceux qui sont toujours en retard

Toujours ponc­tuel, le juge Everett arriva à onze heures trente. L’exac­ti­tude est le propre des gens qui travaillent beau­coup. Seuls les oisifs peuvent se permettre de gaspiller le peu de temps qui nous est accordé pour vivre.

Réflexions sur un type de personnalité que je trouve assez juste

La pauvre duchesse, avec son visage blême et ses yeux pitoyables de tris­tesse, semblait deman­der l’au­mône d’un peu de sympa­thie, mais dans l’ins­tant qu’on lui accor­dait, elle la refu­sait contre toute attente et se cachait derrière l’écran de sa dignité blessé. Elle était triste comme seuls peuvent l’être ceux qui sont parfai­te­ment égoïstes, ceux qui sont condam­nés à souf­frir toujours et partout, parce qu’ils ne veulent pas voir plus loin que les murs de la prison dans laquelle les tient enfer­més le souci de leurs propres peines.

C’est « la souris jaune » qui m’a donné envie de lire ce roman. Et aussi le fait que cet auteur ait reçu « le Goncourt des lycéens ». Depuis Farrago de Yan Appery , je fais toujours atten­tion à ce prix. Ce roman est composé de deux parties assez diffé­rents la première partie raconte l’amour déses­péré de Sacha Mali­noff pour la belle Cynthia la fille du Maître des Paons. Il en vien­dra à tenter de dispa­raître, puis il s’im­po­sera peu à peu dans la vie de la famille très origi­nale de Cynthia. Un peintre unique­ment occupé à peindre des paons et un frère très bizarre. En réalité, le person­nage prin­ci­pal de ce curieux récit est » le mas des paons » une demeure atti­rante remplie de mystère. J’ai beau­coup pensé au château de la fête du « Grand Meaulnes », à cause de l’at­ti­rance et du mystère qui entoure cette demeure et ces habi­tants. J’ai beau­coup aimé le style de cet auteur, une langue aussi précise que poétique. Mais je suis restée sur ma fin sur le plan de l’in­trigue, j’éprou­vais comme un léger ennuie pendant cette lecture ; je recon­nais que cela allait bien avec le sujet.

Citations

La mémoire

J’ai observé au cours des cinquante premières années de ma vie, une vie qui m’échappe de plus en plus, que chacun entre­tient avec sa mémoire une rela­tion person­nelle, unique, sauvage, inavouable assez souvent, comme avec son corps, sa langue, ses humeurs et l’en­semble de l’univers.

Le charme des timides

Mon truc, c’était de prendre les devants sans en avoir l’air. Je me moquais de moi avant qu’elle n’eût le temps de le faire. J’af­fec­tais une gauche­rie de conven­tion pour masquer la véri­table que je ne pouvais maîtri­ser. Aller vite en donnant l’im­pres­sion d’être trop lent, cacher la préci­sion sous l’embarras, c’est le procédé des vieux clowns. Ce fut le mien. Que n’au­rais-je fait pour que son regard triste et bleu s’ar­rê­tât longue­ment sur moi sans cher­cher plus loin son bonheur ?

Beauté du style

J’al­lais m’as­seoir, encore trem­blant, sur un billot aban­donné, quand me parvint du fond du bois, pour la première fois cette année-là, le cri le plus insai­sis­sable de la nature, la double note du coucou, triom­phante, moqueuse, délu­rée, qui soutient à la face de l’uni­vers la supré­ma­tie vaga­bonde des dieux furtifs.

Les timides

J’étais d’une timi­dité de lynx, animal que sa vue a rendu célèbre, mais qui craint à bon droit les hommes et qui les évite. Certes, comme tous ceux qui souffrent du même mal, et qui sont légion, j’usais de remèdes déses­pé­rés pour combattre la mala­die, alcools d’hi­ver, recherche vesti­men­taire, lunettes noires, et un lot presque inépui­sable de plai­san­te­ries à lancer en cas de détresse.

