20161107_111041Traduit de l’anglais par Élodie LEPLAT. Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Notre Club s’est donné une tradi­tion pour clore ses lectures. Au mois de juin, nous élisons « notre coup de cœur des coups de cœur », pour cela, la ving­taine des parti­ci­pants – remar­quez le mascu­lin, cette année deux hommes nous ont rejointes !) doivent lire les dix livres en lice pour pouvoir parti­ci­per au vote autour d’agapes faites maison. « Le chagrin des vivants » avait connu un tel succès que je n’avais pas pu le lire l’an dernier , et depuis il est toujours sorti de la média­thèque. Comme je comprends son succès ! je pense que ce roman va être un concur­rent sérieux pour notre prix en juin 2017.

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Le roman se déroule essen­tiel­le­ment à Londres, sur cinq jours, du 7 novembre 1920 au 11 novembre où toute cette grande ville et tout le pays lui-​même se souvien­dra de ceux qui sont morts pendant la guerre 14 – 18 sur le sol de France. Nous suivons égale­ment la dépouille du « combat­tant inconnu » qui sera inhumé à West­mins­ter. Le début du roman est un peu compli­qué, car c’est un roman choral, nous suivons le destin d’Hettie une jeune fille d’origine très modeste, de 19 ans qui veut danser et vivre à tout prix alors que son frère mort vivant n’arrive pas à retrou­ver le goût de la vie après son retour du front. Puis à Evelyn d’origine aris­to­crate qui a travaillé dans une usine d’armement pendant la guerre pour oublier la mort de son fiancé, et se sent deve­nir une vieille fille acariâtre et enfin à Ada dont le fils est mort à Albert avant d’envoyer cette carte postale de l’église tris­te­ment célèbre à sa mère.

066_001À partir de ces quatre femmes dont les destins se croisent, l’après guerre à Londres se dessine devant nos yeux de lecteur encore surpris de tant d’horreurs. Est-​ce qu’il faut attendre 100 ans pour que tout soit dit sur une guerre ? J’ai beau­coup lu sur celle-​ci, mais évidem­ment du côté fran­çais, il me semble qu’en France on a mieux traité les anciens combat­tants qu’en Grande Bretagne. Les hommes muti­lés sont réduits à la mendi­cité. J’aimerais en savoir plus sur ce sujet mais déjà, dans la célèbre série Down­ton Abbey, on voit que les anciens soldats ont besoin de la charité publique pour se nour­rir. La force du roman vient de ce que peu à peu comme beau­coup de Londo­niens nous sommes atti­rés par la céré­mo­nie du 11 novembre 1920 où beau­coup de Britan­niques, dont nos quatre person­nages, trou­ve­ront dans cette céré­mo­nie en l’honneur du « combat­tant inconnu » un peu de conso­la­tion pour des maux si multiples et si profonds que rien ne semblait pouvoir les apai­ser. L’auteure a très bien rendu compte de la variété des destins bras­sés dans un même creu­set, celui de la guerre qui a tué, mutilé, ravagé une géné­ra­tion d’hommes jeunes et donc par voies de consé­quences de leurs proches.

Citations

Les souffrances d’une mère

L’automne vint, les jour­nées commen­çaient à raccour­cir, la conscrip­tion à s’imposer. Alors elle commença à prier, ce qu’elle n’avait pas fait depuis des années. Elle priait égoïs­te­ment, déses­pé­ré­ment, pour elle, pour Michael, pour que la guerre s’arrête à sa porte. Elle igno­rait à qui elle adres­sait ces prières, elle igno­rait qui était le plus puis­sant : un Dieu distant, qui écou­tait ou pas ; la guerre affa­mée elle-​même, qui gron­dait sur leur seuil.

Ceux qui sont revenus

Pour­quoi ne peut-​il pas passer à autre chose ?

Pas seule­ment lui. Tous autant qu’ils sont. Tous les anciens soldats qui font la manche dans la rue, une planche accro­chée autour du cou. Tous vous rappellent un événe­ment que vous voudriez oublier. Ça a suffi­sam­ment duré. Elle a grandi sous cette ombre pareille à une grande chose tapie qui lessive la vie de toute couleur et toute joie.
La guerre est termi­née, pour­quoi ne peuvent-​ils donc pas tous passer à autre chose, bon sang ?

Payer pour une inscription sur les tombes des soldats morts en France

Ils m’ont demandé quelle inscrip­tion mettre sur la tombe. C’était six pence la lettre, rien que ça. On aurait pu croire qu’ils paye­raient pour ça non ?

Qui a gagné la guerre

L’Angleterre n’a pas gagné cette guerre. Et l’Allemagne ne l’aurait pas gagnée non plus

- Qu’est ce que tu veux dire ?
– C’est la guerre qui gagne. Et elle conti­nue à gagner, encore et toujours.

20161024_141947Je signale que la photo est prise sur ma veste en gore­tex, soli­da­rité oblige ! Traduit de l’anglais (Austra­lie) par Odile DEMANGE. Lu grâce au club de lecture de la média­thè­que de Dinard.

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Je mets toujours 5 coquillages quand un livre me fait rire, c’est très rare et ça fait telle­ment de bien. Le thème du club ce mois-​ci, était : « des livres légers qui font sourire ». Ce livre corres­pond exac­te­ment à cette défi­ni­tion, et comme beau­coup de livres qui nous font sourire et parfois (pour moi en tout cas) pouf­fer de rire, il est plus profond qu’il n’y paraît. La quatrième de couver­ture cite le ques­tion­naire que Don Till­mann met au point pour réali­ser « son Projet épouse », en bon scien­ti­fique, il a très bien balisé le terrain pour trou­ver la femme idéale.

Celle ci ne doit pas :

  1. fumer et boire
  2. être végé­ta­rienne et aimer la glace à l’abricot
  3. se lever après 6 heures.

