Édition Seuil . Traduit du finnois par Sébas­tien Cagnoli

A obtenu un coup de coeur au club de lecture de la média­thèque de Dinard

De la Finlande pendant la deuxième guerre mondiale , j’avais retenu peu de choses. Je savais que les Finlan­dais avaient repoussé les Russes en 1940 et que la fameuse « finlan­di­sa­tion » voulait dire qu’ils avaient cédé après la guerre une partie de leur terri­toire contre une paix avec les Sovié­tiques. Le roman de Petra Rautiai­nen nous plonge dans une autre réalité qui n’est pas sans rappe­ler « Purge » traduit aussi par Sébas­tien Cagnoli. entre les Nazis-racistes et les sovié­tiques-exter­mi­na­teurs qui choi­sir pour rester en vie ?

Ici, se mêle deux moments assez proche 1944 et les camps de prison­niers tenus par les alle­mands et 1949 la quête d’une femme qui veut connaître le sort de son mari dont le dernier signe de vie se situe dans un de ces camps. Ce qui se passe en 1944 est décrit à travers un jour­nal tenu par un gardien finnois qui décrit au jour le jour le sort réservé aux pauvres hommes sous la coupe de sadiques nazis alle­mands. Le récit de la femme se heure à une omerta : personne ne veut se souve­nir de cette époque. Et cela pour une simple raison c’est qu’il n’y a pas de fron­tières entre les gentils et les méchants. Au delà du nazisme et des sovié­tiques il y a donc les Finnois qui ont lutté pour leur indé­pen­dance, mais ils ont été eux-mêmes gangré­nés par l’idéo­lo­gie raciale en vigueur et pour bâtir une Finlande de race pure il faut « contrô­ler » voire « suppri­mer ? » les Samis ceux que vous appe­liez peut-être comme moi les Lapons. (J’ai appris en lisant ce roman que lapon est un terme raciste qui veut dire « couvert de haillons »)

Alors, dans ces camps on fait des recherches sur la forme des crânes et on prend en photos tous les prison­niers et on l’en­voie dans un grand centre de recherche pour la race qui bien sûr sera supprimé après la guerre.
C’est cet aspect de la guerre qui rendra muets tous les témoins qui auraient pu expli­quer à Inkeri Lind­viste ce qui est arrivé à son mari Karloo.

L’at­mo­sphère est pesante, l’an­goisse de la mort toujours présente dans le jour­nal du gardien et cela ne rend pas la lecture facile. J’au­rais vrai­ment aimé avoir un petit résumé histo­rique pour m’y retrou­ver et un détail m’a beau­coup déplu le traduc­teur ne traduit pas les dialogues quand ils sont dit en Sami. Je n’ar­rive pas à comprendre l’uti­lité d’un tel procédé. Autant pour des Finnois cela peut leur montrer qu’ils ne comprennent pas une langue parlée par des popu­la­tions vivant dans le même pays qu’eux autant pour des fran­çais, ça n’a aucune utilité.

Les deux autres reproches que je fais à ce roman, c’est le côté très confus des diffé­rentes révé­la­tions et le peu de sympa­thie que l’on éprouve pour les person­nages. Mais c’est un roman qui permet de décou­vrir une époque très impor­tante pour la Finlande et rien que pour cela, je vous le conseille. Mais ayez à côté de vous Wiki­pé­dia pour vous éclai­rer sur ce moment si tragique de l’his­toire de l’humanité.

Citations

Dans des camps prisonniers en Finlande en 1944.

Lorsque le méde­cin est ici avec son assis­tante, les mesures sont de son ressort ; le reste du temps, elles nous incombent aussi. Je n’avais encore jamais fait ce travail, c’est répu­gnant. On a beau laver et asti­quer les prison­niers russes, leur odeur est épou­van­table. Nous mesu­rons la largeur de la tête et véri­fions l’état des organes géni­taux, en parti­cu­lier la présence du prépuce.

Un pays aux multiples ethnies appelées en 1944 des races inférieures.

Quel­qu’un m’a dit qu’elle est du fjord de Varan­ger, où de plus loin encore, vestige de temps recu­lés, appa­renté aux Aïnous et aux nègres du Congo. Un autre, en revanche, est convaincu qu’elle ne vient pas du fjord de Varan­ger : ce serait une Same d’Inary ou d’Uts­joki, ou bien une Skol­tec du pays de Petsamo, ou encore une Finnoise de la pénin­sule de Kola. Un troi­sième a déclaré que c’est une Kvène du Finn­mark. Ou peut-être un peu tout ça, une bâtarde. De race infé­rieure, en tout cas, m’a-t-on certi­fié. « Elle est prison­nière, alors ?« ai-je demandé mais personne n’est sûr de rien. De mémoire d’homme, elle a toujours été là.

Les rapports des allemands avec des femmes de races inférieures.

Pour les nazis, la trahi­son à la race, c’est encore plus grave que d’ap­par­te­nir à une race infé­rieure. Les nazis qui se sont accou­plés avec une dégé­né­rée, ils sont exécu­tés le dimanche matin sur le coup de six heures.

Enfin(page 171)une explication sur ce qu’est une boule de « komsio » car aucune note n’explique ce genre de mots.

Ensuite, elle a arra­ché la trachée et l’a mise à sécher pendant deux jours. Elles avait ramassé un bout d’os quelque part, je ne sais pas, s’il venait aussi du cygne. Sans doute. Peut-être. Le dernier soir, elle l’a glissé dans la trachée, puis elle a tordu le tout pour former une petite boule qui tinte lors­qu’on la secoue. 
C’est un jouet tradi­tion­nel same : une boule de « komsio » qui chasse les mauvais esprits. En géné­ral, on l’offre au nouveau-né. Selon la légende, un hochet fabri­qué à partir d’un os de cygne fait pous­ser les ailes aux pieds de l’en­fant. Ainsi, il pourra s’en­vo­ler en cas de danger.

Les recherches pour créer une race pure .

Juin 1944
On voit encore circu­ler des brochures sur l’avan­ce­ment des recherches en vue de la créa­tion d’une race aryenne parfaite. Ces écrits ont pour objec­tif de stimu­ler l’es­prit de groupe, tout parti­cu­liè­re­ment par les temps qui courent. Un exem­plaire à faire tour­ner passe de gardien à l’autre. Le docteur Mengele a réussi à produire un enfant aux iris parfai­te­ment bleus en lui injec­tant un produit chimique dans les yeux.
Il y a une dizaine de globe oculaire juifs qui traînent en ce moment même à l’ins­ti­tut Kaiser-Wilhem, dans des bocaux en verre, dans une petite vitrine blanche.

L’horreur des camps tenus par les nazis .

