Traduit par André Fayot post face de Bertrand Fillaudreau.


La lecture de ce livre de mémoires me prouve que la blogo­sphère a permis à mes goûts litté­raires d’évoluer. J’ai pris un grand plai­sir à cette lecture que je dois à Domi­nique ( elle même remer­cie Keisha). Je voulais connaître cet homme qui est consi­déré comme le « père des parcs natio­naux aux USA » . Mes enfants y font des balades extra­or­di­naires chaque été et leurs photos donnent envie de s’y rendre. J’ai toujours cet éton­ne­ment face à ce para­doxe, le pays le plus pollueur de la planète est aussi celui qui semble adorer le plus la nature vierge. Plusieurs lectures récentes convergent pour me donner l’impression que l’homme agri­cul­teur est devenu le plus grand préda­teur des espèces végé­tales et animales. Faire pous­ser du blé ne peut se faire qu’aux prix de souf­frances infi­nies pour l’homme et la nature.
John Muir, les souf­frances, il connaît, élevé par un père d’une rigueur qui frise le tortion­naire, il a connu les pires brimades physiques dès son enfance : coups, enge­lures, travaux de forçat ; il a tout accepté au nom d’un respect filial qui lui vient, on se demande pour­quoi ? et comment ?
Toute son enfance, surtout son émer­veille­ment de la nature qui s’offre à lui quand il arrive dans le Wiscon­sin, est très agréable à lire et on suit avec atta­che­ment les péri­pé­ties de chaque décou­verte qu’offrent ces lieux souvent encore vierges. La fin est beau­coup moins passion­nante, il est vrai qu’il ne s’agit plus de son enfance. Cet enfant à 10 ans est capable de comprendre la trigo­no­mé­trie tout seul avec des livres, à 14 ans de construire des horloges sans plan préa­lable, il a vrai­ment une intel­li­gence tota­le­ment hors norme. Il a appris à lire et à écrire seul ou presque à 4 ans. Il parle latin et alle­mand. J’aurais aimé qu’il raconte mieux son adap­ta­tion au monde des adultes quand il ne vit plus sous la férule de ce père que j’ai détesté tout au long du livre.

Citations

Éducation écossaise fin du XIXe

Je ne vois rien qui puisse me pous­ser aujourd’hui à concen­trer plus fort mon atten­tion que quand j’étais enfant, ce que réus­sis­sait le fouet -une gigan­tesque raclée le plus souvent. Les insti­tu­teurs écos­sais de la vieille école ne passaient pas leur temps à tenter de trou­ver des chemin raccour­cis vers la connais­sance, ni d’expérimenter les dernières trou­vailles en matière de méthode psycho­lo­gique, telle­ment en vogue de nos jours. Il n’était pas ques­tion de rendre nos bancs confor­tables, ni nos leçons faciles. On nous collait seule­ment de but en blanc devant nos livres, comme des soldats face à l’ennemi, en nous ordon­nant d’un ton sans réplique : « Allez au travail ! Appre­nez vos leçons ». Et à la moindre erreur, si minime fût-elle, c’était le fouet, car avait été fait cette extra­or­di­naire décou­verte, aussi simple que défi­ni­tive, et telle­ment écos­saise, qu’il exis­tait une rela­tion directe entre la peau et la mémoire, et qu’irriter celle-là stimu­lait celle-ci au degré souhaité quel qu’il fût.

Les bagarres

Quand on avait la chance de finir un combat sans un œil au beurre noir, on échap­pait géné­ra­le­ment à une dége­lée à la maison et une autre le lende­main matin à l’école, car les autres traces de l’échauffourée pouvaient être lavées faci­le­ment au puits près de l’église, ou bien dissi­mu­lées, ou mise au compte des aspé­ri­tés du terrain ; tandis qu’un œil poché ne pouvait trou­ver d’autre expli­ca­tion qu’une bagarre en règle. La double correc­tion en était la sanc­tion inéluc­table mais sans aucun effet : les bagarres se conti­nuaient sans la moindre accal­mie, comme les oura­gans, car aucune autre puni­tion que la mort n’aurait pu suppri­mer la vieille agres­si­vité atavique qui brûlait dans nos veines de païens, pas plus qu’on arri­vait à nous faire admettre que père et maître pouvaient légi­ti­me­ment nous étriller aussi labo­rieu­se­ment pour notre bien, tout en refu­sant le plai­sir de nous casta­gner les uns les autres pour le même bien.

Genre de livres où Wikipédia rend bien des services .…

Et il en allait tout de même avec les calo­po­gons, les pogo­nies, les spiranthes et quan­tité d’autres popu­la­tions végé­tales. Le magni­fique turban de Turc ( Lilium super­bum), qui croît sur les berges des cours d’eau, était rare chez nous, alors que le lis orangé pous­sait en abon­dance en terrain sec sous les chênes à gros fruits et nous rappe­lait bien souvent la plate-bande de tante Ray en Écosse. Grâce à ses fleurs rouge écar­late, l’asclépiade tubé­reuse ou herbe à ouate atti­rait des volées de papillons et produi­sait de superbes masses de couleur.

Une éducation à la dure

Mes aven­tures me remettent en mémoire l’histoire de ce garçon qui, en esca­la­dant un arbre pour voler un nid de corbeau, tomba et se cassa la jambe, mais qui, sitôt guéri, se força à grim­per jusqu’au sommet de l’arbre du haut duquel il avait culbuté.

La prégnance de la morale

Comme à l’ensemble des petits écos­sais, on nous ensei­gnait la plus stricte abné­ga­tion, à propos et hors de propos, à faire fi de la chair et à la morti­fier, à veiller à garder nos corps soumis aux préceptes de la Bible et à nous punir sans merci pour toute faute commise ou simple­ment imagi­née. Lorsque, en aidant sa sœur à rame­ner les vaches, un gamin usa un beau jour d’un terme défendu : « faudra que je l’dise à papa, fit la jeune fille horri­fiée. J’le lui dirai, qu’t’as dit un vilain mot…
-J’ai pas pu l’empêcher d’me v’nir répon­dit l’enfant par manière d’excuse. C’est pas pire de le dire tout haut que de l » penser tout bas ! »

Après avoir décrit le Wisconsin comme le paradis des oiseaux , il décrit cette scène horrible (cette espèce de pigeons a complètement disparu, on comprend pourquoi !)

