Édition Sona­tine. Traduit de l’an­glais par Julie Sibony 

Tout est faux dans cet excellent roman , même ma clas­si­fi­ca­tion. Non ce n’est pas tout à fait un roman poli­cier, non Saint-Louis dans le Haut Rhin n’est pas la ville de province sinistre que le person­nage Manfred Baumann se plaît à nous décrire, non, la préface que j’ai lue ‑sans rien trop la comprendre au début- ne dit pas la vérité sur l’au­teur sauf sans doute cette cita­tion de Georges Sime­non dont je n’ai pas eu le temps de véri­fier l’au­then­ti­cité

tout est vrai sans que rien ne soit exact.

Je ne peux tout vous dire sur ce roman incroya­ble­ment bien ficelé sauf qu’on y boit beau­coup ‑et pas que de l’eau‑, qu’il décrit avec beau­coup de talent les ambiances des habi­tués dans les bars restau­rants de province et que vous connaî­trez petit à petit Manfred Baumann, cet homme torturé et enfermé dans des habi­tudes qui lui servent de règles de vie. Le coif­feur et d’autres habi­tués fréquentent régu­liè­re­ment le café restau­rant « La cloche » ici tout le monde connaît, Baumann comme direc­teur de l’agence bancaire sans rien savoir de lui.

Le poli­cier l’ins­pec­teur Gorski, a un point commun avec Manfred Bauman, mais comme ce point n’est dévoilé qu’à la fin, je ne peux pas vous en parler sans divul­gâ­cher l’in­trigue. Les deux person­nages n’ont rien de remar­quables sinon qu’ils sont tous les deux issus de cette petite ville et qu’ils ont peu d’illu­sion sur l’hu­ma­nité. Le poli­cier a plus de cartes dans sa manche et surtout une fille Clémence qui lui donne le sourire, pour sa femme, qui appar­tient au milieu chic de Saint-Louis c’est plus compli­qué et ce n’est pas certain que son mariage tienne très long­temps. Manfred, lui aussi, vient des quar­tiers chics mais il a été orphe­lin très jeune et a été élevé par un grand père qui ne l’ai­mait guère. Les femmes sont un gros problème pour lui, et il est heureux dans son café en « relu­quant » le décol­leté d’Adèle Bedeau, celle qui dispa­raît . Il s’en­fonce dans un mensonge qui fera de lui un coupable possible et les bonnes langues du café ne vont pas tarder à se délier. C’est un roman d’am­biance où chaque person­nage est décrit dans toute sa complexité, où la vie de cette petite ville nous devient fami­lière, mais dans ce qu’elle a de sombre et d’en­nuyeux, c’est sans doute ce qu’on peut repro­cher au roman, je suis certaine que l’on peut être joyeux et insou­ciant à Saint Louis dans le Haut Rhin. Pour conclure c’est un livre que je recom­mande chau­de­ment (malgré l’en­nui qu’a ressenti Gamba­dou) à tous les amateurs de romans poli­ciers, et à tous ceux qui n’ap­pré­cient pas ce genre ; je ne suis donc pas éton­née qu’il ait reçu un coup de cœur à notre club de lecture.

Citations

Propos masculin

Petit et Clou­tier, bien que tous deux mariés, parlaient rare­ment de leur épouse et, quand ils le faisaient, c’était toujours dans les mêmes termes péjo­ra­tif. Lemerre, lui, n’avait jamais pris femme. Il décla­rait à qui voulait l’en­tendre qu’il était « contre le fait d’avoir des animaux à la maison ».

Le décor

Bref, les gens de Saint-Louis sont exac­te­ment comme les gens d’ailleurs, que ce soit dans les petites villes tout aussi ternes ou nette­ment plus clin­quantes.
Et comme les habi­tants de n’im­porte quel autre endroit, ceux de Saint-Louis ont une certaine fierté chau­vine de leur commune, tout en étant conscient de sa médio­crité. Certains rêvent d’éva­sion, où vivent avec le regret de n’être pas partis quand ils en avaient l’oc­ca­sion. Mais la majo­rité vaquent à leurs affaires sans prêter grande atten­tion à leur envi­ron­ne­ment.

le Policier

Ce qui l » inté­res­sait n’était pas tant dans le fait que quel­qu’un mente que la façon dont il le faisait . Souvent , les gens allu­maient une ciga­rette ou s’ab­sor­baient un peu brus­que­ment dans une acti­vité sans aucun rapport avec le sujet . Ils n’ar­ri­vaient plus à soute­nir son regard . Des femmes se tripo­taient les cheveux . Les hommes , leur barbe ou leur mous­tache .

Édition Stock

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Ce roman raconte une histoire qui touche et boule­verse trois géné­ra­tions de femmes, liées entre elles par des tragé­dies qui ont eu comme cadre un village de province écrasé de soleil, et en parti­cu­lier un ruis­seau dans lequel elles peuvent se baigner(contrairement au ruis­se­let de ma photo). L’hé­roïne, Billie une jeune femme de trente ans, artiste peintre, doit reve­nir dans cet endroit qu’elle a fui pour enter­rer sa mère, qui vivait dans un EHPAD spécia­lisé pour les personnes atteintes d’Alz­hei­mer. Celle-ci a été retrou­vée noyée dans le ruis­seau qui arrose le village. La violence avec laquelle Billie reçoit cette nouvelle nous fait comprendre à quel point ce passé est très lourd pour elle. Une phrase rythme le roman : « les monstres engendrent-elles des monstres ? » . 

Il faudra trois cents pages du roman pour que tous les fils qui lient cette jeune femme à cette terrible héré­dité de malheurs se dénouent complè­te­ment. Et heureu­se­ment aussi, pour qu’elle parvienne à se pardon­ner et à repous­ser l’homme qui la respec­tait si peu.

L’am­biance oppres­sante dans laquelle se débat Billie rend ce récit capti­vant, on se demande comment elle peut se sortir de tant de malé­dic­tions qui sont toutes plau­sibles. C’est très bien écrit, Caro­line Caugant a ce talent parti­cu­lier de nous entraî­ner dans son univers et de savoir diffu­ser une tension qui ne se relâche qu’à la fin. Ce n’est pas un happy-end mais un renou­veau et sans doute, pour cette jeune femme la possi­bi­lité de se construire en se déta­chant de tous les liens qui voulaient la faire couler au fond de la rivière maudite.

Citations

L’EHPAD

Aux Oliviers le temps était comme arrêté. Il n’y avait que la prise des médi­ca­ments qui compar­ti­men­tait les jour­nées. À heure fixe les infir­mières arpen­taient les couloirs, dispa­rais­saient tour à tour derrière les portes bleues. En dehors de ces légion en blouse blanche, la lenteur régnait. Si on restait trop long­temps dans cet endroit, c’était à ses risques et périls. On pouvait y être avalé , y perdre la notion des heures, s’en­dor­mir là pour toujours, comme Louise.

