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Éditions Notab/Lia, 180 pages, mai 2026

C’est encore un roman dont j’ai conseillé l’achat à ma médiathèque suite à vos avis très favorables d’Yvan par exemple. J’ai récemment vu que Violette en a fait un coup de cœur. Mais je sais que j’ai lu auparavant d’autres avis positifs. Le charme de ce livre tient pour moi dans l’évocation des îles Féroé , l’auteur sait vraiment nous faire ressentir au plus près de ses propres sensations ces îles au climat rude toujours fouettées par le vent. Le chagrin de Jonas le père de la petite Anna née d’une mère si alcoolique qu’elle accouche d’un bébé qui ne pourra pas vivre très longtemps est touchant et dans un premier temps j’étais persuadée, moi aussi, de faire de ce roman un coup de cœur, mais on tourne en rond dans cette histoire , car tous les personnages , Olga la mère, Elin la tante, Ana et Jonas racontent chacun à leur tour le drame de ce pauvre bébé, le seuil en bois de la maison prend aussi la parole, le bonnet en laine tricoté pour le bébé aussi, ainsi que le village … J’avoue que je suis restée extérieure à ce procédé quant aux sept poèmes qui décrivent le vent de cette région, leurs souffles n’ont pas réussi à me ravir. En revanche, j’ai bien aimé la façon dont l’auteur se raconte comme visiteur de cette région qu’il aime mais où il sera toujours « l’ Étranger », ces quelques remarques sur la prononciation des noms de lieux m’ont fait sourire.

Malgré mes réticences je dois dire que ce roman m’a fait voyager dans une région que l’auteur sait très bien décrire.

Lisez aussi si vous voulez compléter votre opinion le billet d’Ingannmic 

Extraits

Gjóv

 Quelle qu’en soit la raison, s’il vous prend un jour l’envie de savoir à quoi ressemble les paysages de l’archipel des Féroé, faites comme tout le monde : ouvrez un moteur de recherche, rubrique « Images ». Parmi les photos qui s’afficheront alors, vous tomberez immanquablement sur moi. Savoir en quelle position j’apparaîtrai, ça, en revanche, c’est une autre histoire… Il faut dire que la concurrence est rude..

 

Les toits d’herbe.

 Son toit est recouvert d’herbes folles, comme tous les autres toits de l’archipel, en vertu d’une tradition millénaire. Vu de dehors, c’est très photogénique l’être humain en harmonie avec la nature, se fondant en elle en toute discrétion, un écohabitat qui s’ignore, à la mode avant l’heure. Une fois à l’intérieur, c’est autre chose. Pendant plusieurs jours, le temps de s’y habituer (et encore seulement un peu), on a vraiment la sensation d’être enterré vivant. Même l’échappatoire de la fenêtre ne suffit pas à réprimer l’angoisse qui monte dans la gorge et fait palpiter les jugulaires. Le pire, c’est la nuit. On reste immobile dans son lit à regarder le plafond, en respirant lentement, comme s’il fallait vraiment économiser chaque bouffée d’air. C’est idiot, mais irrépressible.

L’étranger.

 J’avais beau et multiplier les séjours Gjógv et les Féroé ne m’appartiendront jamais. Je serai toujours l’Étranger. Une curiosité pour les habitants, surpris de me voir revenir si souvent, certains se demandant – et moi, c’est cela qui me surprend – ce que je peux bien trouver à leur île au climat si rude. La première fois, un mois de juillet, je n’étais pour eux qu’un touriste au milieu des autres, noyé, confondu parmi ceux qui n’étaient là que pour le cliché instagrammable, deux trois respirations iodées et un  » C’est vraiment encore plus beau qu’en photo ! ». Ceux qui viennent pour voir et non pour regarder.


Éditions Gallimard NRF, 498 pages, avril 2026.

Traduit de l’italien par Romane Lafore

Ce roman permet de prendre conscience des différentes facettes du fascisme italien. L’intrigue se situe dans la région du nord de l’Italie, à Castrocaro, non loin du village de naissance de Benito Mussolini. La famille sur laquelle se concentre l’écrivaine est d’une pauvreté extrême, les enfants ont faim et froid. Le rôle des hommes est primordial pour le bonheur (relatif) de la famille. En général, il boit et cogne sur sa femme et ses enfants sauf exception. Et pourtant, les femmes sont loin d’être soumises, elles crient et se lamentent si fort que tout le monde est au courant de leurs malheurs. La grand mère, Fafina, est une femme forte, infirmière elle connaît bien la noirceur de l’âme humaine. Elle élève des enfants « des bâtards » et les enfants de sa fille dont Redenta, qui ne parle pas. Il faut dire que sa mère, Adalgisa, avant sa naissance avait accouché de deux enfants morts- nés et d’une petite fille qui n’a vécu que quelques jours. Elle est allée voir une sorte de magicien qui lui a promis la naissance d’une enfant vivante mais porteuse de la guigne. Et de la guigne, elle en a eu puisque son père l’a mariée à une ordure de fasciste à l’œil de verre (d’où le titre) qui la martyrisera de façon absolument horrible. La seule personne qui aurait plu la sauver, c’est Bruno, celui qu’elle aime depuis l’enfance car il est un des bâtards élevé par sa grand-mère.
Les aspects les plus noirs des comportements humains sont décrits avec précision et rendent la lecture de ce roman pénible, le mélange du fascisme avec le machisme italien est une horreur en particulier pour les femmes.
J’ai toujours pensé que le fascisme n’était pas le nazisme, et c’est vrai, mais quand un régime donne les pleins pouvoirs à des salauds de la pire espèce, pour les victimes, fascisme ou nazisme, cela ne faisait pas une grande différence.

L’épisode la guerre en Éthiopie est une horreur absolue, il fait partie des moments où j’ai eu du mal à lire ce roman. Avancer au milieu des cadavres d’enfants, voir des gens brûler vifs, réduire en cendre des villages de gens sans défense, par des soldats italiens armés de mitraillettes, dont le père de Redenta, et son futur mari, voilà un exemple de ce que je veux dire par une lecture pénible.
L’écriture est rude, je pense que l’auteure a voulu s’exprimer comme les gens de la campagne. Ce n’est pas toujours facile à comprendre, et comme le plus souvent on voit la réalité à partir des yeux de Redenta, sa naïveté et en même temps son absence totale de dissimulation rendent les faits de torture auxquelles elle est soumise, presque « normaux » , sauf pour le lecteur !

Un roman important pour la prise de conscience des réalités du fascisme italien, mais un roman volontairement confus, sans doute parce qu’à l’époque il était difficile de comprendre tous les enjeux.

Extraits.

Début. (Et quel début !)

 C’était beaucoup mieux avant, quand je n’étais pas là et qu’il n’y avait aucun de mes frères et sœurs, ni les vivants, ni les morts. Qu’il n’y avait que ma mère, qui se retournait sur le matelas de sa canfouine et hurlait :  » Tuez-moi, bordel de Dieu », ce à quoi la Fafina répondait : « Ferme-la ou tu vas rameuter le diable », et comme ça pendant trois jours et tous nuits, jusqu’à ce que ma mère pousse un cri féroce et que sorte Goffredo, le premier de mes frères morts. Quand on le gifla pour le faire pleurer, il ne pleura pas, si bien que la Fafina secoua la tête et dit :  » Il faut croire que Jésus Christ avait besoin d’un angelot là-haut. »

La polio.