Le comman­dant lui avait ordonné, avec l’aide d’un collègues, de ligo­ter le prison­nier aux barbe­lés. Nu. Insectes, morve, mouches et mous­tiques n’avaient pas tardé à recou­vrir son corps. Olavi avec cru voir des mouches du renne, un para­sites qu’il n’au­rait pas cru suscep­tible de s’in­té­res­ser à l’hu­main. Les animaux dévo­raient des yeux, le sang coulait chaque fois que le prison­nier essayait zde les chas­ser, car au moindre mouve­ment les barbe­lés s’en­fon­çaient davan­tage dans sa chair. Les déte­nus et les gardiens, et même le comman­dant suprême, durent assis­ter à ce spec­tacle pendant un certain temps avant d’être auto­ri­sés à se retirer. 
Le type avait survécu jusqu’au lende­main. le matin on l’avait décro­ché. Il puait la merde et la pisse, les œufs pondus par les mous­tiques commen­çaient à éclore. Sa peau était couverte de bosses, de sang, rongée, sucée. Sa bouche ruis­se­lante d’un rouges brillant était le seul élément encore iden­ti­fiables sur son visage défi­guré. Il fut envoyé aux chan­tiers à pied, à vingt kilo­mètres de là. Il avait beau­coup de diffi­cul­tés à marcher et, avant d’avoir parcouru péni­ble­ment une ving­taine de mètres, il s’était affaissé défi­ni­ti­ve­ment. L’un des gardiens avait poussé le corps du bout de sa botte. Pas de mouve­ment. Il avait pris le pouls. Mort.

Édition Buchet-Chas­tel. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Un petit roman bien sympa­thique, sur un sujet qui m’in­té­resse : le créa­tion des « livres des heures » au 15° siècle.

Ces illus­tra­tions sont telle­ment riches et variées ! Je me souviens d’une expo­si­tion dans une biblio­thèque qui m’avait complè­te­ment séduite.

L’au­teure imagine un person­nage fémi­nin (En 2022 ce serait trop banal que ce soit un homme !) qui lutte pour pouvoir deve­nir, elle aussi, comme son grand-père, son père, une artiste en enlu­mi­nures. L’in­trigue est vrai­ment trop atten­due pour moi : sa mère ne veut que la marier et déteste qu’elle veuille deve­nir peintre mais grâce à son grand-père elle finira par s’im­po­ser. La belle Margue­rite va connaître un amour passion pour un « maure » qui passait par là et devra fina­le­ment se marier pour donner un père au bébé qu’elle attend.
L’in­té­rêt du roman réside dans la recons­ti­tu­tion d’une ville Paris qui se remet douce­ment de la guerre de cent ans, et la descrip­tion des tech­niques des colo­ristes qui nous ravissent encore aujourd’hui.

Un roman dont je vais très vite oublier l’in­trigue mais qui m’a fait passer un bon moment dans les ateliers pari­siens d’enluminures.

Citations

La couleur et le Moyen Âge

Les maisons des petites gens sont couleur de bois, de pierre, de boue, de chaume, leur mobi­liers de terre cuite, d’étain, leurs habits d’étoffe non teinte ou si peu. Le Moyen Âge est friand de couleurs vives autant que d’épices. La couleur est l’apa­nage de la nature, de nature divine, des Hommes qui en ont extrait les secrets et de ceux qui peuvent se les payer. Plus elle est vive, satu­rée, plus elle est enviable, enviée. Elle est la marque du puis­sant, de la cathé­drale, du jour de fête et de proces­sion avec ses éten­dards. L’ab­sence de couleur est signe de pauvreté, d’in­si­gni­fiance, d’inexis­tence, de mort.

Le sujet du roman.

Si, comme il se doit, Margue­rite équi­pera son livre d’heures de calen­drier litur­gique, d’ex­traits d’évan­giles, d’un petit office de la Vierge orga­nisé selon les heures cano­niales, elle pren­dra quelques liber­tés. d’autres avant elle en ont prit. Il est commun que le proprié­taire de livres d’heures cherche à renta­bi­li­ser sa mise, car le coût en est très élevé. On y inscrira toutes sortes de choses, des recettes locales de tisanes, d’onguent, en passant par les dates des nais­sances et des morts des membres de la famille. Alors pour­quoi pas des pensées, des échap­pées intime ? Voilà pour le fond . 
Et sur la forme ?
D’aus­tères au XII° siècle, les livres d’heures vont prendre vie, couleurs au fil du temps. Des prières, comme d’une terre, vont en pous­ser s’en­guir­lan­der de branches, de feuilles, de forêts entières.


Édition Zulma collec­tion poche

Traduit de l’an­glais (Royaume-Uni) par Renaud Morin

Ce n’est pas un roman qui se lit faci­le­ment, mais je n’ai pas eu envie de le lâcher avant la fin. Comme souvent dans ce genre de roman, le suspens prend trop de place surtout quand l’au­teur annonce une catas­trophe qui finit toujours par arri­ver évidemment !

Ce qui m’a atti­rée vers ce roman, c’est la diffé­rence sociale en Grande Bretagne, entre des jeunes dont les parents ont telle­ment d’argent que le dépen­ser est leur seule préoc­cu­pa­tion en termi­nant leurs études à Oxford , (parce qu’il faut bien s’oc­cu­per à quelque chose), et un jeune homme aide soignant dans une maison de retraite qui a fui son milieu social trop étriqué.

Mais ce n’est pas le sujet du roman et on ne comprend pas très bien pour­quoi Oscar est admis sans problème dans la richis­sime famille Bell­we­ther et ce qu’il reproche exac­te­ment à ses parents.

En revanche, l’as­pect psycho­lo­gique des person­nages est détaillé avec moult détails, tout tourne autour de la person­na­lité d’Eden le frère d’Iris l’amante d’Os­car. Celui-ci croit qu’il a un pouvoir de guéri­son grâce à la musique. Eden est musi­cien de talent et il utilise ses compé­tences pour domi­ner les autres, Oscar le naïf mais surtout Iris sa sœur qu’il se plaît à utili­ser comme cobaye. Il déteste qu’I­ris puisse échap­per à son pouvoir et il fera tout ce qu’il peut pour sépa­rer le couple .
Un élément en dehors des jeunes riches vient de la maison de retraite où travaille Oscar. Il s’en­tend bien avec un très vieux profes­seur qui va peu à peu initier Oscar à la culture litté­raire et philo­so­phique grâce à sa biblio­thèque bien four­nie. Ce profes­seur a été l’ami et sans doute l’amant d’un psycho­logue réputé qui travaille sur la mani­pu­la­tion mentale et les faux guérisseurs.

La rencontre entre ce psycho­logue réputé et Eden Bell­we­ther est très impor­tante car ce vieil homme est atteint d’un cancer du cerveau qui ne se soigne pas . Eden pourra-t-il comme il le prétend le guérir ? Ce profes­seur septique se lais­sera t‑il convaincre parce qu’il a peur de mourir ?

C’est vrai­ment là le cœur du roman. Existe-t-il des gens avec des pouvoirs supé­rieurs ? Sont-ils des malades mentaux ? Sont- ils dangereux ?

Le roman décor­tique avec minu­tie toutes ses ques­tions, les réponses je ne peux pas les donner sans dévoi­ler le suspens du récit.

Je ne suis pas très enthou­siaste pour ce roman, car pour moi il manque de profon­deur dans l’ana­lyse de la réalité sociale. Je n’ar­rive toujours pas à comprendre pour­quoi ces gosses de riches acceptent Oscar avec un engoue­ment éton­nant pour sa condi­tion d’aide soignant dans cette maison de retraite. Le senti­ment amou­reux d’Os­car pour Iris est étrange ou alors trop anglais pour moi : quand elle est là c’est bien, quand elle n’est plus là, il fait avec, sans cher­cher à s’accrocher.

Bref la partie réus­sie et pour cela, je vous conseille de lire ce livre, c’est tout ce qui relève de la mani­pu­la­tion mentale, ce n’est pas agréable de lire cela mais c’est très intéressant.

