Édition Gall­meis­ter traduit de l’amé­ri­cain par Sophie Asnalides

A obtenu un coup de cœur au club de lecture de la média­thèque de Dinard

Comment clas­ser ce roman qui a tant plu aux lectrices et au lecteur de notre club de lecture : roman social , parce qu’il décrit si bien la société d’une petite ville de l’Ar­kan­sas grou­pée autour d’un pasteur charis­ma­tique, roman poli­cier parce qu’il y a des meurtres, thril­ler parce que le suspens bien que prévi­sible est très bien mené. C’est tout cela et beau­coup plus. Parlons d’abord du contexte, le jour de Pâques la famille du pasteur Richard Weather­ford est réunie pour célé­brer le Seigneur en ce jour qui célèbre sa résur­rec­tion. Celui-ci est tour­menté car il a eu une rela­tion homo­sexuelle avec un jeune de son village, Gary Doane . Celui-ci a décidé de fuir le village et la domi­na­tion du pasteur avec de l’argent soutiré au pasteur pour ne pas dévoi­ler ces rela­tions. Tout se passe en cette jour­née de Pâques et l’on sent que l’on va vers une catas­trophe si prévi­sible. Mais le plus impor­tant n’est pas là, même si l’in­trigue est très bien menée, à aucun moment on est dans l’in­ter­pré­ta­tion des faits mais dans les faits eux-mêmes. Chaque chapitre tourne autour d’un person­nage du village et peu à peu le village appa­raît devant nos yeux et c’est vrai­ment très inté­res­sant. Le titre dit tout de l’am­biance de Stock, cette petite ville où tout le monde connaît tout le monde et se surveille avec peu de charité chré­tienne même si le pasteur est bien le person­nage tuté­laire de ce roman. On est dans l’Amé­rique profonde qui ne croit ni à le théo­rie de l’évo­lu­tion ni à la liberté de penser. Un pas de travers et vous voilà reje­ter de ce petit village qui donne envie de fuir. Mais pour cela, il faut un peu d’argent et c’est bien là le nerf de la guerre. Même si on sent bien que rien ne peut s’ar­ran­ger, je ne peux pas dire que j’avais prévu la fin. Ce roman convien­dra à toutes celles et tous ceux qui sont persua­dés que les bons senti­ments ne mènent pas le monde, même quand ils sont prêchés tous les dimanche d’une voix toni­truante. Un excellent moment de lecture que j’ai­me­rais parta­ger avec vous.

PS . Ce billet est écrit depuis long­temps, mais tout à fait par hasard il résonne avec l’actualité. On y voit, en effet, les ravages que provoquent le risque de mettre à jour une rela­tion homo­sexuelle qui révè­le­rait la part d’ombre d’un homme puissant.

Citations

La famille du pasteur

Papa, comment c’est possible qu’il y ait des gens qui pensent qu’on descend des singes ? – Je ne sais pas, mon fils. Hitler a dit que si on veut que les gens croient un mensonge, il suffit de le répé­ter sans arrêt. Les anti­clé­ri­caux ne cessent de répé­ter leur discours sur l’évo­lu­tion et les gens l’ac­cepte sans le remettre en ques­tion. Ils entendent des hommes instruits avec des diplômes impres­sion­nants qui pérorent sur les singes, des fossiles, que sais-je d’autre, ils se disent : « Bon je n’y comprends rien, mais je suppose que ça doit être vrai si ces gens intel­li­gents le croient. »

Dialogue entre la femme du pasteur et une amie

- Non, je vous ce que tu veux dire, dit Sandy. Femme de pasteur c’est un job qui occupe nuit et jour.
- Tout à fait. Et j’aime ça. Je ne me plains pas. Mais cette posi­tion est très exigeante, un peu comme celle de la femme d’un homme poli­tique. Beau­coup de gens la quali­fie­raient à peine de boulot, mais en réalité, c’est assez proche de la manière dont Ginger Rogers quali­fiait ses danses avec Fred Astair.
- « Je faisais tout ce qu’il faisait, mais à recu­lons et en talons. »

Le cœur du roman : monologue du pasteur

Ce que je ne suis pas, c’est un homo­sexuel. Cela n’existe pas, les homo­sexuels. Le concept de l’iden­tité gay est un mensonge du diable, fondée sur les idées fausses que l’ho­mo­sexua­lité est un état de l’être. Si les homo­sexuels existent, alors Dieu a dû créer les homo­sexuels, donc, non, il ne peut pas y avoir d’ho­mo­sexuels. Il n’y a que des actes homo­sexuels, et on peut choi­sir ou non de commettre ces actes. Je peux me détour­ner de mon péché.

Le dépressif

Vache­ment dépri­mant, comme idée. Soit c’était un raté et sa grange est là, à pour­rir au bord de la route, soit il avait réussi et sa grange est là, à pour­rir au bord de la route.

Édition Pocket

Jérôme aime beau­coup cet auteur et moi qui crai­gnais être rebu­tée par la langue ce n’est abso­lu­ment pas le cas, son style est adapté à son récit et fait une grande partie du charme de cet auteur que je vais conti­nuer à lire. Voici un roman très impor­tant pour toutes celles et tous ceux qui prennent des bonnes réso­lu­tions pour la nouvelle année : ça ne marche pas ! En tout cas pour Fred, ça ne marche jamais et il aurait mieux valu pour lui qu’il ne s’y « mette jamais » et qu’il reste dans son quar­tier pari­sien à soute­nir le bar d’Omar plutôt qu’al­ler en Espagne pour fuir un certain M. Zyed qui n’avait peut-être pas comme projet de l’empêcher de faire la maque­reau à Pigalle. Voilà tout est dit ou presque ! Fred est un éter­nel perdant qui nous fait rire grâce au talent de Florent Oiseau. Cet art d’être à côté de la plaque tout le temps est un bon ressort dans la litté­ra­ture . Je ne peux pas dire que c’est complè­te­ment ma tasse de thé mais, je dois l’avouer, parfois, j’ai ri malgré les outrances trop répé­ti­tives à mon goût. J’ou­bliais l’al­cool c’est aussi un person­nage impor­tant du livre, c’est sûr qu’a­près la deuxième bouteille de côte du Rhône on a les idées moins claires qu’a­près la « petite » bière du matin mais la vie devient telle­ment plus cool que cela permet à Fred de passer une après midi de plus « avec » Sophie Davant.

Citations

Moment que j’aime bien

C’est sur ce chemin du retour que j’ai croisé un pote au café, rue de Para­dis. Le pauvre vieux venait de se faire plaquer, du coup on a bu quelques canons. J’ai le soutien facile, on se confie aisé­ment à moi, je ne parle pas beau­coup. Dans les moments compli­qués, ça doit être récon­for­tant, un gars qui écoute.
Quinze ans de vie commune, qu’il rabâ­chait. Quinze putains d’an­nées, il râlait, le gars. Quinze ans, un voyage de noce aux Seychelles avec ses écono­mies à lui, des sacri­fices, pour qu’en fin de compte elle se barre avec un profes­seur d’his­toire (vaca­taire en plus)en lui repro­chant de se lais­ser sombrer.

Une vision genrée du monde (mais si drôle !)

