traduit de l’américain par Françoise Adelstain

Lu dans le cadre de :

La photo dit bien combien j’aime lire les romans d’Irvin Yalom et encore je n’ai pas retrouvé « Et Nietzsche a pleuré » qui est sans doute mon préféré. Je l’ai sans doute prêté à quelqu’un qui l’aime tant qu’il a oublié de me le rendre (ce n’est très grave mes livres sont de grands voyageurs). Alors, quand Babelio a proposé la lecture de l’autobiographie de cet auteur, je n’ai pas hésité. Et ? Je suis déçue ! l’auteur est beaucoup plus intéressant dans ses romans que lorsqu’il se raconte. Ce n’est pas si étonnant quand on y réfléchit bien : Irvin Yalom est non seulement un bon écrivain mais aussi un grand spécialiste de l’âme humaine et un psychothérapeute encore en exercice (à 85 ans !). Alors l’âme humaine, il connaît bien et la sienne en particulier, donc aucune surprise ni de grandes émotions dans cette autobiographie, il maîtrise très (trop !) bien son sujet. On a l’impression qu’il dresse entre lui et son lecteur une vitre derrière laquelle il se protège. Un peu comme ses étudiants qui regardaient ses séances de psychothérapie derrière une glace sans tain. On voit tout, mais on apprend du meneur du groupe que ce qu’il veut bien montrer de lui. Oui, il se raconte dans ce livre et pourtant on a l’impression de ne pas le connaître mieux qu’à travers ses romans. Le dernier chapitre est, peut être plus émouvant celui qu’il a nommé « l’apprenti vieillard » . Je dois dire que je me suis aussi ennuyée ferme en lisant toutes les différentes approches de la psychologie clinique. Cela plaira sans doute aux praticiens tout ce rappel historique des différents tendances des thérapies de groupes. Une dernière critique : cet auteur qui se complaît à raconter ses succès littéraires c’est vraiment étrange et assez enfantin. En résumé, j’ai envie de donner ce curieux conseil :  » Si vous aimez cet auteur ne lisez pas sa biographie, vous serez déçu par l’homme qui se cache derrière les romans que vous avez appréciés ».

Citations

Quand Irving Yalom s’auto-analyse

Avant ma rébellion de la bar-mitsvah, j’avais commencé à trouver ridicule les lois qui prescrivent de manger ceci ou cela. C’est une plaisanterie, et surtout elles m’empêchent d’être américains. Quand j’assiste à un match de base-ball avec mes copains, je n’peux pas manger un hot-dog. Même des sandwichs salades ou au fromage grillé, j’y ai pas droit, parce que mon père explique que le couteau qui sert à les découper a peut-être servi à couper un sandwich au jambon. Je proteste : »Je demanderai qu’on n’les coupe pas ! »  » Non, pense à l’assiette, dans laquelle il y a peut-être eu du jambon, répondent mon père ou ma mère. C’est pas « traif » pas « kasher ». Vous imaginez, entendre ça, docteur Yalom, quand on a treize ans ? C’est dingue ! Il y a tout l’univers, des milliards d’étoiles qui meurent et qui naissent, des catastrophes naturelles chaque minute sur terre, et mes parents qui clament que Dieu n’a rien de mieux à faire que de vérifier qu’il n’y a pas une molécule de jambon sur un couteau de snack ?

 

Un récit qui manque d’empathie

Nous avions trouvé une maison en plein centre d’Oxford, mais peu avant notre arrivée, un avion de ligne britannique s’est écrasé, tuant tous les passagers, y compris le père de la famille qui nous louait la maison. À la dernière minute, il nous a donc fallu remuer ciel et terre pour dégoter un autre logis. Faute de succès dans Oxford même, nous avons loué un charmant vieux cottage au toit de chaume à une trentaine de minutes de là, dans le petit village de Black Burton, avec un seul et unique pub !

Raconter ses succès c’est impudique et inintéressant

Le lendemain, j’ai eu une autre séance de signature dans une librairie du centre d’Athènes, Hestia Books. De toutes les séances de ce genre auxquelles j’ai participé dans ma carrière, celle-ci fut la crème de la crème. La queue devant le magasin s’allongeait sur huit cent mètres, perturbant considérablement la circulation. Les gens venaient acheter un nouveau livre et apportaient les anciens afin de les faire dédicacer, ce qui constituait une épreuve, car je ne savais pas comment écrire ces prénoms inconnus, Docia, Icanthe, Nereida, Tatiana… On demanda alors aux acheteurs d’écrire leur nom en capital sur des petits bouts de papier jaune qu’ils me tendaient avec le livre. Nombreux étaient ceux qui prenaient des photos, ralentissant ainsi la progression de la queue, on dû les prier de ne plus en prendre. Au bout d’une heure, on leur dit que je ne pourrai signer, outre celui qu’il achetait, un maximum de quatre titres par personne, puis on descendit à trois, à deux pour finir a un. Même ainsi la séance a duré quatre heures , j’ai signé plus de huit cents livres neufs et d’innombrables anciens.

Je retrouve le thérapeute que j’apprécie

Ce livre, je l’ai conçu comme une opposition à la pratique cognitivo-comportementale, rapide, obéissant à des protocoles, obéissant à des pressions d’ordre économique, et un moyen de combattre la confiance excessive des psychiatres en l’efficacité des médicaments. Ce combat se poursuit encore maintenant, malgré les preuves indéniables fournies par la recherche de la réussite d’une psychothérapie repose sur la qualité de la relation entre le patient et son thérapeute, son intensité, sa chaleur, sa sincérité. J’espère aider à la préservation d’une conception humaine et plein d’humanité des souffrances psychologiques.