Les pigeons, à ce moment-là, étaient rares un grand nombre de personnes, équi­pées de chevaux et de chariot, et armées de fusil, de longues perches, de pots à soufre, torches de poix, etc, avaient déjà planté leur camp sur le pour­tour deux fermiers instal­lés à plus de cent milles de là avaient amené quelques trois cents porcs pour les faire engrais­ser sur les pigeons massa­crés. Un peu partout, des gens employés à plumer et à saler ce qui avait déjà été mis de côté étaient assis au milieu de monceaux d’oiseaux. La terre était couverte d’une couche de fiente de plusieurs pouces d’épaisseur. Quan­tité d’arbre de deux pieds de diamètre étaient brisés guère au-dessus du sol, et les branches de beau­coup d’autres parmi les plus hauts et les plus éten­dus avaient cédé, comme si un oura­gan avait balayé la forêt.
Au coucher de soleil, pas un pigeon n’était encore arrivé. Mais un cri géné­ral s’éleva tout à coup : » Les voilà ! ». Ils étaient encore loin, mais le bruit qu’ils faisaient me rappe­lait, en mer, un violent coup de vent qui passe à travers les grée­ments d’un navire dont on a serré les voiles. Des milliers furent bien­tôt abat­tus à coups de perche, mais les oiseaux ne cessaient pas pour autant d’affluer. Puis les feux s’allumèrent et un tableau aussi terri­fiant que superbe se mit en place. Les pigeons qui se déver­saient à flots se posaient partout, les uns sur les autres, si bien qu’il se formait des masses compactes sur toutes les branches. Ça et là des perchoirs roulaient avec fracas, et, dans leur chute en abat­taient des centaines d’autres, préci­pi­tant les groupes extrê­me­ment serrés d’oiseaux dont étaient chargé le moindre rameau, spec­tacle de conflit et de tumulte. Je m’aperçus qu’il était parfai­te­ment inutile de parler ou même de crier au gens qui m’entouraient. Les coups de fusil, on les enten­dait rare­ment, et ce n’est qu’en voyant les hommes rechar­ger leurs armes que je compre­nais qu’ils avaient tiré. Personne n’osait s’aventurer à l’intérieur du péri­mètre du carnage. On avait parqué les cochons en temps utile, le ramas­sage des morts et de bles­sés étant remis au lende­main matin. Les pigeons affluaient toujours, et ce ne fut qu’après minuit que je perçus une dimi­nu­tion du nombre des arri­vants. Le vacarme dura toute la nuit.
Vers les premières lueurs du jour, le bruit s’atténua quelque peu ; long­temps avant qu’on pût distin­guer les formes, les pigeons commen­cèrent à s’en aller dans une direc­tion diffé­rente de celle où ils étaient venus la veille, de sorte que quand le soleil se leva tout ce qui était capable de voler avait disparu. Ce fut alors le hurle­ment des loups qui se fit entendre, et l’on vit arri­ver furti­ve­ment renards, lynx, couguar, ours,raton laveur, opos­sum et putois, tandis que des aigles des éper­viers de diffé­rentes espèces, accom­pa­gnés d’une armée de vautour, appro­chaient pour tenter de les évin­cer et d’avoir leur part de butin.
Les auteurs du carnage se mirent alors à avan­cer parmi les morts, les mourants et les muti­lés et à ramas­ser les pigeons et aller mettre en tas, ce jusqu’à ce que chacun ait autant qu’il voulait, après quoi les cochons furent lais­ser libres de dévo­rer les restants.

L’inconfort total

Dans toute la maison, il n’y avait en fait de feu que le four­neau de la cuisine, avec son foyer de cinquante centi­mètres de long sur vingt cinq de large et autant de haut – à peine de quoi y mettre trois ou quatre petites bûches-, autour duquel, lorsqu’il faisait – 20 dehors, les dix personnes que nous étions dans la famille grelot­taient, et sous lequel nous trou­vions, le matin, nos chaus­settes et nos grosses bottes impré­gnées d’eau gelée en bloc. Et nous n’avions pas même le droit de rani­mer ce misé­rable petit feu dans sa boîte noire pour les dége­ler. Non, nous devions y compri­mer nos pieds endo­lo­ris et tout palpi­tant d’engelures, au prix de douleurs pires qu’une rage de dent, et filer au travail.

Je crois relire homo sapiens : le malheur de la révolution agricole

Dans ces temps recu­lés, long­temps avant l’arrivée des machines qui nous épargnent tant de peine, tout (ou presque) ce qui touchait à la culture du blé impo­sait des travaux érein­tant – faucher sous la chaleur des longues jour­nées de la cani­cule, râte­ler et lier des gerbes, faire les meules et battre le grain -, et je me disais bien souvent que la façon brutale, fréné­tique, que nous avions de faire sortir le grain de terre ressem­blait trop à une exca­va­tion de tombes.

Traduit de l’anglais (Austra­lie) par Fran­çoise Rose.

Ce roman a le grand mérite de tenir la distance Saint-Malo/­Pa­ris. Il a, de plus, beau­coup plu à la petite souris jaune. Moins à moi, mais je suis toujours réti­cente aux histoires d’animaux et celle-là même si elle est très belle est parti­cu­liè­re­ment invrai­sem­blable. On peut aimer pour le dépay­se­ment afri­cain , pour l’amour des lions, et la beauté de notre planète qui est de moins en moins sauvage et de plus en plus tris­te­ment humaine. J’apprécie tous ces thèmes mais qu’une lionne veuille et sache sauver la vie d’une petite fille de 7 ans cela me semble tota­le­ment invrai­sem­blable. Autant que l’attachement subit et fort de la cher­cheuse quadra­gé­naire pour cette enfant. Le happy end n’est pas de trop, il est à l’image du livre « à l’eau de rose » de la savane. Et pour­tant, malgré tous ces défauts, l’auteure a su m’emporter dans l’Afrique dure et superbe des grands espaces. Dans le genre « le lion » de Kessel est plus réaliste, peut être démodé, je ne sais pas, je ne l’ai relu depuis si long­temps. La souris jaune vous promet­tait une lecture d’été et je rajou­te­rai si vous aimez les lectures d’adolescents défen­seurs de la planète.

Citations

Genre d’images qui créent un ailleurs

Quand le soleil attei­gnit l’horizon, il se répan­dit sur la plaine. Angel retint son souffle. Majes­tueu­se­ment et immo­bile, la lionne se décou­pait sur le ciel nimbée d’une lumière dorée, telle une créa­ture de feu.

