Emprunté à la médiathèque.

4
Le chemin de Compostelle m’a entraînée vers le Brésil…. Je voulais connaître ce roman pour lequel Jean-Christophe Rufin a reçu le prix Goncourt 2001 et connaît depuis une notoriété certaine. Cet écrivain est doué pour les romans historiques, je le sais depuis « le grand Coeur » et même si je ne suis pas une grande adepte du genre, je ne boude pas mon plaisir quand c’est bien fait. Cette épopée de 600 pages nous raconte un épisode peu connu , la tentative de colonisation du Brésil par le chevalier de Villegagnon en 1555.

En quelques pages, à la fin du roman, l’auteur nous résume ce que l’on sait de cet épisode peu glorieux, il explique aussi, que les deux personnages les plus romanesques, Colombe et Just de Clamorgan, sont sortis de son imagination, l’écrivain a donc pu , à sa guise, leur donner une personnalité plus complexe que les personnages pour lesquels les sources historiques mettent quelques limites à la création littéraire .

Le style de Ruffin est un délice de simplicité et de clarté,puisque nous sommes en 1555, il maille son texte de mots anciens qu’on a plaisir à rechercher. Savez-vous ce que sont des « poils amatoires » ? j’ai souri quand j’ai compris( le texte est suffisamment explicite !). Ruffin entraîne son lecteur dans un Brésil à la nature aussi luxuriante qu’inquiétante peuplée d’Indiens au mœurs qui choquent les Européens. D’abord, ils se promènent nus et ne semblent pas avoir envie de domestiquer la nature. Et comble de l’horreur, ils sont anthropophages .

Le choc des deux civilisations ne permet pas qu’une compréhension mutuelle puisse s’installer , sauf pour Colombe mais c’est le privilège du romancier de rêver que deux civilisations aussi opposées puissent se comprendre. Les colons sont peu nombreux et mènent une vie terriblement dure, la construction d’un fort est une entreprise complètement surhumaine mais à ces rudes conditions d’installation se rajoutent les disputes religieuses qui décimeront, bien plus sûrement que tout autre danger, la malheureuse petite troupe aux ordres d’un capitaine fantasque qui va perdre peu peu toutes ses illusions. Malheureusement, il perdra la seule qui le rendait un peu sympathique , la croyance en l’homme et deviendra un enragé de la foi et donc tuera,tortura avec toute la bonne conscience que donne l’assurance d’avoir Dieu pour soi .

Au delà de la découverte du Brésil ce roman est une bonne façon de faire revivre la Renaissance avec ce curieux paradoxe que cette période a apporté l’humanisme mais, hélas, l’intolérance religieuse et annonce les guerres de religion. C’est terrible de se souvenir que les anciens persécutés, calvinistes ,luthériens deviendront à leur tour des combattants au nom de la « vraie » foi sans aucune pitié pour ceux qui ne partagent pas leurs croyances. Le débat autour de la présence du corps du Christ dans l’hostie en est un parfait exemple.

Je comprends que beaucoup de lecteurs aient aimé ce roman et dans notre monde où l’on voit des musulmans s’entre déchirer au nom de la pureté de leur foi ce livre a sa place dans notre réflexion.

Citations

le choc de l’Italie pour les Français de l’époque

Je suis arrivé en Italie a trente ans et, crois-moi, j’étais encore tout plein de la vieille tradition de notre chevalerie où l’homme est ruiné par les veilles et les prières,cousu de cicatrices et ne s’accorde aucun soin. Mon premier choc , je l’ai reçu à Florence , en voyant le David de Michel-Ange et le Baptême du Christ de Sansovino. Ainsi malgré la trahison d’Adam, l’idée de Dieu était toujours présente dans l’homme et il suffisait de la cultiver. L’homme idéalement beau, chef d’œuvre de son créateur, l’homme de bien qui excelle aux armes et aux arts, l’homme bon,calme,serein, élégant, maître de lui, pouvait devenir un idéal.

 Réflexion qui m’a étonnée

La fidélité est un sentiment qu’on contente aisément. Il suffit de le tolérer.

 Genre de discussions avec des fanatiques religieux

– les auteurs dont vous parlez , précisa tranquillement le pasteur , ne connaissait pas le Christ. Leur pensée plongée dans les ténèbres , ne peut être d’aucun secours. Il faut croire, voilà tout.

– C’est ce que disent aussi les prêtres et le pape , fit lugubrement l’amiral.

– Oui, confirma Richer avec mépris. Mais la différence, c’est qu’il sont tort.

Tuer au nom de Dieu

Les guerres de religion sont toujours une providence pour les criminels. La violence tout à coup devient sainte ; pourvu qu’ils sachent mimer la dévotion, au moins en parole, licence leur est donnée par un Dieu d’accomplir des infamies dont ils avaient longtemps rêvé.

 On en parle

Je renvoie aux critiques de Babelio car je n’ai pas lu de critiques récentes de ce livre dans mes blogs préférés.

