
Éditions Albin Michel, 199 pages, décembre 2025
Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard
Cette autrice écrit vraiment très bien, son style est parfait, mais j’ai rarement ressenti un tel sentiment de « ras le bol ». Pourquoi choisir un personnage aussi peu intéressant qui n’a pas réussi sa carrière d’écrivain sur lequel la vie a glissé sans laissé de traces en dehors de ses personnages de romans ? Et puis, j’apprécie vraiment assez peu les romans où on parle des difficultés d’écriture. Pourtant Sylvie Germain le fait très bien et elle sait montrer combien l’écriture relie l’écrivain au monde et en même temps le coupe de ce même monde. Mais ce personnage n’a pas, comme elle, la chance de vendre ses livres, c’est donc l’abime dans lequel elle n’est pas tombée mais où elle fait sombrer Samuel, allias Tarn son nom d’écrivain qu’elle met en scène.
Si ce roman nous permet de bien comprendre les aléas de l’écriture, la vie lui échappe totalement, elle n’est présente que comme une suite de possibilités qui peuvent être autant de situations romanesques qui vont revenir en un cauchemar halluciné à la mort du personnage.
Pourquoi ai-je commencé par mon « ras le bol ? Lorsque les auteurs créent des romans en mettant au centre des personnages sans ancrage dans la vie réelle et qui font de leur propre écriture le sujet même du récit, je trouve qu’ils « crachent dans la soupe ». Je suis certainement excessive et (un peu exprès) vulgaire pour une écrivaine dont le style est, à juste titre loué par tous les intellectuels, mais voilà, je ne serai pas aller jusqu’au bout de ma lecture si je ne devais pas en discuter au club de lecture.
Extraits.
Début.
Les signes de ponctuation de haute taille passent là-bas dans la brume, ils glissent en file indienne, ils ondulent dans le vent, parfois tremblent un peu. Certains par instants trébuchent ou s’immobilisent désorganisant la colonne qui vite se recompose autrement, la virgule se fait doubler par le point d’exclamation, et celui d’interrogation recule en fin de ligne. Ou bien ils changent d’aspect, l’un, qui était courbe se redresse, un autre qui était droit se penche en oblique avant. Il arrive que quelques-uns se mettent à courir.
La description du personnage.
Il n’a plus aucune certitude sur les autres et sur lui-même, sur la vie et encore moins sur la mort, tout ce qui existe perd son poids d’évidence et de familiarité, et ce qui n’existe pas ou qui relève de l’inconnu, de l’improbable, se leste d’une possibilité d’être ; ainsi « l’hypothèse Dieu » rivalise avec « l’hypothèse néant » et leur opposition se résout parfois en une troisième hypothèse, celle d’un Vide radieux.
Finalité de l’écriture.
Les guerres, les catastrophes, les crises en tout genre…, c’est un flux continu, mais ce chaos a fini par prendre un relief plus rude, une sonorité aigre. Transcrire cela dans un roman t’a paru au-delà de tes capacités. Car ce n’est pas tant la désaffection du milieu de l’édition et du public à ton égard qui t’a découragé de continuer à écrire, ce n’est pas non plus la seule fatigue due à ton avancée en âge, qui peut en effet être éreintante. Non, même si cela a joué ce fut secondaire. C’est le chagrin qui t’a mis à l’arrêt. Un chagrin nu, stérile, devant le gâchis du monde. Le chagrin t’a rendu impuissant. Tu n’as pas trouvé d’histoire qui fasse le poids de fictions qui « dise » cela.
