Édition Quidam (version poche)

J’avais été intri­guée par ce que Keisha avait écrit à propos d’Owana , mais les commen­taires sur son blog à propos de l’ETA m’avaient un peu refroi­die. J’ai donc acheté et lu celui-ci qui, de plus, est paru en poche. C’est peut de dire que j’ai appré­cié cette lecture, elle m’a trans­por­tée loin de ma Bretagne natale, au Québec, là où tant de Bretons ont trouvé du sens à leur vie et ont fait fortune : comment se sont-ils conduits là-bas ? Sans doute ni mieux ni moins bien que les prota­go­nistes des person­nages mis en scène par Éric Plamon­don dans ce roman qui s’appuie sur des faits histo­riques : le 11 juin 1981 la police du Québec débarque dans la réserve de Resti­gouche pour confis­quer les filets à saumons des Indiens Mi’g­maq. C’est là et à cette époque que l’au­teur a décidé de faire vivre Océane une jeune indienne qui va malheu­reu­se­ment croi­ser la route de redou­tables préda­teurs . Elle rencontre aussi un homme qui va l’aider à se sortir d’un piège redou­table et une insti­tu­trice fran­çaise qui lui donnera le goût des études. Le suspens à travers cette nature superbe est hale­tant et j’ai retrouvé mes plai­sirs d’enfance lorsque je passais une grande partie de la nuit à lire Jack London ‑dont il est aussi- ques­tion ici aussi. Car c’est la grande force de ce roman, dans des chapitres très courts, il rappelle tout ce qui a consti­tué ce grand pays, pour­quoi et comment on en est arrivé à réduire les indiens à ce qu’ils sont aujourd’hui . On suit la remon­tée dans le temps du passé de ces terri­toires comme le saumon qui remonte le fleuve et lorsqu’il est Taqa­wan, c’est à dire un saumon d’eau douce qui jaillit hors des chutes d’eau pour assu­rer la survie de son espèce le lecteur se sent trans­for­mer. Oui, ce roman emporte et pour­tant il est très court, chaque chapitre en deux ou trois pages apporte un petit cailloux à un édifice qui ouvre nos yeux sur un nouveau monde. On peut, sans doute, lui repro­cher d’être trop mani­chéen mais la charge contre les colo­ni­sa­teurs de ces régions me semble plutôt mesu­rée : en même temps qu’on enle­vait des filets aux Indiens, le gouver­ne­ment lais­sait des compa­gnies priva­ti­ser des rivières entières pour que de riches Améri­cains puissent satis­faire leur envie de pêcher tran­quille­ment. Tous les faits sont histo­riques, les rassem­bler dans un même roman donne une force peu commune à cette histoire, qui se termine sur l’es­poir que la jeune Océane trouve dans l’étude du droits des lois qui permet­tront aux Indiens de se défendre autre­ment qu’en s’op­po­sant à la police. Pour celles et ceux qui trouvent que ce roman est trop à charge recher­chez et lisez ce que l’église catho­lique a fait aux enfants indiens. Le terme de géno­cide est sans doute un peu fort mais l’hor­reur est abso­lue.

Citations

Les scènes d’autrefois avant l’arrivée des blancs

Quand le soleil a dépassé la pointe de la baie, un éclai­reur rentre au village. Parti depuis trois jours, il revient avec une mauvaise nouvelle. Les enne­mis du Sud, ceux de la tribu du Grand Aigle, arrivent. Il faut rapi­de­ment éteindre le feu, rapa­trier les enfants, défaire les wigwams prépa­rer les canots. Pour ce petit groupe, la fuite se fait souvent par la mer. C’est le meilleur moyen de ne pas lais­ser de traces et de s’éloi­gner au plus vite. Alors métho­di­que­ment, parce que cela fait partie de leur vie, et que chacun sait ce qu’il doit faire, on lève le camp. En fin d’après-midi, ils prennent la mer pour fuir l’en­nemi lancés sur le sentier de la guerre. Si tout se passe bien, ils seront hors d’at­teinte avant la nuit. On campera et on conti­nuera un peu plus loin demain. Les enne­mis du Sud repar­ti­ront bredouilles à moins qu’ils ne croisent un groupe moins prudent et le déciment . Le Grand Aigle est vorace. 
Le lende­main, ils reprennent donc la mer pour se mettre à l’abri de tout danger pour un long moment. C’est du moins ce qu’ils croient. Les douze canots glissent au large vers l’es­tuaire du grand fleuve. Un canot de guer­rier est en tête du convoi, un autre à l’ar­rière. Ceux du milieu trans­portent femmes, enfants et vieillards. Ceux qu’ils doivent pagayer pagayent. Le dernier canot laisse flot­ter dans son sillage une branche de sapin de la longueur d’un homme. Atta­chée à la poupe, elle traîne dans les ondu­la­tions salées d’une eau baignant un conti­nent qu’on a pas encore baptisé en l’hon­neur d’Ame­rigo Vespucci. La branche qui glisse derrière et un leurre. En ce jour où la tribu est partie bâtir son nouveau campe­ment, une énorme gueule surgit des profon­deurs et se referme sur la branche. Le dernier canot tangue, le leurre est arra­ché, les guer­riers lancent des cris d’aver­tis­se­ment, il est là, rame­ner vers la terre, ramer vite vers la terre. Pendant que la ligne des embar­ca­tions bifurque vers la rive et que la cadence des rameurs s’ac­cé­lère, un des guer­riers du dernier cadeau canaux prépare les lances et détache un ballot de cuire. Bien­tôt un aile­ron émerge. On tire du ballot une peau qui servait de porte à un wigwam. On la lance dans la mer. L’ai­le­ron passe et plonge. La peau a disparu. Arqués sur les rames, les autres ne regardent pas derrière. Il faut gagner la plage au plus vite. L’ai­le­ron a resurgi et fonce vers la dernière embar­ca­tion. Une fois sa proie choi­sie, la bête s’en­tête. Cette fois, elles frôle le frêle esquif et reçoit en échange une pointe de lance hauteur de la dorsale. La forme noire plonge, dispa­rais, reviens dans le sillage du canot d’écorce. Les hommes sont prêts. Ils savent que les chance d’échap­per aux monstres des mers sont faibles. Ils savent que les Corses ne résiste pas aux dents de cet ennemi là. Comme il revient, on jette une autre peau pour le trom­per à nouveau mais cette fois il ne mord.pas. Il arrache la pagaie des mains du rameur le plus fort. L’es­quif ralenti. D’un autre paquet, on sort des morceaux de saumon séché. À l’as­saut suivant, la gueule se satis­fait de la chair de pois­son, repart, tourne vite et revient. Les autres canots ont déjà parcouru la moitié de la distance. Ils sont bien­tôt en sûreté. Le dernier canot, lui, perd du terrain. Ses occu­pants n’ont plus qu’une rame, une lance, un ninog, trois peaux de castor et leurs vête­ments. Quand la bête repasse. Le ninog se brise violem­ment sur son flanc. Ce trident conçu pour la pêche au saumon ne peut rien contre la créa­ture. Les trois hommes se rapprochent de la terre. Il vient de jeter la dernière peau de castor pour occu­per les crocs de l’as­saillant. Le guer­rier au milieu du chant, celui avec la lance, retire son pagne en cuir en vue de la prochaine attaque. il est prêt à jeter son vête­ment quand la charge arrive, de côté cette fois-ci. Il se lève, tangue et bran­dit sa lance au-dessus de l’écume. Il veut donner le coup de grâce à cette chose qui s’en prend à lui et à ses frères. La gueule surgit. La gueule s’ouvre. La lance s’en­fonce dans le nez noir de la chose. L’homme est soulevé. Accro­ché à la lance, il monte vers le ciel, s’en­vole puis retombe. Il retombe dans la gueule béante. Son flanc droit s’af­fale sur les dents qui se referme. L’homme est avalé comme un phoque par une nature plus grande que lui. À peine a‑t-il le temps de hurler qu’il est emporté sous l’eau.

