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4Merci Krol, je suis à la recherche de textes courts pour mes lectures à haute voix au Foyer Loge­ment de Dinard. Je ne lisais pas beau­coup de nouvelles, je m’y inté­resse de plus en plus et grâce aux blogs je fais de très bonnes rencontres. Ces quatre nouvelles sont, à l’image de leur auteur, Patrice Fran­ces­chi, très fortes ancrées dans les drames et les choix les plus cruels que la vie peut nous conduire à faire. J’ai une très nette préfé­rence pour la première nouvelle, mon goût pour la mer et récem­ment pour la navi­ga­tion, me permet de vivre avec angoisse et fasci­na­tion les récits de tempête. Et celle que doit affron­ter Flaherty, en décembre 1884, est un pur moment d’hor­reur et d’effroi.

Lire ces pages bien calée dans un fauteuil arrive quand même à donner un senti­ment d’in­sé­cu­rité tant les mots sonnent justes et que les images sont fortes. Ensuite, il y a le thème qui est le même dans les quatre récits : des circons­tances excep­tion­nelles amènent à faire des choix que rien n’y personne ne peut faire à votre place et qui vous marque­ront à jamais. Après le capi­taine de « la Provi­dence », on retrouve un sous-lieu­te­nant qui ne veut pas s’avouer vaincu et qui seul résis­tera à l’avan­cée alle­mande en mai 1940, puis un autre marin, Wells, qui ne veut pas voir des réfu­giés sur un bateau de fortune mourir en pleine mer sous les yeux d’un équi­page indif­fé­rent et enfin, Pierre-Joseph qui rencontre Made­leine en 1943, sur un quai d’une gare pari­sienne avant de monter dans un train avec leurs enfants pour être dépor­tés vers la mort déci­dée par des Nazis qui jouent de façon sadique une dernière fois avec leurs victimes.

Oui, tous ces choix sont terribles et inter­pellent le lecteur. Ils vont bien à la carrure d’aven­tu­rier De Patrice Fran­ce­shi qui les raconte très bien. Mais, il se passe quelque chose dans les nouvelles, c’est que, malgré soi, on compare les récits : je me suis tota­le­ment embar­quée avec Flaherty, et beau­coup moins dans les deux dernières nouvelles qui sont pour­tant parfai­te­ment racon­tées. Une seule expli­ca­tion : je m’at­ten­dais à leur contenu. Et j’ai déjà lu ces récits dans d’autres romans, ce n’est pas une critique suffi­sante, les exilés qui meurent sur les mers dans l’in­dif­fé­rence la plus totale, comme la cruauté des Nazis peuvent être mille fois trai­tés. Mais le raccourci de la nouvelle fait que le lecteur est plus exigeant, il exige quelque chose en plus que le récit des bassesses humaines qu’il a si souvent lues. Je l’ai trouvé dans « le fanal arrière qui s’éteint » et aussi dans « carre­four 54 » qui d’ailleurs traite d’un moment moins connu de notre histoire : comment ont réagi sur le terrain les soldats fran­çais en 1940 qui ne voulaient pas accep­ter la déroute de l’ar­mée mais moins dans les deux autres.

Citations

L’entente du second et du capitaine

L’es­time réci­proque que se portaient Mack­ney et Flaherty était l’une des légendes de la « Provi­dence ». Les deux hommes avaient affronté ensemble d’in­nom­brables coups durs sur tous les océans et ne s’en étaient sortis que par leurs savoirs mutuels ; cepen­dant, ils n’au­raient su donner un nom aux liens que ces épreuves avaient tissés entre eux et on ne se souve­nait pas que Flaherty ait jamais adressé le moindre compli­ment à Mack­ney, ni que celui-ci ait féli­cité un jour son capi­taine pour quoi que ce sot. En vérité, cela ne se faisait pas entre gens de cette sorte ; de toute façon, comme le disait Klavensko, ces deux là n’avaient pas besoin de mots pour se dire ce qu’ils pensaient.

Le début de l’angoisse

Ils se sentirent enva­his soudain par une inquié­tude sourde et entê­tante qu’ils n’avaient encore jamais connue ; c’était comme une bête malsaine qui venait de prendre nais­sance quelque part dans leurs corps et enflait mainte­nant tout douce­ment, se nour­ris­sant de ce qu’il y avait de meilleur en eux.

Le poids des responsabilités

Flaherty recon­nut dans ses yeux cette drôle d’es­pé­rance qui persiste dans l’ad­ver­sité tant qu’il existe un ultime recours. Et voilà, songea-t-il avec une morne pensée ; en vérité, les capi­taines ne servent à rien en temps ordi­naires … Mais quand plus rien ne va… Alors, bien sûr… Tout sur leurs épaules… Et pour eux, pas de recours… Personne au-dessus… Ah, je suis peut-être trop prétentieux.