Citations

Différences sociales .

À vrai dire, il n’était pas sûr du tout d’ap­pré­cier ses parents. Ils avaient cette insup­por­table assu­rance que confère la fortune, l’auto satis­fac­tion que donne la piété. Combien de fois avait-il adressé la parole à Ruth Bell­we­ther, et combien de fois l’avait-elle consi­déré en clignant des yeux, sans lui répondre, ne l’ayant mani­fes­te­ment pas non plus écouté ?

Les raisons de quitter l’école .

Il dirait au vieil homme que quit­ter l’école n’avait pas été un choix mais une néces­sité, l’oc­ca­sion d’échap­per à l’en­vi­ron­ne­ment de ses parents et de se trou­ver un chez soi à l’autre bout de la ville ; une simple chambre meublée au dessus d’un book­ma­ker, rien de bien luxueux, mais là au moins, il était libre de voir le genre de personnes qu’il voulait, de s’abon­ner à un jour­nal sérieux s’il en avait envie, de passer ses week-ends à Londres ou de déam­bu­ler dans Cassiory park en nour­ris­sant les canards avec son propre pain rassis. Il dirait au vieil homme qu’à dix-sept ans, l’in­dé­pen­dance était sa prio­rité, et qu’il l’avait acquise en renon­çant au luxe de faire des études ; mais qu’il pour­rait toujours les reprendre quand il serait plus âgé.

La richesse.

Iris donnait parfois l’im­pres­sion d’avoir traversé l’exis­tence en état d’ape­san­teur sans conce­voir le genre de diffi­cul­tés auxquelles ses semblables étaient confron­tés. Non pas qu’elle soit inca­pable de recon­naître la misère la plus noire – les ventres disten­dus des familles du Leso­tho frap­pées par la famine, les orphe­lins roumains entas­sés à onze dans un lit- , quand ces sujets passaient aux infor­ma­tions, elle était profon­dé­ment émue et prête à réagir. Néan­moins, elle semblait avoir aucune conscience des soucis d’argent récur­rents des gens normaux, ce stress perma­nent pour trou­ver de quoi répa­rer une chau­dières en panne, ache­ter un nouveau pull-over pour l’école, payer les frais d’or­tho­don­tiste. S’il lui avait demandé quel était le prix de l’es­sence, elle ne l’au­rait proba­ble­ment pas su, mais elle était capable de disser­ter sur le raffi­nage du pétrole et l’im­por­tance des éner­gies renou­ve­lables. Il y avait des moments où il ne pouvait s’empêcher de lui en vouloir, pour ce qu’elle possé­dait les dix neuf années passées dans les meilleures écoles, les vacances au ski, les bons restau­rants, parce qu’on lui disait tous les jours qu’elle pouvait avoir tout ce qui lui faisait plai­sir. Mais il avait fini par comprendre à quel point il avaient tort de lui en vouloir. Car c’était ce qu’il convoi­tait pour lui même, et ce qu’il aime­rait offrir un jour à ses propres enfants. repro­cher à Iris sa vie idéale n’était rien d’autre que de la jalou­sie le genre d’amer­tume qui avait détruit son père.

Édition Flam­ma­rion . Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

C’est un roman léger et dont la lecture si agréable nous sort un peu du monde trop violent qui est le nôtre aujourd’hui. Tout en étant léger il n’est pas pour autant super­fi­ciel. Deux histoires se rassemblent autour d’un curieux phéno­mène : le passage de Venus devant le soleil .

Les tran­sits de Vénus font partie des phéno­mènes astro­no­miques prévi­sibles les moins fréquents et se produisent actuel­le­ment suivant une séquence qui se répète tous les 243 ans, avec des paires de tran­sits espa­cés de 8 ans sépa­rées par 121,5 puis 105,5 ans. Avant 2004, la paire de tran­sits précé­dente date de décembre 1874 et décembre 1882. Le premier de la paire de tran­sits du début du xxie siècle a eu lieu le 8 juin 2004 et le suivant a eu lieu le 6 juin 2012 . Après 2012, les prochains tran­sits auront lieu en 2117 et 2125. selon Wikipedia .

Vénus c’est ce petit point noir sur le soleil

Guillaume Joseph Hyacinthe Jean-Baptiste Le Gentil de la Galai­sière en 1760 s’embarque pour aller voir ce phéno­mène extra­or­di­naire à Pondi­chéry. Il doit y être le 6 juin 1761. Une terrible tempête l’empêchera d’ar­ri­ver à temps, il décide alors de rester à l’île Maurice, Mada­gas­car et la Réunion pendant 8 ans pour pouvoir voir le prochain passage. En atten­dant, il écrit pour racon­ter ce qu’il voit et consti­tue une superbe collec­tion de coquillages. Pour ses obser­va­tions , il possède un superbe téles­cope objet qui émer­veillera les marins et les gens qu’il rencon­trera dans ses voyages.
Et voici notre deuxième person­nage, Xavier agent immo­bi­lier à Paris, il retrouve cet ancien téles­cope dans un appar­te­ment qu’il a vendu. Il le met sur sa terrasse et observe la lune, les étoiles et sur un autre balcon une jolie pari­sienne dont il va tomber amou­reux. Xavier est un homme de notre époque divorcé , anxieux qui se relaxe grâce à des appli­ca­tions sur inter­net . Il ne voit son fils qu’un WE à deux et il cherche des acti­vi­tés extra­or­di­naires pour être bien avec lui. La jolie Alice qui a rencon­tré Xavier car elle recher­chait un appar­te­ment travaille au musée des jardins des plantes, est taxi­der­mique et fait revivre des animaux en les redon­nant un aspect vivant.
Leur histoire sera un peu compli­quée, nous ne les quit­te­rons que pour retrou­ver Guillaume dans ses diverses aven­tures et ses rencontres avec des humains, des animaux des plantes si loin de la cour du roi Louis XVI . Nous avons quelques belles tempêtes et malheu­reu­se­ment la belle collec­tion de coquillages sera sacri­fiée pour sauver le bateau du retour. A son retour en France tout le monde l’ayant cru mort, il a perdu sa place à l’aca­dé­mie des sciences et sa famille s’est parta­gée son héritage.

On est bien avec les diffé­rents person­nages même si quand on sort du livre, on se dit que le monde n’est pas aussi gentil que celui que nous décrit Antoine Laurain. Il a su nous faire revivre un astro­naute bien oublié et nous faire parta­ger une romance à laquelle on a envie de croire.

Citations

Présentation de Xavier.

Il semblait à Xavier que sa vie avait en quelque sorte déra­pée à un moment et il avait du mal à situer préci­sé­ment ce moment. Souvent, il se sentait comme un céli­ba­taire sans avenir, qui vendait aux autres, plein d’en­train et de ressources, des appar­te­ments pour y construire une vie ‑autant de projets qui ne lui parais­saient plus à sa portée. 
Rien est vrai­ment compli­qué. Ce que vous perce­vez comme diffi­cile sont le plus souvent des construc­tions mentales. Vous ajou­tez une couche d’an­goisse dont vous n’avez nul besoin et qui est improductive. 

Les plages de l’île Maurice par rapport à la manche.