Les rencontres avec Cynthia et le mas des paons

À l’oc­ca­sion de cette visite de jours, je déchif­frai dans le regard mélan­co­lique de Cynthia une demande à laquelle je me soumis immé­dia­te­ment et qui consti­tue la clause tacite (et unique) de notre pacte. Je ne devais jamais poser de ques­tions concer­nant la propriété et ses habi­tants. Ne pas cher­cher à visi­ter les parties des bâti­ments qu’on ne m’avait pas encore montrées. Me garder de toute indis­cré­tion. N’être surpris de rien. À ces condi­tions seule­ment, je ne serais pas un intrus, et tout me serait révélé peu à peu, à son heure, sans brusquerie.
Ce pacte resta en vigueur aussi long­temps que je fréquen­tai le domaine et je crois qu’il avait du bon puisque il m’est impos­sible aujourd’­hui de repen­ser à ma décou­verte lente des lieux sans retrou­ver les batte­ments de cœur qui l’ac­com­pa­gnèrent toujours.

Amour désespéré

Il y a des jours où je fus à deux doigts d’avouer à Cynthia que je l’ai­mais, mais ne le savait-elle pas et n’avait-elle pas répondu à mon silence par le sien, qui disait tout autre chose ? Je suis tenté de croire aujourd’­hui, sans en être certain, que je me gardais de tout aveu pour ne pas dissi­per une ambi­guïté où logeait encore de l’espérance.
Après le premier baiser qui n’était que de circons­tances et n’en­ga­geait rien, la main gauche du séduc­teur, sa bonne main qui maniait avec une égale élégance le stylo à plume et la canne, cette main sinistre, je ne crains pas de le dire, habi­tuée aux fouilles baby­lo­nienne, dégrafa sans attendre une permis­sion et les trois boutons du chemi­sier ‑un trio qui m’avait souvent intri­gué- et elle fit jaillir les seins de leurs bonnets, afin que la pleu­reuse comprît par cet atten­tat amou­reux que le grand homme ne la conso­lait pas par pitié, dans un esprit de sacri­fice cheva­le­resque, mais qu’il agis­sait pour le compte d’une puis­sance supé­rieure à la compas­sion, sous l’empire du désir fou.

Édition Zoé . Traduit de l’an­glais par Chris­tine Raguet

Et pour une fois le nom de la traduc­trice est sur la couver­ture, bravo aux éditions Zoé.
Il y avait pour ce livre tant de tenta­trices ‚que je savais que je le lirai, heureu­se­ment que je n’avais pas dit quand ! Aifelle en novembre 2019, Atha­lie en octobre 2019, et Kathel en juin 2020. À chaque fois, je me disais que ce roman était pour moi, je confirme tota­le­ment cette impres­sion. Merci à vous de m’avoir guidée vers ce roman.

Dans un quar­tier chic du Cap, deux femmes vieillissent, rien ne les unit, si ce n’est une haine farouche. Toutes les deux deviennent veuves au début du roman. Marion, la femme blanche archi­tecte était mariée à un certain Marc, elle découvre que celui-ci ne lui a laissé que des dettes . La vente d’un tableau acquis il y a bien long­temps pour­rait la tirer d’af­faire, il s’agit d’un tableau de Pier­neef peintre qui a une belle côte aujourd’­hui en Afrique du Sud :