En 1981

La police assiège le terri­toire des Amérin­diens. Les bateaux fendent l’eau et déchirent les filets. Côté Nouveau-Bruns­wick, le pont Van Horne est bloqué par la gendar­me­rie royale. Les Indiens sont encer­clés par la cava­le­rie. Le ton monte. On serre les rangs. On se regroupe. Le pouvoir veut en découdre. Ça s’ap­pelle une démons­tra­tion de force. On ordonne de recu­ler. On repousse. Sa gueule, ça crie, ça prie . Les gyro­phares tournent à vide dans le soleil de juin. Il est bien­tôt midi. Sur l’eau, les gardes se lancent à l’abor­dage. Ils saisissent, confisquent. La moindre protes­ta­tion dégé­nère. Un colosse d’un mètre quatre vingt dix, dans la police depuis trois ans, empoigne Bob Bany, qui met trop de temps à sortir de son bateau. Il lui aboie de se grouiller. Baby fait ce qu’il peut avec sa jambe de bois. Le poli­cier tire, arrache la chemise, le plaque à terre, un coup de genou dans les côtes l’air de rien,un point sur la nuque parce qu’il faut qu’il obtem­père. La clé de bras dislo­qué l’épaule. Un cri de douleur jaillit, étouffé par un « fuck you » hargneux. Ils sont main­te­nant 4 sur le dos de l’homme à terre. Il n’avait qu’à obéir. Refus de se plier aux ordres des repré­sen­tants de l’au­to­rité. Il n’avait qu’à ne pas traî­ner. Ils lui main­tiennent les jambes et lui passe les menottes. Un coup de matraque dans le dos pour finir. Les forces de l’ordre sont en train de sauver le Québec des terribles agis­se­ments de ces sauvages qui ne veulent jamais rien entendre. Il faut les disci­pli­ner et, leur apprendre. On est dans la province de Québec, sur le terri­toire provin­cial. Quiconque s’y trouve doit obéir aux lois et aux injonc­tions venues de la capi­tale. Le ministre a dit, la police exécute. Elle répand la parole de l’ordre par le bout des fusils, les gaz lacry­mo­gènes et les barreaux de prison.

Mon pays c’est l’hiver

Je suis né dans le froid. La glace et la neige sont dans mes veines. Il n’y a pas de ciel plus clair et d’air plus pur qu’au milieu de l’hi­ver. Il n’y a pas d’odeur plus parfu­mée que celle de la neige fraî­che­ment tombée sur les branches des sapins. Il n’y a pas de silence plus parfait que celui d’une nuit étouf­fée sous les flocons d’un début de tempête. J’aime cette saison parce que les choses y sont claires. On sait exac­te­ment ce qui se passe dans les bois quand tout est blanc. La moindre forme de vie laisse une trace. Les branches sans feuilles permettent de voir clai­re­ment des corneilles en haut des cimes. Les rivières sont des routes pour s’en­fon­cer au plus profond de l’in­connu. On est pas emmêlé dans les brous­sailles, on file droit, en raquettes ou en ski-doo. C’est une sensa­tion de fuite qui n’est possible que dans la neige. Ceux qui se plaignent du froid n’ont jamais passé une nuit dehors à moins quinze devant un feu de camp et sous la lune qui éclaire comme en plein jour. 

Il a vrai­ment l’air sincère. Ses yeux se sont mis à briller. Elle a envie de lui deman­der s’il a un peu de sang indien pour parler ainsi mais elle sait que c’est la dernière ques­tion à poser à quel­qu’un dans ce coin de pays. Elle a suffi­sam­ment gaffé lors de son arri­vée pour savoir que le sujet est plutôt sensible. Le vieux fermier qui lui loue sa maison en planche vers tu lui as dit. :
- Au Québec, on a tous du sang indien. Si c’est pas dans les veines, c’est sur les mains.
https://​www​.youtube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​C​H​_​R​6​D​7​m​U7M

Édition ACTES SUD . Traduit du finnois par Anne Colin du Terrail

Je ne sais plus comment ce roman est arrivé chez moi, peut-être l’ai-je trouvé dans une brocante. Et, hélas pour moi, je ne me souve­nais pas non plus que j’avais dit à Kathel que ce roman ne m’at­ti­rait pas plus que ça. J’ai vrai­ment peiné à le lire et je n’ai pas compris grand chose à ce que veut nous expli­quer cette auteure. Le résumé est simple, un homme photo­graphe publi­ci­taire recueil un petit animal que des voyous essaient de tuer à coups de pied en bas de son immeuble. Cet animal est en réalité un troll auquel Ange va s’at­ta­cher et essayer de sauver. Cela nous vaut des digres­sions sur les légendes autour des trolls qui tentent à prou­ver l’exis­tence de ces étranges créa­tures. Aucune réflexion sur les croyances et ce qu’elles repré­sentent dans la menta­lité des peuples qui croient à ces créa­tures. Par exemple en Bretagne, il existe de nombreuses légendes autour des fontaines, les Groac’h , les sorcières peuvent entraî­ner les impru­dents dans l’eau, je pense que bien des acci­dents ont été évités lorsque les enfants couraient libre­ment dans les campagnes. S’ap­pro­cher de l’eau reste un danger et le petit enfant est sensible à ce genre d’his­toires. Est-ce la même chose avec les trolls finnois. On n’en saura rien dans ce roman. Je me suis même demandé si ce n’était pas plutôt une analyse de l’ho­mo­sexua­lité car il s’agit surtout de cela du désir sexuel entre hommes. Une mauvaise pioche pour moi, mais lisez vite l’avis de Kathel, de Keisha qui peuvent complè­te­ment vous faire oublier le mien.

Citations

Rapport sexuel avec un troll

La porte grince, Pessi sort de la salle de bain l’air repu et content, sa petite langue rouge pour­lèche ses babines telle une flamme. Il bondit droit dans mes bras sur le canapé et se pelo­tonne sur mes genoux. Son enivrante odeur de baies de genièvre me monte aux narines et son poids chaud sur mes cuisses, rayon­nant de l’ex­ci­ta­tion de la chasse, est à peine suppor­table. Pessi nettoie pares­seu­se­ment le sang des commis­sures de ses lèvres et, sans vrai­ment savoir ce que je fais, je le tire un peu plus près de moi, à peine et tout douce­ment et au moment où sont au chaud touche mon ventre, j’ex­plose tel un volcan. 

