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Traduit de l’américain par Sylvette GLEIZE

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Après les détours par « Mensonges sur un divan » et par « et Nietzsche a pleuré », j’ai lu avec un intense plai­sir le livre que le blog de « dasola » recom­man­dait : Le problème Spinoza. Je suis très contente d’avoir lu ses deux autres romans avant celui-ci, j’avais suivi le conseil d’une autre blogueuse , Domi­nique, me semble t-il, et je m’en très bien trou­vée. Grâce une enquête sur deux person­nages que tout oppose Irvin Yalom essaie d’imaginer ce que Spinoza a éprouvé après avoir été exclu de la commu­nauté juive , et pour­quoi Rosen­berg le théo­ri­cien de l’antisémitisme nazi a abso­lu­ment voulu s’emparer de la biblio­thèques du petit musée consa­cré à Spinoza. Disant lui-même qu’il voulait ainsi régler le « problème Spinoza » (d’où le titre du roman).

Irvin Yalom dans les annexes à la fin du livre, dit qu’il lui a été plus diffi­cile d « imagi­ner les pensées de Spinoza dont on ne connaît que l’œuvre, et rien de sa vie person­nelle , que celles de Rosen­berg qui a beau­coup écrit et a rédigé ses mémoires en prison. Mais je dois dire qu’autant j’ai été convain­cue par les chapitres consa­crés à Spinoza, autant je suis restée septique sur las tenta­tives avor­tées de psycho­thé­ra­pie de Rosen­berg. Comme ce qu’écrit Irvin Yalom sur Spinoza repose sur ses théo­ries, d’abord c’est abso­lu­ment passion­nant et en plus, sa propre connais­sance du monde juif rend les réac­tions de Spinoza crédibles. Victime d’un « herem » ce qui corres­pond à une excom­mu­ni­ca­tion Spinoza s’est retrouvé loin de sa commu­nauté, mais il a préféré cela plutôt que de soumettre son esprit à des règles qui auraient empê­ché son libre arbitre de fonc­tion­ner.

L’autre partie du roman voit donc Rosen­berg se consti­tuer comme penseur de l’antisémitisme nazi et fidèle lieu­te­nant d’Hitler , je dois dire que j’ai été beau­coup moins inté­res­sée par les pages qui lui sont consa­crées. Évidem­ment j’ai beau­coup lu sur le nazisme et je n’ai pas appris grand chose, et puis le person­nage est si peu inté­res­sant. Un des charme d’Irvin Yalom c’est de savoir mettre en scène grâce à ses talents de psycha­na­lyste la struc­ture mentale des person­nages. Quand le person­nage est un philo­sophe, Nietzsche, Spinoza, c’est passion­nant. Quand le person­nage histo­rique a apporté quelque chose à l’humanité comme le docteur Josef Breuer cela donne beau­coup de charme au roman. Mais un haut digni­taire Nazi ! Ça a moins d’intérêt. On voit quand même à quel point autour d’un tyran c’est toujours le même style de panier de crabes, les diri­geants autour de leur cher « Führer » étaient prêts à toutes les bassesses pour un sourire du chef.

Je vais lais­ser Irvin Yalom pour ne pas me lasser, mais je lirai certai­ne­ment ses autres romans.

Citations

Pour tous ceux qui ne veulent pas exercer leur esprit critique et qui pensent que c’est vrai parce que c’est écrit dans Wikipédia, cette phrase de Spinoza

La force d’une convic­tion est sans rapport avec sa véra­cité.

Croire en Dieu n’exige pas le respect des rites : dites moi, croyez vous en un Dieu tout-puis­sant ?.…En un Dieu parfait ? Qui se suffit à lui même ?… Alors vous en convien­drez , par défi­ni­tion un être parfait qui se suffit à lui même n’a pas besoins, ni d’insuffisances, ni de souhaits , ni de volon­tés.

Alors, pour­suit Spinoza, je suggère qu’il n’y a pas de volonté de Dieu en ce qui concerne le comment, ni même le pour­quoi le glori­fier. Donc permet­tez moi d’aimer Dieu à ma façon.

Le plaisir d’appartenir à une communauté

Quand je dirige les prières , je me relis au passé, à mon père et à mon aïeul, et, j’ose le dire, je pense à mes ancêtre qui, depuis deux mille ans, ont répété ces mêmes phrases, psal­mo­dié ces mêmes prières, chanté ces mêmes mélo­dies.

Dans ces moments-là, je perds tous senti­ments de ma personne, de mon indi­vi­dua­lité, pour deve­nir une partie, de cette chaîne inin­ter­rom­pue qu’est la commu­nauté.

La mission de l’homme pour Spinoza

Comme vous le savez , à l’origine même de ma pensée est l’idée que c’est par la logique seule que nous pouvons comprendre la Nature, ou Dieu.

Il semble para­doxal de dire que les hommes sont plus utiles les uns aux autres quand ils suivent leur propre chemin. Mais il en va ainsi lorsqu’il s’agit d’hommes de raison . Un égoïsme éclairé mène à l’entraide mutuelle. Nous avons tous en commun cette capa­cité à raison­ner , et le vrai para­dis sur terre advien­dra le jour où notre enga­ge­ment à comprendre la Nature, ou Dieu, rempla­cera toutes les autres qu’elles soient reli­gieuses, cultu­relles ou natio­nales. 

Bousculer les dogmes

Je crois que les prophètes sont des hommes doués d’une imagi­na­tion excep­tion­nelle , mais pas forcé­ment d’un grand raison­ne­ment.

Je crois que plus on en saura, et moins il y aura de choses connues de Dieu seul. Autre­ment dit, plus grande est l’ignorance, et plus on attri­bue de choses à Dieu.

Pourquoi Spinoza a été banni de sa communauté

Les rituels de notre commu­nauté n’ont rien à voir avec la loi divine , rien à voir avec le bonheur, la vertu, l’amour , et tout en revanche avec la paix civile et le main­tien de l’autorité rabbi­nique.

La Torah comporte deux types de lois : il y a une loi morale, et il y a les lois qui visent à garder à Israël son unité en tant que théo­cra­tie indé­pen­dante. Malheu­reu­se­ment les Phari­siens, dans leur igno­rance, n’ont pas compris cette distinc­tion et ont pensé que l’observation des lois de l’Etat se confon­dait avec celle de la morale , quand ces lois n’étaient en fait desti­nées qu’au main­tien du bien public au sein de la commu­nauté. Elles n’avaient pas pour but d’instruire les juifs, mais de les main­te­nir sous contrôle. Il y a une diffé­rence fonda­men­tale dans l’objectif de chacun de ces deux types de lois : l’observation d’un céré­mo­nial vise unique­ment à la paix civile , quand l’observation de la loi divine ou morale conduit à la féli­cité.

On en parle

Dasola bien sûr  et le blog de Tilly que je ne connais­sais pas et Sean­nelle que j’avais oublié.

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