L’ouragan

Dix heures ne s’étaient pas écou­lées que, le 24 décembre au petit matin – dans l’aube infi­ni­ment triste qui se levait sur l’océan déchaîné – , le vent, tout en restant plein sud se mit à forcir comme on ne pensait pas que ce fût possible. Il hurlait avec une telle hargne qu’il devint presque impos­sible de s’en­tendre à moins de deux mètres ; l’ai­guille de l’ané­mo­mètre se bloqua au-delà de 11 Beau­fort. Cette fois, l’ou­ra­gan était-là ‑et il écrasa litté­ra­le­ment la houle et les vagues (…) Le vent était si assour­dis­sant qu’il n’en­ten­dait rien que son siffle­ment aigu – et tous les autres sons étaient anni­hilé : il y avait de quoi terro­ri­ser les plus témé­raires. Il eut la prémo­ni­tion que la mer venait de s’emparer de toute sa personne, avec tout le mal qu’elle conte­nait et tout ce que cette « faiseuse de veuves » pouvait appor­ter de malheur- et il eut peur pour la première fois de sa vie.

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Livre lu grâce aux billets de Mior et de Galéa, je les remer­cie pour cette lecture. Bien sûr , nous avons tous et toutes, lu beau­coup de livres sur la persé­cu­tion des juifs pendant la guerre. Mais chaque cas est unique, et la grande origi­na­lité de ce témoi­gnage c’est qu’il a été écrit à chaud , pendant et juste après les événe­ments. Cela fait penser à « Suite fran­çaise » de Irène Némi­rovsky, tout en étant moins litté­raire c’est quand même très bien écrit. Fran­çoise Fren­kel a une passion : les livres et en parti­cu­lier ceux des écri­vains fran­çais. Grâce à des études litté­raires de très bon niveau, à la Sorbonne, elle ouvre une librai­rie fran­çaise à Berlin en 1921. Ce lieu devient vite, grâce à sa culture, un haut lieu de la civi­li­sa­tion fran­çaise en Alle­magne. Hélas les nazis détrui­ront ce beau rêve et malheu­reu­se­ment pour elle, son origine juive et polo­naise la met en grand danger. En 1939, elle arrive à Paris, puis se réfu­gie à Nice, en danger partout elle veut fuir en Suisse où l’at­tendent des amis. Son récit s’ar­rête lors­qu’elle pose les deux pieds dans ce pays où elle a pu survivre. Elle raconte avec préci­sion, d’abord sa joie de créer à Berlin un lieu de culture fran­çaise, puis son exil dans une France trop vite occu­pée et enfin sa fuite vers la Suisse, cela permet au lecteur de parta­ger le quoti­dien d’une femme qui cherche à s’échap­per de la nasse qui se referme inexo­ra­ble­ment sur elle et ses relations.

Elle nous montre toute la diver­sité des réac­tions des Fran­çais, ceux qui sont dans l’évi­dence de la main tendue, comme ce couple de coif­feurs, qu’on a envie d’embrasser telle­ment ils sont intel­li­gents et gentils, et puis ceux qui sont indif­fé­rents ou hostiles, une gamme de réac­tions qui sonnent telle­ment vraies. Fran­çoise Fren­kel tient à souli­gner l’at­ti­tude des Savoyards, c’est dans cette région qu’elle a senti le plus de compas­sion et le maxi­mum d’aides pour ceux qui étaient traqués par la milice ou la Gestapo. Un livre prenant donc et indis­pen­sable au moment où des hommes et des femmes sont à nouveau traqués par une idéo­lo­gie mortifère.

L’in­tro­duc­tion de Patrick Modiano est superbe, on comprend très bien pour­quoi il s’est retrouvé dans ce témoi­gnage lui qui a vécu la guerre sans la défense d’un milieu fami­lial protec­teur et qui a ressenti comme Fran­çoise Fren­kel, les valeurs humaines se déli­ter et le danger planer sur la moindre rencontre de person­na­li­tés plus ou moins bizarres. Il nous dit aussi que ce livre qui a paru en 1945 et qui a été tota­le­ment oublié ne livre pas l’in­ti­mité de l’écri­vain mais que ce n’est pas si impor­tant. Mais, je dois être une femme de notre époque, car j’ai­me­rais bien savoir, pour­quoi elle ne nous parle pas de son mari, mort à Ausch­witz, comment elle avait quand même un peu d’argent pendant la guerre, et surtout si de 1945 à 1975 elle a été heureuse à Nice. Oui j’ai­me­rais en savoir plus sur cette femme si pudique et si courageuse.