La psychologie de magazine féminin

Et si cela n’avait rien à voir avec son appa­rence ou son carac­tère ? Si c’était plutôt elle qui avait toujours choisi de vivre avec des gens qui l’abandonnaient constam­ment ? Si elle avait incons­ciem­ment cher­ché à repro­duire la rela­tion qu’elle avait eue avec sa mère, traî­nant ce schéma derrière elle depuis des années, comme une malédiction ?

Metin Arditi est un auteur que j’aime bien et qui est très facile à lire. Il y a toujours de l’élégance dans ses romans. Je n’ai pas encore créé cette caté­go­rie, sinon il ferait partie des auteurs « bien élevés », certes on peut lui repro­cher un manque de profon­deur mais j’apprécie sa déli­ca­tesse. Dans ce roman, il a dû se faire très plai­sir car il a pu mettre en scène ses chères mathé­ma­tiques. Je comprends bien que pour un amou­reux de cette science ce soit un peu compli­qué de ne jamais en parler, ici il a trouvé un biais pour nous racon­ter tous ses bonheurs, celui de rêver aux suites des nombres. Deux person­nages se retrouvent dans une île grecque Kala­maki. Un ancien archi­tecte dévasté par la mort de sa fille sur cette île et le garçon autiste d’une femme éner­gique qui vit de la pêche et qui élève seule ou presque cet enfant. Yannis est autiste Asper­ger, il ne peut pas commu­ni­quer mais passe sa vie à calcu­ler. Les habi­tants de l’île savent lui faire une place et sa vie est heureuse même si elle est compli­quée et que sa mère est terro­ri­sée par son avenir. Dans ce cadre idyl­lique, un projet hôte­lier risque de détruire ce petit paradis.

Arditi parle aussi des problèmes de la Grèce actuelle et ce n’est pas une pein­ture idyl­lique. La fin est mesu­rée, j’ai eu peur que « le contre projet à l’hôtel de l’horrible promo­teur » soit vaincu par« l’idyllique le projet d’une école philo­so­phique du gentil écolo­giste archi­tecte ». Comme nous sommes avec Arditi, la fin est plus mesu­rée et plus réaliste. Je suis un peu gênée par l’intérêt actuel des personnes autistes, je trouve, évidem­ment, très impor­tant de savoir en parler. Cela fait de très beaux sujets de romans, le plus souvent, ils sont Asper­ger, c’est à dire qu’ils ont un don éton­nant par rapport à « la norma­lité », ils sont doués d’une mémoire hors norme. Cela donne un bon ressort roma­nesque mais c’est autre­ment plus compli­qué dans la vie réelle.

Citations

Propos du Pope, j’aime beaucoup ces trois ancres

Pour ma part, je m’accroche à trois pensées du Christ. Aux trois ancres qu’il nous a léguées pour nous aider à surmon­ter la tempête.

La première est notre part de libre arbitre.… Moi, lorsque je me sens à deux doigts d’être emporté par la colère, je fais la prome­nade qui, du monas­tère, mène jusqu’au phare.… À toi de cher­cher ce qui, dans ta vie, dépen­dra de de ta seule volonté. Ne serait-ce qu’une prome­nade le long de la mer.

Le deuxième ancrage que nous offre le Christ est sa résur­rec­tion. À chaque instant, l’être recom­mence. La vie reprend ses droits… la Résur­rec­tion du Christ n’est pas à cher­cher dans les circons­tances. Elle est partout. Il en est de même pour celle des hommes. À chaque instant la vie recommence

Voici enfin la troi­sième ancre. La vie renaît par le travail. Souviens-toi. Trois fois avant le chant du coq, tu me trahi­ras, dis-le Christ à Pierre. Pour­tant, c’est à lui, le traître, qu’il confiera la construc­tion de son Église. Et cette tâche sauvera Pierre… Nous le savons, aucun travail ne pourra effa­cer ton immense douleur. Mais il t’aidera à l’adoucir. Mets-toi au travail. Où tu le voudras, en faisant ce que tu juge­ras oppor­tun. Ne reste pas désœu­vré. Ici commence ton libre arbitre.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Sarah Gurcel

Je dois la lecture de ce livre à Philippe Meyer (avec un « e » à Philippe) il anime une émis­sion que j’écoute tous les dimanches matin, « L’esprit public » , elle se termine par une séquence que j’attends avec impa­tience celle des « brèves » où chaque parti­ci­pant recom­mande une lecture, un spec­tacle, un CD. Un jour Philippe Meyer a recom­mandé ce roman et ses mots ont su me convaincre. Je profite de billet pour dire que la direc­tion de France-Culture, après avoir censuré Jean-Louis Bour­langes, évince Philippe Meyer en septembre. Je ne sais pas si des lettres de protes­ta­tions suffi­ront à faire reve­nir cette curieuse direc­tion sur cette déci­sion, mais j’engage tous ceux et toutes celles qui ont appré­cié « L’esprit public » à écrire à la direc­tion de France-Culture.
J’ai rare­ment lu un roman aussi éprou­vant. J’ai plus d’une fois pensé à Jérôme qui, souvent s’enthousiasme pour des écri­tures sèches décri­vant les horreurs les plus abso­lues. C’est exac­te­ment ce que j’ai ressenti lors de cette lecture. Les massacres de la famille du colo­nel McCul­lough par les Comanches, celui de la famille Garcia par les rangers améri­cains sont à peu près insou­te­nables parce qu’il n’y a aucun pathos mais une préci­sion qui donne envie de vomir. Ce grand pays est construit sur des monceaux de cadavres. Je suis restée une quin­zaine de jours avec les trois person­nages qui, à des époques diffé­rentes, finissent par décrire exac­te­ment d’où viennent les États-Unis. L’ancêtre Elie McCul­logh est né en 1836, il vivra cent ans et établira la fortune de la famille. Son passage chez les Comanches fera de lui un redou­table préda­teur mais aussi un homme d’une intel­li­gence remar­quable. Son fils Peter né en 1870 ne se remet­tra jamais de l’assassinat par son père et ses amis de la famille Garcia des Mexi­cains qui avaient 300 années de présence à côté du ranch de son père, eux-mêmes avait, évidem­ment aupa­ra­vant, chas­sés les Indiens. Enfin, la petite fille de Peter Jeanne-Anne McCul­logh née en 1926, enri­chie par le pétrole et qui sera la dernière voix des McCullogh.
La vie chez les Comanches est d’une dureté incroyable et n’a rien à voir avec les visions roman­tiques que l’on s’en fait actuel­le­ment. Mais ce qui est vrai, c’est que leur mode de vie respec­tait la nature. La civi­li­sa­tion nord-améri­caine est bien la plus grande destruc­trice d’un cadre natu­rel à l’équilibre très fragile. Entre les vaches ou le pétrole on se demande ce qui a été le pire pour le Texas. Lire ce roman c’est avoir en main toutes les clés pour comprendre la nation améri­caine. Tous les thèmes qui hantent notre actua­lité sont posés : la guerre, la pollu­tion des sols, le racisme, le vol des terres par les colons, la place des femmes.. mais au delà de cela par bien des égards c’est de l’humanité qu’il s’agit en lisant ce roman je pensais au livre de Yuval Noah HARARI. C’est une illus­tra­tion parfaite de ce que l’homme cueilleur chas­seur était plus adapté à son envi­ron­ne­ment que l’agriculteur.