Mais elle doit :

  1. faire du sport
  2. être ponc­tuelle
  3. accep­ter le système de Repas Norma­lisé qui prévoit du homard au dîner le mardi.

Mais voilà qu’une certaine Rosie qui fume qui est végé­ta­rienne qui n’a qu’un sens rela­tif des conven­tions et des règles vient trou­bler le quoti­dien de cet homme brillant mais tota­le­ment inapte à vivre en société. Tous les person­nages sont inté­res­sants et les situa­tions extrê­me­ment drôles. Graeme Simsion, n’écrit que du point de vue de Don, et donc à nous d’imaginer les réac­tions de ceux qu’une trop grande fran­chise peuvent pertur­ber. Don est un scien­ti­fique à la mémoire prodi­gieuse mais inca­pable instinc­ti­ve­ment de rela­tions sociales avec les autres humains et surtout d’improvisation. Sa vie est donc entiè­re­ment prévi­sible et tout le temps qu’il gagne à faire très vite ce qui l’ennuie, il le garde pour parfaire ses connais­sances scien­ti­fiques. Bien sûr cela ressemble à un compor­te­ment autiste et ses amis le poussent d’ailleurs à faire une confé­rence sur le syndrome Asper­ger, persua­dés sans doute qu’il se recon­naî­tra. Mais là n’est pas son problème, il est occupé à trou­ver une épouse et à aider Rosie à trou­ver son père biolo­gique. Il fait une confé­rence aussi sérieuse que peu conven­tion­nelle évidem­ment, devant un parterre de parents d’enfants autistes et cela a peut-​être été pour eux un formi­dable moment d’espoir. En tout cas « les aspis » ont adoré !

J’ai beau­coup appré­cié que les person­nages secon­daires ne soient pas des cari­ca­tures plusieurs histoires s’entremêlent et elles ont toutes de l’intérêt. J’ai vu souvent passer ce roman sur les blogs et je rejoins le chœur des avis posi­tifs. Si vous avez un petit coup de blues lisez ce théo­rème et vous retrou­ve­rez le sourire.

Citations

Un métier passionnant

Mon travail person­nel porte sur la prédis­po­si­tion géné­tique à la cirrhose du foie. Je consacre une grande partie du temps que je passe à la fac à saou­ler des souris.

Une honnêteté dure à supporter pour son entourage

Une femme au fond de la salle a levé la main. Concen­tré sur mon argu­men­ta­tion, j’ai commis une erreur sociale mineure que j’ai promp­te­ment corri­gée :

- Oui la grosse.… La dame en « surpoids » du fond ?
– Elle est restée silen­cieuse un moment et a regardé autour d’elle avant de poser sa ques­tion

L’avantage d’une veste en Goretex par rapport à une veste de laine imposée dans un restaurant chic

Ma veste en gore­tex « ce vête­ment de haute tech­no­lo­gie » qui m’avait protégé de la pluie et de tempêtes de neige, se voyait désor­mais, de façon tota­le­ment irra­tion­nelle, injuste et contre-​productive, désa­van­ta­geu­se­ment compa­rée à l’équivalent en laine essen­tiel­le­ment déco­ra­tif de l’employé. J’avais payé la mienne mille quinze dollars, dont cent vingt dollars de supplé­ment pour la couleur jaune fluo dispo­nible sur option.

Don Tillman fait souvent des remarques très justes

Le cerveau humain est programmé pour se concen­trer sur les diffé­rences au sein de son envi­ron­ne­ment. Il faut qu’il puisse rapi­de­ment repé­rer la présence d’un préda­teur. Si j’avais des repro­duc­tions ou autres objets déco­ra­tifs, je les remar­que­rai pendant quelques jours et ensuite mon cerveau les igno­re­rait.

Réflexions sur les vierges qui attendent les fous qui tuent au nom d’Allah

Je trouve ça irra­tion­nel, ai-​je remar­qué, de vouloir des vierges. Une femme ayant une certaine expé­rience sexuelle est certai­ne­ment préfé­rable à une novice

Un de mes éclats de rire : Don s’entraîne à la danse de salon dans son bureau à l’université

Je travaillais mes pas de danse quand Gene est entré dans mon bureau
– Il me semble que les statis­tiques de longé­vité reposent sur des mariages avec des femmes vivantes, Don.
Il faisait allu­sion au sque­lette que j’utilisais pour m’entraîner.

20161021_095128Lu grâce au club de lecture de la média­thèque de Dinard,

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Bena­quista est un auteur qui me fait du bien, j’aime qu’il me raconte des histoires et quels que soient les sujets, je pars avec lui sur les chemins de l’imaginaire pas si loin de la réalité que cela. Je n’ai pas hésité, grâce à ce roman, à fréquen­ter le Moyen-​âge et ses deux amants valent bien Tris­tan et Iseult, Roméo et Juliette, Héloïse et Abélard dans mon panthéon person­nel des histoires où l’amour dépasse le tragique de la desti­née des mortels. Avec son talent habi­tuel, Bena­quista à travers l’histoire d’un couple à l’amour indes­truc­tible, met en scène toute notre civi­li­sa­tion, ses horreurs ainsi que ses rares moments de bonheur. Cela lui permet de prome­ner son lecteur dans le temps et dans l’espace , et comme l’imagination de cet écri­vain a bien du mal à se contraindre nous passons égale­ment au Para­dis où le couple si injus­te­ment condamné par la justice dite humaine rencon­trera Dieu et en Enfer ou il sera confronté à Satan .… Et tout cela, pour nous permettre d’assister à la créa­tion d’un mythe litté­raire à la hauteur (ou presque) de ses illustres prédé­ces­seurs.

