Éditions Gallmeister, 274 pages, novembre 2025

Traduit de l’américain par Laura Derajinski

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

En 2017, j’avais déclaré que plus jamais je ne lirai cet auteur, que mon club de lecture m’avait découvrir avec le roman « Aquarium«  ; j’avais évidemment oublié (hélas !) cette déclaration, et j’ai donc lu un deuxième roman de cet auteur et j’espère bien que la prochaine fois je me souviendrai de ma tristesse en lisant ce roman.. Pourtant le sujet est très intéressant et même la façon dont le traiter est originale. Je raconte rapidement l’histoire de la pauvre jeune-fille Aica qui vit dans une petite île des Philippines. Sa famille est très pauvre, son père est un alcoolique violent. Un jour un étranger, Bob, arrive dans son beau bateau blanc, Aica n’a qu’un but se faire faire un bébé par Bob pour avoir une rente à vie. La première partie du roman, raconte toutes les hésitations de Aica et l’envie de Bob de posséder le corps de cette jeune fille. Finalement, elle part avec lui, commence alors la deuxième partie, Aica se rend compte que Bob ne lui fera pas de bébé car il s’est fait faire une vasectomie. Elle sait qu’alors elle s’est prostituée sans doute pour rien. Elle décide de tuer Bob , et commence la troisième partie, elle est bloquée dans son voilier car elle veut que le corps de Bob soit dévoré par les poissons avant de repartir. Pendant cette attente, elle rencontre Andy qui lui à l’opposé de Bob est d’accord pour faire des bébés à toutes les femmes philippines qu’il rencontre.

Commence alors la quatrième partie, elle rentre vers son île en se sachant enceinte. Et commence alors, une lutte à mort avec sa famille et les gens de son village, en particulier le chef qui veut absolument attirer les touristes dans leur petite île et qui attend de Bob (dont tous ignorent le triste sort), l’argent nécessaire à la construction d’un hôtel pour recevoir les visiteurs. Aica ne pourra que s’enfuir de ce village qui maintenant la déteste au plus haut point.

Un des aspect qui m’a intéressé, c’est la façon dont la jeune fille apprend peu à peu à se servir du bateau, il est certain que cet auteur connaît la navigation, et comprend bien comment une jeune peut se débrouiller sur une bateau même sans y connaître grand chose.

Pourquoi ai-je des réserves à propos de ce roman ? Ce n’est pas très juste de ma part, mais je déteste cette histoire, je n’ai aucune peine à imaginer que cela existe, mais ces riches occidentaux qui dépensent en un repas au restaurant de quoi faire vivre un mois une famille de pêcheurs, et qui peuvent donc s’offrir une jeune fille pour presque rien, me dégoûtent profondément. Aica, est calculatrice, meurtrière, menteuse, mais elle vit dans une telle misère que l’auteur comprend ce qui l’a amenée à cette conduite. Elle dialogue sans cesse avec elle et passe son temps à regretter ses décisions, qui sont toutes plus catastrophiques les unes que les autres, elle est prise dans une spirale infernale mortifère. Le meurtre de Bob est insoutenable et assez peu compréhensible. Je lui attribue quand même trois coquillages, car je pense que ce que décrit David Vann est plausible sinon exact. C’est triste !

Bref, ce roman pourra vous plonger dans un désespoir profond si par hasard vous aviez bon moral et confiance dans l’humanité.

Extraits

Début.

 Quand l’étranger apparaît pour la première fois, la mer est calme. Les grains de sable, bien à plat sur la plage, l’air doré. En compagnie d’enfants plus jeunes, Aica se tient sur une large branche de bois flottée, aux côtés de son amie, Ana Mae.
– Il est seul, dit Ana M.ae, il a un voilier.
Le voilier, amarré à la vue de tous dans la crique voisine, un mât unique, une coque blanche et lisse. Aica n’aime pas entendre ces mots prononcés à voix haute. C’est son rêve depuis trop longtemps. Ça devrait rester secret.