La vieillesse

Enfant, j’ai toujours été le plus jeune – de ma classe, de l’équipe de Baseball, de l’équipe de tennis, de ma chambrée en camp de vacances. Aujourd’hui, où que j’aille, je suis le plus vieux, – à une conférence, au restaurant, à une lecture de livre, au cinéma, un match de Baseball. Récemment, j’ai pris la parole à un congrès de deux jours sur la formation médicale continue des psychiatres, patronné par le Département de psychiatrie de Stanford. En regardant l’auditoire de collègues venus de tout le pays, je n’ai vu que quelques types à cheveux gris, aucun à cheveux blancs. Je n’étais pas seulement le plus âgé, j’étais de loin le plus vieux.

 

Traduit de l’espagnol Vanessa Capieu

J’ai tellement aimé « une mère » que je n’ai pas hésité à lire ce roman, j’aurais dû me méfier, j’ai beaucoup de mal à comprendre l’amour absolu des maîtres pour les chiens. Je comprends très bien que l’on aime bien son animal de compagnie et qu’on le traite bien, mais j’aime qu’il reste un animal et non pas le substitut d’une personne. Ici, c’est le cas, le chien devient le remplaçant de l’être aimé et aussi bien pour la mère que pour toute la famille le deuil d’un chien semble équivalent à la mort d’un être humain. On retrouve dans ce récit le charme d’ « Une mère » et certains passages sont drôles. Mais l’effet de surprise n’existe plus on sait qu’Amalia ne perd la tête qu’en apparence et qu’elle veut surtout que ses trois enfants connaissent une vie plus heureuse que la sienne. Ce qui n’est pas très difficile. Ses efforts pour trouver un nouveau compagnon à son fils sont souvent aussi drôles qu’inefficaces. Elle s’est mise en tête que cet homme doit être Australien, blond, vétérinaire et gay évidemment ! pas si simple à trouver mais cela ne l’empêche pas de chercher et de poser des questions étonnantes à tous les Australiens (ils sont heureusement peu nombreux !) êtes vous Vétérinaire ? êtes vous homosexuels?et inversement aux homosexuels ; êtes vous vétérinaire …

Bref un roman assez drôle mais qui reprend trop les effets du premier roman, je me suis donc beaucoup moins amusée.

Citations

Mort d’un chien

Cette impossibilité à définir, ce trou noir d’émotion, fait de sa mort des limbes étranges dont il est difficile de partager l’intensité, parce que pleurer un chien, c’est pleurer ce que nous lui donnons de nous, et qu’avec lui s’en va la vie que nous n’avons donnée à personne, les moments que personne n’a vu. Lorsque s’en va le gardien des secrets, s’en vont également avec lui les secrets, le coffre, le puzzle rangé dedans et aussi la clé, et notre vie en reste tronquée.

 

 Un éclat de rire

(Pour le comprendre vous devez savoir qu’Amalia qui perd un peu la tête essaie de cacher à sa fille -très écolo- qu’elle est encore tombée assez rudement par terre sans les protections que celle-ci lui a fait acheter. La serveuse Raluca d’origine chinoise avait donc donné à Amalia des torchons remplis de glaçons parce que ses genoux sont couverts de bleus)

« Alors tu veux pas torchon ? »
 Nouveau sourire de maman. Sylvia pousse un feulement et Emma un haussement d’épaules.
« Non, ma fille, répond maman. J’en ai plein chez moi, je te remercie. Maintenant que je sais que tu en vends, à si bon prix, en plus, je te les prendrais à toi quand j’en aurai besoin. C’est promis. Je n’irai plus les acheter au marché. »
 Et comme Raluca reste plantée là sans rien comprendre, le plateau en l’air, manifestement prête à demander des précisions que maman n’est pas le moins du monde disposée à donner, et que Sylvia ouvre de nouveau la bouche, elle ajoute :
« Et si tu as des culottes, mais des organique, hein dis-le moi surtout. Tu sais, précise-t-elle avec un clin d’œil entendu, de celles qui font le ventre plat. »
Silva et Raluca se regardent et Emma, qui bien sûr est tout autant perdue que Sylvia, baisse la tête et se passe le main sur le front.

 

Voici donc le quatrième roman que je lis et que j’apprécie de Laurent Seksik. Cet auteur a un grand talent pour faire revivre les gens célèbres du début du XX°siècle. Après Einstein, Romain Gary voici donc l’évocation des derniers mois de la vie de Stefan Zweig et de sa jeune compagne Lotte Altmann , madame Zweig. Venant de finir « les joueurs d’échec », j’ai eu envie de mieux comprendre cet auteur. Ce court récit est absolument poignant, on connaît la fin et cette lente montée vers le geste inéluctable : le suicide du couple, est terrible. Surtout celui de la jeune femme qui suit son amour dans la mort mais qui avait la vie devant elle. Le terrible désespoir de cet immense écrivain est très bien décrit ainsi que son incapacité à mener un dernier combat vers l’espoir. Mais on sait aussi qu’il a raison, Hitler et les Nazis autrichiens ont fait disparaître à tout jamais une immense culture dont les intellectuels viennois étaient les représentants les plus éminents : l’Homo-austrico-judaïcus . Mais j’en veux quand même à Stefan Zweil de ne pas avoir tenté de faire revivre cette culture car le nazisme a eu une fin et il n’était plus là pour empêcher l’Autriche d’oublier les apports de cet ancien monde .

 

 

Citations

Les raisons du désespoir de Stefan Zweig

 Lui n’était porteur d’aucune idéologie. Il détestait les idéologies. Il avait simplement cherché les mots pour dire. « Nous avons existé ». Il n’était pas certain qu’il demeurât quelque chose de la civilisation qu’il avait connu. Il fallait avoir grandi à Vienne pour mesurer l’ampleur du meurtre en préparation. Il voulait ciseler une pierre qui prouverait aux générations qu’un jour vécut sur cette terre une race désormais éteinte, « l’Homo-austrico-judaïcus ».

Richesse de la tradition juive

Dans notre tradition , un être humain se définit d’abord par les liens qu’il entretient avec les autres . On ne mesure une vie qu’à l’aune d’une autre vie . Je ne vous demande pas de vous ouvrir à Dieu, sans doute le moment est-il mal choisi de s’en remettre à lui tandis qu’il semble avec tant d’acharnement se détourner de son peuple.