Et pour finir, car il faut finir et donner une fin à une histoire qui a bien du mal à trou­ver une chute, les deux amants seront réin­car­nés dans un couple en cavale du XXI°siècle. J’ai cru que nous allions termi­ner dans un parking de super­mar­ché construit à l’emplacement de la forêt, lieu qui a abrité leur amours. Mais non, nous repar­tons à travers le conti­nent améri­cain et là je dois l’avouer je me suis sentie un peu larguée. C’est pour cela que j’ai gardé dans ma main un coquillage, je ne suis pas sentie embar­quée jusqu’au bout et puis, il m’a manqué aussi l’humour habi­tuel de cet auteur. Pour finir un bon roman surtout si on s’amuse à démê­ler tous les fils qui se croisent et s’entrecroisent et forment le substrat de notre culture, mais la magie de l’écriture ne m’a, donc, pas tenue jusqu’à la fin.

Citations

Le temps quand on est amoureux

Temps.

Toi qui m’oppresses depuis mon premier jour, toi qui me rappelles à chaque instant que tu m’octroies combien je suis mortel. Sache que doré­na­vant je serai lent quand tu voudras me hâter, et je ne perdrai plus mes heures à t’attendre quand je voudrai me hâter. J’ai depuis ce jour bien plus de temps que tu n’en aurais jamais.

Phrase avec une résonance particulière aujourd’hui

Exil. Le mot lui-​même les plon­gea dans une profonde mélan­co­lie. Quel être au monde est préparé à quit­ter la terre qui l’a vu naître ?

La fidélité

Ah la fidé­lité ! ce curieux senti­ment qu’on prétend assez puis­sant pour guérir l’insatiabilité des hommes, et dont les femmes semblent s’accommoder faute de s’octroyer les mêmes privi­lèges.

La médiocrité oeuvre de Satan : thème cher à Benaquista

Mais l’une de ses créa­tions majeures avait été la médio­crité et ses déri­vés car, à l’inverse des affec­tions extrêmes, c’était selon lui dans la peti­tesse que rési­dait la vérité des êtres et la vanité de leurs désirs . Le sour­nois n’était-il pas plus inven­tif que le véhé­ment ? .….. La médio­crité , son arme redou­table, savait viser au plus bas, créer d ordi­naires objec­tifs à la portée du premier inca­pable, favo­ri­ser les petits arran­ge­ments, pieux mensonges, compro­mis et pis-​aller.

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Ce livre a accom­pa­gné un voyage en TGV, je l’ai lu grâce à Aifelle qui m’avait donné envie de décou­vrir cette auteure. Je lirai certai­ne­ment « Suite byzan­tine » ainsi que « l’Angoisse d’Abraham ». J’aime beau­coup les récits qui font une part belle à la langue, pour Rosie Pinhas-​Delpuech, écri­vaine et traduc­trice, qui parle le turc, le fran­çais, l’hébreux et sans doute bien d’autres langues, la recherche de l’identité prend un sens que je comprends si bien, car pour moi ma patrie est autant ma langue que ma natio­na­lité.

Après son enfance qui est peu décrite dans ce tome, l’auteure cherche à comprendre cette tante Anna qui a perdu et son mari et son fils pendant la guerre 39 – 45. C’est l’occasion de vivre un épisode si banal dans l’après guerre mais si peu glorieux, comment des juifs se sont fait spolier de tous leurs biens, par des gens en qui ils avaient confiance. Mais si Anna souffre tant c’est aussi sans doute que la femme qui a dénoncé son mari était aussi sa maîtresse. Anna fera tout pour deve­nir une catho­lique fran­çaise, elle ne pourra pas empê­cher son fils unique de s’engager dans l’armée du géné­ral Leclerc et mourir en 1945 en combat­tant. Cette histoire centrale du livre, l’auteure ne peut la comprendre qu’en repre­nant le parcours de sa famille depuis la Turquie. Toute sa famille avec ses lourds secrets et ses peines tragiques viennent hanter sa mémoire et permettent peu à peu de comprendre ce que cela veut dire d’être juive aujourd’hui dans un style abso­lu­ment superbe.

Citations

Son enfance

C’était après la guerre, dans les années cinquante, au temps du chewing-​gum, du swing et de la moder­nité. Etre juif repré­sen­tait une mala­die mortelle à laquelle on avait réchappé de justesse et dont il ne fallait pas trop parler.

La Turquie et les juifs

Lente­ment, subti­le­ment, genti­ment même, au fils des années d’école primaire, de l’apprentissage des rudi­ments d’histoire et de géogra­phie, le turc m’avait débar­qué sur le rivage : ma reli­gion, mention­née sur mon acte de nais­sance, « musevi », qui signi­fie mosaïque, s’interposait entre moi et la commu­nauté natio­nale.

Son amour du français et de son orthographe

J’ignore jusqu’à aujourd’hui la cause de cet amour fou pour cette ortho­graphe, de cette jubi­la­tion enfan­tine à conqué­rir l’arbitraire souve­rain de la langue. Peut-​être que l’écriture phoné­tique du turc me parais­sait d’une faci­lité enfan­tine et que la diffi­culté du fran­çais était à la mesure de celle de grandir ?

Une belle phrase tellement chargée de sens

Un destin de deuils et de chagrins avait balayé ce chatoie­ment crépus­cu­laire de l’Entre-deux guerres, dans les Balkans otto­mans voisins de l’Empire austro-​hongrois.