 » C‘est la polio »
 Grand-mère poussa un cri et se jeta par terre.
« Bonté divine, la polio »
– Courage, il le faut., les cas de polio sont nombreux, vous savez. »
 Le docteur savait bien soigner les malades, et quand il n’y avait plus rien à faire, Il savait tout aussi bien dire la vérité. Il le faisait dans le respect de la souffrance des gens qui était toujours la même, et pourtant toujours différente. Tantôt terreur, tantôt épuisement, tantôt chagrin., il vit que pour la Fafina, c’était de la nervosité. 

Les hallucinations.

 J’espérai que mes frères et ma sœur mort reviennent, mais ils devaient en avoir assez de me tenir compagnie. Je n’en avais parlé à personne, on m’aurait dit que la polio ne s’était pas contentée de me rendre infirme, mais qu’elle m’avait aussi rendue cinoque. 

Sagesse de la tenancière du bordel.

–  Mais vous ou plutôt « nous » : que pouvons-nous connaître des hommes qu’avons-nous en commun avec eux ? Si l’homme pouvait « ne pas faire », je n’aurais pas ce travail. 
– Si, il pouvait, il pouvait se retenir par respect pour moi.
Et vous, est-ce que vous parvenez à retenir, pardonnez mon audace, votre sang menstruel, c’est la nature humaine et elle nous commande. Elle a voulu ceci pour la femme et cela pour l’homme. Ce que nous rejetons par le sang, eux, le rejette par le sperme. Ils ne peuvent pas s’en dispenser. Celui qui n’est pas fait ainsi, soit il est malade, soit c’est un inverti.

La vraie misère.

 Ma mère en avait fini, avec les lupins, et tout le pécule de la famille se résumait aux deux sous par jour que mon père rapportait à la maison. Ma mère souffrait de la faim et de tous ses tracas et passait ses journées à se creuser la cervelle pour nous sortir de la misère. Parfois, elle se laissait envahir par la fureur et hurlait que j’étais sa ruine et que c’était moi qui avait fait mourir Clélia, parce que la guigne se refilait comme la peste ou la grippe espagnole. Je me disais qu’elle avait raison, et alors je pleurais et me morfondais à l’idée d’avoir tué une pauvre vieille innocente.

L’injustice.

 » C’est du chiqué elle n’a rien volé.
– Ah, bon ?
– J’ai caché les draps dans sa chambre parce que j’avais besoin de la renvoyer, je dois engager une fille du parti. »
Bruno en resta coi.
 » Donc tu as retiré à une malheureuse son travail et son honneur pour arranger tes affaires.
– C’est la vie, petit. Il faut que des brebis meurent pour que les siens aient du boulot.
– En effet tu n’es qu’un chien, Gualtiero, répondit Bruno et lui cracha au visage. Un chien et un poltron. »
(…)
 » Mais de quoi est-ce que tu t’es encore mêlé ? Occupe-toi de tes affaires ! »
 Il garda les oreilles baissées comme un âne sous la pluie.
 » Tu veux trop de chose en même temps, Bruno. Tu veux avoir un travail et tu veux être l’avocat des causes perdues. Mais on se salit les pieds à courir et chier en même temps.
– Je veux rien, noir, je veux juste la justice.

– Mais qui t’a mis cette idée dans la tête ? La justice, même le Seigneur, Il ne sait pas ce que c’est. S’Il le savait, tu penses qu’on vivrait dans un monde pareil ? »

Les fascistes italiens valaient bien les nazis allemands.

 » Il y a des enfants ici, viens me donner un coup de main », cria une voix derrière lui. Il se retourna : Vétro. Il tenait dans ses bras quatre petits nègres aussi chétifs que des chiots qui se débattaient et hurlaient. Il accourut. Les enfants étaient des brindilles pourtant Vetro les tenait dans ses bras sans réussir à les dompter.
 » C’est qui, ils viennent d’où ? »
 Vetro désigna du menton une cabane en flammes.
 » Ils se sont échappés par la fenêtre.
– Je m’en occupe. »
 Mon père leur donna un coup de coude à la base du nez, précis, rapide, et les petits se ramollirent comme des marionnettes. Un seul, le plus grand, qui devait avoir six ans, ne tomba pas dans les pommes et continua à se plaindre doucement, son nez pissant le sang.
 » Bien, acquiesça Vetro, comme ça. »
 Il jeta les quatre enfants dans le bûcher, l’un après l’autre., celui qui était encore éveillé agita ses jambes, tandis qu’il volait vers l’incendie, comme s’il courait dans les airs. 
« Allez, on continue par ici, du nerf »
 Ils répandirent du kérosène dans les cahutes et allumèrent le feu avec leur torche, en veillant bien à ce que personne n’arrive à s’échapper. Si un nègre trouvait une issue, il le rejetait à l’intérieur un coup de matraque. Il les brûlait vif, sans leur tirer dessus, histoire d’économiser les munitions .

 

 


Éditions Gallimard, 172 pages, juillet 2020

Comme beaucoup à l’époque, j’avais adoré « Balzac et la petite tailleuse chinoise », depuis je lis régulièrement cet auteur , j’avais beaucoup aimé, « L’évangile selon Yong Sheng« , et un peu moins « trois vies chinoises« . Ici, encore, mon avis est en mi teinte. Pour mieux comprendre la folie destructrice des « Gardes rouges » pendant la révolution culturelle contre la civilisation tibétaine, ce roman mérite d’être lu. Bien sûr, on le sait vaguement et le régime actuel reconnaît du bout des lèvres les « excès » de cette période, mais ne dit rien sur la volonté de supprimer totalement une civilisation et son expression culturelle. Dans le palais Polota, l’ancien peintre du dernier Dalaï-Lama est retenu par des gardes rouges qui veulent lui faire avouer des turpitudes des moines, et vont pour cela le torturer à mort. Lui se réfugie dans son passé, période durant laquelle il a peint des « tankas » les plus extraordinaires et ainsi l’auteur fait revivre la civilisation tibétaine. Un garde rouge, le chef est particulièrement cruel et excite ses troupes à détruire au maximum tout ce qui relève de la religion bouddhiste. On apprend à l afin qu’il était le fils de l’homme chargé de s’occuper des restes des cadavres et que ce sont des gens méprisés par les bouddhistes. De là sa fureur ?

L’auteur entraîne son lecteur dans les valeurs de cette religion et dans son expression artistique, et j’ai été beaucoup moins intéressée par cet aspect qui représente quand même la plus grande partie du roman. Un reproche de mise en page : on ne peut pas comprendre ce livre sans lire les 112 notes qui expliquent un vocabulaire totalement inconnu pour moi, et au lieu de les mettre en bas de page ce qui permet de ne pas interrompre la lecture, elles sont à la fin du roman. Mais surtout cette civilisation que je respecte beaucoup ne me passionne pas. Si l’auteur décrit bien le monde des moines, on a moins d’informations sur le peuple tibétain lui-même. Un petit peu au début, l’enfance du peintre Bstan Pan, avec ses parents nomades, mais dès sa plus jeune enfance il est confié à des moines qui remarquent très vite son talent de peintre. On ne sent pas la vie de cet enfant ni de cet homme qui semble juste quelqu’un en adéquation totale avec cette religion.

La destruction des œuvres de cette culture est une horreur absolue et les meutres perpétrés par les Gardes Rouges aussi, cela rend ce petit livre très pesant, mais la beauté de cette culture, je n’ai pas réussi à la comprendre, je suis sans doute trop occidentale pour cela. Voici une image de Tanka trouvé sur l’article Wikipédia

 

Extraits .