Seule­ment voilà , Horten­sia a entre­pris des travaux et une grue s’est abat­tue sur sa maison et le tableau a disparu. Ne croyez surtout pas que cette anec­dote soit très impor­tante. En fait ce qui est impor­tant c’est pour­quoi ces deux femmes sont arri­vées à se haïr avec une telle force : Horten­sia, sait mieux que quiconque déce­ler le racisme ordi­naire qui dicte la conduite de Marion. Celle-ci a déjà perdu le contact avec ses enfants à cause de ses compor­te­ments humi­liants pour leur employée Agnes. Horten­sia n’a plus d’illu­sion sur l’hu­ma­nité, et elle sait très bien débus­quer toutes les peti­tesses de chacun même si elle est souvent méchante, elle est aussi très drôle et j’ai beau­coup appré­ciée quand elle bous­cule le côté dame patron­nesse de Marion. C’est une femme qui a très bien réussi dans le design et qui au contraire de Marion , n’a aucun soucis d’argent. Son mari Peter meurt et laisse une clause très étrange dans son testa­ment. Il demande à Horten­sia de prendre contact avec Emée une jeune femme de 40 ans qui est sa fille légi­time. Il manque un élément pour que le décor soit planté. La maison dans laquelle habite Horten­sia a été conçue par Marion et celle-ci aurait voulu l’ha­bi­ter. Les deux femmes vont être amenées à devoir se suppor­ter. Il n’y aura pas de renver­se­ment de situa­tion mais une sorte de paix des braves ! Au fil de l’his­toire on en apprend beau­coup sur le racisme ordi­naire en Grande-Bretagne, et les horreurs de l’Afrique du Sud . La façon dont l’au­teure nous présente les deux person­na­li­tés est passion­nante. Tout en se doutant de la suite, on laisse l’au­teur nous emme­ner sur les chemins de deux femmes qui n’au­raient jamais dû se rencon­trer. Il n’y a pas de « gentilles » mais des femmes qui ont connu une vie origi­nale, la dureté d’Hor­ten­sia cache une grande intel­li­gence et une sensi­bi­lité qui n’a jamais pu s’épa­nouir complè­te­ment . Marion est plus prévi­sible mais on la sent prête à aban­don­ner quelques une de ces certi­tudes. Enfin !

Bref, je joins ma voix à celles qui ont avant moi décou­vert ce roman, c’est un roman qui m’a laissé une très forte impres­sion et dont j’ai savouré toutes les pages.

Citations

Le ton est donné

La riva­lité était assez tris­te­ment célèbre pour que les autres repré­sen­tantes du comité se tiennent en retrait afin d’as­sis­ter au spec­tacle. Il était de noto­riété publique que les deux femmes parta­geaient une haine et une haie, qu’elles élaguaient l’une comme l’autre avec une ardeur qui démen­tait leur âge.

Marion et Hortensia

-Je suis convaincu que si on les contrai­gnait, ces gens auraient du mal à justi­fier leur droit. Des gens à l’af­fût d’argent facile, si vous voulez mon avis. 
- Quand vous dites ces gens, ce que vous voulez dire en fait, c’est « des Noirs », si j’ai bien compris ? 
- Abso­lu­ment pas et je voudrais..
- . Marion, je ne suis pas d’hu­meur aujourd’­hui à suppor­ter votre secta­risme. J’ai le souve­nir précis de vous avoir demandé de garder vos conver­sa­tions racistes pour votre propre salle à manger.

Le mari d’Hortensia

Peter n’avait jamais été croyant, mais il avait affecté des postures de croyant qu’Hor­ten­sia n’avait jamais été capable de déchif­frer parfai­te­ment. Il sifflo­tait « Morning has broken », puis l’en­ton­nait, mais il s’embrouillait dans les paroles, le cantique dispa­rais­sant dans sa gorge. Il jouait au golf le dimanche, mais à Noël il voulait des chants de Noël. Et main­te­nant, il meurt et voilà qu’il veut une église.

Les sentiments d’Hortensia

Horten­sia en vint à comprendre la qualité de sa vie aurait gran­de­ment gagné à connaître plus de colère et moins de ressen­ti­ment. Le ressen­ti­ment est diffé­rent de la colère. La colère est un dragon brûlant tout le reste. Le ressen­ti­ment dévore vos entrailles, perfore votre estomac.

L’intelligence et la jeunesse

Horten­sia était en désac­cord avec l’opi­nion répan­due qui veut que les jeunes aient l’es­prit vif et de la jugeote. Au contraire, sur ses vieux jours, elle avait décou­vert que les jeunes (d’une manière géné­rale) se proté­geaient sous une sorte de douillet cocon d’idées arrê­tées, qui les mettaient à l’abri du monde et que l’on pouvait aisé­ment prendre pour de l’in­tel­li­gence, à la condi­tion que vous, l’ob­ser­va­teur, manquiez un peu de vigi­lance dans vos appréciations.