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cocardes
Une rumeur s’est empa­rée du monde des blogs : il faut lire « 14 juillet » d’Éric Vuillard. Empor­tée par l’enthousiasme de Keisha, de Dasola de Sandrine et bien d’autres, (excusez-​moi je n’ai pas le talent d’Éric Vuillard pour rappe­ler tous les noms qui permettent de créer un événe­ment) je n’ai pas résisté à cet élan répu­bli­cain. Les quatre cocardes trico­lores en disent long sur mon plai­sir de lecture et saluent un livre dont le projet est très origi­nal malgré mes réserves sur le message final. L’auteur n’a pas fait qu’une oeuvre d’historien, il a voulu mettre tous les procé­dés de langue dont il dispo­sait pour rendre compte d’une émotion qui a soulevé tout le peuple de Paris ces quelques jours de juillet 1789. Son texte nous permet de ressen­tir la peur, l’exaltation, le déses­poir, la joie de la victoire, tout cela dans des odeurs de sueur, de larmes, de poudre, de sang et de cadavres en décom­po­si­tion. On passe deux jours, heure après heure avec le petit peuple de Paris, réduit à un misère noire par des gens incons­cients que leur mode de vie pouvait être menacé par un trop plein d’injustices. On espère avec eux, on tremble pour eux, et on se réjouit quand enfin, le symbole de la royauté est envahi. La Bastille est prise par un peuple affamé que rien ne pouvait plus arrê­ter.

Éric Vuillard souligne avec insis­tance combien les parti­ci­pants à cette insur­rec­tion ne possé­daient rien, et comment leurs noms sont immé­dia­te­ment tombés dans l’oubli. Alors que les nantis nobles ou pas sont restés dans les mémoires et sont le sujet de nombreux chapitres des histo­riens comme Miche­let par exemple. S’il est vrai que le gouver­neur de Launay fut tué ce jour là et sa tête mise au bout d’une pique, Vuillard rappelle que sa veuve reçut une pension de trois mille livres, alors que Marie Bliard veuve de l’allumeur de réver­bère ne reçoit qu’un pauvre papier lui signi­fiant la mort de son compa­gnon. Ces deux poids deux mesures choquent tant l’auteur qu’il fait tout pour retrou­ver le nom et la vie des obscurs parti­ci­pants à cet acte fonda­teur de notre Répu­blique. Le livre se termine par un vibrant appel à mettre le feu aujourd’hui à toute la bureau­cra­tie qui étouffe selon lui la société fran­çaise. Hélas, je ne suis abso­lu­ment pas sûre que ces solu­tions violentes puissent servir au mieux vivre de notre société certes sclé­ro­sée. Si certains aime­ront ce livre pour son message, je l’apprécie, quant à moi, pour son style.

Citations

Mélange de style et d’époque

Et ce jour là, Necker fut exac­te­ment ce qu’il était, froid, démons­tra­tif, il ne parla que de finances et d’économie poli­tique ; il fut abstrait, hautain, et il assomma tout le monde pendant trois plombes par un discours tech­niques.

Pour se défendre, les gens impro­visent des barri­cades de chaises puis ils se saisissent de bâtons, de caillasses, et c’est l’intifada des petits commer­çants, des arti­sans de Paris, des enfants pauvres.

Le style

Et dans la nuit du 13 juillet tout cela résonne, ça gratte entre les pattes du petit chien qui traîne, ça urge entre les jambes du vieil ivrogne qui pisse qui poisse sous les aisselles du chif­fon­nier, ça démange tout le monde.

Un trait de caractère souvent vérifié

Enfin, Louis XVI, le débon­naire, monte sur le trône ; mais comme tous les tyrans indul­gents et magna­nimes, il sera plus féroce que ses prédé­ces­seurs.

20160914_104257-1Traduc­tion de l’anglais par Pierre CLINQUART entiè­re­ment revue et corri­gée

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Je suppose que cette remarque « entiè­re­ment revue et corri­gée » veut dire qu’il existe une première traduc­tion un peu moins fidèle au texte ? Je suis restée quelques jours en compa­gnie d’un groupe de lapins diri­gés par Hazel, un chef par qui beau­coup de groupes humains aime­raient être eux-​mêmes guidés : il est intel­li­gent, éprouve de la compas­sion et est ouvert à tous les conseils qui peuvent aider sa petite meute de lapin à survivre dans un milieu qui ne veut que leur destruc­tion. Merci Keisha, ton enthou­siasme est commu­ni­ca­tif et je comprends d’autant mieux ton plai­sir qu’enfant, tu avais déjà lu ce roman. Parce qu’il fait partie des rares livres qui peuvent être lus à tout âge. Les enfants adore­ront ces histoires de lapins confron­tés à des aven­tures abso­lu­ment extra­or­di­naires racon­tées de façon palpi­tantes. Ils auront peur pour Hazel et son jeune frère qui sait prédire l’avenir, Fyveer. Ils seront séduits par le courage de leurs amis Bigwig et le talent de conteur de Dande­lion. Les adultes aime­ront cet hymne à la nature , même si comme moi il leur faudra souvent recher­cher des jolis noms aussi étranges que : les « mercu­riales véné­neuses »

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ou » la jaco­bée »

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mais le nom que je préfère est : « eupa­toire pourpre »

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en plus de son amour de la nature que le lecteur est prêt à parta­ger avec le mili­tant Richard Adams, on est abso­lu­ment saisi par la prouesse d’écriture qui fait qu’à travers les diffé­rentes garennes et orga­ni­sa­tions des lapins, on retrouve toutes les conduites humaines. Il n’y a pas de message à propre­ment parler, mais quelque que soit la façon dont ils s’organisent, il s’agit toujours de résoudre le terrible sort des lapins de garenne :

La terre tout entière sera ton enne­mie. Chaque fois qu’ils t’attraperont, ils te tueront. Mais d’abord ils devront t’attraper…

Les solu­tions varient pour échap­per à la mort :

  • accep­ter que des hommes vous protègent en accep­tant qu’ils prélèvent au hasard de leurs envie leur pour­cen­tage de lapins afin de les manger.
  • orga­ni­ser un système très bien caché de tous les préda­teurs sous la houlette d’un tyran impi­toyable.
  • Deve­nir lapin domes­tique dans un clapier
  • et enfin comme dans la garenne d’Hazel trou­ver un lieu suffi­sam­ment reculé et à l’abri du regard des hommes pour mener une vie de lapin sauvage qui doit se proté­ger de tous les « vilous ».