Début.

 Il avait plu toute la nuit et, en ce matin de mars1968, il bruinait encore. L’air était frais. Dans l’arrière-cour, déserte du Potala, où les anciennes écuries du Dalaï- Lama étaient transformées en prison par les gardes rouges, qui occupaient le Palais, le silence fut soudain troublé par le grincement des essieux d’une charrette et le crissement de ses roues sur le gravillon. Hachée par la rotation des rayons, la silhouette courbée d’un vieil homme se dessinait en ombre chinoise entre les brancards de la voiture chargée de seaux en bois. De sa bouche s’échappait une faible haleine. 
Il était prisonnier et, cependant, il n’avait pas été arrêté par la police ou condamné par un tribunal, l’une et l’autre de ses administrations étant paralysées en cette période troublée de la révolution culturelle.

Les volontés de destruction d’une culture ancienne.

 Des centaines de silhouettes sombres, un brassard rouge autour du bras – des gardes rouges venus d’autres villes du tibet-, formaient une chaîne humaine entre la bibliothèque du premier étage et le rez-de-chaussée, se passant des centaines de précieux sutras, parmi lesquels, Bsan Pa reconnut une magnifique et très ancienne et édition du Kanjur, calligraphies à l’encre d’or, dont le plat supérieur de la reliure était en bois de santal, incrusté d’ivoire. Les derniers de la scène les entassaient au centre de l’esplanade, et quand les piles de livre furent si hautes, qu’elles s’écoulèrent sous leur propre poids, ils y mirent le feu en entonnant des chants révolutionnaires.

Les horreurs chinoises ne datent pas du communisme.

 Cette époque, au Tibet, personne ne savait vraiment ce qui se passait en Chine, et nul n’avait eu vent de la lutte féroce et sans merci que l’impératrice douairière avait livré à son neveu, désormais placé en résidence surveillée comme un vulgaire prisonnier. Depuis dix ans, elle ne l’autorisait plus à recevoir de visites, pas même celle de son épouse ou de ses concubines. (Sa favorite, surnommé la Perle, fut contrainte de se suicider en se jetant dans un puits du palais, sur ordre de Cixi, qui lui refusa l’indulgence de pouvoir se pendre.)

Les personnages tibétains (bizarres, pour moi).

 À leur grande stupéfaction, les deux hommes avaient découvert que le cadavre d’un jeune enfant faisait office de selle sur le dos de la mule. La femme avait fini par l’enfourcher pour s’éloigner lentement, le corps oscillant dans la lumière du contre-jour. D’une main, elle tenait un crâne humain rempli de sang, de l’autre, une vipère à tête plate qui servait de bride à la monture. La mule, à laquelle les yeux naïfs et les longues oreilles toujours en branle donnaient un air bon enfant, s’était mise en marche, soulevant du bout de ses sabots, de petits nuages de vase au bord de l’eau. Elle avait aussi un troisième œil, non pas au milieu du front, mais sur sa croupe gauche, large et pleine. Le deuxième dalaï-lama et son conseiller avaient tout autant été fascinés qu’effrayés par cette créature, et, sur le chemin du retour, le souverain avait mandé un peintre pour en faire le portrait.


Édition Albin Michel, 376 pages, mai 2025

traduit de l’anglais par Cécile Arnaud

C’est un roman qui se lit très facilement et qui a l’avantage de nous faire découvrir un aspect de la vie de Venise à la fin du XVII° siècle. C’est une cité très riche mais y être pauvre et orpheline, c’est une catastrophe. Comme souvent dans les régions prospères de l’époque (et peut être encore aujourd’hui) les exclus vivent dans une misère encore plus sordide, face à la richesse des uns. Venise ne fait pas exception, et lorsqu’une jeune femme accouche d’un bébé hors mariage, elle peut soit le noyer dans la lagune, soit, si c’est une fille, le mettre dans un « trou » du mur de la  » Ospedale della Pieta » et là elle est sauvée et surtout pourra, si l’enfant est douée en musique, appartenir à l’orchestre de cette institution.

C’est là que grandit Anna Maria, héroïne du roman, inspirée d’une musicienne qui a vraiment existé. Elle croise « le maestro » qui sans être nommé ressemble à ce qu’on sait de Vivaldi. Ensemble, ils se confrontent à la musique et au violon. L’auteure émet l’hypothèse qu’Anna Maria et l’orchestre des « figlie« , a largement contribué à composer les œuvres du Maître. On retrouve ici le féminisme du 21° siècle qui tente de redonner toute leur place aux femmes à une époque où elles étaient invisibilisées.

Le roman raconte aussi la terrible condition des jeunes orphelines de cette institution, mais qui ont quand même l’espoir de vivre mieux grâce à la musique.

Pourquoi ai-je des réserves ? On sait évidemment tout de suite que cette jeune prodige de 8 ans va avoir un destin hors norme. L’écrivaine s’appuie sur une réalité connue mais lui forge une personnalité à laquelle je n’ai pas cru. On sait, parce que c’est historique, qu’elle deviendra à son tour « Maestro » , mais pour cela l’auteure imagine qu’elle ne s’est jamais embarrassée de liens amicaux et que toute sa vie elle a écarté les autres pour devenir la meilleure. Cela ne la rend ni sympathique ni très intéressante, elle a imaginé aussi une recherche de sa mère qui aurait failli la noyer dans la lagune, qui n’a d’autre intérêt que de nous faire découvrir les bas-fonds et les bordels vénitiens.

J’ai tourné les pages de ce roman avec plaisir, mais je n’ai pas été passionnée.

Extraits

Début

Venise 1695

 À la tombée de la nuit, la cloche de la Marangona sonne sur la Piazza San Marco. Les carillons sortent en frémissant de la bouche de bronze, glissent au-dessus du dôme de la basilique, lèchent les coquillages tapissant le canal envasé et se faufilent par le jour entre le pavage et la porte en bois. Derrière, dans un étroit couloir faiblement éclairé, une jeune fille lève la tête.

 

 


Éditions Benoit Broyard, 358 pages, publié en mars 2024 , première édition en 1948 

Introduction de Jacques Prévert

Étrange destinée que ce livre autobiographique de Marianne Oswald, née Sarah Alice Bloch, en 1901 à Sarreguemines alors allemande, dans une famille de commerçants aisés juifs. Marianne Oswald a d’abord fait une carrière de chanteuse de cabaret et a été l’amie de Jacques Prévert, Robert Desnos, Max Jacob et d’autres poètes et hommes du spectacle, elle fuit le nazisme aux USA et quand elle revient en France en 1946, elle a été oubliée et sa carrière a beaucoup de mal à redémarrer. Et c’est à cette date qu’elle écrit ce témoignage qui ne connaîtra pas un grand succès, malgré la préface de Jacques Prévert.

Ce livre raconte son enfance, et son malheur de ne pas être un garçon. La famille avait déjà une fille , et attendait un héritier mâle. Sa sœur, de 8 ans son aînée, va la rejeter complètement et sa mère attendra d’être sur son lit de mort pour lui témoigner un peu d’affection. Son père aimera cette petite fille et elle aura aussi la chance d’avoir une nourrice qui lui apportera un amour inconditionnel. À l’âge de 16 ans, elle est orpheline, et son oncle tuteur l’envoie en pension à Munich. On lui découvre un goitre, il faudra l’opérer et contrairement aux prévisions (et aux espoirs de son oncle) elle survit et après de graves difficultés elle retrouvera sa voix et pourra même chanter. Le récit s’arrête quand elle arrive à Paris.

