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Roman éton­nant et que je n’au­rais jamais lu sans le Club. J’ai vu que cette auteure a dédié son livre à Nelly Arcan, que je ne connais­sais abso­lu­ment pas. J’ai cher­ché à comprendre et je me suis rendu compte que ces deux auteures avaient en commun de s’être beau­coup expo­sées dans les Médias. Nelly Arcan s’est suici­dée, et Camille Laurens a fait, subi et gagné un certain nombre de procès. Bref, c’est une adepte d’un genre qui me touche rare­ment « l’au­to­fic­tion », à force de se dévoi­ler dans des romans, on en souffre mais cela peut être le moteur d’une écri­ture parti­cu­lière et qui a trouvé son public. Ce roman est vrai­ment un roman moins auto-fiction­nel que d’autres, et même si sa vie lui sert de trame de fond, il a l’avan­tage d’être égale­ment construit de façon litté­raire inté­res­sante. Il a pour sujet une mani­pu­la­tion sur Face­book, Claire un peu par vengeance d’un homme qui l’a repous­sée parce qu’elle a vieilli (du moins, c’est ce qu’elle pense), décide de créer un profil d’une femme de 25 ans sur Face­book. Commence alors une corres­pon­dance, et un lien virtuel entre elle et le meilleur ami de cet homme, et une passion amou­reuse parta­gée par les deux personnages.

Une grande partie du roman parle de ça : du désir, de celui qui dispa­raît chez l’homme quand la femme de son quoti­dien vieillit. C’est aussi un roman sur la créa­tion litté­raire et la façon d’exis­ter au monde à travers ce pouvoir que possède l’écri­vain. Au cœur de la vie pari­sienne, Camille Laurens connaît bien la puis­sance des rumeurs, des ragots . Elle commence son livre en compa­rant deux couples célèbres du « Tout Paris » , celui de Mosco­vici qui a 30 de plus que sa dernière femme sans que cela ne choque personne et Macron qui a 20 ans de moins et dont le couple appa­rem­ment est souvent sujet de quoli­bets. Bien loin de toutes ses réali­tés qui ne m’in­té­ressent pas vrai­ment, je partage son avis, le vieillis­se­ment de la femme est diffé­rent de celui de l’homme, l’âge se marque diffé­rem­ment chez les deux parte­naires. Mais pour être entou­rée de gens très âgés, je vois aussi que passé 80 ans les femmes s’en sortent plutôt mieux côté séduction.

Ce livre m’a souvent agacée, et parfois inté­res­sée, le genre « ragot » ce n’est vrai­ment pas ce qui peut me rete­nir, en revanche, la mani­pu­la­tion sur Face­book et le danger qu’il y a à entre­te­nir une rela­tion virtuelle est bien analysé. Comme je plains les personnes réelles qui entourent cette écri­vaine, elles peuvent un jour se retrou­ver dans ses romans et les comptes qui se règlent par écri­tures inter­po­sées ressemblent plus à une guerre civile qu’à une œuvre artistique.

Citations

L’aide quand on va mal

Vous êtes méde­cin ou seule­ment psycho­logue ? Quelle diffé­rence, remar­quez ? Ce que je n’aime pas dans votre disci­pline, votre préten­due science, c’est qu’elle ne change rien. Vous avez beau savoir ce qui se passe, ce qui s’est passé, vous n’êtes pas sauvé pour autant. Quand vous avez compris ce qui vous fait souf­frir, vous souf­frez toujours. Aucun béné­fice. On ne guérit pas de ce qu’on rate. On ne reprise pas les draps déchirés.

Internet et Facebook

Inter­net est à la fois le naufrage et le radeau : on se noie dans la traque, dans l’at­tente, on ne peut pas faire son deuil d’une histoire pour­tant morte, et en même temps on surnage dans le virtuel, on s’ac­croche aux présences factices qui hantent la toile, ai lieu de se déli­ter on se relie . Ne serait-ce que la petite lumière verte qui indique que l’autre est en ligne ! ah la petite lumière verte, quel récon­fort , je me souviens.