 

 1
Voilà ! Mes coquillages parlent pour moi, ce livre est une grande déception. J ai quelques difficultés à exprimer ce que j’ai ressenti pour plusieurs raisons
 :

  •  Ce livre est un cadeau que j’ai demandé, dans le cadre de l’opération match de la rentrée littéraire organisée par Price.Minister.
  • Un cadeau, on a toujours envie que cela plaise, c’est toujours plus compliqué à évaluer, mais c’est le jeu on doit même noter ce livre .

  • Mais pourquoi donc, suis-je allée vers ce roman ? J’avais lu des critiques élogieuses du premier livre de Maria Pourchet : « Avancer » sur des blogs que je lis régulièrement . (Comme celui de Keisha). Et, souvent, j’aime ce genre de regard acide sur notre société

  • Et enfin,cette écrivaine a l’art de la formule, c’est absolument certain.

    Alors ?

Tout ce livre m’a rendu triste et très perplexe. Pourquoi mettre son talent à décrire des gens qui n’en ont aucun ? Cela se passe dans le milieu « bobo » branché parisien. Tous ses personnages n’ont comme sujet de conversation que la critique acerbe des gens qu’ils connaissent et si possible de se faire les dents sur les plus faibles qu’eux. Le départ c’est une fête d’anniversaire surprise. Ressort souvent utilisé au cinéma , avec une petite variante, l’homme ne veut pas sortir et sa compagne ne pourra pas l’extraire de son canapé face à sa télé. Les invités, sur une terrasse en plein Paris, se morfondent en les attendant, et, l’alcool aidant ils dressent des portraits peu flatteurs des uns et des autres.

On est dans un monde du paraitre et de la formule qui fait mouche. L’auteure semble promener sa caméra dans un monde qui la dégoûte quelque peu, elle prend le lecteur à partie et raconte ses personnages comme si elle les disséquait plutôt que de leur donner vie. Son lecteur, peu à peu, s’attriste et se se demande , pourquoi Maria Pourchet s’intéresse à ces gens là , et si, elle même s’ennuie à les fréquenter , elle nous amène à éprouver le même sentiment. On a envie de fuir, la vie est ailleurs, ces bobos parisiens qui peuvent en une soirée dépenser en boisson un mois d’un bon salaire, ce n’est qu’une toute petite partie de notre société, vaut-elle un roman ?

Ma réponse est : en tout cas pas celui-là !

Citations

Scène avec l’homme du cinéma (Ariel) qui embrasse et tutoie tout le monde et qui attire ceux que la notoriété fascine

Toujours à propos d’Ariel, elle songea mufle, connard, frimeur, mais le garda pour elle.

On commençait à trouver curieuses ces démonstrations répétées d’affection de quelqu’un qui n’avait a priori besoin de personne, vis à vis d’un autre qui, en plus d’être anonyme, semblait se complaire dans le service.

 Portrait de Paul-chômeur (celui qui aurait dû être le héros de la fête) vu par sa femme

Commentant les liens, pas toujours clairs, qu’elle ne pouvait s’empêcher d’établir entre l’accès de Paul à l’emploi, leur accès à la propriété et son accès à la maternité, elle avait un peu insisté sur ce travail que Paul n’avait pas su conserver . Et ensuite sur tous ceux qu’il n’avait su prendre. Elle les avait évoqués un à un , rappelé les excuses que Paul avait trouvées, innovant chaque fois pour échapper au salariat, ou simplement à la rémunération . C’était trop loin, c’était trop peu, tel employeur avait mauvaise réputation , tel autre était sous alerte financière, untel avait la poignée de main humide. Les occasions que Paul ne voyait pas arriver, les offres qu’il ne sentait pas , les gens dont il se méfait, les gens dont il était sûr qu’ils se méfiaient. Toutes les proies lâchées pour autant d’ombres, pas même des ombres, des fantasmes.

 On en parle

Un blog que je ne connaissais pas, tenu par quelqu’un qui l’a lu dans le même cadre que moi : Stendhal syndrome

9 mois ferme d’Albert Dupontel avec Sandrine Kiberlain

Bof ! je ne partage pas l’enthousiasme de certaines blogueuses. Le rire ça ne se se commande pas, la salle où j’étais souriait, sans doute, mais ne riait pas. Il y a quelques trouvailles et de très bonnes répliques en particulier quand Sandrine Kiberlain joue son rôle de juge d’instruction. On sent le vécu quand l’homme explique que « si sa femme a reçu son poing dans la figure, c’est que la figure de celle-ci, se trouvait dans le trajet de son bras et qu’il avait malencontreusement refermé son poing… »

Je n’ai absolument pas compris les scènes « gores » du médecin légiste , et beaucoup d’effets comiques m’ont semblé incroyablement téléphonés.

La vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche avec Adèle Exarchopoulos

Film intéressant mais beaucoup trop long et quelque peu ennuyeux. J’ai trouvé intéressant la peinture du groupe d’adolescentes lycéennes . Et le rapport entre Emma et Adèle : entre l’intello qui veut pousser Adèle à être ce n’est qu’elle n’est pas et Adèle qui se perd à aimer une femme qui va la repousser. La caméra est à 10 centimètres de leur visage et de leur corps , on a parfois l’impression de rentrer dans leurs narines. Les ébats amoureux sont filmés dans le détail, et elles ont de beaux corps mais c’est répétitif.