Citations

Ambiance à Nice parmi les réfugiés

Un grand nombre de réfu­giés se prépa­raient à l’émi­gra­tion. Ils comp­taient sur un parent plus ou moins proche, sur un ami, ou sur l’ami d’un ami, sur des connais­sances établies dans de loin­taines parties du monde et qui les aide­raient, pensaient-ils, à réali­ser ce projet.

Ils entre­te­naient une corres­pon­dance labo­rieuse, à mots couverts, lançaient des télé­grammes coûteux, deman­daient des affi­da­vits, des visas, rece­vaient des réponses, des contre-demandes, des ques­tion­naires, des circu­laires qui engen­draient une nouvelle vague de correspondance.

Ensuite, ils station­naient des mati­nées entières devant les consu­lats pour apprendre que tel ou tel docu­ment manquait, n’était pas conforme aux pres­crip­tions ou se trou­vait inexact. Lorsque quelques-uns sortaient avec un visa, ils étaient regar­dés comme des phéno­mènes, comme des bienheureux !

Les départs étaient peu nombreux

L’exilé et la guerre

Le fond de cette exis­tence était l’at­tente, cane­vas où un espoir toujours plus mince et une pensée de plus en plus morose brodaient ensemble des arabesques nostalgiques

L’âme humaine

Un fond de sadisme doit être caché en tout homme pour se dévoi­ler lors­qu’une occa­sion s’en présente. Il suffi­sait qu’on ait donné à ces garçons, somme toute paisibles, le pouvoir abomi­nable de chas­ser et de traquer des êtres humains sans défense pour qu’ils remplissent cette tâche avec une âpreté singu­lière et farouche qui ressem­blait à de la joie.

SONY DSCLu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard thème roman épistolaire.

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Le projet de Romain Slocombe : nous faire revivre les horreurs de la guerre à travers les lettres d’un jeune alle­mand membre du person­nel de l’am­bas­sade du Troi­sième Reich à Tokyo de 1942 à 1945. Il crée donc un Alle­mand « ordi­naire » Frie­drich Kess­ler ni trop Nazi ni résis­tant au nazisme, Frie­drich est sûr qu’Hit­ler est celui qui a redonné la fierté au peuple alle­mand et il ne voit pas que son pays court à sa perte. Il est, égale­ment, séduit par le Japon, son art, sa philo­so­phie. Il raconte ses éton­ne­ments, ses plai­sirs mais aussi ses doutes à sa sœur à travers des lettres très détaillées.

L’in­té­rêt du roman, c’est de vivre le quoti­dien des Japo­nais pendant la guerre, et de voir à quel point ce peuple suivait sans aucun recul, l’idéo­lo­gie induite par leur confiance dans leur empe­reur. On se rend compte en lisant ce roman, qu’il y avait plus de doutes sur le nazisme chez les Alle­mands que chez les Japo­nais sur leur supé­rio­rité et leur invin­ci­bi­lité. C’est vrai­ment horrible de se rendre compte de cela. Car si les bombar­de­ments sont une catas­trophe pour l’hu­ma­nité, on se demande si sans cela les Japo­nais auraient pu reve­nir à des compor­te­ments plus normaux. Les descrip­tions des bombar­de­ments sont d’une préci­sion abso­lu­ment terri­fiante, ce sont des passages diffi­ciles à lire.

J’ai préféré les petites histoires de la vie de tous les jours de ce peuple coura­geux qui relève la tête quelque soient les horreurs qu’ils subit. On sent bien que l’écri­vain aime cette civi­li­sa­tion, et a beau­coup d’es­time pour les Japo­nais (comme je le comprends), mais je pense que je n’au­rais pas eu la même estime pour les Japo­nais d’avant la guerre, ils se sont four­voyés dans un régime qui par bien des égards est pire que le nazisme car la popu­la­tion y adhé­rait plus effi­ca­ce­ment encore. Les massacres de Nankin sont une marque de honte sur cette civilisation.

Le seul reproche que je fasse à ce roman, c’est qu’à aucun moment on ne sent la réalité de la corres­pon­dance entre le frère et la sœur. L’écri­vain a choisi un arti­fice qui dessert son projet. Frie­drich Kess­ler est amené à nous racon­ter ce que lui dit sa sœur dans ses propres lettres. On a l’im­pres­sion qu’il fait les lettres et leurs réponses, cela pour nous racon­ter aussi les horreurs de Berlin sous les bombes. Bizarre !

Citations

De la difficulté de réécrire l’histoire : est-ce que les Nazis éprouvaient ce racisme anti-japonais ?

C’est une écla­tante insulte des Jaunes aux repré­sen­tants de la race aryenne, même si en l’occurrence il s’agis­sait du Reich.

