Éditions Fleuve. Traduit duja­po­nais par Diane Durocher.

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Toujours dans le thème » du Japon » du club de lecture, ce roman décrit un homme en proie à la souf­france de voir sa mère s’en aller dans le pays si étrange de la mala­die d’Alz­hei­mer. J’écris cet article alors que la France est secouée par un livre repor­tage sur les EHPAD. À La fin de ce roman, Izumi lais­sera sa mère Yuriko dans une maison où nous aime­rions tous finir nos jours ou y lais­ser ceux que l’on a tant aimés.

Ce n’est pas le sujet du roman mais cette dernière demeure donne une idée de ce que peut être un lieu d’ac­cueil réussi pour ceux qui n’ont plus leurs facul­tés cogni­tives. Cela ressemble à des endroits où au lieu de sépa­rer les gens âgés, ou handi­ca­pés on les fait vivre au milieu des enfants ou de gens bien portants.
Mais partons dans la vie d’Izumi qui marié à Kaori, va bien­tôt être père. Il doit l’an­non­cer à sa mère qui l’a élevé seule sans jamais lui dire qui a été son père. Cet adulte s’est donc construit sans image pater­nelle et il est très angoissé à l’idée d’être père. Kaori et lui travaillent dans le monde de l’image et de la musique. Ils ne sont pas eux-mêmes musi­ciens mais il sont dans une grande agence qui « fabrique » les carrières des artistes. Cela nous vaut une plon­gée assez inté­res­sante dans ce monde arti­fi­ciel des « commu­ni­cants » de ce monde du spec­tacle, les riva­li­tés, l’argent, le pouvoir, mais à la mode japo­naise, où tout l’art est de garder pour soi ses réac­tions et ne jamais rien lais­ser paraître de ses propres senti­ments. Izumi est très absorbé par son travail et, s’il n’a pas aban­donné sa mère, il va de moins en moins souvent la voir, et surtout refuse de se rendre compte que celle-ci a des problèmes de mémoires.

L’ori­gi­na­lité de ce texte et qui l’a rendu très touchant à mes yeux, c’est le renver­se­ment de ce à quoi on s’at­tend. C’est sa mère qui est farou­che­ment atta­chée à des souve­nirs que lui a oubliés. Et en remon­tant dans les souve­nirs de la vieille dame Izumi se rend compte combien il a été aimé et quelle force il a fallu à sa mère pour lui donner l’édu­ca­tion dont il profite aujourd’­hui. Pour­tant, il y a une année où il a vécu seul vague­ment surveillé par sa grand-mère. Pour décou­vrir cette année, l’au­teur aura recours au cahier intime de sa mère. Il découvre une femme passion­né­ment amou­reuse d’un homme marié à une autre. Cette paren­thèse amou­reuse se termi­nera par le séisme de 1995 Kobé

(le décompte offi­ciel des consé­quences de ce séisme se chiffre à plus de 6 437 morts, 43 792 bles­sés et des dégâts maté­riels se chif­frant à plus de dix-mille milliards de yens, soit 101 milliards d’eu­ros. On dénombre 120 000 bâti­ments détruits ou endom­ma­gés et 7 000 brûlés, la destruc­tion des polders du port de Kobé et plus de 250 000 dépla­cés pendant plusieurs mois. extrait de l’ar­ticle de Wiki­pé­dia )

Cette plon­gée dans le Japon a toujours, pour moi, un exotisme qui m’empêche d’être tota­le­ment enthou­siaste ‑c’est pour­quoi je ne lui attri­bue pas cinq coquillages. Par exemple je n’ar­rive pas à comprendre comment cette mère si atten­tive peut lais­ser son fils collé­gien (12 ou 13 ans) vivre seul pendant un an sans même préve­nir sa propre mère, c’est Izumi qui doit le faire. On ne saura jamais qui est le père d’Izumi cela perd de son impor­tance dans le roman sans que je comprenne pour­quoi. Pas plus qu’on ne saura c’est qu’est devenu l’homme qu’elle a suivi à Kobé fait-il partie des 6437 morts ? Elle ne cherche pas à le savoir, son histoire avec lui s’ar­rête là et elle revient vers son fils qui visi­ble­ment fait comme elle : tous les deux mettent cette année entre parenthèses.
Comme souvent dans les romans japo­nais la cuisine est très impor­tante et chaque souve­nir est parfumé par l’odeur d’un plat parti­cu­lier : la soupe miso, le boeuf au nouilles sautées, du shiruko .…

J’ai passé un bon moment avec ce roman, malgré mes quelques réserves.

Citations

Comparaisons tellement japonaises.

Izumi n’en pouvait plus de cette histoire et souhai­tait en venir aux choses sérieuses mais il eut le bon goût de rete­nir sa langue. Il lui semblait qu’ils jouaient une partie de mikado, où le moindre geste trop empressé pouvait faire rouler toutes les baguettes. Kaori conti­nuait de poser des ques­tions sans montrer la moindre impa­tience, comme si elle essayait d’ama­douer un chat.

Façon légère de décrire une scène émouvante.

‑Je me fatigue vite. Un ou deux élèves par jour, et je suis éreintée. 
-Tu pour­rais arrê­ter. Tu as ta retraite, et puis je peux envoyer plus d’argent.
- Si je ne travaille plus, je ne suis plus utile à rien.
Il ne sut que répondre. Se pouvait-il que les humains, telles des machines ou des jouets, deviennent inutiles ? Les mains de sa mère étaient recro­que­villées l’une sur l’autre, comme pour cacher leur rides. 

Sujet du roman, paroles du médecin.

Autre­fois, notre espèce ne pouvait espé­rer atteindre les cinquante ans. Cette limite dépas­sée, nous avons commencé à voir appa­raître les cancers. Main­te­nant que nous réus­sis­sions à les combattre et à rallon­ger d’au­tant nos espé­rances de vie, c’est Alzhei­mer qui nous rattrape… À chaque victoire, l’hu­ma­nité doit se mesu­rer à une nouvelle menace.

Souvenirs qui vont constituer la trame du roman.

« Pardon, maman. j’avais oublié. »
Elle l’avait embrassé, en pleurs, en le retrou­vant à la fête foraine. Elle avait passé la nuit à lui coudre un sac pour ses vête­ments de sport, alors qu’elle avait travaillé toute la jour­née. Elle lui donnait toujours la moitié de son omelette. Elle avait cher­ché avec la force du déses­poir sa pochette fleu­rie, offert pour son anni­ver­saire. Elle l’avait encou­ragé plus fort que n’im­porte quel autre parent lors d’un match (même si, sur le coup, c’était un peu embar­ras­sant). Elle l’avait emmené au restau­rant pour fêter ses réus­sites scolaires. Elle l’avait emmené au stade de base­ball à vélo, le dos trempé de sueur. Elle lui avait préparé un déli­cieux « shiruko ». Elle lui avait fait la surprise de lui offrir une guitare élec­trique. Ce n’était pas vrai­ment la marque qu’il voulait, mais ça l’avait rendu heureux. Elle l’avait emmené en vacances au lac, et il avait pêché un gros pois­son pour la première fois de sa vie. Elle non plus, d’ailleurs, n’avait encore jamais tenu de canne à pêche…
« Comment ai-je pu oublier tant de bonheur ? »

Édition Métal­lier, Traduit de l’es­pa­gnol par Myriam Chirousse

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Sur Luocine, de cette écri­vaine, vous trou­ve­rez » le terri­toire des barbares » « Le roi trans­pa­rent » « L’idée ridi­cule de ne jamais te revoir » et mon grand coup de coeur : « La folle du logis ». « La bonne chance » m’a fait passer un très bon moment et pour une fois je reco­pie une phrase de la quatrième de couver­ture avec laquelle je suis d’accord :

La plume de Rosa Montero est un heureux anti­dote contre les temps qui courent.