Humour

C’est comme cette épitaphe sur la tombe d’un Améri­cain au Père-Lachaise. Sa femme a fait graver : « Henry, je sais enfin où tu dors ce soir. »

SONY DSCTraduit du suédois par Esther Sermage.
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

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Je pense que, pour tous ceux et toutes celles qui ont des chats, ce roman va prendre une couleur parti­cu­lière tant il est vrai que main­te­nir son chat dans son jardin et empê­cher celui du voisin de venir dans le vôtre est une véri­table gageure. À partir de l’his­toire d’un chat qui a décidé que les jardins des voisins étaient aussi les siens, Maria Ernes­tam (qui, nous dit-elle en post­face, l’a vécu person­nel­le­ment) a écrit un très court roman ou une grande nouvelle comme vous voulez (99 pages). Le point de départ est moyen­ne­ment passion­nant : comment expli­quer à votre voisin que leur chat terro­rise le vôtre chez vous. Mais, en réalité, l’his­toire aurait pu finir très mal car derrière cette histoire de félins se cache une histoire de voisi­nage bien plus grave et qui aurait même pu être tragique.

Il ne faut pas plus d’une soirée pour lire ce livre , vous serez peut être plus indul­gente que moi. J’ai trouvé cette histoire de voisi­nage assez plate même si, fina­le­ment un peu de suspens assai­sonne la sauce au final.

Citations

Le grand gagnant : le chat du voisin

D’un bond, il monta sur le mur en pierre et inspecta son terri­toire, mettant tous ses sens à contri­bu­tion. Les jardins mitoyens, puis ceux des voisins plus éloi­gnés. Il avait impla­ca­ble­ment chassé tous ses concur­rents, l’un après l’autre, sans céder un pouce. Ceux qui osaient s’aven­tu­rer dehors, dans leur propre jardin, il les avait vain­cus à force de ruse et de haine raffinée.

SONY DSCTraduit de l’an­glais (SriLanka) par Esther Ménévis.
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

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J’au­rais tant voulu appré­cier ce roman qui raconte tout ce qui rend notre actua­lité si diffi­cile à suppor­ter : Ben, jeune méde­cin tamoul, tout juste diplômé est obligé de fuir son pays, il rencontre en Grande Bretagne une femme qui va l’ai­mer mais leur histoire sera tragique . Le roman donne d’abord le point de vue de Ria, poétesse anglaise vivant isolée dans une maison au bord de la mer. Puis celui d’Anula, la mère de Ben, puis de Lydia l’en­fant de Ria et de Ben. Tout est très sombre, car Ria est encom­brée par une histoire fami­liale très lourde, la dispa­ri­tion de son père l’a enfer­mée dans un silence hostile et a complè­te­ment perturbé son frère.

Je n’ai pas vrai­ment accro­ché au roman, car je trouve que l’au­teur mélange trop les histoires d’amour impos­sibles avec la réalité tragiques des réfu­giés sans statut. Je ne comprends pas non plus pour­quoi Ria ne coupe pas plus les ponts avec son frère destruc­teur qui appar­tient à des mouve­ments d’ex­trême droite. C’est vrai­ment confus au début et c’est pénible de voir un person­nage entouré de person­nages unique­ment néga­tifs. Il y a quand même son voisin, Eric, mais qui lui aussi est marqué par la mort , j’ai eu beau­coup de mal à croire à sa rela­tion avec Anula la mère de Ben. Tout en rédi­geant ce billet, je me rends compte qu’en réalité les person­nages m’ont prodi­gieu­se­ment agacée. Faire de l’amour un remède au deuil, me semble bizarre . Mais ce roman a au moins un mérite : remettre en mémoire le sort tragique des popu­la­tions tamoules prises entre deux feux , celui des indé­pen­dan­tistes et celui de la terrible répres­sion de l’ar­mée sri-lankaise . Et au-delà du cas du Sri-Lanka nous faire comprendre ce que ça veut dire, de tout quit­ter pour sauver sa peau.