Avec un million, je l’au­rais gardée, Séve­rine. Un alcoo­lique million­naire qui ne prend pas d’ini­tia­tives, ça lui aurait convenu. Les femmes disent toutes qu’elle se foutent de l’argent. Tu parles. Elles ne peuvent rien y faire, elles l’ont en elle. C’est une chose qu’on doit leur faire couler dans les veines, à la nais­sance. Un genre de truc irré­ver­sible, incon­trô­lable. Très souvent, cette atti­rance pour le fric est volon­tai­re­ment ignoré. Une sorte de déni s’opère. Elles ont envie de se convaincre qu’une vie bohème fait d’amour, de poils et de vin pour­rait leur conve­nir. Elles en meurent d’en­vie de cette vie là, simple, roman­tique et insou­ciante, mais le truc qui a été mis à l’in­té­rieur d’elle au sujet du fric prend le dessus chaque fois. J’ap­pelle ça, le gène confort. Le virtuose pauvre avec ces jolis mots peut bien aller se faire foutre. Terminé le petit studio sous les toits, éclairé à la bougie, avec un chat qui minaude en nous regar­dant faire l’amour. Place au DRH, au mec de la télé, aux spor­tifs de haut niveau, au trader, au chirur­gien, à l’avo­cat. Le ski à Cour­che­vel, le weekend à Cabourg. Les gonzes, elles préfèrent s’en­nuyer dans un cabrio­let qui sent le cuir que s’écla­ter en camping. Les mecs, ce serait un peu la même chose concer­nant la fidé­lité. Ils sont inca­pables de se contrô­ler. J’ap­pelle ça, le gène bite. La situa­tion est simple, les hommes ne peuvent se vouer au même sein, tandis que les femmes, elles, sont machi­na­le­ment envoû­tées par l’at­trac­tion qu’exercent des cartes de crédit sur leur culotte.

De hautes réflexions philosophiques

Si les secondes étaient des heures, on vivrait beau­coup plus vieux.

Sophie Davant

J’ai pensé très fort à Sophie Davant, au fait que c’était la femme avec laquelle j’avais vécu le plus de choses. Elle l’igno­rait sans doute.

Édition NRF Gallimard

« les convic­tions sont des enne­mis de la vérité plus dange­reux que les mensonges. » Nietzsche 

Après les » Les Funam­bules« et « Ada » voici « Scher­bius (Et Moi) » dont Keisha a déjà parlé ainsi que Noukette et Dasola et sans doute bien d’autres car Antoine Bello a un large public. Je fais partie des lectrices qui adorent qu’on lui raconte des histoires. Antoine Bello ce n’est pas une histoire qu’il nous raconte mais dix, cent, mille… à travers un dialogue entre un psychiatre berné et séduit Maxime Le Verrier par un patient (ou son double ?) Alexandre Scher­bius . Comme souvent chez cet auteur c’est à la fois drôle et un peu inquié­tant. Cet escroc génial aux multiples person­na­li­tés est-il si loin de la réalité ? Il y a aussi chez Antoine Bello un fil conduc­teur, vous vous souve­nez dans Ada , il ciblait les nouvelles tech­no­lo­gies, l’intelligence arti­fi­cielle et l’en­ri­chis­se­ment sans lien avec la produc­tion des firmes de la Sili­con Valley. Ici, ce qui est ciblé, ce sont les diffé­rentes façon d’abor­der la mala­die mentale en parti­cu­lier par les psychiatres améri­cains qui semblent plus soucieux de leur succès person­nel que des soins appor­tés à leurs malades. Les succès en librai­rie se multi­plient et les séries télé­vi­sées aussi sur des révé­la­tions de mala­dies mentales dont le moins que l’on puisse dire est qu’il leur faudrait plus de discré­tion et de prudence de la part des soignants quant à leur réalité. Ainsi, Antoine Bello nous parle de Sybil ou de Billy Milli­gan, malades qui ont lancé « la mode » du trouble : « person­na­lité multiple » et qui sont à l’ori­gine de best-sellers incroyables, enri­chis­sant de façon astro­no­mique les écri­vains, psychiatres ou non, qui se sont empa­rés de leurs histoires. Il s’agit bien de cela ici, puisque Maxime Le Verrier devient riche et célèbre grâce à son livre sur Scher­bius atteint du syndrome de « person­na­lité multiple ». Puis les années passant, Maxime Le Verrier évolue dans sa connais­sance de ce symp­tôme pour peu à peu ne faire plus qu’un avec son patient. Au fil des pages Antoine Bello nous aura raconté des dizaines d’escroqueries, d’usur­pa­tion d’identités et pas une seconde on ne s’en­nuie. Le seul léger reproche que je fasse à cette lecture, c’est d’être un peu submer­gée par les réfé­rences aussi bien dans le noms des person­nages que pour les histoires elles-mêmes. Tous nos écri­vains sont convo­qués dans ce roman, on s’at­tend toujours à ce que la clé de l’his­toire que raconte Scher­bius soit donnée un peu plus tard. Cela empêche une certaine spon­ta­néité dans la lecture. Mais ne rete­nez pas cette critique si vous voulez être embar­qué dans une histoire qui comme les poupées russes en contient toujours une autre et toujours plus passion­nantes, si vous voulez sourire et quit­ter un peu le quoti­dien partez dans cette lecture, cela m’éton­ne­rait fort que vous la lâchiez en cours de route .

Citations

Discipline des moines (Sherbius a été moine pendant deux ans)

Il faut du courage pour quit­ter son lit au milieu de la nuit dans la froi­dure de l’hi­ver, prier une heure, se recou­cher et remettre ça avant le chant du coq. Il en faut bien davan­tage pour recom­men­cer le lende­main, et le jour d’après, en sachant que ce rythme date du VIe siècle et sera encore en vigueur long­temps après notre mort.

Services rendus à l’armée par un imposteur

Durant les six mois qui suivent, il va visi­ter les cent dix sept lycées de Lorraine, en peau­fi­nant constam­ment son modus operandi. Il programme ses passages du jour au lende­main pour limi­ter les risques, ne laisse ni carte ni numéro de télé­phone, entre­tient volon­tai­re­ment la confu­sion sur son titre, l’ins­ti­tu­tion dont il dépend où sa caserne de ratta­che­ment. Sûr de sa capa­cité de mobi­li­sa­tion, il demande une grande salle, si possible « un amphi­théâtre ». Les profes­seurs d’édu­ca­tion civique qui viennent parfois l’écou­ter le féli­cite chau­de­ment après ses pres­ta­tions. Bien qu’ayant conscience d’en­freindre la loi, il dit agir par patrio­tisme. « J’ai adressé à l’ar­mée fran­çaise assez de recrues pour consti­tuer un régi­ment. Quant à savoir si l’ar­mée s’est montrée à la hauteur de mes promesses, c’est une autre histoire. »

Professeur de Philo

À un jeune trop sûr de son fait, il rappelle l’apho­risme de Nietzsche » « les convic­tions sont des enne­mis de la vérité plus dange­reux que les mensonges. »

Règlement de compte

Après avoir long­temps vanté les mérites de l’hyp­nose, Freud s’en détourna en 1895 au motif qu’en ne confron­tant pas le patient à ses blocages, elle ne « lui impose qu’un effort insi­gni­fiant ». Recon­nais­sons à M. Freud une certaine cohé­rence puisque les grands prêtes de la reli­gion qu’il fonda réus­sissent simul­ta­né­ment à marty­ri­ser et appau­vrir leurs fidèles, sans jamais les soula­ger de leurs maux. Janet trom­pait peut-être ses patients, Freud, lui, se trom­pait tout court.