Ce que veut fuir Aica.

Aica a rincé le riz deux fois et le met à cuire sur le feu. Du charbon de bois en plein milieu de la maison, tant de fumée, et l’odeur aussi. Une gazinière ne ferait pas de cendre, pas de chaleur intense. Il suffirait d’allumer et de l’éteindre. Et un frigo pour conserver les aliments plus d’un jour sans avoir aller saler. Et des toilettes avec une chasse d’eau pour ne plus avoir à puiser de l’eau dans un récipient. Et une douche pour ne plus être obligée de se rincer avec un seau, Et plus de père ivre ne plus jamais l’entendre ni le voir.

Une scène bien racontée du danger du bateau à voile.

 Aica s’agrippe à la voile et grimpe sur la bôme, qu’elle enjambe, puis elle s’allonge sur le ventre et avance centimètres par centimètres jusqu’à l’extrémité. Avec le roulis, elle pourrait facilement tomber. Il ne faut pas qu’elle se blesse par-dessus le marché, elle est désormais au-dessus du cockpit, au-dessus du taud, elle continue à défaire la fermeture éclair et elle atteint enfin le bout.
 Elle doit à présent ramper à reculons par-dessus la voile, ce qui est bien plus difficile mais elle y parvient une progression lente puis elle se redresse en arrivant au-dessus de l’escalier. Elle descend et détache la corde qui maintient la bôme.
 La baume et la voile claquent de gauche à droite dans le mouvement des vagues. Aica fait attention de rester à bonne distance, tandis qu’elle retourne au mât.
(…)
 La grand voile est lourdes, elle gonfle dans le vent et se plaque contre Aica. À deux ou trois mètres de haut à peine et la corde est déjà tendue trop difficile à tirer, alors Aica la bloque avec le winch. La corde ou la voile ou le mât ou le winch pourrait se casser sous la pression et la force du vent, mais elle ne sait pas comment faire autrement, alors elle actionne le mécanisme du winch en utilisant la vitesse, la plus lente et la plus douce et elle regarde monter la voile.
 Le bateau avance à présent, il avance déjà et Aica est pleine d’excitation. Elle va peut-être réussir à sauver son bébé après tout, elle se précipite au gouvernail pour essayer de régler le cap sur l’autopilote. Elle devrait partir vers l’est, elle tourne la barre à gauche pour aller au sud puis à l’est, la bôme et la voile claquent soudain vers le côté opposé et soulève le bateau sous la violence de l’impact. Mais rien ne semble casser elle trouve l’est sur la boussole, règle autopilote et appuie sur le bouton. Elle repart vers le mât, dépasse l’escalier de la cabine, prends garde de ne pas perdre d’équilibre, mais une vague soulève soudain le côté du bateau la bôme tourne brusquement et Aica est fauchée, elle s’envole au-dessus du pont, si vite qu’elle ne voit plus rien sauf le bleu de l’eau quand elle y plonge (…)
Le bateau déjà si loin, si impitoyable. Entraîné par l’autopilote et la voile. Même la grand-voile partiellement hissée suffit à lui donner plus de vitesse que n’importe quel nageur.

26 Thoughts on “La jeune fille et la mer – David VANN

  1. Je comprends très bien ton sentiment vis à vis de ce roman. Il y a de quoi être en colère contre ce monde si déséquilibré. Je ne savais pas que les romans de David Vann était si sombre mais j’ai quand même envie de le lire un jour.

  2. keisha on 11 mai 2026 at 08:17 said:

    Et alors, Andy lui donne une rente à vie? ^_^
    Cela m’a l’air du grand n’importe quoi, le meurtre incompréhensible, j’ai déjà donné avec cet auteur, je n’y reviens plus.