J’aime que l’on me raconte des histoires et Rosa Montero fait partie des auteurs qui les racontent parfai­te­ment. Je ne cherche pas à être objec­tive, donc, je la remer­cie de m’embarquer dans son imaginaire.

Le récit démarre de façon magis­trale et très accro­cheuse : un homme dont on ne sait rien achète comp­tant un appar­te­ment qui longe la voie ferré, sur laquelle roule les trains à grande vitesse. Cet appar­te­ment est dans un immeuble cras­seux dans une petite ville Pozo­ne­gro, autre­fois riche d’une exploi­ta­tion minière et complè­te­ment à l’aban­don. Que fait cet homme dans cet endroit sinistre ? Quel lourd secret cache-t-il ? Que fuit-il ? Toutes ces ques­tions trou­ve­ront leur réponse et peu à peu se mettra en place une intrigue roma­nesque qui oppose la gentillesse de Raluca la jeune fille d’ori­gine roumaine, la bêtise des voyous du villages, en parti­cu­lier l’homme qui a vendu l’ap­par­te­ment à Pablo car il soup­çonne celui-ci d’avoir large­ment les moyens de leur donner encore beau­coup plus d’argent, mais surtout à la cruauté abso­lue de mili­tants nazis qui planent comme une grave menace au-dessus de la tête de Pablo.

C’est le sens de tout le roman : que peut la gentillesse face à la bêtise et à la méchan­ceté ? La fin trop heureuse du roman m’a gênée et m’a empê­chée de mettre 5 coquillages à ce roman. Je ne crois pas hélas que la gentillesse puisse lutter contre la cruauté, mais comme l’au­teure j’ai­me­rais le croire. La culpa­bi­lité de Pablo face aux choix de son fils, l’en­traîne à inven­ter des histoires où il se donne à chaque fois le mauvais rôle , sans doute car il ne peut que s’en vouloir de la dérive ultra-violente dans laquelle s’est enfoncé celui-ci . J’ai bien aimé aussi l’évo­ca­tion de la vie dans une petit ville autre­fois ouvrière et où, aujourd’hui, le seul point vivant et le moins triste est un supermarché !

Sans doute pas le roman du siècle, mais un bon moment de détente et un écri­ture qui permet de comprendre un peu mieux la vie des espa­gnols d’origine modeste.

Citations

le cadre.

Pozo­ne­gro, une petite loca­lité au passé minier et au présent cala­mi­teux, à en juger par la laideur suprême des lieux. des maisons miteuses aux toitures en fibro­ci­ment, guère plus que des bidon­villes verti­caux, alter­nant avec des rues du déve­lop­pe­ment urbain fran­quiste le plus misé­rable, aux inévi­tables bloc d’ap­par­te­ments de quatre ou cinq étages au crépi écaillé ou aux briques souillées de salpêtre.

L’au­to­car arrive enfin à Pozo­ne­gro, qui confirme ses préten­tions de pate­lin le plus laid du pays. Un super­mar­ché de la chaine Goliat à l’en­trée du village et la station-service qui se trouve à côté, repeinte et aux panneaux publi­ci­taires fluo­res­cents, sont les deux points les plus éclai­rés, propres et joyeux de la loca­lité ; seuls ces deux endroits dégagent une fière et raison­nable d’être ce qu’ils sont, une certaine confiance en l’ave­nir. Le reste de Pozo­ne­gro est dépri­mant, sombre, indé­fini, sale, en demande urgente d’une couche de pein­ture et d’espoir.

Une façon étonnante d’interpeller le lecteur.

L’AVE (train à grande vitesse espa­gnole) tremble un peu, il se balance d’avant en arrière, comme s’il éter­nuer, il s’ar­rête enfin. Surprise : cet hommes a levé la tête pour la première fois depuis le début du voyage et il regarde main­te­nant par la fenêtre. Regar­dons avec lui : un aride bouquet de voies vides et paral­lèles à la notre s’étend jusqu’à un immeuble collé à la ligne de chemin de fer.

La beauté.

Ou peut-être simple­ment parce qu’il est grand et mince et assez sédui­sant, ou que jeune il l’était. Pablo trouve ridi­cule cette valeur suprême que notre société accorde à l’as­pect physique. C’est étudié par les neuro­psy­cho­logues : les indi­vi­dus grands, minces et au visage symé­trique sont consi­dé­rés comme plus intel­li­gents, plus sensibles, plus aptes, et comme de meilleures personnes. Quel arbitraire.

Vision du monde.

Tu sais, à mon âge j’en suis venu à la convic­tion que les gens ne se divisent pas entre riches et pauvres, noirs et blancs, droite et gauche, hommes et femmes, vieux et jeunes, maures et chré­tiens, dit-il fina­le­ment. Non. Ce en quoi se divisent vrai­ment l’hu­ma­nité, c’est entre gentils et méchants. Entre les personnes qui sont capables de se mettre à la place des autres et de souf­frir avec eux et de se réjouir avec eux, et les fils de pute qui cherchent seule­ment leur propre béné­fice, qui savent seule­ment regar­der leur nombril.

Une personnalité heureuse et l’explication du titre.

Par contre, j’ai été incons­ciente tout le temps, à ce qu’on m’a raconté. C’est merveilleux, non ? tu imagines si j’avais été consciente de tout, tu imagines si je m’étais rendu compte que ce bout de ferraille s’était planté dans mon œil, quelle horreur super horrible, j’en ai la chair de poule rien que d’y penser ! Mais au lieu de ça je me suis évanouie et, quand je me suis réveillé, il m’avait déjà vidé l’or­bite et ils avaient fait tout ce qu’ils avaient à faire. Quelle chance ! C’est que moi, tu sais, j’ai toujours eu une très bonne chance. Et heureu­se­ment que je suis aussi gâtée par la chance, parce que, sinon, avec la vie que j’ai eue, je ne sais pas ce que je serais devenue.

Remarque sur le pouvoir d’une belle voiture.

Et puisque on en parle, à quel instant démen­tiel a‑t-elle eu l’idée de s’ache­ter une lexus etc ? Elle a toujours aimé les voitures, mais s’in­fli­ger une telle dépense, commettre un tel excès… Elle a fait comme ces pathé­tiques vieux croû­ton bour­rés d’argent qui s’achètent une déca­po­table pour draguer. Même si, à vrai dire, elle ne l’a pas tant ache­ter pour draguer que pour se sentir un peu moins minable que ce qu’elle se sent réel­le­ment. Les voitures donnent du pouvoir, et les vieux croû­tons le savent bien.

Felipe a décidé de se suicider à 82 ans.