Clin d’œil au lecteur

Que Sher­bius présente plusieurs symp­tômes décrits ci-dessus n’aura pas échappé à mes lecteurs avertis

(note bas de page :

En existe-t-il une autre sorte ?)

La maladie mentale

Hacking avance une autre expli­ca­tion, qui ne surpren­dra pas mes lecteurs. Comme je le disais dès 1983, nommer une mala­die est la plus sûre façon de la faire appa­raître. Autour de 1975, dans l’hé­mi­sphère occi­den­tal, il est devenu possible ‑au sens de tolé­rer, accep­table – d’abri­ter des person­na­li­tés multiples, c’était un nouveau trouble mental, aussi respec­table que l’au­tisme ou l’ago­ra­pho­bie. Psychiatres et patients l’ont progres­si­ve­ment inté­gré dans le spectre des diag­nos­tics. À l’heure où l’ano­rexie commen­çait à montrer des signes d’es­souf­fle­ment, mes confrères Améri­cains ont calculé, avec leur oppor­tu­nisme coutu­mier, qu’une cure d’uni­fi­ca­tion de person­na­lité bien menée (c’est-à-dire pas trop vite) pouvait rappor­ter des milliers de dollars. Le TPM est devenu le produit de l’an­née, puis de la décennie.
Cela tendrait à prou­ver que, si certaines mala­dies se trans­mettre par le sang ou la salive, d’autres se propagent par la parole.

Je ne sais pas, si un jour, je compren­drai pour­quoi les Améri­cains ont besoin d’écrire des énormes pavés et pour­quoi les Euro­péens se contentent de livres très courts sur des sujets tout aussi graves et impor­tants. Stépha­nie Hochet s’empare de la vie d’un Kami­kaze japo­nais. Un de ceux qui ont choisi le suicide comme mode de combat. Elle raconte très bien l’en­doc­tri­ne­ment de cette jeunesse japo­naise qui pensait servir la plus noble des causes : celle qui permet­trait aux valeurs du Grand Japon de domi­ner toute l’Asie au nom de l’Em­pe­reur repré­sen­tant de Dieu sur terre. Nous revi­vons l’en­fance et la forma­tion mili­taire d’Isao Kaneda, beau­coup de choses sont dites en peu de pages : son éduca­tion par une grand-mère issue d’une famille de Samou­raïs et qui place l’hon­neur du Japon au-dessus de toutes les autres valeurs. Puis l’exal­ta­tion mili­taire et l’embrigadement dans le corps des Kami­kazes . C’est très bien raconté mais je pense, comme souvent, quand un auteur non autoch­tone s’empare d’un phéno­mène qui nous est telle­ment étran­ger, que rien ne vaut un témoi­gnage même romancé écrit par un écri­vain du pays concerné. Dans la troi­sième partie , le kami­kaze atter­rit bien malgré lui dans une petit île coupée du monde. Cela nous vaut une réflexion sur ce que veut dire la civi­li­sa­tion, la version idyl­lique de la vie sur cette île para­di­siaque est brus­que­ment inter­rom­pue par un procédé très barbare de mise à mort pour des voleurs de nourriture.

Un roman agréable à lire et qui décrit bien l’état dans lequel devait être les Japo­nais qui accep­taient le sacri­fice suprême pour défendre les valeurs de leur pays. Je trouve que, par rapport à notre époque où des gens sont prêts à tuer et se faire tuer pour défendre leur concep­tion de la reli­gion qu’ils veulent impo­ser au monde entier, réflé­chir sur ce sujet est intéressant.

Citations

Début du roman

Je noue le « hachi­maki » au couleur de notre Japon éter­nel autour de mon casque. J’ai effec­tué ce geste avec lenteur et solen­nité, sans pensées sans émotions. Le froid dans mes veines, le temps s’est arrêté, je suis une fleur de ceri­sier pous­sée par le vent.
Ai-je le choix ? Ai-je eu le choix il y a un mois, quand nous avons été réunis par les offi­ciers au petit matin sur la base aéro­nau­tique ? Le soleil se levait, rond et rouge, l’image du drapeau impé­rial. Ils ont annoncé que notre esca­drille se portait volon­taire pour deve­nir des « Kiku­sui », des « chry­san­thèmes flot­tants ». C’est le nom poétique donné au sacri­fice d’un avion et de son pilote sur un navire ennemi. Pour être plus exact, ils nous ont demandé sans nous deman­der : « Ceux d’entre vous qui ne veulent pas donner leur vie pour notre grand empire nippon n’y seront pas forcés, qu’ils lèvent la main, ceux qui ne se sentent pas capables d’ac­cep­ter cet honneur. Qu’ils lèvent la main maintenant ! »
Nous étions prêts. Personne n’au­rait osé refu­ser la mission, aucun soldat japo­nais n’ar­ri­vera jamais à cette igno­mi­nie. Être volon­taire est le devoir du combat­tant. Il n’est pas en son pouvoir d’agir autre­ment. Et nous n’avions qu’une envie, être à la hauteur. Celui qui aurait levé la main aurait été vu comme un traître. En réalité, mes cama­rades et moi étions téta­ni­sée. À vingt et un ans, j’ai l’hon­neur d’ac­cep­ter de mourir pour l’empire du Grand Japon. Je dissi­mule le vertige qui me saisit.

La philosophie de sa grand mère qui l’a élevé

Grand-mère cite le « bushido » comme la source de l’es­prit de l’ar­mée. Se compor­ter avec courage, droi­ture, bien­veillance et poli­tesse était le credo du samou­raï. Ce combat­tant devait aussi mépri­ser la mort et choi­sir de se tuer dans certaines circons­tances. Envi­sa­geant sa fin avec déta­che­ment, le guer­rier devais choi­sir soigneu­se­ment le moment où ils allaient procé­der au « seppuku », agir comme s’il n’était déjà plus de ce monde. Elle citait un « bushi » célèbre : « La recti­tude est le pouvoir de prendre une réso­lu­tion selon une certaine ligne de conduite conforme à la raison, sans hési­ta­tion – mourir quand il est bon de mourir, frap­per quand il est bon de frapper. »

Phrase scandée en chœur par toute la classe

Monsieur le profes­seur, nous compre­nons le rôle primor­dial de l’empire du Grand Japon dans la libé­ra­tion des pays d’Asie de l’Est. Notre mission consis­tera à rendre aux peuples asia­tiques l’hu­ma­nité que l’Oc­ci­dent a flétrie, nous les libé­re­rons du poids de l’ex­ploi­ta­tion colo­niale. Un jour, grâce à l’ar­mée japo­naise, les peuples vivront en paix, dans la concorde et le respect de leurs traditions.

Chacun ses doudoux ! quand je trouve que le monde va mal et qu’un fond de tris­tesse m’en­va­hit, je cours chez Sauveur Saint-Yves et pour moins de quarante cinq euros et un peu plus d’une heure de consul­ta­tion, ce théra­peute me redonne confiance dans l’hu­main. Je sais que cette série d’adresse aux adoles­cents ce que je ne suis plus depuis si long­temps et que j’ai déjà fait deux billets à propos de cette série (sur le « un » et le « deux ») . Mais la période est fran­che­ment pas foli­chonne et donc je régresse avec une joie non dissi­mu­lée. D’au­tant plus faci­le­ment que Noukette et Jérôme se sont ligués pour avoir trouvé chez cette auteure leur dose de récon­fort. Ils parlaient de la saison 6 mais peu importe, on y trouve toujours de quoi sourire et s’at­ta­cher aux person­nages. J’au­rais peut être dû ache­ter la six , car j’ai été un tout petit peu déçue. Le premier et le deuxième tome m’avaient complè­te­ment séduite, là, je suis un peu restée en dehors des récits et même des person­nages que je connais trop bien main­te­nant. Ce n’est qu’une légère critique pour un ado cela sera parfait mais pour la grand mère d’un ado, il lui en faut sans doute un peu plus pour soule­ver le moro­sité ambiante.