Mon cœur bat aussi vite et fort qu’un marteau-piqueur. Le dos de Pessi est taché de sperme, comme mes cuisses, et j’es­saie de toutes mes forces de ne pas penser à ce qui vient de se passer. Instinc­ti­ve­ment, j’éloigne le fragile bouquin jauni et, au même moment, Pessi s’écarte un peu, pas par irri­ta­tion mais par commo­dité, il n’a pas fini sa toilette, et je le repousse de mes genoux d’un geste si soudain, presque violent, qu’il prend peur, file dans l’en­trée et cherche à grim­per sur le porte chapeau. Ses puis­santes pattes de derrière battent l’air et heurtent le cadre du miroir, qui tombe avec un bruit sourd sur l’épais tapis au moment où je me rue dans la salle de bain pour laver le liquide honteux.

lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Ce livre n’est pas pour moi, et je dois faire un aveu qui me coûte encore plus : je le mets sur Luocine alors que je ne l’ai pas terminé et que je ne le termi­ne­rai jamais. Je me demande si les habi­tuelles amou­reuses de la nature iront jusqu’au bout de ce livre très étrange. Monsieur Henri dont on ne sait rien se réveille un jour ; se réveille de quoi ? de sa nuit ? d’une mala­die ? avec l’en­vie de décou­vrir le monde. Il est aidé par une gouver­nante, un méde­cin et un nouveau voisin, qui ont comme rôle de l’ai­der dans ses entre­prises de décou­vertes. Le roman n’a rien de réaliste, il évoque tout ce que l’on peut faire si on ouvre les yeux et que l’on sait s’émer­veiller d’être en vie. Monsieur Henri ira de plus en plus loin mais sans moi car au bout des deux tiers du livre, j’étais agacée puis je me suis ennuyée à ces évoca­tions sorties de tout contexte. Aucun paysage n’ap­pa­raît vrai­ment tout passe par les sensa­tions de ce Monsieur et les plus beaux paysages vus par le plus petit des détails ne m’ont à aucun moment trans­por­tée mais peut-être comme je l’ai dit en commen­çant ce livre n’est pas pour moi tout simple­ment.

Citations

Les mots

Monsieur Henri s’en­gage sans diffi­cul­tés : il recon­naît un adjec­tif, trouve une famille d’ar­ticles qui lui manquait, évite un inconnu, tombe dans un trou, se perd, fait machine arrière, débrous­saille un tunnel, découvre une pépite (adverbe infun­di­bu­li­for­mé­ment long, achéi­ro­poïè­te­ment impro­non­çable, oryc­to­gnos­ri­que­ment rare) coûte que coûte cherche à pour­suivre.

Un des charmes de ce livre mais qui finit par lasser : les mots rares.

Vers midi le docteur a souhaité déjeu­ner, par contre si je déjeune je ne conduis pas : , les vapeurs post­pran­diales m’en­dorment.
L’es­pace inter­di­dal .…
Ni ne s’en­fon­cera vers l’in­té­rieur des terres à la recherche de l’oro­branche améthyste ou de l’inule fausse criste par exemple.

Le voyage

On n’avait pas avancé, tour­ner en rond pour des raisons de prépa­ra­tion mais tour­ner en rond est une façon d’avan­cer, le docteur regar­dant sur la carte, le nouveau voisin comp­tant pour progres­ser sur les indi­ca­tions du docteur qui ne savait pas lire une carte et finis­sait par avoir mal au cœur à défaut de dormir. Un GPS eût été fort utile même si le docteur on a connu un qui propo­sait systé­ma­ti­que­ment de faire le tour de la terre puis de tour­ner à gauche. C’est un peu ce qu’ils avaient l’im­pres­sion d’en­tre­prendre.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Sans mon club, je ne serai certai­ne­ment pas allée vers ce livre, et je ne suis certai­ne­ment pas la personne qui convient au projet de ce roman. Plusieurs choses me sont tota­le­ment étran­gères, le manque de réalisme dans le projet de vie en autar­cie : les bambous qui poussent en une semaine, la femme qui abat vingt pins dans sa jour­née, le pota­ger qui pousse en quinze jours … et puis cette commu­nion avec la nature à laquelle je n’adhère pas non plus, et la poésie qui n’est pas celle qui me touche ! Il reste quoi ? des textes sur l’es­ca­lades assez répé­ti­tifs qui au début m’ont enchan­tée et puis lassée. Est-ce que je rejette tout ? Non, et surtout pas les réflexions de cette auteure sur le sens de la vie que je trouve très perti­nentes, elle possède aussi un sens de la tension roma­nesque : on se demande qui est cette nonne qui vit en recluse, elle aussi, dans cette montagne. J’ai, égale­ment, été séduite par certaines évoca­tions de la nature, par exemple, quand celle-ci devint apoca­lyp­tique, comme cet orage qui « déplace les montagnes ». Bref je ne sais ni clas­ser ni défi­nir ce roman qui certai­ne­ment doit autant séduire que déplaire. Je me situe à mi chemin : j’ai aimé certaines descrip­tions et certaines réflexions, mais pas accro­ché au récit lui-même .

Citations

But de l’expérience

Je dois savoir si la détresse est une situa­tion, un état du corps ou un état d’es­prit.
On peut être accro­ché à une paroi à trois mille quatre cents mètres d’al­ti­tude en plein orage nocturne sans être en détresse. On peut aussi sous le même orage nocturne se sentir au chaud au fond de son lit au cœur de la détresse. On peut avoir soif, être fati­gué, blessé sans être en détresse.
Il suffit de savoir que la bois­son, la nour­ri­ture, le repos, le secours sont à portée de main. Qu’on peut les atteint. Plutôt faci­le­ment.
L’ef­fort n’est pas la détresse mais il est souvent lié.
Il suffit d’ali­men­ter un alpi­niste coincé depuis deux jours sur une vire sans eau ni nour­ri­ture à la limite de l’hy­po­ther­mie pour que dispa­raisse la détresse.
Le corps recouvre ses forces, l’es­prit reprend courage, l’en­vi­ron­ne­ment n’est plus un obstacle. Ni un cercueil, ni une menace.
De la même façon, il suffi­rait de le dépla­cer (le descente de la vire en héli­co­ptère) pour que dispa­raisse la détresse. Bien avant qu’il soit réhy­draté et nourri.
Comme il suffira d’une parole capable de chan­ger ses repré­sen­ta­tions mentales ‑du passé, du présent, de l’ave­nir immé­diat, de sa place dans le monde- pour que dispa­raisse la détresse.
La seule limite est la mort.