Citation

l’horreur de l’exil

L’obs­cu­rité qui régnait dans le camion avait aboli toute possi­bi­lité de penser à autre chose que respi­rer. Elle avait effacé jusqu’au souve­nir de la peine qu’il avait éprou­vée en aper­ce­vant le visage de sa mère pour la dernière fois ; et c’est ainsi qu’il avait voyagé, à travers des terres sans fin, avec le senti­ment toujours plus fort de son insi­gni­fiance et de sa propre morta­lité. Comme le nageur qu’il était, il s’était éloi­gné de la rive, encore et encore, jusqu’à ce qu’ar­rive le moment où il avait compris ce que l’on enten­dait par « point de non retour ».

20151011_123211Traduit de l’an­glais par Florence VIDAL. Titre origi­nal : One Step too Far.
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

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Je me demande ce que veut dire cette caté­go­rie « Thril­ler », je l’y ai mis car c’est écrit sur la couver­ture. Pas de suspens diffi­cile à suppor­ter, pas de sang, pas de peur. Alors ? sans doute le manque d’ima­gi­na­tion de l’édi­teur et la volonté d’at­ti­rer un public plus large. J’ima­gine faci­le­ment sa décep­tion. Bien sûr, je vais tout faire pour ne pas « divul­ga­cher » la fin, car une surprise il y en a une, que je n’avais pas vu venir, donc si vous voulez lire ce roman, je ne vous dis que l’es­sen­tiel. Une femme décide de recom­men­cer sa vie en quit­tant son foyer et en essayant de ne lais­ser aucune chance à ses proches de la retrou­ver. Parmi ses proches, une sœur jumelle qui est très pertur­bée et qui détruit tous les gens autour d’elle

C’est le récit de l’as­cen­sion dans une nouvelle vie, de cette femme qui était douce, équi­li­brée et sage, elle va se mettre à la cocaïne et à voler dans les maga­sins, et tout lui réus­sira. La quatrième de couver­ture dit qu » « elle cache un secret obsé­dant, jusqu’à la dernière ligne, sans aucun répit ». Je n’ai pas ce plai­sir de lecture, et les person­nages que l’on voit passer sont trop proches de la cari­ca­ture sans y tomber complè­te­ment, cepen­dant. Comme pendant le festi­val du film britan­nique, j’ai retrouvé l’am­biance du milieu bran­ché de Londres, alcool et cocaïne ne rendent pas les gens très attrayants. Un roman qui se lit en deux soirées et s’ou­bliera encore plus vite.

Keisha avait bien aimé , mais elle a la chance de pouvoir lire en anglais, cela rajoute sans doute au plaisir.

Citation

La méchante sœur

- Le rôti était vrai­ment savou­reux, maman, où est-ce que tu l’as acheté ? 
- En ville, chez le boucher, ma chérie. Je trouve que la viande est meilleure qu’en grande surface.
- Certes, lâcha Caro­line. Je préfère large­ment les animaux morts quand ils sont du quartier.

20150912_183039Traduit de l’es­pa­gnol par Alain Keruzoré.
Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

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Aban­don ou presque… Cela ne m’ar­rive pas souvent et encore moins de le mettre sur mon blog. Je l’ai lu conscien­cieu­se­ment jusqu’à la page 100. Et puis ensuite en diago­nale jusqu’à la fin. Je sais que je rate quelque chose (n’est ce pas Keisha ?), mais cet auteur est, pour moi, tota­le­ment indi­geste. Tout commence par une rencontre amou­reuse. Et horreur (c’est moi qui dis horreur), le person­nage lui est très ennuyé, la jeune femme meurt dans ses bras. Aucune autre réac­tion si ce n’est de savoir quoi faire : partir, rester ? Je déteste ce genre de person­nage qui semble ne jamais rien déci­der dans leur vie et qui laisse le destin agir pour eux. Toutes ses déci­sions l’en­traî­ne­ront à entrer plus avant dans la vie de cette jeune femme à connaître son amant, son mari…

Le style est dit « envou­tant » moi je le trouve étouf­fant, on ne respire jamais, on est écrasé par les répé­ti­tions et les circon­vo­lu­tions de la pensée du person­nage. On m’a parlé d’hu­mour, je ne l’ai pas vu. Mais, on ne peut être sensible à l’hu­mour quand on est si forte­ment agacé par un roman. Je suis d’au­tant plus déso­lée de ne pas avoir accro­ché à cette écri­ture que ce roman a été conseillé par une char­mante parti­ci­pante espa­gnole de notre club de lecture.

