Éditions Charleston, 330 pages, mars 2024

C’est Géraldine qui m’a tentée, je n’avais pas encore entendu parler de cette autrice qui connaît pourtant un grand succès en particulier sur Babelio. J’ai très bien compris pourquoi à travers ce titre. Elle a choisi dans ce roman de cerner au plus près les violences conjugales. Gabriel et Abigaëlle ont été élevé par un père violent qui frappe régulièrement sa femme dès qu’il est envahi par des colères qu’il ne peut pas contrôler. La petite Abigaëlle se confie à ses cahiers et parle avec un psy, mais hélas pour cette pauvre famille, elle respecte la loi du silence que son père a imposé à toute la famille, alors grâce à son esprit d’enfant elle invente de belles histoires puisées dans ses lectures.

Aujourd’hui Gabriel est adulte, Abigaëlle recluse dans un couvent. Quand Gabriel rencontre Zoé, on se demande s’il saura construire un amour solide pour sa propre famille. Et puis il y a Aline la sœur de Zoé, dont la famille semble trop parfaite.

Le roman est construit de telle façon que je ne peux pas aller plus loin dans la présentation des personnages sans prendre le risque de supprimer les effets de surprises qui font aussi le charme de ce récit.

Je pense que ce roman est tout à fait accessible pour les adolescents et cela leur permettra peut être d’éviter les pièges dans lesquels les femmes s’enferment trop souvent en pensant que leur compagnon qui les frappent est surtout un homme malheureux et qu’elles peuvent l’aider, alors qu’ils sont avant tout, et surtout, des hommes violents et très dangereux, et que leur vie et celle de leurs enfants est en jeu.

Je recommande ce roman facile à lire dont le sujet est si important et dont l’ écriture est agréable .

Extraits

 

Début .

 GABRIEL N’EST PAS CELUI QUE VOUS CROYEZ. Je suis bien placée pour le savoir, je suis sa petite-sœur et le lien de sang qui nous unissait enfants ne s’est malheureusement jamais distendu. Ce n’est pas faute, pourtant, d’avoir tout fait pour l’éloigner de moi. Aujourd’hui encore, et bien qu’il ait quarante ans passés, il ne peut s’empêcher de me rendre visite au couvent deux samedis par mois. Il me raconte sa vie dans les moindres détails, sans jamais s’enquérir de la mienne. Je suis la seule à qui il montre son vrai visage.

La réussite.

 Aline notait dans son journal intime « Hello Kitty » qu’elle se marirait au plus tard à vingt huit ans, qu’elle épouserait un professeur d’université ou un avocat, qu’elle aurait quatre enfants qu’elle habillerait chez Cyrillus et aurait, une carrière brillante et une maison avec une véranda, dans la banlieue lyonnaise. Elle rêvait d’avoir une véranda quand elle serait grande comme d’autres rêvent de devenir Beyoncé ou Barack Obama.
Je tiens à préciser qu.elle n’était pas bêtement matérialiste. Il se trouve que sa meilleure amie à l’école primaire vivait dans un studio, seule avec sa mère, aide-soignante à mi-temps en Ehpad. Aline avait pu constater très jeune que si l’argent ne faisait pas le bonheur, la pauvreté n’aidait pas vraiment non plus.

La langue de l’enfant.

Profession de mes parents : Maman est une fée. Même papa le dit. C’est la fée néante. Avant elle était aide-soignante, mais elle a arrêté pour devenir fée après ma naissance. Parce que de toute façon elle gagnait pas un rond et papa pouvait pas prendre risque qu’elle en profite pour faire la pute, avec les médecins de garde. On la lui fait pas, à papa. Maintenant, Maman a beaucoup de chance parce qu’elle a plus besoin de travailler. Elle se repose tout le temps et s’occupe de nous et de la maison. Elle fait le ménage et la cuisine en écoutant toujours la même chanson. 

Son père.

En tout cas, Papa, il a un vrai travail, lui. Il se repose pas toute la journée comme maman à faire le ménage, la cuisine et le linge. Sur l’affiche de début d’année, pour son travail, il m’a dit d’écrire « cadre ». Comme pour un tableau au musée. Ça m’a fait rire toute seule devant ma table et mes amis m’ont insultée de bizarroïde. Je ne sais pas exactement ce que ça veut dire « cadre » et je m’en fiche un peu. Papa a aussi un collègue qui s’appelle ce connard de Lemarchand, dans son bureau. J’aime pas ce connard de Lemarchand, parce qu’il fait toujours sa tafiole et alors ça m’est Papa de mauvaise humeur. Moi, je peux deviner si Papa est de bonne ou de mauvaise humeur quand il claque la portière de la voiture. Parce que j’aime pas quand Papa est une mauvaise humeur. Maman non plus., elle devient toute blanche.

La violence intra familiale.

Et pendant longtemps, moi aussi, j’ai aimé mon père, j’ai cru que c’était une personne bien. Parce que j’étais petite, parce que c’était le seul père que j’avais, parce que j’avais besoin de croire que cette personne avec qui je partageais tant de gènes et de moments de bonheur n’était pas un monstre qui détruisait notre famille. Aujourd’hui, je sais que maman se trompait quand elle pensait qu’elle restait pour nous protéger, pour nous préserver des conséquences d’une séparation. Même le pire des divorces ne nous aurait pas détruit comme l’enfance à laquelle Gabriel et moi avons eu droit. On ne sort jamais indemne de la violence. Il n’y a qu’à voir ce que mon frère et moi sommes devenus pour le comprendre..


Éditions Aguillo, 404 pages, septembre 2025

Traduit du Slovène par Andrée Lück Gaye

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

 

Je suis si contente quand je peux enlever un livre de ma liste, mais je sais qu’il va vite être remplacé, grâce (ou à cause, c’est selon mon humeur) à la blogosphère. Pour ce roman c’est « Ju lit les mots » qui a été ma tentatrice.

Je suis allée vers ce roman car je n’avais jamais entendu parler des Alexandrines : des femmes slovènes qui dans la première moitié du 20° siècle se sont exilées pour subvenir aux besoins de leur famille. Elles étaient réputées pour leur sérieux et leur fidélité, elles étaient embauchées comme nourrices, dames de compagnie, femmes de chambre. Le sort des nourrices est particulièrement rude, car elles doivent laisser leur bébé pour nourrir celui d’une autre femme. On retrouve ici ce que Séverine Cressan avait décrit dans son roman Nourrices. Mais en pire car ces femmes sont très éloignées de leur famille sans possibilité de retour immédiat et ces femmes restent plusieurs années auprès de la famille .

Pendant ce temps, la famille en Slovénie, peut écluser les dettes, refaire la toiture de la ferme et même racheter quelques terres.

Le roman suit le destin de trois femmes en particulier, et évoque de nombreuses destinées de femmes parfois tragiques ou heureuses. Mais toutes ces femmes seront à jamais marquées par cette séparation.

Mérika, est nourrice et donc laisse chez elle un bébé de quelques mois pour s’occuper d’un petit Thomas anglais. La famille l’apprécie et lui fait une vie le plus agréable possible. Elle aura beaucoup de mal à s’adapter, elle est soutenue par une foi religieuse inébranlable mais son petit garçon lui manque terriblement. Dans cette famille il y a un certain Pierre, un homme qui tombera amoureux d’elle, elle résistera à cet amour coupable. Quand elle revient enfin chez elle, la nostalgie s’installera dans l’autre sens les années d’Alexandrie lui manqueront .

