Je ne sais pas depuis quand ce roman était dans ma bibliothèque ni qui l’y a mis. Je n’ai pas souvenir d’avoir voulu le lire, mais c’est chose faite. Est-ce un roman ? un essai ? une autofiction ? Je ne peux pas répondre à ces questions, tout ce que je peux dire c’est que rarement un écrivain aura fait de lui-même un portrait plus déplaisant. En le lisant, je me disais : « quel est le malheur plus grand que de n’être pas aimé ?, de ne pas aimer soi-même ? » et bien j’ai trouvé la réponse  « d’être aimé par un écrivain à l’esprit torturé ! ». Car ce « roman russe » raconte  la vie d’Emmanuel Carrère, sa mère, son grand père russe et collaborateur des nazis, et l’amour d’ Emmanuel pour une pauvre Sophie qui doit être bien triste de l’avoir aimé. Lui qui, lorsqu’il est angoissé a de l’herpès sur le prépuce. Ne soyez pas étonné que je connaisse ce fait si important, il est dans son roman comme tant d’autres détails dont je me serai volontiers passée. Donc, on connaît tout de ses petitesses dans sa conduite amoureuse, le clou de l’ignominie c’est lorsqu’il lui offre exactement la même bague que Jean-Claude Romand avait offert à sa femme et qu’il l’emmène le soir même une adaptation de son livre  « L’adversaire » qui raconte justement les meurtres de Romand. Est-ce que je rejette tout de ce livre ? je me dis qu’il lui a permis peut-être de se reconstruire en étalant ainsi les côtés les plus déséquilibrés de son être et des failles de sa famille. Je trouve aussi que la partie russe résonne assez juste, mais ce dont je suis certaine c’est que si j’avais commencé par la lecture de ce livre je n’aurais plus jamais ouvert un livre de cet auteur.

Citations

Autoportrait  peu flatteur

La plupart de mes amis s’adonnent à des activités artistiques, et s’ils n’écrivent pas de livres ou ne réalisent pas de films, s’ils travaillent par exemple dans l’édition cela veut dire qu’ils dirigent une maison d’édition. Là où je suis, moi copain avec le patron, elle l’est avec la standardiste. Elle fait partie, et ses amis comme elle, de la population qui prend chaque matin le métro pour aller au bureau, qui a une carte orange, des tickets restaurants, qui envoie des CV et qui pose des congés. Je l’aime, mais je n’aime pas ses amis, je ne suis pas à l’aise dans son monde, qui est celui du salariat modeste, des gens qui disent « sur Paris » et qui partent à Marrakech avec le comité d’entreprise. J’ai bien conscience que ces jugements me jugent, et qu’ils tracent de moi un portrait déplaisant.

Jugement du principal protagoniste du film Retour à Kotelnitch

C’est bien : et ce que je trouve surtout bien, c’est que tu parles de ton grand père, de ton histoire à toi. Tu n’es pas seulement venu prendre notre malheur à nous, tu as apporté le tien.Ça, ça me plaît.

24 Thoughts on “Un roman russe – Emmanuel CARRERE

  1. L’autofiction ne me passionne pas non plus mais il faut croire que certains écrivains adorent tout déballer en public. Il faut espérer que ça leur fasse du bien…

  2. C’est le seul argument qui peut faire accepter ce livre. Quel pensum ! Pour lui et pour moi.

  3. J’hésite depuis longtemps à lire ce titre, car j’avais bien aimé D’autres vies que la mienne du même auteur, mais j’avais cru comprendre, au vu des avis lus à son sujet, qu’il est particulier. J’avoue que ton billet me refroidit un peu, et que si cette lecture doit se faire, ce ne sera sans doute pas tout de suite !!

    • je lis en ce moment Royaume et c’est très intéressant je crois qu’il a eu besoin d’écrire ce livre là mais qu’il ne faut pas le juger sur celui-là.

  4. J’aime bien l’écouter Emmanuel Carrère, il est intéressant Quant à le lire, j’ai plus de mal, surtout depuis qu’il fait de l’auto-fiction.

  5. C’est avec ce livre que j’ai découvert l’auteur et que je l’ai apprécié !!! Et oui ! J’ai aimé son écriture tout d’abord. Et ça, pour moi, c’est capital ! Des propos passionnants mal écrits, ne m’intéressent jamais. Et puis j’ai aimé sa franchise, son honnêteté, car, comme tu le soulignes, il fait un portrait des plus déplaisants de lui.
    Et pourtant, je n’aime guère les autofictions… Mais c’est le seul auteur que j’arrive à lire facilement dans ce genre littéraire. Va savoir pourquoi !

    • J’ai juste ressenti un grand malaise. Pauvre Sophie. J’aurais détesté que l’on raconte mon amour de cette façon. Mais oui c’est un écrivain qui a une plume agréable à lire.

  6. Bon, en voilà un qui ne rejoint pas ma wish-list ;)

  7. ouh laaa ! Bon, ça tombe bien, je ne comptais pas forcément relire cet auteur après ma lecture-échec de D’autres vies que le mienne…

  8. A bien y réfléchir je crois que je n’ai jamais lu cet auteur…

  9. N’ayant jamais lu Carrère, j’ai bien compris qu’il ne faut absolument pas commencé par celui-là.

    • Surtout que si je me souviens bien, l’auto-fiction t’énerve souvent. Là c’est le summum du genre. Je me demande si ce n’est pas parodique.

  10. je supporte très mal ses romans alors que ses essais sont vraiment intéressants drôle de bonhomme !

    • je suis d’accord, je pense qu’il a un grand talent mais je ne comprends pas les chemins où il veut conduire ses lecteurs. Pourquoi a-t-il eu besoin de se peindre de façon aussi minutieuse et aussi peu flatteuse ? je n’ai pas la réponse .

  11. Pas très engageant, en effet…

  12. Je suis quand même curieux de lire ce que produit Carrère en matière d’autofiction. Ses récits/essais sont convaincants.

  13. Je l’ai lu récemment et je trouve qu’effectivement le portrait était assez dérangeant. Ce sont un peu les mêmes thèmes qui traversent son oeuvre. En revanche, j’aime bien l’aspect journalistique qu’il introduit dans ses oeuvres

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