Du bleu et de la lumière. Tout était bleu, l’eau était aussi immo­bile que le ciel. Jamais il n’avait vu d’autre plage que celle de la Manche, où il se rendait enfants et adoles­cents avec la famille. Des dunes avec des mottes d’herbe éparses balayées par le vent puis l’im­men­sité de la mer. Le plus souvent, sa couleur était bleu foncé tein­tée de kaki et des rouleaux mena­çaient ceux qui s’ap­pro­chait et n’étaient pas marin. L’eau se reti­rait sur des kilo­mètres, et il fallait marcher long­temps sur les bosses du sable humide et dans les petits étangs de vases avant d’ar­ri­ver au bord de la mer qui était en géné­ral glacée sur les pieds.

Une idée du bonheur.

Bruno devait vivre le rêve d’une nouvelle vie en Dordogne, passer de belles jour­née en famille, pleines de projets pour ses chambres d’hôtes, et échan­ger avec Char­lotte, sa femme, sur les couleurs du papier peint d’une future pièce ou encore sur l’agen­ce­ment d’une rocaille dans le par paysagé. Oui, Bruno avait fait le bon choix : il avait quitté la ville, avec ses voitures qui se repro­dui­saient comme des cafards, selon son expres­sion. Il devait vivre tous les jours comme dans ses publi­ca­tions fami­liales des années 1980 dans lesquels le père et la mère retrou­vaient leurs enfants le matin au petit déjeu­ner, dans la cour d’une belle maison enso­leillée pour parta­ger choco­lat chaud et café brûlant en écla­tant de rire. En géné­ral ces spots vantaient une marque de chico­rée ou des assurances ;

J’adore la fin.

Le prochain tran­sit de Vénus aura lieu en 2117. Soit dans quatre vingt quinze années. Vous, qui lisez ces lignes, ne serez plus là. Et moi non plus. Comme guillaume nous rate­ront ce rendez-vous. Mais ce n’est pas grave. Nous sommes ici. Main­te­nant. J’écris. Vous lisez. 
Nous respi­rons. 
Nous sommes vivants. 
Tout va bien.

Édition du Rocher

Curieuse coïn­ci­dence ce roman dont le sujet est l’amnésie est chez moi depuis un certain temps et j’ai complè­te­ment oublié comment il y est arrivé.
William Noone est un pauvre hère, il est recueilli dans un hospice pour indi­gents à Londres en 1889. Le méde­cin qui s’occupe de lui, Oscar Klives, comprend peu à peu que cet homme souffre d’une amné­sie étrange. D’abord, il se croit toujours en 1847 et ne peut expli­quer pour­quoi il a été retrouvé sur les quais de Londres. Et de plus sa mémoire est si défaillante qu’il ne peut la faire fonc­tion­ner que par tranche de quatre minutes. Puis tout s’efface, et il repart à zéro. En revanche tout ce qui s’est passé avant 1847 est très précis dans sa mémoire. Le méde­cin qui le recueille est fasciné par ce cas si étrange . Lui-même a une person­na­lité que nous décou­vri­rons peu à peu : son amour (hélas non partagé !) pour une infir­mière plus humaine que la moyenne de celles qui s’occupent des indi­gents de cet hospice, ainsi que les raisons qui l’ont amené à suivre cette carrière moins glorieuse que celle à laquelle ses brillants études le destinaient.

Il comprend assez vite que le mystère de cette mémoire défaillante doit venir de trau­ma­tismes subis en 1847, date à laquelle tout s’est subi­te­ment effacé pour William Noone.
Il va donc partir au Canada pour pouvoir réécrire la vie de quelqu’un qui n’en a aucun souvenirs.

Ce roman permet de décou­vrir la vraie misère des gens sans ressource à la fin du 19° siècle en Angle­terre ( cela ne doit guère être mieux ailleurs !). On voit aussi la dure condi­tion des marins, mais le sujet prin­ci­pal c’est la souf­france appor­tée par l’amnésie. Jamais le malade qui en est atteint ne peut prendre sa vie en main et à l’époque, comme la méde­cine commen­çait tout juste à essayer de comprendre ce genre de phéno­mène le patient est consi­déré comme respon­sable de ses actes et il finit le plus souvent en prison.
Le roman m’a inté­res­sée sans me passion­ner. La forme peut-être ? Nous décou­vrons cette histoire grâce au cahier person­nel du méde­cin qui distille peu à peu ses confi­dences, sur son amour, le person­nel de l’hospice, le marin amné­sique, et enfin son incroyable recherche vers les trente années qui ont disparu de la mémoire de Willam Noone. Très vite le lecteur comprend qu’il n’y aura pas de solu­tion pour ce pauvre hère et que, fina­le­ment, il a une certaine chance d’avoir oublié certains aspects de sa vie. Alors pour­quoi en faire un roman ? Peut-être pour nous faire décou­vrir cette époque et ceux qui ont été broyés par l’ère indus­trielle. Sans doute, mais j’ai lu des textes plus prenants sur le sujet, tout en lisant atten­ti­ve­ment ce roman je m’y suis ennuyée il manquait un souffle, ma lecture était plus appli­quée qu’interessée.

Citations

Les hospices anglais en 1880.

Chaque matin, ce sont plusieurs nouveaux spéci­mens de cette triste race qui attendent en silence, le regard éteint, sur le banc du couloir reliant mon cabi­net à celui d’Ir­vin Owen, mon adjoint. et qu’at­tendent-ils ?… Leur tour de passer la visite médi­cale avant d’être conduit aux douches comme du bétail à l’abat­toir ; le moment de se lais­ser dépouiller de leurs hardes et du peu qu’il leur reste, en échange de cet uniforme de pension­naires qui sera la livrée de leur indi­gnité. À vrai dire, ils n’at­tendent plus rien 

Observation logique est elle vraie ?

J’en suis pour ma part venu à la conclu­sion que la folie naît et se forti­fie de son propre déni ; que ce chancre de l’âme se nour­rit prin­ci­pa­le­ment de l’hor­reur qu’il inspire ; ou, pour le dire autre­ment, que le fou ne devient (vrai­ment) fou que parce que l’im­pos­si­bi­lité psycho­lo­gique dans laquelle il se trouve de s’avouer qu’il dérai­sonne l’ac­cule à sacri­fier des pans toujours plus larges de la réalité à sa lubie initiale, exac­te­ment comme le menteur après un premier mensonges est contraint d’en inven­ter d’autres, toujours plus emberlificotés.

Mémoire et imagination.

Sir Herbert insiste longue­ment sur les rapports étroits qu’en­tre­tiennent ces deux facul­tés de l’es­prit humain, tradi­tion­nel­le­ment tenues pour distante par la philo­so­phie clas­sique, que sont la Mémoire et l’Ima­gi­na­tion. Il y a une part d’ima­gi­na­tion dans tout ce qui nous vient de notre mémoire, comme une part de mémoire dans tout ce que crée notre imagi­na­tion, écrit-il. Et, pour suit-il, ces apports respec­tifs sont si bien mélan­gés dans notre esprit que la ques­tion de savoir laquelle de ces deux faculté s’exerce en nous à un moment donné et bien moins évidente qu’on ne poyr­rair le penser au premier abord.

Les riches anglais.

Ce gent­le­man se trou­vant néan­moins fort occupé par les prépa­ra­tifs de son prochain voyage ‑fort occupé comme tous ceux que leur nais­sance et leur patri­moine dispensent de travailler : à croire que l’oi­si­veté est la plus appa­rente des conditions. 

Le Canada.