Citations

Un bon sourire au début

Donc, made­moi­selle Louane, qui vivait alors à Austin, Texas, avait consulté un théra­peute réputé qui déter­mi­nait en quelques séances quel était votre animal de soutien émotion­nel, celui qui vous aide­rait à traver­ser les inévi­tables épreuves de la vie. Dans le cas de Louane c’était le hamster, ce qui était sans doute préfé­rable à l’hippopotame.

La vie

On choi­sit sans savoir, Gabin. Qu’est-ce que je savais de la psycho­lo­gie avant de commen­cer mes études ? Trois fois rien. Qu’est-ce que je savais de ce que serait ma vie de psycho­logue ? Abso­lu­ment rien. Et la femme que j’ai épou­sée ? Je ne la connais­sais pas. Et le mariage, c’est quoi avant que tu sois marié ? Tu ne sais pas. En fait, tu embarques sur un bateau et après tu t’ar­ranges avec la vague et le vent. Quand tu arrives au port, tu t’aper­çois que c’est le voyage qui t’a fait ce que tu es, c’est pas si mal.

Encore un bon sourire

- Je vais m’en­ga­ger dans la marine. 
Rien ne permet­tait de savoir si Gabin était sérieux ou s’ils déconnait.
- Tu es déjà allé sur un bateau ? Ques­tionna à son tour Lazare. 
- J’ai fait un stage de planche à voile quand j’avais 11 ans. 
- Ça n’a rien à voir, gloussa Alice.
- Le mono m’avait dit que j’avais le pied marin, répli­qua Gabin. On ne m’a jamais fait d’autres compli­ments depuis. Il conclut très fermement : 
- Je pense que c’est une vocation.

Édition la Table Ronde

Après « les Forêts de Ravel » , « Deux Remords de Claude Monet », « Le Bon Coeur » voici donc la suite du procès de Jeanne d’Arc : la victoire de Charles VII sur les Anglais et la révi­sion du procès de Jeanne d’Arc. Encore une fois, cet auteur a su m’in­té­res­ser à une période que je connais mal. L’angle qu’il a choisi est passion­nant, le roi va de victoire en victoire et recon­quiert son royaume. Il met fin à la guerre de cent ans. C’est un roi négo­cia­teur et au lieu de pour­chas­ser tous ceux qui l’ont trahi en s’al­liant aux Bour­bons ou aux Anglais, il les accueille dans le royaume de France. les popu­la­tions vont donc se rallier plus faci­le­ment au roi de France. Mais il reste une tâche sur son « CV », il a été couronné à Reims grâce à Jeanne d’Arc. Comment lui le roi si pieux, pouvait-il devoir son couron­ne­ment une femme jugée par l’église pour héré­sie ? C’est pour cette raison qu’il pous­sera à la révi­sion de son procès pour démon­trer que celui-ci n’avait été instruit que pour plaire aux Anglais. Soit, mais les poten­tats de l’église sont encore en place, ils sont même encore plus impor­tants et le roi ne veut pas d’épu­ra­tion … Peu importe, ils se tairont et Jeanne d’Arc pourra être lavée de tout soup­çon d’hé­ré­sie. Inté­res­sant comme l’est aussi le travail du peintre du peintre Jean Fouquet à qui l’on doit ce portrait du roi et de sa maîtresse :

Voyez vous dans ce portrait « un petit homme dans un grand roi » ?

Un livre fort inté­res­sant, même si, à mon goût, on est trop dans les histoires des puis­sants et pas assez avec la popu­la­tion qui souffrent tant pendant ces conflits armés. On peut espé­rer qu’a­près cette guerre qui n’en finis­sait pas la France connaî­tra une période de pros­pé­rité. Avant d’autres guerres, des croi­sades et des guerres de religion.…

Citations

L’importance d’être pucelle

Trois jours avant, mercredi 9 mai, deux bour­reaux avaient présenté à l’ac­cusé les instru­ments de torture, la roue, les chaînes, les pinces, dans une salle basse du donjon du château. En la terro­ri­sant, on voulait lui faire avouer ce qu’elle taisait obsti­né­ment, les révé­la­tions reçues à Domrémy. Elle avait tenu bon, ce qui avait beau­coup impres­sionné les assis­tants. Plus tard, après réflexion et hors sa présence, avait été débat­tue et mise aux voies l’op­por­tu­nité de la soumettre effec­ti­ve­ment à la torture. C’était assez rare, surtout pour une femme, pucelle par surcroît.

Il y avait donc une flèche sur la cathédrale de Paris en 1429

Jeanne avait eu la cuisse trans­percé d’un trait d’ar­ba­lète dans l’as­saut raté du 8 septembre 1429. L’ar­ba­lé­trier était un soldat de Jean Villiers de l’Isle-Adam, capi­taine bour­gui­gnon réputé pour sa propen­sion aux tueries, viols et rapines. Il trot­tait main­te­nant à ses côtés. Après un service funèbre à la mémoire de son père dans l’église Saint-Martin des Champs, Charles VII avait solen­nel­le­ment répété le serment des rois de France au retour du sacre, sous la flèche de la cathé­drale Notre-Dame bondée.

Les armées royales rentrent dans Rouen

Sur tous s’éten­dait la géné­reuse amnis­tie royale. On le croyait. Son armée était précé­dée d’une répu­ta­tion favo­rable. Depuis qu’elle avait été réor­ga­ni­sée en force perma­nente, régu­liè­re­ment rému­né­rée, sa tenue faisait contraste avec les mauvaises habi­tudes des Anglais. Les mangeurs de viande bouillie conti­nuaient d’être rétri­bués par le pillage. Disci­pli­nés au combat, ils se compor­taient en soudards le reste du temps. Par précau­tion, Dunois avait quand même laissé le gros de l’ar­mée hors les murs. Les éléments qui défi­laient avait été choisi pour leur mérite, une grande partie était les Écos­sais, les préféré du roi. Il y avait aussi des merce­naires italiens. Des hommes d’armes fermaient la marche derrière la bannière royale où, sur fond de satin cramoisi, on voyait Saint-Michel, le soleil et les étoiles. Tous, gens et bêtes, marchaient vers la cathédrale.

Agnes Sorel

Il avait quitté sa maîtresse enceinte ; elle devait être main­te­nant dans le septième mois de sa gros­sesse. C’était folie d’avoir entre­pris ce long voyage dans cet état et en plein hiver, si humide et quin­teux en Norman­die. Il était malgré tout heureux de la revoir. Il avait regretté quelle ne fût pas à ses côtés dans Rouen. Elle était sa maîtresse depuis sept ans, pour­tant son charme conti­nuait d’agir. Elle lui manquait. La liai­son avait commencé à Toulouse, en février 1443, après qu’il avait remar­qué cette blonde de dix neuf ans à l’ex­tra­or­di­naire beauté parmi les suivantes d’Isa­belle de Lorraine, épouse de René II, duc d’An­jou. Elle avait main­te­nant trois enfants de lui, ce serait le quatrième . Dès qu’elle fut rassu­rée de ses senti­ments, elle l’en­cou­ra­gea à pour­suivre la recon­quête. En riant, elle mena­çait de se refu­ser à lui s’il réser­vait sa vaillance à leur couche.