Hélas ! les abris des habitants de Tokyo seront peu efficaces faces aux bombes incendiaires

Les asso­cia­tions de voisi­nage, enseignent un excellent abri dans les placards (les maisons en possèdent toutes de très grands et profonds, desti­nés à ranger la lite­rie) , capi­ton­nés à l’in­té­rieur par des mate­las. Tout cela dans des maisons de bois aux fenêtres et portes coulis­santes en papier. On peut, en effet, y attendre en toute tran­quillité les bombes incendiaires.

Anachronisme ?

Dans les grands maga­sins, le rayon d’équi­pe­ments de salles de bains ne propose plus que des bassines en matière plas­tique ou des baquets de bois.

SONY DSCLu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

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Une excel­lente surprise que la lecture de ce roman. Surprise, pour­quoi ? Car il a été couronné par le prix Fémina 2015, et que je suis de plus en plus déçue par les livres récom­pen­sés, je finis par avoir un réflexe un peu stupide de fuite. Ce roman est vrai­ment très touchant, il est écrit d’une façon origi­nale pour racon­ter une famille, en parti­cu­lier la vie des grands-parents de l’au­teur, des gens hors du commun. Mère-grand est rennaise, d’une horrible famille confite en dévo­tion, en senti­ment de supé­rio­rité et désar­genté mais qui veulent « paraître » et tenir leur rang (je me demande si je lirai, un jour, un livre où on dit du bien de Rennes, ma ville natale, que je n’ai jamais beau­coup appréciée).

La famille du grand-père rescapé des pogroms du centre de l’Europe, aura bien du mal, évidem­ment à survivre au nazisme et à la colla­bo­ra­tion fran­çaise. Le clan Boltanski a donné nais­sance à une kyrielle d’êtres remar­quables : la grand-mère écri­vaine sous le pseu­do­nyme d’An­nie Lauran, le grand-père de l’aca­dé­mie de méde­cine, un fils artiste plas­ti­cien reconnu Chris­tian, un autre linguiste qui est le père de Chris­tophe notre auteur jour­na­liste. Lui seul pouvait nous racon­ter de l’in­té­rieur ce qui faisait le quoti­dien de cette famille, marquée par « la cache » du grand-père pendant les deux dernières années de guerre. En progres­sant dans leur lieu de vie, un hôtel parti­cu­lier (dans tous les sens du terme) avenue de Grenelle à Paris, à la manière du Cluedo (la compa­rai­son est de l’au­teur) nous appro­chons de plus en plus près de ce qui est l’âme de cette famille : La Cache.

Mais avant d’y arri­ver nous passe­rons par toutes les pièces qui sont autant d’oc­ca­sions de cerner au plus près la person­na­lité de de Myriam Boltanski, née Marie-Élise Ilari-Guérin, atteinte de polio­myé­lite et qui passera sa vie à nier son handi­cap et à refu­ser la vieillesse. Femme éton­nante qui a insuf­flé à tous les siens l’éner­gie de la vie. Tout le clan est là resserré autour de celle qui fut aban­don­née par sa propre famille à l’âge de 4 ans pour des raisons de commo­di­tés finan­cières. On connaî­tra tous leurs rituels, décrits avec beau­coup d’hu­mour, les récep­tions où les invi­tés finissent par appor­ter de quoi se nour­rir, la façon de s’en­dor­mir tous dans la même chambre au pied des lits des grands parents, l’ab­sence d’hy­giène corpo­relles, l’hor­reur de la maison de Mayenne héri­tage de la marraine adop­tive, grand baraque humide sans aucun confort. On verra leur enga­ge­ment commu­niste et auprès du FLN. Sans doute la consé­quence de la guerre, j’au­rais aimé qu’on en sache plus sur ce qu’ils pensent aujourd’­hui de ces enga­ge­ments là.

Il y a une absente, la propre mère de l’au­teur qui lais­sera son fils vivre dans cet appar­te­ment plutôt qu’auprès d’elle, sans que l’on sache pour­quoi , elle ne fait sans doute pas partie du fameux clan Boltanski

Citations

L’importance des objets qui ont peuplé les souvenirs de l’auteur

Objet mythique des films italiens des années 50, la Fiat de deuxième géné­ra­tion, dite Nuova 500, faisait penser à un bocal pour pois­son rouge, à un sous marin de poche, à un ovni, et moi son passa­ger, à un Martien projeté sur une planète incon­nue. Dans son pays d’ori­gine, on l’ap­pe­lait la « bambina ». Moins flat­teur, les Fran­çais l’avait surnommé le « pot à yaourt ».