Tout est raconté du point de vue d’une enfant qui subit la cruauté des adultes vis à vis d’elle . Mais l’enfance c’est aussi la joie de se faire des amies qui sont souvent très gentilles, elle raconte leurs jeux et la découverte de la sexualité. La vie à Sarreguemines est bien rendue, avec les Lorrains français de cœur à l’opposé de ceux qui sont fiers d’être allemands et qui vénèrent leur cher Kaiser. L’enfant se débrouille avec les autorités scolaires, souvent soutenue par son père qui ne croit pas trop aux règles germaniques. Sa mère et sa sœur, veulent donner des gages de respectabilité à tous les habitants et en veulent beaucoup à la petite qui fait des bêtises d’enfant mal-aimé. Le magasin de tissu et de confection marche très bien et la famille est très riche.

Ce qui est très étrange et que j’aimerais comprendre, c’est pourquoi la judéité de la famille n’est jamais évoquée. L’auteure a écrit ce livre en 1947 : est ce qu’à ce moment là c’était trop dur de parler de ses origines juives ? Je ne trouve pas d’explication, c’est très bizarre : la famille est décrite comme catholique et le mariage de sa sœur, semble se passer à l’église. Elle n’a voulu raconter que son ressenti de petite fille que sa mère n’arrive pas à aimer, et cela rend ce récit très poignant. Mais j’ai des réserves sur cette autobiographie : l’arrière plan sociologique, me manque : est ce parce qu’ils étaient juifs que la mère est si attachée aux conventions ? Comme commerçante se devait-elle d’être absolument irréprochable pour garder sa clientèle ?
L’adolescente rencontre un moment un regard bienveillant d’adulte qui se penche sur la destinée de cette jeune fille, il s’agit d’un psychanalyste à Munich qui lui donne quelques clés pour comprendre ce qu’elle a subi et lui expliquer la fin tragique de son père. Elle avait si peur de devenir folle comme lui, ce que sa charmante famille lui avait répété à l’envie. En réalité la tuberculose de son père a attaqué son cerveau et c’est ce qui l’a conduit à avoir des gestes de démences : ce n’est donc pas héréditaire.

Ce récit prend sa place dans la longue série des enfances malheureuses, c’est bien raconté mais il lui manque un ancrage dans la réalité juive qui permettrait de comprendre bien des aspects de la vie de cette famille. Elle a complètement disparu aujourd’hui puisque au début de cette réédition, les Éditions Benoit Broyard cherche si Marianne OSWALD née Sarah Alice Bloch a un quelconque héritier.

Extraits.

Début.

La ville de Sarreguemines est née juste à l’endroit où la Blies quitte en dansant les champs verts de la Lorraine, pour rejoindre la Sarre.
 Sarreguemines marque la frontière entre la Lorraine française et la Sarre allemande. Le pont principal prolonge la Neuenkirchenstrasse de Sarreguemines jusqu’à Neuenkirchen et rejoint la grand’route de Sarrebrück, la ville minière de la Sarre, la ville noire de fumée et de charbon.

Le début de la guerrec14/18 à Sarreguemines.

 De chaque côté, toutes les discussions se terminaient toujours par une prière à Dieu, Dieu qui devait avoir le dernier mot dans cette guerre.
 Dieu ?
C’était à son sujet que j’étais le plus troublée. Avec qui était-il réellement ? Combien de nuits blanches devaient-ils passer avec tout le bruit que l’on faisait autour de lui d’un côté comme de l’autre ?
Le soir avant que mes paupières ne tombent de sommeil, et en priant Dieu de faire tout son possible pour que la guerre finisse très vite afin que je parte pour Paris, Je ne pouvais m’empêcher de penser et de repenser :
 » Comment Dieu va-t-il faire pour s’en sortir ? Comment va-t-il faire pour ne pas se fâcher avec toute la terre ?… »

Elle retrouve sa voix et trouve sa voie.

 Un jour j’entendis un homme dire dans la salle :  » C’est entendu cette fille n’a pas une voix de rossignol, mais avez-vous vu quelle flamme ? Elle n’a peut-être pas de voix du tout, mais il faut reconnaître qu’avec cette voix, qu’elle n’a pas, elle donne la chair de poule. »
 Alors je compris que c’était ma voix qui malgré moi avait blessé et irrité tous les autres auditeurs en leur mettant sur la gorge la lame du souvenir, ma voix qui tressaillait encore de terreur et de douleur n’ayant pu oublier ni les murs blancs de l’hôpital ni le couteau du chirurgien, ni l’épouvantes du réveil sous le chloroforme.
 Mais cette voix racontait aussi, à travers les pauvres paroles des simples chansons de Catherine, toute mon enfance (..)
 Et toutes les autres voix de ma vie qui éclataient en même temps dans mon cœur. C’était le sang de ses voix mêlées à mon propre sang qui battait dans mes chansons. Derrière le rideau, je cessais alors de pleurer et j’oubliais la pluie d’injures battant mon visage comme une vitre, j’oubliais l’orage de ses voix agressives, et je savais que je n’étais plus seule dans cette foule hostile, puisque quelques-uns, malgré tout m’avaient défendu. Et je savais qu’un jour, ils seraient plus nombreux encore, ceux qui aimeraient mes chansons, celles de Catherine et d’autres, qui diraient les malheurs et la beauté de la vie, ses orages et ses éclaircies.

 

Une des chansons qui l’a rendue célèbre c’est la chasse à l’enfant écrit par Jacques Prévert. Je pense qu’elle était bien placée pour ressentir ce texte .

Extraits

 


Éditions les Avrils, 235 pages, janvier 2026

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

 

Dans le thème « romans historiques, qui concluent notre club du mois de juin, ce roman consacré à la querelle autour du « Roman de la rose » à la fin du 14° siècle, avait parfaitement sa place.

Je ne savais pas grand chose de cette querelle dont les deux principaux protagonistes sont : Christine de Nizan qui juge cette œuvre offensante pour les femmes et Jean de Montreuil qui la trouve géniale, et qui plaint cette pauvre Christine de ne pas goûter l’humour du texte. Le texte, justement revenons à lui, une première mouture évoque dans une prose allégorique un preux chevalier voulant cueillir, un bouton de rose. (d’où le nom du roman) il est trop hardi et se fera éconduire. Des années plus tard , un certain Jean de Meun reprend ce texte et en rédige la fin. Il en transforme aussi le sens : il suffit de pousser les défenses de la dame et elle vous en sera reconnaissante. L’amour c’est une affaire virile qui se mène au pas de charge.

L’auteur essaie de cerner les protagonistes de l’époque et l’époque elle même. Pour que ses lecteurs se mettent bien dans l’ambiance, il s’y prend à rebours des procédés habituels, au lieu de restituer fidèlement cette fin du Moyen-âge, il n’a de cesse que de le comparer à notre monde, on croise dans son récit, Elvis Presley, les influenceurs avec leur followers, obtenir le 06 de sa dulcinée et bien sûr Trump. C’est un peu lourdingue, mais c’est aussi très amusant, plus, sans doute, que la querelle elle même. Quelle époque ! la guerre de cent ans et un épisode de l’histoire que je n’ai jamais bien compris : la guerre entre les Armagnacs et les Bourguignons qui termine ce récit. C’est vraiment une fin de siècle où les comportements amoureux n’étaient certainement pas la préoccupation première des pauvres habitants du Royaume de France, entre la peste, les impôts, et la soldatesque que Christine de Nizan exige le respect des aspirations féminines, devaient être le cadet des soucis de bien des gens. Pourtant ces poèmes ont eu du succès et étaient lus et sa volonté de défendre les femmes avait de réels fondements. Si elle est peu connue aujourd’hui, elle le doit certainement à son statut de femmes de lettres qui n’a pas été prise au sérieux pendant des siècles.