Le tableau d Agnès Sorel

Le génie de l’ar­tiste n’était pas sures­timé. La ressem­blance était parfaite. Sa blon­deur, l’éblouis­sante pureté de sa peau blanche, le brillant de ses yeux bleus, ses lèvres déli­ca­te­ment renflées au dessin parfait, jusqu’à la palpi­ta­tion de l’air autour d’elle étaient admi­rables. Il n’avait jamais vu une aussi belle pein­ture. Il aurait presque regretté de ne pouvoir l’ex­po­ser à l’ad­mi­ra­tion géné­rale. Mais si d’aven­ture il en avait eu l’in­ten­tion, ce qu’il voyait l’au­rait inter­dit. Jean Fouquet avait repré­senté Agnès le corsage délacé, le sein gauche entiè­re­ment dégagé.

Les façons de résoudre les conflits épargnent souvent les puissants

L’ab­sence de coopé­ra­tion du haut clergé de Rouen ne le surprit aucu­ne­ment. Pour contraindre ses respon­sables à livrer leur témoi­gnage il eût fallu une inter­ven­tion directe et person­nelle du roi lui-même auprès d’eux. Ces premières infor­ma­tions, bien qu’i­na­bou­ties, révé­laient suffi­sam­ment la forte impli­ca­tion de l’Uni­ver­sité de Paris dans la condam­na­tion de la Pucelle. Elle indi­quait aussi que beau­coup de ses respon­sables étaient toujours en acti­vité et occu­paient les fonc­tions élevées dans la hiérar­chie de l’église. La mort de Cauchon masquait une réalité de l’ac­cé­lé­ra­tion subite des temps dissi­mu­lait ; beau­coup d’hommes clés du procès étaient encore vivants et déci­dés à défendre leur posi­tion actuelle en même temps que leurs actions passées.

Le mont saint Michel

Son frère, Louis, avec une centaine d’hommes d’armes, quelques archers et les molosses qui montaient la garde aux créneaux, avait vaillam­ment défendu le Mont-Saint-Michel contre les Anglais pendant dix huit années. Jamais, grâce à ce capi­taine normand intrai­table et à quelques autres, la prière du sublime rocher ne s’était élevée vers Dieu dans une autre langue que le latin ou le français

Petitesse de Charles VII

Charles VII n’était pas venu à Rouen pour assis­ter à la procla­ma­tion de l’ar­rêt annu­lant la condam­na­tion de Jeanne, fille de Jacques d’Arc et d’Isa­belle Rommée , par l’ar­che­vêque de Reims, dans le palais archi­épis­co­pal, le matin du 7 juillet 1456. Quel geste pour l’his­toire s’il avait écouté ce qu’on lui conseillait. Jusqu’au bout, il fut un petit homme dans un grand roi.

Édition Robert Laffont

Si, comme moi, vous avez gardé, grâce à vos cours sur l’an­ti­quité grecque, une image assez posi­tive de cette période de l’his­toire, avec, peut-être une petite préfé­rence pour Spartes qui semblait plus guer­rière et plus héroïque qu’A­thènes, lisez vite ce roman , cela vous redon­nera des idées un peu moins roman­tiques de la réalité spar­tiate . Bien sûr, vous vous souve­nez de cet enfant spar­tiate qui avait préféré se faire dévo­rer les entrailles par un petit renar­deau plutôt que d’avouer qu’il le cachait sous sa tunique. Mais si c’est votre seul souve­nir, je vous promets quelques décou­vertes bien au-delà de cette anec­dote. Si les Spar­tiates étaient invin­cibles, ils le doivent à des pratiques très parti­cu­lières. Dès la nais­sance, à la moindre « tare », on élimi­nait les bébés, mais cela ne suffi­sait pas, vers deux ans on présen­tait l’en­fant à un conseil de sages qui jetait dans un préci­pice tout enfant un peu bossu, ou ayant des jambes tordues ou qui semblait ne pas bien voir, ne pas entendre correc­te­ment, ou défi­cient intel­lec­tuel­le­ment … À contra­rio, tous les ans on prati­quait la nuit de la Cryp­tie, c’est à dire que durant une nuit entière les citoyens de Spartes avaient le droit de tuer tous les Hilotes (c’est à dire leurs esclaves) qu’ils voulaient . Si j’ai dit « à contra­rio » c’est que cette fois les Spar­tiates choi­sis­saient de préfé­rence les hilotes les plus coura­geux et les plus intel­li­gents de façon à tenir en respect une popu­la­tion beau­coup, beau­coup plus nombreuse qu’eux. Jean-Fran­çois Kervéan sait nous faire revivre ces meurtres avec force détails, j’ai rapi­de­ment été submer­gée par une impres­sion de dégoût . Comment cette anti­quité grecque qui était pour moi un bon souve­nir a pu géné­rer autant d’hor­reurs ? La partie consa­crée à la forma­tion du jeune Spar­tiate (Agogée) est de loin ce qui m’a le plus inté­res­sée, car pour ceux qui ont survécu à la nais­sance puis à la présen­ta­tion, il reste une épreuve , celle de « L’Er­rance ». Avant de deve­nir adulte un jeune doit rester une année entière à survivre dans la nature sans l’aide de quiconque. Il doit chas­ser et se nour­rir de ce que la nature peut lui offrir à moins qu’il soit lui-même la proie de préda­teurs plus forts que lui. Ensuite, il sera citoyen de Spartes et fera partie de l’ar­mée invin­cible. L’or­ga­ni­sa­tion de la vie de la cité est aussi origi­nale et plus sympa­thique. Tous les Spar­tiates sont égaux et ont tous les mêmes droits. Bien sûr, il y a les esclaves pris dans les popu­la­tions vain­cues et asser­vies mais sinon l’éga­lité est parfaite. Il y a deux corps de diri­geants les « gérontes » des hommes âgés qui reste­ront jusqu’à leur mort dans une fonc­tion de conseil et cinq « éphores » élu pour un an au sein de l’as­sem­blée. Tous les Spar­tiates peuvent appar­te­nir à l’as­sem­blée et y prendre la parole. Le roi n’a pas plus d’im­por­tance qu’un autre citoyen. Le roman se situe lors des guerres Médiques contre le roi de Perse, Xerxès 1°. La descrip­tion de l’op­po­si­tion entre les deux civi­li­sa­tions et de la guerre m’a moins passion­née. Et puis, il est grand temps que je parle du style de cet auteur. Je ne comprends pas toujours le pour­quoi de ses formules. Je sens bien qu’il a voulu désa­cra­li­ser une certaine repré­sen­ta­tions de l’an­ti­quité grecque mais parfois, je ne le suis pas dans ses descrip­tions de héros presque toujours ivres ou drogués qui pètent et « s’en­culent » à qui mieux mieux . Cette réserve ne m’a empê­chée d’ap­pré­cier toutes les réflexions qui sous-tendent ce projet de livre :

  • Pour­quoi fina­le­ment c’est la royauté qui a perduré pendant deux millé­naires et pas la démocratie,
  • Pour­quoi toutes les tyran­nies ont-elles adulé Spartes ?
  • Est ce que ce système pouvait durer ?
  • Pour­quoi les senti­ments ne sont pas compa­tibles dans un tel système.