Citations

Je copie la première phrase car, jusque là, je croyais aimer ce livre

Personne ne pense jamais qu’il se retrou­vera un jour une morte entre les bras et n’en verra plus le visage dont il garde le nom.

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Une fois n’est pas coutume je vais commen­cer mon article par une cita­tion, si (et seule­ment si) vous êtes allé sans déplai­sir au bout de la lecture alors, je vous conseille­rai de « re« lire ce roman :

Pêle-mêle, au hasard du coup de filet, les algues profondes, où dort la vie mysté­rieuse des grandes eaux, avaient tout livré : les cabillauds, les aigle­fins, les carre­lets, les plies, les limandes, bêtes communes d’un gris sale, aux tâches blan­châtres ; les congres, ces grosses couleuvres d’un bleu de vase , aux minces yeux noirs, si gluantes qu’elles semblent ramper, vivantes encore ; les raies élar­gies, à ventre pâle bordé de rouge tendre, dont les dos superbes, allon­geant les nœuds saillants de l’échine, se marbrent jusqu’aux baleines tendues des nageoires , de plaques de cinabre coupées par des zébrures de bronze floren­tin, d’une bigar­rure assom­brie de crapaud et de fleurs malsaines ; les chiens de mer, horribles, avec leur têtes rondes , leurs bouches large­ment fendues d’idoles chinoises, leurs courtes ailes de chauves – souris char­nues, monstre qui doivent garder de leurs abris les trésors des grottes marines. Puis venaient les beaux pois­sons , isolés, un sur chaque plateau d’osier ; les saumons , d’argent guillo­ché, dont chaque écaille semble un coup de burin dans le poli du métal ; les mulets , d’écailles plus fortes, de cise­lures plus gros­sières ; les grands turbots, les grandes barbues, d’un grain serré et blanc comme du lait caillé ; les thons , lisses et vernis, pareils à des sacs de cuir noirâtres ; les bars arron­dis, ouvrant une bouche énorme, faisant songer à quelque âme trop grosse, rendue à pleine gorge dans la stupé­fac­tion de l’ago­nie. Et , de toutes parts, les soles , par paires, grises ou blondes , pullu­laient ; les équilles , minces, raidies, ressem­blaient à des rognures d’étain ; les harengs, légè­re­ment tordus, montraient tous, sur leurs robes lamées , la meur­tris­sure de leurs ouïes saignantes ; les dorades grasses se tein­taient d’une pointe de carmin, tandis que les maque­reaux, dorés , le dos striés de brunis­sures verdâtres, faisaient luire la nacre chan­geante de leurs flancs, et que les gron­dins roses, à ventre blancs, les têtes rangées au centre des mannes, les queues rayon­nantes épanouis­saient d’étranges florai­sons, pana­chées de blanc de perle et de vermillon vif. Il y avait encore des rougets de roche, à la chair exquise, du rouge enlu­miné des cyprins, des caisses de merlans aux reflets d’opale, des paniers d’éper­lans, de petits paniers propres , jolis comme des paniers de fraises, qui lais­saient échap­per une odeur puis­sante de violette. Cepen­dant , les crevettes roses, les crevettes grises , dans les bour­riches, mettaient , au milieu de la douceur effa­cée de leur tas, les imper­cep­tibles boutons de jais de leurs milliers d’yeux ; les langoustes épineuses, les homards tigrés de noir » vivants encore, se traî­nant sur leur pattes cassées, craquaient.

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L’été est propice aux relec­tures, dans toutes les biblio­thèques il traîne un roman de Zola. J’ai lu autre­fois tous les Rougon Macquart, certains m’ont laissé un souve­nir très précis. Ils flottent dans ma mémoire des scènes variées , souvent tragiques, comme la fin de Gervaise dans « L’assommoir » , parfois sensuelles, comme les émois de Lantier remon­tant dans l’as­cen­seur de la mine contre le corps de Cathe­rine Maheu, presque toujours trop char­gées en tragé­dies violentes. Le seul roman que j’ai relu sans déplai­sir c’est « Au bonheur des dames », enfin un roman qui ne décrit pas que la noir­ceur de l’âme humaine.

