Édition Actes Sud . Traduit de l’anglais (États-Unis) par Céline Leroy. 

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard.

Il pour­rait être un de vos cadeaux de Noël, ce roman. En tout cas, j’espère que ceux et celles qui aiment les romans qui se passent dans la nature encore sauvage vont le noter, même si cette superbe nature est en train de se faire dévo­rer par un incen­die comme ceux qui tous les ans détruisent les somp­tueuses forêts améri­caines ou canadiennes.
Ce récit décrit l’aventure de deux jeunes amis , Wynn, et Jack qui ont décidé de descendre le fleuve Maskwa jusqu’à son embou­chure dans la baie d’Hud­son. Ils ont très bien préparé ces quelques semaines d’aven­tures dange­reuses mais à leur portée car ils connaissent bien tous les deux la vie dans la nature peu ou pas domes­ti­quée par l’homme. Ce sont deux pêcheurs émérites et cela nous vaut de très belles scène dans des cours d’eau sauvages aux rapides imprévisibles.
Et puis, deux événe­ments vont trans­for­mer ce voyage de rêve en un vrai cauche­mar. D’abord, ils repèrent un incen­die d’une force incroyable, ils n’ont donc qu’une solu­tion aller de plus en plus vite pour rejoindre leur point d’ar­ri­vée, mais on sent qu’ils en sont capables d’au­tant que Jack connaît très bien les dangers du feu de forêt. Mais un deuxième danger va donner à cette course contre la montre un aspect de thril­ler abso­lu­ment hale­tant. Will et Jack doivent sauver une femme lais­sée pour morte par son mari sur une plage et Jack comprend tout de suite cet homme est prêt à les tuer eux aussi.
Face au danger, les deux person­na­li­tés des deux amis vont diver­ger. Wynn, le gentil, ne peut croire à la méchan­ceté humaine et sans le vouloir, il met en danger la réus­site de leur expé­di­tion car son premier réflexe est toujours de croire à la bonté. Jack le sait et prend le leader­ship de leur expé­di­tion. La tension entre les deux amis donne une profon­deur au récit que j’ai beau­coup appré­ciée. Et puis la nature toujours présente amicale ou hostile ponc­tue ce texte de moments inoubliables.

Un grand roman dans lequel a forêt, la rivière, le feu sont des person­nages au même titre que les prota­go­nistes de de ce drame.

Citations

Le feu

« Ouais, mais si on est au milieu de la rivière.. »
Jack haussa les épaules. » Peut-être. L’air devient brûlant. C’est ça qui crée un incen­die dévas­ta­teur. En fait, les rouleaux de fumée sont char­gés de gaz et si le vent est favo­rable, à la moindre étin­celle, tu peux te faire carbo­ni­ser à quatre cents mètres. »

Les rapides

Ce devait être des chutes de classe VI, une série de saillies rocheuses englou­ties sous un volume d’eau gigan­tesques. On aurait dit un orage en mer du Nord déva­lant un esca­lier. Vingt et un mètres entre le sommet et le fond avec une pente qui s’éten­dait sur deux cents mètres. Au milieu, un îlot rocheux de la taille d’une barque portait un épicéa tordu et rabou­gri. Voir cet arbre trem­bler dans tout ce chaos ne rendait la cata­racte que plus terrifiante.
Le soleil perça un récif de nuages et éclaira les chutes, d’argent ses rayons sur les eaux-vives et neigeuses, mettant éton­nam­ment les sono­ri­tés encore plus en relief, et Wynn se dit que ça aussi, c’était magni­fique. Que la roche brute des saillies ou les avalanches étaient magnifiques.

Le feu

Une grosse partie de la région avait été couverte de lichens et de mousses parfois sur plusieurs dizaines de centi­mètres d’épais­seur et tout ça avait brûlé dans la nuit, avec les sous-bois, les épilobes et les saules, ne restaient que la terre calci­née et la roche, les pieux noirs et sépul­craux des arbres, et sans la forêt, on voyait beau­coup plus loin, le sol qui s’éle­vait légè­re­ment et retom­bait tout autour des eskers quasi­ment débar­ras­sés de leur arbres, des plis où les ruis­seaux avaient coulé, secs comme s’ils s’étaient évaporés.

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Édition Acte Sud

C’est peu dire que j’aime cet auteur, je veux bien partir avec lui dans toutes « ses traver­sées » à l’ori­gine de la famille Desro­siers sans jamais m’en­nuyer. Après, « Victoire » et surtout « La traver­sée du Conti­nent » qui avait vu la petite Rhéauna, arri­ver chez sa mère Maria qui l’a fait venir pour s’oc­cu­per de son petit frère né d’un autre père, nous voilà avec elle, sa mère et son petit frère en 1914 à Mont­réal. Rhéauna, a fini par accep­ter et aimer son sort car son petit frère est adorable et sa mère fait tout pour qu’elle aille à l’école et satis­fasse son envie de lecture. Elle ne s’oc­cupe du petit que lorsque sa mère travaille dans le bar le soir. Mais cette enfant écoute les conver­sa­tions des grands et évidem­ment, en 1914, on parle de la guerre, comme c’est une enfant coura­geuse, elle décide de sauver sa mère et son petit frère et d’ache­ter des billets de train pour rejoindre ses grands-parents et ses deux sœurs à la campagne dans le Saskat­che­wan. On suit donc le trajet de cette enfant à travers la grande ville de Mont­réal et tous les dangers qu’elle est capable d’af­fron­ter seule. Mais le roman n’est pas construit de façon linéaire, parfois nous sommes en 1912 quand Maria arrive chez son frère Ernest et ses deux sœurs Tititte et Tina et qu’elle explique pour­quoi elle est venue les rejoindre : elle est enceinte d’un homme qui n’est pas de son mari et qui a disparu .

Dans « la traver­sée des senti­ments » les enfants sont un peu plus grands et les sœurs ont décidé de reve­nir à Duha­mel. Là où la famille a des attaches racon­tées dans le roman « Victoire ». Ce roman est l’oc­ca­sion de plon­ger dans la vie des trois sœurs dans ce qu’elle a de plus intime. Michel Trem­blay est un analyste de l’âme fémi­nine d’une finesse et d’une déli­ca­tesse incroyable. Les huit jours de vacances à Duha­mel le petit village de campagne vont donner le courage à Maria pour aller cher­cher ses filles chez ses propres parents dans le Saskatchewan.

Tout le charme de ces romans vient du style de l’au­teur et du temps qu’il prend avec chaque person­nage pour nous faire comprendre leurs choix de vie. Et puis il y a le charme du québé­cois qui chante à mes oreilles. C’est un auteur qui me fait du bien alors qu’il ne raconte pas des vies faciles, je préfère large­ment cette approche par la litté­ra­ture de la vie très dure aux romans où l’au­teur se plaît dans le glauque.

Citations

Maria

Maria marchait vite, s’in­té­res­sait peu aux vitrines pour­tant magni­fiques devant lesquelles elles passaient et n’ar­rê­tait pas de lui dire de se dépê­cher alors qu’elle n’étaient pas du tout pres­sées. Sa mère ne se promènent pas, elle se « rend » quelque part.

Théorie médicale

Leur mère avait terro­risé ses enfants pendant des années en guet­tant chez eux le moindre petit symp­tômes de rhume pendant les vacances esti­vales. « Un rhume en hiver, c’est normal, il fait frette, on attrape froid au pieds, pis c’est plein de microbes. Un rhume en été, c’est parce que le corps va pas ben, que le sang est pourri, pis on peut attra­per des numo­nies sans même s’en aper­ce­voir ! C’est hypo­crite, les numé­ri­sés d’été. Ça tue le temps de le dire. »

J’aime cette façon de raconter :

C’est un drôle de mot succom­ber. C’est un mot qui fait honte après, qu’on trouve laid après, mais qui est telle­ment diffé­rent pendant que ça se passe. Succom­ber quand t’es pas marié, ça fait peur avant, t’as honte après, mais si t’es en amour, c’est telle­ment magni­fique pendant.