Citations

PREMIÈRE PHRASE

On a prophé­tisé que je vivrai jusqu’à cent ans et main­te­nant que je suis parvenu à cet âge je ne vois pas de raisons d’en douter.

Humour

On sait bien qu’Alexandre le Grand lors de sa dernière nuit parmi les vivants, a quitté son palais en rampant pour tenter de se noyer dans l’Euphrate, sachant quand l’absence de corps son peuple le croi­rait monter au ciel parmi les dieux. Sa femme l’a rattrapé sur la berge ; elle l’a ramené de force chez lui où il s’est éteint en mortel. Et après on me demande pour­quoi je ne me suis jamais remarié.

La dure loi du Texas

» C’est comme ça que les Garcia ont eu leur terre, en se débar­ras­sant des Indiens et c’est comme ça qu’il fallait qu’on les prenne. Et c’est comme ça qu’un jour quelqu’un nous les pren­dra. Ce que je t’engage à ne pas oublier ».
Au final mon père n’est pas pire que nos voisins : eux sont simple­ment plus modernes dans leur façon de penser. Ils ont besoin d’une justi­fi­ca­tion raciale à leurs vols et leurs meurtres. Et mon frère Phinéas est bien le plus avancé d’entre eux : il n’a rien contre les Mexi­cains ou contre toute autre race , mais c’est une ques­tion écono­mique. La science plutôt que l’émotion. On doit soute­nir les forts et lais­ser périr les faibles. Ce qu’aucun d’eux ne voit, ou ne veut voir, c’est qu’on a le choix.

les différences de comportement selon les origines

L’Allemand de base n’était pas aller­gique au travail : il suffi­sait de voir leurs proprié­tés pour s’en convaincre. Si, en longeant un champ, vous remar­quez que la terre était plane et les sillons droits, c’est qu’il appar­te­nait à un Alle­mand. S’il était plein de pierres et qu’on aurait dit les sillons tracés par un Indien aveugle, ou si on était en décembre et que le coton n’était toujours pas cueilli, alors vous saviez que c’était le domaine d’un blanc du coin qui avait dérivé jusqu’ici depuis le Tennes­see dans l’espoir que, par quelque sorcel­le­rie, Dame Nature, dans sa largesse lui pondrait un esclave.

Le charme des noms Comanches

Bien des noms Comanches étaient trop vulgaires pour être consi­gnés par écrit, aussi, quand la situa­tion l’exigeait, les Bancs les modi­fiaient. Le chef qui emmena le fameux raid contre Lune­ville en 1840 (au cours duquel cinq cents guer­riers pillèrent un entre­pôt de vête­ments raffi­nés et s’enfuirent en haut de forme, robe de mariée et chemise de soie) s’appelait Po-cha-na-quar-hip ce qui signi­fiait Bite-Qui-Reste-Toujours-Dure. Mais pas plus cette version que la traduc­tion plus déli­cate d’Érection- Perma­nente ne pouvait paraître dans les journaux,aussi décida-t-on de l’appeler Bosse-de-Bison.

Après 15 pages inoubliables pour expliquer l’utilisation de la moindre partie du corps du bison pour les Comanches, voici la dernière phrase

On lais­sait toujours le cœur la même où le bison était tombé : lorsque l’herbe pous­se­rait entre les côtes restantes, le Créa­teur verrait que son peuple ne prenait que ce dont il avait besoin et veille­rait à ce que les trou­peaux se renou­vellent et reviennent encore et encore

Les richesses dues au pétrole

La provi­sion pour recons­ti­tu­tion des gise­ments et quelque chose de tota­le­ment diffé­rent. Chaque année, un puits qui produit du pétrole te fait gagner de l’argent tout en te permet­tant de réduire des impôts.
- Tu fais un béné­fice mais tu appelles ça une perte ».
Elle voyait bien qu’il était satisfait.
- » Ça paraît malhonnête.
- » Au contraire. C’est la loi aux États-Unis.
-Quand même.
- Quand même rien du tout. Cette loi a une bonne raison d’être. Il y a des gens pour élever du bétail, même à perte : pas besoin de mesures inci­ta­tives. Alors que le pétrole, lui, coûte cher à trou­ver, et encore plus cher à extraire. C’est une entre­prise infi­ni­ment plus risquée. Alors si le gouver­ne­ment veut que nous trou­vions du pétrole, il doit nous encourager.

Le fils (d’où le titre)

Être un homme signi­fiait n’être tenu par aucune règle. Vous pouviez dire une chose à l’église, son contraire au bar, et d’une certaine façon dire vrai dans les deux cas. Vous pouviez être un bon mari, un bon père, un bon chré­tien, et coucher avec toutes les secré­taires, les serveuses, les pros­ti­tuées qui vous chantaient.

La guerre de Sécession

À la fin de l’été, la plupart des Texans étaient persua­dés que si l’esclavage été aboli, le sud tout entier s’africaniserait, que les honnêtes femmes seraient toutes en danger et que le mot d’ordre serait au grand mélange. Et puis, dans le même souffle, ils vous disaient que la guerre n’avait rien à voir avec l’esclavage, que ce qui était en jeu, c’était la dignité humaine, la souve­rai­neté, la Liberté elle-même, les droits des états : c’était une guerre de légi­time défense contre les ingé­rences de Washing­ton. Peu impor­tait que Washing­ton ait protégé le Texas des visées mexi­caines. Peu impor­tait qui le protège encore de la menace indienne.