Les mois de sa dernière année s’écou­laient et Felipe ne trou­vait pas le jour pour se tuer, tantôt parce qu’il était fati­gué, tantôt parce qu’il était enrhumé et d’autres fois encore parce qu’il se sentait plus ou moins à son aise. Et ainsi, bête­ment, le temps avait passé, et il avait eu quatre-vingt-trois ans, puis quatre-vingt-quatre, et il a main­te­nant quatre-vingt-cinq ans et il est toujours là sur ses pieds, sans avoir la force de prendre la déci­sion finale, bien qu’ils dépendent désor­mais complè­te­ment des bonbonnes d’oxy­gène et qu’il ait été pris en otage par un vieillard qu’il ne recon­nait pas. Car vieillir, c’est être occupé par un étran­ger : à qui sont ces jambes des déchar­nées couverte d’une peau fragile et fripée, se demande l’an­cien mineurs, hébété. Eh bien, même comme ça Felipe n’est pas capable de se tuer. Trop de lâcheté et trop de curio­sité. Et la fasci­na­tion de cette vie si âpre et si belle.

Les Éditions minuit 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Voilà un auteur qui écrit à la perfec­tion, dans un style remar­quable, une histoire triste à donner le bour­don à quel­qu’un qui aurait un moral à toute épreuve ( ce qui n’est pas mon cas en ce moment !). Mais lisez aussi le point de vue de Krol qui a beau­coup aimé cet auteur et qui met bien en valeur les quali­tés de son écriture.

Je suis certaine que c’est un pur hasard mais ce roman m’a fait penser au scan­dale qui atteint Nico­las Hulot. J’ex­plique : une jeune fille essaie de se recons­truire dans la ville bretonne du bord de mer où son père un ancien boxeur est devenu chauf­feur du maire. Tout se tient dans cette histoire. La trop belle Laura a, quand elle avait à 16 ans, posé nue pour un maga­zine. Elle veut oublier tout cela. Son père a été un grand cham­pion de boxe mais l’argent trop facile l’a entraîné dans une quasi déchéance. Il a retrouvé l’emploi de chauf­feur person­nel du maire à qui, hélas, il deman­dera une faveur pour sa fille : que celui-ci lui trouve un logement.
Laura sera logée au casino dirigé par Franck toujours habillé de blanc, person­nage qui a ses petits arran­ge­ments avec le maire et dont la sœur, Hélène a parti­cipé à la descente aux enfers de son père.
Détail abso­lu­ment horrible : le chauf­feur du maire, donc le père de Laura conduira le maire à ses rendez-vous au casino pour satis­faire ses besoins sexuels sans qu’il sache que c’est sa fille qui est dans le studio au-dessus du casino.
Le roman est parfai­te­ment construit, on entend la plainte de Laura auprès des gendarmes et ceux-ci se montrent assez compré­hen­sifs mais quand les photos seront décou­vertes et que le maire sera nommé ministre, le procu­reur préfère clas­ser cette histoire sans suite. Cela n’empêchera pas un drame d’avoir lieu mais comme je vous en ai déjà sans doute trop dit je m’ar­rête là.
Ce roman fait beau­coup réflé­chir sur la façon dont l’emprise se construit pour une jeune fille face à un homme poli­tique. Et aussi comment lui même peut se persua­der faci­le­ment qu’elle est consentante.
Le nœud drama­tique de ce roman est très bien imaginé, trop sans doute pour moi car je l’ai trouvé profon­dé­ment triste. Mais que cela ne vous empêche pas de le lire, ce n’est abso­lu­ment pas glauque c’est seule­ment humai­ne­ment triste et comme je l’ai dit au début parfai­te­ment écrit.

Citations

Portrait d’un élu

Et d’avoir été réélu quelques mois plutôt, d’avoir pour ainsi dire écrasé ses adver­saires à l’en­tame de son second mandat, sûre­ment ça n’avait pas contri­bué au déve­lop­pe­ment d’une humi­lité qu’il avait jamais eu à l’ex­cès – à tout le moins n’en n’avait jamais fait une valeur cardi­nale, plus propre à voir dans sa réus­site l’in­car­na­tion même de sa téna­cité, celle-là sous laquelle sour­daient des mots comme « courage » ou « mérite » ou « travail » qu’il intro­dui­sait à l’envi dans mille discours pronon­cés partout ces six dernières années, sur les chan­tiers inau­gu­rés ou les plateaux de télé­vi­sion, sans qu’on puisse mesu­rer ce qui dedans rele­vait de la foi mili­tante ou bien de l’au­to­por­trait, mais à travers lesquels, en revanche, on le sentait lorgner depuis long­temps bien plus loin que ses seuls audi­teurs, espé­rant que l’écho s’en fasse entendre jusqu’à Paris, ou déjà les rumeurs bruis­saient qu’il pour­rait être ministre.

Le style de Tanguy Viel

À Max donc il arriva donc d’en être, de ce monde inversé ou certaines femmes buti­nantes se glissent volon­tiers dans la corolle des hommes et les délestent alors de toutes leurs étamine, à ceci près que les étamines ici on a forme de billets de cent euros que par dizaines ils sortent de leur poche et distri­buent sans comp­ter – elles, guêpes plutôt qu’a­beilles, qui ne polli­nisent rien du tout, plutôt dissé­minent les graines au gré des verres, Hélène plus achar­née que toutes, ayant fait admettre cette loi tacite et inalié­nable que c’était son prix et sa liberté à elle, la plus onéreuse et la plus libre des hôtesses. 

Éditions Anne Carrière 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Quel livre ! et quel exploit litté­raire : racon­ter le vide et inté­res­ser le lecteur. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : du vide de nos civi­li­sa­tions fondées sur l’argent qui n’existe pas ! Comment résu­mer le vide et vous donner envie de vous y plon­ger alors que j’ai failli aban­don­ner cette lecture. J’au­rais vrai­ment eu tort, heureu­se­ment que je m’im­pose la règle des cinquante pages (je n’aban­donne jamais un roman avant d’avoir lu la cinquan­tième page).
Tugdual Laugier est recruté dans un pres­ti­gieux cabi­net de conseil , Michard et asso­ciés, payé sept mille euros par mois pour occu­per un bureau et ne rien faire. Trois années passent et il remplit ce vide sidé­ral à se nour­rir, défé­quer, et mépri­ser sa jeune fian­cée qui est loin de gagner autant que lui en travaillant huit heures par jour. Il lui rappelle sans cesse que c’est grâce à ses sept mille euros par mois qu’elle peut vivre dans ce grand appar­te­ment et qu’ils peuvent sortir le soir : la scène au restau­rant de « La Tour d’Argent » est un moment très réussi, drôle aussi, mais de cet humour grin­çant parfois féroce qui est la marque de fabrique de l’auteur.

Enfin, « on » lui demande un rapport, et il fabrique donc un texte de mille quatre cent pages sur la relance de l’éco­no­mie chinoise. Utili­sant pour cela une seule idée qui lui a été souf­flée par sa fian­cée qu’il méprise tant, imagi­ner que les Chinois veuillent inves­tir dans la boulan­ge­rie fran­çaise, le reste de son rapport est une compi­la­tion de Wiki­pé­dia, et des descrip­tions de ses expé­riences gastro­no­miques dans les diffé­rents restau­rants chinois de la capitale.

Mais la police fran­çaise, toujours bien infor­mée subo­dore un trafic de drogue, puis fina­le­ment comprend qu’il s’agit surtout de détour­ne­ments d’argent .