La peur transmise

Cette appré­hen­sion, ma famille me l’a trans­mise très tôt, presque à la nais­sance. Petit, j’avais la phobie du sable chaud, des vagues, des cham­pi­gnons sauvages, des herbes hautes, des arbres serrés les uns contre les autres, des ténèbres, des vieilles dames affables que je confon­dais avec des sorcières, des arai­gnées et, plus géné­ra­le­ment, de toute forme d’insecte.

Le coté juif de son père adopté par sa mère

En signe de réjouis­sance, elle sortait alors ses plus belles assiettes, celle en porce­laine bleue. Les creuses pour la soupe, les plates pour la viande. Plus qu’un festin, elle nous offrait un passé. Elle nous reliait à une histoire qui n’était pas la sienne. Elle sacri­fiait à un culte ancien dont elle avait adopté les rites. Elle accom­plis­sait un genre d’eu­cha­ris­tie. Son potage robo­ra­tif au goût acidulé et à l’odeur de chou conte­nait consub­stan­tiel­le­ment l’âme des Boltansky.

L’importance des meubles des meubles de famille et la bourgeoisie rennaise

Il subsis­tait tant bien que mal avec une maigre pension d’instituteur,entouré de quelques meubles de famille qu’elle recon­nais­sait, malgré leur réap­pa­ri­tion dans un tout autre contexte. Elle disait qu’il avait recréé sous les tropiques l’ap­par­te­ment rennais de leur enfance, tout en appa­rence et en mensonge, à la fois bour­geois et misérables.

L’hygiène

En tant qu’an­cien vice-président de l’Union inter­na­tio­nale d’hy­giène scolaire et univer­si­taire, Grand-papa avait théo­risé ce lais­ser-aller géné­ral : « Dans un monde propre, il faut être sale, répé­tait-il. Les bacté­ries nous protègent. » Ne pas se laver était, selon lui, un moyen de renfor­cer nos défenses.

SONY DSCTraduit de l’al­le­mand (Autriche) par Élisa­beth Landed.
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

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Beau­coup de charme à ce roman, et surtout une écri­ture origi­nale. Déjà repéré chez Dasola. Comment avec une certaine légè­reté trai­ter de la période la plus horrible de l’Au­triche : 1938 ? C’est éton­nant, mais Robert Seethal­ler y parvient, on y retrouve l’am­biance des valses de Vienne et des pâtis­se­ries crémeuses. Dans ce pays de cartes postales (qui jouent leur rôle dans ce récit) rien de grave ne devait arri­ver. Oui mais voilà, les Autri­chiens sont aussi des anti­sé­mites viru­lents et lors­qu’il règne­ront en maître sur Vienne, ils n’au­ront pas besoin de leur cher Führer pour faire laver les trot­toirs à de vieux juifs terro­ri­sés sous l’air gogue­nard de jeunes en uniforme nazi.

Et pendant ce temps, le jeune Frantz Huchel pour­suit son initia­tion à la vie d’homme, en ne compre­nant pas grand chose à l’amour. Mais en appre­nant beau­coup sur la façon de fabri­quer les cigares, et d’écrire dans la presse des articles qu’il faut savoir déco­der. Heureu­se­ment pour lui, il rencontre le « Docteur des Fous » et le dialogue qu’il noue avec un véri­table « Herr Profes­sor Freud » lui permet de comprendre bien des choses même si l’âme d’Anezca est bien diffi­cile à saisir. Ce roman sans conces­sion pour les Autri­chiens de l’époque nous balade dans tous les quar­tiers d’une ville qui a toujours cultivé un certain art de vivre. Du bura­liste qui a perdu sa jambe à la guerre 14 en but à la malveillance de son voisin boucher- sans doute parce qu’il sert du tabac tous les clients juifs ou pas- à l’hu­mo­riste qui tourne en déri­sion Adolf Hitler, à la famille Freud qui se terre dans son appar­te­ment, au facteur qui voit la police secrète ouvrir le cour­rier, tout ce monde se met en mouve­ment devant les yeux de Frantz et nous montre mieux qu’un repor­tage l’am­biance de Vienne en 1938.

J’ai beau­coup aimé ce retour vers le passé car, autant l’Al­le­magne cherche à faire un travail très honnête sur son passé, autant d’autres pays (France y compris), comme l’Au­triche cherchent à rendre les nazis alle­mands respon­sables de toutes les horreurs qui ont été commises sur leur sol. Dans ce bureau de tabac cent pour cent autri­chien, avec un auteur à la plume légère nous voyons bien que le grand frère n’a pas eu à faire grand chose pour pous­ser cette popu­la­tion à exter­mi­ner ou chas­ser tous les juifs et tous ceux qui n’étaient pas d’ac­cord pour voir la croix gammée flot­ter au dessus des monu­ments de leur capitale.