J’avais complé­te­ment oublié « le ventre de Paris » et en le reli­sant j’ai faci­le­ment compris pour­quoi. A l’époque, si je dévo­rais les romans, je sautais allé­gre­ment les descrip­tions trop longues qui m’en­nuyaient, je ne me souve­nais donc d’un héros, Florent, trop naïf et sans défense qui ne m’avait guère inté­res­sée. Or le person­nage prin­ci­pal du roman, ce n’est pas lui, mais les Halles que Zola, nous décrit avec une passion peu commune. Il y voit le symbole même de la bour­geoi­sie du second empire, engon­cée dans ses certi­tudes et son embon­point, et qui corrompt tout ce qu’elle touche. Les fruits sont tous au bord de la décom­po­si­tion, les produits laitiers sentent trop fort, les viandes dégou­linent de graisses et d’odeurs répu­gnantes. Le seul person­nage posi­tif qui aurait pu sauver Florent (déso­lée de « divul­ga­cher » ainsi la fin du roman) est une certaine Fran­çoise qui cultive des beaux légumes frais aux portes de Paris, mais il suffit qu’ils passent la porte de halles pour qu’aus­si­tôt ils se trans­forment en trognons, éplu­chures, et autres objets répugnants.

En lisant ce roman j’ai pensé qu’il consti­tuait une mine de rensei­gne­ments pour des recons­ti­tu­tions histo­riques. A côté de ce Florent doux rêveur révo­lu­tion­naire, se dresse Lisa , la belle char­cu­tière. Zola veut nous montrer « que ces gredins d’hon­nêtes gens » comme les traite Claude Lantier , peintre de son état (il sera le person­nage prin­ci­pal de « l’œuvre »), sont des gens mons­trueux à leur manière. Le pari est diffi­cile car la belle Lisa, est avant tout une femme travailleuse, honnête et atta­chée à sa famille. Mais derrière cette appa­rence douceur se cache une violence impla­cable qui sera fatale à celui qui ne rentre pas dans son cadre de pensée.

Tous les person­nages ou presque sont remplis d’une haine rancu­nière abomi­nable , c’est un monde de femmes où toutes les passions se déchaînent sans aucune rete­nue, bref c’est du « Zola ». Je me suis dit que je n’au­rais pas aimé expli­quer ce roman à des jeunes aujourd’­hui, car quelque soit les défauts de la belle char­cu­tière, c’est une femme qui aime son travail et veut le bien de sa famille.

Citations

La belle charcutière

Il pardon­nait à Lisa ses tendresses pour l’empereur, parce que disait-il, il ne faut jamais causé poli­tique avec les femmes, et que la belle char­cu­tière était après tout , une femme très honnête qui faisait aller joli­ment son commerce.

La religion de Lisa

Aussi lorsque Lisa allait dans une église, elle se montrait recueillie. Elle avait acheté un beau parois­sien, qu’elle n’ou­vrait jamais, pour assis­ter aux enter­re­ments et aux mariages. Elle se levait , s’age­nouillait , aux bons endroits, s » appli­quant à garder l » atti­tude décente qu’il conve­nait d’avoir. C’était pour elle une sorte de tenue offi­cielle que les gens honnêtes, les commer­çants et les proprié­taires devaient garder devant la religion.

Les honnêtes gens

Ma conscience ne me reproche rien. Je ne dois pas un sou, je ne suis dans aucun tripo­tage, j’achète et je vends de bonne marchan­dise , je ne fais pas payer plus cher que le voisin… Alors pour­quoi parles-tu de renver­ser le gouver­ne­ment, qui te protège et te permets de faire des écono­mies ? Tu as une femme, tu as une fille, tu te dois à elle avant tout. Tu serais coupable, si tu risquais leur bonheur. Il n’y a que les gens sans feu ni lieu, n ayant rien à perdre, qui veulent le coup de fusil. Tu n’en­tends pas être le dindon de la farce peut être ? Reste donc chez toi, grande bête, dors bien , mange bien, gagne de l’argent, aie la conscience tran­quille, dis-toi que la France se débar­bouillera toute seule , si l’Em­pire la tracasse. Elle n’a pas besoin de toi la France.