L » histoire du papier toilette(qui permet de comprendre la photo d’Athalie)

Lara avait couru à l’of­fice pour aller cher­cher un rouleau de papier toilette et elle était reve­nue avec le papier simple épaisseur.
« Celui-là est pour Agnes, avait hurlé sa grand-mère, avant de marmon­ner » pour­quoi est-ce qu’elle va mettre ses affaires dans mon office ? »
La fillette eut l’air trou­blée. Pour­quoi sa grand-mère ache­tait-elle deux quali­tés de papier toilette ? « Parce que » avait dit Marion.
Parce que le double épais­seur est plus cher et que, compte tenu de sa condi­tion, il parais­sait parfai­te­ment raison­nable de penser qu’Agnes se conten­te­rait du simple épais­seur. La fillette posait des ques­tions sur les choses auxquelles Marion n’avait jamais eu de raison de réflé­chir, mais c’était ainsi ‑la voilà la raison. Mais les dégâts avaient déjà été faits. Lara était contra­rié, Mare­lena était contra­riée. Elle consola sa fille et fit une moue répro­ba­trice à sa mère. « Je croyais qu’a­près tout ce temps tu en aurais fini avec ces choses-là. » Marion était jugée. Amère à l’idée d’être mal comprise, elle souleva l’af­faire avec Agnès.
« Pour­quoi mets-tu tes rouleaux de papier toilette dans mon office Agnes ? Quand les courses arrivent, quand tu vides les sacs, prends ce qui te revient et mets-le dans ton studio.
-Non, patronne.
-Quoi ?
Agnès avait rare­ment l’oc­ca­sion d’uti­li­ser le mot « non » quand elle parlait avec Marion. En fait, Marion ne pouvait se rappe­ler qu’une seule fois elle l’avait entendu l’employer.
-Celui-ci n’est pas mon papier papier toilette, patronne. Le mien, je l’achète moi-même. – Pour­quoi achètes- tu ton propre papier ? avait demandé Marion. Quel chan­ge­ment avait bien pu se produire ? Elle travaillait ici depuis des dizaines d’an­nées et connais­sait les règles. Agnès, qui était en train d’es­sayer les petites taches sur le marbre du plan de travail de la cuisine, haussa les épaules.
- J’avais besoin de quelque chose de meilleure qualité, patronne.
Un jour, peu après cette conver­sa­tion, alors qu’Agnes était occu­pée avec le linge sale, Marion se glissa dans le studio pour en inspec­ter la salle de bain. Là se trou­vait le papier toilette en cause. Triple épais­seur. Elle rougit et, pour ne jamais être en reste, lors de son dépla­ce­ment suivant chez Wool­worths Marion choi­sit une grande quan­tité de rouleaux de papier toilette triple épais­seur pour elle-même.

Vieillir

- De toute façon, je suis trop vieille. Je ne peux pas avoir un copain. J’ai toutes sortes de douleurs. Trop.
-C’est ainsi, et oui.
-Quoi ?
-Ça. Vieillir. Avoir de plus en plus de douleurs.
Marion fit une grimace.
-Et essayer de tout réparer.
- Et ça marche ?
-Quoi ?
-D’es­sayer de tout réparer ?
- Pas vrai­ment. J’ai quatre enfants, Horten­sia. Trois à qui je n’ai pas parlé depuis presque un an. Je ne les vois jamais. Mare­lena, mon aînée , elle appelle, mais j’ai toujours l’im­pres­sion, quand on parle, qu’elle me braque un revol­ver sur la tempe. Et que j’en braque un sur la sienne.