Ana, est déjà venue à Alexandrie et elle sera serveuse dans un hôtel. Sa condition est différente car son mari et sa belle mère sont des alcooliques qui ne l’aiment pas mais qui n’attendent que les sous qu’elle peut gagner. Son destin sera très différent elle épousera un homme d’affaire français et réussira à arracher sa fille de ce milieu rural arriéré .

Enfant la toute jeune et jolie Vanda qui finira dans le harem d’un très riche Bey égyptien.

Le roman décrit la vie à Alexandrie et un peu au Caire mais sans que l’on comprenne bien les enjeux politiques. On reste au niveau de ces femmes et la vie au delà d’elles n’apparaît pas, et cela est manque pour moi.

De la même façon, on ne sait absolument rien de ce qui se passe en Slovénie, quelques allusions aux fascistes italiens, c’est tout. Pourquoi ces paysans accumulent-ils tant de dettes à aucun moment, l’auteur ne l’explique, et pour moi c’est vraiment dommage.

Le romancier s’attache à comprendre le déracinement de ces trois femmes, et on sent le sérieux de son travail à travers les différents cas qu’il évoque, des femmes qui ont parfois connu des viols, souvent des violences mais le plus souvent c’est à leur retour en Slovénie qu’elles ont connu les pires difficultés : si le famille est très contente de recevoir l’argent des exilées petit à petit, on oublie leurs sacrifices et on espère qu’elles continueront à payer sans revenir. Et elles sont aussi souvent accusées d’avoir mené une mauvaise vie avec des arabes ou des noirs !

 

Le poids de la religion est incroyable, là aussi j’aurais aimé comprendre pourquoi la Slovénie est aussi croyante mais il faut vraiment ne pas attendre à un point de vue sociologique. L’écriture est très lourde, je n’ai absolument vu l’aspect poétique qui avait plu à Julie de  » Ju lit les mots » . Et j’ai parfois dû m’accrocher pour continuer ma lecture.

Ce n’est pas une déception car je ne savais vraiment rien de ce phénomène mais cette lecture n’a pas répondu à mes attentes. À vous de voir.

Extraits.

Début.

 

 Le paquebot tremblotait, dans son ventre, les moteurs fredonnaient le champ monotone du départ. Merica frissonnait, ses seins qu’elle avait pressé ce matin étaient de nouveau lourd. Où pouvait-elle se retirer pour qu’on ne la voie pas ?Elle avait déjà tordu deux fois le linge dans lequel cette nuit elle avait tiré le lait de sa poitrine, lait que son fils n’avait pas bu et qui s’écoulait dans les vagues..

Arrivée à Alexandrie.

 Merica a la poitrine, serrée, le souffle lui manque. Le monde qui s’approche semble sortir d’un four brûlant, elle se cramponne au bastingage comme si elle voulait rester sur le vapeur. Sainte Vierge, je t’en prie, reste à mes côtés, ne m’abandonne pas. Protège-moi, soutiens-moi, guide mon esprit, mes actes. Et je te le demande aussi, à toi, Joseph, mon saint-patron. Moi, j’ai terriblement peur, regarde, je suis comme un fétu de paille dans le vent. Si, tous les deux, vous ne vous tenez pas près de moi, toi et Marie, je vais me briser, je vais mourir dans les flammes. Saint-Joseph, protège-moi, reste au-dessus de nous trois. Amen, amen.
 La ville grandit et des détails se dégagent de l’embrasement ; les façades des maisons, les fenêtres, les balcons, les rues, les automobiles, les fiacres, les charrettes, les chevaux de somme, les haquets, les ânes.
-Mais ici, il n’y a pas de toit. ! s’esclame soudain Vanda. Où sont les toits ? Et quand il pleut ?

Les Slovènes .

 Dans tout Alexandrie et le Caire, et aussi ailleurs, les Slovènes étaient depuis longtemps extrêmement recherchées et respectées. Elles avaient la réputation d’être travailleuses, honnêtes et fidèles.

L’importance des croyances religieuses.

 Un jour, un voyant, pater Kornelij, vint en visite. Quand il aperçut ses yeux, il se mit à pleurer comme un enfant. Il ne savait rien du malheur de Valentina, mais ce qu’il avait perçu dans ses yeux l’avait tellement touché qu’il eut du mal à s’en remettre. Il dit à sœur Elizabeta que Valentina pleurait des larmes de sang qui ne pouvait s’échapper d’elle, c’est pourquoi elle gouttaient sans cesse sur son âme épuisée.

La difficulté de se débarrasser de ce qui enchaîne.

 Les rusées prennent les imbéciles dans leur filet. Il existe deux filets : l’un est utilisé par les églises du monde entier et l’autre par la politique. Des rêves  ! Ces rêves perfides et mensongés auxquels tant de croyants naïfs se laissent prendre !

3 ans plus tard : la peur du retour .

 Et où est-ce que je rentre maintenant, où ? Dans un village bouché, dans une maison où, c’est la campagne, tout est sale, tout est plein de mouches. Je retourne vers les vaches et les cochons et la serfouette. Et le râteau, la binette et la serpette… Jésus, maintenant il va falloir se remettre vraiment au travail. Mais est-ce que je saurais encore, Et est-ce que je serais encore capable de faire tout ça ? Est-ce que je saurai encore traire une vache ? Et racler le fumier dessous ? Avec les jolies mains que j’ai. Qui n’ont plus d’ampoules ni de durillon. La peau de ma paume est douce, veloutée. Au fond, là-bas je ne travaillais pas j’allaitais, j’emmaillotais, ensuite j’habillais, j’allais me promener avec un enfant, je le gardais, je parlais avec lui, je riais je me fâchais … mais je ne me servais pas de mes mains. Je n’ai jamais eu besoin de repasser même un moucadou, de recoudre un bouton. Rien. J’étais comme une petite damotte. Donc je n’ai peut-être plus de force dans les mains. Et tout ça va être difficile pour moi au moins pendant un certain temps, jusqu’à ce que je me réhabitue.


Édition Calman Lévy, 519 pages, octobre 2025

Traduit de l’italien par Samuel Sfez

 

Le sous titre : un grande saga sicilienne, dit beaucoup de ce roman qui s’étale des années 1900 à aujourd’hui, à travers le destin de femmes courageuses et combatives. Au départ, il y a Rose qui a résisté aux coups de son père, et qui est partie dans un autre village pour ouvrir une auberge avec son mari. L’image de cette femme incroyable domine tout le roman, il s’en est fallu de peu pour que cette famille connaisse le bonheur. Rose s’est mariée avec Sebastiano qui contrairement aux hommes siciliens ne battaient pas sa femme ni ses enfants. Hélas la guerre 14 va emporter cet homme qui sera le seul amour de Rosa, en lui laissant trois enfants à élever. C’est la partie du roman que j’ai préféré, le combat de cette femme pour nourrir ses enfants et son combat dans la Sicile rurale m’a entraînée dans un monde que je ne connaissais pas. La violence des hommes est à peine imaginable les coups font partie du quotidien des femmes et des enfants.