Mes réserves viennent du style de l’au­teur mais je suis ravie d’avoir lu ce roman car j’ai vrai­ment beau­coup appris sur cette période et surtout corrigé beau­coup d’idées fausses .

Citations

Les Spartiates

Cet hiver-là fut dur, mais les Spar­tiates ne craignent pas le froid, la fin, le deuil ‑ce peuple n’a peur de rien. Chez eux, lorsque le vent cingle depuis les crêtes du Mont Parnon, personne ne couvre ses épaules d’une four­rure, tu te pèles et au bout d’un moment, en vertu du stoï­cisme, tu ne te pèles plus.

Le petit déjeuner spartiate

Son ventre criait famine, elle avala deux yaourts, un boudin avec une galette à la sarriette.

La Sélection

Les enfants avancent au centre, accro­chés à la tunique de leur mère, les père ne sont jamais présents. De part et d’autre se postent gérontes, éphores et comman­dants, chacun scru­tant le groupe selon ses critères : les mili­taires jugent des morpho­lo­gies, les digni­taires des compor­te­ments tous à la recherche de la mauvaise graine qui pous­sera de travers. Le branle du boiteux, la bosse du bossu, le débile ou la naine, toutes les céci­tés, les anoma­lies ayant pu échap­per à l’exa­men de la première heure. Rete­nus depuis des jours à l’in­té­rieur, les enfants exultent en plein air, leurs ébats et la lumière à plomb de midi révèlent mieux les tares de quelques défi­cients. Arri­vés face au ravin, les auto­ri­tés rendent leur verdict et les soldats balancent les indé­si­rables du haut du préci­pice, scène qui grave à jamais dans le regard des autres la gran­deur d’une société ou la gloire coule du sacri­fice comme la rosée des aurores.

Encore une coutume sympathique : la Cryptie

Tous les ilotes, les esclaves sans excep­tion sont aussi la cryp­tie- du verbe « cacher, se cacher ».
 la lumière du soir rase la campagne, tu es Spar­tiate. Quand l’ai­guille du cadran solaire indique la dix-huitième heure ou que la trompe reten­tit du Temple, tu peux tuer tous les ilotes que tu vois de tes yeux, n’im­porte, en parti­cu­lier ou au hasard, de tous âges, en déam­bu­lant ou en allant fouiller leur cabane, les fossés, les sous-bois, comme tu veux. La Cryp­tie n’est pas la guerre. Le nom de « Jour de guerre contre les ilotes » inventé plus tard par Plutarque n’est pas bon. À partir de la dix-huitième heure jusqu’à la dernière avant l’aube, beau­coup d’ilotes ne bougent pas de la place où ils sont, de l’arène de leur condi­tion où vont surgir les fauves. D’autres emmènent leurs femmes leurs enfants se terrer le plus loin possible. Après avoir lâché ton outils, tu te sauves mais il n’y a pas d’abri. Les Spar­tiates ne hurlent pas, ne t’in­sultent pas en prin­cipe, les Spar­tiates donne la mort. Partout. En bande sanglante ou seul à seul.

Humour

Quand le Sénat l’en­voie batailler au nord, il en profite pour aller soute­nir son ami Isago­ras, tyran d’Athènes, contre son peuple en rébel­lion. C’est un fou de guerre, un ivrogne – personne ne souligne jamais le rôle capi­tal de l’al­coo­lisme dans l’His­toire de l’Humanité.

L’idéal de Sparte

L’es­pèce humaine est argi­leuse, malléable. Tout est mou chez l’homme, à part le sque­lette. Telle était la pensée de Sparte. À l’état de lui donner de la consis­tance, de forger, cise­ler sa nature. Les plai­sirs, les ou l’étude n’af­firment pas un indi­vidu, seuls les gnons, l’en­du­rance, l’ad­ver­sité, toutes ces épreuves qui le menacent de n’être plus rien, le font entrer dans l’ac­tion d’où jaillit son destin.

Le style qui a fini par me lasser

La jeune prin­cesse de Sparte se consola entre les bras solides de son époux, encore marqué par les stig­mates de l’as­sas­si­nat, on ne s’éton­nera pas après ça que la reine Gorgô soit deve­nue parmi les premières fémi­nistes de l’hu­ma­nité. Nul ne douta du récit de la mort héroïque de son père ni ne soup­çonna le régi­cide perpé­tré par deux bour­rins aussi bour­rés que Cléo­mène. Plus éton­nant encore, à la fin de cette jour­née où Sparte entra dans le simu­lacre offi­ciel et renoua avec les Mythes, le conseiller Hypo­coo fut élu au Direc­toire des éphores : le conseiller diplo­ma­tique passait ministre chargé des Affaires exté­rieures, acclamé de tous les Égaux sur l’agora, bien chauf­fés par les trente Gérontes. Quant aux jeunes frères du défunt auto­mu­tilé, prince sans répu­ta­tion, il fut dési­gné monarque à l’una­ni­mité du Sénat lacé­dé­mo­nien sous le nom de Léoni­das Ier. Seul Aphra­nax Cartas tirait la gueule. L’His­toire se détour­nait de lui. A dix pas, en revanche, sa mère parti­ci­pait à la liesse. L’éphore fraî­che­ment élu était son ami, et le nouveau roi son amant. Son fils n’était pas prêt d’in­té­grer la garde royale des 300.
Le Destin de Léoni­das vient de s’ébran­ler en même temps que l’Ère clas­sique. Vers où ? Un gouffre, un triomphe, une marque de choco­lat ? C’est ce qu’on appelle tout simple­ment : la suite.

La mort et la vieillesse

Quel retour des choses signi­fie la mala­die sinon que souf­frir et natu­rel et qu’on finit non seule­ment vaincu mais privé des joies de son existence ?

Le deuil et le veuvage

Ne pas être aller se recueillir depuis long­temps sur la tombe d’Ar­tys lui manquait, le deuil génère une addic­tion au chagrin, bulle de souve­nirs moel­leux où le temps ne circule plus.

Réflexion

Pendant les cinq cents ans que durera la civi­li­sa­tion grecque, la terre, les ressources, les hivers ne furent pas plus facile ni cléments que durant les siècles suivants. Pour­tant leurs annales évoquent rare­ment une famine. Chez les Grecs, si impar­faits, on pouvait manquer, avoir le ventre vide mais pas au point d’en mourir au porte de ceux qui mangent. Au temps modernes, famine et malnu­tri­tion furent la première cause de morta­lité dans les royaumes d’Oc­ci­dent. Les victimes se chif­fraient encore par millions dans l’Eu­rope fertile du XVIIe siècle. L’es­pé­rance et la qualité de vie d’un forge­ron sous Péri­clès était supé­rieure à celle d’un arti­san du Val de Loire sous Fran­çois 1er, deux mille ans plus tard. Pour­quoi ? On ne sait pas.