Cadeau de mon fils qui partage mon goût pour l’hu­mour de cet auteur aussi bien en roman : Le Discours , qu’en BD : depuis Zaï Zaï Zaï , Et si l’amour c’était d’ai­mer, et Formica . Il s’agit d’un de ses premiers romans et déjà tout son humour est présent. L’au­teur narra­teur, auteur de théâtre de son état, est un éter­nel perdant qui se présente comme étant un collec­tion­neur d’en­ter­re­ments. Mais surtout ne vous fiez à rien de ce qu’il raconte car tout est faux et tout n’est qu’un jeu d’ap­pa­rences . Tout le monde est mani­pulé par cette société Figu­rec, qui paye des figu­rants pour que votre vie ait l’air de quelque chose d’à peu près vivable. Au passage vous aurez quelques éclats de rire, pas forcé­ment les mêmes que les miens mais je suis certaine que vous rirez. En revanche ne vous accro­chez pas trop à l’in­trigue, si elle est meilleure que la pièce de théâtre dont nous avons quelques extraits ce n’est quand même pas l’his­toire du siècle. C’est pour moi moins bon que « Le Discours » mais pour mes éclats de rire, je lui attri­bue quand même ses quatre coquillages.

Citations

La phrase à ne pas oublier (et à essayer de recaser dans une conversation)

On peut diffi­ci­le­ment se permettre d’être para­site et végétarien.

Les artistes

Il y a les artistes et ceux qui auraient aimé être artistes, c’est géné­ra­le­ment dans cette caté­go­rie qu’on trouve les mécènes – et puis il y a ceux qui n’en ont rien à foutre, pour qui les artistes sont soit des fainéants, soit des homo­sexuels, soit les deux.

Un bel enterrement

Ah, l’en­ter­re­ment d’An­toine Mendez ! Sa femme essayant de sauter dans le caveau pour le rejoindre dans l’éter­nité, ses cris hysté­riques, ses trois fils la rete­nant dans des spasmes maîtri­sés de grands garçons face à la mort, le discours de son meilleur ami admi­ra­ble­ment ciselé, pas du tout mortuaire, certaines anec­dotes parve­nant même à susci­ter des petits rires humides et pensifs dans l’as­sis­tance. Je souhaite sincè­re­ment que cet ami ait droit à pareil éloge quand son tour vien­dra. Antoine Mendez, voilà quel­qu’un qui a réussi son enter­re­ment. Il y a des gens comme ça qui savent partir.

Figurec

Depuis, l’idée a fait son chemin. Figu­rec aujourd’­hui c’est des dizaines de milliers d’employés à travers le monde. Des figu­rant dans tous les domaines, partout, proba­ble­ment la société secrète la plus puis­sante du monde ou employé et comman­di­taire sont tous maçons ou fils de maçon. Enfin pas tout à fait maçons, plutôt Roque­bru­niste, c’est une autre école, la belle dissidente.

Sa mère

Ma mère ressent toujours le besoin de préci­ser l’ori­gine des aliments qu’elle propose à ses invi­tés, de manière un peu para­noïaque, comme si elle était persua­dée que les gens qui viennent manger chez elle redoutent l’in­toxi­ca­tion alimen­taire. Si la cuisine était assez grande pour y faire entrer deux bovins, elle présen­te­rait aux invi­tés les parents du steak.

Ses succès féminins

La dernière femme avec qui j’ai eu une conver­sa­tion en tête à tête – si j’ex­clus ma mère et ma boulan­gère – est la profes­seur d’an­glais qui m’a fait passer l’oral du bac. Autant dire que, contrai­re­ment à » my tailor », mon expé­rience » is not rich ».

Les manifs de prof le chapitre entier est très drôle voici juste un passage

Devant nous, un homme et une femme discute assez violem­ment, lui est du SEAFFJ (syndi­cat des ensei­gnants adhé­rents à la Fédé­ra­tion fran­çaise de judo) et elle du SEDV (syndi­cat des ensei­gnants diabé­tiques et végé­ta­liens). Visi­ble­ment ils ne sont pas tout à fait d’ac­cord sur un point précis des reven­di­ca­tions. Fina­le­ment, un type avec un bouc et des lunettes, du SEPVSELC (syndi­cat des ensei­gnants pour la vacci­na­tion systé­ma­tique des enfants du Loir-et-Cher) s’in­ter­pose et finit par les calmer.