    • je ne reviendrai pas moi non plus, vers cet auteur. Si je me souviens bien, elle veut à tout prix faire croire que l’enfant est de Bob et que Bob est vivant, mais je me suis tellement dépêchée d’oublier ce récit que je ne suis plus sure de rien .

  3. J’ai décidé de ne plus lire David Vann après Sukkwan Island (en 2014 !) et m’y suis tenue pour le moment. Ce n’est pas avec ce roman que je risque de me laisser tenter.

    • j’avais pris cette décision moi aussi et maintenant je vais m’y tenir ! En voyant passer ce roman au club, j’avais complètement oublié qu’il avait ce goût pour donner à ses lecteurs un sentiment de tristesse infinie

  4. Un auteur que je ne connais pas mais au vu des commentaires je pense que je vais éviter…

  5. Un auteur que je n’ai toujours pas osé lire… Un de mes collègues de la médiathèque m’a conseillé ce roman que j’avais mis sur ma liste… Mais après ton billet, je vais y réfléchir à deux fois !

    • Il sait particulièrement bien décrire la noirceur de l’âme humaine. Mais si tu veux lire un roman de cet auteur, je pense que celui-ci n’est pas son meilleur.

  6. Je n’étais pas tentée par cet auteur et je vois que celles qui s’y sont risquées ne le recommandent pas vraiment. Pas de regret !

  7. Dommage que tu ne souhaites pas participer au Book trip en mer chez Fanja, je pense que ce titre y aurait sa place…
    … y aura, si je mets la main dessus (merci pour les extraits de navigation!)!
    Contrairement à dasola, je n’ai pas encore lu de David Vann.
    (s) ta d loi du cine, « squatter » chez dasola

  8. Le dernier titre que j’ai lu de Vann est Aquarium, qui m’a terriblement déçue par son intrigue peu crédible (alors que, je suis d’accord avec toi, ça commençait bien -je suis allée lire ton billet) et ses dialogues caricaturaux… j’avais pourtant beaucoup aimé Sukkvan Island et Désolations (très sombres aussi, mais beaucoup mieux maîtrisés au niveau de l’intrigue et de l’écriture).
    Bref, aucun risque que je m’aventure à lire celui-là..

    • Je trouve qu’il prend des points de départ qui me révoltent aussi, mais il me donne l’impression d’en rajouter pour le plaisir d’être encore pire que la réalité. Le cadavre de Bob attacher au bateau pour qu’il soit manger par les poissons est complètement inutile, à mon avis.

  9. Un auteur que je n’ai jamais lu, j’ai tout de suite compris que c’était très sombre (alors que l’auteur est très sympa en rencontre) ; ton billet et les commentaires me confortent dans ma décision de ne pas le lire.

  10. J’avais aimé son tout premier roman qui avait fait sensation. Mais j’avais abandonné la lecture du second. Je comprends ton souhait de ne plus le lire.

    • je trouve que j’ai, en écoutant les nouvelles du monde, assez de raisons de ne pas me plonger dans les noirceurs des comportements humains. Mais quand je dis cela je ne ne dis pas tout, en réalité si j’éprouve cette énorme tristesse c’est que, pour moi; le récit n’est pas bon.

  11. J’ai une tendresse particulière pour cet auteur et je pense lire ce roman malgré tes bémols.

  12. Ce qu’il y a de drôle est que l’auteur ( que j’ai vu plusieurs fois à Etonnants voyageurs) est un amour … Gentil, drôle, très accessible … Tu te demandes pourquoi ses histoires sont toujours aussi plombantes ! Je n’ai lu que ses trois premiers titres et j’ai été tentée un moment par La contrée obscure qui semblait prendre un autre chemin que le huis clos horrifique.

  13. Un écrivain qui avait tapé fort avec ses premiers romans mais qui est vite devenu sans intérêt depuis…

  14. Le sordide ne me dérange pas mais cette histoire m’intéresse peu donc je passe mon tour…

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