La pauvreté

On trouve toujours quel­qu’un pour vous payer à boire, on ne rencontre jamais personne qui vous paie à manger.

SONY DSCTraduit de l’an­glais par Johan-Frédé­rik HEL GUEDJ.

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C’est parti­cu­liè­re­ment diffi­cile de criti­quer un cadeau, et en plus c’est une amie de la blogo­sphère qui me l’a offert. Merci Keisha et déso­lée de n’avoir pas appré­cié cette lecture. Pour­tant cette auteure béné­fi­cie d’une presse élogieuse et semble très bien vendre ses romans. Joanna Trol­lope s’in­té­resse aux rapports humains dans les famille. Celle de Suzie Moran est liée par une entre­prise de porce­laine que cette femme coura­geuse et déter­mi­née a su faire pros­pé­rer. Elle y emploie ses trois filles et un gendre. Elle a été élevée par ses grands parents et voilà que son père de âge de 80 ans refait surface. Nous allons donc assis­ter à une analyse détaillée des rapports dans les couples et dans la famille au sens large. La quatrième de couver­ture promet une fin surpre­nante (comme si on avait peur que le lecteur se lasse avant la fin !) mais l’in­té­rêt n’est pas dans le suspens mais dans la gestion du quoti­dien. Dans cette famille les hommes assurent le quoti­dien auprès d’en­fants insup­por­tables et les femmes travaillent à l’ex­té­rieur. À part un bellâtre collant, stupide et qui sera vite mis sur la touche, les autres person­nages sont rela­ti­ve­ment complexes.

Pour­quoi suis-je si critique ? Ce roman tout en dialogues d’une plati­tudes fati­gantes m’a semblé tota­le­ment creux.

- Il est parti
– J’ai appris ça
– Il est chez Jeff
– oui
– Où est maman

Des pages entières comme ça, c’est plus que je ne peux en suppor­ter. Et même si les carac­tères des person­nages ne sont pas d’une pièce, ils sont trop prévi­sibles et rien ne m’a vrai­ment accrochée.

Citation

Un caractère bien simple

Pour Suzie, il n’y avait alors aucune déci­sion à prendre. Elle avait un pied dans la tren­taine, une famille en pleine crois­sance, et une flopée de puis­santes impul­sions qui la pous­saient en avant, la prin­ci­pale étant sa déter­mi­na­tion à commé­mo­rer le nom de son grand père dans le lieu et de la manière les plus appro­priées qui puissent se concevoir. 

SONY DSCLu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.
Traduit de l’an­glais par Bernard TURLE.

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La quatrième de couver­ture dit que Londres est le person­nage prin­ci­pal de ce roman. Effec­ti­ve­ment au gré de l’ascension vers la bour­geoi­sie ou de la déchéance, on se promène de quar­tier en quar­tier, à travers le Londres huppé aux zones nette­ment plus popu­laires. Ces trois frères, nés à un an d’in­ter­valle, jour pour jour,sont aban­don­nés par leur mère et connaissent trois destins complè­te­ment diffé­rents, ils vont tous se retrou­ver à travers une sordide histoire immobilière.

L’in­trigue est bien menée et ce roman peut se lire comme une enquête poli­cière. J’ai beau­coup de réserve à propos de ce roman, les trois frères n’ont aucune consis­tance , ils sont des cari­ca­tures de person­nages, l’ar­ri­viste jour­na­liste, l’ho­mo­sexuel, profes­seur d’uni­ver­sité et le doux rêveur. C’est une charge impi­toyable de tous les milieux britan­niques mais on y croit pas. La pein­ture de Cambridge est une horreur, je veux bien croire que les intel­lec­tuels britan­niques soient pitoyables, mais à ce point là on s’in­ter­roge quand même sur le fait que la Grande Bretagne ne soit pas un pays complè­te­ment sous déve­loppé intel­lec­tuel­le­ment ; évidem­ment la presse est corrom­pue, et la classe poli­tique idem. Les coïn­ci­dences sont le prin­ci­pal ressort de l’in­trigue donc j’ima­gine que même les amateurs du genre poli­cier vont être déçus.