 

Le désespoir de Zweig et la question du poids des écrivains face à la barbarie.

Nul, en aucun coin du monde, n’avait besoin ni des paroles ni des écrits de Stefan Zweig. D’ailleurs, sa voix serait-elle seulement audible au milieu des fracas des armes ? Sa voix chevrotante et plaintive face aux vociférations du Fuhrer, aux hurlements de Goebbels ? Sa voix venue des des abîmes, tirée de de sa souffrance ? Sa voix se perdait dans le souffle du vent.

 


J’ai relu « Les joueurs d’échec » grâce à cette édition et la réflexion de Pierre Deshusses à propos de la traduction m’a beaucoup intéressée. Depuis le l’essai de Volkovitch et son blabla, je suis très sensible à la traduction et je n’oublie jamais de noter le nom du traducteur à propos des œuvres étrangères. Dans cette édition l’ordre chronologique est respecté donc « les joueurs d’échec » termine le recueil puisqu’il est paru si peu de temps avant le suicide de Stefan Sweig. Chacune des nouvelles est précédée d’un prologue rédigé par le traducteur ou la traductrice. C’est vraiment un plaisir de relire Zweig de cette façon. Il a tellement raison Pierre Deshusses, il faut retraduire les textes car chaque époque a sa sensibilité et quand on ne lit pas dans la langue maternelle, on a du mal avec les archaïsmes du français qui alourdissent inutilement la prose de l’écrivain.

Un traducteur n’est pas une personne qui vit hors de son temps. Par-delà ses qualités, il est le produit d’une ambiance, d’une idéologie et parfois de mode. On ne traduit plus comme on traduisait il y a un demi-siècle. C’est l’un des grands paradoxes de la littérature : une œuvre originale ne peut être changée ; sa traduction doit être changée, ce qui explique le phénomène que l’on appelle « retraduction » et qui touche tous les auteurs de tous les continents.
Ce qui est certain c’est que j’ai relu avec grand plaisir cette nouvelle, alors que très souvent j’étouffe à la lecture de Stefan Zweig , je trouve son style trop lourd . Alors un grand merci à Françoise Wuilmart , la traductrice, dont l’introduction est brillante et pose si bien tout ce qu’on ressent pendant la lecture
Zweig a-t-il fini par se sentir coupable de cet humanisme abstrait, de cet isolement qui pouvait passer pour une égoïste indifférence, et par se « dégoûter » de lui-même ?…. La confrontation entre le champion « abruti » et le joueur abstrait a inspiré bien des analyses qui vont dans toutes dans ce sens : le personnage du Dr B. symboliserait une Europe torturée qui s’autodéchire, Mirko Czentovic qui utilise sa lenteur pour déstabiliser son adversaire représenterait la stratégie froide, déshumanisée et sadique du nazisme.
Vous souvenez sans doute des parties d’échec qui ont lieu sur un paquebot, menant le narrateur vers l’exil. elles opposent d’abord l’homme qui ne savait faire que cela Mirko Czentovic au Dr. B . Comme moi vous avez sans doute voulu que ce dernier écrase de toute sa brillante intelligence cette stupide machine sans âme qui écrase tous ses concurrents de son mépris. Mais auparavant, Zweig décrit avec minutie une des horreurs du nazisme, une torture particulièrement raffinée et sadique : le Dr. B a été pendant de longs mois tenu au plus grand secret sans pouvoir occuper son esprit. Rien, il n’avait rien à regarder ni à lire, il ne lui restait que son cerveau qui a bien failli devenir fou. Le plus grand des hasards lui offre la possibilité de lire un livre d’échec et dès lors, il devient à la fois le joueur le plus imaginatif de son époque, mais hélas, cela le fit sombrer aussi dans la folie quand il essaye d’imaginer des parties où il jouait contre lui même. À travers les parties qui l’opposent à Czentovic, si bien décrites, c’est bien au combat de l’intelligence raffinée contre la force brutale à laquelle on assiste. Le champion du monde, n’est pas si stupide qu’il y paraît car il comprend quand même très vite qu ‘il ne peut gagner qu’en ralentissant son jeu. Et hélas ! ce n’est pas celui que l’on souhaiterait voir triompher qui est le vainqueur. On ne peut pas oublier qu’alors que Stefan Zweig rédigeait ces textes, tous ses livres étaient brûlés à Berlin et à Vienne, son intelligence et son immense culture ne faisaient pas le poids face au Nazisme.

Citations

Les qualités pour jouer au échecs

Certes, je savais d’expérience l’attrait secret que pouvait exercer ce jeu Royal, le seul d’entre tous les jeux inventés par l’homme qui puisse se soustraire souverainement à la tyrannie du hasard et le seul qui ne dispense ses lauriers qu’à l’intelligence ou plutôt à une certaine forme d’intelligence.

J’aime bien cette distinction

J’ai toujours pris le jeu d’échecs à la légère et joué pour mon seul plaisir, quand je m’assieds devant un échiquier pour une heure ce n’est pas dans le but de produire des efforts, mais contraire de me détendre l’esprit. Je « joue »au plein sens du terme tandis que les autres, les vrais joueurs, ils « sérieusent », si je puis me permettre cet audacieux néologisme. 

Le jeu des échecs

Aussi vieux que le monde et éternellement nouveau, mécanique dans sa disposition mais activé par la seule imagination, limité dans son espace géométrique rigide et pourtant illimité dans ses combinaison, impliqué dans un constant développement et pourtant stérile, une pensée qui ne mène à rien, une mathématique qui n’établit rien, un art qui ne laisse pas d’oeuvre, une architecture sans matière et nonobstant d’une pérennité plus avéré dans son être et dans son existence que tous les livres ou tous les chef-d’œuvre, le seul et unique jeu qui a appartenu à tous les peuples et à tous les temps et dont personne ne sait quel Dieu en a fait don à la terre, pour tuer l’ennui, pour aiguiser les sens, pour stimuler l’âme.