Tout va main­te­nant repo­ser sur le rapport de Tugdual Laugier, s’il est vide, on aura à faire à des emplois fictifs et des rému­né­ra­tions qui ne corres­pondent à aucun travail. Si ce rapport de mille quatre cent pages (je le rappelle) est un vrai rapport finan­cier alors cette affaire qui aura mis trois ans avant d’être jugée sera vide, elle aussi, malgré les énormes dossiers empi­lés sur le bureau du juge. Il faut savoir aussi que tous ceux qui ont essayé de lire le rapport chinois s’y ennuient telle­ment qu’ils sont pris de vertiges et de dégoût à tel point que personne n’ose se pronon­cer sur sa validité.

Le regard de cet auteur sur notre monde actuel et terrible, je n’ai fina­le­ment pas mis cinq coquillages, que son talent méri­te­rait large­ment car c’est une vision telle­ment triste. C’est un livre origi­nal, écrit par un écri­vain de grand talent , mais qui donne le bourdon !

(Les passages que j’ai reco­piés sont assez longs, c’est le style de Pierre Darka­nian qui veut cela.)

Citations

C’est la première fois que je lis dans un roman la description de cette activité !

Long­temps après les dernières écla­bous­sures, il refer­mait son jour­nal, se rele­vait avec la mine fata­liste qu’il affi­chait au réveil et, avant de s’es­suyer le derrière, jetait un œil atten­tif à sa produc­tion du jour. Était-elle ferme comme l’en­tre­côte qu’il avait dévoré au déjeu­ner ou mollas­sonne comme son tira­mi­sus ? Était-ce une pièce unique et massive ou un chape­let de petites crottes ? Son œuvre, qu’elle fût impo­sante ou figu­ra­tive, le rendait si fier qu’il rechi­gnait à tirer la chasse. N’était-ce pas une part de lui-même après tout, qui flot­tait là, au pied du trône ? N’était-ce pas la seule matière qu’un homme pût véri­ta­ble­ment engen­drer ? Quel dommage en tout cas qu’il fut l’unique expert à profi­ter de la vue d’un si bel étron. Enfin, dans un bruit de cata­racte, surve­nait l’anéan­tis­se­ment de sa produc­tion ultime que Tugdual veillait à faire dispa­raître dans la tuyau­te­rie de l’im­meuble, usant du balai s’il en était besoin, afin qu’ils n’en demeu­rât aucune trace pour la postérité.

Les discussions entre cadres importants .

Le cycle des appro­ba­tions mutuelles se pour­sui­vit, Dong approu­vant Relot d’avoir approuvé Laugier qui avait approuvé Relot d’avoir approuvé Dong. Pris dans ce manège d’auto-appro­ba­tions et de consi­dé­ra­tions d’ordre géné­ral sur les vertus et les dangers de l’au­dace, Tugdual hésita à recen­trer le débat sur le fond de son rapport. S’agis­sait-il d’une conver­sa­tion qui n’en était qu’à ses balbu­tie­ments et qui n’at­ten­dait que la grande idée de Laugier pour qu’elle prît sa véri­table tona­lité, ou bien était-ce au contraire une habile mises en garde de la part de Relot pour l’empêcher d« en trop pour dire, sans atti­rer l’at­ten­tion de Dong ?

Tugdual et son rapport à l’argent et à sa compagne.

Au moment de payer l’ad­di­tion, Tugdual insista pour que Mathilde ne vit pas la note bien qu’elle n’eût pas demandé à le faire. Comme main­te­nant il arrê­tait pas de répé­ter qu’à ce prix-là, il espé­rait qu’elle avait bien mangé, elle finit par se sentir mal à l’aise et se dit qu’à l’ave­nir elle ferait en sorte d’évi­ter les grands restau­rants si c’était pour n’en­tendre parler que de prix et de rapports chinois. Mais Tugdual tenait à lui faire devi­ner le montant du déjeu­ner, non pas pour fanfa­ron­ner, mais pour qu’elle prît conscience de la valeur des choses. 

Je retiendrai cette image

Bête comme une valise sans poignée 

Le bilan de son couple

Tugdual refusa d’y croire. Mathilde plus là ? Pour­quoi donc ? Partie faire une course ? Dîner chez sa mère ? Un pot de départ qui s’éter­ni­sait ? Il inspecta de nouveau une par une les preuves de la vile déro­bades : point de chaus­sures, point de manteau, point d’af­faires, point de Mathilde. Mathilde partie ? Partie pour quoi ? Pour un autre ? C’était incon­ce­vable. Mathilde était une fille bien, éduquée, droite, pas de celles qui se laisse comp­ter fleu­rette. Elle n’était ni volage ni légère. Alors pour­quoi ? À cause de lui, Tugdual ? Et comment donc ? il gagnait sept mille euros par mois, travaillait d’ar­rache pied pour la conten­ter, lui offrait tout ce qu’elle dési­rait, les draps en satin, le dres­sing de leur chambre, des vête­ments de grande marque. Il l’in­vi­tait régu­liè­re­ment au restau­rant, et récem­ment à la tour d’argent, lui avait offert un repas à quatre cent quatre-vingt quatre euros ‑la preuve était dans l’en­trée, pour qui en doutait- , l’avait emme­née l’été précé­dent faire le tour des châteaux de la Loire, lui avait fait décou­vrir des relais et châteaux notés trois étoiles dans le Guide Miche­lin, la bala­dait dans le quar­tier chinois, la gâtait autant qu’un mari pouvait gâter sa femme… Il était dans la vie un compa­gnon stable, équi­li­bré, qui faisait en sorte que Mathilde n’eût à s’oc­cu­per de rien. 
Mathilde était partie.

Les fraudeurs intouchables.

- Michard ? il n’y a pas de quoi s’in­quié­ter. le montage et struc­turé depuis long­temps, et pour l’ins­tant il n’y a rien à faire. 
- Sauf à croi­ser les doigts pour que l’on ne remontent pas jusqu’à Jean-Paul..
De nouveaux, Valade retira ses lunettes et en essuya les verres avec la pochette de sa veste.
– ‑Comment le pour­rait-on ? Tout péna­liste que tu es, tu sais bien qu’il n’ap­pa­raît nulle part, à part sur le réseau crypté de mon cabi­net et sur celui de Mossack à Panama. Le compte suisse du cabi­net corres­pond à un profil numé­roté dont le titu­laire n’est pas Jean-Paul mais la CHC, société suisse elle-même déte­nue par une autre société, panaméenne cette fois …

L’argent

Zhou L’avait initié à sa concep­tion de l’éco­no­mie : l’argent était qu’une croyance, qui n’avait ni plus ni moins d’exis­tence que Dieu, la démo­cra­tie où les droits de l’homme. Si personne n’y croyait, l’argent n’exis­te­rait plus. Mais puisque l’es­sence même de l’argent était une croyance, il n’y avait rien de malhon­nête à faire croire qu’on en avait. À force d’y croire, les gens finis­saient par vous en accor­der, espé­rant en rece­voir davan­tage en retour, et vous donnaient ainsi raison. Une banque prêtait bien de l’argent qu’elle n’avait pas sur la seule certi­tude qu’on lui en rendrait d’avan­tage. Zhou en parlait sur le même ton qu’un guérillero prêchant le marxisme léni­nisme au coin d’un feu de camp. Ensuite était arrivé les concepts plus prag­ma­tiques, la pyra­mide de Ponzi, la surfac­tu­ra­tion, les rapports fictifs, les socié­tés écrans, les prête-noms…

L’expert auprès des tribunaux devient fou et me fait sourire

(Il a décidé de ne pas se nour­rir avant d’avoir fini la lecture du rapport chinois) :

Mais souder un réfri­gé­ra­teur n’est pas chose aisée, surtout pour qui n’est pas brico­leur, et l’ex­pert passa la mati­née du samedi à la recherche d’un trans­duc­teur élec­tro­ma­gné­tique et d’une sono­trode, à lire des modes d’emploi et à souder autant qu’il le put la porte de son réfri­gé­ra­teur Smeg de couleur bleue à volumes de 244 de litres et congé­la­teur de 26 litres, qu’il avait payé mille trois cent quatre-vingt-dix-neuf euros chez Darty en dix mensua­li­tés et offert à sa femme, ce qui avait à l’époque provo­qué une dispute parce que Simone de Beau­voir ne s’était quand même pas battue pendant des années pour qu’au XXI° siècle un mari offrît un réfri­gé­ra­teur à sa femme.