La Californie

Une fois la séces­sion votée, l » État du Texas se vida.…..
Des tas de séces­sion­nistes partirent aussi. Sur les nombreux train qui s’en allaient vers l’ouest, loin des combats, on voyait souvent flot­ter haut et fier le drapeau de la Confé­dé­ra­tion. Ces gens-là était bien favo­rables à la guerre, tant qu’ils n’avaient pas à la faire. J’ai toujours pensé que ça expli­quait ce que la Cali­for­nie est devenue.

Principe si étrange et malheureusement pas si faux !

Mon père a raison. Les hommes sont faits pour être diri­gés. Les pauvres préfèrent mora­le­ment, sinon physi­que­ment, se rallier aux riches et aux puis­sants. Ils s’autorisent rare­ment à voir que leur pauvreté et la fortune de leurs voisins sont inex­tri­ca­ble­ment liés car cela néces­si­te­rait qu’ils passent à l’action, or il leur est plus facile de ne voir que ce qui les rend supé­rieurs à leurs autres voisins simple­ment plus pauvres qu’eux. 

Ce livre est dans mes listes depuis .….. long­temps ! j’apprécie cette auteure qui fait partie des gens qui me font du bien. D’abord parce que Kata­rina Mazetti aime racon­ter des histoires et que j’adore que l’on m’en raconte. Ensuite, parce qu’elle a un sens de l’humour avec lequel je suis bien : jamais méchant mais telle­ment perti­nent. La fin est peut-être trop gentille, mais elle ne fait que deux pages et il fallait bien finir ! C’est pour­tant pour cette raison et l’aspect un peu cari­ca­tu­ral de certains person­nages que ce roman n’a pas eu ses cinq coquillages que j’ai parfois eu très envie de lui mettre. Nous sommes embar­qués sur un bateau de croi­sière vers l’Antarctique avec des Suédois sans soucis finan­ciers mais avec parfois des diffi­cul­tés bien plus graves. Les deux person­nages centraux sont un jour­na­liste et une certaine Wilma. Le jour­na­liste se noie dans un divorce qui le prive de ses enfants. Tous les torts sont évidem­ment, selon lui, du côté de son épouse, mais peu à peu on se rendra compte que ce n’est peut être pas si simple. Et surtout, comme dit mon beau-frère préféré « il y a malheur plus grand » : que cache, en effet, la raideur et la maladresse de Wilma ? Il prend le risque à force de ne s’intéresser qu’à sa petite personne et profi­ter sans vergogne de la gentillesse et de l’optimisme de celle qui ne veut pas étaler ses problèmes de passer à côté d’une véri­table diffi­culté de la vie. Et puis, il y a, Alba qui compare chaque type humain à des compor­te­ments des animaux mais préfère ces derniers au hommes car : l’expression « les hommes sont des animaux » est une offense aussi bien envers les manchots que les autres espèces animales. C’est vrai que ce n’est pas un roman qui va rester à vie dans ma mémoire mais il m’a fait sourire et j’ai bien aimé les obser­va­tions sur les compor­te­ments des mammi­fères dits supé­rieurs, un peu cari­ca­tu­raux, peut-être comme ces deux sœurs : l’une, la riche exploite sans pitié la gentillesse de l’autre, la plus pauvre. Ces petits bémols ne doivent pas faire oublier que c’est avant tout un roman léger et agréable et pas l’étude du siècle sur les mœurs de la société suédoise.

Citations

Préface

Tous les person­nage de ce roman ont été tirés d’un compost d’observation diverses et de frag­ments de souve­nirs qui a mûri dans la tête de l’auteur durant un laps de temps indéfini.

C’est indi­qué « bagages » avec une flèche à droite et une autre à gauche. Sur le même panneau ! J’ai un faible pour les Fran­çais, mais Charles-de-Gaulle est un concen­tré de leurs pires défauts.

Des noms qui font rêver (ou pas)

Thiru­va­nan­tha­pu­ram 

C’est vrai en France aussi

Regar­dez le public au théâtre ou dans les vernis­sages ! Quatre-vingt-dix pour cent sont des femmes, la plupart ayant dépassé la cinquan­taine, les dix pour cent restants y ont été traî­nés par une femme. Inter­di­sez l’accès aux femmes de plus de quarante-cinq ans et vous pouvez annu­ler toute vie cultu­relle suédoise !

Le résultat d’une enquête journalistique

Le conseiller d’éducation s’est pendu avant le procès lais­sant une épouse et trois enfants dont deux fréquen­taient son école. La répu­ta­tion de la rempla­çante a été ruinée et elle a perdu son boulot. Le seul à être vrai­ment heureux à proba­ble­ment été l’enfoiré qui avait vendu l’histoire au départ. Et puis, nous les trois épau­lards . Dans une bonne humeur forcée, nous sommes allés nous saou­ler au pub pour célé­brer notre acti­vité si utile à la société.
Bon évidem­ment qu’elle était utile à la société, je le soutiens encore aujourd’hui. Mais. La vie de six personnes à été détruite.

Philosophie du marin

Tout le monde devrait connaître un bon mal de mer de temps en temps, a-t-il marmotté. Ça vous rend humble et doux, on se rend compte qu’on n’a pas grand-chose à oppo­ser à la nature. Je crois que je vais inven­ter un comprimé de mal de mer qui fonc­tionne à l’envers. Pour le jeter dans le gosier des tyrans omni­po­tents aux quatre coins du monde quand ils s’apprêtent à enva­hir un pays , ou à dévas­ter une forêt, ou simple­ment à battre leur femme.

Un vantard

Göran est resté au bar à racon­ter à ceux qui voulaient bien l’écouter qu’il n’avait jamais eu le mal de mer. Ce qui est sans doute vrai -mais il n’a pas précisé qu’il n’avait jamais vrai­ment pris la mer, seule­ment fait des courses en hors-bord sur le lac près de chez nous.

J’ai souri

C’est un peu comme boire un verre de cognac quand on sent venir un gros rhume. Ça ne guérit personne, mais on s’amuse plus en atten­dant d’être patraque.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thè­que de Dinard, où il a obtenu un coup de cœur. Traduit de l’américain par Josette Chicheportiche.