De l’utilité de la grammaire

Le regret engendre la détresse. » Je n’au­rais pas dû » est le début et le fond de la détresse. Le condi­tion­nel tout entier, ce temps révolu qui n’est même pas le passé est le fonde­ment et peut-être le créa­teur de la détresse. L’oc­ca­sion qu’elle s’ins­talle.
Faudrait voir ce que cette forme gram­ma­ti­cale entre­tient comme rela­tion avec la culpa­bi­lité et comment. Un mode verbal peut affec­ter la produc­tion de gluco­cor­ti­coïdes. Et jouer sur notre humeur.
Le condi­tion­nel intro­duit une illu­sion d’ave­nir à l’in­té­rieur du passé. Il ouvre une brèche, un éven­tail de fantômes dans la néces­sité des faits irré­ver­sibles, qui ont déjà eu lieu. Il n’y aurait pas de détresse sans le condi­tion­nel. La fin, l’épui­se­ment, la douleur et la mort si ça se trouve, mais pas de détresse.
Ou je me trompe ?

Les bambous

(pourquoi sans « s » dans son texte)
Un bosquet de bambou est une armée inva­sive. Immo­bile, un bosquet de bambou ne fait que strier l’es­pace, diffrac­ter la lumière et les moindre souffles du vent. C’est une armée calme, obsti­née, une assem­blée d’es­thètes dont la présence change la lune en lanterne et l’en­voie flot­ter parmi les cailloux. On est chez soi dans un bosquet de bambou, sous protec­tion, camou­flé, accueilli. Le chant des oiseaux dans un bosquet de bambou remplace les musique à corde. Assis près de l’eau dans un bosquet de bambou, buvant et fumant, on célèbre les trois arts avec les sept sages, poésie, calli­gra­phie, et musique. C’est une bonne compa­gnie.

Des détails qui m’énervent comment abattre 20 arbres en quelques heures ?

C’est alors que j’ai abattu les 20 pins dont j’avais besoin, et que mon proto­cole de coupe est devenu si coulant à mesure que j’abat­tais que j’ins­pi­rais , que j » expi­rais, qu’il fallut le cri de sorcière d’une effraie pour me sortir de l’ac­tion. Avec un bon fris­son. La nuit n’était pas tout à fait tombée , ce qui me parut inso­lite. Sans le vouloir, j’ai repensé à la main de rapace que j’avais vu sortir d’un tas de laine sombre, et j’ai eu un second fris­son. J’ai rassem­blé mes troncs et j’ai commencé de les tirer vers le jardin. Les deux derniers, je les ai laissé retom­ber avec un vrai soula­ge­ment. Je suis allé ranger la hache dans le module du jardi­nage avant de remon­ter, et lorsque j’ai vu la couver­ture qui avait servi à proté­ger mes semis je me suis rendu compte que j’étais debout depuis plus de 34 heures et je me suis ravi­sée.

L humeur et le mauvais temps

Je dois sortir de l’in­fluence du climat. Le moindre rayon de soleil est une joie pour tout, l’es­prit, la peau, les cheveux, les boyaux, les vête­ments, les casse­roles. Dès que remonte ou retombe le brouillard, mon humeur s’alour­dit. Ce n’est pas souhai­table. Je le subit. Je n’ar­rive pas à admettre ce rapport entre les nuées, les météores, le ciel bas et bouché et le niveau de mon éner­gie. Mon plafond interne se règle de lui-même sur la hauteur, la quan­tité et la qualité de l’at­mo­sphère exté­rieur. Je le supporte mal.

Une réflexion intéressante

Les pompiers, les secou­riste, les méde­cins, les chamans qui nous portent secours sont et doivent être des étran­gers. Cela figure dans le serment d’Hip­po­crate : ne pas soigner ses proches. Parce que c’est dange­reux pour les deux parties (…)
le type abso­lu­ment à bout de force , blessé , déshy­draté , exsangue , choqué , au bord du délire d’épui­se­ment ne peut être secouru que par un étran­ger. Son ami, son second de cordée, devient dans ces circons­tances un étran­ger , le seul lien qui l’on est alors celui du soutien. Le plus archaïque, le plus ancien, le plus invo­lon­taire des liens ? Le plus neutre. Aussi neutre et aussi opaque que les mouve­ments des organes et la forma­tion du fœtus.
Si l’ami ne s’ou­blie pas comme tel, ne s’abstrait pas de sa rela­tion envers le blessé, son soutien sera brouillé, vrai­sem­bla­ble­ment inef­fi­cace. Si le blessé rappelle son amitié à celui qui le secourt, il l’empêche. La tech­nique du soin, quelle qu’elle soit, inter­dit toute rela­tion person­nelle. Elle permet aux deux personnes de s’en garder, de passer sur un autre plan, indif­fé­rent, désaf­fecté, urgent. La vie ne peut être sauve­gar­der que par une volonté et un enchaî­ne­ment de faits aussi imper­son­nels que ceux qui l’ont fait appa­raître

Lu dans le cadre du Club de Lecture de la média­thèque de Dinard

Si vous voulez vous faire une idée exacte du trafic de l’ivoire entre l’Afrique et l’Asie ne ratez pas ce roman. L’évo­ca­tion des paysages afri­cains, m’ont entraî­née vers un ailleurs qui me sortait agréa­ble­ment de la grisaille bretonne. Mais bien loin des notes exotiques habi­tuelles, nous sommes face à la réalité afri­caines : cette jeune Anglaise Erin, veut abso­lu­ment arrê­ter le trafic de l’ivoire qui tue les éléphants afri­cains. Oui mais, qui est-elle pour empê­cher des hommes pauvres de vivre de ce qui leur rapporte un peu d’argent ? Que peut-elle contre les corrom­pus à qui ce trafic rapporte tant ? Et que faire face aux tradi­tions qui pensent que les cornes des rhino­cé­ros sont plus effi­caces que le viagra ?

Est-ce un combat perdu d’avance ? En tout cas, la lutte semble telle­ment inégale, d’au­tant plus que, même si le trafic s’ar­rê­tait, l’inexo­rable progrès et l’accroissement de la popu­la­tion afri­caine met en grand péril la faune sauvage.
Tous les aspects sont bien trai­tés dans le roman, ce qui rend la lecture un peu labo­rieuse parfois, mais on ne peut pas repro­cher à l’au­teur d’être trop sérieux.

L’in­trigue est bien construite, Erin a décidé de tracer les défenses d’élé­phant pour frap­per un grand coup contre la contre­bande d’ivoire, elle sera aidée par un ranger qui connaît bien les habi­tudes des bracon­niers qu’il a été lui-même autre­fois et un membre du gouver­ne­ment du Bost­wana, cela nous permet un tableau assez complet de la popu­la­tion afri­caine impli­quée dans ou contre le trafic de l’ivoire.

Je me demande toujours comment nous, les Euro­péens, nous pouvons donner des leçons à l’Afrique, nous qui avons éradi­qué tous, ou presque tous, les animaux sauvages qui peuplaient nos régions.

Citations

Trafic en Afrique

Ces dernières années, aux abords du célèbre parc, on est deux à trois rhino par jour. Leur corne, bien qu’elle soit un simple bout de kéra­tine, restait l’ap­pen­dice animal le plus cher et beau­coup essayaient de contour­ner la loi qui en avait inter­dit le commerce.