J aime bien ce qu’en dit Dasola et ses liens sont très intéressants.

 

Blue Jasmine de Woodie Allen avec Cate Blanchett

J’ai beaucoup aimé ce Woodie Allen, le rapport entre les deux sœurs est finement analysé , j’ai sans cesse pensé au Tramway Nommé Désir. La sœur qui a été très très riche vit une déchéance morale et financière. Mrale car son mari était un escroc et financière parce qu’elle n’a plus du tout d’argent. La personnalité de cette femme est abominable et hélas proche de la réalité. Sa sœur qui a toujours vécu pauvrement l’accueille généreusement mais met sans s’en rendre compte sa vie amoureuse en danger.

 

Prisoners un film de Denis Villeneuve avec Hugh Jackman

Le meilleur pour la fin, c’est un film génial ! J’avais tellement aimé INCENDIES du même réalisateur que j’y suis allée sans hésiter. Le suspens est parfois insoutenable et surtout il pose une question qui depuis me hante : peut-on torturer pour sauver la vie d’un enfant ? Ce film raconte l’enlèvement de deux fillettes et une enquête difficile pour la police. Le père d’une des enfants décide de la mener à sa façon. J ai trouvé que les pistes étaient un peu embrouillées et j’ai eu beaucoup de mal à comprendre le rôle d’un personnage : celui qui élève des serpents dans des caisses de vêtements.

Cela ne m’a pas empêchée de comprendre la trame général du film. Comme je suis une adepte des Happy-end,j’aurais aimé que la fin soit un tout petit peu explicite.

Toujours Dasola et KROL

Emprunté à la médiathèque. Car j’avais beaucoup aimé Le grand Coeur, du même auteur.

5
J’arrive un peu tard , et je pense que, beaucoup d’entre vous êtes convaincus de la qualité de ce livre. Mais trois raisons me poussent à mettre un article sur mon blog :

  1.  Il reste peut-être un marcheur ou une marcheuse qui n’a pas encore entendu parler de ce livre ou qui hésite à le lire, à moi de les convaincre !
  2. Je trouve injuste de ne pas parler d’un livre qui nous a plu (nous, les blogueurs et blogueuses), sous prétexte qu’on en dit du bien partout. Nous n’avons pas qu’une fonction de découvreur. Ça arrive, et c’est bien agréable de trouver des petits chefs-d’œuvre, qui, sans nous,seraient passés inaperçus mais j’aime aussi, quand je lis sur mes blogs favoris, qu’un livre fait l’unanimité.Avec cinq coquillages, je dis assez que j’ai adoré ce témoignage.
  3.  Enfin la dernière raison me concerne. SI je tiens ce blog c’est, entre autre, pour garder une trace de presque tous les livres que j’ai lus.

Comme l’auteur, je rêve de faire ce chemin ou un autre. La marche à pied me fait du bien et j’y puise un réconfort moral qu’aucun sport ne me peut me donner. Jean-Christophe Ruffin , décrit avec attention l’état dans lequel se trouve peu à peu le marcheur , un état de fatigue et de bien-être très particulier.

La marche permet de réfléchir , offre une vie en harmonie avec la nature et permet d’éclairer différemment les réalités du monde d’aujourd’hui. Le marcheur ne peut aller plus vite que ses pas et doit tout porter sur son dos. Il change, alors, ses priorités et ce qui était nécessaire devient très vite superflu (en particulier quand un objet pèse plus de quelques kilos). Le regard du marcheur sur les abords des villes m’a beaucoup intéressée . Si nos anciennes cités ont encore bien des charmes, les zones d’activité artisanales et commerciales qu’il faut traverser avant d’y arriver, sont uniformément tristes que l’on se rapproche de Dinan ,Vézelay ,ou d’ Aix en Provence. On oublie ces zones quand on est touriste et en voiture, on se dépêche de regarder ailleurs , mais le piéton traverse tout d’un même pas, il ne peut pas se raconter des histoires quand c’est moche, il en profite jusqu’au bout.

Le récit de cet écrivain est plein de remarques légères et drôles sur le petit peuple des « Jaquets » , ainsi appelle-ton les pèlerins de Saint Jacques. Un regard amusé sur l’inconfort des auberges destinées à recevoir ce petit monde qui ne veut surtout pas dépenser trop d’argent : le pèlerin est pauvre mais surtout radin. Les chemins sont parfois beaux à couper le souffle et ces instants de magie se suffisent à eux seuls. Il est une question à laquelle je ne répondrai pas, Pourquoi fait-on le chemin ? C’est un chapitre du livre et je ne connais toujours pas la réponse.

Je pense qu’on peut marcher partout et j’aurais tendance à croire qu’on est partout mieux que sur les chemins qui mènent à Compostelle, je signe par là que je n’ai pas encore été atteinte par le virus…

 Citations

Difficultés du marcheur

Sitôt levé, assommé par le manque de sommeil ; il me fallait marcher jusqu’à trouver un café ouvert. Le rituel du réchaud est par trop déprimant le matin et, dans ce pays pourvu de toutes les commodités, il n’y a pas vraiment de raison de vivre comme dans les espaces désert de hautes montagnes.
Le seul problème est la contradiction qui existe entre les lieux où le camping sauvage est possible et ceux où se rencontrent des cafés.