J’ai lu tous les livres de cette auteure, Jai rédigé un billet pour « Ru » et « Man ». J’aime beau­coup ses textes et celui-ci m’a donné envie de relire « RU » qui a connu un si grand succès. Vi explore encore une fois ses origines viet­na­miennes et son adap­ta­tion à la culture occi­den­tale . Cela passe par l’his­toire de sa famille qui était une famille de riches notables intel­lec­tuels du Vienam . Sa mère est issue d’une famille de commer­çants aisés et très travailleurs. C’est cet aspect qui la sauvera elle et ses enfants. (Le père n’a pas fui avec eux.) À Mont­réal sa mère avec un courage incroyable réus­sira dans la restau­ra­tion. Vi, pourra faire des études et retour­nera au Viet­nam dans le cadre d’ac­tions huma­ni­taires. Ce roman fait la part belle aux senti­ments amou­reux, de sa mère d’abord qui souf­frira des infi­dé­li­tés de son mari sans jamais se plaindre, et puis de la jeune fille qui asso­cie liberté intel­lec­tuelle et liberté amou­reuse. On sent très bien dans ce livre que les tradi­tions viet­na­miennes ne résistent pas au monde occi­den­tal. Encore une fois ce roman se divise en de courts chapitres qui sont autant de courtes nouvelles qui dévoilent peu à peu les strates de la person­na­lité de Vi. Une lecture dépay­sante et très émou­vante comme tous les livres de cette auteure, on peut sans doute lui repro­cher de se répé­ter un peu, mais, quand, comme moi on l’ap­pré­cie, c’est un plai­sir à chaque fois renouveler.

Citations

Les « boat people »

Mon prénom ne me prédes­ti­nait pas à faire face aux tempêtes en haute mer et encore moins à parta­ger une paillote dans un camp de réfu­giés en Malai­sie avec une dame âgée qui pleura jour et nuit pendant un mois sans nous expli­quer qui étaient les quatorze jeunes enfants qui l’ac­com­pa­gnaient. Il fallut attendre le repas d’adieu à la veille de notre départ vers le Canada pour qu’elle nous raconte soudai­ne­ment sa traver­sée. Ses yeux avaient vu son fils se faire tran­cher la gorge parce qu’il avait osé sauter sur le pirate qui violait sa femme enceinte. Cette mère s’est évanouie au moment où son fils et sa bru avaient été jetés à la mer. Elle ne connais­sait pas la suite des événe­ments. Elle se souve­nait seule­ment de s’être réveillée sous des corps, au son des pleurs des quatorze enfants survivants.

Le Québec

Nous sommes arri­vés dans la ville de Québec pendant une cani­cule qui semblait avoir désha­billé la popu­la­tion entière. Les hommes assis sur les balcons de notre nouvelle rési­dence avez tous le torse nu et le ventre bien exposé, comme les Putai, ces boud­dhas rieurs qui promettent aux marchands le succès finan­cier et, aux autres, la joie s’ils frot­taient leur rondeur. Beau­coup d’hommes viet­na­miens rêvaient de possé­der ce symbole de richesse, mais peu y parve­naient. Mon frère Long n’a pas pu s’empêcher d’ex­pri­mer son bonheur lorsque notre auto­bus s’est arrêté devant cette rangées de bâti­ment où l’abon­dance était person­ni­fiée à répé­ti­tion : « Nous sommes arri­vés au para­dis au paradis.

Édition Albin Michel. Traduit de l’amé­ri­cain par Sara Gurcel

Sara Krasi­kov est d’ori­gine ukrai­nienne, elle vit aux États-Unis et a adopté le format des romans améri­cain : au moins de six cent pages. Il est vrai que la période que couvre ce roman, de 1934 à nos jours, avait besoin d’un certain nombre de pages pour se déployer. Nous allons suivre le destin de la jeune Florence qui a cette idée un peu étrange d’émi­grer en URSS séduite par l’idéal commu­niste. Ils seront un petit nombre à le faire mais bien peu pour­ront échap­per aux terribles purges stali­niennes. Il faut dire que son enga­ge­ment était aussi soutenu par un amour passionné pour un ingé­nieur sovié­tique rencon­tré aux USA et qu’elle fera tout pour le retrou­ver. Comme souvent, aujourd’­hui, ce roman ne suit pas une progres­sion linéaire et nous passons d’une époque à l’autre en suivant la vie de Florence ou celle de son fils, Julian, ou de son petit fils, Lenny. L’URSS et aujourd’­hui la Russie semble atti­rer comme une puis­sance destruc­trice les membres de cette famille. Le petit fils de Florence est parti vivre en Russie pour y faire fortune, il devra aux maladresses de son père un passage en prison et il en sortira grâce à la connais­sance de celui-ci des rouages de ce terrible pays. Cela ne veut pas dire que tout est toujours pareil dans ce terrible pays mais rien n’y est jamais très simple. On revit de l’in­té­rieur le sort tragique des idéa­listes occi­den­taux qui sont allés se jeter dans la gueule de l’ogre stali­nien. Ils ont pour la plupart payé de leur vie leur naïveté, d’au­tant plus que l’Amé­rique n’a rien fait pour les aider : l’am­bas­sa­deur de l’époque ne voulant surtout pas fâcher son futur allié pour la guerre qui se prépa­rait. Pour survivre quand l’étau se resserre sur la commu­nauté juive cosmo­po­lite de Moscou, Florence sera conduite à espion­ner et trahir ses amis. Cela ne lui servira pas à grand chose car elle ira quand même au goulag où elle aurait dû mourir, je ne peux sans divul­gâ­cher le roman expli­quer pour­quoi elle n’y mourra pas. Son fils a émigré aux USA avec elle et toute sa famille, il revient en Russie pour faire des affaires avec l’énorme consor­tium du pétrole. On voit alors tout le rôle de la mafia russe dans les affaires. Il cherche aussi à mieux comprendre sa mère et obtient son dossier de police, il peut, alors, y lire ses diffé­rentes trahi­sons. Elle a survécu grâce à ses capa­ci­tés d’adap­ta­tion mais qui ne lui ont pas permis de rester digne et irré­pro­chable. Des gens dignes et irré­pro­chables, il doit y en avoir plein les fosses communes en Russie comme le père de Julian, Léon Brink assas­siné comme tant d’autres dans les sous-sols de la Loubianka. Il y a donc trois histoires, celle de Florence qui est la plus complète, celle de Julian, élevé en partie dans un orphe­li­nat sovié­tique qui s’est vu refu­ser sa thèse parce qu’il était juif et ses déboires avec la mafia russe, puis celle de Lenny qui aime­rait faire fortune dans un pays qui l’at­tire. La roman­cière parle d’un pays dont sa tradi­tion fami­liale a dû savoir lui parler. Et comme elle vit aux USA aujourd’­hui elle rend parfai­te­ment compte de ce qui a pu se passer pour Florence : sa soif d’idéal et sa descente progres­sive dans l’en­fer commu­niste, ce person­nage est crédible et son entê­te­ment aussi. Je comprends bien les inten­tions de l’au­teur de construire un destin sur plusieurs géné­ra­tions, mais une seule histoire m’au­rait large­ment suffit. J’ai vrai­ment du mal avec ces énormes pavés et pour­tant celui-ci est bien construit et fort instruc­tif et a beau­coup plu à Domi­niqueet à Kathel.