Véri­table embal­le­ment de la blogo­sphère, ce livre mérite les coups de cœur qu’il a reçu chez Krol, Domi­nique, Aifelle, Jérôme et Noukette et beau­coup d’autres dont je mettrai les noms au fur et à mesure des commen­taires. J’avais une réserve à cause de la réfé­rence à « La Route  », roman que j’avais peu appré­cié. Ici l’apocalypse suppo­sée est beau­coup plus crédible, et elle ne consti­tue pas l’essentiel du roman. D’ailleurs avant même que le monde s’effondre, on ne sait pas trop pour­quoi, cette famille avait choisi de vivre au cœur d’une forêt. les deux filles Neil et Eva ne vont pas à l’école et sont éduquées par leurs parents, l’une sera danseuse et l’autre prépare son entrée à Harvard. Mais peu à peu le monde s’arrête et tout le confort que notre société nous procure dispa­raît, et fina­le­ment les deux jeunes filles doivent vivre seules au milieu d’une forêt et de rencontres pas toujours amicales. On retrouve un peu les efforts de survie que doit faire l’héroïne du « mur invi­sible  » pour assu­rer sa survie mais le message est diffé­rent. Ce n’est pas, en effet, le savoir de l’homme qui va sauver les deux filles mais la connais­sance de la nature. Et si ce roman, s’appelle « dans la forêt », c’est parce que leur salut vien­dra de ce que la forêt peut leur appor­ter. Comme avant elles, les rares indiens qui ont pu échap­per à l’extermination program­mée de leurs peuple.

Je relis en ce moment « Sapiens une brève Histoire de l’humanité » on y retrouve ce même message, la révo­lu­tion agri­cole nous dit Yuval Noah Harari est la plus grande escro­que­rie de l’histoire et elle a asservi l’homme au lieu de le libé­rer. Nos deux héroïnes vont donc reve­nir au stade des « chas­seurs cueilleurs » beau­coup plus adapté à la survie en forêt. Je pense que les écolo­gistes vont adorer ce roman qui a tout pour leur plaire, de plus l’écrivaine vit au fond des bois de l’écriture de ses livres et de l’apiculture. Mais ce n’est pas qu’un roman à messages, c’est aussi une intrigue bien menée et les person­nages sont inté­res­sants et crédibles. J’ai vu le film qui a été tiré de cette histoire, il insiste beau­coup sur la riva­li­tés et le lien entre les deux sœurs, encore un film qui est beau­coup mins inté­res­sant que le roman. Si j’ai une petite réserve, c’est que je garde, malgré moi, un certain agace­ment vis à vis des Améri­cains qui sont les plus farouches défen­seurs de l’environnement et en même temps les plus grands pollueurs de la planète.

Citations

Le plaisir d’habiter un lieu isolé ‚un plaisir que je ne partage pas

Voilà le vrai cadeau de Noël, nom de Dieu -la paix, le silence de l’air pur. Pas de voisins à moins de six kilo­mètres , et pas de ville à moins de cinquante. Bénis soient Boud­dha, Shiba, Jého­vah et le service des Forêts de Cali­for­nie, nous vivons tout au bout de la route !

Nell et Eva s’approprient la forêt

Petit à petit , la forêt que je parcours devient mienne, non parce que je la possède, mais parce que je finis par la connaître. Je la vois diffé­rem­ment main­te­nant. Je commence à saisir sa diver­sité -dans la forme des feuilles, l’organisation des pétales, le millions de nuances de verts. Je commence à comprendre sa logique et à perce­voir son mystère. Où que j’aille, j’essaie de noter ce qu’il y a autour de moi – un massif de menthe, une touffes de fenouil, un buis­son de manza­nita ou d’amarante à ramas­ser main­te­nant ou plus tard quand je revien­drai, quand le besoin se fera sentir ou que ce sera la saison.


Ce livre, cadeau d’amis navi­ga­teurs, a été récom­pensé par plusieurs prix et commenté de façon très élogieuse sur de nombreux blogs. Si j’ai quelques réserves sur ce roman et que je n’en fais pas comme tant d’autres lecteurs et lectrices un coup de cœur, je le consi­dère cepen­dant comme un très grand roman. Cathe­rine Poulain, cette petite femme à la voix si douce est à coup sûr une roman­cière éton­nante. Elle raconte, son expé­rience de 10 ans en Alaska, où elle est allée faire la pêche dans des condi­tions extrêmes. C’est une femme de défis, et elle veut montrer à tous, et d’abord à elle même qu’elle peut tenir sa place sur les bateaux menés par des hommes par tous les temps.

Comme elle n’a aucun préjugé, elle cherche à connaître ces marins qui après avoir passé des semaines en mer dans des condi­tions de fatigue effroyable reviennent à terre pour se saou­ler dans les bars des ports. Elle en fait des portraits au plus près de la réalité et trouve en chacun d’eux, même ceux qui roulent dans le cani­veau après leur beuve­ries, leur part d’humanité. J’ai beau­coup aimé ces récits de pêche et on reste sans voix devant la violence contre l’espèce animale. Les scènes où ces hommes tuent ces superbes pois­sons sont d’une beauté mais d’une tris­tesse infi­nie, les hommes sont-ils obli­gés de tant de cruauté pour se nour­rir ? Même les limites impo­sées par les contrôles pour la survie des espèces ne sont guère rassu­rantes pour la repro­duc­tion des gros pois­sons des mers froides. Bien sûr, les pêcheurs ne doivent pas rame­ner des pois­sons trop petits, ils les rejettent donc dans les flots, seule­ment qui s’inquiètent qu’ils soient déjà à l’état de cadavres ? Tout cela est parfai­te­ment raconté, alors pour­quoi ai-je quelques réserves ? C’est un récit très répé­ti­tif surtout quand Lily est à terre. Je n’ai pas une grande passion pour les beuve­ries dans les bars et il y en a beau­coup, beau­coup trop à mon goût dans ce roman.

Citations

Être pêcheur

Embar­quer, c’est comme épou­ser le bateau le temps que tu vas bosser pour lui. T’as plus de vie , t’as plus rien à toi. Tu dois obéis­sance au skip­per. Même si c’est un con (.….) Manquer de tout, de sommeil, de chaleur, d’amour aussi, il ajoute à mi-voix, jusqu’à n’en plus pouvoir, jusqu’à haïr le métier, et que, malgré tout on en rede­mande, parce que le reste du monde vous semble fade, vous ennuie à deve­nir fou. Qu’on finit par ne plus pouvoir se passer de cette ivresse, de ce danger, de cette folie !