J’ai des réserves sur le procédé utilisé par l’auteur mais je lui reconnais un grand talent pour actualiser un fait du 14° siècle et rendre contemporains des personnages que l’on fige facilement : le Moyen-âge est si loin de nous , et bien non les mêmes ressorts sont à l’œuvre quelle que soit l’époque . Dans ce roman cela se concentre à travers deux clans : le masculinisme, et le féminisme. Longtemps l’un l’a emporté sur l’autre. Et aujourd’hui ?

Extraits.

Début.

1367

 Il est long, le chemin vers Paris, au XIV° siècle, quand on vient des Vosges. Exaltant, aussi !
 Le jeune Jean Charlin a quitté depuis longtemps sa famille à Monthureux-le-sec. Il a appris à lire et a écrire au village, puis on l’a envoyé à Reims, dans l’abbaye de Saint-Remi. Et voilà qu’il a obtenu ce dont il n’osait rêver une bourse pour aller étudier au collège de Navarre, à Paris.

 Deux époques.

Quand j’imagine, Jean-qui-n’est-pas-encore-de-Montreuil, découvrant cette prose si juste et si libre, je pense à un adolescent français qui, dans la rigueur des années 1950, découvre un jour Elvis Presley sur le téléviseur familial. Un nouveau monde qui s’ouvre ! Dès lors, il n’a plus qu’une envie, s’acheter une guitare et tenter d’apprivoiser l’engin. Ce qui ne l’empêchera pas de tenir par ailleurs de virulents propos anti-américains. 
Comme Pétrarque, Jean se rêve plus tard en homme de lettres, voyageant à travers la chrétienté, comme un rocker en tournée, se réservant parfois des plages de solitude champêtre au milieu de ses livres et d’une nature paisible pour écrire et méditer. Il a vingt-cinq ans, et tout lui semble possible : devenir quelqu’un tout en participant à un grand mouvement – voilà qui est grisant !

Exemple du style de l’auteur.

 Et de l’argent, désormais, elle sait comment en faire pousser. Ces poèmes plaisent à la cour, on lui en réclame régulièrement de nouveaux. Elle n’avait pas l’intention de les rendre publics, mais d’autres l’ont fait pour elle et des copies circulent déjà, alors pourquoi pas ? C’est décidé, elle en fera son métier, quoi qu’on en dise.
 On n’a jamais vu personne, homme ou femme, et vivre uniquement de sa plume ?
Eh bien, on va voir.

Toujours les mêmes comparaisons.

 Pour le dire rapidement, il se voit comme un rocker exigeant, un pur et dur. Christine, elle, n’est qu’une chanteuse pop qui tente de gagner des followers dans les hôtels princiers.

Conception masculine de l’amour.

 » Sois bien persuadé qu’il n’est point de femme qu’on ne puisse vaincre, et tu seras vainqueur. »
 Ainsi s’adresse le poète Ovide, en l’an 1, au jeune citoyen romain qui ignore encore l’art d’aimer. S’ensuivent de savants conseils tactiques, souvent teintés d’ironie, qu’on pourrait résumer ainsi : la femme cache son désir, elle dit non mais si tu sais t’y prendre, elle te dira oui, car quoiqu’elle s’en défende, elle a toujours envie. Sois viril, sois fier, montre un peu de savoir-faire, et elles seront toutes à toi !

Oui on en connaît des comme ça !

 Jean sans peur, vous le connaissez : c’est le type qui se voit au-dessus de toutes les lois, celui qui vous bouscule sans s’excuser. Celui qui pique, qui menace, qui harcèle, s’offusque dès qu’on ose l’attaquer. On lui oppose la loi ? Il dénonce la partialité des juges, on lui propose une médiation ? Il fait ravager les campagnes près de la capitale pour peser sur les négociations. Jean sans peur aime se battre, Et souvent, l’on se couche devant lui. Il est de ceux qui vous font comprendre, très vite, que rien ne l’arrêtera tant qu’on ne lui aura pas abandonné le pouvoir. Le pur langage de la force.

Jugement d’un critique littéraire en 1894 sur Christine de Pizan.

 » Bonne fille, bonne épouse, bonne mère, du reste un des plus authentiques bas-bleus qu’il y ait dans notre littérature, la première de cette insupportable lignée de femmes auteurs, à qui nul ouvrage sur aucun sujet ne coûte, et qui pendant toute la vie que Dieu leur prête, n’ont affaire que de multiplier les preuves, de leur infatigable facilité, égale à leur universelle médiocrité. »

Éditions Charleston, 330 pages, mars 2024

C’est Géraldine qui m’a tentée, je n’avais pas encore entendu parler de cette autrice qui connaît pourtant un grand succès en particulier sur Babelio. J’ai très bien compris pourquoi à travers ce titre. Elle a choisi dans ce roman de cerner au plus près les violences conjugales. Gabriel et Abigaëlle ont été élevé par un père violent qui frappe régulièrement sa femme dès qu’il est envahi par des colères qu’il ne peut pas contrôler. La petite Abigaëlle se confie à ses cahiers et parle avec un psy, mais hélas pour cette pauvre famille, elle respecte la loi du silence que son père a imposé à toute la famille, alors grâce à son esprit d’enfant elle invente de belles histoires puisées dans ses lectures.

Aujourd’hui Gabriel est adulte, Abigaëlle recluse dans un couvent. Quand Gabriel rencontre Zoé, on se demande s’il saura construire un amour solide pour sa propre famille. Et puis il y a Aline la sœur de Zoé, dont la famille semble trop parfaite.

Le roman est construit de telle façon que je ne peux pas aller plus loin dans la présentation des personnages sans prendre le risque de supprimer les effets de surprises qui font aussi le charme de ce récit.

Je pense que ce roman est tout à fait accessible pour les adolescents et cela leur permettra peut être d’éviter les pièges dans lesquels les femmes s’enferment trop souvent en pensant que leur compagnon qui les frappent est surtout un homme malheureux et qu’elles peuvent l’aider, alors qu’ils sont avant tout, et surtout, des hommes violents et très dangereux, et que leur vie et celle de leurs enfants est en jeu.

Je recommande ce roman facile à lire dont le sujet est si important et dont l’ écriture est agréable .

Extraits

 

Début .

 GABRIEL N’EST PAS CELUI QUE VOUS CROYEZ. Je suis bien placée pour le savoir, je suis sa petite-sœur et le lien de sang qui nous unissait enfants ne s’est malheureusement jamais distendu. Ce n’est pas faute, pourtant, d’avoir tout fait pour l’éloigner de moi. Aujourd’hui encore, et bien qu’il ait quarante ans passés, il ne peut s’empêcher de me rendre visite au couvent deux samedis par mois. Il me raconte sa vie dans les moindres détails, sans jamais s’enquérir de la mienne. Je suis la seule à qui il montre son vrai visage.

La réussite.