Citations

L’automne à Londres

Lente­ment, elle se releva, enfila son manteau et ouvrit la porte d’en­trée. Au moment de partir , elle enten­dit un enfant pleu­rer, et elle s’aper­çut qu’elle pleu­rait encore. Comme il avait plu, la lumière des lampa­daires se reflé­tait sur le trot­toir luisant. L’au­tomne était arrivé deux ou trois jours avant, et la tempé­ra­ture s’était brus­que­ment rafraî­chie. Les Améri­cains, songea-t-elle à part soi, appellent l’au­tomne fall : la chute. 

L’intellectuel professeur de Cambridge

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Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

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Encore un roman construit avec de multiples retour en arrière, avec de multiples inter­pel­la­tions directes au lecteur qui ont le don de m’aga­cer prodi­gieu­se­ment . J’ai détesté ce roman, j’ai eu l’im­pres­sion d’ou­vrir les poubelles de l’his­toire. Ce mélange de la vérité avec la fiction à propos du commu­nisme des années 50 m’a tota­le­ment écœu­rée. Je comprends la démarche de Gérard Guégan, il était commu­niste à cette époque et il connaît donc bien les arcanes du grand Parti des travailleurs, l’ex­clu­sion de Marty et de Tillon en 1952, il en connaît tout le dérou­le­ment. Il se sent porteur de cette histoire et veut la transmettre.

Mais voilà comme l’au­teur le dit lui-même, le parti commu­niste n’in­té­resse plus personne et pour les jeunes, « il fait figure d’inof­fen­sive amicale », alors en y mêlant la vie amou­reuse d’Ara­gon avec un émis­saire du Komin­tern, Mahé, il espère inté­res­ser un plus large public : on parle moins en effet, de la rigueur morale et rétro­grade des commu­nistes mais elle était très forte et sans pitié là où les commu­nistes avaient le pouvoir. Mahé et Aragon ont quelques jours pour s’ai­mer, pendant que le congrès du parti fait subir des outrages dégra­dants à deux hommes entiè­re­ment dévoués à la Cause.

Les deux person­nages se sont aimés passion­né­ment, en se cachant comme Aragon a dû le faire tant qu’il était au Parti, car l’ho­mo­sexua­lité était une tare punie d’une mort honteuse en URSS et d’exclusion du Parti en France ! Ils sont tous plus ou moins abjects ces person­nages qui auraient pu prendre le pouvoir chez nous. Marty dit « le boucher d’Al­ba­cete », qui a réprimé dans le sang les anar­chistes espa­gnols, Duclos qui ne pense qu’à bien manger, Jean­nette Vermeersch, qui ne pense qu’à sa vengeance person­nelle et dont les posi­tions sur la contra­cep­tion sont au moins aussi réac­tion­naires que celles de l’église catho­lique. Tous, ils sont petits et lâches et sans doute le plus lâche de tous c’est Aragon, même si le roman­cier en a fait un person­nage lucide.

Comme le dit l’au­teur en intro­duc­tion ce roman est : « l’his­toire d’un temps et d’un parti, où le renie­ment de soi était souvent le prix à payer pour échap­per à l’ex­clu­sion ». Tout ce que je peux dire c’est que ça ne sent pas bon le reniement…

Citation

L’importance du Parti en 1952

Le Parti n’est pas qu’un idéal, pas qu’une vérité immuable, pas que l’ex­pres­sion de la trans­cen­dance histo­rique, le Parti est aussi une famille où la critique du père, qu’il s’ap­pelle Staline ou Thorez, est assi­milé à une trahi­son méri­tant l’ex­clu­sion, le bannis­se­ment, ou la balle dans la nuque si l’on a la malchance de vivre de l’autre côté du Rideau de fer.

Les différentes épurations

Autant dire que les héros véné­rés ne seront bien­tôt plus que des traîtres, la présomp­tion d’in­no­cence n’ayant jamais existé au sein d’un parti dans lequel celui qui tient les rênes du pouvoir doit tuer tous les Brutus s’il veut conti­nuer de régner sans partage.