La fille de Rose Selma est loin d’avoir son tempérament et elle se marie avec un bellâtre sans personnalité autre que plaire aux femmes. Rose est désespérée mais ne peut empêcher ce mariage. Selma sera une victime toute sa vie, ses deux aînées s’en sortent grâce à Rose leur grand mère adorée et aussi à leurs deux oncles qui veillent sur elles. Fernando le célibataire qui se sent responsable des filles de sa sœur et Donato le curé qui jouera un rôle important dans la vie de ses nièces. Tant sur le plan financier que sur le plan de la formation intellectuelle en particulier de Patrizia, dont il reconnaît l’intelligence.

La saga se terminent avec la vie de Patrizia, Lavinia et la plus jeune Marinella et pour moi l’intérêt du roman se diluent de plus en plus. J’ai cependant bien aimé le tempérament de Patrizia qui grâce à ses oncles arrivent à résister aux manœuvres de son père. La façon dont les deux grandes, travaillent et économisent le moindre sous est touchante et rendent, en contre point, peu sympathique les caprices de la petite dernière.

J’ai vraiment beaucoup aimé le début mais l’accumulation des personnages a compliqué ma lecture. Il faut se concentrer sans cesse pour passer d’un récit à un autre, j’ai eu une impression d’éparpillement et de me perdre d’autant que les noms italiens ne me sont pas immédiatement familiers. Et la dernière personnalité, celle de la dernière petite fille de Rosa m’a beaucoup déçue je n’ai pas les clés pour la comprendre. Il y a d’ailleurs dans tous les personnages , un curieux mélange de révoltes violentes et de soumission. Même chez Rosa qui déteste son gendre Santi qu’elle accuse, à juste titre d’être un parasite, finira par venir vivre chez lui. Je ne comprends pas tout mais je ne suis pas sicilienne.

Un roman qui permet de découvrir encore un peu plus le chemin que les femmes italiennes ont parcouru pour être ce qu’elles sont aujourd’hui, car même si les idées de Giorgia Meloni ne sont pas les miennes, cela me fait plaisir que ce pays soit gouverné par une femme. il me semble qu’en France on en est encore bien loin.

 

Extraits.

Début météorologique.

 Aujourd’hui est une journée où il pleut et où le vent souffle.
 D’habitude, à cette période en juin, on va déjà à la mer, on nettoie les sardines pour les faire griller sur la terrasse. Mais aujourd’hui, il ne fait pas un temps à mettre le nez dehors : le ciel est lourd comme du béton et les nuages filent rapidement vers la fin de la Terre, où ils s’entassent les uns sur les autres, toujours plus gris.

La loi des hommes.

 Une seule fois, Rosa avait posé une question à son père et maître, pour savoir si elle pouvait parfois sortir seule elle aussi, comme ses frères. Elle aurait aimé aller s’acheter une « cassatella » frite après la messe et la manger au bord du torrent, les pieds dans l’eau et les faucons au-dessus de sa tête ; après quoi elle rentrerait à temps pour préparer le repas du dimanche -là-dessus aucune inquiétude-, mais elle désirait seulement respirer un peu de liberté. Pippo Romuto l’avait alitée pendant une semaine à force de coups de ceinture, simplement pour s’être adressée à lui avec une telle assurance.
– À moins que le monde se mette à marcher sur la tête, c’est moi qui commande dans cette maison, et toi, tu obéis. Pas le contraire. Compris ?
 Le médecin du village de docteur Russo, était venu vérifier si Rosa avait les os cassés. Il avait recommandé du lait, du pain et du miel pour reprendre ses forces.

La rencontrer de Selma et Santi.

 Santi avait passé un après-midi désastreux en silence avec Selma, tandis que Selma avait passé à merveilleux d’après-midi de calme avec Santi. Agrippée à sa broderie, comme si c’était la seule chose à laquelle se raccrocher pour ne pas s’envoler, elle écoutait la voix de ce gentil garçon, se diffuser dans le patio. Selma cousait, levant de temps à autre, le regard pour répondre avec des haussements de tête aux rares questions qu’il lui posait, et Santi, c’était surpris à imaginer de quelle manière cette fille pâle pouvait lui apparaître belle. Mais rien à faire il n’arrivait à penser qu’à Nena, à ses yeux et à ses cheveux qui l’avait fait tomber dans le piège.

J’ai vu cela aussi dans des maisons dans la campagne bretonne.

 Il avait donc acheté un sofa bleu qui jurait avec le reste et sur lequel aucun invité ne s’était jamais assis. En réalité, eux non plus ne s’y asseyaient pas : pour ne pas le salir ni l’abîmer, son père avait conservé autour le plastique de l’emballage.
– J’aime bien ce plastique, ça ne se salit pas, et ça a de l’allure, avait-il dit.

La médisance.

 Au bout d’un an qu’elle gérait l’épicerie, Selma était devenue une petite attraction dans le quartier, et sa famille rendait les gens curieux. Et bavard. On disait que le mari de l’épicière était un bon à rien, et que sa belle-mère le maudissait. On disait que les filles de Selma étaient de pères différents, et que seule la dernière était du mari. Depuis le temps de l’internat, les ragots mettaient Patrizia en colère, et elle ne comprenait pas pourquoi les gens, s’ils ne pouvaient pas se mêler de leurs affaires, inventaient des histoires sur les autres : ainsi, elle avait tout le temps l’oreille tendue pour écouter les discussions des femmes devant le magasin quand elles faisaient la queue pour entrer ou qu’elles s’attardaient, leur sac de courses pendu au bras.

 

Éditions Fleuve Noir, 386 pages, octobre 2012

 

Ce n’est pas l’intelligence qui fait la valeur d’un homme, c’est la façon dont il l’emploie.

 

J’ai parfois besoin de penser à des choses agréables et oublier les soucis du monde, et malheureusement dans les romans policiers les meurtres m’angoissent et je ne suis pas fan du suspens. J’avais tellement ri à « Demain j’arrête » que j’ai pris ce roman à la médiathèque, je suis à peu près sure de l’avoir déjà lu. J’ai beaucoup moins ri, mais c’est très sympa et surtout les gentils gagnent (comme dans la vie, non ?). Un entrepreneur britannique est dépressif, car sa femme est morte et il ne voit plus sa fille. Son meilleur ami, pour lui remonter le moral lui trouve une place de majordome dans une belle propriété en France. Il nomme comme directeur à sa place la secrétaire dont il a compris sa valeur alors que les jeunes loups qui sortent des écoles sont à son avis juste bons à délocaliser et licencier.

Dans le domaine , peu à peu, Andrew Black sous le truchement d’un majordome, va retrouver le goût de vie en aidant tous les gens qui vivent dans cette propriété. La cuisinière qui sous un caractère brutale cache un grand talent de chef et un grand cœur. L’homme à tout faire qui vit dans le parc et qui va se révéler un allié pour Andrew et il va s’ouvrir à l’amour. La petite femme de ménage qui après un grand chagrin d’amour surmontera ses difficultés. Et le grand projet d’Andrew : c’est de redonner le sens de la vie à Nathalie la propriétaire du domaine. Andrew va réparer toutes ces âmes brisées et la sienne aussi. Car Nathalie se faisait avoir par des escrocs et est en train de perdre toute sa fortune.

L’humour vient de l’opposition de la culture britannique et française .

C’est un bon roman et cela se lit facilement, une bonne distraction et ce que je lui ai demandé de me faire oublier que dans le vrai monde ce sont plutôt les méchants qui gagnent !

Extraits

Début.