Comme toute cette grande et forte nature n’a que peu à voir avec celle si fami­lière et domes­ti­qué de mon cher Devon ! C’est ici le royaume des sapins et des épinettes, des bises sifflant dans les cimes, des eaux glacées même en été. C’est ici le royaume des saumons remon­tant à toute force les torrents pour frayer … et des indus­trieux castor… et des paisibles élans. C’est ici le royaume des innom­brables oiseaux de la créa­tion : fous blancs planant dans le ciel bleu, autours qui hantent les forêts, tant d’autres dont je ne sais pas les noms ! Malgré leurs trains et leurs gares, malgré leurs pauvres petites villes dissé­mi­nées de loin en loin, on sent bien que les hommes ne sont point ici chez eux. Du moins pas les hommes que je connais, ceux qui portent des montres dans leurs gous­sets et qui ont depuis long­temps perdu l’ha­bi­tude de se régler sur le lever et le coucher du soleil, ceux qui n’ont jamais eu besoin d’at­tra­per ou de faire sortir de terre ce qu’ils mangent mais toujours de trom­per leur ennui au club, au théâtre, au cabaret.

L’oubli.

Quand les vivants qui ont connu les morts meurent à leur tour, quand plus aucun d’entre-eux n’est là pour entre­te­nir leurs tombes et hono­rer leur mémoire, ces morts du temps passé meurent une seconde et dernière fois. Peu de temps sépare la mort orga­nique de cette seconde mort défi­ni­tive qui est la vrai et dont le nom est l’Ou­bli – une géné­ra­tion à peine , l’homme est si peu de choses 

Édition Quai Voltaire , Traduit de l’anglais par Jean­nette Short-Payen

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Une petite plon­gée dans le monde abbayes du début du XVII° siècle, après la mort du roi Henry IV, dans un couvent de nonnes où l’ac­cu­sa­tion de sorcel­le­rie n’est jamais bien loin et permet tous les abus. C’est un récit assez compli­qué, une histoire de vengeance imagi­née par un cerveau supé­rieur et féroce, un certain Guy Le Merle qui a été humi­lié dans sa jeunesse par un évêque tout puis­sant. Pour mener à bien sa vengeance, il doit utili­ser les capa­ci­tés de celle qu’il appelle mon Ailée parce que (du temps où elle était saltim­banque) elle se prome­nait sur des fils tendus dans les airs. Celle-ci a trouvé refuge dans un couvent pour élever sa fille Fleur et pendant quatre ans, elles mène­ront toutes les deux une vie paisible sous l’au­to­rité d’une mère supé­rieure dont l’es­prit de charité faisait régner un certain bonheur dans cette abbaye de l’île de Noir­mou­tier, c’est amusant de voir une région que l’on connaît bien vivre sous la plume d’une auteure étran­gère et situer ces descrip­tions au XVII° siècle , le passage du « Goa » aura évidem­ment son impor­tance ! Il faut dire que l’au­teure à une mère fran­çaise elle a peut-être passé des vacances dans cette région.

Pour parve­nir à ses fins, Le Merle dissi­mulé sous les traits d’un prêtre va utili­ser une toute jeune nonne qu’il va mettre à la tête de cette abbaye, celle-ci voit le diable partout et les pauvres sœurs iront de châti­ment en châti­ment. Cette nonne est en réalité la soeur de l’évêque dont il veut se venger. Je m’ar­rête là pour ne pas trop en dire sur le suspens qui sous-tend ce récit. Tout le charme de ce roman vient de ce qu’on ne sait pas jusqu’à la dernière page si le person­nage du « Merle » est unique­ment cruel et s’il est capable d’amour pour son « Ailée ». J’ai trouvé cette histoire de vengeance bien compli­quée et si j’ai retenu ce roman c’est plutôt pour la descrip­tion de la vie des nonnes dans les abbayes, mais je reproche aussi à l’au­teure de voir tout cela avec des yeux de femmes du XXI° siècle pour qui faire la diffé­rence entre la foi et la crédu­lité est si facile à faire. C’est un roman histo­rique qui éclaire d’un œil sans complai­sance la reli­gion du XVII° siècle et la condi­tion des femmes dans les couvents, et rien que pour cela il peut vous plaire.

Citations

La fondation des abbayes.

Fondée il y a quelques deux cent ans par une commu­nauté de frères prêcheurs, l’ab­baye est très vieille. Elle a été payée grace à l’unique devise qui a court pour l’église : la crainte d’être damné. En ces temps d’in­dul­gence et de corrup­tion, une famille noble ne pouvaient assu­rer sa posi­tion dans le royaume qu’en atta­chant son nom à une abbaye.

Des propos qui sentent le XXI° siècle plus que le XVII° mais c’est très bien dit.

Je n’ai jamais cru en Dieu.En tout cas, pas à celui auquel nous avons l’ha­bi­tude de nous adres­ser, ce grands joueur d’échecs qui, de temps en temps, baisse le regard vers son échi­quier, déplace les pièces selon les règles connues de lui seul et daigne regar­der son adver­saire bien en face et avec le sourire du grand maître qui sait d’avance qu’il va gagner la partie. Il doit y avoir, me semble-t-il une horrible paille dans l’es­prit de ce créa­teur qui s’obs­tine à mettre ses créa­tures à l’épreuve jusqu’à ce qu’il les détruise, qui ne leur accorde un monde regor­geant de plai­sir que pour l’heure annon­cer que tout plai­sir est péché, qui se complaît à créer une huma­nité impar­faite mais s’at­tend à ce qu’elle aspire à l’in­fini perfec­tion ! Le Démon, au moins, joue franc-jeu, lui. Nous savons exac­te­ment ce qu’il veut de nous. Et pour­tant, lui-même, le Malin, le Génie du mal travaille secrè­te­ment pour l’Autre, le Tout Puis­sant. À tel maître, tel valet.

Toujours l’effet des connaissance d’aujourd’hui sur une description du passé .

Je leur ai recom­mandé d’évi­ter les jeûnes exces­sifs, de ne boire que l’eau du puits et de se laver au savon matin et soir. 
» À quoi cela pourra-t-il bien servir ? » a demandé soeur Thoma­sine en enten­dant ce conseil. 
Je lui ai expli­qué que parfois des ablu­tions régu­lières empê­chaient les mala­die de se propager. 
Elle a eu l’air un peu convain­cue de cela. « Je ne vois pas comment ! a‑t-elle dit. Pour éloi­gner le démon, ce n’est pas d’eau propre et de savon dont on a besoin, c’est de l’eau bénite ! »

Édition l’âge d’homme ; Traduit du tchèque par Marcella Sali­va­rova Bideau

J’ai trouvé cette lecture chez Patrice et j’avoue que je pensais y trou­ver plus de plai­sir. C’est vrai­ment une fable et l’hu­mour est très daté. On sent aussi que l’au­teur a eu du mal à finir son histoire et le passage dans l’île avec des canni­bales est un peu lourde. C’est donc une fable autour du foot­ball et de l’en­vie de gran­deur d’un petit village de Dolni Bukvi­cky qui voit naître 11 garçons dans la famille du vieux Klap­zuba . Ce père très malin fait de ses fils des cham­pions de foot . Il va leur donner le sens de l’en­trai­ne­ment, et le plai­sir du foot. Ils sont soudés entre eux comme des frères peuvent l’être. Ils vont deve­nir les meilleurs joueurs du monde , si célèbres que le roi d’An­gle­terre leur confiera son fils le prince de Galle pour en faire un cham­pion. Leur ascen­sion est très inté­res­sante et se lit agréa­ble­ment avec le sourire car rien n’est sérieux dans cette fable.