Dangers de la pêche

- Mais a quoi exac­te­ment je dois faire attention ?
– À tout. Aux lignes qui s’en vont dans l’eau avec une force qui t’emporterait si tu te prends le pied, le bras dedans, à celles que l’on ramène qui, si elles se brisent, peuvent te tuer, te défi­gu­rer … Aux hame­çons qui se coincent dans le vireur et sont proje­tés n’importe où, au gros temps, au récif que l’on n’a pas calculé, à celui qui s’endort pendant son quart, à la chute à la mer, la vague qui t’embarque et le froid qui te tue.…

Scènes à vous dégoûter de manger du poisson et une idée du style de l’auteure

Mais non, pas des dollars .… des pois­sons bien vivants… des créa­tures très belles qui happent l’air de leur bouche stupé­faite, qui tour­noient folle­ment sur le clair blanc de l’aluminium, aveu­glés par le néon, se cognent encore et encore à cet univers cru où tout est tran­chant, toute sensa­tion blessante.

Une femme à bord

Une femme qui pêche va se fati­guer autant qu’un homme, mais il va lui falloir lui trou­ver une autre manière de faire ce que les hommes font avec la seule force de leurs bisco­teaux, sans forcé­ment réflé­chir, tour­ner ça autre­ment, faire marcher son cerveau. Quand l’homme sera brûlé de fatigue elle sera encore capable de tenir long­temps, et de penser surtout. Bien obligé.

Que cherche-t-on dans ces conditions extrêmes

Vous êtes venus cher­cher quelque chose qui est impos­sible à trou­ver. Une sécu­rité ? Enfin non même pas puisque c’est la mort que vous avez l’air de cher­cher, ou en tout cas vouloir rencon­trer. Vous cher­chez… une certi­tude peut-être… quelque chose qui serait assez fort pour combattre vos peurs, vos douleurs, votre passé -qui sauve­rait tout, vous en premier.

20160914_104257-1Traduc­tion de l’anglais par Pierre CLINQUART entiè­re­ment revue et corrigée

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Je suppose que cette remarque « entiè­re­ment revue et corri­gée » veut dire qu’il existe une première traduc­tion un peu moins fidèle au texte ? Je suis restée quelques jours en compa­gnie d’un groupe de lapins diri­gés par Hazel, un chef par qui beau­coup de groupes humains aime­raient être eux-mêmes guidés : il est intel­li­gent, éprouve de la compas­sion et est ouvert à tous les conseils qui peuvent aider sa petite meute de lapin à survivre dans un milieu qui ne veut que leur destruc­tion. Merci Keisha, ton enthou­siasme est commu­ni­ca­tif et je comprends d’autant mieux ton plai­sir qu’enfant, tu avais déjà lu ce roman. Parce qu’il fait partie des rares livres qui peuvent être lus à tout âge. Les enfants adore­ront ces histoires de lapins confron­tés à des aven­tures abso­lu­ment extra­or­di­naires racon­tées de façon palpi­tantes. Ils auront peur pour Hazel et son jeune frère qui sait prédire l’avenir, Fyveer. Ils seront séduits par le courage de leurs amis Bigwig et le talent de conteur de Dande­lion. Les adultes aime­ront cet hymne à la nature , même si comme moi il leur faudra souvent recher­cher des jolis noms aussi étranges que : les « mercu­riales vénéneuses »

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ou » la jacobée »

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mais le nom que je préfère est : « eupa­toire pourpre »

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en plus de son amour de la nature que le lecteur est prêt à parta­ger avec le mili­tant Richard Adams, on est abso­lu­ment saisi par la prouesse d’écriture qui fait qu’à travers les diffé­rentes garennes et orga­ni­sa­tions des lapins, on retrouve toutes les conduites humaines. Il n’y a pas de message à propre­ment parler, mais quelque que soit la façon dont ils s’organisent, il s’agit toujours de résoudre le terrible sort des lapins de garenne :

La terre tout entière sera ton enne­mie. Chaque fois qu’ils t’attraperont, ils te tueront. Mais d’abord ils devront t’attraper…

Les solu­tions varient pour échap­per à la mort :

  • accep­ter que des hommes vous protègent en accep­tant qu’ils prélèvent au hasard de leurs envie leur pour­cen­tage de lapins afin de les manger.
  • orga­ni­ser un système très bien caché de tous les préda­teurs sous la houlette d’un tyran impitoyable.
  • Deve­nir lapin domes­tique dans un clapier
  • et enfin comme dans la garenne d’Hazel trou­ver un lieu suffi­sam­ment reculé et à l’abri du regard des hommes pour mener une vie de lapin sauvage qui doit se proté­ger de tous les « vilous ».

J’oubliais de dire que peu à peu nous appre­nons le langage des lapins, nous « farfa­lons » nous suivons les exploits des Hour­das, nous crai­gnons que les « shaar-tchoun » les plus faibles des lapins soient aban­don­nés par les autres. Comme toute société , les lapins ont leur mythe fonda­teurs et Dande­lion raconte ces histoires soit pour donner du courage soit pour distraire la compa­gnie. On y retrouve Shraa­vilsa intel­li­gent et rusé et son fidèle lieu­te­nant Prim­sault, tous les deux se sortent toujours d’affaire mais ils mettent aussi leur vie en grand danger. Ce n’est pas très juste de ne mettre que 4 coquillages à un tel livre, car c’est une oeuvre origi­nale, je n’ai rien lu de tel depuis long­temps, c’est évident que si j’avais gardé tota­le­ment mon âme d’enfants je lui mettais 5 coquillages sans hésiter.

Citations

un moment de bonheur

Voir s’achever le temps de l’angoisse et de la crainte ! Voir se lever puis se dissoudre les nuées lugubres suspen­dues au-dessus de nous – ces sombres nuages qui attristent le cœur et réduisent le bonheur en vague souve­nir ! rares sont les êtres qui n’ont jamais éprouvé cette joie-là.
L’enfant qui attend sa puni­tion et que voilà, à sa grande surprise, pardonné, et le monde retrouve aussi­tôt ses couleurs, ses exquises promesses.

Changer ses habitudes pour mieux s’adapter

Tu dis que les mâles ne creusent pas. C’est vrai. Mais ils le pour­raient s’ils le voulaient. ça ne te plai­rait pas de dormir au fond de terriers bien douillets ? D’être sous terre par mauvais temps ou lorsque la nuit tombe ? Nous serions en sécu­rité. Et rien ne nous en empêche, à part le fait que les mâles ne sont pas censés creu­ser. Pas parce qu’ils n’en sont pas capables, mais parce qu’il en a toujours été ainsi.