 L’égalité devant la marche

Celui ou celle pour qui la ville est impitoyable, avec sa concurrence terrible, ses modèles tyranniques qui condamnent le gros, le maigre, le vieux, le laid, le pauvre, le chômeur, découvre dans la condition de pèlerin une égalité qui laisse sa chance à chacun.

 Les régions vertes

Il faut toujours se méfier des régions vertes. Une végétation si drue, une verdure si éclatante ne peuvent avoir qu’une origine : la pluie.

 L’orgueil du pèlerin et le secret du chemin

Car il est assez trivial de dire (mais plus rare d’éprouver soi-même ) que l’extrême humilité est une des voies de l’orgueil . À mesure qu’il se diminue le pèlerin se sent plus fort et même presque invincible. La toute-puissance n’est jamais loin de la plus complète ascèse. C’est en réfléchissant à cela qu’on approche peu à peu le véritable secret du Chemin, même s’il faut du temps pour le découvrir.

 Les conduites humaine

Je connais des bistrots à Paris où ces messieurs par ailleurs autoritaires et habitués à commander viennent s’adonner à l’heure du déjeuner au plaisir masochiste de se faire rudoyer par un patron insolent et grossier. Les coups de fouet moraux qu’il leur assène pendant le repas semblent les revigorer et leur donnent une énergie nouvelle pour tourmenter à leurs propres subordonnés.

 Les bondieuseries

Il est une règle qui ne souffre pas d’exception : chaque fois qu’un projet artistique est soumis à l’arbitrage d’un grand nombre, la banalité et la laideur prévalent. La collégialité, en matière artistique, c’est l’eau tiède. On peut être certain que beaucoup de gens ont été consultés pour l’érection de la statue qui orne le Monte del Gozo car il est difficile de concevoir plus laid, plus prétentieux et plus décourageant. On pourrait considérer que c’est un chef-d’œuvre, à condition de le faire concourir dans un genre bien particulier : celui du kitsch catholique.

et voici la photo …… plus moche ce n’est pas possible ! ! ! !

 

J’aime cette formule

Pour le dire d’une formule qui n’est plaisante qu’en apparence : en partant pour Saint Jacques, je ne cherchais rien et je l’ai trouvé.

 On en parle

à sauts et à gambades (en livre lu) , le goût des livres et ….36 critiques chez Babelio

Traduit de l’anglais par Judith ERTEL£
Emprunté à Lourse

5
J’avais déjà ouvert cette BD et refermée car les dessins ne m’inspiraient pas du tout. Il a fallu l’article de Keisha et … tous les commentaires .. .et…l’ouverture de ma médiathèque pour que je force mon peu d’appétence pour les BD. 
C’est absolument génial, je vais lire la suite évidemment ! J’apprécie les BD, lorsqu’on a l’impression que le récit ne pourrait pas être raconté sous une autre forme. Les dessins qui m’avaient rebutée au premier regard , collent complètement au récit , et font vivre intensément la vie des juifs polonais pendant la guerre.

Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit donc d’Art Spiegelman, dessinateur de bandes dessinées qui fait raconter à son père Vladeck Spiederman la façon dont il a survécu à la shoa. Les deux époques, aujourd’hui et les années de guerre en Pologne, se mêlent et tissent le récit . Au présent, ce père acariâtre rend malheureux sa seconde épouse, mais il accepte de parler à son fils qui note pour sa future BD tous les souvenirs de la tragédie de ses parents juifs polonais. Le père visiblement a du mal à s’exprimer en anglais et la traduction rend bien ses difficultés d’expression et donne un charme fou au récit.

Le livre s’ouvre sur une citation d’Hitler : « Les juifs sont indubitablement une race mais ils ne sont pas humains ». Je ne sais pas si c’est pour cela que l’auteur a choisi de dessiner tous les juifs avec des figures de rats, les polonais sous les traits de cochons, et les allemands sous les traits de chat. C’est très efficace et je suis certaine que cela participe au succès de sa BD .

Je me suis demandé pourquoi cette BD me faisait autant d’effet, je pense que, le fait que je sois aussi peu attirée par le genre fait que lorsqu’une BD m’intéresse cela me surprend moi-même. Je suis aussi bluffée qu’avec une apparence de pauvreté de moyens graphiques on arrive à rendre une histoire aussi prégnante. Enfin sa façon de nous faire découvrir un père à peu près odieux et ses difficultés de rapport avec lui rend le récit terriblement humain. Ce n’est pas la vie d’un super héros paré de toutes les qualités style cinéma hollywoodien, pour être survivant il fallait d’abord de la chance, puis un sens de la débrouillardise hors du commun.

Un grand moment de découverte pour moi, et je suis d’accord avec vos commentaires lu sur le blog de Keisha oui c’est bien de la littérature.

 Citations

La façon de parler de son père

Quand j’étais jeune, tout seul je pouvais faire ces choses. Maintenant, chéri, ton aide j’ai besoin pour la gouttière.