Le pourquoi des trafics

Tant que l’homme pense que ses faiblesses peuvent être compen­sées par la bile, du foie, des pattes, des griffes, qui lui suffit de consom­mer ou d’ac­cu­mu­ler des parties animales pour guérir ou pour exis­ter, tant que les pays consom­ma­teur de corne, d’ivoire, d’écaille et autres produits issus de la faune sauvage ne décide pas d’in­ter­dire ces pratiques et de les condam­ner, le bracon­nage pros­pé­rera toujours plus.

Rupture de milieu

C’est vrai que mon fils est quel­qu’un d’im­por­tant main­te­nant qu’il travaille pour le minis­tère. Si impor­tant qu’il ne peux plus dormir chez sa propre mère.

Culpabilité

Il y a quelques mois, il lui avait proposé de s’ins­tal­ler à Gabo­rone, il lui loue­rait un petit appar­te­ment, mettrait son père dans une clinique, mais ça ne s’était pas fait, elle ne lais­se­rait jamais ses frères seuls, et Serese n’avait pas beau­coup insisté. Autour de lui, au minis­tère, on avait connu des écoles privées, on avait voyagé, lui n’était allé qu’en Afrique du Sud, il avait étudié un an à l’uni­ver­sité de Johan­nes­burg. On lui avait appris à penser petit, il s’en était excusé avant de comprendre que le chan­ge­ment devait venir de lui, qu’il n’y avait personne d’autre à tenir pour respon­sable de ses faiblesses, même si ce n’était pas si simple.

La Chine et le commerce illégal de l’ivoire

Chaque année, le gouver­ne­ment chinois injec­tait cinq tonnes d’Ivoire sur le marché inté­rieur légal, ivoire qui était répar­tie entre les diffé­rents atelier de sculp­ture du pays. Cinq tonnes, un chiffre déri­soire. S’ap­pro­vi­sion­ner par la seule voie auto­risé était impos­sible. Des centaines de tonnes d’Ivoire entrait illé­ga­le­ment dans le pays. Il se murmu­rait que le gouver­ne­ment comp­tait d’ici deux ans inter­dire le commerce légal et fermer le marché, les atelier de sculp­ture, mais ces ateliers n’étaient qu’une vitrine, la majo­rité des tran­sac­tions étaient illi­cites, se passaient de certi­fi­cats d’au­then­ti­cité. Les groupes qui tenaient ce marché tenaient aussi des poli­ciers, des hommes poli­tiques, le réseau était vaste, complexe, Yang n’en n’était qu’une infime partie. Il avait fallu des années pour qu’elle se construise son propre réseau, trouve des sources fiables d’ap­pro­vi­sion­ne­ment, mais si son rôle était essen­tiel, sa personne ne l’était pas, toujours, il y aurait une autre Yang.
Ces groupes avaient des tueurs, mettaient des têtes à prix, combien de victimes de leur volonté de s’en­ri­chir. À la sortie d’un avion, là où on se sent en sécu­rité, près d’une grande ville, dans un quar­tier huppé, des balles qui se perdent, qui se logent dans le corps de cet homme qui dispa­raît avec son combat, lais­sant un enfant à qui il sera dur de racon­ter la véri­table histoire. Dans certains ateliers de Pékin, les défenses sculp­tées étaient affi­chées a plus de 350000 dollars.

L’avenir de la faune sauvage

Si Erin était un éléphant, elle verrait aussi les forêts deve­nir des fermes, elle verrait des routes coupées en deux son habi­tat natu­rel, des barrières élec­tri­fiées sur le chemin de ses migra­tions, elle verrait l’être humain rogner toujours plus sur les terres sauvages pour déve­lop­per l’agri­cul­ture, conqué­rir chaque jour du terrain, elle serait empri­son­née dans un monde plus petit chaque année, ce qui était vaste ne serai plus que grand, elle pour­rait aussi éprou­ver la soif et boire des litres d’une eau conte­nant du sodium de cyanure dilué, elle pour­rait être prise de convul­sions, sentir son cœur ralen­tir, sa respi­ra­tion s’alour­dir, elle pour­rait s’ef­fon­drer sur le sol, entendre des coups de fusil, être chas­sée pour la simple posses­sion de son ivoire, peser plus de six tonnes et deve­nir un brace­let, si elle faisait partie de ce groupe, elle pense­rais sans cesse à l’homme, il l’obséderait, elle saurait recon­naître ses inten­tions à la simple into­na­tion de sa voix et adap­te­rait son compor­te­ment en consé­quence, elle pour­rait être aussi victime de la folie du diver­tis­se­ment et être captu­rée vivante par des hommes de l’agence de la vie sauvage zimbabwéenne pour le profit de zoo qui naissent à Hangz­hou ou à Shan­ghai, elle pour­rait finir dans un parc clos, derrière une vitre, elle pour­rait être une mémoire perdue, oui, si elle était l’un d’entre eux, elle serait en danger, une menace perpé­tuelle comme elle ne le sera jamais en temps qu’E­rin.

Traduit de l’ita­lien par Daniele Valin

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Après « Le jour avant le bonheur » et « Le Tort du Soldat » voici ma troi­sième lecture de cet auteur et un vrai coup de cœur . C’est un roman très court, parfai­te­ment écrit qui embarque le lecteur dans le monde de la montagne, des chamois et des bracon­niers. Plus exac­te­ment d’un bracon­nier qui a consa­cré sa vie à la chasse, et d’un superbe chamois qui a passé la sienne à l’évi­ter. Les évoca­tions de la nature sont pleines de charmes et de poésie et sont parfois belles à couper le souffle. Le temps de la lecture on respire un air diffé­rent et de cette lutte impla­cable personne ne sortira vain­queur. J’ai aimé l’écri­ture économe autant que somp­tueuse (bravo à la traduc­trice !) , ce roman a sa place dans toutes les biblio­thèques des amou­reux de la nature et les protec­teurs du monde animal mais dépasse large­ment ce cadre. Voilà bien l’illus­tra­tion du pouvoir de la litté­ra­ture car ce sont deux sujets qui sont souvent loin de mes préoc­cu­pa­tions et pour­tant, j’ai tout aimé dans ce roman.

Citation

Une bien jolie évocation

Les sabots des chamois sont les quatre doigts d’un violo­niste. Ils vont à l’aveu­glette sans se trom­per d’un milli­mètre. Ils giclent sur des à‑pics, jongleurs en montée , acro­bates en descente, ce sont des artiste de cirque pour le public des montagnes. Les sabots des chamois s’agrippent à l’air. Le cal en forme de cous­si­net sert de silen­cieux quand il veut, sinon l’ongle divisé en deux est une casta­gnette de flamenco. Les sabots des Chamois sont quatre as dans la poche d’un tricheur. Avec eux, la pesan­teur est une variante du thème, pas une loi.

L homme et le chamois

Le chas­seur avait suivi des cerfs, des chevreuils, des bouque­tins, mais plus de chamois, ces bêtes qui courent à la perfec­tion au-dessus des préci­pices. Il recon­nais­sait une pointe d’en­vie dans cette préfé­rence. Il avan­çait sur les parois à quatre pattes sans une once de leur grâce, sans l’in­sou­ciance du chamois qui laisse aller ses pieds, la tête haute. L’homme pouvait aussi faire des ascen­sions bien plus diffi­ciles, monter tout droit là où eux devaient faire le tour, mais il était inca­pable de leur compli­cité avec la hauteur. Eux vivaient dans son inti­mité, lui n’était qu’un voleur de passage.