 Il faisait nuit un peu froid. Au cœur de Londres, devant l’hôtel Savoy, sous la verrière, un homme d’un certain âge vêtu d’un smoking faisait les cent pas en consultant fébrilement son téléphone portable. L’organisateur de la soirée qui se déroulait dans le grand salon, sortit du hall et s’approcha, laissant échapper par la porte tambour le son des cuivres de l’orchestre qui jouait du Cole Porter.

Ça n’a pas dû bien fonctionner.

 « Venant du type qui a essayé de se déguiser en sa propre mère pour aller excuser son fils chez le proviseur, je m’attends au pire…. »

Des dialogues plein d’humour.

(Andrew doit apprendre les math à enfant rebelle à l’école )
– Je vais avoir plus de mal avec les maths…Je ne me vois pas remplacer « deux » par Pikachu et « multiplié » par Iron Man.
– Dommage, ce serait plus amusant. T’imagines ? Grominet divisé par Scoubidou et multiplié par la petite souris !
– En parlant de petites souris, ne mentionne même pas l’animal devant Odile, c’est la crise cardiaque assurée et tu te retrouveras banni comme aux pires heures.
– Juste pour un mot ? Mais comment faisait-elle quand elle perdait une dent ?
– Je ne vois pas le rapport.
– Quand tu etais jeunot, et que tu perdais une dent de lait chez toi, on ne la mettait pas sous l’oreiller pour que la petite souris la prenne et te laisse une pièce à la place ?
– Chez nous, c’est la fée des dents qui s’occupe de ça.
– C’est pourri.
– Pourquoi une fée ferait-elle moins bien qu’un rongeur ? Nous, on ne tient pas à ce que des vecteurs de maladies infectieuses rampent sous l’oreiller de nos enfants pendant qu’ils dorment.
– Parce que vous y croyez sérieusement, vous, à la petite fée qui volette comme une gourde la nuit pour ramasser les chicots ? Vous en avez déjà vu beaucoup, avec leurs petites ailes et leur sourire niais ? N’oubliez pas de lui laisser la fenêtre de la chambre ouverte, à votre fait des dentiers, sinon vous allez la retrouver éclatée sur le carreau.
– En attendant, ta petite souris a dû laisser des crottes, la peste ou le choléra sous l’oreiller d’Odile, parce qu’elle est en état de choc dès qu’elle envoie une.
Magnier prenait la discussion très au sérieux et Black ne pouvait pas s’empêcher d’en jouer. Le régisseur n’avait plus aucun recul sur ces propos.
– Parce que bien sûr, vos fées ne font jamais caca.
– Pas sous l’oreiller des enfants, ou alors de ceux qui sont très méchants.

 


Éditions Albin Michel, 578 pages, octobre 2025

traduction révisée de l’américain par Guillemette Belleteste

De cette écrivaine américaine j’ai déjà lu « des vies à découvert« , j’ai assez bien aimé ce roman, mais que c’est long ! Il y a vraiment quelque chose qui ne passe pas entre les romans américains et moi. Les auteurs ont besoin de tellement de pages pour installer leur récit, que j’y vois une forme de prétention, comme si, ce qu’ils écrivaient, méritaient bien que les lectrices ou lecteurs restent avec leur œuvre plus longtemps que pour un roman européen : on est en Amérique, pays où tout est plus grand qu’ailleurs même les romans.

Mon agacement étant passé, je dois dire que j’ai bien aimé cette lecture et la façon dont cette autrice raconte les évènements qui ont secoué le Congo lors de son indépendance en 1961. La famille d’un pasteur complètement azimuté entraîne sa famille au Congo pour annoncer la bonne parole de Jésus à une population qui n’en a rien à faire, et qui surtout refuse le baptême dans une rivière infestée de crocodiles. Le roman est raconté du point de vue de sa femme, Orleanna, leur aînée Rachel, les jumelles, Adah et Leah, et la petite dernière Ruth May.

Quand ils arrivent en 1959, toute la famille vit sous la férule de ce Pasteur intransigeant et les enfants ne remettent pas en cause ses principes religieux. L’Afrique va très vite attaquer tous les beaux discours de ce Nathan, plus abruti que la moyenne des pasteurs baptistes. Il refusera de partir au moment de l’indépendance mettant sa famille dans une situation proche de la famine. Finalement la mort de le petite dernière provoquera le départ de sa femme avec Adah.

Chaque protagoniste de cette histoire apporte un éclairage différent :

 

  • Rachel l’aîné est l’adolescente typique américaine , elle est sotte et ne pense qu’à ses beaux yeux bleus et ses cheveux blonds , si, déjà, l’auteure avait évité ce personnage peu crédible, elle aurait allégé d’autant son récit.
  • Leah, est une enfant intelligente et qui veut comprendre le monde qui l’entoure , elle est au départ complètement soumise à son père, mais c’est elle qui le rejettera le plus fort et c’est aussi grâce à elle que le lecteur comprendra le mieux ce qui s’est passé au moment de l’indépendance. Elle se marie avec un congolais et fera sa vie avec lui plutôt en Angola pour éviter la milice de Mobutu.
  • Adah sa sœur jumelle est née avec un demi cerveau et ne parle pas, mais on apprendra plus tard qu’en fait elle est tout à fait normale et deviendra médecin grâce à des études brillantes aux USA.
  • Ruth May joue avec les petits congolais et semble heureuse parmi eux, malheureusement elle ne prend pas ses médicaments contre la malaria. Elle sera très malade et finalement mourra d’une morsure de serpent. Sa mort provoquera , enfin, le réveil de sa mère.
  • La mère est de plus en plus paniquée par la peur pour ses filles, elle doute de plus en plus des capacités de son mari et ressent une énorme culpabilité à ne pas être partie plus vite. Elle a un regard plus ouvert que son mari sur les Africains et à son retour elle luttera pour les droits civiques des noirs aux USA.
  • Nathan le père n’est raconté, jusqu’à sa mort seul dans une forêt, ô combien inhospitalière, par ces cinq femmes.

L’ intérêt du roman, c’est le récit des évènements lors de l’indépendance de ce pays qui avait été colonisé par la Belgique. Les Congolais étaient ravis d’avoir voté pour Patrice Lumumba, qui est devenu président de la république. Les Américains qui avaient peur que la richesse de ce pays passent dans les mains des communistes russes, fomentent un coup d’état et impose le tristement célèbre le dictateur Mobutu. Commence alors une répression féroce dont sera victime Anatole l’instituteur mari de Leah.

On voit aussi dans ce roman la difficulté de vivre dans un pays entouré d’une nature totalement hostile, et dont la population est aussi victime de préjugés bien ancré dans des traditions que rien ne peut affaiblir.

Je recommande ce roman, si vous avez beaucoup de temps devant vous et que vous pouvez plus calmement que moi supporter le comportement étroit, stupide, raciste, pervers de Nathan Price pasteur de son état et américain de surcroit .

Extraits.

Début.

 Imagine une ruine si étrange qu’elle n’aurait jamais dû être. D’abord, représente toi la forêt. Je veux que tu en sois la conscience, que tu sois les yeux dans les arbres. Des fûts d’écorce lisse et mouchetée telles des bêtes musculeuses qui auraient poussé en dépit du bon sens. Le moindre espace fourmille de vie : de délicates grenouilles venimeuses aux peintures de guerre en forme de squelette, accolées en pleine copulation, sécrétant leurs œufs précieux sur les feuilles ruisselantes. Des lianes étranglant leurs semblables dans leur éternelle lutte pour la lumière du soleil. La respiration des singes. Le glissement du ventre d’un serpent sur une branche. Une armée de fourmis débitant un arbre géant en grains uniformes qu’elles entraînent vers d’obscures profondeurs à destination de leur reine vorace. À laquelle répond un cœur de jeune plans surgit de souches pourries aspirant la vie de la mort. Cette forêt se dévore elle-même, vivante à jamais.