Mais un jour, les frères perdront leur envie de jouer car il rencon­tre­ront un petit garçon qui leur fait comprendre qu’ils sont deve­nus des professionnels.

Oui, vous êtes des profes­sion­nels, et c’est la raison pour laquelle nous ne pouvons pas jouer avec vous. Nous jouons pour l’honneur et vous jouez pour l’argent. Je ne veux avoir rien en commun avec vous.

Ils prennent conscience de tout l’argent qu’ils ont gagné et cela rend le foot­ball moins passion­nant. On est loin du foot­ball contem­po­rain. Avant de tout arrê­ter, il faudra une dernière et folle équi­pée vers l’Aus­tra­lie et les onze frères fini­ront dans un sursaut d’honneur par retrou­ver leur compétitivité.

La fin est vrai­ment moins inté­res­sante, l’au­teur envoie son équipe de foot sur une île de canni­bales puis au milieu de l’océan .

Je pense que ce roman est plutôt un livre pour la jeunesse. Malgré l’hu­mour, je suis restée en dehors de cette fable qui pour­tant est très célèbre en Tchéquie.

Citation

Humour tchèque.

« C’est vous, monsieur Klapzuba ? »

Klap­zuba rassem­bla en vitesse toutes ses réserves de voca­bu­laire anglais, prit son temps pour y faire son choix, hocha la tête et dit finalement :

« Yes »

L’apprentissage et la royauté.

Leur Majesté d’An­gle­terre m’ont envoyé leur fils en appren­tis­sage, et de ma vie je n’ai jamais vu un apprenti se faire servir. Il s’est engagé, faut qu’il porte lui-même son barda. Le meilleur des rois est celui qui a le moins de laquais autour de lui, si on oublie que pas de roi du tout, c’est encore mieux que le meilleur des rois.

Le sport et l’argent.

Il n’y a pas de quoi s’éton­ner, tout ce qui se répète à l’in­fini perd de son charme et se résume à la longue a un problème méca­nique. On a vu le même phéno­mène avec les profes­sion­nels du Royaume-Uni. Seul un amateu­risme total, celui qui exige de ses adeptes des sacri­fices, apporte en récom­pense le plus beau cadeau que la culture physique puisse offrir : l’es­prit spor­tif. Toutes les autres formes d’ac­ti­vi­tés spor­tives mène à la morti­fi­ca­tion de l’esprit.

Scène avec un colonel anglais .

Le colo­nel ne faisait rien d’autre que de rester assis, tirer sur sa pipe et cracher alors Klap­zuba faisait de même, rester assis, tirer sur sa pipe et cracher ‑et ainsi ils restèrent assis, tirèrent sur leurs pipes crachèrent à deux. Une heure plus tard, le colo­nel leva la main, montra un oiseau blanc qui passait par là et dit en anglais :
« Mouette »
Klap­zuba approuva de la tête :
« Yes »
Une heure plus tard Klap­zuba aper­çut un dauphin surgis­sant et dispa­rais­sant dans l’eau. Il observa un moment leva la main et dit posément :
« The poisson » 
Là-dessus le colo­nel Ward hocha sérieu­se­ment la tête :
« Yes »
Et ils retour­nèrent à leurs occu­pa­tions, rester assis, tirer sur leurs pipes et envoyer des crachats.


Édition Taillandier

Jai été tentée par ce roman, car j’ai souvent une tendresse pour les auteurs qui se penchent sur leur enfance, et qui savent nous faire parta­ger « le vert para­dis des amours enfan­tines », cette cita­tion de Baude­laire n’est pas gratuite, car dans presque tous les moments de ses souve­nirs, l’au­teur fait des paral­lèles entre sa vie et des person­nages de la litté­ra­ture il convoque Proust (évidem­ment !) Nabo­kov, André Chénier et tant d’autres. Certains sont de sa famille car comme tout membre de la noblesse il parle de sa généa­lo­gie, sans en être fier car ce serait de « mauvais goût », voire vulgaire. J’ai déjà dans ma biblio­thèque le livre de mémoire d’une de ses tantes, Pauline de Pange : « Comment j’ai vu 1900″ qui m’avait beau­coup plus intéressée.

L’au­teur est né en 1957, et a vécu son enfance à côté de Laval dans une demeure qui devait ressem­bler à cela :

C’est là encore qu’il écrit ses livres, en parti­cu­lier celui-ci.

On sent que l’au­teur veut nous faire ressen­tir la douceur avec laquelle il a été élevée, et combien ses parents ont été mêlés de près à la vie de la France. En bon catho­lique, ils étaient anti­sé­mites, en amou­reux de la France ils étaient résis­tants. Mais lui est né en 1957, donc tout cela ne lui revient que par bribes et ne doit donner lieu à aucune gloriole : toujours la peur d’en faire trop en se ventant. Alors il reste la vie de ce petit garçon qui n’a vrai­ment rien de passion­nant. Sa tante (éloi­gnée) nous avait fait décou­vrir le monde de la noblesse avant 1914, lui ne nous fait pas décou­vrir grand chose , sinon la vie d’un petit garçon tendre­ment aimé de ses parents, je suis ravie pour lui qu’il ait reçu autant d’af­fec­tion. Je me demande s’il a pensé qu’en rendant publique son enfance dans ce qui doit être le château du village, il fait le même effort que la famille Craw­ley dans Down­town Abbey qui ouvre leur demeure aux visiteurs.

Tout est en retenu dans ce livre, en discré­tion et en allu­sions litté­raires. Ce sont peut-être ces quali­tés qui dans la vie sont agréables qui ont rendu ce livre si fade à mes yeux, je dois, cepen­dant, rendre hommage aux quali­tés du style d’Em­ma­nuel de Wares­quiel (ce qui fait que de deux coquillages je suis passée à trois).

Citations

Portrait d’un oncle (avec un trait de caractère que j’ai déjà rencontré)

Il parlait avec une légère pointe d’ac­cent anglais qui lui venait sans doute de ses anciennes « nannies », n’écou­tait pas, vous inter­rom­pait, n’en­ten­dait pas ce qu’on lui disait et pouvait reprendre très natu­rel­le­ment une conver­sa­tion qui n’avait pas commencé ou qui avait été inter­rom­pue depuis des jours. Il m’en­chan­tait , plus tard, par sa faci­lité à manier le quipro­quo, les propos déca­lés, les réponses « ex abruto » qui lais­saient pantois tous ceux qui ne le connais­saient pas. Il fallait pour l’ai­mer l’ap­pro­cher de loin, accep­ter d’en­trer dans son monde, l’ap­pri­voi­ser, comme Le petit Prince son renard.

Fin du livre.