 Aline notait dans son journal intime « Hello Kitty » qu’elle se marirait au plus tard à vingt huit ans, qu’elle épouserait un professeur d’université ou un avocat, qu’elle aurait quatre enfants qu’elle habillerait chez Cyrillus et aurait, une carrière brillante et une maison avec une véranda, dans la banlieue lyonnaise. Elle rêvait d’avoir une véranda quand elle serait grande comme d’autres rêvent de devenir Beyoncé ou Barack Obama.
Je tiens à préciser qu.elle n’était pas bêtement matérialiste. Il se trouve que sa meilleure amie à l’école primaire vivait dans un studio, seule avec sa mère, aide-soignante à mi-temps en Ehpad. Aline avait pu constater très jeune que si l’argent ne faisait pas le bonheur, la pauvreté n’aidait pas vraiment non plus.

La langue de l’enfant.

Profession de mes parents : Maman est une fée. Même papa le dit. C’est la fée néante. Avant elle était aide-soignante, mais elle a arrêté pour devenir fée après ma naissance. Parce que de toute façon elle gagnait pas un rond et papa pouvait pas prendre risque qu’elle en profite pour faire la pute, avec les médecins de garde. On la lui fait pas, à papa. Maintenant, Maman a beaucoup de chance parce qu’elle a plus besoin de travailler. Elle se repose tout le temps et s’occupe de nous et de la maison. Elle fait le ménage et la cuisine en écoutant toujours la même chanson. 

Son père.

En tout cas, Papa, il a un vrai travail, lui. Il se repose pas toute la journée comme maman à faire le ménage, la cuisine et le linge. Sur l’affiche de début d’année, pour son travail, il m’a dit d’écrire « cadre ». Comme pour un tableau au musée. Ça m’a fait rire toute seule devant ma table et mes amis m’ont insultée de bizarroïde. Je ne sais pas exactement ce que ça veut dire « cadre » et je m’en fiche un peu. Papa a aussi un collègue qui s’appelle ce connard de Lemarchand, dans son bureau. J’aime pas ce connard de Lemarchand, parce qu’il fait toujours sa tafiole et alors ça m’est Papa de mauvaise humeur. Moi, je peux deviner si Papa est de bonne ou de mauvaise humeur quand il claque la portière de la voiture. Parce que j’aime pas quand Papa est une mauvaise humeur. Maman non plus., elle devient toute blanche.

La violence intra familiale.

Et pendant longtemps, moi aussi, j’ai aimé mon père, j’ai cru que c’était une personne bien. Parce que j’étais petite, parce que c’était le seul père que j’avais, parce que j’avais besoin de croire que cette personne avec qui je partageais tant de gènes et de moments de bonheur n’était pas un monstre qui détruisait notre famille. Aujourd’hui, je sais que maman se trompait quand elle pensait qu’elle restait pour nous protéger, pour nous préserver des conséquences d’une séparation. Même le pire des divorces ne nous aurait pas détruit comme l’enfance à laquelle Gabriel et moi avons eu droit. On ne sort jamais indemne de la violence. Il n’y a qu’à voir ce que mon frère et moi sommes devenus pour le comprendre..


Éditions Aguillo, 404 pages, septembre 2025

Traduit du Slovène par Andrée Lück Gaye

Lu dans le cadre du club de lecture de la médiathèque de Dinard.

 

Je suis si contente quand je peux enlever un livre de ma liste, mais je sais qu’il va vite être remplacé, grâce (ou à cause, c’est selon mon humeur) à la blogosphère. Pour ce roman c’est « Ju lit les mots » qui a été ma tentatrice.

Je suis allée vers ce roman car je n’avais jamais entendu parler des Alexandrines : des femmes slovènes qui dans la première moitié du 20° siècle se sont exilées pour subvenir aux besoins de leur famille. Elles étaient réputées pour leur sérieux et leur fidélité, elles étaient embauchées comme nourrices, dames de compagnie, femmes de chambre. Le sort des nourrices est particulièrement rude, car elles doivent laisser leur bébé pour nourrir celui d’une autre femme. On retrouve ici ce que Séverine Cressan avait décrit dans son roman Nourrices. Mais en pire car ces femmes sont très éloignées de leur famille sans possibilité de retour immédiat et ces femmes restent plusieurs années auprès de la famille .

Pendant ce temps, la famille en Slovénie, peut écluser les dettes, refaire la toiture de la ferme et même racheter quelques terres.

Le roman suit le destin de trois femmes en particulier, et évoque de nombreuses destinées de femmes parfois tragiques ou heureuses. Mais toutes ces femmes seront à jamais marquées par cette séparation.

Mérika, est nourrice et donc laisse chez elle un bébé de quelques mois pour s’occuper d’un petit Thomas anglais. La famille l’apprécie et lui fait une vie le plus agréable possible. Elle aura beaucoup de mal à s’adapter, elle est soutenue par une foi religieuse inébranlable mais son petit garçon lui manque terriblement. Dans cette famille il y a un certain Pierre, un homme qui tombera amoureux d’elle, elle résistera à cet amour coupable. Quand elle revient enfin chez elle, la nostalgie s’installera dans l’autre sens les années d’Alexandrie lui manqueront .

Ana, est déjà venue à Alexandrie et elle sera serveuse dans un hôtel. Sa condition est différente car son mari et sa belle mère sont des alcooliques qui ne l’aiment pas mais qui n’attendent que les sous qu’elle peut gagner. Son destin sera très différent elle épousera un homme d’affaire français et réussira à arracher sa fille de ce milieu rural arriéré .

Enfant la toute jeune et jolie Vanda qui finira dans le harem d’un très riche Bey égyptien.

Le roman décrit la vie à Alexandrie et un peu au Caire mais sans que l’on comprenne bien les enjeux politiques. On reste au niveau de ces femmes et la vie au delà d’elles n’apparaît pas, et cela est manque pour moi.

De la même façon, on ne sait absolument rien de ce qui se passe en Slovénie, quelques allusions aux fascistes italiens, c’est tout. Pourquoi ces paysans accumulent-ils tant de dettes à aucun moment, l’auteur ne l’explique, et pour moi c’est vraiment dommage.

Le romancier s’attache à comprendre le déracinement de ces trois femmes, et on sent le sérieux de son travail à travers les différents cas qu’il évoque, des femmes qui ont parfois connu des viols, souvent des violences mais le plus souvent c’est à leur retour en Slovénie qu’elles ont connu les pires difficultés : si le famille est très contente de recevoir l’argent des exilées petit à petit, on oublie leurs sacrifices et on espère qu’elles continueront à payer sans revenir. Et elles sont aussi souvent accusées d’avoir mené une mauvaise vie avec des arabes ou des noirs !

 

Le poids de la religion est incroyable, là aussi j’aurais aimé comprendre pourquoi la Slovénie est aussi croyante mais il faut vraiment ne pas attendre à un point de vue sociologique. L’écriture est très lourde, je n’ai absolument vu l’aspect poétique qui avait plu à Julie de  » Ju lit les mots » . Et j’ai parfois dû m’accrocher pour continuer ma lecture.

Ce n’est pas une déception car je ne savais vraiment rien de ce phénomène mais cette lecture n’a pas répondu à mes attentes. À vous de voir.

Extraits.

Début.