Le temps qui passe

Le temps est censé chan­ger les êtres. Si par hasard on les croi­ser au détour d’une rue, on ne les recon­naît pas immé­dia­te­ment. Il nous faut un moment pour retrou­ver un nom, le lier à une époque, à cause de toutes ces modi­fi­ca­tions minimes sur la chair, dans la voix, qui s’ad­di­tionnent et en font des étran­gers.
Mais les autres, les rares ‑ceux que l’on a aimés‑, il semble ne jamais vouloir s’éloi­gner de nous.

Presque la fin …

Demande-t-on pardon aux morts ? En sentant la vague de chaleur qui l’empli au niveau de la poitrine, elle se dit que oui.
Le calme revient à la surface, les oscil­la­tions s’es­tompent. Seule s’éter­nise la danse paisible et silen­cieuse des grands mous­tiques d’eau.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Un livre éton­nant qui commence une série que je ne connais­sais pas l « Égo-histoire », qui se défi­nit ainsi :

une forme d’ap­proche histo­rio­gra­phique et de courant d’écri­ture histo­rique à travers laquelle l’his­to­rien est censé analy­ser son propre parcours et ses méthodes de manière réflexive et distan­ciée. (Wiki­pé­dia) . 

Il peut très bien se glis­ser dans une de vos valise pour accom­pa­gner vos vacances. Même si il n’est pas qu’un livre léger et plai­sant de souve­nirs d’une famille intel­lec­tuelle pari­sienne, ceci n’est, en effet, qu’un tout petit aspect de ce livre, qui cherche à atteindre des buts beau­coup plus larges, plus « scien­ti­fiques » trou­ver en quoi les vacances orga­ni­sées par ses parents s’ins­crivent dans une conduite socio­lo­gique ne corres­pon­dant pas exac­te­ment à l’ori­gi­na­lité à laquelle elle semblait à l’époque répondre. C’est certai­ne­ment l’aspect qui lui a enlevé un ou deux coquillages sur Luocine, car j’ai trouvé ces expli­ca­tion très répé­ti­tives, on comprend assez vite mais l’au­teur a besoin d’y reve­nir plusieurs fois sans rien ajou­ter au propos. Le second aspect m’a beau­coup touchée : que se cache-t-il derrière cette injonc­tion pater­nelle « Soyez heureux ! » ? Toutes les diffi­cul­tés des resca­pés de la Shoah sont dans ces deux mots et la façon dont son père a rendu ses enfants « heureux » est extra­or­di­naire à la fois de simpli­cité mais aussi de courage . Enfin le dernier aspect, ce sont les souve­nirs de cet enfant qui a comme tous les enfants préfèrent jouer avec ses amis plutôt qu’é­cou­ter les expli­ca­tions savantes à propos des ruines grecques et romaines.

Un livre que j’ai beau­coup aimé malgré les bémols que j’ai évoqués.

Citations

Ambiance familiale marquée par la Shoah

Dans ma famille, le bonheur repré­sen­tait un tel enjeu qu’il en deve­nait non seule­ment inac­ces­sible, mais vicié, légè­re­ment putré­fié, pas si dési­rable que cela. C’est une perver­sion dont je ne me suis jamais tout à fait remis. Le seul remède à cette mala­die de l’âme consis­tait à rompre le soup­çon et a décidé immé­dia­te­ment, toutes affaires cessantes, que je pouvais être heureux, pour aucune autre raison que j’en avais le droit. 

Le camping ‑car

Si les moque­rie de mes cama­rades me mettaient mal à l’aise , c’est parce que je sentais qu’elles visaient bien plus que des vacances : notre iden­tité fami­liale , notre mode de vie , notre « style » , la person­na­lité de mes parents , donc l’édu­ca­tion que je rece­vais d’eux. Partir en camping-car révé­lait un certain niveau de revenu, mais aussi l’ab­sence de tradi­tions fami­liales et de racine ; un certain capi­tal cultu­rel, et aussi un manque de savoir-vivre ; une incli­na­tion au ridi­cule, mais aussi une liberté d’es­prit, une capa­cité de déta­che­ment, par fierté ou indif­fé­rence au qu’en-dira-t-on.

Liberté

j’étais libre parce qu’il n’y avait pas de cein­ture à l’ar­rière et que nous nous dépla­cions dans l’ha­bi­tacle pendant les trajets
parce que je pouvais flâner dans les musées sans les visi­ter
parce que je pouvais rester des heures à jouer dans les vagues
j’étais libre parce qu’on campait n’im­porte où, sur les plages, les débar­ca­dère, les parkings, au bout des jetées , dans les clai­rières
parce que mon sac de couchage était un vais­seau spatial, avec des manettes et des cadrans inté­grés
j’étais libre parce que aucun cahier de vacances ne venait prolon­ger le travail scolaire de l’an­née
parce qu’une pres­sion se relâ­chait
l’ur­gence était suspen­due
parce qu’on chan­geait de desti­na­tion tous les ans
parce que nos spots ne figu­raient sur aucun guide de voyage
et que cela ne coûtait rien de se perdre, l’éga­re­ment n’étant qu’un autre chemin
j’étais libre de m’éprou­ver Juif errant, tout en étant protégé par un État 

Comme vous le voyez, il a obtenu un coup de cœur au club de la média­thèque de Dinard

Je comprends très bien ce coup de cœur, car au-delà de l’hu­mour qui m’a fait sourire, il s’y installe peu à peu une profonde tris­tesse que l’on sent sincère. Ce roman se construit, en de courts chapitres, autour d’évé­ne­ments de cette géné­ra­tion qu’elle appelle « millé­nium », celle de l’au­teur qui gran­dit avec la coupe du monde de 1998, et la défaite de Jospin au premier tour des élec­tions de 2002. Mais le fil conduc­teur de ces courts chapitres, c’est aussi son amitié avec Carmen, jeune femme dyna­mique qui n’a peur de rien, jusqu’au 11 août 2003, date à laquelle une erreur de conduite la rendra respon­sable d’un acci­dent mortel. Carmen ne pourra pas surmon­ter sa culpa­bi­lité, ni « refaire sa vie » – expres­sion que la narra­trice trouve parti­cu­liè­re­ment vide de sens . Et tout cela au rythme des chan­sons du groupe ABBA dont l’au­teur a la gentillesse de nous traduire les textes. Je ne connais­sais pas, mais je trouve une belle nostal­gie dans ces paroles.

Un roman vite lu, comme les SMS d’au­jourd’­hui mais qui laisse une trace dans notre mémoire et qui permet de mieux comprendre une géné­ra­tion, dans laquelle les hommes n’ont vrai­ment pas le beau rôle. Il faut dire qu’en­fant son prince char­mant était Charles Ingall qu’elle a eu du mal à rencon­trer dans sa vie de pari­sienne de tous les jours .…

Citations

Son père

Quand j’étais petite, je disais à mon père que je voulais deve­nir « docteur des bébés ». Et lui, au lieu de prendre ça en compte, de me dire quelque chose d’en­cou­ra­geant, genre : « C’est bien », il répon­dait. « T’es pas assez intel­li­gente pour ça. Toi, il faudrait que tu travailles dans une boulan­ge­rie. » Il avait des idées louches. Comme si tous les boulan­gers étaient bêtes.