Arrivée au village au Congo.(pour pouvoir emporter en avion toutes leurs affaires, la mère et les filles portent le maximum d’objets sur elles )

 Nous sommes restés un moment à cligner des yeux, à regarder fixement à travers la poussière, une centaine de villageois sombres, minces et silencieux, qui oscillaient légèrement tels des arbres. Nous avions quitté la Géorgie au milieu d’un été de pêchers en fleur, et nous nous retrouvions dans un inquiétant brouillard ocre et sec, qui ne ressemblait strictement à rien de ce que nous connaissions en matière de saison. Avec toutes nos couches de vêtements nous devions ressembler à une famille d’Esquimaux lâchés dans la jungle. 
Mais c’était là notre fardeau et nous avions besoin de tant de choses ici. Chacune de nous arrivait chargée en outre d’un objet qui la meurtrissait sous ses vêtements : un marteau à pied de biche, un recueil de cantiques baptistes, ces précieux objets occupant l’espace libéré par quelques frivolités que nous avions trouvé la force de laisser derrière nous. Notre voyage s’était révélé une difficile recherche d’équilibre. Mon père, bien sûr apportait la parole de Dieu, qui, elle, heureusement ne pèse rien du tout…

Les noirs vus par la plus jeune.

 Noé a condamné tous les enfants de Cham à être des esclaves pour toujours, toujours. C’est pour ça qu’ils sont devenus noirs. 
Chez nous, en Géorgie, ils ont leur école à eux, comme ça ils peuvent pas faire les malins à l’école de Rachel ou à celle de Léa et Adah. Léa et Adah sont surdouées, mais il faut quand même qu’elles aillent à l’école comme tout le monde. Mais pas les enfants de couleur, le monsieur de l’église dit qu’ils sont pas comme nous, qu’ils doivent rester de leur côté. Jimmy Crow a dit ça, et c’est lui qui fait le règlement. Ils ont pas loin non plus d’entrer au restaurant de White Castel, ou maman nous emmènent boire du Coca ou au zoo. Leur jour de zoo, c’est jeudi. C’est dans la Bible..

Le perroquet, Mathusalem, jour de pluie. Humour

À l’extérieur, nous disposons d’une longue galerie ombreuse que notre mère originaire du Mississipi appelle « véranda ». Mes sœurs et moi, nous adorons traîner là dans nos hamacs, et nous avions hâte d’y retourner même le jour de notre première pluie. Mais les rafales soufflaient en diagonale, fouettant les murs et le pauvre Mathusalem indistinctement. Lorsque ses cris devinrent par trop pathétiques et insupportables, notre mère, le visage fermé, rentra sa cage à l’intérieur et la posa près de la fenêtre, où l’oiseau poursuivit ses commentaires étatiques. Le révérend se mit à soupçonner cette tapageuse créature, non contente d’être papiste, de féminitude latente.

D’où le titre.

 J’examine mes filles, aujourd’hui adultes, cherchant chez elles le signe d’une certaine forme de paix. 
Comment est-elle fait, alors je suis resté traquée par la crainte d’être jugée ? Les yeux dans les arbres donnent sur mes rêves. De jour, ils surveillent mes mains déformée pendant que je gratte le sol de mon petit jardin humide. Qu’attends-tu de moi ? Quand je lève les yeux avec mon regard de vieille folle, quand je parle toute seule que veux-tu que je te dise ?

Charmant programme !

La Bible dit :
 « Dieu dit aussi à la femme : Je vous affligerai de plusieurs maux pendant votre grossesse ; vous enfanterez dans la douleur. Vous serez sous la puissance de votre mari et il vous dominera. »

L’horrible pasteur.

 Une fois privés de notre allocation et de tout contact avec le monde extérieur à cause de l’indépendance, il apparut que le projet de Dieu voulait que Mère et Ruth May soient malades à en frôler le trépas. Brûlantes, couvertes de taches, la langue chargée, épuisée évoluant au ralenti, elles atteignirent la limite la plus extrême de ce que l’on imagine généralement, constituer un corps humain en vie.
 Le révérend semblait ne pas s’en préoccuper. Il poursuivait son œuvre missionnaire, laissant ses trous aînées en charge du foyer, pendant qu’il s’en allait visiter les âmes en péril ou voir Anatole dans le but d’imposer un enseignement biblique au jeune garçon. Ah, cette fameuse bible ou n’importe quelle âne doté d’une mâchoire rencontre son heure de gloire. Anatole, évidemment n’était pas très chaud. Souvent le révérend se contentait de sortir et d’arpenter seul la rive du fleuve pendant des heures, soumettant ses sermons aux jugements des lis des champs qui les comprenaient à peu près aussi bien que ses fidèles et qui, franchement se montraient un bien meilleur auditoire.

La différence entre le colonisé et le colonisateur vu par une enfant.

 Je pensais à la demeure des Underdown, , à Léopoldville avec ses tapis persans son service à thé en argent et ses petits biscuits au chocolat, entouré de kilomètres de bidonvilles et d’affamés. Peut-être que des jeunes aux pieds nus arpentaient cette maison au même moment, pillant le placard à provisions presque vide et mettant le feu aux rideaux dans une cuisine qui sentait encore le savon désinfectant de la maîtresse de maison. Je ne pouvais affirmer qui avait tort, qui avait raison. Je voyais bien ce que voulait dire Anatole en parlant de boa et de poules vivant au même endroit : vous pouviez suivre à la trace les écailles ventrales de la haine. Je jetai nerveusement un coup d’œil vers notre propre habitation sans tapis ni argenterie, mais cela avait-il tant d’importance ? Jésus nous protègerait-Il ? Lorsqu’Il sonderait nos cœurs pour juger de notre valeur, y trouverait-Il de l’amour pour nos prochains congolais ou du dédain.

 


Éditions Stock, 283 pages, janvier 2026

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

 

Il paraît que nous mourrons deux fois : la première à l’instant où notre cœur s’arrête ; la seconde, et celle-ci de façon moins violente, mais définitive lorsque plus personne ne se souvient de nous.

J’avais beaucoup aimé « La Cache » de cet écrivain, il explorait son appartement parisien pour comprendre la vie de la famille de son père, marquée par le sort des juifs pendant la guerre 39/45. Je faisais remarquer qu’il y avait une absente dans ce récit sa mère. Dans ce roman , il fouille le passé de la famille de sa mère, et on comprend pourquoi elle était absente du premier livre, comme son père elle devait être dépressive et ses parents ont divorcé. Mais aujourd’hui l’auteur passe des vacances dans la maison de douanier de son grand père. Ernest est un personnage complètement falot qui en dehors d’une photo est totalement absent sinon par des procès de réclamations incessante car pendant la guerre sa maison a souffert des bombardements. Et lui aussi, est certainement neurasthénique.