Le plaisir et le bonheur des femmes

Les autres femmes n’osent pas inter­ve­nir. Elles ne se regardent même pas. Titille à connu un mariage blanc catas­tro­phique avec un Anglais frigide, Tina a aimé avec passion un homme qui l » a laissé tomber quand il a appris qu’elle atten­dait un enfant de lui, Maria a quitté deux ans plus tôt un vieux monsieur bien gentil et fort géné­reux mais qui était loin de combler ses attentes après avoir été marié à un marin toujours absent et qui ne reve­nait que pour lui faire des enfants. Et voilà que leur cousine dispa­rue de la Saskat­che­wan des années avant elles, celle qu’on tant conspué dans les soirées de famille, dont elle disait qu’elle était allée s’en­ter­rer dans le fond des Lauren­tides, dans l’Est Du pays, pour cacher sa vie de misère avec un batteur de femmes, celle qu’on donnait en exemple pour faire peur aux jeunes filles qui voulaient quit­ter le village à la recherche du grand amour, Rose Desro­siers, qui portait presque un nom de sorcières, se révé­lait être la seule comblée d’entre elles, sans doute la plus heureuse, en tout cas la plus satis­faite de son sort.

Éditions Robert Laffont

Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard 

Cela fait très long­temps que je n’ai pas autant souri à la lecture d’un livre. J’es­père que vous savou­re­rez les extraits que j’ai choi­sis ; j’ai failli reco­pier des pages entières, telle­ment j’ap­pré­ciais l’es­prit si carac­té­ris­tique du XVIII° siècle de cet auteur. Louis-Henry de La Roche­fou­cauld est drôle, ne se prend jamais au sérieux et manie l’iro­nie aussi bien que Voltaire (que pour­tant il déteste !). Mieux que l’iro­nie, je parle­rai plutôt d’hu­mour car l’au­teur n’a aucune pitié pour lui ni pour les descen­dants de sa si noble famille.

En deux mots voici l’his­toire, l’au­teur rencontre dans un café Louis XVI et sa pauvre épouse Marie-Antoi­nette et, en panne d’ins­pi­ra­tion, il décide d’écrire un livre pour réha­bi­li­ter la mémoire de ce roi. Au passage, il égra­tigne l’idéal révo­lu­tion­naire, mais on peut l’ex­cu­ser sa famille a payé un lourd tribut à la chasse aux aris­to­crates – quatorze personnes auront la tête tran­chée ou seront noyées ou fusillées car elles étaient appa­ren­tées à sa famille.

Le livre parcourt notre époque avec un regard décalé qui lui donne le droit de tout dire même ce qui peut sembler incon­ve­nant . Je dois dire que le dernier quart du livre est moins perti­nent et la défense des gilets jaunes comme bastion de l’es­prit fran­çais ne m’a guère convain­cue. Je passe au delà de cette réserve tant j’étais bien avec son inter­pré­ta­tion de la révo­lu­tion et de ses diffi­cul­tés dans la vie actuelle.

Citations

J’adore l’humour de cet écrivain( il faut rapprocher ces deux passages) :

Son ancêtre à la cour du roi Louis XVI

Chaque matin, à son réveil, il (Lian­court) tirait la chemise de nuit royal par la manche droite le premier valet s’oc­cu­pait de la manche gauche.

lui

En 2018, j’oc­cu­pais la charge de grand-maître de la garde-robe de ma fille. Quand j’ha­billais Isaure le matin, je ne réglais pas que la ques­tion épineuse de la manche droite : les caisses de mon ménage étant ce qu’elles étaient, je n’avais pas les moyens d’en­ga­ger un premier valet pour la manche gauche.

C’est simple mais j’aime bien que ce soit dit comme ça :

Je passais là-bas trois semaines chaque été avec mes soeurs, mon frère Jean, mes cousins Alexandre et Charles-Henri et les nombreuses vaches du coin, élégantes mont­bé­liardes qui venaient brou­ter jusqu’aux abords de la maison. Elles étaient tolé­rées, les touristes, non. 

Les repas

Nous, les enfants, étions soignés par les plats du terroir de Mme Bichet, robuste cuisi­nière qui eut la chance de mourir avant d’avoir entendu parler de recettes au quinoa et d’al­ler­gies au gluten.

J’ai éclaté de rire et c’est si rare !

- Vous êtes quoi, vous, La Roche­fou­cauld ? Duc ?
- Bien que je porte le prénom des princes de Condé, je ne suis rien, Votre Majesté. Un modeste comte sans la moindre terre.
- Un comte hors-sol. mais enfin, c’est fâcheux ! il faut y remédier. 

- Aucun homme poli­tique n’en a encore fait sa priorité.

Interview d Arielle Dombasle :

Souriant jusqu’aux oreilles, elle m’a sorti ces mots typi­que­ment thalasso qui m’ont secoué plus qu’un jet tonifiant : 
« Moi, Louis Henri, je veux bien mourir pour le peuple, mais sûre­ment pas vivre avec le peuple ! »

Propos d « aristo

Je ne sais plus qui parlait de la perpé­tuelle décep­tion du peuple par la bour­geoi­sie, du perpé­tuel massacre du peuple et par la bour­geoi­sie… Les démo­crates-répu­bli­cains prétendent repré­sen­ter le peuple, mais, dès que les gens du peuple pointent le bout de leur nez, ils sortent les blin­dés de la gendar­me­rie, leur tirent dessus et prennent la poudre d’es­cam­pette. On me diras que je cari­ca­ture, je ne cari­ca­ture pas : c’est comme ça que les Thiers traitent le tiers état.

Édition Acte Sud. Traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabanes
Prix Femina 2021 pour les auteurs étrangers

C’est étrange comme le bonheur et le malheur se ressemblent, l’un comme l’autre néces­sitent qu’on oublie la réalité telle qu’elle est.

Ahmet Altan est sorti de prison, c’est sans aucun doute la nouvelle qui m’a fait le plus plai­sir en avril 2021. J’avais tant aimé « Je ne rever­rai plus le jour » que je suivais toutes les péri­pé­ties judi­ciaires de ce grand écri­vain. Comme je le disais dans le précé­dent billet quelques soient les humi­lia­tions que la prison turque lui a impo­sées, elle n’a jamais réussi à ôter en lui sa qualité d’écri­vain. J’at­ten­dais avec impa­tience de lire ce roman et j’ima­gine très bien comment passer autant de temps à creu­ser ses souve­nirs des deux femmes qu’il a aimées alors qu’il était jeune étudiant lui ont permis de survivre à son incarcération.