Sa mère

Si j’avais le culot de contes­ter une de ses déci­sions, si j’ex­pri­mais un désac­cord, j’avais droit à un inter­mi­nable mono­logue culpa­bi­li­sant qui commen­çait par : « Je te rappelle que j’ai passé vingt huit heures trente sur la table d’ac­cou­che­ment ! Vingt huit heures trente ! » Elle finis­sait par : « Je me suis battue pour avoir ta garde et je me sacri­fie pour t’éle­ver ! Il est où ton père, hein ? Il est où là ? » Elle disait ça en regar­dant autour d’elle ou en levant les yeux au ciel. Comme si elle le cher­chait.« Hein ? Il est où ?. Tu le vois quelque part toi. » 

(J’en ai rêvé des dizaines de milliers de fois, qu’il sorte de derrière le canapé, ou qu’il rentre par la fenêtre en mode Jean-Paul Belmondo pour lui fermer son clapet. « Abra­ca­da­bra ! Top top bada­boum. Coucou c’est moi ! »)

Sa mère sarkozyste

Entre son divorce, son rema­riage avec une chan­teuse et les affaires dans lesquelles il avait trempé, le nouveau président était au centre de toutes les discus­sions. 
« On peut pas chan­ger de sujet maman ? J’en fais une over­dose !
- T’avoue­ras qu’il a un certain charisme, il est viril.… Je dis pas qu’il est beau, mais il a un truc… 
-T’es sérieuse ?
- Nan, mais attends, c’est tout de même autre chose que le père Chirac et son panta­lon remonté jusqu’aux tétons… »

Art de la formule

C’était étrange, mais elle regar­dait mon menton. Il fait s’y faire, Sylvia, la mère de Carmen, parle aux gens en les regar­dant droit dans le menton.

Humour de Carmen son amie

En ce temps-là, mon père était en couple avec Nadine : une Corse qui travaillait dans un bar PMU et louait le studio meublé juste au-dessus de chez lui. 
Elle faisait des perma­nentes pour se friser les cheveux et les teignait en blond platine. Carmen se moquait tout le temps : » Ça va ton père ?… Et son caniche ça va ? » Des fois elle deman­dait : « Ça te fait pas bizarre que ton père il sorte avec Michel Polna­reff ? »

La séparation

C’était une puni­tion injuste. Je l’avais quitté, mais il m’y avait poussé avec tant d’ar­deur. Ce n’était pas faute d’avoir fermé les yeux, d’avoir résisté. Voilà pour­quoi j’ai eu long­temps le senti­ment d’avoir « subi » cette sépa­ra­tion. 

Lui, je ne l’ai­mais plus. 
Mais j’ai­mais tant ce rêve d’avoir une famille. J’ai­mais tant l’idée de donner des frères et des sœur à ma fille. J’avais telle­ment peur qu’une fois de plus on disso­cie aussi Papa ET Maman. 
Je me récon­ci­lie à présent avec l’idée que le divorce n’est pas la fin. Il conclut simple­ment une histoire qui se brise depuis long­temps déjà.

Les musiques de téléphone

L’an­nonce sur sa messa­ge­rie vocale , je m’en souviens très bien , c’était un extrait de mauvaise qualité de« novembre Rain » des Guns N’Roses. Eddy adorait ce groupe de musi­ciens cras­seux et cheve­lus. Moi, je trou­vais qu’il avait l’air de sentir la pisse.
» De quoi tu parles ? Tu connais rien à la musique !Tu écoutes de la merde ! Abba, sérieux ? Quelle genre de meuf et écoute cette merde ? »
J’ai toujours pensé que les gens qui n’ai­maient pas Abba ont le cœur aride, ils n’aiment pas la vie. Les membres du groupe ABBA, eux, au moins, portaient des vête­ments propres et paille­tés, et donnaient l’im­pres­sion de sentir la lavande. J’ai toujours pensé aussi que mettre un extrait pourri d’une chan­son sur son répon­deur, c’est le summum du ringard. (Tout ce que l’on veut entendre sur une messa­ge­rie c’est le bip, putain, que ce soit bien clair une fois pour toutes.)

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. 

Quel roman ! Je suis peu sensible à la science fiction, je ne l’ap­pré­cie que, lorsque le côté futu­riste n’est qu’une légère exagé­ra­tion de notre réalité. Et c’est le cas ici ! Aussi bien pour la société dans laquelle l’écri­vain au chômage a retrouvé du travail que dans la vie de sa fille qui s’adonne à un jeu vidéo.

J’ai eu peur et je me suis sentie oppres­sée aussi bien par l’am­biance de l’en­tre­prise « Larcher » que par le jeu « Your­land » inter­ac­tif de sa fille. On sent très bien que les deux vont vers une chute angois­sante, évidem­ment, je ne racon­te­rai rien de ce suspens d’au­tant plus faci­le­ment que ce n’est pas ce qui m’a fait appré­cier ce roman. Le narra­teur est un écri­vain en panne d’ins­pi­ra­tion au bout de ses droits au chômage, sa femme l’a quitté et il ne voit plus beau­coup sa fille qu’il aime beau­coup. Il retrouve du travail – et donc l’es­poir de sortir du marasme- dans une grande société : Larcher, qui l’emploie à rédi­ger des modes d’emploi. En appa­rence en tout cas, car cela semble la couver­ture pour des tâches qui pour­raient êtres anodines si on n’exigeait pas de ses employés un secret absolu qui cachent des phéno­mènes étranges qui seront dévoi­lés peu à peu. Et le jeu vidéo de sa fille ? Et bien, il rejoint en partie les problèmes de son père. Bien sûr c’est une fiction, mais qui nous inter­roge de façon percu­tante sur tous les rensei­gne­ments que nous lais­sons sur nos person­na­li­tés dans les diffé­rents réseaux connec­tés entre eux. Et s’il y avait derrière tout cela une intel­li­gence capable de nous mani­pu­ler ? D’ailleurs, n’est-ce pas déjà le cas, nous enten­dons à longueur de temps que la richesse et la puis­sance de Google et autres GAFA proviennent des DATA, c’est à dire de toutes les données que nous lais­sons un peu partout en utili­sant nos ordi­na­teurs, télé­phones, tablettes et autres appa­reils connec­tés. On retrouve la roman de Pierre Raufast, « Habe­mus Pira­tam », sans l’hu­mour, ce que j’ai (un peu) regretté. La descrip­tion des nouvelles tech­niques de mana­ge­ments des grandes entre­prises sont très bien vues et on retrouve les compor­te­ments grégaires même de gens qui seraient censés réflé­chir plus que d’autres, comme cet écri­vain. Et Dieu dans tout ça ? Ce n’est pas pour moi la partie la plus inté­res­sante du roman, le narra­teur (l’au­teur ?) semble avoir des comptes à régler avec une certaine forme de catho­li­cisme repré­sen­tée ici par le nouveau conjoint de son ex-femme. Ce petit bémol et une fin qui ne m’a pas tota­le­ment convain­cue lui ont fait rater un cinquième coquillage, sur Luocine. Mais j’es­père bien qu’il trou­vera son public car ce roman a le mérite de nous capti­ver et de nous faire réflé­chir.

