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Il aurait fallu si peu de chose pour que ce livre ne soit jamais écrit : que le place­ment de Lyes par l’ASE, qui avait si bien commencé dans une famille aimante prête à l’adopter ne quitte la région pari­sienne. Comme il le dit lui même, ces cinq ans de bonheur normal lui ont sans doute forgé des forces pour être debout aujourd’hui. Ensuite ce sera l’enfer pour lui d’abord, et lorsque les adultes qui auront à s’occuper de lui l’auront bien écra­bouillé et détruit en lui, toute trace de naïveté de son enfance, ce sera l’enfer pour tous ceux ou celles qui devront l’approcher.

Il veut témoi­gner de ce que sont les foyers où on mélange les enfants de 8 ans avec des jeunes de 17 ans, du peu de surveillance de certaines famille d’accueil, de l’absurdité des place­ments succes­sifs, l’abus de l’utilisation des médi­ca­ments lorsqu’un enfant est agité et du mal que peut créer le lien avec la mère biolo­gique au détri­ment de l’enfant. Un argu­ment donné par son réfé­rent de L’ASE pour ne pas le lais­ser dans la famille d’accueil qui voulait abso­lu­ment le garder (et qui a su conser­ver un lien avec lui), c’est que sa mère inter­née en HP ne gardait que ce fil si fragile pour ne pas sombrer dans une démence encore plus grave.

Encore un témoi­gnage impor­tant pour ne pas oublier que dans notre société on est loin de faire tout ce qu’il faut pour des enfants privés de parents respon­sables, c’est dans ce foyer qu’il pren­dra conscience qu’il est « arabe » et j’ai lu son témoi­gnage en pensant aux frères Koua­chi, ils ont connu eux-aussi aussi l’enfer des foyers, et les éduca­teurs les trou­vaient… « gentils » !

21 Thoughts on “Dans l’enfer des foyers – LYES .L.

  1. Ce genre de témoi­gnage est bien néces­saire en effet. Je vais regar­der si je peux le trou­ver en biblio.

    • oui , il faut lire et le savoir , peut-on agir ? c’est une autre histoire.….

      • J’ai rencon­tré un jour­na­liste qui faisait des ateliers d’écritures dans les banlieues et dans les prisons, et cette rencontre m’avait beau­coup marqué. Je ne pense pas que la parole et l’écriture répare tout loin de là mais peut-être que ça peut être un outil pour avan­cer.

  2. Un témoi­gnage aussi poignant que terrible j’ai l’impression. C’est une triste réalité qui fait froid dans le dos !

    • Leys appa­raît équi­li­bré aujourd’hui , mais les foyers semblent une horrible struc­ture à écra­bouiller les ados déjà fragiles

  3. Merci de présen­ter ce livre, de façon si sensible. Ah ces gamins… On les retrouve en classe, on sait qu’ils ont un dur vécu derrière eux…

    • il raconte combien il s’en veut d’avoir fait craquer un vieux prof de fran­çais trop gentil. Il était devenu une bête sauvage. Mais où est sa respon­sa­bi­lité ?

  4. Des témoi­gnages oh combien impor­tants en effet mais l’action est diffi­cile hélas

    • des choses simples peuvent être faites comme ne pas mélan­ger des enfants et des ados… et dans son cas telle­ment d’erreurs ont été faites c’est triste, l’important c’est qu’il s’en sorte.

  5. Des jeunes avec un vécu très diffi­cile, j’en côtoie tous les jours dans mon boulot. On se sent parfois bien impuis­sant mais le peu qu’on leur apporte est déjà un pas vers un mieux… Certains s’en sortent, ils ont fait les bonnes rencontres, d’autres ne s’en sortent pas, ils ont fait les mauvaises rencontres… Et que fait la société pour tous ces jeunes ? Les juges dorment-ils bien quand ils prennent les mauvaises déci­sions (du vécu !!!) ?

    • Ce qui me choque, c’est qu’on est ému par les histoires du passé, mais parfois les foyers ou les mauvaises familles d’accueil sont aussi destruc­trices que les orphe­li­nats des temps passé . Pour­tant l’état met un argent consé­quent dans les mesures d’aide à l’enfance. Alors il se passe quoi ?

  6. Il se passe que l’administration est une grosse machine sourde et aveugle à l’humain. Avec trop souvent des profes­sion­nels peu ou mal formés qui font avec les moyens du bord. Cette semaine, il y avait un docu­men­taire sur F.C. sur les enfants placés. La parole leur était donnée sans inter­ven­tion d’un jour­na­liste et c’était criant de vérité. http://​www​.fran​ce​cul​ture​.fr/​e​m​i​s​s​i​o​n​-​s​u​r​-​l​e​s​-​d​o​c​k​s​-​s​u​r​-​l​e​s​-​d​o​c​k​s​-​e​n​f​a​n​t​s​-​p​l​a​c​e​s​-​2​015 – 06-04

  7. Ton passage chez moi : tu veux lire A parts égales ? (donné, cadeau!)

    • quelle gentillesse je vais essayer de t’écrire à partir de ton blog, bien sur que les cadeaux ça fait toujours plai­sir , des livres en plus et d’une blogueuse dont j’apprécie les billets ça fait 3 fois plus de merci

  8. J’ai bien reçu ton mail (en fait j’avais déjà eu ton adresse, cela m’a rappelé quelque chose); mais atten­tion, ce n’est pas du Proust !

  9. Je découvre ton blog via tes commen­taires chez Keisha et Brizée.

    J’ai travaillé dans le domaine de protec­tion de l’enfance – oui l’administration est lourde et très compli­quée. Le problème ne vient pas de là, il vient de plus haut : des lois. L’ASE ne fait qu’appliquer des lois que le juge des enfants appliquent égale­ment. En France, il est vrai (malgré de nombreux rapports, témoi­gnages) que le lien avec les parents doit être main­tenu même si les parents sont dans l’impossibilité d’élever leurs enfants (on consi­dère qu’avec une carte postale par an, un enfant n’est pas « aban­donné » par ses parents…). L’autorité paren­tale est rare­ment enle­vée sauf en cas d’abus sexuels répé­tés par exemple. Mais les menta­li­tés évoluent…

    Il y a eu quelques cas célèbres de familles d’accueil qui souhai­taient adop­ter des enfants placés chez eux mais non, les enfants ne sont pas adop­tables. Cette poli­tique entraine le dépla­ce­ment de familles d’accueil en foyer – rappe­lant (selon moi) sans cesse à l’enfant sa posi­tion d’enfant otage de parents « virtuels » et otage de l’institution, et surtout bloquant de sa part tout inves­tis­se­ment émotion­nel qui est essen­tiel au déve­lop­pe­ment normal.

    De nombreux rapports aujourd’hui demandent à ce que les légis­la­teurs changent la loi et puissent enfin permettre à ces enfants, ou adoles­cents d’être décla­rés pupilles de l’état et adop­tables.
    Mais c’est un long chemin.. car en France, le poids du lien du sang est sacré.

    Je vais voir si je peux trou­ver ce livre. Mais comme tu le dis, il est bon de préci­ser que d’aller de foyer en foyer ne mène pas forcé­ment à l’échec !

    • oh ! merci de ce commen­taire si long et si argu­menté. Je pense qu’en France on fait toujours les lois avec un effet de balan­cier. Après avoir enlevé trop souvent des enfants à des parents qui n’étaient qu’en diffi­culté finan­cière à mon avis c’était encore vrai dans les années 5 , on ne prive plus des parents maltrai­tants de l’autorité paren­tale même si cela aide­rait l’enfant à mieux gran­dir.

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