Quel roman ! et pourtant je ne suis pas une fan des romans historiques. mais je trouve que cette auteure a su donner une forme très réussie à un moment de notre histoire si peu connue. Je savais déjà que notre « bon » Saint Louis avait imposé le port de « la rouelle » aux juifs de France, je savais aussi que Philippe Le Bel les avait chassés du royaume en les spoliant de tous leurs biens. Mais cette haine envers le Talmud, je n’en savais rien. Pourtant j’ai déjà beaucoup lu sur le sujet, en particulier le livre de Bernard Lazare « L’antisémitisme son histoire et ses causes ». C’est grâce à cet essai que j’ai compris une des raisons de l’antisémitisme viscérale des chrétiens misérables des temps anciens. Ceux à qui l’on disait que : « malheureux sur terre les portes du paradis s’ouvriraient pour eux ». Les juifs eux répondent : votre paradis est sur terre et c’est là que vous devez tout faire pour être heureux. Ils apparaissent alors comme des jouisseurs et ne méritent que le mépris.

Elliet Abecassis, situe son roman à l’époque de Saint Louis, celui qui va partir en croisade, massacrer les Cathares et très difficilement supporter les juifs dans son royaume, en particulier ceux qui étudient le Talmud. Il va être aidé par un » karaïte« . Et voilà encore un fait historique que je ne connaissais pas : les karaïtes, sont des juifs qui refusent le Talmud et qui veulent en rester à la Thora. Ils ont à peu près disparu mais leur rôle dans la Shoa est pour le moins ambiguë. Saint Louis fera finalement brûler tous les Talmuds et les juifs qui défendront leur précieux livres. Pourquoi cette haine du Talmud, pour une raison ô combien contemporaine, grâce à l’étude du Talmud les Rabbins essaient d’adapter la Thora au monde qui les entoure. Cette interrogation sans fin des textes bibliques peut apparaître comme un grave danger à une église qui domine le monde et qui veut établir une pensée unique. Et le roman dans tout ça , et bien bravo à Eliette Abelcassis, ce n’est pas du tout une histoire plaquée sur une réalité historique, c’est une histoire qui permet de comprendre au plus près les difficultés posées par la vie à un jeune juif qui veut respecter tous les dogmes de sa religion. Et quand on s’appelle Cohen ce n’est pas une mince affaire car on doit plus qu’un autre respecter à la lettre les préceptes de la Thora. Comment alors vivre un amour défendu ? Je n’en raconte pas plus car j’espère bien retrouver ce roman sur vos blogs et je sais que vous êtes nombreuses à ne pas aimer qu’on vous divulgâche un suspens romanesque.

 

 Citations

 

L’importance des rêves

L’interprétation du rêve est multiple car son objectif n’est pas de définir la vérité du rêve, mais de réconcilier le rêveur avec lui-même par une parole créatrice qui lui permet de résoudre ses conflits intérieurs. Pour cela, l’interprète peut-être comparé à un prophète. Si l’on parvient à élucider l’origine de ses problèmes et de ses angoisses on peut changer sa vie, ou même anticiper les problemes d’un pays, comme le fit Joseph avec le Pharaon !

 

Les karaïtes et la Torah

La loi orale est considérée comme inepte et subversive. Pour eux, la Torah orale contredit la Torah écrite, elle ne peut donc être de source divine. Ils disent que le talmud avec ces disputes et ces multiples contradictions est imparfaite et critique. Une lutte a eu lieu au sein même du judaïsme entre les karaïtes et les talmudistes. Les karaïtes aujourd’hui se cachent. Ils ne disent pas qui ils sont, mais on les remarque car ils vivent de façon austère. Ils se déplacent la tête découverte, sans kippa, sauf dans leur synagogue. Leur calendrier est écrit en fonction de l’observation de la lune. Il ne tolère pas le feu de shabbat, même quand il a été allumé par quelqu’un d’autre ou avant le début du jour saint.

 

 

Débat de toujours en religion

Or, s’il on en reste à la Torah et à elle seule, on devrait lapider un homme qui coupe du bois le jour du Shabbat, tuer les amants adultère d’un coup d’épée devant tout le monde, comme le fait Pinhas dans la Bible, lapider les jeunes filles qui ne sont pas vierge… Contre cela, la loi orale, le Talmud, s’élève et dit : On n’a pas le droit de tuer un homme pour une raison affective. »
Je n’ai pas peur de le dire : si notre Torah n’est pas humaine, si elle n’est pas interprétable, si elle nous paraît violente et injuste par moment, comment la défendre ?

Ce qui a le plus profondément divisé les chrétiens des juifs

Je voulais lui apporter au moins un peu de réconfort et lui expliquer qu’il n’y a pas vraiment de paradis ni l’enfer selon le Talmud, que ce sont des inventions de l’Eglise pour dominer les esprits, pour imposer son servages moral et consolider son ascendant sur les pauvres : s’ils sont malheureux ici, ils seront rétribués au paradis, et inversement.

Saint Louis

Je suis parti, j’ai quitté mon pays, j’ai fui ceux qui nous pourchassaient pour nous mettre à mort. Ils sont entrés dans nos synagogues, ils se sont emparés de nos écrits, ils ont pris les manuscrits, ils les ont dérobés et les ont emportés sur ordre du roi.
Les inquisiteurs ont allumé le bûcher en plein cœur de la ville. Les moines et les prêtres ont fourni le bois, ils ont soufflé sur les braises pour augmenter la flamme aux yeux de tous, en signe de vengeance et de haine. Et voici que nos livres brûlent, se consument, crépitent, les feuilles se gonflent sous la chaleur, les reliures se délitent, les lettres tournoient et s’envolent, les marges s’étiolent, les mots disparaissent, tout s’envolent vers les cieux, dans la fumée qui se lève, les emporte à jamais, et j’entends au milieu des crépitements les paroles assourdies de deux mille rabbins depuis mille ans, de mille disciples et mille maîtres , qui argument avec d’autres disciples et maîtres , au fil des âges, et qui, sans s’encombrer du temps qui passe, sur l’éternité d’une page, commentent à l’infini la parole de l’Éternel.