J’oubliais de dire que peu à peu nous appre­nons le langage des lapins, nous « farfa­lons » nous suivons les exploits des Hour­das, nous crai­gnons que les « shaar-​tchoun » les plus faibles des lapins soient aban­don­nés par les autres. Comme toute société , les lapins ont leur mythe fonda­teurs et Dande­lion raconte ces histoires soit pour donner du courage soit pour distraire la compa­gnie. On y retrouve Shraa­vilsa intel­li­gent et rusé et son fidèle lieu­te­nant Prim­sault, tous les deux se sortent toujours d’affaire mais ils mettent aussi leur vie en grand danger. Ce n’est pas très juste de ne mettre que 4 coquillages à un tel livre, car c’est une oeuvre origi­nale, je n’ai rien lu de tel depuis long­temps, c’est évident que si j’avais gardé tota­le­ment mon âme d’enfants je lui mettais 5 coquillages sans hési­ter.

Citations

un moment de bonheur

Voir s’achever le temps de l’angoisse et de la crainte ! Voir se lever puis se dissoudre les nuées lugubres suspen­dues au-​dessus de nous – ces sombres nuages qui attristent le cœur et réduisent le bonheur en vague souve­nir ! rares sont les êtres qui n’ont jamais éprouvé cette joie-​là.
L’enfant qui attend sa puni­tion et que voilà, à sa grande surprise, pardonné, et le monde retrouve aussi­tôt ses couleurs, ses exquises promesses.

Changer ses habitudes pour mieux s’adapter

Tu dis que les mâles ne creusent pas. C’est vrai. Mais ils le pour­raient s’ils le voulaient. ça ne te plai­rait pas de dormir au fond de terriers bien douillets ? D’être sous terre par mauvais temps ou lorsque la nuit tombe ? Nous serions en sécu­rité. Et rien ne nous en empêche, à part le fait que les mâles ne sont pas censés creu­ser. Pas parce qu’ils n’en sont pas capables, mais parce qu’il en a toujours été ainsi.

Les lapins et la peur

Les lapins étaient mal à l’aise, déso­rien­tés. Ils s’aplatirent, respi­rant les parfums émanant de l’eau dans l’air frais du crépus­cule. Puis ils se regrou­pèrent, chacun espé­rant ne pas déce­ler chez son voisin l’angoisse qu’il éprou­vait lui même.

20160813_105713Traduit du danois par Raymond ALBECK

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Quel livre ! Je le dois encore une fois à Domi­nique. Que sa curio­sité insa­tiable soit mille fois remer­ciée ! Sans son blog ce livre ne serait pas parvenu jusqu’à moi puisque ma média­thèque ne possède pas encore (depuis j’ai convaincu les biblio­thé­caires de l’acheter) ce « chef d’oeuvre », comme le dit la quatrième de couver­ture. Et je suis entiè­re­ment d’accord, c’est un petit chef d’oeuvre. Thor­kild Hansen, décrit avec une préci­sion extra­or­di­naire, tant sur le plan tech­nique qu’humain, une expé­di­tion qui part du Dane­mark en 1761, pour faire connaître au monde un pays alors inviolé : « L’Arabie Heureuse ». Un roi danois Frédé­ric V, soutenu par un ministre, Berns­torff, parti­cu­liè­re­ment gagné à l’esprit des lumières, mobi­lise des sommes impor­tantes pour finan­cer une expé­di­tion auda­cieuse. Il s’agit de rassem­bler des savants les plus poin­tus de l’époque pour décou­vrir une partie de la planète où aucun occi­den­tal n’était encore allé.

D’abord, il s’agit de comprendre ce nom : pour­quoi s’appelle-t-elle « Heureuse » cette Arabie ? Qui sont les peuples qui la composent ? Pour cela, il faut un savant linguiste , ce sera un Danois von Haven. Pour comprendre la géolo­gie et les plantes, on fera appel un savant suédois Peter Forss­kal, un méde­cin physi­cien danois le docteur Kramer pour soigner les membres de l’équipe , un peintre graveur Bauren­feind pour rame­ner les illus­tra­tions de tout ce qui sera décou­vert et un arpen­teur d’origine alle­mande, Cars­ten Niebuhr, le moins titré des cinq hommes. Tous ces gens ont beau­coup écrit, envoyé de longs rapports sur leur voyage (sauf le docteur Kramer). Torkild Hansen, les a tous lus et pour certains de ces écrits, il en était le premier lecteur.

Son récit nous faire revivre de l’intérieur cette incroyable épopée qui a failli être un des plus grands fias­cos de tous les temps. Pour une raison que l’on sait dès le début du livre van Haven et Forss­kal se haïs­saient, et malheu­reu­se­ment Berns­torff n’a pas su anti­ci­per les consé­quences de cette haine impla­cable. Il aurait au moins fallu dési­gner un chef, mais non, on leur demande à tous de s’entendre ce qu’ils sont tota­le­ment inca­pables de faire. La raison en est sans doute que l’éminent profes­seur danois von Haven, déce­vait beau­coup son employeur qui n’osait pas l’avouer. Sur le terrain la mollesse d’esprit et de corps de von Haven le discré­di­tera tota­le­ment, au profit du coura­geux, éner­gique mais colé­reux Forss­kal.