Citations

Début du roman

Cette histoire a de multiples débuts. Pour moi, elle commence en 2003 : je suis marié, j’ai 31 ans et je regarde par la fenêtre le monde chan­ger. Les voitures prennent des rondeurs de nuages comme pour circu­ler dans des tubes à air comprimé. Les costumes se cintrent à la taille ils épousent la svel­tesse capi­ta­lis­tique à la mode et le rêve d’un corps social dégraissé. Les télé­phones se changent en ordi­na­teur, les ordi­na­teurs en home cinéma, les films en jeux vidéos, les jeux vidéos en film, l’argent en abstrac­tion, les licen­cie­ments en plan de sauve­garde de l’emploi. Le vingt et unième siècle sera robo­tique, virtuel et plus sauva­ge­ment libé­ral encore que le ving­tième , proclament les experts. Comme ça les excite – et quelle peur on sent derrière.

Formation d’adultes

Un seul candi­dat montre une appli­ca­tion à la hauteur de la mienne : Brice. Il devient l’ami à côté duquel je m’as­sieds chaque matin, preuve que renvoyer des adultes à l’école les rend à leur socia­bi­lité d’en­fants.

Dialogue d informaticiens

- Et si j’ai un programme paral­lèle à mémoire parta­gée en C +++ que je veux faire migrer sur l’in­fra­struc­ture Hadhop ?
-Tu sais que sur Hadhop les hommes ne commu­niquent pas ? On t’a appris quoi à l » ESDI ? Passe sur Spark. Avec Apache ignite, t’au­ras une couche parta­gée. Sinon tu viens au bowling vendredi ?- – Ouais. On t’in­vite le nouveau ?
-Tu as pas vu ? Il boit des menthe à l’eau, donc il aime pas le bowling.
- S’il n’aime pas le bowling il risque pas de nous griller dans les promos.
-Toute façon pour moi l’an prochain c’est le siège.
-C’est con que ce soit pas réver­sible. Je veux dire, si j’ar­rive devant toi dans le tableau des promos, je baise­rai ta femme et c’est cool mais si je baise déjà ta femme, j’ar­ri­ve­rai pas forcé­ment devant toi dans le tableau.

Portait de sa fille qui lit « Le père Goriot » pour le bac de français.

Si l’en­fance est un fluide, une rivière chan­tante, alors l’ado­les­cence se compose de ciment à prise rapide. Je l’ai vue se déver­ser sur Emma depuis ses 12 ans. Pour figer ma petite mous­que­taire qui n’ai­mait rien tant que rire, se faire peur et passer de l’un à l’autre en un bloc de réti­cence figé depuis une heure sur la page 112 du « Père Goriot ». L’ado­les­cence d’Emma se concentre dans sa moue, qui semble dire au monde. « Vous avez beau être bien déce­vant, vous n’ajou­te­rez pas à ma décep­tion ». Ou plutôt elle surgit dans le contraste entre cet air blasé et ses regards de mésange affo­lée, perdue hors de ses couloirs migra­toires. Et aussi dans le mouve­ment de sa tresse manga atta­chée comme une balan­celle entre ses oreilles.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. 

Depuis « Touriste » décou­vert grâce à la blogo­sphère, je me laisse faci­le­ment tenté par cet auteur. En plus il était au programme de notre club de lecture … On retrouve bien l’hu­mour et le sens de l’ob­ser­va­tion un peu décalé de l’au­teur qui aime autant regar­der une feuille qui plane jusqu’à son trot­toir du quar­tier de Belle­ville, que les réac­tions des Pari­siens après les atten­tats du 13 novembre 2015.

Julien Blanc-Gras est « PAPA » et nous décrit avec humour les premières années de la vie de son enfant, avec en toile de fond, la quaran­taine pour lui, la montée de l’in­to­lé­rance isla­miste, les atten­tats, toutes ces violences le poussent à savoir ce que ses propres grands parents ont vécu à savoir : la guerre 3945. Mélan­geant les époques et les réac­tions des Pari­siens d’aujourd’hui, il veut se forger une conduite person­nelle face aux événe­ments qui ensan­glantent la capi­tale. Mais pas plus qu’il ne trouve les réac­tions adéquates pour éduquer son fils avec les valeurs qui sont les siennes, il ne trou­vera pas non plus des lignes de conduite dans les réac­tions de ses aïeux : s’il y a une morale ou un ensei­gne­ment à ce livre c’est qu’en matière d’édu­ca­tion, comme en matière de conduite en matière de guerre, chacun fait ce qu’il peut et ne se trou­vera jamais à la hauteur de la situa­tion.
Cela nous vaut un livre agréable souvent drôle et parfois profond. Un livre de Julien Blanc-Gras en somme.

Citations

Si vrai .…

Amina faisait preuve d’un profes­sion­na­lisme sans faille. J’ai slalomé entre des bébés prénom­més Made­leine, Gaspard Marianne, salué des assis­tantes mater­nelles prénom­mées Fatou, Yuma et Chipo, et j’ai descendu l’es­ca­lier en tenant mon fils contre moi un peu plus fort que d’ha­bi­tude …

Le père parle à son fils d’un an après le massacre de Charlie hebdo

Je m’ima­gi­nais en train de lui expo­ser la situa­tion. « Des abru­tis ont massa­cré des gens parce qu’ils qu’ils faisaient des dessin. »

Tout compte fait, ce n’est pas facile à comprendre pour un adulte non plus.

Autre époque

Ça veut dire quoi, proté­ger ? J’étais porteur d’une inquié­tude néces­saire que je voulais main­te­nir dans des propor­tions raison­nables, suffi­santes pour conser­ver une vigi­lance sans toute­fois diffu­ser une angoisse contre-produc­tive. Où se trouve l’équi­libre entre sécu­rité et confiance ? Le péri­mètre de liberté laissé aux enfants c’était affreu­se­ment réduit en une géné­ra­tion. Mes parents me lais­saient rentrer de l’école tout seul à six ans. Impen­sable de nos jours. Le monde n’est pas devenu plus dange­reux, notre conscience du danger s’est accrue. On ne lâche plus ses gamins des yeux. Réduc­tion de l’au­to­no­mie géogra­phique. Les blou­sons munis de balise GPS existent déjà et il n’est pas insensé d’ima­gi­ner une géolo­ca­li­sa­tion géné­ra­li­sée des enfants dans un futur proche. On ne lâche plus nos gamins des yeux et ils collent le leurs aux écrans, espace de liberté affran­chi de la surveillance des adultes.