Le reste de la famille est plus intéressante, en particulier deux sœurs institutrices, mais hélas la tuberculose a bien sévi et l’auteur le raconte avec beaucoup de précision. Et le titre du roman, c’est qu’à Barfleur la mer attaque sans cesse la côte et que la maison sera peut être menacée un jour. Il trouve dans cette maison des poèmes, il aurait aimé les attribuer à une de ses tantes, Madeleine qui a tant lutté contre la tuberculose. Cette quête l’entraîne à travers les écoles normales, les sanatoriums, les écoles primaires, le couple Freinet, la résistance …

Il y a vraiment quelques belles pages sur la mer et les paysages battus par le vent, mais je n’ai pas réussi à m’intéresser à ce roman. Mais, je le redis, cet auteur a vraiment un très beau style.

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Extraits

Début.

 Ils sont cinq, et ils me regardent. Ils flottent au milieu de la photo, dans un paysage nébuleux, évoquant une tonnelle ou une charmille. Une lumière venue dont ne sait où forment autour d’eux un halo trouble. Ils planent dans un au-delà luminescent. Je les ai toujours vus là, accrochés dans la première pièce en entrant au-dessus du secrétaire en acajou. Enfermés dans leur guérite rectangulaire, ils gardent les lieux. Je les retrouve à chaque séjour étonnamment présents, à la fois vifs et hiératiques, dégageant un envoûtant magnétisme, paraissant même rajeunir à mesure que je vieillis.

Comment en effet ? Et surtout, pourquoi ?

 Comment écrire la biographie de quelqu’un présent dans la mémoire de personne ? D’un employé subalterne dépourvu et, plus encore, privé d’histoire. D’un douanier qui n’a rien à déclarer ? D’un homme, pas seulement muré dans le silence, d’un homme sans mot, atteint d’une forme, d’aphasie ?

Passage sur la tuberculose.

 La tuberculose a déclaré la guerre à la population du Val de Saie. Une guerre qui rappelle la peste des siècles passés, une guerre totale, une guerre invisible dont personne n’ose dire le nom.
 Le mot fait trop peur. Il équivaut à un arrêt de mort. Il passe pour une tare héréditaire. Le médecin lui-même évite de le prononcer, il élude souvent avec l’accord tacite des familles. Il n’a pas de véritable remède à leur offrir autant, alors autant ménager leur réputation. Il se contente de leur donner des recettes de grand-mères, du repos, du calme, des fécules, quelques ventouses qui laissent de grandes taches violacées sur la peau, et de la carnine une mixture élaborée à partir de sang bovin, vendue sous la marque, Le Franc.
 On considère la phtisie comme une dégénérescence. La rançon du vice, la paresse, une plaie sociale à l’égale à l’égal de l’ivrognerie et de la civilisation sortie tout droit des taudis et des caniveaux. Ceux qui s’en vont des poumons sont marqués de la croix indélébile des lépreux. Un signe d’infamie frappe leur maison pendant des générations. Dans les écoles où les mairies, des affiches illustrées par un dessin de Caran d’Ache, appellent à combattre un péril national, des milliards de bacilles, aussi menaçants qu’une armée ennemie, éructés, vomis, portillons, éternués, mêlés à la poussière et à la crasse. Dans un bourg où tout le monde se connaît, et où tout finit par se savoir, mieux vaut diagnostiquer une bronchite ou une pneumonie..


Éditions Gallimard nrf, 77 pages, décembre 2025.

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

77 pages pour une vie entière, c’est très court, et c’est beaucoup quand on a si peu de temps (à peine une nuit) pour la raconter et l’écrire. Une jeune fille, Claire, attend, pendant la guerre 39/45, son chef de réseau qui vient la rejoindre pour lui faire taper des textes. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’elle est éperdument amoureuse de lui. Alors au lieu de partir sans l’attendre, car telle est la consigne en cas de retard, elle l’attend et en l’attendant elle écrit le roman de sa vie avec lui.

Ce très court roman, permet de comprendre le drame que représente les vies trop courtes qui n’ont pas eu le temps de se réaliser, et le courage qu’il faut aux jeunes pour se sacrifier pour que d’autres vivent leur vie tranquillement. Les drames de la guerre sont rapidement évoqués et on sent bien les tragédies sous-tendues par des instants à peine évoqués.

Ce roman se lit très facilement et sans doute ne s’oublie pas aussi vite, mais c’est quand même trop court pour un grand plaisir de lecture et pourtant j’ai été très sensible aux moments plein de charmes d’une vie possible évoquée par la jeune fille. Cet auteur qui écrit de si long romans pour la jeunesse (excellents par ailleurs), s’adresse aux adultes dans un format très réduit (minimum) , je me suis demandé pourquoi, sans trouver de réponse.

Extraits

Début.

 Nos draps suspendus aux fenêtres les matins d’été. L’air chaud ne bouge presque pas. Je me suis éloignée dans l’herbe en chemise de nuit. Je regarde la maison depuis les arbres. Je le cherche autour de moi. Je crie son nom pour le plaisir. Il est peut-être allé se baigner.

Elle attend.

Je veux être vieille. Ralentir devant les miroirs. 

Le danger de la clandestinité.

 Il va apparaître avec sa colère. La colère froide du patron. Je répondrai que je sais bien la règle. Ni avance ni retard. Ne jamais attendre plus de trente minutes. Disparaître sans laisser de trace. Mais ce coup sur la porte, la joie pour moi de sa colère. Il dit : Vous serez notre perte. Je demanderai pardon. Mais vous êtes là, vous voyez que vous êtes venu. Écoutez-moi, j’avais quelque chose a vous dire. 
Alors, je murmurerai ma honte. L’amour. C’est la première fois que je dirais ce mot dans ma vie. Et je me reprends. Je lui jure aussi que je suis patriote.


Éditions Gallmeister, 274 pages, novembre 2025

Traduit de l’américain par Laura Derajinski

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

En 2017, j’avais déclaré que plus jamais je ne lirai cet auteur, que mon club de lecture m’avait découvrir avec le roman « Aquarium«  ; j’avais évidemment oublié (hélas !) cette déclaration, et j’ai donc lu un deuxième roman de cet auteur et j’espère bien que la prochaine fois je me souviendrai de ma tristesse en lisant ce roman.. Pourtant le sujet est très intéressant et même la façon dont le traiter est originale. Je raconte rapidement l’histoire de la pauvre jeune-fille Aica qui vit dans une petite île des Philippines. Sa famille est très pauvre, son père est un alcoolique violent. Un jour un étranger, Bob, arrive dans son beau bateau blanc, Aica n’a qu’un but se faire faire un bébé par Bob pour avoir une rente à vie. La première partie du roman, raconte toutes les hésitations de Aica et l’envie de Bob de posséder le corps de cette jeune fille. Finalement, elle part avec lui, commence alors la deuxième partie, Aica se rend compte que Bob ne lui fera pas de bébé car il s’est fait faire une vasectomie. Elle sait qu’alors elle s’est prostituée sans doute pour rien. Elle décide de tuer Bob , et commence la troisième partie, elle est bloquée dans son voilier car elle veut que le corps de Bob soit dévoré par les poissons avant de repartir. Pendant cette attente, elle rencontre Andy qui lui à l’opposé de Bob est d’accord pour faire des bébés à toutes les femmes philippines qu’il rencontre.