Édition Acte Sud. Traduit de l’al­le­mand par Marie Claude Auger

Depuis deux ans, je parti­cipe au mois de lecture alle­mandes orga­nisé par « Et si on bouqui­nait un peu ». J’y ai fait de belles décou­vertes, cette année un peu moins mais j’avais retenu ce titre : les abeilles d’hi­ver, chro­ni­qué par Patrice. Le voici donc sur mon blog, et moi aussi j’ai bien aimé cette lecture. Le billet de Patrice passe sous silence les pages qui m’ont ennuyée sans que je puisse en distin­guer l’intérêt.

Egidius Arimond est un ancien profes­seur de latin écarté de l’en­sei­gne­ment parce qu’il était épilep­tique, et que, sous le régime nazi, on écarte ‑voire on élimine- tous les handi­ca­pés. Il ne doit sa survie qu’aux exploits de son frère qui est un pilote émérite de l’ar­mée de l’air alle­mande. Sa qualité de lati­niste l’en­traine à traduire de très anciens docu­ments d’un certain Ambro­sius Arimond (un de ces ancêtres ?) et j’ai trouvé ces textes sans grand inté­rêt, je trouve que ça alour­dit inuti­le­ment le roman.
En revanche, comme Patrice, j’ai été inté­res­sée par tout ce qu’il raconte sur les abeilles. J’étais bien au milieu de ces reines et de ces ouvrières, telle­ment mieux que dans son village gangréné par la présence nazie.

Egidius, doit gagner de l’argent pour se procu­rer ses médi­ca­ments contre son épilep­sie, c’est une des raisons pour laquelle il accepte de faire traver­ser à des juifs, la fron­tière belge. Ses abeilles et ses ruches l’aideront à cacher les personnes à qui il doit faire passer la fron­tière : elles seront dissi­mu­lées dans les ruches et recou­vertes d’abeilles. L’argent n’est pas sa seule moti­va­tion, il sait qu’il doit sa survie à la gloire de son frère, son handi­cap lui donne le recul néces­saire pour juger le régime. Le médi­ca­ment qui lui permet de ne pas avoir de crises épilep­tiques graves est de plus en plus cher, Edigius se confronte au mépris du phar­ma­cien un nazi convaincu qui ne souhaite que sa mort.

Au village les hommes manquent, car ils sont au combat, et Egidius entre­tient avec leurs femmes qui lui plaisent des bons moments d’un érotisme très sensuel très bien raconté, mais ces rela­tions le mettent en danger.

Un roman assez lent ‑je retrouve souvent cette lenteur dans les romans alle­mands – mais je m’y suis sentie bien car le person­nage prin­ci­pal est atta­chant, il m’a fait aimer les abeilles !

Citations

Un joli souvenir

Mon frère avait toujours rêvé de s’éle­ver loin au dessus de la terre d’une manière ou d’une autre ; autant que je me souvienne, il voulait deve­nir pilote d’étoiles.

On sait cela, mais c’est terrible de le lire :

La loi nazie sur la préven­tion des mala­dies héré­di­taires de la progé­ni­ture comprend la débi­lité congé­ni­tale, la mala­die maniaco-dépres­sive, l’épi­lep­sie héré­di­taire, la danse de Saint-Guy héré­di­taire, la cécité héré­di­taire, la surdité héré­di­taire, les défor­ma­tions physiques graves l’al­coo­lisme profond. Les déci­sions concer­nant la stéri­li­sa­tion forcée et l’eu­tha­na­sie sont prises par le tribu­nal canto­nal. J’ai été stéri­lisé dans l’hô­pi­tal voisin. Le fait que je n’aie pas été trans­féré dans une insti­tu­tion comme les autres pour y être exécuté est proba­ble­ment dû à la posi­tion de mon frère. Avec son tableau de chasse, Alfons est un héros du natio­nal socia­lisme ; il est même passé une fois aux infor­ma­tions avec son escadron.

L’amour

Elle me dit des choses que je ne veux pas savoir, me parle d’amour. Je la blesse notam­ment quand je lui dis que l’amour, ça n’existe pas, qu’il n’y a que la séduc­tion et le désir, et que notre désir n’a rien à voir avec la vertu.

Descriptions des cadres du parti Nazi

Je retourne au lit et je rêve de faisans dorés. Ils ont des visages pâles, une couronne de peau imberbe autour de leurs yeux couleur jaune d’œuf. Ils portent des huppes à longues plumes irisées qui tombent jusque dans leurs cous rasés, des panta­lons et vestes d’uni­forme, de larges lanières de cuir qui ont du mal à conte­nir leurs ventres. Ils se parent d’in­signes et de médailles du parti et émettent des sons guttu­raux stri­dents. Le dessous de leur plumage vire au brun. Les grandes plumes de leurs ailes aux reflets métal­liques sont effi­lées aux extré­mi­tés. Ils s’ima­ginent qu’ils pour­raient voler et domi­ner le monde pendant mille ans. Leurs pattes maigres sont écailleuses et couleur de corne, leurs longues serres recour­bées sont dans des bottes de cuir bien astiquées.

De l’utilité des mâles

Dans certaines colo­nies, j’ai déjà retiré des cadres le premiers couvain oper­culé de mâles. Trop de mâles ne sont pas bons pour la ruche, ils ne sont utiles que pour la repro­duc­tion, à part ça, ils ne sont bons qu’à se servir dans le miel et à salir la ruche avec leurs excré­ments. ce qui veut dire que les ouvrières, en plus de s’oc­cu­per des larves, doivent nettoyer leur sale­tés dans la ruche.

Éditions Picquier Traduit de l’an­glais par Santiago Artozqui

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Ce roman a obtenu un coup de coeur à notre réunion du mois de décembre, je me suis empres­sée de l’emprunter et si j’avais réussi à le lire avant notre réunion je l’au­rais défendu malgré mes quelques réserves.