Nous restons seuls avec nos souve­nirs. C’est peut-être pour cela qu’on écrit. On veut en finir avec le temps, passer l’ar­doise à l’éponge. Elle était deve­nue indé­chif­frable à force de repen­tir et de ratures. On espère résoudre le rébus, retrou­ver les mots cachés comme Alice la clef de la porte au pays du lapin Blanc

Éditions Gras­set

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Après le Secret et la Mauvaise Rencontre, je renoue avec cet auteur grâce au club de lecture. Le narra­teur doit faire face au deuil de sa compagne tendre­ment aimé. Cela lui devrait être chose plus aisée qu’à d’autres puis­qu’une de ses spécia­li­tés en tant que psycha­na­lyste c’est juste­ment « Le deuil ». Seule­ment comme chacun le sait, c’est telle­ment plus simple d’ex­pli­quer et d’ai­der les autres que de se comprendre soi-même et de ne pas faire les erreurs que l’on a vu les autres commettre. Le narra­teur plonge donc dans le deuil sans que rien ne puisse le rete­nir : ni l’af­fec­tion de sa fille, ni son ami violon­cel­liste, ni son méde­cin qui surveille la pile qui doit empê­cher son coeur de s’ar­rê­ter. La nouveauté qui nous vaut ce roman, c’est le « service » que propose des « start-up » : créer un avatar de la personne récem­ment dispa­rue et dialo­guer avec elle . Oui, ce service existe, et non, je ne connais personne qui l’a essayé. On devine comment cela marche, et l’au­teur le raconte très bien, vous lais­sez des créa­teurs de logi­ciel entrer dans votre vie virtuelle, vous leur confiez photos et docu­ment sonores, grâce à des entre­tiens, ils découvrent votre vie et celle du défunt, et moyen­nant un budget consé­quent, ils créent l’ava­tar de la personne dispa­rue qui pourra dialo­guer avec vous.

Pour le roman­cier ce sera salu­taire puisque c’est grâce à cela qu’il retrou­vera l’ins­pi­ra­tion nous racon­ter son deuil enri­chi de cette expé­rience : et hop ! la boucle est bouclée.

On apprend au passage qu’a­voir une pile dans le coeur, n’est pas anodin et que vous donnez à une compa­gnie le droit de ralen­tir ou d’ac­cé­lé­rer votre rythme cardiaque. D’ailleurs, il y a quel­qu’un qui a montré qu’un hacker pour­rait ainsi neutra­li­ser des personnes très âgées porteuses de ce genre de pile (si possible des diri­geants politiques).

C’est un roman très facile à lire et qui met en lumière une pratique funé­raire qui risque de se déve­lop­per : notre société veut telle­ment fuir la mort que je pense que ce genre d’en­tre­prise va connaître un bel essor. Malgré une écri­ture très agréable, je n’ai pas été touchée par ce roman que j’ai trouvé vide. Il est rare que j’ap­pré­cie un livre où l’au­teur raconte comment il a du mal à écrire tout en écri­vant, c’est une impu­deur qui me gêne.

PS c’est tout à fait par hasard que sur mon blog deux auteurs ayant le même nom se suivent !

Citations

Un père et sa fille.

Quelques années aupa­ra­vant, Agnès avait rencon­tré l’homme de sa vie qui allait deve­nir son mari, puis le père du petit miracle devant lequel Irène et moi sommes retom­bés en enfance. Seule ombre au tableau : la compli­cité qui me liait à ma fille s’était émous­sée. Il m’était diffi­cile de perce­voir encore dans la femme épanouie celle qui, autre­fois blot­tie dans mes bras, me confiait ses secrets. La gros­sesse puis la mater­nité d’Agnès avait natu­rel­le­ment installé une nouvelle distance : la fille aimée était main­te­nant avant tout une épouse et une mère. J’ai su faire bonne figure afin que personne n’aper­çoive, sous les atten­tions et la tendresse d’un grand-père, la nostal­gie d’un père.

L’Après.

Dans le tiroir du meuble de la salle de bain, j’avais entre­pris d’en­fer­mer ses produits de beauté mais au moment de les ranger je n’ai pu résis­ter au besoin de dévis­ser le bouchon de son parfum : tel le génie de la lampe, Irène avait jailli du flacon, remplis­sant la pièce de ces effluves autant que de son absence.

Joli passage :

« C’est une curieuse expé­rience de consta­ter que ma vie ne tient qu’à un fil, celui qui relie cette pile à mon cœur, un cœur qui ne bat plus pour personne »
Lui confiai-je, Peu après la mort d’Irène, un jour où l’ab­sence de mon épouse me pesait plus encore que d’or­di­naire et me rendait impos­sible cet exer­cice dans j’avais pour­tant la maîtrise : faire bonne figure. Une autre fois où je retrou­vais un peu de mon humour, je parvins à lui demander :
« Docteur vous qui savez redon­ner du rythme à ceux qui défaillent, pouvez-vous faire quelque chose pour les cœurs brisés ? »
Il répon­dit en souriant :
« Et vous, qui savez si bien écrire sur le deuil, votre sagesse et votre plume ne peuvent-elles vous aider à traver­ser cette épreuve ? »

(PS je suis déso­lée pour la qualité de mes photos, elles sont très bonnes sur mon télé­phone mais sont dégra­dées sur ma boite mail sans que je sache pourquoi.)

Édition Galli­mard . Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Pour le thème du mois de mars à mon club de lecture , « les écri­vains et leur père », ce livre était parfai­te­ment à sa place, en effet, Marc Dugain se penche sur le passé de son père, person­nage éton­nant de volonté (d’où le titre). En effet, alors qu’il est encore enfant, l’an­née où il devait quit­ter l’école primaire pour aller au lycée, en 1941, il a été atteint de la polio­myé­lite, il a eu la chance incroyable de pouvoir être soigné à Paris et de n’avoir qu’une jambe para­ly­sée. Toute sa vie il marchera sur une seule jambe et une canne sans jamais renon­cer à mener la vie aven­tu­reuse dont il rêvait. Ce roman, l’au­teur tient à cette appel­la­tion l’épi­graphe du roman, (Marc Dugain l’a écrite lui-même) dit ceci :

La plus belle des fictions est celle qu’on entre­tient sur ses proches dans des souve­nirs qui jalonnent une mémoire flot­tante. Ce n’est pas la biogra­phie d’in­con­nus, c’est un roman.

Ce roman nous vaut une belle balade dans le XX° siècle avec un regard très parti­cu­lier, celui d’un homme du XXI° siècle qui connaît la réponse à des ques­tions que l’on ne se posait pas à l’époque. Comme par exemple le problème des déchets nucléaires, apporté par l’in­dé­pen­dance éner­gé­tique voulue par de Gaulle.

L’his­toire de la famille de son père est marqué par l’al­coo­lisme des gens simples en Bretagne et aussi la volonté de ces mêmes gens de tout faire pour que leurs enfants réus­sissent leur études. Il réus­sira mais eux se senti­ront exclus de la famille bour­geoise que son fils va consti­tuer avec une femme pari­sienne qui va se battre pour exis­ter sur le plan profes­sion­nel alors que tout la pous­sait à deve­nir une bonne mère et une épouse tenant sa maison. Leurs deux fils auront du mal à se sentir aimés par des parents qui seront aussi pris par leurs destin, mais cela n’ap­pa­raît qu’é­pi­so­di­que­ment dans le récit.