 

 Le paquebot tremblotait, dans son ventre, les moteurs fredonnaient le champ monotone du départ. Merica frissonnait, ses seins qu’elle avait pressé ce matin étaient de nouveau lourd. Où pouvait-elle se retirer pour qu’on ne la voie pas ?Elle avait déjà tordu deux fois le linge dans lequel cette nuit elle avait tiré le lait de sa poitrine, lait que son fils n’avait pas bu et qui s’écoulait dans les vagues..

Arrivée à Alexandrie.

 Merica a la poitrine, serrée, le souffle lui manque. Le monde qui s’approche semble sortir d’un four brûlant, elle se cramponne au bastingage comme si elle voulait rester sur le vapeur. Sainte Vierge, je t’en prie, reste à mes côtés, ne m’abandonne pas. Protège-moi, soutiens-moi, guide mon esprit, mes actes. Et je te le demande aussi, à toi, Joseph, mon saint-patron. Moi, j’ai terriblement peur, regarde, je suis comme un fétu de paille dans le vent. Si, tous les deux, vous ne vous tenez pas près de moi, toi et Marie, je vais me briser, je vais mourir dans les flammes. Saint-Joseph, protège-moi, reste au-dessus de nous trois. Amen, amen.
 La ville grandit et des détails se dégagent de l’embrasement ; les façades des maisons, les fenêtres, les balcons, les rues, les automobiles, les fiacres, les charrettes, les chevaux de somme, les haquets, les ânes.
-Mais ici, il n’y a pas de toit. ! s’esclame soudain Vanda. Où sont les toits ? Et quand il pleut ?

Les Slovènes .

 Dans tout Alexandrie et le Caire, et aussi ailleurs, les Slovènes étaient depuis longtemps extrêmement recherchées et respectées. Elles avaient la réputation d’être travailleuses, honnêtes et fidèles.

L’importance des croyances religieuses.

 Un jour, un voyant, pater Kornelij, vint en visite. Quand il aperçut ses yeux, il se mit à pleurer comme un enfant. Il ne savait rien du malheur de Valentina, mais ce qu’il avait perçu dans ses yeux l’avait tellement touché qu’il eut du mal à s’en remettre. Il dit à sœur Elizabeta que Valentina pleurait des larmes de sang qui ne pouvait s’échapper d’elle, c’est pourquoi elle gouttaient sans cesse sur son âme épuisée.

La difficulté de se débarrasser de ce qui enchaîne.

 Les rusées prennent les imbéciles dans leur filet. Il existe deux filets : l’un est utilisé par les églises du monde entier et l’autre par la politique. Des rêves  ! Ces rêves perfides et mensongés auxquels tant de croyants naïfs se laissent prendre !

3 ans plus tard : la peur du retour .

 Et où est-ce que je rentre maintenant, où ? Dans un village bouché, dans une maison où, c’est la campagne, tout est sale, tout est plein de mouches. Je retourne vers les vaches et les cochons et la serfouette. Et le râteau, la binette et la serpette… Jésus, maintenant il va falloir se remettre vraiment au travail. Mais est-ce que je saurais encore, Et est-ce que je serais encore capable de faire tout ça ? Est-ce que je saurai encore traire une vache ? Et racler le fumier dessous ? Avec les jolies mains que j’ai. Qui n’ont plus d’ampoules ni de durillon. La peau de ma paume est douce, veloutée. Au fond, là-bas je ne travaillais pas j’allaitais, j’emmaillotais, ensuite j’habillais, j’allais me promener avec un enfant, je le gardais, je parlais avec lui, je riais je me fâchais … mais je ne me servais pas de mes mains. Je n’ai jamais eu besoin de repasser même un moucadou, de recoudre un bouton. Rien. J’étais comme une petite damotte. Donc je n’ai peut-être plus de force dans les mains. Et tout ça va être difficile pour moi au moins pendant un certain temps, jusqu’à ce que je me réhabitue.


Édition Calman Lévy, 519 pages, octobre 2025

Traduit de l’italien par Samuel Sfez

 

Le sous titre : un grande saga sicilienne, dit beaucoup de ce roman qui s’étale des années 1900 à aujourd’hui, à travers le destin de femmes courageuses et combatives. Au départ, il y a Rose qui a résisté aux coups de son père, et qui est partie dans un autre village pour ouvrir une auberge avec son mari. L’image de cette femme incroyable domine tout le roman, il s’en est fallu de peu pour que cette famille connaisse le bonheur. Rose s’est mariée avec Sebastiano qui contrairement aux hommes siciliens ne battaient pas sa femme ni ses enfants. Hélas la guerre 14 va emporter cet homme qui sera le seul amour de Rosa, en lui laissant trois enfants à élever. C’est la partie du roman que j’ai préféré, le combat de cette femme pour nourrir ses enfants et son combat dans la Sicile rurale m’a entraînée dans un monde que je ne connaissais pas. La violence des hommes est à peine imaginable les coups font partie du quotidien des femmes et des enfants.

La fille de Rose Selma est loin d’avoir son tempérament et elle se marie avec un bellâtre sans personnalité autre que plaire aux femmes. Rose est désespérée mais ne peut empêcher ce mariage. Selma sera une victime toute sa vie, ses deux aînées s’en sortent grâce à Rose leur grand mère adorée et aussi à leurs deux oncles qui veillent sur elles. Fernando le célibataire qui se sent responsable des filles de sa sœur et Donato le curé qui jouera un rôle important dans la vie de ses nièces. Tant sur le plan financier que sur le plan de la formation intellectuelle en particulier de Patrizia, dont il reconnaît l’intelligence.

La saga se terminent avec la vie de Patrizia, Lavinia et la plus jeune Marinella et pour moi l’intérêt du roman se diluent de plus en plus. J’ai cependant bien aimé le tempérament de Patrizia qui grâce à ses oncles arrivent à résister aux manœuvres de son père. La façon dont les deux grandes, travaillent et économisent le moindre sous est touchante et rendent, en contre point, peu sympathique les caprices de la petite dernière.

J’ai vraiment beaucoup aimé le début mais l’accumulation des personnages a compliqué ma lecture. Il faut se concentrer sans cesse pour passer d’un récit à un autre, j’ai eu une impression d’éparpillement et de me perdre d’autant que les noms italiens ne me sont pas immédiatement familiers. Et la dernière personnalité, celle de la dernière petite fille de Rosa m’a beaucoup déçue je n’ai pas les clés pour la comprendre. Il y a d’ailleurs dans tous les personnages , un curieux mélange de révoltes violentes et de soumission. Même chez Rosa qui déteste son gendre Santi qu’elle accuse, à juste titre d’être un parasite, finira par venir vivre chez lui. Je ne comprends pas tout mais je ne suis pas sicilienne.

Un roman qui permet de découvrir encore un peu plus le chemin que les femmes italiennes ont parcouru pour être ce qu’elles sont aujourd’hui, car même si les idées de Giorgia Meloni ne sont pas les miennes, cela me fait plaisir que ce pays soit gouverné par une femme. il me semble qu’en France on en est encore bien loin.

 

Extraits.

Début météorologique.

 Aujourd’hui est une journée où il pleut et où le vent souffle.
 D’habitude, à cette période en juin, on va déjà à la mer, on nettoie les sardines pour les faire griller sur la terrasse. Mais aujourd’hui, il ne fait pas un temps à mettre le nez dehors : le ciel est lourd comme du béton et les nuages filent rapidement vers la fin de la Terre, où ils s’entassent les uns sur les autres, toujours plus gris.

La loi des hommes.