Commence alors la quatrième partie, elle rentre vers son île en se sachant enceinte. Et commence alors, une lutte à mort avec sa famille et les gens de son village, en particulier le chef qui veut absolument attirer les touristes dans leur petite île et qui attend de Bob (dont tous ignorent le triste sort), l’argent nécessaire à la construction d’un hôtel pour recevoir les visiteurs. Aica ne pourra que s’enfuir de ce village qui maintenant la déteste au plus haut point.

Un des aspect qui m’a intéressé, c’est la façon dont la jeune fille apprend peu à peu à se servir du bateau, il est certain que cet auteur connaît la navigation, et comprend bien comment une jeune peut se débrouiller sur une bateau même sans y connaître grand chose.

Pourquoi ai-je des réserves à propos de ce roman ? Ce n’est pas très juste de ma part, mais je déteste cette histoire, je n’ai aucune peine à imaginer que cela existe, mais ces riches occidentaux qui dépensent en un repas au restaurant de quoi faire vivre un mois une famille de pêcheurs, et qui peuvent donc s’offrir une jeune fille pour presque rien, me dégoûtent profondément. Aica, est calculatrice, meurtrière, menteuse, mais elle vit dans une telle misère que l’auteur comprend ce qui l’a amenée à cette conduite. Elle dialogue sans cesse avec elle et passe son temps à regretter ses décisions, qui sont toutes plus catastrophiques les unes que les autres, elle est prise dans une spirale infernale mortifère. Le meurtre de Bob est insoutenable et assez peu compréhensible. Je lui attribue quand même trois coquillages, car je pense que ce que décrit David Vann est plausible sinon exact. C’est triste !

Bref, ce roman pourra vous plonger dans un désespoir profond si par hasard vous aviez bon moral et confiance dans l’humanité.

Extraits

Début.

 Quand l’étranger apparaît pour la première fois, la mer est calme. Les grains de sable, bien à plat sur la plage, l’air doré. En compagnie d’enfants plus jeunes, Aica se tient sur une large branche de bois flottée, aux côtés de son amie, Ana Mae.
– Il est seul, dit Ana M.ae, il a un voilier.
Le voilier, amarré à la vue de tous dans la crique voisine, un mât unique, une coque blanche et lisse. Aica n’aime pas entendre ces mots prononcés à voix haute. C’est son rêve depuis trop longtemps. Ça devrait rester secret.

Ce que veut fuir Aica.

Aica a rincé le riz deux fois et le met à cuire sur le feu. Du charbon de bois en plein milieu de la maison, tant de fumée, et l’odeur aussi. Une gazinière ne ferait pas de cendre, pas de chaleur intense. Il suffirait d’allumer et de l’éteindre. Et un frigo pour conserver les aliments plus d’un jour sans avoir aller saler. Et des toilettes avec une chasse d’eau pour ne plus avoir à puiser de l’eau dans un récipient. Et une douche pour ne plus être obligée de se rincer avec un seau, Et plus de père ivre ne plus jamais l’entendre ni le voir.

Une scène bien racontée du danger du bateau à voile.

 Aica s’agrippe à la voile et grimpe sur la bôme, qu’elle enjambe, puis elle s’allonge sur le ventre et avance centimètres par centimètres jusqu’à l’extrémité. Avec le roulis, elle pourrait facilement tomber. Il ne faut pas qu’elle se blesse par-dessus le marché, elle est désormais au-dessus du cockpit, au-dessus du taud, elle continue à défaire la fermeture éclair et elle atteint enfin le bout.
 Elle doit à présent ramper à reculons par-dessus la voile, ce qui est bien plus difficile mais elle y parvient une progression lente puis elle se redresse en arrivant au-dessus de l’escalier. Elle descend et détache la corde qui maintient la bôme.
 La baume et la voile claquent de gauche à droite dans le mouvement des vagues. Aica fait attention de rester à bonne distance, tandis qu’elle retourne au mât.
(…)
 La grand voile est lourdes, elle gonfle dans le vent et se plaque contre Aica. À deux ou trois mètres de haut à peine et la corde est déjà tendue trop difficile à tirer, alors Aica la bloque avec le winch. La corde ou la voile ou le mât ou le winch pourrait se casser sous la pression et la force du vent, mais elle ne sait pas comment faire autrement, alors elle actionne le mécanisme du winch en utilisant la vitesse, la plus lente et la plus douce et elle regarde monter la voile.
 Le bateau avance à présent, il avance déjà et Aica est pleine d’excitation. Elle va peut-être réussir à sauver son bébé après tout, elle se précipite au gouvernail pour essayer de régler le cap sur l’autopilote. Elle devrait partir vers l’est, elle tourne la barre à gauche pour aller au sud puis à l’est, la bôme et la voile claquent soudain vers le côté opposé et soulève le bateau sous la violence de l’impact. Mais rien ne semble casser elle trouve l’est sur la boussole, règle autopilote et appuie sur le bouton. Elle repart vers le mât, dépasse l’escalier de la cabine, prends garde de ne pas perdre d’équilibre, mais une vague soulève soudain le côté du bateau la bôme tourne brusquement et Aica est fauchée, elle s’envole au-dessus du pont, si vite qu’elle ne voit plus rien sauf le bleu de l’eau quand elle y plonge (…)
Le bateau déjà si loin, si impitoyable. Entraîné par l’autopilote et la voile. Même la grand-voile partiellement hissée suffit à lui donner plus de vitesse que n’importe quel nageur.


Édition robert Laffont, 700 pages, mars 2008

Traduit de l’estonien par Jean-Luc Moreau.

J’ai ce livre depuis longtemps dans ma liste et je vais pouvoir l’enlever, je suis désolée Keisha, mais je suis restée à la page 500 . C’est intéressant mais que c’est long ! vraiment trop pour moi. Le récit n’avance pas, et on tourne souvent en rond. Dommage, car avec un auteur à l’esprit un peu plus concis j’aurais adoré cette lecture.

Cet homme Timo, noble important d’Estonie, a osé écrire au Tzar pour lui dire qu’il devait faire des réformes que rien ne marchait bien dans son empire. Cet homme a été enfermé neuf ans dans un isolement à peu près total, il ressort car on le pense fou. Et lui se demande aussi s’il n’est pas fou. Ce récit nous permet de découvrir l’Estonie de la fin du 19° siècle, sous un régime particulièrement injuste, on voit aussi combien la surveillance policière est constante et souvent faite par les familiers de la famille. On souffre avec cet homme qui doit ravaler sa dignité pour assurer la survie de sa femme et de son fils, et se faire humilier par des gens de si peu de valeur.

Tout le drame de ce noble estonien vient du fait qu’il a aimé une femme d’origine roturière, il paira cher sa volonté de liberté et de se marier avec elle. Le récit est vu par le frère d’Eeva, Timo a permis à cette femme et à son frère de recevoir une éducation qui leur permet de parler, allemand, français, russe en plus de leur estonien natal. Ils ont lu les principaux écrivains et philosophes de ces langues mais cela n’empêchera pas méchanceté de la noblesse estonienne qui est d’autant plus stupide qu’elle va bientôt être balayée par la révolution. Cela aussi le roman permet de le comprendre, ce monde ne fonctionne plus mais ces gens sont bien incapables de se reformer. Et quand, comme Timo, on a affranchi les serfs, tout le monde le juge fou plutôt que précurseur.

Et lisez aussi l’avis d’Ingannmic plus patiente que moi.

Extraits.

Début .

Voïsiku, jeudi 26 mai 1827.