La mala­ria empor­tera dans la mort ces deux hommes, le premier n’aura rien décou­vert d’important, se plai­gnant à longueur de rapports de l’inconfort et de l’insécurité. Le second au contraire a réussi à envoyer de multiples rapports, de nombreuses caisses de plantes, d’animaux empaillés, ou conser­vés dans l’alcool , de semences, de plantes séchées. Tout cela parfai­te­ment décrit dans de mult ouvrages. Malheu­reu­se­ment, rien ou presque de son fabu­leux travail n’a été exploité. Pour­quoi ? Il était suédois et le roi du Dane­mark n’avait guère envie que la Suède s’attribue le succès d’une expé­di­tion qu’elle avait finan­cée. Forss­kal est un élève de Linné qui est déjà un savant reconnu mais suédois, les consé­quences de ce natio­na­lisme absurde c’est que von Haven n’a rien décou­vert par paresse et que les extra­or­di­naires décou­vertes de Forss­kal ont été complè­te­ment négli­gées ou presque.

Il ne reste donc rien de cette expé­di­tion qui dura 7 ans ? et bien si ! Le seul person­nage peu titré était cet arpen­teur d’origine alle­mande : Cars­ten Nieb­hur qui a toujours refusé le moindre titre hono­ri­fique, il est le seul à reve­nir vivant de cette extra­or­di­naire épopée et il a fourni au monde, pour plusieurs siècles, des cartes exactes de cette région du monde. Même s’il a donné le nom correct à l’Arabie « Heureuse » : le Yemen , il n’a pas trouvé pour­quoi on l’avait si long­temps appelé Heureuse. La réponse est dans le livre, à vous de l’y trou­ver…

C’est peu de dire que j’ai lu avec passion ce voyage abso­lu­ment extra­or­di­naire, ne m’agaçant même plus d’un procédé qui d’habitude me gêne beau­coup : l’auteur nous annonce souvent les événe­ments impor­tants à venir. Je préfère toujours décou­vrir les diffé­rentes péri­pé­ties au cours de ma lecture sans effet d’annonce. Quand j’ai réalisé que l’énorme travail de Forss­kal, d’une qualité remar­quable allait être réduit à néant par la stupi­dité et la mesqui­ne­rie humaine, j’ai alors lu ce livre comme un thril­ler, je n’arrivais pas à le croire ! Si je dois encore vous donner une raison supplé­men­taire pour vous plon­ger dans ce voyage, lisez-​le simple­ment pour décou­vrir une des plus belles person­na­lité que les livres m’ont permis de connaître : celle d’un arpen­teur qui avec téna­cité et intel­li­gence a permis de faire de cette expé­di­tion une superbe réus­site. Une person­na­lité de cet acabit : modeste, honnête, humaine, altruiste, coura­geuse, sans préjugé … bref, à lui seul, il mérite un collier entier de coquillages !

Citations

Les temps anciens

Ce ministre nour­ris­sait pour l’art et la science un inté­rêt qu’il nous est diffi­cile d’imaginer, alors que nous avons amélio­rer la consti­tu­tion de l’État et que le despo­tisme éclairé a fait place à la démo­cra­tie non éclai­rée.

Trait de personnalité toujours sujette à la critique

Il avait de la valeur, on le lui eût pardonné, mais il le savait lui-​même, montrait avec osten­ta­tion qu’il en était convaincu, et cela était inex­cu­sable.

La science et les mythes : l’explication de la fluorescence de la mer.

Des expé­riences plus récentes ont prouvé que la phos­pho­res­cence de la mer est due à des orga­nismes vivants. Les filles de Nérée sont tout simple­ment des proto­zoaires unicel­lu­laires, flagelles et rhizo­podes.

Des questions hautement scientifiques

Presque toutes les univer­si­tés euro­péennes demandent aux voya­geurs d’étudier tous les problèmes imagi­nables : entre autres, un circon­cis éprouve-​t-​il plus de plai­sir au cours d’un coït qu’un incir­con­cis.

Le langage diplomatique dans toute sa splendeur

Il ne va pas jusqu’à dire que von Haven, à bout d’arguments, avait demandé à Forss­kal de lui « baiser le cul », mais que « von Haven avait eu recours à une insulte si gros­sière que le respect que m’inspire Votre Excel­lence m’interdit de la lui répé­ter, et toute­fois comme les circons­tances me font un devoir de préci­ser, j’indiquerai que la popu­lace s’en sert pour accu­ser un homme de la lâcheté la plus abomi­nable, en lui attri­buant certaines habi­tudes canines » .…

La fin terrible de cette aventure pour les deux savants de l’expédition

Les deux profes­seurs ambi­tieux et querel­leurs ont partagé en fin de compte le même destin. L’un fut tout au long du voyage sans éner­gie, dépourvu d’esprit d’initiative, manquant d’idées, inté­ressé seule­ment par des ques­tions de confort. L’autre a travaillé du matin au soir, s’est passionné pour tout ce qui l’entourait, a décou­vert des problèmes capti­vant là où les autres ne voyaient que des vérité de la Palisse, et a su les résoudre. Il a collec­tionné, cata­lo­gué, décrit. Il n’a pas laissé derrière lui un simple jour­nal : ses manus­crits remplis­saient sept lourds colis et ses collec­tions au moins vingt grandes caisses. Mais il n’en a pas plus tiré profit que le premier. On a connu la plus grande partie de ses décou­vertes seule­ment après que d’autres les eurent refaites et publiées. La mise de chacun est diffé­rente mais le résul­tat est le même : il ne reste rien.

Peter Forsskal

Le seul souve­nir vivant de Peter Forss­kal qui mourut à Yerim, en Arabie Heureuse, la plante de Forss­kal, est une ortie.