Autre horreur !

Un fait divers récent avait retenu mon atten­tion, deux employés d’une crèche du New Jersey avait eu l’idée d’or­ga­ni­ser des combats de bébé. Une sorte de Fight Club pour les tout-petits, qu’elles invi­taient à se mettre des mandales pour les filmer et les poster sur snap­chat. Il faut recon­naître que cela aurait pu faire un bon programme de télé réalité. Il faut aussi recon­naître que cela ne renforce pas notre foi en l’être humain.

Paroles de petit garçon deux ans et demi

- Non Made­leine, toi tu peux pas dessi­ner un avion parce que tu es une fille. Tant pis pour toi. 
J’étais atterré comment était-il possible qu’il soit déjà aussi phal­lo­crate ? Quand il me deman­dait comment volaient les avions, je prenais pour­tant bien soin de lui expli­quer que c’était des messieurs ou des dames qui pilo­taient.

Début de scène très drôle à la poste

Je suis allé cher­cher un colis à la poste. J’ad­mets que cette phrase est sans doute la plus ennuyeuse de l’his­toire de la litté­ra­ture mais je ne pouvais pas y couper pour racon­ter l’épi­sode qui suit. À ma grande surprise, j’avais déve­loppé une sorte de plai­sir pervers à me rendre à la poste. Le service public offrait des inter­stices où l’on pouvait établir une rela­tion verbale avec des gens vieux, gros ou moche, salu­taire injec­tion de chair réel dans nos quoti­dien s’ef­frite en dans la déma­té­ria­li­sa­tion marchande.

Traduit du Néer­lan­dais par Philippe Noble

Cette partie de petits chevaux ne sera jamais termi­née puisque ce soir de janvier en 1945, à Haar­lem en Hollande, la famille Steen­wick enten­dra six coups de feu dans leur rue. La famille voit alors avec horreur que leurs voisins déplacent un cadavre au seuil de leur porte. C’est celui de Ploeg un mili­cien de la pire espèce qui vient d’être abattu par la résis­tance. Peter Steen­wick un jeune adoles­cent sort de chez lui sans réflé­chir et tout s’en­chaîne très vite. Les Alle­mands réagissent avec la violence coutu­mière des Nazis, exacer­bée par l’im­mi­nence de la défaite, ils embarquent tout le monde et incen­dient la maison. Anton âgé de 12 ans survi­vra à ce drame affreux . Après une nuit au poste de police dans une cellule qu’il partage avec une femme dont il ne voit pas le visage mais qui lui appor­tera un peu de douceur, il sera confié à son oncle et sa tante à Amster­dam et compren­dra très vite que toute sa famille a été fusillée. C’est la première partie du roman, que Patrice et Goran m’ont donné envie de décou­vrir. Un grand merci car je ne suis pas prête d’ou­blier ce livre.

Anton devient méde­cin anes­thé­siste et en quatre épisodes très diffé­rents, il fera bien malgré lui la lumière sur ce qui s’est passé ce jour là. Il avait en lui ce trou béant de la dispa­ri­tion de sa famille mais il ne voulait pas s’y confron­ter. Il a été aimé par son oncle et sa tante mais ceux-ci n’ont pas réussi à entrou­vrir sa cara­pace de défense, il faudra diffé­rents événe­ments et des rencontres dues au hasard pour que, peu à peu , Anton trouve la force de se confron­ter à son passé. Cela permet au lecteur de vivre diffé­rents moments de la vie poli­tique en Hollande. La lutte anti-commu­niste et une mani­fes­ta­tion lui permet­tra de retrou­ver le fils de Ploeg qui est devenu un mili­tant anti-commu­niste acharné. Puis, nous voyons la montée de la sociale démo­cra­tie et la libé­ra­tion du pire des nazis hollan­dais et enfin il décou­vrira pour­quoi son voisin a déplacé le cadavre du mili­cien. Il y a un petit côté enquête poli­cière mais ce n’est pas le plus impor­tant, on est confronté avec Anton aux méandres de la mémoire et de la culpa­bi­lité des uns et des autres. Aux trans­for­ma­tions des faits face à l’usure du temps. Et à une compré­hen­sion très fine de la Hollande on ne peut pas dire que ce soit un peuple très joyeux ni très opti­miste. Les person­na­li­tés semblent aussi réser­vées que dignes, et on découvre que la colla­bo­ra­tion fut aussi terrible qu’en France. La fin du roman réserve une surprise que je vous laisse décou­vrir.

PS je viens de me rendre compte en remplis­sant mon Abécé­daire des auteurs que j’avais lu un autre roman de cet auteur que je n’avais pas appré­cié : » La décou­verte du ciel »

Citations

Discussion avec un père érudit en 1945 à Haarlem au pays bas.

-Sais-tu ce qu’é­tait un symbo­lon ?
- Non,dit Peter d’un ton qui montrait qu’il n’était pas non plus dési­reux de le savoir.
-Eh bien, qu’est ce que c’est, papa ? Demanda Anton.
- C’était une pierre que l’on brisait en deux. Suppose que je sois reçu chez quel­qu’un dans une autre ville et que je demande à mon hôte de bien vouloir t’ac­cueillir à ton tour : comment saura-t-il si tu es vrai­ment mon fils ? Alors nous faisons un symbo­lon, il en garde la moitié et, rentré chez moi, je te donne maître. Quand tu te présen­tera chez lui, les deux moitiés s’emboîteront.

Les monuments commémoratifs

Peut-être s’était-on vive­ment affronté, au sein de la commis­sion provin­ciale des monu­ments commé­mo­ra­tifs, sur le point de savoir si leurs noms avaient bien leur place ici. Peut-être certains fonc­tion­naires avaient-il observé qu’ils ne faisaient pas partie des otages à propre­ment parler et n’avaient d’ailleurs pas été fusillés, mais « ache­vés comme des bêtes » ; à quoi les repré­sen­tants de la Commis­sion natio­nale avaient répli­qué en deman­dant si cela ne méri­tait pas tout autant un monu­ment ; enfin les fonc­tion­naires provin­ciaux avaient réussi à obte­nir à titre de conces­sion au moins le nom de Peter fût écarté. Ce dernier ‑avec beau­coup de bonne volonté du moins ‑comp­tait parmi les héros de la résis­tance armée, qui avaient droit à d’autres monu­ments. Otages, résis­tants, Juifs, gitans, homo­sexuels, pas ques­tion de mélan­ger tous ces gens-là, sinon c’était la pétau­dière !