 Avant toutes choses, je veux dire la raison qui me pousse à commencer ce journal. Je viens d’écrire « commencer  » : c’est qu’en effet pour ce qui est de le tenir impossible à savoir à l’avance si j’y parviendrai. Cela paraît si problématique. Tenir un journal, notre époque ne s’y prête guère. Ni ce pays. Et ce n’est pas du tout le genre de notre famille..

La condition paysanne en Estonie 1820.

 L’énorme machine fut immédiatement mises en branle. Il nous acheta par l’intermédiaire de l’inspecteur des domaines de la couronne pour deux fois notre prix. Il nous fit établir des chartes d’affranchissement. Naturellement, après une affaire pareille, nous ne pouvions pas rester à proximité du manoir de Holstre. En attendant mieux, il nous trouva une ferme dans le village de Kaavere, qui se trouvait sur sa propre terre de Vöisiku et nous y fit emménager avec toutes nos affaires.

Où Timo parle en public de l’affranchissement de son épouse.

 » Vous voyez ma femme ici présente : Praxitel pour sculpter son Aphrodite, aurait pu la prendre pour modèle ! Et -hm- (je notai non, sans approuver involontairement, que Timo n’oubliait pas d’épicer son sermon du vinaigre sucré de l’ironie.) pour ce qui est de Kant, Kitty, en tout cas ne l’a pas moins lu que nos autres dames. Mais comme vous le savez, j’ai acheté Kitty il y a quelques années. Selon la loi de ce pays pour le prix de quatre chiens de chasse anglais. Messieurs me tromperai-je en concluant que si les paroles de l’évangile ne sont pas un vain bavardage, le Christ dans ce pays vaut le prix de quatre chiens de chasse ?… »

Humiliation à l’église .

 Tandis que le cocher se glissait dans le fond de la chapelle, parmi les gens du commun, nous nous avançâmes tous les trois et prîmes place au pied de la chair dans la travée des Bock. C’est alors que la dame du domaine de Lustivere, Marie Samson von Himmmelstiern,se leva brusquement (elle était assise, elle aussi, dans la partie réservée à la noblesse, un rang derrière nous) le visage figé comme celui d’une statue de pierre en colère. Entraînant son Reinhold, elle dit assez fort pour que la moitié de l’église l’entendît :
 » Je préfère encore aller prier à l’étable là on sait au moins où on est. »
 Et d’un pas ferme, la femme devant est le mari derrière, il sortirent de l’église.
(Suivis de toute la noblesse sauf une famille)

Ironie .

 « Jacob voici le général gouverneur marquis Paolucci. L’empereur l’a envoyé ici personnellement afin qu’il mette Timo en prison et protège sa famille de tout tracas. Quel honneur rends-toi compte »


Éditions Cambourakis, 75 pages, novembre 2025

Traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly

Cet auteur a reçu le prix Nobel de littérature en 2025, d’où ma curiosité, je pensais qu’un si petit roman n’allait pas être trop compliqué à lire. J’ai pourtant dû m’y prendre à plusieurs fois, non pas parce que le texte ne comporte aucun point, l’auteur utilise une ponctuation suffisamment riche pour qu’on suive ce qu’il veut dire sans aucun problème. Ce qui au début était compliqué pour moi, c’est sa façon d’installer son récit dans le cerveau embrumé du narrateur qui n’est plus intéressé par rien, et qui pense ne mériter lui-même aucun intérêt. Il a, autrefois, imaginé être un écrivain, mais il sait maintenant qu’il n’a plus rien à dire. Comme le personnage de « La chute » de Camus, il finit ses soliloques dans un café à Berlin, où ses propos n’intéressent que vaguement le barman. Il raconte qu’il a (ou aurait car avec lui on n’est jamais sur de rien) été invité en Estrémadure pour écrire sur cette région d’Espagne. Apparemment, l’auteur y est très connu et on compte sur lui pour qu’il sache parler de façon originale de cette région. Bien sûr il n’a rien à dire, mais il est hanté par cette phrase, qu’il a lu il ne sait plus où « le dernier loup a péri en 1983 ».

Le récit tient sa force dans ce récit, comment les hommes ont fait une chasse sans pitié aux loups dans cette région, et comment cela a bouleversé ceux qui connaissaient bien ces animaux.

C’est plutôt une nouvelle qu’un roman, je ne sais pas si ce livre est représentatif de l’œuvre de cet auteur. Et je ne sais pas si je vais continuer à le lire, Sans être un livre extraordinaire, j’ai été touchée par le combat si inégalitaire entre les loups et les hommes, tout cela au nom d’un progrès qui n’apportera sans doute pas le bonheur à la population d’Estrémadure, région où la nature est tellement plus belle que l’horrible trottoir où se trouve le café d’où nous parle le narrateur. C’était sans doute là le but de l’écrivain : comment être sûr que la modernité vaut mieux que la misère d’autrefois ? et comment le monde animal est injustement traité par les hommes. ?

Plus enthousiaste que moi : Ingannmic 

Extraits.

Début.

Il se mit à rire, mais pas vraiment de bon cœur, car son esprit était occupé par des questions du genre : quelle est la différence entre la vanité des choses et le mépris, et à quoi cela se rapporte-t-il , d’après lui, cela se rapportait clairement à un tout émanant de tout et de partout ,or, si quelque chose s’appliquait à tout et émanait de partout, il était difficile de déterminer ce tout et ce partout, tout cela pour dire qu’il rit, mais seulement du bout des lèvres, à cause de cette vanité et de ce mépris qui gangrenaient sa vie, il ne faisait rien, absolument rien de ses journées, 

Vision dégoûtante.

tout le monde, les jeunes comme les vieux, crachait continuellement par terre en marchant, en arrêtant de marcher, en regardant les devantures de magasin, en attendant le bus, ce qui rendait le sol tout gluant, ici, il était impossible de flâner, car on avait l’impression qu’on allait rester coller au trottoir,

D’où le titre.

 il se souvient uniquement d’un étrange article sur l’écologie dans lequel les deux auteurs mentionnaient un homme -il avait écrit son nom quelque part mais ne se rappelait plus où- qui avait déclaré : » c’est au sud du fleuve Duero qu’en 1983, à péri le dernier loup » , c’était de toute évidence du fait de sa tonalité inhabituelle que la phrase lui était restée en mémoire

L’Estrémadure.

 la misère ici était épouvantable, j’ai vu les photographies montrant comment c’était autrefois et effectivement, la misère était vraiment épouvantable, il fallait y mettre fin, il y ont mis fin, ils vont poursuivre en ce sens mais ce qui est dramatique, c’est est que le seul moyen dont il dispose pour cela, c’est de laisser le monde s’introduire et de laisser ainsi la malédiction s’introduire car tout aussi bien la nature que la population de Estrémadure sera frappée de malédiction et il ne se doute de rien, ils ne savent pas ce qu’ils font, ni ce qui les attend, mais lui, dit-il en se désignant, il le savait,

Trait caractéristique du personnage.

personne n’avait vraiment envie de parler si bien qu’il gardèrent le silence un silence qui lui permit de réfléchir, enfin, il ne fallait pas prendre le mot réfléchir au pied de la lettre, au sens général du terme, car réfléchir, allait de pair avec concentrer son attention, il ne serait pas allé jusqu’à prétendre qu’il était concentré, non, il voulait simplement indiquer un état qui lui donnait l’air d’être concentré,