20160730_151921Traduit de l’italien par Elsa DAMIEN

4
J’ai commencé la lecture soute­nue par vos commen­taires à propos de « L’Amie Prodi­gieuse  » . Quand on a beau­coup aimé un roman, on aborde le second tome avec plus de réti­cences, mais très vite, j’ai été happée par le style d’Elena Ferrante. Voici une auteure qui rend l’Italie du sud telle­ment vivante ; elle nous fait comprendre de l’intérieur ce que cela veut dire d’être femme dans une société machiste donc violente et de plus domi­née par un clan qui ressemble fort à la mafia. Nous retrou­vons les mêmes person­nages que dans le premier tome, ils ont vieilli et ne sont plus confron­tés aux mêmes diffi­cul­tés. Lila se bat dans son quar­tier contre un mari qu’elle n’aime pas et contre tous ceux qui veulent la domi­ner. Elle essaie de vivre comme une femme libre dans un pays où cela n’a aucun sens. Elle est rouée de coups mais ne plie jamais. Elena sort tant bien que mal de sa misère initiale en réus­sis­sant brillam­ment ses études.

Ses amours ne la rendent pas toujours heureuse mais lui permettent de se rendre compte qu’elle a beau se donner beau­coup de mal pour se culti­ver, le fossé entre elle et ceux qui sont bien nés est infran­chis­sable. Les liens très forts qui unissent les deux jeunes femmes n’ont pas résisté aux passions amou­reuses qui se sont entre­croi­sées le temps d’un été. Même si Lila lui vole sous son nez son amou­reux et malgré sa peine, Elena restera lucide et ne lui enlè­vera pas tota­le­ment son amitié. Grâce à un jeu d’écriture, (les cahiers de Lila lui ont été confiés) , l’écrivaine peut décrire la vie de cette femme farouche si peu faite pour vivre sous la domi­na­tion des hommes napo­li­tains.

Racon­ter les intrigues risque de faire perdre tout le sel de ce roman qui vaut surtout par le talent de cette auteure. Elena Ferrante décrit dans le moindre recoin de l’âme les ressorts de l’amitié, de l’amour et des conduites humaines et donc, comme les grands écri­vains, elle nous entraîne d’abord dans une compré­hen­sion de l’Italie du sud et puis au delà des fron­tières terrestres dans ce qui consti­tue l’humanité dans toutes ses forces et ses faiblesses.

Citations

Portraits des femmes de Naples

Ce jour-​là, en revanche, je vis très clai­re­ment les mères de famille du vieux quar­tier. Elles étaient nerveuses et rési­gnées. Elles se taisaient, lèvres serrées et dos courbé, ou bien hurlaient de terribles insultes à leurs enfants qui les tour­men­taient. Très maigres, joues creuses et yeux cernés, ou au contraire dotées de larges fessiers de chevilles enflées et de lourdes poitrines, elles traî­naient sacs de commis­sions et enfants en bas âge, qui s’accrochaient à leurs jupes et voulaient être portés.

Le mur infranchissable de l’origine sociale

Je n’avais pas véri­ta­ble­ment réussi à m’intégrer. Je faisais partie de ceux qui bûchaient jour et nuit, obte­naient d’excellents résul­tats, étaient même trai­tés avec sympa­thie et estime, mais qui ne porte­raient jamais inscrits sur eux toute la valeur, tout le pres­tige de nos études. J’aurais toujours peur : peur de dire ce qu’il ne fallait pas, d’employer un ton exagéré, d’être habillé de manière inadé­quate, de révé­ler des senti­ments mesquins et de ne pas avoir d’idées inté­res­santes.

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Traduit de l’italien par Renaud Tempe­rini

Livre critiqué dans le cadre du programme Masse Critique de Babelio.com

4Je ne réponds plus souvent aux solli­ci­ta­tions de Babe­lio mais j’ai visi­ble­ment tort car ce roman m’a abso­lu­ment ravie. J’avais accepté car je croyais me replon­ger dans l’atmosphère de Naples si bien décrite par Elena Ferrante, et cette fois, du point de vue des hommes. J’aurais pu être déçue car ce n’est pas du tout cela que j’ai trouvé. J’ai accom­pa­gné un homme un peu bourru dans sa vieillesse et dans sa diffi­culté de commu­ni­quer avec ses voisins, ses amis et sa famille. Comme beau­coup de personnes âgées, il repense à son passé et en parti­cu­lier à ses amours de jeunesse avec nostal­gie et souvent une grande préci­sion. C’est un livre drôle et triste à la fois. Tragique même, puisque Cesare ne pourra pas empê­cher le dérou­le­ment d’un drame si prévi­sible pour­tant. Le trio des vieux amis, la dame au chat, Marino qui ne s’est pas remis de la mort acci­den­tel de son fils, et lui-​même, ronchonnent et râlent un peu sur le monde moderne auquel ils ont du mal à s’adapter, c’est ce qui les rend drôles et très atta­chants. Ils ne sont que des hommes sans super pouvoir. Lorenzo Marone a dépeint un Cesare au plus près de la réalité de ce que peut être un homme vieillis­sant. Il sait très bien jouer des rôles de person­nages auto­ri­taires pour sortir des situa­tions les plus rocam­bo­lesques (il est aussi bon comme l’ami du ministre de la justice, que l’inspecteur du fisc à la retraite, ou comme l’ancien commis­saire de police de Naples), il ne pourra, cepen­dant pas faire grand chose pour aider Emma à se sortir des griffes d’un mari violent. En revanche, il trou­vera le chemin de la compré­hen­sion et de l’affection de son fils. Ce livre commence par un tout petit texte qui m’a fait penser que j’allais aimer cette lecture, alors, je vous le reco­pie en espé­rant qu’il aura le même effet sur vous :

Citations

Une préci­sion

MON FILS EST HOMOSEXUEL.