Traduit du slovène par Andrée Lück-Gaye.

Repéré chez Blogart , je pensais vraiment tomber sous le charme de ce roman, mais ma lecture fut beaucoup plus laborieuse que la sienne. La construction du roman est originale : l’auteur scrute cette photo prise pendant la deuxième guerre mondiale et anime ces personnages statiques en leur donnant une personnalité enrichie de ses connaissances historiques.

 

Ce départ est vraiment très intéressant  : vous voyez ces deux jeune filles, l’une d’elles regarde des hommes en uniforme allemand. Tout le drame de la Slovénie est dans ce regard. Voici donc la jeune Slovène, Sonja, qui sait que son amour, Valentin, est dans les geôles de la Gestapo qui est dirigée par un Slovène, Ludek, fervent militant de l’idéal Nazi. Il est plus allemand que n’importe quel soldat de la Wehrmacht. Pour cela, il oublie son identité slovène et veut se faire appeler Ludwig. Contre les faveurs de la jeune fille, il acceptera de libérer son amoureux que nous suivrons dans les maquis de la résistance yougoslave. Aux horreurs nazies s’opposent les horreurs des maquisards, la population est broyée par des brutes sanguinaires qui se méfient de tout le monde. Que reste-t’il de l’âme d’un peuple lorsque de telles logiques totalitaires se mettent en place ? Pas grand chose, des bribes de poésies qui hantent encore les mémoires et parfois des personnages qui gardent leur humanité, mais ils sont si seuls. C’est un roman désespérant et difficile à lire car on change souvent de point de vue, les mêmes faits se répètent racontés par des personnages différents. Et puis parfois, les faits décrits sont tout simplement insoutenables, comme les assassinats par les communistes de pauvres gens qui n’ont que le tort d’être là au mauvais moments, comme les tortures dans les geôles nazies. Personne n’est à l’abri, surtout quand on commence à penser que les espions peuvent être partout. Ce roman montre, une fois de plus que lorsque l’horreur s’abat sur un pays personne n’en sort indemne contrairement aux versions officielles construites par les vainqueurs.

Citations

Traitement des prisonniers par les SS

Il s’agit de creuser des tombes pour les fusillés

Là il y a des hommes condamnés définitivement qui purgent une peine de prison ça pourrait se faire. Et les prisonniers de guerre du camp de Melje. Les Anglais ? demanda quelqu’un à travers un nuage de fumée. Ça n’ira pas. Ça ne peut absolument pas être des Anglais, d’après la convention de Genève, les prisonniers de guerre anglais ne peuvent pas faire ce travail. Mais on a des Russes, eux, on peut les utiliser.

Un pays en guerre

Mais même si c’était la guerre et si les informations toujours plus mauvaises, parfois même terrifiantes se bousculaient, les gens vivaient leur vie de tous les jours. Dès que les sirènes s’arrêtaient de hurler et des bombes de tomber, ils allaient au théâtre et au cinéma ou avant chaque film on passait une revue hebdomadaire, Wochenshau, où des militaires en tanks que déboulaient toujours plus superbement dans les plaines polonaises et défendaient la frontière occidentale de l’invasion des Barbares, d’autres allaient aux expositions à Paris et mangeaient des croissants dans les café en compagnie de femmes, d’autres encore faisaient tourner les roues des canons et leurs obus déchiraient le ciel nocturne au-dessus de l’Allemagne et battaient les avions qui apportaient la mort avec leurs bombes. C’était la guerre, en ville, la vie continuait, on obtenait de la nourriture avec des cartes de rationnement, les trafiquants du marché noir gagnaient de l’argent grâce à la viande qu’ils rapportaient des fermes environnantes, les bureaux travaillaient impeccablement, les travailleurs continuaient à sortir de l’usine. On ne savait pas on ne voulait pas savoir ce qui se passait dans les bureaux où aller travailler Ludwig Mischkolnig et Hans Hochbauer ni dans les caves où Johann retroussait ses manches.

L’amour et la guerre

L’amour triomphe de la distance, l’amour triomphe de tout. Sauf de la guerre. La guerre triomphe de tout, même de ceux qui se battent. Et de ceux qui attendent que ça passe.

Le militant le courage en temps de guerre.

Avec une mitrailleuse, au-dessus de Vitanje, il avait tenu la position tout un après-midi dans la neige de sorte qu’on avait pu se replier. Un combattant, un fou. Peut-être qu’il n’aurait pas dû devenir chef du renseignement. Un communiste. Un idéaliste. Mais entre l’idéalisme et le sadisme, la voie est parfois étroite, estimait Vasja, le sadique est celui qui sait quel démon il a en lui.

 

Traduit de l’anglais (Australie) par Johan-Frederik Hel Guedj.

Personne ne peut sortir indemne de ce roman. Les horreurs du racisme y sont décortiquées avec une telle minutie que, plus d’une fois, cela m’a demandé un énorme courage pour aller au bout de ma lecture. J’ai suivi les avis de Krol, Aifelle, Cuné et je vous conseille de lire ou relire leurs billets, elles disent tout le bien que je pense de ce roman hors du commun

La construction participe au ralentissement de la lecture, nous suivons des destins très différents mais qui finalement vont se retrouver dans la scène finale : le médecin oncologue, une jeune femme noire Ayesha Washington, l’historien Adam Zignelik, l’homme de ménage de l’hôpital, Lamont Williams, ils sont ensemble sur un trottoir de New York et il aura fallu 800 pages à Elliot Perlman pour tisser tous les liens qui réunissent tous les personnages de son roman durant un siècle et, parfois, sur deux générations . Adam, l’historien australien vit une crise dans son couple et n’arrive pas à se motiver pour un nouveau sujet de recherche indispensable à sa carrière universitaire. Il est le fils de Jack Zignelik qui a fondé avec son ami William Mc Cray le mouvement pour les droits civiques aux États Unis. Il travaille à la prestigieuse université de Columbia sous l’autorité de Charles Mc Cray fils de William. Asheha Washington est la petite fille d’un vétéran de la deuxième guerre mondiale qui a participé à l’ouverture des camps de concentration. Or, le rôle des soldats noirs pendant la guerre 39-45 a largement été ignoré par l’histoire officielle américaine.