Culpabilité

Tu peux dire que ta famille vivrait encore si nous n’avions pas liquidé Ploeg : c’est vrai. C’est la pure vérité, mais ce n’est rien de plus. On peut dire aussi que ta famille vivrait encore si ton père avait loué autre­fois une autre maison dans une autre rue, c’est encore vrai. Dans ce cas je serai peut-être ici avec quel­qu’un d’autre. A moins que l’at­ten­tat n’ai eu lieu dans cette autre rue, car alors Ploeg aussi aurait pu habi­ter ailleurs. C’est un genre de vérité qui ne nous avance à rien. La seule vérité qui nous avance à quelque chose, c’est de dire, chacun a été abattu par qui l’a abattu, et par personne d’autre. Ploeg par nous, ta famille par les Chleuhs. Tu as le droit d’es­ti­mer que nous n’au­rions pas dû le faire, mais alors tu dois penser aussi qu’il aurait mieux valu que l’hu­ma­nité n’existe pas, étant donné son histoire. Dans ce cas tout l’amour, tout le bonheur et toute la beauté du monde ne serait même pas compensé la mort d’un seul enfant.

En Hollande en 1966

Voilà ce qui reste de la Résis­tance, un homme mal soigné, malheu­reux, à moitié ivre , qui se terre dans un sous-sol dont il ne sort peut-être plus que pour enter­rer ses amis, alors qu’on remet en liberté des crimi­nels de guerre et que l’his­toire suit son cours sans plus s’oc­cu­per de lui …

Réflexion sur le temps

Il n’y a rien dans l’ave­nir, il est vide, la seconde qui vient peut-être celle de ma mort ‑si bien que l’homme qui regarde l’ave­nir a le visage tourné vers le néant, alors que c’est juste­ment derrière lui qu’il y a quelque chose à voir : le passé conservé par la mémoire.
Ainsi les Grecs disent-ils, quand il parle de l’ave­nir : » Quelle vie avons-nous encore derrière nous ? »

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Après « la Frac­tale des Ravio­lis » et « la Variante chilienne » voici « Habe­mus Pira­tam », et je sais que les puristes vont me repro­cher d’avoir oublié « La baleine Thébaïde » mais je la retrou­ve­rai bien un jour cette baleine. Ma photo dit mon angoisse : par quel câble pour­rait passer le célèbre hacker Alexan­der pour pira­ter mon ordi­na­teur et s’ins­tal­ler sur Luocine pour vanter des livres que je n’au­rais même pas lus ? Je me joins à Dasola pour vous dire : « quel roman et que de dangers roman­cés ou pas court notre monde sur les diffé­rents « cloud » « dark-web » et autres faces cachées de sites à l’al­lure inof­fen­sive » . Comme l’au­teur est Pierre Raufast , ne vous atten­dez pas à faire faci­le­ment la part entre le vrai du faux, et surtout ne faites pas trop confiance à vos recherches sur Inter­net , car le diable d’homme est capable de créer de fausses réfé­rences sur Google. Le plus impor­tant n’est pas là , lais­sez vous empor­ter par son imagi­na­tion sans limite et dites-vous bien que pour un hacker, rien n’est impos­sible, même pas deve­nir proprié­taire de la Sainte Chapelle … Et puis entre temps vous vous amuse­rez avec les histoires d’un petit village de montagne où on a failli se battre pour une histoire de petite culotte.

Bref un moment de lecture comme je les aime, jouis­sif , mais aussi un poil inquié­tant, pas tant pour l’acte de propriété de la Sainte Chapelle que pour la capa­cité de nuisance des malfai­sants sur le Net, comme ceux qui font que tous les jours, je supprime 15 à 20 commen­taires sur mon blog : pour des place­ments finan­cier, des médi­ca­ments moins chers et aussi effi­caces que ceux que vous trou­ve­rez en phar­ma­cie, pour des substi­tut du viagra mille fois plus puis­sants, pour des images porno­gra­phiques de femmes ou d’hommes, pour des rencontres « hot » avec des parte­naires de votre choix. Bref des pollueurs qui ne sont que des robots mais qui ne m’amusent pas telle­ment. Alors que, le roman de Pierre Raufast m’a lui, beau­coup amusé. Et la morale est prati­que­ment sauve , enfin presque ! vous juge­rez par vous même.

Citations

Est ce vrai ?

De fil en aiguille, il repensa à ce décret de Nico­lae Ceau­sescu, inter­di­sant la pratique du Scrabble car « trop intel­lec­tuel et subver­sif ». Et s’il avait eu raison ?

J’aime l’humour de cet auteur :

Le prêtre se passa la main sur le visage. Il n’était ici que depuis deux ans, mais connais­sait déjà tous les vices de ses petits vieux ‑les seuls à venir se confes­ser chaque vendredi dès sept heures du matin.
Cela ne volait pas très haut : des cerises chapar­dées dans un verger, un home se soula­geant régu­liè­re­ment dans le puits d’un voisin pour perpé­tuer la vengeance de son père et une rixe datant de 1923, quelques lettres anonymes dénon­çant un pain trop cuit ou des cadavres de bouteilles mal triées dans le local poubelle.
Des crimes ordi­naires dans ce village de trois mille habi­tants, perché en haut de la vallée de Chan­te­brie.

Les commérages

Fran­cis remar­qua que la vieille avait posé ses sacs de courses à terre et s’était instal­lée dans sa verti­ca­lité, ce qui augu­rait une bonne demi-heure de bavar­dages oiseux

Les joies des hackers

Une fois dans le réseau d’en­tre­prise, je ciblai la machine de produc­tion qui contrô­lait les énormes trans­for­ma­teurs centraux. De la belle machine, un logi­ciel très performant…Mais qui datait de 1993. Autant dire une anti­quité, dans notre métier. Cette version d’Unix ressem­blait à un gruyère suisse. Je n’avais que l’embarras du choix pour deve­nir « root » et maître du monde.
Les infor­ma­ti­ciens de cette entre­prise avaient toute­fois bien fait les choses. Conscients des risques de ce système obso­lète et de la gravité des enjeux, ils l’avaient isolé derrière un pare-feu. Un peu comme le portier d’une boîte de nuit qui contrôle qui rentre et qui sort.
Pour admi­nis­trer ce pare-feu, ces génies avaient créé des comptes avec des mots de passe sans doute long comme le bras. Mais ils avaient oublié d’ef­fa­cer les comptes par défaut instal­lée par le construc­teur.
Utili­sa­teur :admin. Mot de passe ; admin.
J’adore mon boulot. C’est comme faire le tour d’une maison cade­nas­sée et y trou­ver une fenêtre ouverte par mégarde. Jubi­la­toire.

Tout se pirate .….

Pira­ter un ordi­na­teur « air gap », c’est à dire décon­necté d’un réseau, est le Graal de tout hacker.