Madame Hayat est une femme plus âgée que lui et moins culti­vée que lui. Ces deux diffé­rences feront qu’il aura toujours un peu honte de cette rela­tion alors qu’elle lui apporte tant de choses entre autre une initia­tion à la sexua­lité riche et complète. Cet amour m’a fait penser à un roman qui m’avait beau­coup marquée « Éloge des femmes mûres » de Stephen Vizinc­zey. Fazil (le person­nage prin­ci­pal) entre­tient en même temps une rela­tion avec l’étu­diante Sila. Il est amou­reux de ces deux femmes, Sila et lui ont en commun d’avoir été des enfants de la classe favo­ri­sée d’un pays que l’au­teur se garde bien de nommer. Ils ont tous les deux été plon­gés dans la misère, Fazil parce que son père n’a pas su diver­si­fier ses cultures marai­chères et Sila parce que le régime a subi­te­ment confis­qué tous les biens du sien. Celui-ci restera même en prison quelques jours, le temps de signer une décla­ra­tion dans laquelle il s’en­ga­gera à ne pas faire de procès aux auto­ri­tés qui l’ont ruiné. Comme dans le roman de Stephen Vizinc­zey, la montée du senti­ment amou­reux est accom­pa­gnée par la réalité poli­tique de leur pays. Pour Fazil et ses amis il s’agit de la peur et parfois la panique face à l’in­to­lé­rance reli­gieuse et la répres­sion poli­cière qui s’abat sur tout ce qui est diffé­rent. Ce roman est aussi un hymne à la litté­ra­ture, monde dans lequel Fazil (et certai­ne­ment Ahmet Altan) se réfu­gie le trou­vant souvent plus réel que la vie qu’il doit mener. Deux profes­seurs de litté­ra­ture lui feront comprendre la force de l’en­ga­ge­ment litté­raire. Ces deux ensei­gnants connaî­tront à leur tour les horreurs de l’ar­res­ta­tion arbi­traire et la prison.

Si cette progres­sion de ce pays vers une répres­sion à la fois des mœurs et des posi­tions poli­tique est bien présente dans « Madame Hayat », ce n’est pas l’es­sen­tiel du roman. Ahmet Altan a voulu revivre ses premiers amours et son épanouis­se­ments sexuel, j’ima­gine assez faci­le­ment le plai­sir qu’il avait à se remé­mo­rer ce genre de scènes entre les quatre murs de sa prison à Istan­bul. Un très beau roman, tout en sensi­bi­lité et respect de la femme, celui d’un homme libre aujourd’­hui mais dont le talent a toujours dépassé les murs dans lesquels un régime répres­sif l’a enfermé pendant six longues années.

Citations

La liberté et la littérature

Il me semblait que le vrai courage, ici, c’était d’oser criti­quer le livre de Flau­bert, tant le monde et les person­nage qu’il avait créés, leurs idées, leurs senti­ments, leur intui­tion, étaient pour moi un sujet d’éblouis­se­ment perma­nent indé­pas­sable au point que j’au­rais aimé vivre dans ce monde là dans un roman de Flau­bert. J’y étais comme chez moi. Mon grand rêve eût été de passer ma vie dans la litté­ra­ture, à en débattre, à l’en­sei­gner, au milieu d’autres passion­nés, ce dont je me rendais toujours un peu plus compte à la fin de chaque cours de madame Nermin. La litté­ra­ture était plus réelle et plus passion­nante que la vie. elle n’était pas plus sûre, sans doute même plus dange­reuses, et si certaines biogra­phies d’au­teurs m’avaient appris que l’écri­ture est une mala­die qui entame parfois sérieu­se­ment l’exis­tence, la litté­ra­ture conti­nuait de paraître plus honnête que celle-là.

L’amour et Proust

Je n’avais d’yeux que pour son corps volup­tueux, sa chair, ses plis, qui m’ap­pe­laient partout, au coin de ses yeux, à la pointe des lèvres, sur sa nuque, sous ses bras, sous ses seins. Elle avait certai­ne­ment perdu sa beauté de jeunesse, mais tous ces petits défauts de l’âge ne la rendaient que plus atti­rante. J’étais persuadé de la dési­rer telle qu’elle était, ni plus jeune ni plus belle. Je me souve­nais de la phrase de Proust : « Lais­sons les jolies femmes aux hommes sans imagination. »

Le plaisir

Avec elle je décou­vrais le suprême bonheur d’être un homme, un mâle, j’ap­pre­nais à nager dans le cratère d’un volcan qui embau­mait le lys. C’était un infini safari du plai­sir. Elle m’en­ve­lop­pait de sa chaleur et de sa volupté pour m’emporter au loin, vers des lieux incon­nus, chacun de ses gestes tendres était comme une révé­la­tion sensuelle. Elle m’en­sei­gnait que les voies du plai­sir sont innombrables.

Dieu

Ça fait long­temps que Dieu regrette sa créa­tion, il essaie d’ou­blier, je suis sûre qu’il a déjà arra­ché cette page de son cahier et l’a jetée à la poubelle.

La conversation après l’enterrement d’une petite fille

Pendant que nous atten­dions les bois­sons, je deman­dai à madame Hayat si elle croyait en dieu. Je l’avais vu prier tout à l’heure. 
- Parfois. Mais pas aujourd’­hui… Et puis, Dieu aussi a des absences. 
Les bois­sons arri­vèrent. Elle resta un moment le verre à la main, parlant comme pour elle-même :
- Est-ce qu’il laisse la boutique aux employés et s’en va faire un tour, je ne sais pas.

Édition Gallaade . Traduit de l’an­glais (Améri­cain) par Anne Damour (j’adore ce nom !)

J’ai déjà un certain nombre de livres de cet auteur sur mon blog. J’avais été un peu déçue par sa biogra­phie, mon préféré reste « Et Nietzsche a pleuré » suivi de près par « le problème Spinoza » et « Mensonge sur le divan » celui-ci ressemble beau­coup à « Créa­ture d’un jour ». Comme pour ce dernier livre Irving Yalom part à la recherche des valeurs qui ont soutenu son travail théra­peu­tique et ces valeurs se retrouvent davan­tage chez les philo­sophes que chez les psycha­na­lystes en parti­cu­lier chez Épicure. Comme souvent, il commence son livre par une ciation il s’agit ici d’une maxime de Fran­çois de La Rochefoucauld :

« Le soleil ni la mort ne peuvent se regar­der en face »

Tout son essai ne ne se prononce pas sur le soleil mais nous dit que pour la mort c’est quand même beau­coup mieux de savoir qu’elle fait partie de notre vie !

Il explique et nous raconte – ce qui rend, comme toujours, chez Irving Yalom ses récits si faciles à comprendre – combien la peur de la mort donne des conduites qui font terri­ble­ment souf­frir ses patients. Mais au-delà des cas cliniques qu’il décrit avec une compas­sion qui me touche beau­coup, nous compre­nons telle­ment mieux nos propres conduites ou celles de nos proches. C’est un livre qui aide à vivre alors que le thème central analyse les conduites pour oublier ou complè­te­ment effa­cer le fait que notre vie aura une fin. Ce n’est pas un livre triste, pour­tant, Irving Yalom a été spécia­liste des groupes de cancé­reux en phase termi­nale, chez eux aussi il a trouvé des leçons de vie. Je recom­mande cette lecture, elle tombait parti­cu­liè­re­ment bien pour moi qui pour la première fois de ma vie devait affron­ter un réel problème de santé. Comme j’au­rais aimé rencon­tré un Irving Yalom sur mon chemin !

Citations

J’aurais pu prononce cette phrase aux enterrement de gens que j’ai tant aimés.

Deux mois plus tard lorsque sa mère mourut et qu’elle prononça une courte allo­cu­tion au cours des funé­railles. Une des phrases favo­rites de sa mère lui revint à l’es­prit : » Cher­chez-la parmi ses amis ».
Ces mots avaient un pouvoir évoca­teur : Barbara savait que la bien­veillance de sa mère, sa tendresse, son amour de la vie vivrait en elle, sa fille unique. Tandis qu’elle pronon­çait son discours et parcou­rait l’as­sem­blée du regard, elle ressen­tait physi­que­ment les quali­tés de sa mère qui avaient irra­dié vers ses amis, qui à leur tour les trans­met­traient à leurs enfants et aux enfants de leurs enfants.