Il a tout pour plaire ce roman : sous-tendu par le drame person­nel de trois femmes iraniennes réfu­giées en Irlande dans le comté de Mayo, le roman dévoi­lera peu à peu les horreurs qu’elles ont vécues sous la répres­sion aveugle du shah d’Iran et la montée de l’in­to­lé­rance isla­miste. Dans ce petit village de Balli­na­croagh, elles ouvrent un restau­rant aux saveurs de leurs pays, et sont à la fois bien accueillies par une partie de la popu­la­tion et en butte à ceux qui voient d’un mauvais œil ces femmes venues d’ailleurs. Le style de Marsha Mehran est emprunt de poésie à l’image des contes perses et contri­bue au charme un peu envou­tant de ce récit. Et puis, ce roman est un hymne à la cuisine iranienne, on savoure ces plats (que je me garde­rai bien d’es­sayer de repro­duire malgré les recettes qui sont géné­reu­se­ment expli­quées) tant elles demandent des épices que je ne saurai trou­ver sur mon marché de Dinard et tant elles me semblent complexes à réali­ser. Ce qui est très bien raconté ici, c’est le poids de la cuisine dans l’exil : refaire les plats aux saveurs de son pays, c’est un peu vaincre la nostal­gie de la douceur de la vie fami­liale qui a été détruite par des violences telles que la seule solu­tion ne pouvait être que la fuite.

La descrip­tion des habi­tants du village irlan­dais manque de nuances, il faut l’ac­cep­ter pour rentrer dans le récit. Le succès du restau­rant tient de l’en­vou­te­ment pour des parfums d’épices venues d’ailleurs. L’amour de la plus jeune des sœurs pour le fils du person­nage odieux qui veut rache­ter leur boutique relève du conte de fée . Cela ne m’a pas empê­chée de passer plusieurs soirée en compa­gnie de ces person­nages dans ce petit village arrosé d’une pluie conti­nue ou presque. J’ai aimé le courage de ses trois femmes et de leur volonté de vivre quel que soient les drames qu’elles ont traver­sés. Évidem­ment, on pense à tous ceux qui ont essayé de fuir des pays où des répres­sions sans pitié écrasent toute tenta­tive de vie libre.

La mort tragique de cette jeune auteure d’ori­gine iranienne est un poids supplé­men­taire à la tris­tesse qui se dégage de cette lecture qui se veut pour­tant réso­lu­ment opti­miste. Le roman se situe en effet à une période où les réfu­giés iraniens trou­vaient leur place dans un monde qui était plus ouvert aux drames des pays soumis à des violences inima­gi­nables. Ce monde là, appar­tient au passé car nos civi­li­sa­tions occi­den­tales sont surprises par l’am­pleur des drames des pays à nos fron­tières et se sentent dému­nies face à l’ac­cueil de pauvres gens chas­sés de chez eux et prêts à risquer leur vie pour un peu de confort dans un monde plus apaisé. Ce n’est pas le sujet de ce roman mais on y pense en se lais­sant bercer par le charme des saveurs des plats venus d’orient dans ce village où la viande bouillie arro­sée de bière semble être le summum de la gastronomie.

Citations

La voisine malfaisante et médisante

Dervla Quigley avait été frap­pée d’in­con­ti­nence, un problèmes de vessie très gênant qui l’avait cloué chez sa sœur ‑laquelle était dotée d’une patience à toute épreuve- et lais­sée l’es­sai tota­le­ment dépen­dante de celle-ci. Inca­pable de maîtri­ser son propre corps, Dervla avait bien­tôt été obsé­dée par l’idée de mani­pu­ler celui de tous les autres. Les ragots n’étaient pas seule­ment ses amis et son récon­fort, mais aussi la source d’un grand pouvoir.

Vision originale de l’acupuncture

Elle était même allée consul­ter un acupunc­teur chinois qui, au plus fort des seven­ties et de l’amour libre, s’étaient établis dans Henry Street à Dublin. La force de l’âme de ce chinois l’avait impres­sion­née ‑Li Fung Tao prati­quait son tai-chi mati­nal en toute séré­nité pendant que les vendeurs ambu­lants de fruits et de légumes appâ­taient les chalands en beuglant tout autour de lui‑, mais ses aiguilles n’avaient eu pour effet que de lui donner l’im­pres­sion d’être un morceau d’an­chois plongé dans une mari­nade d » »alici » à base d’ori­gan et de poudre de piment. 

Les épices

Dans le livre de recettes qu’elle avait stocké dans sa tête, Marjan avait veillé à réser­ver une place de choix aux épices qu’elle mettait dans la soupe. Le cumin ajou­tait au mélange le parfum d’un après-midi passé à faire l’amour, mais c’en était une autre qui produi­sait l’ef­fet tantrique le plus spec­ta­cu­laire sur l’in­no­cent consom­ma­teurs de ce velouté : le « siah daneh » – l’amour en action- ou les graines de nigelle. Cette modeste petite gousse, quand on l’écrase dans un mortier avec un pilon, ou lors­qu’on la glisse dans des plats comme cette soupe de lentilles, dégage une éner­gie poivrée qui hibernent dans la rate des hommes. Libé­rée, elle brûle à jamais dans un désir sans limite et non parta­ger pour un amant. la nigelle est une épice à la chaleur si puis­sante qu’elle ne doit pas être consom­mée par une femme enceinte, de peur qu’il ne déclenche un accou­che­ment précoce.

Fabcaro Édition 6 pieds sous terre Thierry Beau­champ ÉditionWombat

Ces deux livres la BD de Fabcaro et les courtes nouvelles de Thierry Beau­champ n’ont en commun que d’avoir fait rire Jérôme et moi aussi. Pour Fabcaro je recon­nais que depuis Zaï Zaï Zaï je suis une incon­di­tion­nelle. Je suis prête à partir dans le rire immé­dia­te­ment. Mon préféré est sans doute, Mourir d’ai­mer, sans oublier Formica. 

Encore une fois, j’ai ri mais peut être un peu moins, je connais un peu tous les ses procé­dés de Fabcaro qui manie avec dexté­rité un humour décalé jamais méchant :

( Si le texte vous emble flou en cliquant sur la photo il sera plus net)

dans cette BD l’auteur essaie diffé­rents procé­dés, le roman photo, le Western, mais aussi les réac­tions autour de lui, quand il parle de son projet l’éton­ne­ment de son éditeur :

Tout un livre à partir d’un dessin de bite sur la joue ? …Euh… tu es sûr de ton projet là ?

et bien pour ceux et celles qui aiment l’ab­surde de Fabcaro ne doutez pas, vous allez partir dans une aven­ture passion­nante pleine de rebon­dis­se­ments. N’écou­tez pas les propres enfants du dessi­na­teurs qui ont du mal à comprendre toute la gran­deur du projet de leur père :

- Papa t’es connu main­te­nant , tu peux pas faire n’im­porte quoi

-Les gens ils attendent ton prochain livre, tu vas pas faire une histoire de bite sur la joue ? ! !

Un sourire garanti pour ceux qui, comme moi, aime cet humour.

Précieux conseils pour entrer dans la légende du sport

Quand l’important n’était pas (toujours) de gagner

Pour ce deuxième livre, il s’agit d’un recueil de nouvelles autour des histoires pitto­resques des débuts des jeux olym­piques. Sous forme de 24 courtes nouvelles nous décou­vrons le côté amateurs des jeux et c’est très amusant. Le livre se prétend une aide pour réus­sir les jeux olym­piques et les conseils me semblent très judicieux :

En fait, il faut savoir raison garder et ne pas se trom­per d’éti­quettes, car ces règles précises et complexes ne possèdent pas de prin­cipe magique intrin­sèque. Ce fut là une erreur récur­rente chez bon nombre de nos compa­triotes. Ainsi, lors des jeux olym­piques de 19o0 à Paris, la mysté­rieuse Mme Froment-Meurice disputa le tour­noi de golf en talons hauts, ce qui lui coûta proba­ble­ment une gloire éter­nelle puis­qu’elle s’en­fonça dans le green et ne parvint pas à accé­der à la troi­sième marche du podium. Quant au disco­bole Jules Noël, le colosse de Norrent- Fontes, sans doute crut-il prêcher l’exemple en siro­tant du cham­pagne entre deux lancers aux jeux de Los-Angeles, alors que la prohi­bi­tion minait encore le moral de la grande nation améri­caine. Proba­ble­ment indi­gnés, les juges préfé­rèrent regar­der le saut à la perche plutôt que son jet final, qui aurait pour­tant dû lui valoir la médaille d’argent.