 Rapport père fils

La barbe ! Il veut que j’aille l’aider à réparer son toit ou j’sais pas quoi . Merde, même quand j’étais petit je détestais l’aider quand il bricolait. Il adorait montrer qu’il était adroit …Et me faire sentir que moi je n’étais qu’un empoté. Il m’a rendu phobique au bricolage.

 Pudeur et tragédie

Après , quand je suis rentré à Sosnowiek on leur a envoyé des colis…

Un temps ça a été plus facile pour nous. Alors très heureux ils étaient et ils nous ont écrit comme ça les aidait

Et puis ils ont écrit que les allemands gardaient les colis.

Et puis ils ont arrêté d’écrire. C’était fini.

 On en parle

Par exemple MIMIPINSON , il y a , à ce jour,101 critiques plus une(la mienne !)chez Babelio

Roman traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson

5
Une fois n’est pas coutume je vais recopier la quatrième de couverture, je pense que cela suffira à vous donner envie de lire le roman de Bergsveinn Birgisson, cela prouve que les éditions Zulma font bien leur travail de mise en valeur d’un roman :

 « Mon neveu Marteinn est venu me chercher à la maison de retraite. Je vais passer le plus clair de l’été dans une chambre avec vue plongeante sur la ferme que vous habitiez jadis, Hallgrímur et toi. » Ainsi commence la réponse – combien tardive – de Bjarni Gíslason de Kolkustadir à sa chère Helga, la seule femme qu’il aima, aussi brièvement qu’ardemment, d’un amour impossible.

Et c’est tout un monde qui se ravive : entre son élevage de moutons, les pêches solitaires, et sa charge de contrôleur du fourrage, on découvre l’âpre existence qui fut la sienne tout au long d’un monologue saisissant de vigueur. Car Bjarni Gíslason de Kolkustadir est un homme simple, taillé dans la lave, pétri de poésie et d’attention émerveillée à la nature sauvage. Ce beau et puissant roman se lit d’une traite, tant on est troublé par l’étrange confession amoureuse d’un éleveur de brebis islandais, d’un homme qui s’est lui-même spolié de l’amour de sa vie.

Je n’ai qu’un goût modéré pour la nature mais ce livre n’existerait pas sans l’attachement à la terre que sait si bien raconter cet écrivain. Ces histoires sont totalement hors de mon quotidien , j’adore être dépaysée à ce point. L ‘histoire d’amour est très belle : on est bien avec toi Bjarni et on écoute tes histoires. J’ ai un petit faible pour le couple de vieux paysans qui ont vécu loin de tout et qui se sont aimés toute leur vie. Je ne vous raconte pas la solution qu’a imaginée le mari qui ne pouvait pas enterrer le corps de son épouse (le sol était gelé ) et qui ne voulait pas qu’elle soit laissée à l’abandon.

Mais je sais que vous n’oublierez pas l’odeur qui emplissait l’église le jour de son enterrement. Il y a dans ce roman des petites leçons de vie qui sont très agréablement distillées . Je suis moins sensible aux poèmes je les trouve un peu niais ,sans savoir si c’est voulu de la part de l’auteur où si leurs charmes ont du mal à passer en traduction.

 Citations

leçon de vie et exemple du charme du roman

Ah, je suis devenu un vieillard impossible qui prend plaisir à raviver de vieilles plaies. Mais on a tous une porte de sortie. Et nous aspirons tous à lâcher notre moi intérieur au grand air. Mon issue de secours à moi, c’est la vieille porte de la bergerie de feu mon père, celle que le soleil traverse par les fentes, en longs et fins rayons entre les planches disjointes. Si la vie est quelque part, ce doit être dans les fentes. Et ma porte à moi est désormais tellement faussée, branlante et déglinguée qu’elle ne sépare plus vraiment l’intérieur de l’extérieur. Devrais-je mettre au crédit du charpentier ce travail baclé ? Car toutes ces lézardes, ces interstices , laissent passer le soleil de la vie.

 Rudesse et avarice

Son grand-père fut longtemps célèbre pour l’amende d’une demi-couronne qu’il infligea à sa bonne pour avoir renversé le pot de chambre, gaspillant ainsi son contenu. C’est dire si, l’urine, qui servait à dessuinter la laine brute, était précieuse pour ces gens-là, et les rapports humains de peu de prix.

Et encore l’usage de l’urine

A son époque, à la campagne, le savon n’existait pas ; on lavait le linge et les vêtements à l’urine fermentée, comme de toute éternité….Dans sa jeunesse , disait-elle quand les femmes se shampouinaient à la pisse, leur chevelure longue et épaisse resplendissait.

 Reconnaissance

Et il n’y en a pas un qui m’a dit merci, alors que le foin de Tungunes, je l’ai mis en meule au moins dix-sept automne d’affilée.C’est comme ça. Celui qui en vient à mendier a le cœur qui saigne, et ces gars là ne voulaient sans-doute pas reconnaître leur dépendance.

 Proverbe campagnard

Il y a ceux qui allument le feu et ceux qui en profitent.