Traduit de l’amé­ri­cain par Juliane Nivelt

Lu dans le cadre du Club de Lecture de la média­thèque de Dinard

Une belle histoire d’amour et une lutte de tous les instants contre la sclé­rose en plaque. SP pour les intimes (qui aime­raient tant ne pas l’être !). Pour vous mettre dans l’am­biance je vous reco­pie la quatrième de couver­ture :

Maddy s’était juré de ne jamais sortir avec un garçon du même âge qu’elle, encore moins avec un guide de rivière. Mais voilà Dalt, et il est parfait. À vingt ans, Maddy et Dalt s’embarquent dans une histoire d’amour qui durera toute leur vie. Mariés sur les berges de la Buffalo Fork, dans le Wyoming, deve­nus tous deux guides de pêche, ils vivent leur passion à cent à l’heure et fondent leur entre­prise de rafting dans l’Oregon. Mais lorsque Maddy, frap­pée de vertiges, apprend qu’elle est enceinte et se voit en même temps diag­nos­ti­quer une sclé­rose en plaques, le couple se rend compte que l’aventure ne fait que commen­cer.

Je dois avouer que ce roman ne m’a pas entiè­re­ment conquise. Certes la nature est belle, et oui, cet auteur sait décrire les somp­tueux décors des réserves natu­relles nord-améri­caines. Mais les romans qui avancent à coup de dialogues ne sont pas mon fort. Et puis cette femme dont je comprends si bien la colère a souvent besoin de jurer et « les trou du cul » de succèdent à un rythme qui m’ont vite fati­guée. Leur histoire d’amour est belle un peu trop sans doute, on peut cepen­dant y croire car l’au­teur le raconte avec beau­coup de déli­ca­tesse. Ces deux thèmes qui se mêlent : cet amour profond qui les lie l’un à l’autre et la mala­die qui ronge peu à peu les capa­ci­tés de la jeune femme ont visi­ble­ment su séduire un large public. Je suis restée un peu en dehors, certai­ne­ment à cause du style et je l’ai trouvé beau­coup trop long pour une fin que l’on sait, hélas ! inéluc­table .

Citations

La maladie dans le regard des autres

Ses inten­tions sont bonnes, mais la vérité, c’est que je préfé­re­rais être brûlé vive​.Je veux dire, je suis toujours heureuse de me retrou­ver dans les bras d’Al­lie, les rares fois où un type ne s’y trouve pas déjà, s’ar­ro­geant toute la place. Mais pas de cette manière-là. Pas par pitié. Pas parce que je ne peux plus cacher mon bras, ma mala­die.

Traduit de l’an­glais écosse par Céline Schwal­ler 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard

Véri­table coup cœur pour moi que je n’ex­plique pas complè­te­ment. Je vais énumé­rer ce qui m’a plu :

  • J’ai retrouvé l’am­biance des films britan­niques que j’ap­pré­cie tout parti­cu­liè­re­ment au festi­val de Dinard.
  • J’ai adoré les senti­ments qui lient les deux héroïnes, deux sœurs diffé­rentes mais qui s’épaulent pour sortir de la mouise.
  • Je suis certaine que, lors­qu’on va mal, la beauté de la nature est une source d’équi­libre.
  • Les person­nages secon­daires ont une véri­table impor­tance et enri­chissent le récit.
  • La mère va vers une rédemp­tion à laquelle on peut croire.
  • La fin n’est pas un Happy-End total mais rend le récit crédible.
  • Le carac­tère de la petite est drôle et allège le récit qui sinon serait trop glauque.

Voilà entre autre, ce qui m’a plu, évidem­ment la survie dans la nature encore sauvage des High­lands est diffi­cile à imagi­ner, pour cela il faut deux ingré­dients qui sont dans le roman. D’abord un besoin absolu de fuir la ville et ses conforts. Sal l’aî­née en fuyant l’hor­reur abso­lue de sa vie d’en­fant a commis un geste qui ne lui permet plus de vivre chez elle. Il faut aussi que les personnes soit formées à la survie en forêt, et Sal depuis un an étudie toutes tes façons de survivre dans la nature. Malgré ces compé­tences, les deux fillettes auront besoin d’aide et c’est là qu’in­ter­vient Ingrid une femme méde­cin qui a fui l’hu­ma­nité elle aussi, mais pour d’autres raisons. Sa vie est passion­nante et c’est une belle rencontre. C’est diffi­cile à croire, peut-être, mais j’ai accepté ce récit qui est autant un hymne à la nature qu’un espoir dans la vie même quand celle-ci a refusé de vous faire le moindre cadeau.

Les High­lands :

Citations

La maltraitance

J’avais envi­sagé de le racon­ter pour Robert et qu’il comp­tait bien­tôt aller dans la chambre de Peppa aussi qu’il battait m’man et qu’il était saoul et défoncé tout le temps. Mais je savais que la première chose qui se passe­rait serait qu’il se ferait arrê­ter et qu’on nous emmè­ne­rait et qu’on serait séparé parce que c’est ce qui se passait toujours. En plus personne ne croi­rait que m’man n’était pas au courant et on l’ac­cu­se­rait peut-être de maltrai­tance ou de négli­gence et elle irait en prison. J’avais lu des histoires là dessus sur des sites d’in­for­ma­tions, où la mère était condam­née et allait en prison et où le beau-père y allait pour plus long­temps parce que c’était lui qui avait fait tous les trucs horribles comme tuer un bébé ou affa­mer une petite fille, mais il disait que la mère avait laissé faire et elle se faisait coffrer aussi. Ils accusent toujours la mère d’un gamin qui se fait maltrai­ter au frap­per, mais c’est toujours l’homme qui le fait.

L’étude de la survie

Tout en atten­dant à côté du feu éteint d’en­tendre quelque chose j’ai essayé de mettre un plan au point. Les chas­seurs essaient de prévoir la réac­tion de leur proie pour savoir où et quand il les trou­ve­ront, ils savent ce qu’elles cherchent comme de l’eau et de la nour­ri­ture et ils adaptent leur propre compor­te­ment en fonc­tion. Les préda­teurs exploitent les besoins des proies pour essayer de les attra­per quand elles sont les plus vulné­rables comme lors­qu’elles font caca ou se nour­rissent.