Citations

L’arrivée à Vienne en 1937

Le goût des autrichiens pour les titres

Dialogue avec un Freud désabusé

Dialogue sur les cigares

- Un cigare de cette qualité n’est pas parti­cu­liè­re­ment donné.
– C’est parce qu’il est récolté par des hommes coura­geux sur les rives fertiles du fleuve Juan y Marti­nez et déli­ca­te­ment roulé à la main par de belles femmes, dit Franz en hochant la tête avec sérieux.
– Encore que, en l’occurrence, je ne me m’ex­plique pas vrai­ment pour­quoi le courage est censé consti­tuer la qualité la plus éminente des culti­va­teurs cubains, lui opposa Freud.

Initiation du jeune homme naïf

Résultat de son initiation

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Traduit de l’amé­ri­cain par Josée Kamoun.

La vie dans les familles juives

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J’ai cher­ché à la média­thèque un livre noté chez Jérôme L’in­cen­die par Choplin et Minga­relli.Il n’y était pas, en revanche, j’y ai trouvé plusieurs romans de Minga­relli, dont celui-là. Il s’agit plus d’une longue nouvelle que d’un roman. Trois soldats alle­mands en Pologne préfèrent partir à la chasse aux juifs que passer leur jour­née à les fusiller. On les sent fati­gués et mal à l’aise de devoir fusiller tant de gens. Ils auraient même eu quelques senti­ments pour deux juifs qui avaient, pendant un mois laver et plier leur linge. Il partent donc dans un froid terrible et très bien rendu dans ce texte. Ils réus­si­ront à trou­ver un juif caché dans un trou en forêt, et dans une scène assez drama­tique passe­ront un certain temps dans une pauvre masure à chauf­fer une soupe qu’ils parta­ge­ront avec un Polo­nais qui déteste encore plus les juifs qu’eux. Ils donne­ront donc une partie de la soupe chaude au juif pour, semble-t-il, unique­ment ennuyer le Polonais.

J’avoue ne pas trop appré­cier ce genre de fiction : que les Alle­mands aient été fati­gués de tuer des juifs, qu’ils aient eu mauvaise conscience, et qu’ils se demandent ce que leurs enfants pense­ront d’eux, ne me semble pas très impor­tant au vu du résul­tat final. Cela me gêne aussi, qu’ils se sentent mieux que ce Polo­nais et qu’ils supportent mal sa haine des juifs. Mais, je le souligne, ce roman­cier sait créer une ambiance drama­tique à cause du froid et de la faim, ils doivent brûler tout ce qui est en bois dans cette masure pour arri­ver à faire bouillir une marmite de soupe.

Citation

Formule très évocatrice

Tout à l’heure nous avions traversé un village polo­nais, triste comme une assiette en fer qu’on n’a jamais lavée.

Le froid

On s’ar­rêta pour fumer. Autour de nous il n’y avait que des champs immenses. Le vent avait fait ondu­ler la neige, il avait construit des vagues longues et régu­lières que le froid avait figées depuis long­temps. nous regar­dions comme si nous étions au milieu d’une mère toute blanche. Au-dessus , c’était pareil, à part là-bas vers l’est, le voile à peine coloré devant le soleil.

On en parle

Tiens tiens, Aifelle avait vrai­ment beau­coup aimé en 2012.

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L’horreur d’être élevée par une mère suicidaire :

Souvent, elle raconte à Char­lotte qu’au ciel tout est plus beau.
Et ajoute:quand j’y serai, je t’en­ver­rai une lettre pour te raconter.
L’au – delà devient une obsession.
Tu ne veux pas que maman devienne un ange ?

Ce serait prodi­gieux, n’est ce pas ?
Char­lotte se tait.

La grand-mère neurasthénique

Évidem­ment, sa grand mère l’aime profondément.
Mais il y a comme une force noire dans son amour.
Comment cette femme peut-elle s’oc­cu­per d’une enfant ?
Elle, dont les deux filles se sont suicidées.

Le grand amour de Charlotte le professeur de chant et ses intéressantes théories

Il a déve­loppé des théo­ries nouvelles sur les méthodes de chant.
Il faut aller cher­cher la voix au plus profond de soi.
Comment est-il possible que les bébés puissent crier si longtemps ?
Et sans même abîmer leurs codes vocales.

On en parle

Allez sur Babe­lio vous verrez que ce roman a touché tant de lecteurs et de lectrices.