La famille de sa mère est marquée par son père qui est une « gueule cassée » qui a inspiré Marc Dugain le roman qui l’a rendu célèbre : « la Chambre des Offi­ciers » que je n’ai pas encore lu contrai­re­ment à « l’in­som­nie des étoiles ». La présen­ta­tion de ce futur gendre qui a perdu une jambe sera diffi­cile à accep­ter pour sa future belle mère qui sait ce que cela veut dire de consa­crer sa vie à aider un handi­capé. Mais fina­le­ment la vie fami­liale se recons­truira grâce à l’éner­gie de cet homme que rien n’ar­rête et qui respec­tera la volonté de sa femme de s’im­po­ser dans le monde de l’in­dus­trie. Après quelques années en Nouvelle Calé­do­nie ils parti­ront en Afrique, puis revien­dront en France. Son père pren­dra des respon­sa­bi­li­tés impor­tantes dans l’éner­gie nucléaire et sera lié à un géné­ral respon­sable du contre espion­nage fran­çais. Cela permet à l’au­teur d’avoir un regard person­nel sur ce siècle un peu décalé par rapport à ce que l’on lit habituellement.

C’est une roman et l’his­toire d’une vie qui ne se lit pas toujours faci­le­ment car il y a beau­coup d’el­lipses et il faut faire des sauts dans le temps qui m’ont souvent dérou­tés . Les person­nages sont assez variés, j’ai un faible pour le cousin commu­niste qui joue à la bourse et roule en Mercé­dès. Je n’ai pas trop accro­ché à la person­na­lité de ses parents . On sent qu’il a voulu rendre un hommage à son père qui est resté debout malgré son handi­cap mais à part cela (et ce n’est pas rien) on ne sent pas la vie à travers ce qu’il nous dit de lui. Sa mère entiè­re­ment tour­née vers son ambi­tion fémi­niste de lutter pour être employée à son niveau d’étude est de la même façon un peu glacée dans ce combat. En revanche je trouve que ses quatre grand-parents sont plus riches même si du côté breton c’est une misère terrible. L’au­teur sait faire vivre sa grand-mère plus que son grand-père qui vit surtout à l’ex­té­rieur de la famille.

Un très bon livre, pour le regard sur ce siècle passé. J’y ai retrouvé des évène­ments que j’ai vécu moi ou ma famille, mais j’ai quelques réserves car je n’ai pas ressenti assez d’empathie avec ses parents ce qui était, je le pense, le but de l’au­teur . J’avais oublié que j’avais déjà chro­ni­qué l’in­som­nie des étoiles du même auteur en lui attri­buant encore une fois 3 coquillages. (Je suis sévère avec cet auteur car je trouve ses romans bien écrits, il ne soulève pas mon enthousiasme.)

Citations

Construction du couple de ses parents.

L’at­ti­tude de l’a mère l’a blessé, mais il comprend cette réti­cence : le retour de l’in­fir­mité pour­rait se voir comme une malé­dic­tion. Elle a ressenti une nouvelle fois à quel point l’amour de sa mère pouvait être pesant. Lui n’a pas l’in­ten­tion qu’elle inter­fère dans leur rela­tion, jamais et il le dit sans ambi­guïté, il n’a pas fait tous ses efforts pour perdre sa liberté retrou­vée sous la coupe d’une belle mère. Les choses seront limpides, d’un côté comme de l’autre, : si fortes que soient leur affec­tion pour leurs parents ils ne les lais­se­ront pas guider leurs pas. C’est là le fonde­ment de leur alliance, de l’égoïsme de leur couple qui va scel­ler leur compor­te­ment pour toujours.

Repas de famille.

Les anciens de 14 ont dégainé les liqueurs en fin de repas, dans la tradi­tion de ces déjeu­ners inter­mi­nables qui commencent par la dispute poli­tique pour finir dans la concorde des vapeurs d’alcool.

La nouvelle Calédonie .

Les Kanaks vouent leur circu­la­tion restreinte, doivent se soumettre à une auto­ri­sa­tion afin de quit­ter leur arron­dis­se­ment et, pour couron­ner le tout, ils doivent effec­tuer plusieurs jours de travaux forcés par an, au profit des colons ou de l’ad­mi­nis­tra­tion. Le code de l’in­di­gé­nat, code du déshon­neur qui orga­nise la priva­tion de droits, enferme ce peuple réputé pour son génie agri­cole et son culte de la terre sur la portion congrue de terri­toires livré à une popu­la­tion de repris de justice et de paysans faillis. Les prison­niers poli­tiques, retournent systé­ma­ti­que­ment en métro­pole. Entre la révolte de 1878 qui tue près de trois mille Kanaks et le reste, tout le reste, y compris les mala­dies impor­tées, la popu­la­tion indi­gène chute de 90 % après l’ar­ri­vée l’ar­ri­vée de la civi­li­sa­tion sur sa terre. C’est ce qu’on pour­rait appe­ler une colo­ni­sa­tion réussie.

Remarque intéressante .

Ce soir là, aidé par le vin de qualité, il se laisse aller à de sombre prévi­sions au sujet de la poli­tique colo­niale de la France. Il prédit qu’au tour­nant de la décen­nie l’in­dé­pen­dance sera la règle et la colo­nie l’ex­cep­tion. Son direc­teur hausse les sour­cils en adres­sant au gouver­neur un sourire apai­sant, mais à la surprise géné­rale le gouver­neur avoue qu’il craint qu’il n’ait raison. Il aura d’autres occa­sions dans sa vie de consta­ter que les hauts respon­sables ont souvent conscience indi­vi­duel­le­ment des désastres auxquels conduit leur action, mais qu’ils sont submer­gés par la force du système et liés par leurs inté­rêts de carrière.

Je trouve ça très vrai.

De tous les moteurs de l’exis­tence sociale, la revanche, parce qu’elle possède un carbu­rant inépui­sable, est le plus performant.

L’Afrique et de Gaulle.

Ils ne savent rien de la future forma­tion d’une cellule spéciale de la prési­dence de la répu­blique, instau­rée par de Gaulle, dont l’ob­jec­tif sera de reprendre le contrôle de ce qui a été aban­donné, pour éviter à ces nouvelles nations de sombrer dans la spolia­tion améri­caine où le collec­ti­visme sovié­tique qui rêve de proli­fé­rer dans la chaleur afri­caine. On met en place des diri­geants fantoches qui recy­cle­ront l’argent détourné dans leurs pays avec notre appui, en remer­cie­ment de leur fidé­lité à la France, pour l’in­ves­tir dans les beaux quar­tiers de Paris et dans nos banques. C’est ce qu’on appelle en langage poli­tique fleuri « créer de la stabilité ». 

L’alcoolisme de ses grand-parents bretons.

Elle boit du vin, du vin de table qu’elle cache parmi les produits de vais­selle. Son alcoo­lisme de pauvres la rava­gera de l’in­té­rieur au cours des dix années qui lui restent à vivre. Le bosco boit, lui aussi, mais pas comme elle. Il petit-déjeune au calva, arrose l’en-cas de dix heures, puis s’ac­corde une pause à midi avant de reprendre, l’après-midi, la tour­née des fermes des cousins pour enfin s’ac­cor­der un dernier verre au bar du village avant de dîner, à l’eau, pour rincer tout ça. Il lui reste trente ans à vivre à ce rythme.

Est-ce vrai ?

Il faut préci­ser que la CIA, crai­gnant que les hippies ne ruinent la jeunesse améri­caine par son paci­fisme conta­gieux en pleine guerre du Viêt­nam, a déli­bé­ré­ment inondé de LSD une géné­ra­tion qui espé­rait atteindre u. monde rendu inac­ces­sible par la dérai­son ordi­naire. Ceux qui ne meurent pas à la guerre meurent d’over­dose, la boucle est une nouvelle fois bouclée.