Vous appren­drez que le premier tir aux pigeons se faisait avec de vrais pigeons, qu’un homme avec une jambe de bois remporta six médailles d’or, qu’une femme ayant gagné le tour­noi de golf ne l’a jamais su car elle est partie avant les résul­tats. Et tant d’autres petites anec­dotes savoureuses.
Merci Jérôme pour ces deux sourires.

Édition Gras­set

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Excu­sez le flou de la photo !

J’ai bien aimé ce roman qui raconte le déses­poir d’une enfant qui ne retrouve pas, un soir en reve­nant de l’école, sa mère, à la maison. « Elle est partie » lui dit son père, et elle n’en saura jamais plus.

Sa mère grande dépres­sive, était depuis quelques temps deve­nue mutique et restait allon­gée sur un lit. Son père et sa fille venaient lui parler sans que jamais elle ne leur réponde. Et puis, trente ans plus tard, un message télé­pho­nique lui apprend où vit sa mère. En aban­don­nant immé­dia­te­ment tout, elle part retrou­ver celle qui lui a tant manqué.

Le roman suit le voyage de cette femme vers sa mère et la lente remon­tée dans ses propres souve­nirs. On comprend sa colère contre son père et ses grands-parents qui l’ont élevée mais qui n’ont jamais voulu lui dire où était sa mère. Le savaient-ils ? Elle a choisi le théâtre pour se recons­truire et cette adoles­cente bles­sée a retrouvé dans la person­nage d’An­ti­gone un écho à sa propre douleur. Son père va refaire sa vie et la laisse près de ses grand-parents. On a du mal à comprendre pour­quoi ce silence qu’elle ne peut inter­pré­ter et en consé­quence de quoi la prive d’un rapport normal avec eux. Ils n’ont pas su l’ai­mer mais elle ne s’est pas lais­sée appro­cher d’eux. Pour­tant, si sa grand-mère est très brusque, son grand-père semble plus tendre. Elle retrou­vera sa mère mais n’en saura pas beau­coup plus.
Le lecteur n’aura jamais toutes les clés pour mieux comprendre les person­nages de ce roman. La dépres­sion de sa mère, le silence de son père et de ses grands-parents, et pour­quoi adulte, elle n’a pas plus cher­ché où était sa mère. Cela m’a un peu gênée, pour faire de ce roman un vrai coup de cœur.

En rempli­q­qant mon abécé­daire je me suis aper­çue que j’avais déjà lu un livre dette auteure : « Rêves oubliés » (que j’avais bien oublié, il est vrai !)

Citations

Départ de sa mère

Elle se souvient du jour où son père, Isidore, lui avait dit : maman est partie.
Une phrase simple sujet verbe parti­cipe passé. Une phrase tout à fait intel­li­gible. Magda­lena la compre­nait, mais la trou­vait trop courte. Il manquait au moins un complé­ment de lieu, ainsi que plusieurs para­graphes d’ex­pli­ca­tions. Une maman ne part pas comme ça.

Le courrier

Les gens ne s’écrivent plus, disait-il à Appo­lo­nia, des cour­riers élec­tro­niques, c’est de l’écrit impal­pable, et ce qui ne se touche pas ne compte pas. À la fin, je ne portais plus que des publi­ci­tés, des factures, des rele­vés de banque, aucune trace de stylo, d’écri­ture, une carte postale de temps en temps pour une grande tante parce qu’on sait qu’elle aime ça. Souve­nir de Rome, de Budapest.

Métier d’actrice

Chaque person­nage est un manque de plus, un effa­ce­ment du trait, un détour sur le chemin, un sentier sauvage à défri­cher, une bifur­ca­tion, une excuse, une halte, encore une, pour ne pas s’ap­pro­cher du cœur, du poumon, et rester en lisière de soi, de son propre désir, se remplir du regard des autres, pour le prendre en embus­cade, le séduire, s’en empa­rer, afin d’évi­ter toujours d’être soi-même ?

Édition Galli­mard. Traduc­trice Fanchetta Gonzalles-Battles

Je lis très peu de romans poli­ciers , mais j’avais déjà noté le nom de cet auteur chez Keisha et j’ai vu dans ma média­thèque préfé­rée qu’il avait reçu un coup de cœur de « mon » cher club de lecture. Je me suis donc plon­gée avec grand inté­rêt dans ce récit qui se passe à Calcutta au Bengal dominé par l’or­gueilleuse puis­sance britan­nique. C’est le prin­ci­pal inté­rêt de ce roman, car la trame poli­cière est assez faible, selon moi, mais j’ac­cepte volon­tiers ne pas être un bon juge en la matière. La descrip­tion de la vie en Indes en 1919 est riche en consi­dé­ra­tions socio-poli­tiques. Le prin­cipe de base est : ce qui est bon pour les Anglais ne l’est pas pour les Indiens, en corol­laire toutes les façons de faire comprendre aux Benga­lis si peu déve­lop­pés que leur seul inté­rêt est d’ac­cep­ter la domi­na­tion des êtres supé­rieurs que sont les Anglais sont utili­sées, de l’hu­mi­lia­tion indi­vi­duelle à la répres­sion de mani­fes­tants paci­fiques. Et bien sûr toutes les richesses du pays sont entre bonnes mains c’est à dire des mains anglaises ou écos­saises. Tout cela, sous un climat très diffi­cile à suppor­ter qui ronge les esprits et les corps de ceux qui sont habi­tués à la saine fraî­cheur de Londres et de sa campagne envi­ron­nante. Comme dans tout polar, l’en­quête est menée par un couple de poli­ciers que l’on retrou­vera sans doute dans les autres romans de cet auteur (car il y en a d’autres) : le capi­taine Whynd­ham qui a laissé toutes ses illu­sions sur l’hu­ma­nité et sur la couronne britan­nique dans les champs de bataille de la guerre 1418 et le sergent Barne­jee un Indien partagé par son amour de l’ordre et son amour pour son peuple que l’ar­mée anglais ne pense qu’à mettre au pas. C’est un couple inté­res­sant et je pense que les prochaines enquêtes vont voir les failles de ces enquê­teurs créer de nouvelles tensions. Le roman est écrit par un auteur anglais, de parents indiens immi­grés en Écosse. Et cela fait tout l’in­té­rêt du livre car, héri­tier de deux cultures, Abir Mukher­jee est loin d’avoir une vue simpliste de ce qui s’est passé dans le pays dont ses parents sont originaires.

Un roman poli­cier comme je les aime, c’est à dire qui permet de comprendre une société avec un regard original.