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Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

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Je n’ai visi­ble­ment peu de goût pour les romans histo­riques, et sans ma fidé­lité au club de lecture, je ne finis­sais pas ce roman. Tout m’aga­çait prodi­gieu­se­ment dans cette relec­ture de l’his­toire d’Aliénor d’Aqui­taine et de son mari, le très pieux roi Louis VII. J’en voulais à l’au­teure qu’elle fasse d’Alié­nor une fémi­niste en révolte contre la reli­gion, avec des traits de carac­tère beau­coup plus proches du 21e siècle que du 12e.

Et puis, à la fin du roman, en quelques lignes, l’au­teur dit qu’on sait si peu de choses sur cette femme qui a pour­tant vécu quatre vingts ans, qu’elle a inventé un person­nage sans vouloir respec­ter la vérité histo­rique que, de toute façon, on ne connaît pas. Elle respecte la chro­no­lo­gie et les faits histo­riques avérés, elle invente les carac­tères des person­nages et les moti­va­tions qui les poussent à agir Cela m’a quelque peu récon­ci­liée, avec son texte. Si on ne peut lui en vouloir d’avoir enri­chi ses person­nages d’une analyse psycho­lo­gique digne de Freud, on peut par contre aimer se retrou­ver dans cette époque grâce aux confi­dences des deux époux et sentir, à travers leurs récits, vivre et surtout souf­frir les hommes , les femmes et les enfants du 12° siècle .

Alié­nor est donc campée comme une femme déga­gée de toute contrainte reli­gieuse, elle devient sous la plume de Clara Dupond-Monod, une femme libre qui veut impo­ser sa vision guer­rière à un roi confit en dévo­tion. Louis VII, mal aimé de son père, amou­reux transi de sa belle guer­rière, ne prend les armes que pour lui plaire et aurait préféré régner par la négo­cia­tion plutôt que par le glaive. Il n’empêche qu’il matera la volonté de Poitiers de s’éri­ger en ville libre. Il ne tuera que les hommes en lais­sant vivre les femmes et les enfants ce qu’il ne fera pas à Vitry-en-Perthois où il n’hé­si­tera pas à faire brûler 1300 habi­tants qui s’étaient réfu­giés dans l’église, surtout des femmes et des enfants. De ce massacre horrible, il en gardera une culpa­bi­lité qui l’en­traî­nera à faire une cala­mi­teuse croi­sade pour tuer à nouveau femmes et enfants mais des infi­dèles cette fois ! Quelle époque sympa­thique ! Si l’au­teure a pris des liber­tés avec la réalité psycho­lo­gique des person­nages, elle a su faire revivre cette période qui, pour le moins, ne m’at­tire pas du tout.

Citations

le roi Louis VII

Mon père (Louis VI Le gros) ne prêtait pas atten­tion à moi. Il préfé­rait Philippe. Il aurait pu me comprendre à défaut de m’ai­mer. Mais ma voca­tion de prêtre lui échap­pait complè­te­ment. Dès lors, j’ai pu deve­nir monarque sans crainte puisque j’étais sans modèle. Un père que l’on déçoit, comme c’est reposant.

Aliénor d’Aquitaine

Les chemins sont néces­saires. Ils ne sont pas là par hasard. Ils ont été inven­tés par l’homme. Ils ont un début et une fin. Ils sont comme la guerre. les chemins et la guerre n’existent que pour leur utilité. Personne ne les entre­prend par plai­sir. Ils servent. Ils sont des jalons fidèles de notre histoire, et sans eux il n’y a pas de royaume.

Aliénor la guerrière

Regret­ter un combat est bien pire que de le perdre.

Aliénor méprisant son royal époux

Par moi, il a goûté la haine. Par lui, j’ai décou­vert la honte. Quel magni­fique couple nous formons ! J’au­rais tant donné pour marcher à côté d’un roi. Qu’un monarque porte une couronne et un manteau d’her­mine, est-ce trop deman­der ? Maudits soient ces abbés qui effacent les êtres ! 

On en parle

Peu de critiques néga­tives sur Babe­lio.