Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Un livre éton­nant qui commence une série que je ne connais­sais pas l « Égo-histoire », qui se défi­nit ainsi :

une forme d’approche histo­rio­gra­phique et de courant d’écriture histo­rique à travers laquelle l’historien est censé analy­ser son propre parcours et ses méthodes de manière réflexive et distan­ciée. (Wiki­pé­dia) . 

Il peut très bien se glis­ser dans une de vos valise pour accom­pa­gner vos vacances. Même si il n’est pas qu’un livre léger et plai­sant de souve­nirs d’une famille intel­lec­tuelle pari­sienne, ceci n’est, en effet, qu’un tout petit aspect de ce livre, qui cherche à atteindre des buts beau­coup plus larges, plus « scien­ti­fiques » trou­ver en quoi les vacances orga­ni­sées par ses parents s’inscrivent dans une conduite socio­lo­gique ne corres­pon­dant pas exac­te­ment à l’originalité à laquelle elle semblait à l’époque répondre. C’est certai­ne­ment l’aspect qui lui a enlevé un ou deux coquillages sur Luocine, car j’ai trouvé ces expli­ca­tion très répé­ti­tives, on comprend assez vite mais l’auteur a besoin d’y reve­nir plusieurs fois sans rien ajou­ter au propos. Le second aspect m’a beau­coup touchée : que se cache-t-il derrière cette injonc­tion pater­nelle « Soyez heureux !» ? Toutes les diffi­cul­tés des resca­pés de la Shoah sont dans ces deux mots et la façon dont son père a rendu ses enfants « heureux » est extra­or­di­naire à la fois de simpli­cité mais aussi de courage . Enfin le dernier aspect, ce sont les souve­nirs de cet enfant qui a comme tous les enfants préfèrent jouer avec ses amis plutôt qu’écouter les expli­ca­tions savantes à propos des ruines grecques et romaines.

Un livre que j’ai beau­coup aimé malgré les bémols que j’ai évoqués.

Citations

Ambiance familiale marquée par la Shoah

Dans ma famille, le bonheur repré­sen­tait un tel enjeu qu’il en deve­nait non seule­ment inac­ces­sible, mais vicié, légè­re­ment putré­fié, pas si dési­rable que cela. C’est une perver­sion dont je ne me suis jamais tout à fait remis. Le seul remède à cette mala­die de l’âme consis­tait à rompre le soup­çon et a décidé immé­dia­te­ment, toutes affaires cessantes, que je pouvais être heureux, pour aucune autre raison que j’en avais le droit. 

Le camping -car

Si les moque­rie de mes cama­rades me mettaient mal à l’aise , c’est parce que je sentais qu’elles visaient bien plus que des vacances : notre iden­tité fami­liale , notre mode de vie , notre « style » , la person­na­lité de mes parents , donc l’éducation que je rece­vais d’eux. Partir en camping-car révé­lait un certain niveau de revenu, mais aussi l’absence de tradi­tions fami­liales et de racine ; un certain capi­tal cultu­rel, et aussi un manque de savoir-vivre ; une incli­na­tion au ridi­cule, mais aussi une liberté d’esprit, une capa­cité de déta­che­ment, par fierté ou indif­fé­rence au qu’en-dira-t-on.

Liberté

j’étais libre parce qu’il n’y avait pas de cein­ture à l’arrière et que nous nous dépla­cions dans l’habitacle pendant les trajets
parce que je pouvais flâner dans les musées sans les visi­ter
parce que je pouvais rester des heures à jouer dans les vagues
j’étais libre parce qu’on campait n’importe où, sur les plages, les débar­ca­dère, les parkings, au bout des jetées , dans les clai­rières
parce que mon sac de couchage était un vais­seau spatial, avec des manettes et des cadrans inté­grés
j’étais libre parce que aucun cahier de vacances ne venait prolon­ger le travail scolaire de l’année
parce qu’une pres­sion se relâ­chait
l’urgence était suspen­due
parce qu’on chan­geait de desti­na­tion tous les ans
parce que nos spots ne figu­raient sur aucun guide de voyage
et que cela ne coûtait rien de se perdre, l’égarement n’étant qu’un autre chemin
j’étais libre de m’éprouver Juif errant, tout en étant protégé par un État 

18 Thoughts on “En camping-car – Ivan JABLONKA

  1. keisha on 5 juin 2019 at 07:09 said:

    Faut croire que les bémols l’ont vite emporté pour moi, c’est un aban­don (j’avais sûre­ment plus palpi­tant à lire,)

  2. je n’ai pas tenté celui là car le précé­dent avait été un échec de lecture

    • C’est mon premier livre de lui et je n’ai pas été déçue mais quand je vois que Keisha n’a pas aimé, je me dis que je devais être de bonne humeur. Il faut dire qu’à côté du précédent…il n’y a pas photo.

  3. Malgré ton enthou­siasme tes bémols me refroi­dissent je dois dire.

  4. Je l’avais noté à sa sortie, il ne faut pas que je l’oublie.

  5. Bof, je ne le sens pas, tes bémols, ceux de Keisha… ça fait beau­coup même si tu l’as aimé au final.

    • Je comprends et puis je sais aussi que lorsqu’on fréquente la blogo­sphère on est assailli de propo­si­tions plus allé­chantes les unes que les autres.

  6. Pareil, j’avais quelques bémols…

  7. keisha on 7 juin 2019 at 08:48 said:

    Je reviens sur ces livres sur la grande grippe. Je vais inter­ro­ger ma maman sur ses souve­nirs (même si elle n’était pas née, elle a connu des gens qui y étaient)
    Sache qu’en 2019 ces « petits villages » votent large­ment à plus de 30 % pour qui tu devines…

  8. keisha on 7 juin 2019 at 08:49 said:

    Aucun rapport avec les grippe, bien sûr !

  9. Je suis content que tu l’aies lu avec un avis globa­le­ment posi­tif. J’avais noté ce titre à sa sortie en trou­vant le sujet très inté­res­sant. Les deux premiers extraits suffisent à confir­mer mon inté­rêt pour ce titre ! Merci

    • J’aime beau­coup le père de famille qui veut que ses enfants soient « HEUREUX ». Et j’ai globa­le­ment appré­cié cette lecture.

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