Voilà donc un beau sujet de recherche pour Adam Zignelik en panne d’inspiration et au bord de la dépression, en tout cas c’est ce que pense William Mc Cray qui reproche à son fils Charles de ne pas assez soutenir Adam pour qu’il garde son poste à l’université de Columbia. Charles est marié à Michelle une assistante sociale noire, qui adore sa grand-mère. Et nous revoilà avec Lamont Williams car Michelle est sa cousine qui, en ce moment vit chez ladite grand-mère. Lamont a réussi à décrocher un emploi comme homme d’entretien à l’hôpital où travaille Asheya Washington et s’il réussit sa période d’essai, il pourra enfin tirer un trait sur la prison où il est resté six ans pour un cambriolage qui a mal tourné. Or, il n’a fait que conduire la voiture sans connaître les projets de ses amis ni surtout savoir que le plus jeune était armé. Au bout de six ans sa femme n’est plus là, elle a disparu avec leur petite fille. Il lui faut donc absolument satisfaire sa période d’essai à l’hôpital pour pouvoir avoir une chance de gagner sa vie et prouver aux services sociaux qu’il est stable. Sa grand-mère l’accueille car elle sait que Lamont est un brave garçon.

Toutes les difficultés de ce jeune noir, permettent à l’auteur de montrer à quel point il suffit de pas grand chose pour qu’un noir fasse de la prison aux Etats-Unis, avec un bon avocat Lamont aurait pu s’en tirer. Celui-ci rencontre à l’hôpital un rescapé d’Auschwitz, Monsieur Mandelbrot, il appartenait aux Sonderkommandos et connaît donc ce qui s’est passé dans les camps . Nous voilà donc au sommet de l’horreur au 20° siècle. Les conversations de ces deux hommes tissent entre eux des liens personnels si bien qu’avant de mourir cet homme lui donne ce qu’il a de plus précieux son hanoukkia, chandelier juif en argent. Lamont est accusé de vol, mais pour sa défense il raconte ce que cet homme lui a confié sur Auschwitz et l’historien Adam Zignelick assure que Lamont n’a pas pu découvrir cela tout seul, car une partie de ce récit était sur des enregistrements qu’il vient juste de découvrir.

Ces enregistrement faits en 1946, par de rares rescapés des camps avaient été complètement oubliés. Adam qui a vécu en Australie avec sa mère, est le fils d’un homme qui a lutté toute sa vie pour les droits des noirs aux Etats-Unis et cela permet à Elliot Perlman de rappeler certaines souffrances des noirs dans les années 50 et 60, aujourd’hui encore les noirs Américains souffrent de graves discriminations. Et finalement ? Est ce que des troupes noires ont participé à la libération des camps de concentration ? et bien oui, et c’est le grand père de Asheya Washington, l’oncologue qui soignait Monsieur Mandelbrot qui pourra en témoigner. Ne croyez pas que j’ai tout raconté, il y a encore bien des histoires qui s’emboîtent dans ce récit, et elles ont toutes une fonction dans le récit. On est souvent très ému et comme je le disais en commençant c’est avec appréhension que l’on continue la lecture de ce roman inoubliable.

Citations

Le passage où on trouve le titre

La mémoire est une chienne indocile. Elle ne se laissera ni convoquer ni révoquer, mais ne peut survivre sans vous. Elle vous nourrit comme elle se repaît de vous. Elle s’invite quand elle a faim, pas lorsque c’est vous l’affame. Elle obéit à un calendrier qui n’appartient qu’à elle, dont vous ne savez rien. Elle peut s’emparer de vous, vous acculer ou vous libérer. Vous laissez à vos hurlement ou vous tirer un sourire. C’est drôle parfois, ce qu’on peut se rappeler.

Récit des événements de Little rock  : Elizabeth Eckford, noire, seule face à la foule, blanche raciste.

Elizabeth Eckford se dirigea vers tous ces gens et, au début du moins, cette portion de la foule qui était la plus proche d’elle recula, s’éloigna d’elle, un peu comme s’ils craignaient d’attraper quelque chose à son contact. En restant trop près, on risquait peut-être de devenir ce qu’elle était. Les gens vous dévisageraient. Rien qu’en vous retrouvant dans cette partie de la foule, tout près d’elle,, vous risquez de vous faire remarquer. Vous n’êtes pas venu là dans l’espoir de vous singulariser. Vous n’êtes pas là pour ça. Et pourtant, maintenant, vous risquez de vous singulariser. Sans que ce soit votre faute. Vous avez donc intérêt à vous débrouiller pour que tout le monde autour de vous sache quel camp vous vous rangez en réalité. Vous la haïssez. Vous la haïssez autant que tous les gens de cette foule la haïssent. Vous la haïssez peut-être même encore plus. En se tenant là, près de vous, elle vous met particulièrement mal à l’aise, plus en plus mal à l’aise que les autres, et ce qu’ils ressentent, c’était ce que vous ressentiez il y a encore quelques instants, avant qu’elle ne vous choisissent, vous, en vous mettant particulièrement mal à l’aise. Quel besoin a-t-elle de vous choisir, vous ? Partout elle va, elle ne sème que la perturbation. Vous voyez bien. On vous l’a répété toute votre vie,vous le savez depuis toujours, mais maintenant vous pouvez véritablement le sentir.