La nature

C’était la première fois que je voyais des blai­reaux ailleurs que sur un écran et même s’ils étalent plus gros qu’on aurait pu le croire ils se dépla­çaient en souplesse avec leur dos qui ondu­lait. Les deux plus petits ont commencé à foui­ner dans la neige et les feuilles et l’un d’eux n’ar­rê­tait pas de partir et de reve­nir en courant vers les autres comme s’il voulait jouer. Le gros a humé l’air puis il est parti sur une des pistes qui venait presque droit sur nous. Les deux autres l’ont suivi et tous les trois se sont appro­chés de nous en ondu­lant et la m’man m’a saisi la main et me l’a serrée quand je l’ai regar­dée elle avait la bouche ouverte sur un immense sourire et ses yeux étaient tout écar­quillés et brillant comme si elle n’en reve­nait pas. Comme les trois blai­reaux s’ap­pro­chaient de plus en plus de notre arbre on est resté parfai­te­ment immo­bile. Ils ont conti­nué d’avan­cer et on les enten­dait grat­ter dans la neige et on voyait les poils gris et noir de leur pelage bouger et ondoyer à mesure qu’ils marchaient. À envi­ron quatre mètres de nous le gros s’est arrêté puis il a levé la tête et nous a regardé bien en face. Il nous fixait dans les yeux tandis que les deux autres avaient le nez baissé et conti­nuaient de reni­fler et de grat­ter la terre derrière lui. Ils ont levé les yeux à ce moment là et nous ont fixé tous les trois. J’avais envie de rire parce qu’ils avaient l’air carré­ment surpris avec leurs petites oreilles dres­sées. M’man relâ­chait son souffle très douce­ment. On est restées comme ça pendant que les minutes passaient dans le bois silen­cieux, maman et moi sous un arbre en train de fixer trois blai­reaux.

Je sais que je dois cette lecture à la blogo­sphère en parti­cu­lier à Jérôme mais à d’autres aussi. J’ai d’abord dégusté et beau­coup souri à la lecture de ce petit livre et puis je me suis sentie si triste devant tant de destruc­tions, à la fois humaines et écolo­giques. Le regard de cet auteur est impla­cable, il sait nous faire parta­ger ses révoltes. Comme lui, j’ai été indi­gnée par le compor­te­ment de Philippe Boulet qui refuse de donner un simple coup de fil pour sauver de pauvres Malgaches partis en pirogues. Un de ses adjoint finira par l’y contraindre , mais trop tard si bien que seuls 2 sur 8 de ces malheu­reux ont été sauvés et vous savez quoi ?

En tant que chef de mission, Philippe Boulet a été décoré d’une belle médaille par le gouver­ne­ment malgache pour son rôle émérite dans le sauve­tage des pêcheurs. un article de presse en atteste. Il sourit sur la photo.

La vision de la Chine est parti­cu­liè­re­ment grati­née, entre les ambiances de façades et la réalité il y a comme un hiatus. Comme souvent dans les pays à fort contrastes « le gringo » ou le« blanc » est consi­déré comme un porte monnaie ambu­lant. L’au­teur se moque autant de ses propres compor­te­ments que ceux des touristes qui veulent abso­lu­ment voir de « l’au­then­tique ». Mais souvent la charge est lourde et quelque peu cari­ca­tu­rale. C’est peut être mon âme bretonne qui m’a fait être agacée aux portraits de bretons alcoo­liques. Ceci dit, pour voya­ger comme il le fait, il vaut mieux résis­ter à l’al­cool car on est souvent obligé de parta­ger le verre de l’ami­tié qui est rare­ment un verre de jus de fruit quand on veut abso­lu­ment vivre avec et comme les autoch­tones.

Enfin, le pire c’est le trai­te­ment de la nature par l’homme, c’est vrai­ment angois­sant de voir les destruc­tions s’ac­cu­mu­ler sous le regard des gens qui se baladent de lieux en lieux sans réali­ser que, par leur simple présence, (dont celle de l’au­teur !) ils contri­buent à détruire ce qu’ils trouvent, si « jolis », si « authen­tiques », si « typiques ».…

Citations

Humour

J’ai passé des jour­nées à marcher dans les rues, foui­ner chez les disquaires de Soho, contem­pler l’agi­ta­tion de Notting Hill ou des puces de Camden. Tout cela était très inté­res­sant, je rencon­trais d’autres possibles, mais ça ne m’ai­dait pas réel­le­ment à savoir qui j’étais. Le déclic eut lieu une nuit que j’étais à me morfondre dans quelque pub anglais au cœur de Londres. Accoudé sur un comp­toir, je noir­cis­sais des page de cahier à spirale, dans une navrantes tenta­tive posta­do­les­cente de deve­nir Arthur Morri­son. Je zonais depuis une semaine, le groupe du pub repre­nait Walk Of Life et j’en étais à écrire des sonnets sous Kronen­bourg quand quel­qu’un a renversé son verre de Guin­ness sur mes vers de détresse. Une vision, fémi­nine, cheve­lure fatal et hormones au vent. Note pour les jeunes poètes maudits : écrire la nuit dans les bars, pour pathé­tique que ce soit, peut atti­rer la gour­gan­dine. C’était une vieille, elle avait au moins 25 ans. Elle portait une robe noire sophis­ti­quée et des talons arro­gants ; elle travaillait dans la mode. Ses yeux brillaient d’une assu­rance alcoo­li­sée. Volu­bile et pleins d’his­toires.

Très drôle

Il existe, à l’est de Leeds, loca­lité dont peu de gens soup­çonne l’exis­tence. Un port où le soleil n’est qu’un concept loin­tain, une cité prolé­taire ou Marga­ret That­cher est Satan et Tony Blair, Judas. Une riante bour­gade rava­gée par la crise post­in­dus­trielle, où l’on repère les étran­gers à leur absence de tatouages et de cirrhose. Liver­pool sans groupe de rock mythique, Manches­ter sans le foot. Hull est un sujet de moque­rie pour le reste de l’An­gle­terre. Sa page Wiki­pé­dia se résume à 5 lignes, c’est que pour une ville de 250000 habi­tants.
PS : Véri­fi­ca­tion Hull a plus que 5 lignes sur Wiki­pe­dia

Cette envie de recopier le livre !

Toutes ses écono­mies dila­pi­dées dans un voyage à pile ou face, des mafias engrais­sées, le cache cache avec la police de deux conti­nents, la peur et le froid. Tout cela pour deve­nir esclave à Hull, qui concourt au titre de la ville la plus pour­rie d’Eu­rope. Khalid n’ex­pri­mait aucun regret : « Il vaut mieux être ouvrier à Hul que mort à Kaboul. » Une évidence contre laquelle aucune loi ne peut lutter.
… Dix kilo­mètres jusqu’à la maison. Des cités déca­ties où descen­daient les rouquins à capuche, un immense super­mar­ché Tesco, qui était une des raisons pour lesquelles Azad, Moha­med et Khalid, victimes de la géogra­phie poli­tique avez tenté la vie en Europe. Je travaille à l’usine pour pouvoir voya­ger. Ils avaient beau­coup, beau­coup voyagé pour venir travailler à l’usine.

Bombay

J’ai entendu quelques histoires de jeunes Anglais venus faire de l’hu­ma­ni­taire en Inde en sortant de chez leurs parents, et repar­tant au bout de trois jours, trau­ma­ti­sés par la réalité de la misères. Impos­sible de faire abstrac­tion, dans cette ville où il faut prendre garde à ne pas marcher sur les nouveaux nés qui dorment sur le goudron.