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J’ai abso­lu­ment adoré la première partie de ce roman. Un peu moins la seconde , lors­qu’on voit, en 1943 et 1944, le « Tout Paris » essayer de revivre de façon futile autour du monde du spec­tacle. Le roman commence par l’en­ter­re­ment à Saint Pierre de Chaillot de : « Prin­cesse Natalie,Marguerite, Marie, Pauline de Lusi­gnan, duchesse de Sorrente. 7mai 1908-10 février 1945 » . Le roman raconte la lente et inexo­rable destruc­tion de cette jeune femme morphi­no­mane . La première partie se passe à Cannes où la famille se trouve « coin­cée » jusqu’en 1943. Coin­cée cela veut dire que la famille a du mal à rece­voir exac­te­ment comme elle l’a toujours fait.

À la mort de sa mère la riche Améri­caine prin­cesse Elisa­beth de Lusi­gnan, Nata­lie apprend qu’elle est la fille natu­relle de Paul Mahl un riche juif ami de son père le prince de Lusi­gnan. En plus d’être une bâtarde elle est donc confron­tée au monde juif et sous la botte des nazis cela prend un tout autre sens que dans les salons du micro­cosme de l’aris­to­cra­tie pari­sienne. Nata­lie n’était pas capable de se défendre d’un milieu oppres­sant, elle était faite pour une vie de salon à la Marcel Proust, auteur qu’elle découvre et qu’elle comprend. Sa rencontre avec la morphine lui sera fatale et lui enlè­vera toutes ses forces. Quand la famille retourne à Paris , cette femme droguée est enva­hie de pulsions et de révoltes qu’elle n’ar­rive pas à assu­mer. Elle aurait voulu être plus coura­geuse et pouvoir répondre à sa petite fille en pleurs : « mais qu’est ce qu’on leur fait aux juifs , quand on les arrête ? » . Sa révolte se limi­tera à une sortie chez la prin­cesse Murat :

« Les juifs sont deve­nus des morts-vivants, tout leur est inter­dit. Ils sont plus ostra­ci­sés que des lépreux au Moyen Age ! « . 

Ambiance glaciale garan­tie, dans ce Paris mondain qui, comme Nata­lie me dégoûte quelque peu. Comme elle, et cela grâce au talent de Pauline Drey­fus , le grand écart se creuse entre les soucis des récep­tions (quelle robe ? quel plat ? quelles conver­sa­tions ?) et les familles juives qui dispa­raissent peu à peu. Comme Nata­lie, j’ai envie de les secouer tous ces Cocteau, Guitry invi­tés chez les Murat, Noaille Trémoïles et autres… et leur deman­der s’ils savent répondre à cette petite fille en pleurs : « mais qu’est ce qu’on leur fait aux juifs , quand on les arrête ? ». Comme elle, je n’au­rais peut-être pas eu le courage d’al­ler plus loin dans ma révolte que de ne plus traver­ser les Champs-Élysées inter­dits aux juifs ( tiens, je ne le savais pas !) et monter dans le dernier wagon du métro le seul auto­risé aux juifs. Il me reste à parler du style de cette auteure, son sens de la formule est abso­lu­ment admi­rable et drôle. C’est un livre qui se lit vite et qui fait du bien alors qu’il raconte une histoire bien triste et une époque abominable.

Citations

Les conventions

Pas un bal où elle ne s’affichât auprès du jeune André Mahl, au point de scan­da­li­ser les maîtresses de maison, ulcé­rées que la jeune fille préfé­rât ce jeune homme « israé­lite » à tant d’autres jeunes gens dont le sang, était lui irré­pro­chable. Nata­lie était certes la moins jolie des sœurs Lusi­gnan, mais de là à « s enjui­ver ». Tapie derrière les éven­tails, augmen­tée de points d’ex­cla­ma­tion, la répro­ba­tion se propageait.

L’argent et la « noblesse »

Un jour que la cousine de son mari d’au­tant plus à cheval sur sa généa­lo­gie qu’au­cun parti ne lui semblait à la hauteur de la sienne, lui avait lancé : « Mais au fond votre nom ne vaut rien ! » . Élisa­beth avait eu assez d’es­prit pour lui répondre « Pas au bas d’un chèque. .. »

La noblesse d’empire

Partout où l’empereur est passé, il se sent un peu chez lui . Jérôme n’a rien fait d’ex­cep­tion­nel dans sa vie, celle de ses ancêtres lui tient lieu de carte de visite.

L’art de la formule de Pauline Dreyfus

De toute façon, la duchesse douai­rière de Sorrente n’a jamais aimé les enfants, non plus que les contacts physiques qui prési­daient à leur arri­vée. Sitôt après la nais­sance d’un fils , elle s’était esti­mée quitte avec son mari et avait défi­ni­ti­ve­ment condamné la porte de sa chambre. Elle s’était réfu­giée dans la lecture et la médi­sance, deux acti­vi­tés qui accom­plie avec sérieux, auraient suffi à emplir la jour­née de n’im­porte qui.