Citations

Les appartements communautaires

Les univer­si­taires occi­den­taux aiment décrire nos « kommu­nalki » sovié­tiques comme des endroits dénués d’es­pace person­nel. Ils se trompent. Quel plus bel hommage à la propriété privée pouvait-il y avoir que le dense enche­vê­tre­ment de sept sonnettes diffé­rentes sur la porte d’en­trée ? Sept réchauds à kéro­sène dans la cuisine ? Sept lunettes en bois distinctes , que chaque loca­taire se coin­çait scru­pu­leu­se­ment sous le bras en marchant d’un pas ferme jusqu’à l’unique WC de la communauté ?

Les stupidités du régime soviétique

Nous suivions tous les deux un cours inti­tulé « Fonda­men­taux de la cyber­né­tique », dispensé par un vieux rouquin asth­ma­tique qui s’était fait virer dans les années cinquante pour avoir mené des recherches en infor­ma­tique, une disci­pline pros­crite par Staline au titre de « putain mercan­tile de l’im­pé­ria­lisme ». Dix ans plus tard, un gros bonnet avait toute­fois pris conscience que le pays était fort à la traîne dans la course contre les Améri­cains, on était donc aller cher­cher le profes­seur disgra­cié ( il mélan­geait des résines dans une usine de pein­ture indus­trielle) et on l’avait réin­té­grer pour qu’il enseigne la matière même qui avait causé son renvoi.

Toast russe emprunté à Balzac

Buvons aux femmes. Quand elles nous aiment, elles pardonnent tout, même nos crimes ! Quand elles ne nous aiment pas, elles ne nous pardonnent rien, pas même nos vertus !

Les Américains à Moscou en 1934

C’était du reste un talent assez partagé chez les margi­naux qui se retrou­vaient à Moscou dans les années trente, Des esprits libres affi­chant fière­ment le rejet de leur patrie capi­ta­liste. Jeunes, le plus souvent juifs, ils venaient du Bronx ou de Manches­ter, en Angle­terre, comme d’en­droits aussi dépay­sant que Missoula, dans le Montana. Obser­vez- les : au café Moscou, place Pouch­kine, .… Leurs discus­sions tournent essen­tiel­le­ment autour des États-Unis, comme si profa­ner leur lieu de nais­sance était une sorte de rituel destiné à soula­ger leur mal du pays.

Personnalité de Roosevelt

Roose­velt était-il un commu­niste refoulé ? Bon dieu, non. L’homme qui avait distri­bué de l’argent public par millions aux plus grosses socié­tés privées du pays en était loin. Ce n’était qu’un banal utopiste. Or si l’on gratte un peu, on trouve toujours, derrière un utopiste, un machia­vel dissi­mulé ‑quel­qu’un qui, pour réali­ser sa vision magni­fique, finira par sous­crire au prin­cipe selon lequel la fin justi­fie les moyens 

Après un enterrement où chacun a essayé d’exprimer ce qu’ils n’osent jamais dire

Les enter­re­ments sont aux Russes ce que les carna­vals sont aux Portugais.
Les règles sont suspen­dues le temps du carna­val pour que tout le monde puisse tempo­rai­re­ment faire comme si les choses étaient le contraire de ce qu’elles sont.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard. Édition de l’Olivier

J’ai été très touchée par ce roman car tout est en nuances ce qui n’en­lève aucune profon­deur au propos. Une écri­vaine qui est proche de la person­na­lité de Fanny Chia­rello , d’ailleurs c’est sans doute elle-même ou du moins une des ses facettes, aper­çoit une jeune joggeuse dans un quar­tier popu­laire du bassin minier. Elle en fait une photo car elle est très atti­rée par elle. Puis, elle lui écrit ce roman où elle imagine sa vie. Une vie qu’elle connaît bien car elle est elle même issue du même milieu. Ainsi dans ce dialogue avec Sarah, elle révèle aux lecteurs et lectrices que nous sommes, à quel point c’est doulou­reux de se sentir diffé­rente dans ses orien­ta­tions sexuelles, alors que tout dans la société vous pousse à être normal, c’est à dire atti­rée par des garçons. Est-ce plus diffi­cile dans ce milieu que dans la bour­geoi­sie, je n’en sais trop rien ? Je sais depuis Edouard Louis, que cette diffé­rence peut conduire à des réac­tions très violentes. Je pense que dans des familles catho­liques conser­va­trices ou musul­manes, peu importe l’ori­gine sociale, cela doit être très doulou­reux pour la jeune adoles­cente. Dans ce livre, la famille de Sarah n’est pas cari­ca­tu­rée, même si la mère est intru­sive et pense qu’elle a le pouvoir de remettre sa fille dans « le droit chemin » , elle le fait certai­ne­ment par amour et par par peur des malheurs que peut engen­drer l’aveu de l’ho­mo­sexua­lité. Tout en étant une mère qui essaie de bien faire elle est d’une rare violence pour la jeune adoles­cente qui se cherche et ne voudrait rencon­trer que douceur et compré­hen­sion. J’ai trouvé la construc­tion roma­nesque inté­res­sante et les senti­ments de la jeune fille très bien décrits. En revanche, j’ai trouvé un peu conve­nues et sans origi­na­lité les remarques sur la langue fran­çaise et diffé­rents passages obli­gés sur les diffé­rences entre l’ho­mo­sexua­lité et l’hé­té­ro­sexua­lité. À la fin du livre, quand je l’ai refermé et laissé mûrir dans mes pensées, je me suis dit que c’était déjà compli­qué d’être adoles­cente, encore plus, sans doute quand on vient d’un milieu dont on n’épouse pas les codes mais quand, en plus, on se sent juger pour ses émois sexuels alors cela doit deve­nir proche de la cruauté ce qui peut pous­ser suicide ou au moins au replie­ment sur soi. Je me suis deman­dée si Sarah n’al­lait pas deve­nir anorexique, tant les moments à table où elle sent le regard de chacun la scru­ter, la juger et enfin la condam­ner sont pénibles pour elle.

PS . Je suis très contente d’avoir lu et appré­cié un roman de cette auteure qui m’avait telle­ment ennuyée dans le précé­dent « Une faiblesse de Carlotta Delmont »

Citations

Détail bien vu

Son jean taille haute est si moulant que , quand elle glisse son télé­phone dans la poche arrière , on pour­rait taper un message à travers la toile .

Une homosexualité discrète

Quand tu entends Lou faire bruyam­ment étalage de ses atti­rance, tu es mal à l’aise pour elle. Ni plus ni moins que tu ne le serais si elle se jetait sur des garçons. Tu ne comprends pas les gens qui se donnent en spec­tacle, toi qui place l’in­ti­mité en tête des luxes possibles et y aspire de toutes tes forces.

Être végétarienne

Tu as plaidé pour le droit d’être végé­ta­rienne mais ta mère a répondu qu’il était de sa respon­sa­bi­lité de t’as­su­rer une crois­sance normale. Tu as alors tenté de démon­trer qu’une crois­sance normale ne passait pas néces­sai­re­ment par la consom­ma­tion de viande ; pour étayer tes propos tu as imprimé quelques articles qui l’ex­pli­quaient mais ta mère a estimé avoir plus de bon sens que les scientifiques.

Je comprends

La plupart des gens trouvent les érudits passion­nant, mais moi, ils me dépriment. Quand je suis amenée à en écou­ter (ce qui signi­fie que je suis tombée dans un guet-apens), je délaisse très vite le contenu de leur discours pour me concen­trer sur sa forme, sa longueur, son rythme, son lexique, je l’ob­serve comme une patho­lo­gie un peu triste.