 Leçon de vie qui me rappelle une chanson de Brassens

Ainsi la règle m’a paru être que les gens prennent dans la vie le contre-pied de ce qu’ils prônent , quelle que soit l’image que revêt leur convicion. A croire que ceux qui parlent de maigrir sont toujours ceux qui sucrent le plus leurs crêpres et que ce sont les grosses brutes qui parlent de « précautions à prendre en présence d’une âme ». Les plus acharnés à condamner le crime sont généralement les criminels les plus endurcis ; le capitalisme qui est censé enrichir tout le monde, ne fait qu’appauvrir. Il faut s’attendre à ce que la liberté dont on parle tant à présent finisse par nous réduire tous en esclavage.

 On en parle

Lisez la réponse à la lettre à Helga du libraire de Lesneven à Bjarni je l’ai trouvée sur le site des éditions Zelma et merci à Jérome chez qui j’avais noté ce livre ainsi que chez Krol (qui a quelques réserves).

L’Ourse

Enfin ! Je l’attendais depuis des mois , vivre sans bibliothèque pour une dévoreuse de livres , c’est frustrant et cher !

Notre ancienne bibliothèque, dans une des villas de Dinard, a laissé place à un bâtiment moderne et très clair.


Je sais que certaines regretteront le charme désuet de l’ancien
 mais ça fait du bien de voir le public se presser dans un lieu qui mérite son succès.

Et surprise ! les hommes sont au rendez-vous.

Il faut dire que nous étions souvent entre femmes dans l’ancien lieu. De Bibliothèque nous sommes passés à Médiathèque, donc avec accès aux ordinateur, prêt de DVD et CD et livres lus.Et les services compétents d’une femme qui a pu m’aider à mettre mes photos sur mon blog.

Le club va reprendre et avec lui la joie des lectures partagées.

un petit clin d’oeil dans un reflet.

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J’ai lu plusieurs articles à propos du deuxième roman de Raphaël Jerusalmy : « La Confrérie des Chasseurs de livres » , et vous souligniez combien vous aviez aimé son premier roman « Sauver Mozart ». Puisque vous m’avez tentée, autant commencer par le premier !

Quel livre ! Ça fait longtemps que je n’ai pas mis 5 coquillages aussi facilement. C’est un roman étonnant et que j’ai lu d’une traite, je vais le relire avec plaisir pour le savourer. Nous lisons les lettres à son fils et le journal de Otto J Steiner, mélomane « un peu juif » qui dit de lui :

Je suis autrichien de confession phtisique . Et fier de l’être.

Il est malade,mal soigné et très malheureux d’être dans ce sanatorium au milieu de gens encore plus malades que lui . Il va mourir et a souvent envie d’avancer l’heure de sa mort. Il n’a personne à qui se confier, sauf ce journal qui pourrait bien être une source de graves problèmes. Si bien que le lecteur est le seul à savoir la vérité sur des sentiments qu’il ne peut que cacher s’il ne veut pas être immédiatement dénoncé et fusillé. C’est peut-être pour cela ,qu’il est a un aussi mauvais caractère, et puis franchement cela devait être difficile d’avoir le sourire en Allemagne en 1939 ! Il rouspète sur tout :

– le cabillaud bouilli du vendredi, et puis l’absence de cabillaud quand les temps seront encore plus durs.

– Le malade qui chantonne des airs obsédants , mais c’est de ce détail que lui viendra une idée extraordinaire !


Il rumine sa vengeance contre ce régime et tous ceux qui assassinent sa si belle musique , je ne peux, hélas ! sans dévoiler les effets du roman, vous dire comment il va s’y prendre. On est pris par ce texte du début à la fin et tout s’enchâsse de façon implacable , l’auteur nous plonge dans l’ambiance hitlérienne et dans la maladie , il le fait avec un tel talent que la lecture transporte son lecteur , par exemple le jour où Mussolini a rencontré Hitler en 1939 sur un quai de gare est grand moment de littérature.

On est bouleversé, également, quand la Gestapo descend dans le sanatorium et que l’on voit ces grands malades parfois grabataires traités comme du bétail. C’est tragique ! Et tout cela à cause du fils du concierge qui paiera de sa vie un geste d’humanité.

Mais ce livre est aussi un hommage à la musique et ravira tous les passionnés de Mozart. Il pose cette question jamais résolue comment se fait-il que les nazis pouvaient écouter cette musique sublime et aller tuer de façon abominable de pauvres ères sans défense ?

Citations

 L’importance de la musique

Je n’ai jamais aussi bien compris la musique que depuis que je n’en écoute plus . Depuis que j’en suis privée par la force des choses. Mais elle a d’autres moyens de se faire entendre . Pas besoin de gramophone. Ni de partition. Le génie musical, c’est le souffle qui traverse « la Flûte enchantée » avant même qu’elle n’émette un seul son. L ‘attente qui précède l’entente . C’est le geste, l’attitude, l’émotion. Rien à voir avec les notes.

Un peu de vocabulaire

J ai l’impression de vendre mon âme. Et de trahir Mozart. Servir de « nègre » à Hans .. « Nègre »?C’est l’expression consacrée. Négritude. Servitude.

Nous sommes tous esclaves des mots.

 La musique et les Allemands

Étrange que les Allemands soient mélomanes. La musique est éternelle approximation.

Et voici la postface, qui pose bien les problèmes de la place de la musique

 Salzbourg fut le haut lieu de la vie culturelle des nazis et le symbole du « rayonnement du Reich » .