L’empathie

L’empathie est l’ou­til le plus puis­sant dont nous dispo­sions pour entrer en rela­tion avec autrui. C’est le ciment des rela­tions humaines, qui nous permet de sentir profon­dé­ment en nous ce qu’un autre éprouve.

Nulle part la soli­tude devant la mort et le besoin d’une rela­tion ne sont décrits avec plus de force et de réalisme que dans le chef-d’œuvre d’Ing­mar Berman « Cris et chuchotements. »

La transmission

Avec l’âge, j’at­tache de plus en plus d’im­por­tance à la trans­mis­sion. En tant que pater fami­lias, je m’empare de l’ad­di­tion lorsque nous dînons au restau­rant en famille. Mes quatre enfants me remer­cient toujours aima­ble­ment (après avoir offert une faible résis­tance), et je ne manque jamais de leur dire :« Remer­ciez votre grand-père Ben Yalom. Je ne suis qu’un récep­tacle qui trans­met sa géné­ro­sité. Il s’emparait à chaque fois de l’ad­di­tion à ma place ». (Et, soit dit en passant, je n’of­frais qu’une faible résistance.)

Le besoin de personnalité supérieure

Je crois que notre besoin de guide expé­ri­menté est révé­la­teur de notre vulné­ra­bi­lité et de notre recherche d’un être suprême ou supé­rieur. Nombreux sont ceux, moi y compris, qui non seule­ment révèrent leur mentor mais leur attri­buent plus qu’ils ne méritent. Il y a deux ans, à un service à la mémoire d’un profes­seur de psychia­trie, j’écou­tais l’éloge funèbre prononcé par un de mes anciens étudiants, que j’ap­pel­le­rai James, aujourd’­hui direc­teur réputé de la chaire de psychia­trie dans une univer­sité de la côte Est. Je connais­sais bien les deux hommes, je fus frappé de voir que dans son discours, James attri­buait beau­coup de ses propres idées origi­nales à son ancien professeur.

Je partage cette conviction

J’ai la convic­tion que la vie (y compris la vie humaine) est appa­rue à la suite d’évé­ne­ments aléa­toires ; que nous sommes des êtres finis ; et que, envers et contre tout espoir, nous ne pouvons comp­ter que sur nous-mêmes pour nous proté­ger, évaluer notre compor­te­ment, donner à notre vie un cadre qui ait du sens. Nous n’avons pas de destin tracé d’avance, et chacun de nous doit déci­der comment vivre une vie aussi remplie, heureuse et signi­fiante que possible.

Encore une fois, je me sens proche de lui

Si deux de mes règles fonda­men­tales en tant que théra­peute sont la tolé­rance et une totale accep­ta­tion, j’ai pour­tant mes propres préju­gés. Ma bête noire concerne tout ce qui relève de la croyance dans le bizarre : la théra­pie de l’aura ; les gourous ; les guéris­seurs ; les prophètes ; les préten­dues guéri­sons de divers nutri­tion­niste : l’aro­ma­thé­ra­pie, l’ho­méo­pa­thie ; et les idées farfe­lues sur des choses telles que le voyage astral, le pouvoir guéris­seur des cris­taux, les miracles reli­gieux, les anges, le gens shui ; le spiri­tisme (télé­pa­thie), la voyance, la lévi­ta­tion, la psycho­ki­nése, les esprits frap­peurs, la théra­pie des vies passées, sans citer les ovnis et les extra­ter­restres qui ont inspiré les anciennes civi­li­sa­tions, laissé des empreintes dans des champs de blé, et construit des pyra­mides égyptiennes.

Ce livre atten­dait une occa­sion pour être « re » lu car j’avais déjà lu et commenté « L’af­faire » le 19 juin 2015 !. Un problème de santé m’a obli­gée à ralen­tir mes acti­vi­tés et quel plai­sir alors d’avoir une liseuse sur laquelle je mets des livres qui n’at­tendent que mon bon plai­sir. J’ai adoré cette lecture et cela m’a fait oublier tous mes tracas. Quand je rédige cet article, j’ap­prends la mort de Jean-Denis Bredin triste coïn­ci­dence !

Ce livre décrit avec minu­tie toute l’af­faire Drey­fus et cette incroyable injus­tice que cet homme a subi. On n’au­rait bien du mal à comprendre le pour­quoi de « l’Af­faire » si on ne connaît pas le contexte. Et c’est tout le talent de ce grand histo­rien, avocat et écri­vain : Jean-Denis Bredin, de nous permettre de comprendre l’état de la société fran­çaise dans lequel s’est dérou­lée l’af­faire Dreyfus.

Il y a d’abord l’armée fran­çaise vain­cue à Sedan en 1871 qui vit très mal cette défaite et qui, plutôt que de se remettre en cause préfère l’ex­pli­quer par la trahi­son. On cherche, et on trouve des espions partout. Avoir un juif à l’état major des armées voilà bien un coupable facile à accu­ser, parce qu’il est vrai que des docu­ments sont arri­vés à l’am­bas­sade d’Al­le­magne. En parti­cu­lier le fameux borde­reau dont l’écri­ture ressemble à celle de Drey­fus. C’est une preuve bien mince surtout quand on ne cherche pas d’autres écri­tures qui pour­raient ressem­bler à celle-ci. En parti­cu­lier l’écri­ture d’Es­te­rhazy qui est un person­nage très louche et toujours à court d’argent. Peu importe, fin 1894, Drey­fus est condamné , dégradé en public et envoyé au bagne pour sept ans.

Commence alors une campagne, très discrète au départ, et qui prend peu à peu de l’am­pleur pour sa réha­bi­li­ta­tion. L’af­faire commence vrai­ment, la passion anti­sé­mite soute­nue par une église catho­lique abso­lu­ment fana­ti­sée accom­pagne chaque révé­la­tion de ce qui pour­rait inno­cen­ter Drey­fus. C’est abso­lu­ment incroyable de relire la presse catho­lique de l’époque, et peu à peu s’im­pose ce para­doxe incroyable : il y a bien un traitre, plutôt que de trou­ver qui était ce traitre c’est beau­coup mieux d’ac­cu­ser un juif que de salir l’hon­neur de l’ar­mée française.

Et pendant que les passions se déchaînent, Alfred Drey­fus est le seul à croire vrai­ment à l’hon­neur de l’ar­mée, il ne veut pas lutter contre l’an­ti­sé­mi­tisme, il n’est pas du tout le porte parole d’une cause, il veut laver son honneur et que les siens soient de nouveau fiers de lui. Il déce­vra ses parti­sans quand il accep­tera la grâce prési­den­tielle, après le procès de Rennes en 1899. Il faudra attendre 1906 pour qu’en­fin son honneur lui soit complè­te­ment rendu, et 1995 pour que l’ar­mée recon­naisse son rôle dans la condam­na­tion d’un inno­cent. Il doit beau­coup à un autre acteur de cette affaire : le colo­nel Picquart, qui, bien que n’ap­pré­ciant pas Drey­fus, veut que la vérité soit établie. Il ira en prison pour cela, mais quand les deux seront réha­bi­li­tés ses années de déten­tion lui seront comp­tées pour son ancien­neté contrai­re­ment à Drey­fus : une dernière injus­tice. En 2015, j’avais dévoré le livre de Robert Harris « D » qui fait sans doute un trop beau rôle au colo­nel Picquart

Il ne faut pas oublier (le moment le plus célèbre de cette affaire) Émile Zola et son célèbre « J’ac­cuse » publié dans l’Au­rore, le 13 janvier 1998. Mais c’est aussi ce qui cache une partie de la vérité, comme on le sait grâce, entre autre, au travail de Jean-Denis Bredin, Drey­fus ne voulait pas être un mili­tant de la cause juive, il était et est resté un offi­cier de l’ar­mée fran­çaise en qui il croyait plus que tout. Les valeurs de la France n’au­ront pas fini de trahir cette famille puisque sa petite fille, Made­leine Levy résis­tante, mourra à Ausch­witz en janvier 1944.