Portrait de surfeurs

Tous ces garçons vivent entre eux dans une colo­nie de vacances perpé­tuelle, voya­geant d’un spot à l’autre autour du monde, mangeant des corn flakes et des sand­wichs à la mayon­naise dans des maisons de loca­tion, torse nu, pendant que le coach les dorlote. Le soir, ils boivent des bières autour d’un barbe­cue. Chaque année, à date fixe, il retrouve Hawaï, la Gold Coast austra­lienne, le Brésil, l’Afrique du Sud ou Laca­nau, sans avoir le temps de connaître les endroits qu’ils traversent. Ils ne se préoc­cupent pas de descendre sous la surface, leur fonc­tion est de rester à flot. Ils gagnent très bien leur vie, ce sont des stars. Leurs perfor­mances spor­tives leur permettent de postu­ler au Statut de surhomme. Musclés et bron­zés, ça va sans dire. Pas très grands, pour des histoires de centre de gravité. Leurs copines sont des splen­deurs, rayon­nantes de santé et de jeunesse, tout cela est très logique. On pour­rait moquer la spiri­tua­lité de paco­tille qui entoure le monde du surf, bric-à-brac de panthéisme cool où l’homme fusionne avec la nature dans l’ac­tion, mais ce n’est pas néces­saire. Ces types consacrent leur vie à la beauté du geste, dans un dépas­se­ment de soi photo­gé­nique. Ils tracent des sillons parfaits, en équi­libre constant entre la perfec­tion et la mort. Ce n’est pas rien.

La Chine

À Chong­qing, je je trouve ce que j’aime dans lex tiers-monde. Le chaos orga­nisé, la vie dans la rue, les gens qui vendent n’im­porte quoi à même le sol, les cireurs de chaus­sures,( l’un deux a voulu s’oc­cu­per de mes tongs), les vieux porteurs voûtés qui char­rient le double de leur poids, les bars qui appar­tiennent à la mafia et les chiens qui n’ap­par­tiennent à personne.

À Pékin, on a posé une Chine en plas­tique sur la Chine. Et ça fonc­tionne très bien. Ils ont réussi à cacher les pauvres et les cras­seux. À Chong­qing, il n’y a pas de jeux olym­piques. Les pauvres et les cras­seux côtoient les costards cravates. Des ouvriers cassent les vieux immeubles à la masse, torse et pieds nus, à 15 mètres du sol. Les normes de sécu­rité ne sont pas opti­males. Mais un centre commer­cial doit ouvrir dans 20 minutes à cet empla­ce­ment , alors il faut faire le boulot.

Portrait féroce et réducteur de l’autre.…

Elle est prof. De maths. Alle­mande. Un sacré boute-en-train. Elle passe son temps à détailler de A à Z, tous les points de désac­cord avec la culture chinoise. Je ne compren­drai jamais les gens qui, sortant de chez eux, ne supportent pas qu’on ne se comporte pas comme chez eux. De son côté, elle ne comprend pas que les Fran­çaises s’épilent les jambes régu­liè­re­ment. C’est pour l’ins­tant, le plus gros choc cultu­rel de mon séjour.

Traduit de l’al­le­mand (Autriche) par Elisa­beth Landes

Encore un coup de cœur de notre club, qui avait déjà couronné Le Tabac Tres­niek que j’ai préféré à celui-ci. On est vrai­ment pris par cette lecture et pour­tant, il ne se passe pas grand chose dans ce roman, si ce n’est qu’une vie entière y est racon­tée. Egger a d’abord été un enfant marty­risé par un oncle paysan qui n’avait aucune envie d’éle­ver cet orphe­lin « batard », puis il devien­dra un paysan dur à la tâche dans une Bavière des années 30. Enfin, il connaî­tra l’amour et quelques années il sera heureux avec une jeune femme malheu­reu­se­ment dispa­rue dans une avalanche qui détruira son chalet et sa vie. Il sera alors employé dans une compa­gnie qui construira des télé­phé­riques et verra peu à peu sa montagne se trans­for­mer en lieu de loisirs . La grande histoire lui passe au dessus de la tête, lui qui n’a connu l’amour et l’af­fec­tion que si peu de temps. Les risques qu’il prend dans les construc­tions en montagne, la guerre et surtout sa capti­vité en Russie sovié­tique aurait dû le voir mourir lui qui a perdu sa raison de vivre, il en revient, en 1952, encore plus soli­taire. Oui, c’est toute une vie d’un homme simple et mal aimé qui se déroule devant nos yeux et l’au­teur sait nous la rendre présente sans pour autant qu’au­cun pathos ne se mêle à cette desti­née soli­taire.

Citations

Un enfant martyre

Comme toujours, le fermier avait trempé la tige dans l’eau pour l’as­sou­plir. Elles fendait l’air d’un trait en sifflant, avant d’at­ter­rir sur le derrière d’Eg­ger dans un bruit de soupir. Egger ne criait jamais, cela exci­tait le fermier qui frap­pait encore plus dur. Dieu endur­cit l’homme fait à son image, pour qu’il règne sur la terre et tous ce qui s’af­faire dessus. L’homme accom­plit la volonté de Dieu et dit la Parole de Dieu. L’homme donne la vie à la force de ses reins et prend la vie à la force de ses bras. L’homme est la chair, il est la terre, il est paysan, et il se nomme Hubert Kranz­sto­cker.

L’enfant mal aimé

Pendant toutes ces années passées à la ferme, il demeura l’étran­ger, celui qu’on tolé­rait, le bâtard d’une belle-sœur châtiée par ‑Dieu, qui devait la clémence du fermier au seul contenu d’un porte­feuille de cuir pendu à son cou. En réalité, on ne le consi­dé­rait pas comme un enfant. Il était une créa­ture vouée à trimer, à prier et à présen­ter son posté­rieur à la baguette de coudrier.

Camp de prisonniers en Russie

Au bout de quelques semaines, Egger cessa de comp­ter les morts qu’on enter­rait dans un petit bois de bouleaux, derrière le camp. La mort faisait partie de la vie comme les moisis­sures faisaient partie du pain. La mort, c’était la fièvre. La mort, c’était la fin. C’était une fissure dans le mur de la baraque, qui lais­sait passer le siffle­ment du vent.

La fin des camps de prisonniers en Russie

Il s’écoula encore près de six années avant que ne s’achève le temps d’Eg­ger en Russie. Rien n’avait annoncé leur libé­ra­tion, mais, un beau jour de l’été dix-neuf cent cinquante et un, les prison­niers furent rassem­blés tôt le matin devant les bara­que­ments et reçurent l’ordre de se désha­biller et d’en­tas­ser leurs vête­ments les uns sur les autres. Ce gros tas puant fut arrosé d’es­sence, puis allumé, et, tandis que les hommes fixaient les flammes, leurs visages trahis­saient leur terreur d’être fusillés sur-le-champ ou d’un sort plus terrible encore. Mais les Russes riaient et parlaient fort à tort et à travers, et quand l’un d’eux saisit un prison­nier aux épaules, l’en­laça et se mit à effec­tuer avec ce fanto­ma­tique sque­lette nu un grotesque pas de deux autour du feu, la plupart sentirent que ce jour-là serait un jour faste. Pour­vus chacun de vête­ments propres et d’un quignon de pain, les hommes quit­tèrent le camp dans l’heure même, pour s’ache­mi­ner vers la gare de chemin de fer la plus proche.