Tactiques de pirates informatiques

Voilà comment on pénètre un Fort Knox infor­ma­tique : en prenant tout son temps , en avan­çant douce­ment mais sûre­ment , en passant par le fiston et sa peur de déce­voir papa . Ici , comme ailleurs, les points faibles sont souvent humains. Il suffit d’ex­ploi­ter une des émotions primaires : la peur, la colère, l’amour ou la tris­tesse.

Lu dans le cadre du Club de Lecture de la média­thèque de Dinard

Quel livre ! Bravo Alexandre Duyck vous avez su de nouveau m’in­té­res­ser, je devrais dire, me passion­ner pour la guerre 1418. Encore ce sujet, peut-on dire , oui mais ce roman donnera un éclai­rage que je crois indis­pen­sable à une bonne compré­hen­sion de cette guerre. Augus­tin Trébu­chon est déclaré mort le 10 novembre 1918, c’est écrit sur le monu­ment au morts mais c’est un mensonge ! Il est mort en réalité le 11 novembre 1918. L’au­teur retrace le parcours de ce berger de l’Ariège qui a choisi de partir à la guerre alors qu’or­phe­lin, il aurait pu être dispensé en tant que soutien de famille. Nous revi­vons avec lui, l’en­thou­siasme des premiers jours de 1914. L’au­teur remarque que les plus enra­gés à vouloir tuer les boches sont des gens qui ne la feront pas, cette guerre, mais qui se croient obli­gés de dire, plus fort que tout le monde, combien ils auraient aimé la faire ! Puis viennent les combats, l’hor­reur que nous connais­sons si bien, mais aussi l’évo­ca­tion de la dure condi­tion de berger qui n’est pas étran­gère à l’en­ga­ge­ment d’Au­gus­tin . Berger en Ariège, c’est être le plus pauvre des paysans, et le moins consi­déré des hommes. Au point où, Augus­tin n’ose même pas abor­der la fille qu’il aime ; bien sûr, il aime la faire danser au son de l’ac­cor­déon le soir où il y a bal au village, mais ce n’est pas tout à fait suffi­sant. La vie d » Augus­tin est donc remplie par sa connais­sance des animaux, ces moutons et les animaux sauvages de la montagne, ainsi qu’une percep­tion très fine de la nature. Ce savoir, si peu valo­risé dans son village, va se révé­ler un précieux atout pour résis­ter aux quatre longues années de guerre, jusqu’au 11 novembre 1918, où il attend avec toute sa compa­gnie la dernière sonne­rie de clai­ron qui va signi­fier que l’ar­mis­tice est signée, elle l’est d’ailleurs depuis quelques heures. Il rêve à ce qu’il va faire , et surtout à l’Ar­gen­tine où il a prévu de s’exi­ler. Cette attente est bien longue et l’au­teur rend parfai­te­ment l’am­biance de ces derniers instants.

Hélas un gradé , un de ceux que détestent Augus­tin lui demande d’al­ler porter de toute urgence un message de la plus haute impor­tance aux troupes postées à l’avant de leur ligne. Il est 1o heures 45, dans un quart d’heure le clai­ron doit sonner, mais l’ur­gence du message et l » imbé­cil­lité du gradé ne souffrent d’au­cun retard , Augus­tin tombera sous une balle enne­mie avec dans sa poche ce message :

« Rendez-vous à Dom-le-Mesnil pour la soupe à 11h30 »

Citations

Les chefs

Les chefs qui jouent les gentils qui m’ap­pellent « mon petit : alors que j’ai quarante ans, qui demande de mes nouvelles et moi comme un con, je leur réponds mais à peine ai-je commencé à parler, il regarde déjà ailleurs, je me plains de mes pieds, ils répondent : » Parfait, c’est très bien conti­nue comme ça mon petit », ces chefs-là sont tous des faux-culs, des lâches qui n’as­sument pas d’être des chefs mais qui, dans le dos des petits sont pires encore que les autres parce qu’à la fin ils trahissent toujours la confiance.

Les rapports des hommes entre eux

C’est notre côté cul-terreux, disaient les Pari­siens, les pires de tous, les Lyon­nais sont pas mal non plus mais les Pari­siens restaient les pires, si certains de tout savoir, les pires des pires étant les insti­tu­teurs pari­siens deve­nus lieu­te­nant et qui nous parlaient comme à des demeu­rés, à des gosses, à leurs élèves, à croire qu’ils n’ont eu que des dégé­né­rés dans leur école, les instits pari­gots, faudraient les livrer en masse au boches, en cadeau, faites-en ce que vous voulez, montrez leur du pays mais par pitié, ne nous les rendez pas ou alors mort, et encore. Les insti­tu­teurs et la science infuse, comme ils disent, la haine du patois, leur beau Fran­çais dont ils usent comme d’une arme pour mieux t’hu­mi­lier, te démon­trer leur supé­rio­rité, ils emploient des verbes, des temps de conju­gai­son dont tu n’as jamais soup­çonné l’exis­tence ni deviné l’uti­lité mais il en abuse, ils en jouissent, ils te parlent d’écri­vains célèbres dont tu ignores jusqu’au nom, nous des frus­trés qui te refusent le droit de moins bien parler qu’eux, qui te jugent parce que tu en sais mille fois moins qu’eux et qui sont inca­pables de se débrouiller sans une carte

Les humiliations des gradés

Il me répète ce que je sais déjà, dans moins de 30 minutes la guerre va s’ache­ver, nous avons gagné, les boches ont signé l’ac­cord, on va tous pouvoir rentrer chez nous : » Moui dans ma belle maison pour y baiser maman », qu’il dit » Toi dans ton trou à rat de bouseux de Lozé­rien ». Ne pas réagir, ne pas lais­ser appa­raître la moindre émotion, Pons m’a expli­qué comment faire comme si de rien n’était. Comme j’ai peur de le regar­der dans les yeux, j’ap­plique la méthode que m’a expli­qué un copain, fixer des poils entre les deux sour­cils, on fait croire à l’autre qu’on le regarde droit dans les yeux mais en fait on ne fait que comp­ter ses poils entre les sour­cils.
Des gars sont morts de froid dans les tran­chées, des tas de gars, c’est quand même fin de mourir de froid la guerre. Moi je ne m’en suis jamais plaint. Mais je ne suis jamais endormi les fois où j’ai compris qu’il valait mieux ne pas. Un jour j’ai entendu un jeune sous-lieu­te­nant se vanter :« Les poilus ont de la paille, moi un lit ». C’est la première fois depuis le début de la guerre, je crois, où j’ai vrai­ment eu envie de tuer quel­qu’un.

Lu dans le cadre du Club de Lecture de la média­thèque de Dinard

Si vous voulez vous faire une idée exacte du trafic de l’ivoire entre l’Afrique et l’Asie ne ratez pas ce roman. L’évo­ca­tion des paysages afri­cains, m’ont entraî­née vers un ailleurs qui me sortait agréa­ble­ment de la grisaille bretonne. Mais bien loin des notes exotiques habi­tuelles, nous sommes face à la réalité afri­caines : cette jeune Anglaise Erin, veut abso­lu­ment arrê­ter le trafic de l’ivoire qui tue les éléphants afri­cains. Oui mais, qui est-elle pour empê­cher des hommes pauvres de vivre de ce qui leur rapporte un peu d’argent ? Que peut-elle contre les corrom­pus à qui ce trafic rapporte tant ? Et que faire face aux tradi­tions qui pensent que les cornes des rhino­cé­ros sont plus effi­caces que le viagra ?