Un livre passion­nant qui éclaire cette époque d’un regard nouveau : la violence de l’an­ti­sé­mi­tisme catho­lique explique sans doute la violence faite aux juifs par le nazisme et la passi­vité des réac­tions de l’église. Il n’y a eu à ma connais­sance que l’évêque de Toulouse, Jules Saliège à avoir inter­rogé offi­ciel­le­ment la conscience de ses fidèles en impo­sant dans tous ses diocèses la lecture de cette lettre dont voici un passage :

Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Les étran­gers sont des hommes, les étran­gères sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos frères comme tant d’autres. Un chré­tien ne peut l’oublier..

C’est une autre époque, mais que, le défer­le­ment de la haine anti­sé­mite lors de l’af­faire Drey­fus, avait bien préparé.

Citations

Les forces antidreyfusardes

À l’inverse, les anti­drey­fu­sards se sont eux aussi regrou­pés. L’armée anti­drey­fu­sarde compte les monar­chistes, les anti­sé­mites, la grande majo­rité des mili­taires, la plupart des prêtres, la quasi-tota­lité des congré­ga­tions, la masse des catho­liques prati­quants, et de manière géné­rale tous ceux qui veulent défendre la France tradi­tion­nelle, sa morale, ses vertus, ses insti­tu­tions, son écono­mie même, contre le pour­ris­se­ment de la Répu­blique, de la laïcité, du capi­ta­lisme, tout ce que les Juifs leur semblent appor­ter avec eux. Le natio­na­lisme et l’antisémitisme sont le fonds commun du bloc anti­drey­fu­sard. Et il n’est pas contes­table que l’Église en est la force principale. 

Juif donc coupable

Drey­fus est deux fois coupable, parce qu’il est juif, et parce que l’honneur de l’Armée le veut. Le débat sur l’innocence de Drey­fus est fina­le­ment secon­daire. « Son pire crime, dira Barrès, expri­mant la conviction
anti­drey­fu­sarde, est d’avoir servi pendant cinq ans à ébran­ler l’Armée et la Nation .

Toujours l’antisémitisme

Mais beau­coup ont sans doute sous­crit anony­me­ment. Un prêtre infirme qui envoie huit centimes voudrait manier l’épée aussi bien que le goupillon. Un autre prie « pour avoir une descente de lit en peaux de youpin » afin de la piéti­ner matin et soir. Un troi­sième signe : « Un prêtre pauvre écœuré qu’aucun évêque de France n’apporte sa sous­crip­tion ». Un petit curé poite­vin, qui envoie 1 franc, chan­te­rait avec plai­sir le requiem du dernier des youpins.

Le rôle de la presse

Sans L’Aurore et Zola, Drey­fus serait peut-être resté au bagne. Mais, sans Drumont et La Libre Parole, y serait- il allé ? La presse nais­sante révèle déjà qu’elle est, qu’elle sera, dans l’histoire de la démo­cra­tie, le meilleur et le pire : rempart contre l’arbitraire, arme de la Vérité, mais aussi véhi­cule de la calom­nie, péda­go­gie de l’abêtissement, école du fana­tisme, en bref, instru­ment docile à ceux qui la font et à ceux qui la reçoivent.

L’importance de la trahison

Et l’opinion géné­rale est que la France a perdu la guerre non parce qu’elle a été la victime d’un rapport de forces, mais parce qu’elle a été trahie. Partout les patriotes suspectent des espions. Répu­bli­cains et monarchistes
riva­lisent dans leur zèle à traquer les traîtres. La trahi­son est bien le crime total, que nul n’excuse, que rien n’expie. Quand Drey­fus est condamné, Jaurès s’indigne à la tribune de l’Assemblée qu’il ne soit pas fusillé. Clemen­ceau déplore le sort trop doux que la faiblesse du pouvoir lui réserve. Drey­fus, qui parti­cipe à la foi commune, ne cessera d’écrire, de l’île du Diable, que son trai­te­ment serait bien trop clément s’il était un traître. En cette année 1894 l’espion est bien la bête à abattre.

Culpabilité de Dreyfus

Je suis convaincu de l’innocence de Drey­fus, dit un offi­cier fran­çais à Émile Duclaux, mais si on me le donne à juger, je le condam­ne­rai de nouveau pour l’honneur de l’Armée. » Pour l’honneur de l’Armée. Parce que la Patrie l’exige. Parce que ceux qui sont grou­pés aux côtés de Drey­fus sont les enne­mis de l’Armée, qu’ils affai­blissent la France. Drey­fus fut succes­si­ve­ment coupable de trois manières. Il fut d’abord coupable parce que dési­gné pour cet emploi. Coupable, il le fut ensuite parce qu’il l’avait été. L’intérêt de la France, l’honneur de l’Armée comman­daient qu’il restât condamné. Puis il fut coupable d’« avoir servi pendant cinq ans à ébranler
l’Armée et la Nation totale[1802] », d’avoir été le symbole et l’instrument des forces du mal.

Le dreyfusisme

Mais la ligne qui sépare le drey­fu­sard de l’antidreyfusard passe le plus souvent en chacun. La part qui sacri­fie l’innocence au préjugé, qui condamne sans preuve, qui hait la diffé­rence, qui fabrique l’accusation, qui habille l’intérêt person­nel d’intérêts supé­rieurs, qui n’aime de la liberté que la sienne, elle est en chacun de nous ou presque. Il y avait de l’antidreyfusard chez Picquart, mais sa vertu était plus forte que ses préjugés.

La grandeur de Dreyfus

Nulle haine, nul signe de la moindre amer­tume chez Alfred Drey­fus. Il semble n’en vouloir à quiconque. Son martyre fut encore pour lui l’expression tragique d’un devoir. Les épreuves physiques et morales qu’il a endu­rées, l’humiliation de la parade, les cris de haine, les crachats, les années de bagne, la double palis­sade, les fers aux pieds, son destin détruit, sa santé ruinée, tout cela il le voit comme « une étape gran­diose vers une ère de progrès ». Il ne met pas en doute que la liberté univer­selle soit au bout du chemin. Simple­ment ce Fran­çais, qui a tant souf­fert de la France, regarde main­te­nant au-delà des fron­tières. Il voudrait que son « Affaire » ait servi l’humanité.

Édition folio poche . Traduit du tchèque par Barbora Faure.

Coucou Atha­lie, tu m’avais bien tentée avec ce roman, et je te remer­cie de me l’avoir fait lire. C’est une petite merveille ce livre de souve­nirs d’un enfant tchèque de père juif et de mère chré­tienne qui connaît une enfance aimée et riche en évène­ments avant la guerre, traverse les horreurs de la guerre et se recons­truit sous le communisme.
Raconté comme cela, vous pensez qu’il s’agit « encore » d’un roman sur la tragé­die de la Shoa , mais pensez au titre ! Ce livre raconte la passion de cet enfant pour les rivières et les pois­sons et nous fait connaître son père Léo un person­nage auquel rien ne résiste. Enfin presque . Dès la dédi­cace du livre le ton est donné et mon sourire était sur mes lèvres :

À ma maman

qui avait mon papa pour mari.