 Une seule fois, Rosa avait posé une question à son père et maître, pour savoir si elle pouvait parfois sortir seule elle aussi, comme ses frères. Elle aurait aimé aller s’acheter une « cassatella » frite après la messe et la manger au bord du torrent, les pieds dans l’eau et les faucons au-dessus de sa tête ; après quoi elle rentrerait à temps pour préparer le repas du dimanche -là-dessus aucune inquiétude-, mais elle désirait seulement respirer un peu de liberté. Pippo Romuto l’avait alitée pendant une semaine à force de coups de ceinture, simplement pour s’être adressée à lui avec une telle assurance.
– À moins que le monde se mette à marcher sur la tête, c’est moi qui commande dans cette maison, et toi, tu obéis. Pas le contraire. Compris ?
 Le médecin du village de docteur Russo, était venu vérifier si Rosa avait les os cassés. Il avait recommandé du lait, du pain et du miel pour reprendre ses forces.

La rencontrer de Selma et Santi.

 Santi avait passé un après-midi désastreux en silence avec Selma, tandis que Selma avait passé à merveilleux d’après-midi de calme avec Santi. Agrippée à sa broderie, comme si c’était la seule chose à laquelle se raccrocher pour ne pas s’envoler, elle écoutait la voix de ce gentil garçon, se diffuser dans le patio. Selma cousait, levant de temps à autre, le regard pour répondre avec des haussements de tête aux rares questions qu’il lui posait, et Santi, c’était surpris à imaginer de quelle manière cette fille pâle pouvait lui apparaître belle. Mais rien à faire il n’arrivait à penser qu’à Nena, à ses yeux et à ses cheveux qui l’avait fait tomber dans le piège.

J’ai vu cela aussi dans des maisons dans la campagne bretonne.

 Il avait donc acheté un sofa bleu qui jurait avec le reste et sur lequel aucun invité ne s’était jamais assis. En réalité, eux non plus ne s’y asseyaient pas : pour ne pas le salir ni l’abîmer, son père avait conservé autour le plastique de l’emballage.
– J’aime bien ce plastique, ça ne se salit pas, et ça a de l’allure, avait-il dit.

La médisance.

 Au bout d’un an qu’elle gérait l’épicerie, Selma était devenue une petite attraction dans le quartier, et sa famille rendait les gens curieux. Et bavard. On disait que le mari de l’épicière était un bon à rien, et que sa belle-mère le maudissait. On disait que les filles de Selma étaient de pères différents, et que seule la dernière était du mari. Depuis le temps de l’internat, les ragots mettaient Patrizia en colère, et elle ne comprenait pas pourquoi les gens, s’ils ne pouvaient pas se mêler de leurs affaires, inventaient des histoires sur les autres : ainsi, elle avait tout le temps l’oreille tendue pour écouter les discussions des femmes devant le magasin quand elles faisaient la queue pour entrer ou qu’elles s’attardaient, leur sac de courses pendu au bras.

 

Éditions Fleuve Noir, 386 pages, octobre 2012

 

Ce n’est pas l’intelligence qui fait la valeur d’un homme, c’est la façon dont il l’emploie.

 

J’ai parfois besoin de penser à des choses agréables et oublier les soucis du monde, et malheureusement dans les romans policiers les meurtres m’angoissent et je ne suis pas fan du suspens. J’avais tellement ri à « Demain j’arrête » que j’ai pris ce roman à la médiathèque, je suis à peu près sure de l’avoir déjà lu. J’ai beaucoup moins ri, mais c’est très sympa et surtout les gentils gagnent (comme dans la vie, non ?). Un entrepreneur britannique est dépressif, car sa femme est morte et il ne voit plus sa fille. Son meilleur ami, pour lui remonter le moral lui trouve une place de majordome dans une belle propriété en France. Il nomme comme directeur à sa place la secrétaire dont il a compris sa valeur alors que les jeunes loups qui sortent des écoles sont à son avis juste bons à délocaliser et licencier.

Dans le domaine , peu à peu, Andrew Black sous le truchement d’un majordome, va retrouver le goût de vie en aidant tous les gens qui vivent dans cette propriété. La cuisinière qui sous un caractère brutale cache un grand talent de chef et un grand cœur. L’homme à tout faire qui vit dans le parc et qui va se révéler un allié pour Andrew et il va s’ouvrir à l’amour. La petite femme de ménage qui après un grand chagrin d’amour surmontera ses difficultés. Et le grand projet d’Andrew : c’est de redonner le sens de la vie à Nathalie la propriétaire du domaine. Andrew va réparer toutes ces âmes brisées et la sienne aussi. Car Nathalie se faisait avoir par des escrocs et est en train de perdre toute sa fortune.

L’humour vient de l’opposition de la culture britannique et française .

C’est un bon roman et cela se lit facilement, une bonne distraction et ce que je lui ai demandé de me faire oublier que dans le vrai monde ce sont plutôt les méchants qui gagnent !

Extraits

Début.

 Il faisait nuit un peu froid. Au cœur de Londres, devant l’hôtel Savoy, sous la verrière, un homme d’un certain âge vêtu d’un smoking faisait les cent pas en consultant fébrilement son téléphone portable. L’organisateur de la soirée qui se déroulait dans le grand salon, sortit du hall et s’approcha, laissant échapper par la porte tambour le son des cuivres de l’orchestre qui jouait du Cole Porter.

Ça n’a pas dû bien fonctionner.

 « Venant du type qui a essayé de se déguiser en sa propre mère pour aller excuser son fils chez le proviseur, je m’attends au pire…. »

Des dialogues plein d’humour.

(Andrew doit apprendre les math à enfant rebelle à l’école )
– Je vais avoir plus de mal avec les maths…Je ne me vois pas remplacer « deux » par Pikachu et « multiplié » par Iron Man.
– Dommage, ce serait plus amusant. T’imagines ? Grominet divisé par Scoubidou et multiplié par la petite souris !
– En parlant de petites souris, ne mentionne même pas l’animal devant Odile, c’est la crise cardiaque assurée et tu te retrouveras banni comme aux pires heures.
– Juste pour un mot ? Mais comment faisait-elle quand elle perdait une dent ?
– Je ne vois pas le rapport.
– Quand tu etais jeunot, et que tu perdais une dent de lait chez toi, on ne la mettait pas sous l’oreiller pour que la petite souris la prenne et te laisse une pièce à la place ?
– Chez nous, c’est la fée des dents qui s’occupe de ça.
– C’est pourri.
– Pourquoi une fée ferait-elle moins bien qu’un rongeur ? Nous, on ne tient pas à ce que des vecteurs de maladies infectieuses rampent sous l’oreiller de nos enfants pendant qu’ils dorment.
– Parce que vous y croyez sérieusement, vous, à la petite fée qui volette comme une gourde la nuit pour ramasser les chicots ? Vous en avez déjà vu beaucoup, avec leurs petites ailes et leur sourire niais ? N’oubliez pas de lui laisser la fenêtre de la chambre ouverte, à votre fait des dentiers, sinon vous allez la retrouver éclatée sur le carreau.
– En attendant, ta petite souris a dû laisser des crottes, la peste ou le choléra sous l’oreiller d’Odile, parce qu’elle est en état de choc dès qu’elle envoie une.
Magnier prenait la discussion très au sérieux et Black ne pouvait pas s’empêcher d’en jouer. Le régisseur n’avait plus aucun recul sur ces propos.
– Parce que bien sûr, vos fées ne font jamais caca.
– Pas sous l’oreiller des enfants, ou alors de ceux qui sont très méchants.