Le sujet du livre

Peut-on se servir de l’histoire pour prédire l’avenir, demande à Adam Zignelik. Il est tentant de répondre que ce serait possible, mais je ne le crois pas. Le phare de l’histoire peut laisser deviner de fugaces aperçus de la voie qui s’ouvre devant nous, mais il est imprudent de compter sur l’histoire pour nous fournir une carte précise et lumineuse du terrain futur, rempli de synclinaux et d’ anticlinaux. Nous ne devons pas compter sur l’histoire pour nous indiquer avec exactitude ce qui va se produire dans l’avenir.
Pourquoi l’histoire ne peut-elle nous renseigner sur ce qui va se produire dans l’avenir ? Parce qu’elle traite des individus, or les individus sont imprévisibles, autant que le sont la plupart des animaux, si ce n’est plus. On ne peut même pas se fier à eux pour qu’ils agissent comme ils l’ont déjà fait en des circonstances similaires ou pour qu’ils fassent ce qui relève à l’évidence de leur propre leur propre intérêt. Les êtres sont imprévisibles, à titre individuel et au plan collectif, les gens ordinaires, tout comme les dirigeants investis d’un pouvoir.

Le racisme à Detroit 1943

25000 ouvriers blancs employés à fabriquer des moteurs pour des bombardiers et des vedettes lance-torpilles s’était mis en grève en apprenant qu’une poignée de femmes noires avaient commencé à travailler là-bas. Il était jeune, mais il aurait compris ce que cela signifiait que d’entendre un ouvrier blanc déclarer à l’entrée de l’usine qu’il préférait laisser gagner Hitler et Hirohito plutôt que de côtoyer un nègre dans un atelier d’usine.

Auschwitz

C’était donc vrai, et il était là, face à la vérité. Il avait vu des êtres mourir dans le ghetto, mais il n’avait jamais rien vu de tel. Tant de corps, inertes entassés à la hâte, une colline de corps, une petite montagne – des individus, des êtres, encore tout dernièrement. C’est ici la fin, songea-t-il, la fin de toutes les calomnies, raciale ou religieuse, de toutes les railleries, de tous les ricanements dirigé contre les juifs. Chaque fois que quelqu’un entretient la croyance ou le soupçon insidieux, voire honteux, que les Juifs, en tant que peuple, sont des gens malhonnêtes et immoraux, avares, trompeurs et rusés, que ce sont tous des capitalistes, des communistes, qui sont responsables de tous les malheurs du monde, et coupable de déicide, cette croyance ou cette conviction, à peine consciente quelquefois, accélère la marche d’un train lancé sur une trajectoire qui n’a pas d’égale. C’est là que cette voie finit par s’achever, sur cette montagne de cadavres.

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

Déjà je n’avais pas été passionnée par « la liste de mes envies » , mais ce roman est une vraie déception, de celles qui me font fuir les auteurs français. Non, pourtant, ce n’est pas une de ces habituelles autofiction, mais ni le sujet ni la façon dont il est traité n’ont réussi à m’intéresser. Je résume rapidement, la mort accidentelle de sa mère fait de Martine alias « Betty » une enfant élevée par un père trop porté sur la bouteille. Elle grandira cahin-caha jusqu’à l’âge où sa mère est morte, puis son apparence se figera dans une éternelle jeunesse extérieure. Elle restera à jamais une jeune femme de trente cinq ans. Et commence alors une vie étrange qui ne lui apporte aucun bonheur mais au contraire que des problèmes : une séparation, la perte de son emploi, l’éloignement de ses amies. À travers de courts chapitres, de paragraphes encore plus courts, les années s’envolent très vite, on voit passer soixante de vie sans que rien n’accroche l’intérêt. Les personnages secondaires sont, cependant plus intéressants, on imagine bien son père estropié pendant la guerre d’Algérie et sa compagne qui se réconfortent l’un l’autre des blessures de la vie. L’amour d’André et de Betty est totalement irréaliste, il me fait penser irrésistiblement à la BD de Fabcaro : « Si l’amour c’était d’aimer », et tant pis pour les « antidivulgâcheuse », il résistera à toutes les vicissitudes de la vie.

Citations

Un paragraphe et un souvenir

Maman a commencé à porter des jupes qui découvraient ses genoux grâce à une certaine Mary Quant, en Angleterre ; puis bientôt elles révélèrent presque toutes ses cuisses. Ses jambes étaient longues, et pâles, et je priais pour plus tard avoir les mêmes 

Pour donner une idée du style

À trente ans, quarante cinq, je vivais depuis plus de deux ans dans un grand studio, rue Basse.

 J’avais perdu l’envie de cuisiner, découvert chez Picard les plats pour personnes seules, et lorsque mon fils venait déjeuner je faisais livrer ses chers sushis. 
André moi étions restés amis. Il passait de plus en plus de temps en Suède où il choisissait ses mélèzes, ses trembles, ses épicéas, et lorsqu’il revenait, il ne manquait jamais de m’appeler ou de m’inviter à dîner ; j’étais chaque fois ensorcelée par son regard triste, toi Gene Kelly, moi Françoise Dorléac, je l’aimais encore, je l’aimais toujours. 
Je rédigeais mes textes pour La Redoute en regardant des séries télé – » Dawson », mon côté fleur bleue, « Dr Quinn, femme médecin », même si elle m’agaçait terriblement, « Urgences », ah, Doug Ross, et « Twin Peaks ». Je n’envisageais ni chien ni chat de compagnie, ils auraient été capables, à quatre ans de me reprocher d’être plus jeune qu’eux. 
Je vous laisse cette chanson car, pour moi, elle me parle beaucoup mieux beaucoup du vieillissement que ce roman

 

 

 

 

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

 

J’explique mon peu d’enthousiasme pour ce roman. Du même auteur j’avais bien aimé « le réveil du cœur« . Je m’intéresse rarement aux écrivains qui racontent leur difficulté d’écrire pour finalement nous donner un roman sur le manque d’inspiration. La crise de la cinquantaine chez un homme qui a peu de raisons de se plaindre m’énerve un peu, enfin les formules toutes faites qui passent de mode très vite m’exaspèrent. Je ne peux pas trouver dans ce « Le presque » un seul aspect qui retienne mon attention. Sûrement pas la fin, (tant pis pour les anti-divulgâcheuses), car en plus ça se termine bien : la femme parfaite qui se sacrifie par amour retrouve son Marc de mari qui pourtant l’a repoussée ainsi que ses amis. Tout le monde ne lui veut que du bien, même son patron, mais lui n’est que « presque » heureux . Sans doute, on retrouve là quelques traits de notre société mais l’intrigue est trop faiblarde : il va partir dans une chambre isolée de tous pour essayer d’écrire , il rencontrera le whisky mais sera sauvé par sa merveilleuse femme est ses merveilleux amis !