C’est vrai qu’il est un peu encom­brant ce Léo , toujours prêt à gagner des millions et deve­nir très très riche. Seule­ment voilà, la vie est faite d’im­pré­vus surtout quand on aime les jolies femmes, offrir des tour­nées à tous ses amis dans les bars, et surtout aller pêcher la carpe dans des endroits merveilleux plutôt que de vendre des aspi­ra­teurs. Pour­tant cela avait bien commencé avec le titre de « Meilleur Vendeur du Monde » d’as­pi­ra­teur Elec­tro­lux. La vie auprès de lui, pouvait être compli­quée, elle n’était jamais ennuyeuse, il a fallu le nazisme pour ralen­tir sa fougue. Après la guerre, il s’en­thou­siasme pour le commu­nisme jusqu’à ces terribles procès qui lui assène une si triste réalité :

Pour la première et la dernière fois de sa vie, il s’est blotti entre me bras comme le font les enfants. J’étais déjà un homme. Je le tenais dans mes bras et je regar­dais par-dessus sa tête ce « Rudé Oarvo » où il avait coché au crayon rouge

  • Rudolf Slansky, d’ori­gine juive
  • Bedrich Germin­der, d’ori­gine juive
  • Ludvick Frejka, d’ori­gine juive
  • Bedrich Reicin, d’ori­gine juive
  • Rudolf Margo­lieus, d’ori­gine juive

La série de Juifs conti­nuait et elle était toute macu­lée de larmes. Lors­qu’il se fut calmé, il me regarda d’un air absent, comme s’il ne me recon­nais­sait pas et dit :

-Ils se remettent à tuer les Juifs. Ils ont de nouveau besoin d’un bouc émissaire.

Puis il se leva, il donna un coup dans ce « Rué Pravo » et il se mit à crier :

-Je pardonne les meurtres. Même judi­ciaires. Même poli­tiques. Mais dans ce « Rudé Pravo » commu­niste, on ne devrait jamais voir « d’ori­gine juive » ! Des commu­nistes, et ils classent les gens en Juifs et non-juifs !

Ota Pavel a connu lui, aussi les affres de la dépres­sion, mais grâce à tous ses souve­nirs de pêches dans des endroits merveilleux, il a réussi à se recons­truire et il nous a laissé un livre qui nous fait sourire et aimer la vie. Son humour et sa pudeur en font un grand écrivain.
Bravo à cet auteur .

Citations

Que disent nos féministes ?

-Vous ne peignez pas de femmes ? 
- Vous savez, mon petit bonhomme, je ne les appré­cie pas telle­ment, vos bonnes femmes. Elles m’énervent terri­ble­ment. Quand elles posent pour se faire peindre, elles sont affreu­se­ment bavardes et quand elles se taisent, alors elles sont tout à fait fadasses.

Le talent de son père

Pour la firme Elec­tro­lux l’ar­ri­vée de papa fut une grande aubaine. Il s’avéra rapi­de­ment qu’il était un prodige en ce qui concerne la vente d’as­pi­ra­teurs et de réfri­gé­ra­teurs. Diffi­cile de dire à quoi cela tenait, mais il était génial dans ce domaine et si le talent est déjà mal aisé à recon­naître chez les génies artis­tique, il est d’au­tant plus quand il s’agit de vendre des aspi­ra­teurs à pous­sière (…). Il était parvenu à faire acqué­rir des aspi­ra­teurs à des paysans de Nesu­chyne où il n’y avait pas encore de courant élec­trique moi. Bien entendu, il leur avait promis qu’il allait les aider à faire venir l’élec­tri­cité, mais il ne tint pas sa promesse. 

La pudeur du récit

Un autre homme heureux était le profes­seur Nechleba. Il s’était remis à peindre sa Lucrèce. Un jour, quelques années plus tard, papa vint le voir et lui dit à quel point il la trou­vait belle, et le profes­seur, tout joyeux la lui donna. Pendant la guerre, un SS saoul, blond aux yeux bleus, l’ar­ra­cha de notre mur et la fendit d’un coup de poignard, la tuant somme toute pour la deuxième fois. Ce jour-là papa en eut les larmes aux yeux car il avait depuis long­temps oubliée Mme Irma et il était secrè­te­ment amou­reux de Lucrèce.

La guerre

À cette époque la chair grasse et goûteuse des carpes nous était indis­pen­sable, pour nous, comme pour le troc. Pour les échan­ger contre de la farine, du pain et les ciga­rettes pour maman. J’étais resté seul avec maman, les autres étaient en camp de concen­tra­tion. Je ne connais­sais pas encore très bien les carpes. Je devais apprendre à voire si elles étaient de bonne ou de mauvaise humeur, si elles avaient faim ou au contraire repues et si elles avaient envie de jouer. Je devais connaître leur lieu de passage et les endroits où il était vain de les attendre. Je te les prête une canne solide et court, une ligne, un bouchon et un hameçon. 

L’antisémitisme après la guerre

Ce monsieur commença à lui faire la cour et au milieu de la danse, il lui dit :
- Vous êtes telle­ment belle, en la mangeant des yeux. 
Maman sourit, quelle femme n’au­rait pas été flatté ?
Et alors ce beau monsieur ajouta :.
- Mais je voudrais savoir, qu’est-ce que vous avez de commun avec ce juif ? 
-Trois enfants, répon­dit maman qui termina la danse et revint s’as­seoir auprès de papa.

Depuis « Bluff » je savais que je lirai d’autres livres de cet auteur. Celui-ci est comme une ébauche de « Bluff ». Nous sommes en Austra­lie. Le person­nage commence par faire de la pêche, cette fois sur un bateau digne des plus horribles cauche­mars. Tout y est affreux, la façon de pêcher, le non respect des espèces proté­gées et surtout les rapports d’une violence extrême entre les pêcheurs. Puis, on part dans le nord de cet énorme conti­nent, vers Nullar­bor. La route qui traverse cet endroit est écrite dans les guides comme étant une des plus impres­sion­nantes du monde.

Mais cette photo ne dit rien des routes secon­daires qui mènent à la côte. Cela devient alors un vrai parcours du combat­tant. Notre person­nage, dont on ne sait rien, est visi­ble­ment à la recherche de sensa­tions fortes. Il va en avoir en suivant des Abori­gènes qui lui font décou­vrir le plai­sir de la chasse et de la pêche. Peu de person­nages sympa­thiques : ils semblent tous vivre des subven­tions de l’état. Ils attendent le chèque du gouver­ne­ment pour se saou­ler à mort. Mais … Il y a une rencontre : Augus­tus qui est un person­nage comme on en rêve et qui pren­dra sous sa coupe le narra­teur qu’il surnomme « Napo­léon ». Grâce à ce vieux sage de la tribu des Bardi, on a un aperçu de ce qu’au­rait pu être la civi­li­sa­tion des abori­gènes si les « Blancs » ne les avaient pas massa­crés, ou s’ils n’avaient pas complè­te­ment nié leur culture. Mais on sent bien que c’est trop tard et que les « Blancs » ont gagné. Aujourd’hui, l’Australie brûle, les Abori­gènes ne sont plus là pour expli­quer comment vivre dans un pays qui peut être si hostile à la présence humaine.

Si vous avez envie de visi­ter ce pays, je vous conseille forte­ment de lire ce livre, et, ne pas craindre les requins, les croco­diles, les serpents, les arai­gnées … et les alcoo­liques bien entraî­nés à la bagarre.