Aucun des musiciens et chefs d’orchestre mentionnés dans le journal d’Otto ne prit jamais la défense de la liberté d’expression ni ne prêta la moindre assistance à ses collègues persécutés.

Après la guerre , tous jouirent de l’admiration sans réserve des mélomanes du monde entier.
Aujourd’hui, Salzbourg demeure l’une des capitales de la musique et de l’art. Et le « Festspiel » continue d’avoir lieu, chaque été.

 On en parle

À sauts et à gambades où j’ai pris l’idée de ce livre et lettre express

 Traduit de l’anglais par Céline LEROY

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Roman autobiographique, Jeanette Winterson raconte, dans un style percutant et souvent drôle, sa vie d’enfant adoptée, donc abandonnée et mal aimée par une mère à moitié folle. La famille Winterson se compose d’un père qui fuit tous les conflits, d’une mère qui est à la recherche d’un Dieu vengeur et qui déteste par-dessus tout le plaisir, et de cette petite Janette qui réagit par la colère aux souffrances qu’on lui impose.

Le récit n’est absolument pas larmoyant, même quand il décrit les nuits passées dehors, par la petite fille de 8 ans, assise sur les marches de la maison. Elle est sauvée par la colère qui l’habite et ensuite par les livres, ceux qu’elle lira et ceux qu’elle écrira. J ai beaucoup apprécié la peinture des milieux ouvriers de Manchester, les dures réalités de la pauvreté mais également les formes d’entraides qui existaient et qui n’existent sans doute plus. Janette, préfèrera les femmes aux hommes et sa folle dingue de mère lui fera subir un exorcisme pour ramener la brebis galeuse dans le droit chemin, le jour où elle surprendra sa fille dans les bras d’une amie.

Il y a des moments où j ai beaucoup ri, comme, lorsque adulte elle vient à Noël voir sa famille avec une amie noire , Madame Winterson en bonne missionnaire chrétienne s’efforce d’accueillir cette jeune femme à qui elle fait manger des ananas à tous les repas car elle pense que c’est la nourriture préférée des noirs… La fin du roman décrit la rencontre avec sa famille biologique. Ce n’est pas le happy-end , mais cela fera du bien à l’écrivaine narratrice d’enfin savoir qui est sa mère . Elle nous décrit une dispute avec sa mère qui critique sa mère adoptive .

Elle répond ce qui me semble très juste, que Madame Winterson était là et que si elle était un monstre, c’est son monstre à elle et qu’elle seule a le droit d’en dire du mal. Durant la quête de sa famille biologique elle traversera une dépression terrible dont elle ne sortira que grâce à l’écriture.

Beau texte, on a vraiment envie de lui dire : « Bravo » Jeanette Winterson de vous en être si bien sortie ! »

Citations

Portrait de sa mère Madame Winterson

Ma mère elle-même était une dépressive truculente ; une femme qui cachait un revolver dans le tiroir à chiffons et les balles dans une boîte de produit nettoyant Pledge. Une femme qui passait ses nuits à faire des gâteaux pour ne pas avoir à dormir dans le même lit que mon père. Une femme qui avait une descente d’organes, une thyroïde déficiente, un cœur hypertrophié, une jambe ulcéreuse jamais guérie, et deux dentiers – un mat pour tous les jours et un perlé pour les « grands jours ».

 Scène de son enfance

Chez nous, la lumière est allumée. Comme papa travaille la nuit, elle peut aller se coucher, mais elle ne dormira pas. Elle lira la Bible jusqu’au matin et quand papa sera de retour, il me fera entrer, ne dira rien, et elle non plus ne dira rien et nous ferons comme s’il était normal de laisser son enfant dehors toute la nuit, normal de ne jamais dormir avec son mari.

 Le pouvoir des mots

J’ai eu besoin des mots parce que les familles malheureuses sont des conspirations du silence. On ne pardonne jamais à celui qui brise l’omerta. Lui ou elle doit apprendre à se pardonner.

 L enfance malheureuse

Je suis contrariée qu’il y ait autant d’enfants dont on ne s’occupe jamais et qu’on empêche donc de grandir . Ils vieillissent mais ne grandissent pas. Pour ça il faut de l’amour. Si vous avez de la chance, l’amour viendra plus tard. Si vous avez de la chance, vous ne frapperez pas l’amour au visage.

 L’éducation sexuelle de ses parents

J’ai bien trouvé un livre…. Il s’agissait d’un manuel de sexualité des années 50 intitulé : « Comment combler votre mari »….

En réfléchissant aux horreurs de l’hétérosexualité, j’ai compris que cela ne servait à rien que je plaigne mes parents ; ma mère n’avait pas lu le livre – peut-être l’avait-elle ouvert une fois et l’avait-elle aussitôt écarté en mesurant l’ampleur de la tâche . Le livre n’était pas corné en parfait état, intact. Conclusion, mon père a dû faire sans, et comme je doute fort qu’ils aient jamais couché ensemble, il n’a donc pas eu besoin de passer ses nuits avec Madame Winterson, pénis dans une main et manuel dans l’autre, pendant que sa femme suivait les instructions.