Citations

Le Presque

Et puis cette vie de famille, stéréotypée jusqu’à la caricature, qui voit petit à petit s’éloigner Marion et Valentine, avec la froide ingratitude de l’entrée dans l’âge adulte, loin, très loin des gamines qui lui sautaient au cou il y a peu encore. Et pour finir, surtout, cette vie avec Chloé, vingt ans d’une union sans nuage, d’abord amants, puis amoureux, puis parents… Avec juste ce qu’il faut de sexe, à la faveur des soirs d’alcool, pour tenir sans mourir… Loin, si loin de la passion des débuts. Franchement, à quoi ça ressemble. À quoi ça ressemble, ce boulot qui l’alimente sans le nourrir, qui le paie sans l’enrichir, ses ambitions inassouvies, cet amour sans grand A. À quoi ça ressemble, cette place d’éternel numéro deux, ou de numéro trois, ou pire encore, sur le glorieux podium des projets aboutis des rêves accomplis, loin, très loin du médaillé d’or qu’il aurait aimé être… À quoi ça ressemble, tout ça, bordel ?

Le dur métier de comédienne

Avec Paula, on peut rire de n’importe quoi, sauf de tout ce qui touche à sa balbutiante carrière de comédienne. Monter sur les planches, pour elle, c’est plus qu’un rêve, c’est sa vie. Hélas, les rôles sont rares, et la vache enragée est bien la seule viande que consomme cette végétarienne convaincue. Alors, comme beaucoup, elle survit en animant des ateliers en MJC et en accumulant les animations supermarché. Ainsi des dernières fêtes de Pâques, qui l’ont ont vue déambuler en lapin au rayon chocolat d’un hyper( » Et encore, j’aurais pu être la cloche », sourit-elle amèrement).

Est-ce vrai ?

C’est compter sans l’eau qui dort… Et dont il faut toujours se méfier chez les femmes, tant elle peut se lever d’un coup en une vague énorme. C’est compter sans la propension qu’elles ont à ne jamais se contenter d’une situation bancale, pas nette, pas tranchée , là où les hommes composent souvent avec leur conscience -Marc plus que tout autre. Dans ces cas-là, pas de demi-mesure : quand elles tranchent, elles tranchent, quand elles arrachent, elles arrachent, et quand bien même l’arbre planter l’est depuis vingt ans, il entraîne tout dans sa chute : la souche, les racines et la motte de terre qui va avec, aussi considérable soit-elle. Il ne reste qu’un trou, une dent creuse de la taille d’un cratère.

 

 

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

 

Ce roman a été chaudement défendu par une partie des lectrices du Club et cela lui a valu de participer « au coup de cœur des coups de cœurs » de l’année 2017/2018.
J’avais déjà essayé de le lire, mais l’écriture m’avait immédiatement rebutée. Je ne suis pas à l’aise lorsque je sens que, de façon artificielle, l’écrivain adopte une style « poétique » . Ici , cela passe par des mots vieillis qui ne rajoutent pas grand chose au récit : Corroyage, Extrace, Hierophante, Hongroye. Et puis par un rythme de phrases très particulier. L’écrivain dit qu’il a voulu décrire le basculement d’une petite ville de province : Besançon qu’il ne nomme pas (mais il dit que c’est la ville où est né Victor Hugo), vers le monde moderne pendant les années 1970/1980. Mais ce n’est vraiment qu’une toile de fond très lointaine à une vie de famille totalement perturbée par la mort d’un jeune enfant, le petit frère du narrateur. Sa mère va continuer à le faire vivre dans son imaginaire et dans sa folie, elle lui dresse un couvert, fait son lit, achète des vêtements et des fournitures scolaires pour lui…. Le père essaiera d’oublier tout cela dans l’alcool. Mais ce drame semble très lointain car il est vu à travers les yeux d’un enfant. Je pense que la seule façon d’aimer ce livre c’est d’aimer la langue de cet auteur, langue à laquelle je n’ai pas été sensible. Les deux passages que j’ai notés vous permettront, je l’espère, de vous faire une idée par vous même.

Citations

le linge qui sèche

Marguerite-des-Oiseaux possédait des culottes semblables à des voiles. Des culottes de trois trois-mâts que l’on imaginait gréées sur son fessier et que le moindre pet gonflait comme un grand foc afin de la propulser de la cuisine aux latrines. Les culottes de grand-mère, simples esquifs, ne prenaient pas le large et ressemblaient plutôt à des taies d’oreiller munies de deux grands trous. Celles de maman étaient à peine un peu moins prudes et formaient presque un V du côté de l’entre-cuisse. Quant aux slips de Lucien : inexistants. Elle les pendait ailleurs, Fernande, avec ses culottes à elle, dans un bûcher fermé à clé, hors de la vue des cuistres. Quand on a épousé un Monsieur d’importance qui possède pardessus, brillantine et joues flasques, on exhibe pas ces choses de basse extrace aux yeux du tout-venant.

Effet de style « poétique »

 Il possédait en lui, quelque chose d’inné, de bestial, comme un cri des cavernes lorsqu’un premier orage illumina la grotte ; un cri qui se serait transmis le silex en silex, de tison en disant, de feu en feu, de foyer en foyer, de forge en forge, et qui aurait fini par échouer, ici, entre ses mains de forgeron, comme il l’était sans doute écrit de toute éternité tant il semblait évident que Jacky avait dû naître d’un ventre de fer en fusion entre deux cuisses de lave au temps des grandes fissures cambriennes tandis que les volcans projetaient dans les menus quelques myriades d’enclumes phosphorescentes.