Citations

La tempête

Ma couchette gisait sous la proue, au plus fort du tangage. Chaque impact me soule­vait à un mètre de mon mate­las. Je me suis hissé dans la cabine en me cram­pon­nant aux barreaux. Atta­blés en silence, les autres atten­daient que ça passe. En mer quand les condi­tions deviennent à ce point mauvaises, pas un ne la ramène. Le capi­taine moins que les autres. L’hu­mi­lité du marin face aux éléments, si l’on veut. Plus certai­ne­ment, la trouille.

Le mal de mer

Grelot­tant, nauséeux, j’étais terro­risé. Le mal de mer , le vrai, vous fait envi­sa­ger la mort comme une déli­vrance. Moi, je n avais pas envie de crever, mais je me sentais trop épui­sée pour croire en ma survie.

Histoires de chasse en Australie

J’con­nais des tas d’his­toires comme ça. Trois types partent à la chasse après la ferme­ture du pub. À l’af­fût dans un arbre, ils poireautent des heures et des heures. Au petit matin, il fait froid, l’un des trois en a marre, descend de sa branche. Les autres lui crient de reve­nir, il leur faut un cochon. Mais leur pote ne veut rien entendre. Alors ils se bagarrent, le coup part. Là, ils l’en­terrent au pied de l’arbre, ni vu ni connu. Bien sûr, on retrouve le corps. En géné­ral, l’au­top­sie montre qu’il s’est débattu dans son trou, car il n’était pas vrai­ment mort.

Plaisirs de la nature australienne

Comme je sautillais, maladroit, pour soula­ger la plante de mes pieds, Augus­tus s’est campé devant moi : « Napo­léon, regarde où tu marches ». Un minus­cule serpent gris, strié de noir, se tortillait, nerveux, au bout de sa gaffe. » Serpent cinq minutes ». Il a lancé le reptile dans les profon­deurs de la mangrove, sans épilo­guer sur l’étymologie.

Toujours les joies australiennes

« Alors faut pas se prome­ner là tout seul ? J’ai demandé.
- Ah non, Napo­léon. À moins d’mar­cher en haut des des des dunes. Parce qu’il galope, les croc », même sur le sable. Ou bien t’amènes un chien… Le croco­dile raffole des clebs. Frian­dises ! Il entend aboyer, on l’tient plus, il est comme fou… Crois-moi, Napo­léon, s’il a le choix, un croc ira toujours après le chien.
- Mais dans l’af­faire, tu perds ton chien !
- Hé, Napo­léon qui t’a dit de prendre le tien ? Celui du voisin, il te faut… Une pierre, deux coups, le croc te bouf­fera et le clebs d’à côté, celui qui aboie tout le temps, t’en es débarrassé. »

Comme quoi, l’alcool ce n’est pas bon pour la santé

Un type, il avait bu… Eh, Yagoo, pas qu’un peu. Ils l’ont ramené de Broome … Lui, il a coupé par les buis­sons, pour rentrer plus vite… Les buis­sons, en pleine nuit ! Le serpent tigre, six morsures, qu’il lui a données.
- Il est mort ?
- Ben non. Pas croyable, hein ? Mais on lui a coupé la jambe… Et le serpent, Yagoo, crevé. On l’a trouvé près du type, le matin… Tué par l’al­cool, à c’qui paraît, telle­ment le type en avait plein l’sang. Eh ! Yahoo. C’est pas bon, hein l’alcool…

Une façon de priver les Aborigènes de leurs terres

Les blancs, ils ont fait déga­ger tout le monde… Ils voulaient plus les voir sur l’île. Un bel endroit comme ça, tu parles, ils l’ont gardé pour eux tout seul. Toujours la même histoire, hein, Napo­léon. Un jour, ils ont rassem­blé tout le monde. Ils ont dit qu’il fallait partir. Un cyclone va venir, qu’ils ont fait. L’île dispa­raî­tra sous la mer. Ils les ont mis dans des bateaux, à part les vieux, pas moyen de faire partir. Tout ça, Napo­léon c’était que des bobards… Les miens ont atterri à Lomba­dina, il y avait des abori­gènes de toute la région… Ils ont pris les enfants, les ont placés dans leur pension. Pour les éduquer, il disait. Les parents, c’était trop de tris­tesse, personne a eu le cœur de retour­ner sur l’île…

Édition JCLat­tès . Traduit de l’an­glais par Johan Frede­rik Guedj.

J’ai reçu en cadeau cet essai de Tara Westo­ver et je l’ai lu avec beau­coup d’émo­tion et d’in­té­rêt. Cette jeune femme diplô­mée de l’université de Cambridge et de Harvard a commencé sa vie dans des condi­tions très parti­cu­lières. Venant d’un milieu mormon, elle a grandi dans l’Idaho près du mont Buck’s Peak.

Cette montagne aura une grande impor­tance dans la construc­tion de sa person­na­lité, son père lui a raconté toutes les légendes qui peuplent ces lieux et elle repré­sen­tera tout son univers pendant seize ans de sa vie. L’en­fance qu’elle raconte dans ce livre est terrible car non seule­ment les mormons ont tendance à vivre entre eux en respec­tant des règles strictes mais en plus son père était « le plus mormon des mormons » et surtout c’est un malade mental qui est la proie de crises para­noïaques. Il faudra à Tara, seize longues années pour se défaire des liens qui l’at­ta­chaient à cette famille morti­fère. Son frère aîné est d’une violence et d’une perver­sité incon­trô­lable, elle sera battue, humi­liée et en grand danger de mort sans que ses parents n’in­ter­viennent. Il faudra une dernière crise de ce frère pour qu’en­fin elle aban­donne ses réac­tions de petite dernière de la fratrie des Westo­ver pour aller vers des études qui lui permet­tront de trou­ver la femme remar­quable qu’elle est vraiment.

Sa descrip­tion de son enfance est émou­vante, si elle n’est pas allée à l’école, elle a croisé des adultes qui savaient lui dire que ce n’était pas normal et cela a dû avoir une certaine impor­tance dans la rupture avec ses parents qu’elle devra assu­mer. Elle tient beau­coup à ce titre « Éduca­tion » , car oui elle a été éduquée et en parti­cu­lier à trou­ver des forces en elle-même, savoir admi­rer la beauté de la nature mais à part cela c’est vrai­ment diffi­cile de voir les valeurs que son père lui a données. On sent très bien que la reli­gion n’est qu’un prétexte pour ce père afin de soumettre toute sa famille à des lois et des règles très dures. Les seuls qui se sont sortis de cette domi­na­tion sont ceux qui n’ont pas accepté de faire partie du clan et qui tous grâce aux études ont pu assu­mer leur vie. Les autres vivent encore sous cette domi­na­tion et le succès du livre de Tara n’a pas dû arran­ger la para­noïa de son père. Elle est défi­ni­ti­ve­ment passée du côté du gouver­ne­ment, celui qui impose le lavage de cerveau par l’école, qui ruine la santé par les vaccins et les soins à l’hô­pi­tal, qui ne croit pas à la fin du monde et donc n’en­cou­rage pas les construc­tions de souter­rains pour survivre : bref, le monde de terreur dominé par le patriarche et assiégé par les forces du mal dont sa fille fait main­te­nant partie.

Le soucis de vérité de Tara Westo­ver et son honnê­teté sont très émou­vants elle cherche à éviter la culpa­bi­lité que sa mère sa sœur et ses frères veulent lui incul­quer. On sent tout le travail théra­peu­tique qu’elle a dû faire pour oser écrire ses souve­nirs sans bles­ser personne et pouvoir retrou­ver sa famille sur des valeurs d’amour qui ne soient pas fondées sur la mani­pu­la­tion des uns par les autres.