Ce qui ne se fait pas

Les frasques d’Élisabeth sont indu­bi­ta­ble­ment à ranger dans la case « ce qui ne se fait pas ». Dans la même nomen­cla­ture, il y a le divorce, le mariage avec une demoi­selle ayant du sang juif(du sang protes­tant à la rigueur, si la jeune personne porte le nom d’une grande banque), et la bâtar­dise assu­mée. Tous ces compor­te­ments qui engendrent la pire des cala­mi­tés pouvant s’abattre sur une famille : « le scan­dale ». En puriste des monda­ni­tés, il aurait volon­tiers ajouté à cette liste le fait de manger son dessert avec une cuillère…

On en parle

Chez Clara, et Mimi­pin­son.

5
Voici le livre respon­sable du long silence de Luocine. Deux semaines sans rajou­ter un livre sur mon blog ! Sans aucune hési­ta­tion, je mets Alias Cara­calla dans mes préfé­rences. Ce n’est pour­tant pas un roman. C’est parfai­te­ment écrit, cet essai nous permet de suivre, jour après jour, les efforts de Jean Moulin pour unifier la résis­tance. C’est peu de dire que tous les coups sont permis. J’ai lu ce livre en me docu­men­tant sur l’internet pour mieux comprendre ce qui s’était passé dans ces années là. Et comme dans le site que j’indique, j’ai perdu un ami lorsque dispa­raît Jean Moulin.En fili­grane du récit on voit l’évolution de Jean Cordier, son enga­ge­ment derrière Maur­ras son évolu­tion face aux trahi­sons de sa famille poli­tique, et sa prise de conscience des ravages de l’antisémitisme. Ce passage est souvent cité,tant il est sobre et en même temps très beau.J’ai passé trois semaines intenses loin du monde présent, mais j’ai mieux compris les consé­quences sur la poli­tique de notre pays. La page est aujourd’hui tour­née mais pour comprendre l’opposition de Mitter­rand au Géné­ral de Gaulle, je pense qu’il faut lire ce livre. Il n’en parle pas : Mitter­rand n’est pas encore dans la résis­tance quand le livre s’achève mais l’opposition de de Gaulle aux partis tradi­tion­nels est très bien décrite. Les hommes des partis de la IIIe répu­blique ont dû ressen­tir tout son mépris face à leur inac­tion et à leurs divisions.J’ai été égale­ment très sensible à l’effort de mémoire que fait cet homme de 90 ans aujourd’hui pour se souve­nir exac­te­ment de ce qui s’est passé. Pendant ces trois années sans aucun doute les plus impor­tantes de sa vie. On le sent taraudé par un souci de vérité à l’heure près. À travers son regard, la résis­tance semble bien fragile et le fait d’hommes autant isolés que déter­mi­nés à combattre.

Citations

Le secret de notre zèle tient dans la promesse de notre enga­ge­ment au combat dès que nous serions prêts. Cet objec­tif nous fouette. Partout et toujours, nous sommes volon­taires pour les mêmes taches rebu­tantes ? Notre seul objec­tif, depuis notre arri­vée en Grande-Bretagne, est la vengeance.

Je suis le témoin de cette négo­cia­tion diffi­cile. Cela me permet de fran­chir une étape déci­sive dans mon évolu­tion poli­tique. Elle me révèle combien mes cama­rades et moi sommes privi­lé­giés d’être pris depuis deux ans par la France libre et à quel point la situa­tion des résis­tants métro­po­li­tains est misé­rable en compa­rai­son….. Une évidence me saute aux yeux : la gauche que j’ai tant combattu, incarne seule l’espoir de chan­ger leur condition.

J’ai envie de l’embrasser pour le remer­cier de tout : son présent, son retour, l’homme qu’il est Mais *Rex n’est pas quelqu’un que l’on embrasse. En dépit de son sourire et de sa gentillesse, son regard creuse un abîme entre nous.

En appro­chant du café, je vois venir à moi, serrés l’un contre l’autre, un vieillard accom­pa­gné d’un jeune enfant. Leur pardes­sus est orné de l’étoile jaune. … Je finis par comprendre que si cette vision mati­nale m’est telle­ment insup­por­table c’est parce qu’elle fait de moi un bour­reau : elle trahit l’humanisme, la frater­nité entre les hommes que je me vante de prati­quer dans le chris­tia­nisme. Comment ai-je pu deve­nir anti­sé­mite ? … Dans cette bras­se­rie incon­nue, j’ai l’impression de m’être à jamais débar­rassé du fardeau de mon éducation.

On en parle

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