Il le sait. Je le sais. pour­tant, il ne me l’a jamais avoué. Je n’y vois rien de mal, beau­coup de gens attendent la mort de leurs parents pour lais­ser leur sexua­lité s’épanouir en toute liberté. Mais avec moi, cela ne marchera pas, j’ai l’intention de vivre encore long­temps, au moins une dizaine d’années. Par consé­quent, si Dante veut s’émanciper, il va falloir qu’il se fiche de l’opinion du sous­si­gné. Je n’ai pas la moindre envie de mourir à cause de ses préfé­rences sexuelles.

Un moment d’humour tellement vrai !

Je fixe des yeux un livre posé sur ma table de chevet. J’ai souvent observé sa couver­ture, mais j’y remarque des détails qui m’avaient échappé. Une sensa­tion de stupeur m’envahit, puis je comprends de quoi il s’agit : j’arrive à lire de près. A mon âge, personne au monde n’en est capable. Malgré les pas de géants de la tech­no­lo­gie au cours du dernier siècle, la pres­by­tie est restée un des mystères inac­ces­sibles à la science. Je porte les mains à mon visage et saisis la raison de cette soudaine guéri­son mira­cu­leuse : j’ai mis mes lunettes, d’un geste désor­mais instinc­tif, sans réflé­chir.

Le caractère de Cesare

On dit souvent que le temps adou­cit le carac­tère, surtout celui des hommes. Beau­coup de pères auto­ri­taires se méta­mor­phosent en grands-​pères affec­tueux. moi, il m’est arrivé l’exact contraire, je suis né doux et je mour­rai bourru.

La vieillesse

On ne s’habitue à rien, on renonce à chan­ger les choses ce n’est pas pareil.

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Comme vous le voyez, je n’ai pas résisté long­temps au billet de Noukette pas plus qu’à celui de Jérôme. Ces deux là quand ils vous promettent un bon roman qui fait du bien, vous pouvez y aller, ils sont rare­ment à côté de la plaque ! J’ai tout simple­ment adoré ce roman , je l’ai avalé en quelques heures et déjà, je rêve de lire la suite. Un psycho­logue origi­naire des Antilles soigne des gens mal dans leur peau et dans leur vie. C’est un bel homme noir dont le charme ne laisse pas indif­fé­rent les femmes. Il a une clien­tèle d’enfants et d’ados. Au retour de l’école, son fils, Lazare écoute les récits des patients. Cela permet à l’auteur de multi­plier les points de vue sur le monde des gens qui vont mal aujourd’hui en parti­cu­lier les adoles­cents. Nous avons le regard de Sauveur (beau prénom pour un psycho­logue) celui de Lazare son fils et aussi les propos des gens qui viennent le voir. C’est drôle, pétillant, triste souvent et tragique parfois.

La classe de CE2 de madame Dumayet fréquen­tée par Lazare vaut celle du célèbre petit Nico­las. Les cas suivis par Sauveur (et son fils) permettent à Marie-​Aude Murail de mettre en scène des petits instan­ta­nés de notre monde contem­po­rain. J’ai bien aimé aussi les maladresses de Sauveur avec son fils, lui qui sait si bien comprendre les souf­frances des autres, a un peu plus de mal à voir celles de son enfant dans lesquelles il est impli­qué, évidem­ment. Cela donne un sens à l’intrigue et au retour vers le drame de leur vie d’avant quand ils vivaient à la Marti­nique ce n’est pas la meilleure partie du roman . Autant les enfants et les ado sont passion­nants autant certains adultes sont à la limite de la cari­ca­ture.

C’est la raison pour laquelle je n’ai pas mis 5 coquillages. La raciste de service me semble sorti d’un roman de 4 sous, et le prof d’histoire dragueur et bedon­nant (le père d’Océane) peu crédible. Le sel de ce roman ce sont les enfants et les ados qui nous le donnent et eux, pour peu que les adultes ne les écra­bouillent pas complè­te­ment, sont prêts à vivre de toutes leurs forces. Je ne sais pas si cette auteure s’adresse à des ado ou à des adultes, ce que je sais, moi qui suis loin de cet âge là, c’est que j’ai eu l’impression de parta­ger un moment la vie de gens plus jeunes et que Marie-​Aude Murail me donnait, à travers les yeux compa­tis­sants de Sauveur et de son fils, des clés pour mieux les comprendre.

Citations

Les ambiances de classe comme si on y était

L « histoire inti­tu­lée « le loup était si bête » leur avait plu. Malheu­reu­se­ment, il s’agissait de faire main­te­nant l’exercice de compré­hen­sion numéro 3 page 42.

1/​Que nous apprend le titre du texte ?

2/​Ce conte fait-​il peur ?

3/​Connais-​tu des contes de Loup qui font peur ?

Paul dont l’esprit de conci­sion faisait la charme répon­dit :

1/​Le loup il est bête 2/​non 3/​oui

Problème d’orthographe

Le mardi c’était le jour d’Ella, la phobique scolaire. Lazare avait eu quelques diffi­cul­tés à obte­nir des infor­ma­tions sur ce mal étrange car il avait d’abord tapé « fobic solaire » sur Google.

le sommeil des ados (je ne savais pas ça !)

Dans tous les cerveaux il y a de la méla­to­nine qui fait dormir, mais le cerveau des adoles­cents fabrique la méla­to­nine pas à la même heure que le cerveau des adultes. Alors le soir, ils n’ont pas envie de dormir. Mais le matin, si.

J’ai un petit faible pour Océane

Pour le proverbe du jour Madame Dumayet avait choisi. : « Après la pluie , le beau temps » . Qui sait ce que veut dire ? Oui, Océane.

Il faut pas oublier son para­pluie.

Les enfants et leurs secrets

Les poule noire étran­glée et le cercueil en boîte de chaus­sures étaient allés rejoindre le monde inter­dit aux enfants, dont les secrets s’échappent par une porte entre­bâillée