Citations

Le début

Je n’ai que sept ans, mais je comprends que c’est surtout ça qui rend ma famille diffé­rentes : nous n’al­lons pas à l’école.
Papa redoute que le gouver­ne­ment ne nous force à y aller, et cela est impos­sible, parce que les auto­ri­tés ignorent que nous exis­tons. Quatre des sept enfants de mes parents n’ont pas d’acte de nais­sance. Nous n’avons pas de dossiers médi­caux, parce que nous sommes nés à la maison et n’avons jamais vu un méde­cin ou une infir­mière. Nous n’avons pas de dossier scolaire parce que nous n’avons jamais mis les pieds dans une salle de classe.

La propreté

« N’ap­prends-tu pas à tes enfants à se laver les mains après être allés aux toilettes ? »
Papa a pas mis le moteur en route. Le pick-up avan­çait lente­ment, il a fait un signe de la main. 
« Je leur apprends à ne pas se pisser sur les mains. »

La religion de ses parents

J’avais toujours su que mon père croyait en un Dieu diffé­rent. Enfant, j’avais conscience que si ma famille fréquen­tait la même église que tout le monde dans notre ville, notre reli­gion n’était pas pareil. Les autres croyaient en la décence ; nous, nous la prati­quions . Ils croyaient au pouvoir de guéri­son de Dieu ; nous remet­tions nos bles­sures entre Ses mains. Ils croyaient en la prépa­ra­tion de la Résur­rec­tion, nous nous y prépa­rions véri­ta­ble­ment. Aussi loin que je me souvienne, j’étais convaincu que les membres de ma famille étaient les seuls vrais mormons que j’ai jamais connus.

Le final

Main­te­nant que j’y pensais, je me rendais compte que tous mes frères et soeurs excep­tés Richard et Tyler, étaient écono­mi­que­ment dépen­dants de mes parents. Ma famille se scin­dait en deux ‑les trois qui avaient quitté la montagne, et les quatre qui étaient restés. Les trois titu­laires de docto­rat, et les quatre sans diplômes. Un fossé était apparu, et se creusait.

Édition P.O.L

J’ai trouvé cette lecture chez « lire au lit » un blog qui propose des lectures origi­nales et qui sont souvent éditées chez P.O.L. Comme cette blogueuse, je me suis atta­chée à Ayme­ric, le père du petit Jim, né d’une d’une maman, Florence qui mène sa vie un peu à « l’ar­rache ». Le roman couvre la jeunesse d’Ay­me­ric et de Florence, puis raconte les dix ans de bonheur absolu pendant laquelle Ayme­ric sera le père de Jim, jusqu’au retour du père biolo­gique. Ensuite, nous parta­geons la terrible souf­france de cet homme qui verra son « fils » partir au Canada avec ses parents biolo­giques. Ayme­ric et Jim se retrou­ve­ront, mais vingt ans plus tard et Jim aura beau­coup de ques­tions à poser à ce père qu’il a tant aimé.
Résumé de cette façon, je ne sais pas si je vous donne envie de lire ce roman, pour­tant c’est incroyable comme cette lecture m’a touchée. D’abord parce qu’on ne traite pas si souvent de l’at­ta­che­ment d’un homme pour un enfant jusqu’à penser à en être le père. Sans pour autant faire les démarches admi­nis­tra­tives qui offi­cia­li­se­raient le lien, pensant sans doute que le lien d’amour est plus fort que n’importe quelle admi­nis­tra­tion. Ensuite parce que tous les person­nages sont dans la nuance, trop sans doute, si Ayme­ric s’était plus imposé et avait plus rejeté Chris­tophe le père biolo­gique, il aurait sans doute moins souf­fert. Combien de fois dans ce roman, j’ai eu envie de lui dire : « mais réagis, impose toi , ne te laisse pas faire » . Comme il le dit si bien dans ce roman les conseils des autres qui ne vivent pas la situa­tion sont souvent trop tran­chants et n’aident pas à comprendre l’en­semble de la situa­tion. Ces person­nages sont des gens d’au­jourd’­hui ni en réus­site parti­cu­lière ni en échec, ils vivent dans une région que l’au­teur aime profon­dé­ment : le Jura. Une région de bois et de montagne, dans laquelle Pierre Bailly a ses attaches . Le centre du roman qui raconte l’en­fance de Jim au milieu de la nature qu’il découvre grâce à son père et à une grand-mère qui vit dans une ferme au milieu des bois, est un moment magique. Comme tous les bonheurs, il y a des failles que le narra­teur ne veut pas voir : est-il encore amou­reux de Florence ? ou reste-t-il près d’elle pour élever leur (son) enfant ?

Le récit est très bien mené , le choix de la maman de le couper de ce père pour que l’en­fant essaie de s’adap­ter au Canada est très logique mais que de dégâts derrière. Le person­nage que je trouve le moins crédible mais aussi celui qui m’a le plus dérangé c’est Chris­tophe le père biolo­gique. Il n’a abso­lu­ment pas voulu de cet enfant et a repoussé cette femme quand il a su qu’elle atten­dait un enfant de lui. Un terrible acci­dent a tué sa femme et ses deux filles et c’est chez Florence qu’il vient se faire conso­ler. Il fallait bien un person­nage pour le roman , mais lui je n’ar­rive pas à imagi­ner sa construc­tion mentale.

Nous sommes aussi dans un monde que je connais peu, un monde où on va écou­ter des concerts pour tout oublier et la drogue aide bien dans ce cas. Je préfère et de loin quand le narra­teur obtient le même résul­tat dans ses marches en montagne.

Un superbe roman et je me promets de lire les autres livres de cet auteur.

Citations

Psycho à la fac

En psycho que on devait être trois mecs pour deux cents filles. Je me souviens d’une soirée où j’ai dit à un type que je faisais psycho, il en est resté bouche bée pendant plus de dix secondes, esto­ma­qué par ma réponse. Il a fini par s’ex­cla­mer : mais oui, t’as tout compris, toi, oh, le petit malin, en plus ça marche à ce que je vois, bien joué mon gars. Là, il regar­dait en direc­tion de Jenny, et quand je lui ai annoncé qu’on se connais­sait d’avant, qu’on ne s’était pas rencon­tré sur les bancs de la fac mais au collège, il a repris sa tête de pois­son crevé. Il venait de trou­ver la seule raison pour un mec aller en fac de psycho fina­le­ment non, ce n’était même pas pour ça que j’y étais .

L’éducation d’un petit garçon aujourd’hui .

On avait beau avoir le souci, autant Flo que moi, de ne pas trop valo­ri­ser les codes mascu­lin et de ne pas lui impo­ser des pratiques de petit mec, on avait beau l’en­cou­ra­ger à s’au­to­ri­ser à aimer la couleur rose ou tel jouet tradi­tion­nel­le­ment destiné aux filles, et j’in­siste pour dire que je faisais ma part de boulot en la matière, et bien je ne pouvais pas m’empêcher de camper ce person­nage de père qui bricole, de père qui n’a peur de rien, de père un peu brutal parfois .

Comment gérer une crise : les amis ne sont pas forcément les mieux placés .

Elle était au courant de tout, bien sûr, elle était encore plus remon­tée que moi. C’est toujours facile de s’emballer quand on est exté­rieur, on ne vit pas les choses, on n’est pas vrai­ment concerné, on ne souffre pas de la même manière, et puis on n’aura pas à assu­mer les consé­quences de nos réac­tions et de nos actes, alors on adopte une posi­tion radi­cale, on joue les durs, et on ferait mieux de se taire, car on est souvent de mauvais conseil,