Les lapins et la peur

Les lapins étaient mal à l’aise, déso­rien­tés. Ils s’aplatirent, respi­rant les parfums émanant de l’eau dans l’air frais du crépus­cule. Puis ils se regrou­pèrent, chacun espé­rant ne pas déce­ler chez son voisin l’angoisse qu’il éprou­vait lui même.

20160417_121555(1)Je dois cette lecture à Gamba­dou « le blog des fanas de livres  ».

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Je lui mets ces cinq coquillages sans aucune hési­ta­tion, cela fait long­temps qu’un roman pour la jeunesse ne m’a pas autant tenu en haleine. La première partie est abso­lu­ment remar­quable. Un ado, « Mo », dimi­nu­tif de Morgan, passe sa vie à jouer aux jeux d’ordinateur. Dans la vie virtuelle, il est très fort et ne s’intéresse vrai­ment qu’à ça. Et puis, cet ado mal parti pour être heureux va vivre une expé­rience abso­lu­ment extra­or­di­naire, et peu à peu, il se trans­for­mera et se pren­dra d’amour pour la nature. Une créa­ture qui aurait pu avoir sa place dans un jeu de rôle lui appren­dra à survivre dans des condi­tions extrêmes.

J’ai bien conscience du flou de mes propos mais ce serait vrai­ment dommage de dévoi­ler ce qui fait un des charmes de ce récit : la nature même des person­nages prin­ci­paux. C’est très beau et en dehors de bien des sentiers battus. Ce qui m’a le plus éton­née, c’est la lente conver­sion de l’adolescent vers un autre monde, réel celui-là mais qui lui demande de savoir utili­ser toutes ses compé­tences acquises dans le monde de l’imaginaire. Le suspens est intense et la fin est peu prévi­sible. Les person­nages secon­daires sont loin d’être des cari­ca­tures et enri­chissent le récit . L’oncle chas­seur de blai­reaux que l’on aime­rait bien détes­ter n’est pas qu’une sombre brute. La mère un peu dépas­sée par l’éducation de cet adoles­cent si peu scolaire saura lui montrer qu’elle l’aime et lui fera confiance fina­le­ment. Même le poli­cier qui détruit le rêve de Mo est un être beau­coup plus sensible qu’il n’y paraît.

Aucun des adultes n’est tout à fait capable de comprendre les diffi­cul­tés auxquelles doit faire face Mo, mais aucun ne voudrait vrai­ment lui faire du mal. Il doit cepen­dant réus­sir à trou­ver ses solu­tions en lui-même pour gran­dir définitivement.

Citations

La nature la nuit

C’est une nuit très vibrante, tous les bruits voyagent à des kilo­mètres à la ronde, on dirait qu’on est sur une corde tendue, que chaque brin­dille qui craque de l’autre côté du monde trouve son écho près de nous.

C’est une nuit blanche et bleue. blanche parce que la pleine lune nous écla­bousse de sa lumière. Et bleue comme l’obscurité profonde qui nous enve­loppe, si douce qu’on dirait du velours.

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Le second titre de ce recueil, est : « Portraits céve­nols », il s’agit bien d’une gale­rie de portraits, tous plus inou­bliables les uns que les autres. Mais surtout, il s’agit de la langue de Gilbert Léau­tier entre poésie et l’oralité d’un conteur. Un conteur poète et fin obser­va­teur des gens qui l’entourent.Ces textes ont été écrits pour être lus à haute voix. C’est un plai­sir ressenti à la moindre phrase. Merci à cet ami qui, sachant que je recherche des textes à lire pour des personnes très âgées, m’a conseillé ce recueil. J’espère savoir leur lire et aimer ces portraits. Le monde qui est mis en scène, est celui des campagnes déser­tées par les habi­tants qui ne pouvaient que diffi­ci­le­ment vivre sur une terre aussi ingrate. Le climat rude de l’hiver, la soli­tude, la diffi­culté de vivre, ont forgé des person­na­li­tés sans tendresse souvent, mais avec un sens de le vie qui se ressent même dans la façon de détes­ter son voisin.

J’ai telle­ment envie de vous faire appré­cier ce recueil que je passais mon temps à vouloir noter des passages, les phrases sonnent juste et les person­na­lité s’éloignent du roman­tisme habi­tuel du sage rural, face à la super­fi­cia­lité du cita­din pour aller à l’essentiel de l’être humain. L’auteur connaît bien cette région, il s’est pris de passion pour un château au cœur des Cévennes : le Château d’Aujac, il a rencon­tré et vécu auprès de Céve­nols dont il parle. On peut imagi­ner « l’attirance-répulsion » de ces ruraux pour cet homme de théâtre, cita­din lyon­nais qui a entre­pris de remon­ter les ruines du château de leur village mais à la vue des photos, on comprend son choix, tout en regret­tant qu’il ait cessé d’écrire.

Au carrefour de trois départements: Gard, Lozère, Ardèche. Surplombant la Vallée de la Cèze. Dominant les Hautes Cévennes. Le site castral du Cheylard d'Aujac. Copyright chateau-aujac.org

Citations

L’Émile

C’était son penchant pour le vin qui pesti­fé­rait ce parent pauvre !
On trou­vait plus faci­le­ment l’Émile à l’ombre de la cave qu’à l’ombre du pommier.
Il avait le tonneau tendre et le verre agile

L’Éloi

C’était le fils qui avait le langage.
C’est le fils qui a su dire :
- Il faut être de son temps. 
C’est lui qui avait expliqué :
- Une bête, ça mange tous les jours, alors qu’un trac­teur ne consomme que ce qu’il travaille. 
Ça, c’était un argument !
Cette science du petit rendait fier le père. 
Mais l’ennui des argu­ments de poids, c’est toujours la fragi­lité de leur réalité.

L’Yvonne

Tu veux que je te dise ?
Une femme comme ça, ça ne se laisse pas marier.
Ça te donne la permis­sion de l’épouser. 
Tu veux que je te dise ?
L’Yvonne, elle ne se met devant rien mais elle est derrière tout.

Les gens d’ici

Assu­ré­ment, ils ne sont pas causants, les gens d’ici. 
Bailler, pour eux, c’est déjà un long discours.
Au maxi­mum de la joie, ils crachent par terre.
Au comble du chagrin, ils hochent la tête. 

Pas de romantisme sur le monde rural

À côté de chez moi, il y a un bloc de granit pelé qu’on appelle « Rocher des quatre sous ».
C’est parce qu’il a fallu quatre procès pour savoir à qui appar­te­nait cette misère de pierre !
L’harmonie campa­gnarde est une mytho­lo­gie des villes.