Est-ce un combat perdu d’avance ? En tout cas, la lutte semble telle­ment inégale, d’au­tant plus que, même si le trafic s’ar­rê­tait, l’inexo­rable progrès et l’accroissement de la popu­la­tion afri­caine met en grand péril la faune sauvage.
Tous les aspects sont bien trai­tés dans le roman, ce qui rend la lecture un peu labo­rieuse parfois, mais on ne peut pas repro­cher à l’au­teur d’être trop sérieux.

L’in­trigue est bien construite, Erin a décidé de tracer les défenses d’élé­phant pour frap­per un grand coup contre la contre­bande d’ivoire, elle sera aidée par un ranger qui connaît bien les habi­tudes des bracon­niers qu’il a été lui-même autre­fois et un membre du gouver­ne­ment du Bost­wana, cela nous permet un tableau assez complet de la popu­la­tion afri­caine impli­quée dans ou contre le trafic de l’ivoire.

Je me demande toujours comment nous, les Euro­péens, nous pouvons donner des leçons à l’Afrique, nous qui avons éradi­qué tous, ou presque tous, les animaux sauvages qui peuplaient nos régions.

Citations

Trafic en Afrique

Ces dernières années, aux abords du célèbre parc, on est deux à trois rhino par jour. Leur corne, bien qu’elle soit un simple bout de kéra­tine, restait l’ap­pen­dice animal le plus cher et beau­coup essayaient de contour­ner la loi qui en avait inter­dit le commerce.

Le pourquoi des trafics

Tant que l’homme pense que ses faiblesses peuvent être compen­sées par la bile, du foie, des pattes, des griffes, qui lui suffit de consom­mer ou d’ac­cu­mu­ler des parties animales pour guérir ou pour exis­ter, tant que les pays consom­ma­teur de corne, d’ivoire, d’écaille et autres produits issus de la faune sauvage ne décide pas d’in­ter­dire ces pratiques et de les condam­ner, le bracon­nage pros­pé­rera toujours plus.

Rupture de milieu

C’est vrai que mon fils est quel­qu’un d’im­por­tant main­te­nant qu’il travaille pour le minis­tère. Si impor­tant qu’il ne peux plus dormir chez sa propre mère.

Culpabilité

Il y a quelques mois, il lui avait proposé de s’ins­tal­ler à Gabo­rone, il lui loue­rait un petit appar­te­ment, mettrait son père dans une clinique, mais ça ne s’était pas fait, elle ne lais­se­rait jamais ses frères seuls, et Serese n’avait pas beau­coup insisté. Autour de lui, au minis­tère, on avait connu des écoles privées, on avait voyagé, lui n’était allé qu’en Afrique du Sud, il avait étudié un an à l’uni­ver­sité de Johan­nes­burg. On lui avait appris à penser petit, il s’en était excusé avant de comprendre que le chan­ge­ment devait venir de lui, qu’il n’y avait personne d’autre à tenir pour respon­sable de ses faiblesses, même si ce n’était pas si simple.

La Chine et le commerce illégal de l’ivoire

Chaque année, le gouver­ne­ment chinois injec­tait cinq tonnes d’Ivoire sur le marché inté­rieur légal, ivoire qui était répar­tie entre les diffé­rents atelier de sculp­ture du pays. Cinq tonnes, un chiffre déri­soire. S’ap­pro­vi­sion­ner par la seule voie auto­risé était impos­sible. Des centaines de tonnes d’Ivoire entrait illé­ga­le­ment dans le pays. Il se murmu­rait que le gouver­ne­ment comp­tait d’ici deux ans inter­dire le commerce légal et fermer le marché, les atelier de sculp­ture, mais ces ateliers n’étaient qu’une vitrine, la majo­rité des tran­sac­tions étaient illi­cites, se passaient de certi­fi­cats d’au­then­ti­cité. Les groupes qui tenaient ce marché tenaient aussi des poli­ciers, des hommes poli­tiques, le réseau était vaste, complexe, Yang n’en n’était qu’une infime partie. Il avait fallu des années pour qu’elle se construise son propre réseau, trouve des sources fiables d’ap­pro­vi­sion­ne­ment, mais si son rôle était essen­tiel, sa personne ne l’était pas, toujours, il y aurait une autre Yang.
Ces groupes avaient des tueurs, mettaient des têtes à prix, combien de victimes de leur volonté de s’en­ri­chir. À la sortie d’un avion, là où on se sent en sécu­rité, près d’une grande ville, dans un quar­tier huppé, des balles qui se perdent, qui se logent dans le corps de cet homme qui dispa­raît avec son combat, lais­sant un enfant à qui il sera dur de racon­ter la véri­table histoire. Dans certains ateliers de Pékin, les défenses sculp­tées étaient affi­chées a plus de 350000 dollars.

L’avenir de la faune sauvage

Si Erin était un éléphant, elle verrait aussi les forêts deve­nir des fermes, elle verrait des routes coupées en deux son habi­tat natu­rel, des barrières élec­tri­fiées sur le chemin de ses migra­tions, elle verrait l’être humain rogner toujours plus sur les terres sauvages pour déve­lop­per l’agri­cul­ture, conqué­rir chaque jour du terrain, elle serait empri­son­née dans un monde plus petit chaque année, ce qui était vaste ne serai plus que grand, elle pour­rait aussi éprou­ver la soif et boire des litres d’une eau conte­nant du sodium de cyanure dilué, elle pour­rait être prise de convul­sions, sentir son cœur ralen­tir, sa respi­ra­tion s’alour­dir, elle pour­rait s’ef­fon­drer sur le sol, entendre des coups de fusil, être chas­sée pour la simple posses­sion de son ivoire, peser plus de six tonnes et deve­nir un brace­let, si elle faisait partie de ce groupe, elle pense­rais sans cesse à l’homme, il l’obséderait, elle saurait recon­naître ses inten­tions à la simple into­na­tion de sa voix et adap­te­rait son compor­te­ment en consé­quence, elle pour­rait être aussi victime de la folie du diver­tis­se­ment et être captu­rée vivante par des hommes de l’agence de la vie sauvage zimbabwéenne pour le profit de zoo qui naissent à Hangz­hou ou à Shan­ghai, elle pour­rait finir dans un parc clos, derrière une vitre, elle pour­rait être une mémoire perdue, oui, si elle était l’un d’entre eux, elle serait en danger, une menace perpé­tuelle comme elle ne le sera jamais en temps qu’E­rin.