 J ai souri

Madame Winterson marchait à l’obsession et tricotait pour Jésus depuis un an environ. L’arbre de Noël arborait des décorations en tricot, et le chien était harnaché dans un manteau de Noël en laine rouge constellé de flocons blancs. La crèche non plus n’avait pas échappé au tricot et tous les bergers portaient des écharpes parce que Bethléem était sur le trajet de bus qui allait à Accrington.
Quand il a ouvert la porte, mon père portait un nouveau pull et une cravate assortie. La maison avait été retricotée de fond en comble.

 La Bible revisitée

 Je supporte déjà tellement de choses, m’a-t-elle répondu en me lançant un regard lourd de sens. Je sais que la Bible nous dit de tendre l’autre joue, mais on n’a que deux joues pour toute une journée.

On en parle

chez Aifelle un des blogs que je lis régulièrement ainsi que lecturissime


Si vous ne connaissez pas Babelio, voici la phrase qu’ils m’ont demandé d’insérer, je le fais volontiers car je vais souvent sur ce site où je mets toutes mes critiques et je participe à « Masse critique » qui m’a permis cette fois de recevoir ce livre.

Babelio vous demande un petit service, c’est bien entendu facultatif, mais si vous souhaitez nous donner un coup de pouce nous vous en serions très reconnaissants. Vous serait-il possible d’insérer ce court texte dans votre billet de blog :

Que vous aimiez Jean d’Ormesson. ou Et si c’était vrai…., Nietzsche. ou La formule de Dieu., Babelio vous invite toute l’année à découvrir les meilleurs livres. en participant aux clubs de lecteurs. en allant sur Babelio.com.


Parlons du livre de Régine FRYDMAN (je ne mets pas de coquillages à propos d’un témoignage qui ne prétend pas à une valeur littéraire mais qui est indispensable pour l’humanité). Je pense que certains d’entre vous diront encore un livre sur les massacres de juifs , il y a eu tant d’autres massacres depuis. Je fais partie de ceux qui considèrent n’être jamais assez informés sur ce sujet et je crois que plus nous sommes vigilants moins nous craindrons les risques du retour de la barbarie. L’originalité de celui-ci, c’est de retracer la vie d’un homme qui a décidé de survivre et de sauver sa famille , il s’est démené comme un fou et il a réussi. Est-il plus chanceux que d’autres ? Oui, mais surtout il est animé d’une énergie peu commune.

Sa fille a rassemblé ses souvenirs et elle intervient parfois dansle récit quand un événement de son enfance rejoint le récit de son père. Elle sait que les témoins survivants sont peu nombreux et qu’elle se devait de transmettre cette mémoire. S’il a eu la chance de survivre, il a vu aussi un maximum d’horreurs , l’humiliation, les tortures, la faim le manque total d’humanité des Allemands vis à vis des juifs, vieillards , femmes enfants ils n’avaient qu’une envie les tuer et les humilier. On sait tout cela , mais ce livre apporte aussi un éclairage très cru sur l’antisémitisme polonais. Après la guerre ; son père relance un commerce qui marche assez bien , mais sous un nom catholique , car il sait que si on apprend qu’il est juif il perdra tous ses clients.

Ce livre rappelle Le Pogrom de Kielce du 4 juillet 1946 ou 42 juifs trouveront la mort. Les Polonais ont beaucoup souffert de l’occupation nazie mais ils étaient ,et ont été longtemps, des antisémites virulents. Il faut dire également, que cette famille ne doit ne sa survie qu’à quelques Polonais qui ont accepté de les aider pendant toute la guerre comme ce monsieur « X » qui a été absolument admirable.

 Citations

 En 1939, les Russes n’accueillent pas facilement les juifs polonais

 Nous partîmes avec mon beau-frère, le chariot chargé de marchandises, de cuir, de coupons de tissu et de sucre (environ 20 kilos) , denrée alors la plus recherchée avec le sel. Ma femme était enceinte de huit mois . Nou sarrivâmes à Malkinie où nous fûmes refoulés par les Russes, qui nous renvoyèrent aux Allemands.

Tristesse à l’évocation des souvenirs de la guerre

Je suis retournée à Varsovie en 1993 avac ma sœur Nathalie …. En chemin, le chauffeur nous raconte qu’il se souvient lui aussi du ghetto. Comme beaucoup d’autres habitants de Varsovie, sa mère l’emmenait devant les portes voir les hordes d’enfants affamés qui risquaient leur vie pour un morceau de pain. Fier de lui, ce chauffeur , qui avait le même âge qu’eux, avait un jour jeté un quignon de pain à un gosse du ghetto qui l’avait avalé d’un seul coup. Encore aujourd’hui il n’en revenait pas ! Oui , les Polonais ont beaucoup souffert pendant la guerre, mais au moins eux, il sont eu quelques distractions.

 En 1946 la plus jeune de leur fille a vécu la guerre dans un orphelinat catholique et elle ne sait pas encore que sa famille est juive, ils se dissimulent sous un nom catholique

 Un soir, Nathalie rentra de l’école en pleurant. On lui avait dit en se moquant qu’elle ressemblait à une Juive avec ses cheveux noirs et ses yeux noirs.