Citations

Toujours cette façon de se débarrasser des enfants en Angleterre

Harde­ley n’était pas diffé­rent de la myriade d’autres établis­se­ments mineurs qui parsèment les comtés du centre du pays. Provin­cial par son empla­ce­ment et parois­sial par son compor­te­ment, il appor­tait une éduca­tion passable, un vernis de respec­ta­bi­lité et, plus impor­tant un lieu commode où parquer les enfants de la classe moyenne qu’il fallait caser dans un endroit discret pour une raison ou une autre .

Le style colonial

C’est une carac­té­ris­tique de Calcutta. Tout ce que nous avons construit ici est dans le style clas­sique. et tout est plus grand qu’il n’est néces­saire. Nos bureaux, nos rési­dences et nos monu­ments crient tous :« Regar­dez notre œuvre ! nous sommes vrai­ment les héri­tiers de Rome. »
C’est l’ar­chi­tec­ture de la domi­na­tion et tout cela paraît un tanti­net absurde. Les bâti­ments palla­diens avec leurs colonnes et leurs fron­tons, les statues, vêtues de toges, d’An­glais depuis long­temps décé­dés et les inscrip­tions latines partout des palais aux toilettes publiques. En regar­dant tout cela, un étran­ger serait en droit de penser que Calcutta a plutôt été colo­ni­sée par les italiens.

Et c’est hélas vrai !

L’opium n’est vrai­ment illé­gal que pour les travailleurs birmans. même les Indiens peuvent s’en procu­rer. Quant aux Chinois, eh bien nous pour­rions diffi­ci­le­ment le leur inter­dire, attendu que nous avons mené deux guerres contre leurs empe­reurs pour avoir le droit de répandre ce maudit truc dans leur pays. et nous l’avons bel et bien fait. Au point que nous avons réussi à faire des drogués d’un quarts de la popu­la­tion mâle. Si on réflé­chit, cela fait proba­ble­ment de la reine Victo­ria le plus grand trafi­quant de drogue de l’histoire.

Ambiance du matin

Mieux vaut parfois ne pas se réveiller. 
Mais à Call­cutta c’est impos­sible. Le soleil se lève à cinq heures en déclen­chant une caco­pho­nie de chiens, de corbeaux et de coqs, et au moment où les animaux se fatiguent, les muez­zins démarrent de chaque mina­ret de la ville. Avec tout ce bruit, les seuls Euro­péens à ne pas être déjà réveillés sont ce qu’ils sont ense­ve­lis cime­tière de Park Street.

Le passage que j’avais noté chez Keisha et qui m’a fait retenir le nom de cet auteur de ce roman policier

Sur une plaque de cuivre vissée sur une des colonnes on peut lire « Bengal club, fondé en 1827 ». À côté d’elle un panneau de bois annonce en lettres blanches :
ENTRÉE INTERDITE AUX CHIENS ET AUX INDIENS
Barner­jee remarque ma désapprobation.
« Ne vous inquié­tez pas, monsieur, dit il. Nous savons où est notre place. En outres, les Britan­niques ont réalisé en un siècle et demi des choses que notre civi­li­sa­tion n’a pas atteinte en plus de quatre mille ans.
- Abso­lu­ment, » renché­rit Didby.
Je demande des exemples.
Baner­jee a un mince sourire. « Eh bien, nous n’avons jamais réussi à apprendre à lire aux chiens. »

Les oiseaux

Je suis réveillé par ce que l’on appelle par euphé­misme le chant des oiseaux. En réalité c’est plutôt un affreux raffut, neuf dixième de cris stri­dents pour un dixième de chant. En Angle­terre le chœur de l’aube est aimable et mélo­dieux et ils rend les poètes lyriques pour parler des moineaux et des alouettes qui montent dans le ciel. Il est aussi divi­ne­ment court. Les pauvres créa­tures, démo­ra­li­sées par l’hu­mi­dité et le froid, chantent quelques mesures pour prou­ver qu’elles sont encore vivantes puis elles plient boutique et vaquent à leurs occu­pa­tions. À Calcutta c’est diffé­rents. Il n’y a pas d’alouette ici, rien que de gros corbeau grais­seux qui commencent à brailler aux premières lueurs de l’aube et conti­nuent pendant des heures sans une pause. Personne n’écrira jamais de poème sur eux.

Édition Hervé Chopin (H.C) . Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Je dis souvent (par exemple dans mes commen­taires sur vos blogs) que je lis peu de romans poli­ciers, et bien en voilà un que je vous recom­mande. L’en­quête poli­cière est moins passion­nante que la toile de fond de ce roman, qui analyse en détails ce qu’on connaît bien main­te­nant « le choc post-trau­ma­tique ». Est-ce que le nom de Vuko­var vous dit quelque chose ?

Ce roman décrit avec un réalisme à peine soute­nable le terrible siège de cette ville par les Serbes, il est décrit par le petit Duso un enfant de huit ans qui a vu l’in­nom­mable. On comprend que Duso est, vingt plus tard, Nikola Stan­ko­vik accusé du meurtre de la jeune et jolie Ivanka, croate elle aussi réfu­giée en Belgique à Bruxelles. Le lecteur en sait donc plus que les enquê­teurs, l’avo­cat, et la psychiatre char­gée de faire un diag­nos­tique sur l’état mental de Nikola. Celui-ci est un dessi­na­teur de talent et graf­feur de génie. À travers ses dessins, il en dit plus que par les mots qui sont défi­ni­ti­ve­ment bloqués dans son incons­cient. Le long proces­sus pour remon­ter au trau­ma­tisme d’une violence abso­lue est bien décrit et sans doute très proche des efforts que doivent faire les théra­peutes pour libé­rer la parole de leurs patients. Ensuite ceux-ci doivent se recons­truire mais est-ce toujours possible ? Au moment où je rédige ce billet, l’ac­tua­lité raconte le procès des assas­sins du Bata­clan, et certains resca­pés racontent des trau­ma­tismes qui les ont marqués à tout jamais, mais on mesure aussi l’importance de dire en public ce qu’ils ont vécu, ce que ne peuvent pas faire des enfants trop jeunes qui enfouissent leurs souve­nirs trau­ma­ti­sants au plus profond de leur mémoire.

Je n’ai mis que quatre coquillages à ce roman car j’ai trouvé que le genre « poli­cier » exigeait des simpli­fi­ca­tions dans les person­nages qui m’ont un peu gênée. La psychiatre qui lutte contre un collègue arri­viste qui ne soigne qu’à coups de calmants, est un grand clas­sique du genre et c’est trop mani­chéen pour moi. Mais ce n’est qu’un détail et je retien­drai surtout la descrip­tion du siège de Vuko­var que j’avais déjà bien oublié, et les dégâts dans une person­na­lité d’un enfant qui a vu sans pouvoir en repar­ler des horreurs de la guerre civile : oui, quand la violence des hommes se déchaîne, les enfants sont des proies trop faciles, trop fragiles et même s’ils survivent on ne sait pas grand chose des réper­cus­sions sur leur personnalité.

Citation

L’image des Français en Belgique

L’homme était d’ori­gine française.
Les fran­çais savent tout sur tout et tiennent à ce que ça se sache. Il avait d’emblée reven­di­quer sa natio­na­lité, en préci­sant la région et la ville de nais­sance, comme ils le font géné­ra­le­ment entre eux pour évaluer les forces en présence.
Les chiens se reniflent le derrière, au moins, c’est silencieux.