http://storage.canalblog.com/48/03/444228/42121341_p.jpg 4
Ce n’est pas la couver­ture qui a guidé mon choix ! Il ne restait que ce livre à lire dans la sélec­tion du mois de janvier au club de lecture, mais je ne l’ai pas regretté. C’est écrit par une auteure qui connaît bien cette période (le Ve siècle) et les légendes arthu­riennes. L’histoire est pleine de rebon­dis­se­ments comme les adoles­cents doivent les aimer et les person­nages ont une certaine consis­tance, on s’attache à eux et ont veut savoir ce qui va leur adve­nir. De plus, c’est une période qui m’a toujours intri­guée : comment la civi­li­sa­tion gallo-romaine a-t-elle disparu ?
L’héroïne, Azilis, est une jeune fille d’une grande villa et vit comme une romaine mais le domaine de son père est menacé par les Francs qui dévastent tout et s’installent peu à peu dans la contrée. Fuyant un mariage qui lui répugne, elle accom­pagne son cousin dont elle amou­reuse en Bretagne pour aider le roi des Bretons dans sa guerre contre les Saxons. Elle est proté­gée par son esclave, homme coura­geux et épris de sa maîtresse. Si on se laisse prendre à cette trame, somme toute ordi­naire pour un roman d’aventures, c’est que le fond histo­rique est bien docu­menté, les person­nages sont complexes et peu à peu, on voit se dessi­ner les mythes de la légende du roi Arthur.Comment faire alors avec la magie des légendes celtes ? Je trouve que l’auteure s’en sort très bien . Sans nier le surna­tu­rel, ni trop ration­na­li­ser les enchan­teurs et les fées elle permet au lecteur d’aujourd’hui de comprendre comment de tels person­nage sont pu prendre toute leur place dans une société qui avait si peu de réponses face aux violences de l’époque.

Citation

La jeune fille la fixait d’un air implo­rant. Azilis comprit pour­quoi elle l’avait suivie On la prenait pour un être aux pouvoirs extra­or­di­naires parce qu’elle avait apporté Kaled­vour à Artu­rus. Deve­nait magie la moindre déduc­tion logique de sa part. Car qui igno­rait que les jeunes gens se mariaient à l’automne, après la saison des combats et des mois­sons ?

On en parle

Link

Traduit de l’anglais par Jean Bour­dier.

4
Chau­de­ment recom­mandé par notre biblio­thé­caire, ce roman béné­fi­ciait pour moi d’un préjugé favo­rable. Le début m’a tout de suite enthou­siasmé, le ton est abso­lu­ment excep­tion­nel. Et puis je me suis un peu perdue dans les histoires fami­liales. Pour me retrou­ver j’ai fait un arbre généa­lo­gique, je conseille à celles et ceux qui veulent lire ce roman de faire de même. Avec un ton grin­çant, et très humo­ris­tique, Kate Atkin­son raconte très bien les réali­tés et les tragé­dies fami­liales , surtout lorsqu’elles sont vues à travers les yeux de Ruby encore petite fille.
La construc­tion roma­nesque est un peu complexe, on va et on vient entre le présent et le passé, on s’y perd parfois mais quand on ferme le livre on a l’impression d’avoir gagné une famille complète. Même si, à l’image du 20e siècle la vie de la famille de Bunty et George est tragique, je crois que ce sont les moments de rire que l’on garde le plus en mémoire. La noce, le jour de la coupe du monde de foot­ball, en 1966 pendant le match Angle­terre-Alle­magne est un moment inou­bliable.

Citations

Le début

Ça y est j’existe ! …. Ma fabri­ca­tion commence au premier coup de minuit et s’achève au dernier, au moment où mon père se retire de ma mère, roule de côté et se retrouve subi­te­ment plongé dans un sommeil sans rêve grâce aux cinq pintes de bière John Smith qu’il a bues au Bol-de-Punch, avec ses amis Walter et Bernard Belling. Lorsque j’ai été arra­chée au néant, ma mère faisait semblent de dormir – comme elle le fait souvent en ces circons­tances. Mais mon père a la santé et il ne se laisse pas décou­ra­ger pour autant.

L’amour maternel

- Je n’aime pas le porridge, se hasarde à dire Patri­cia.
- Pardon demande Bunty
Ce simple mot tombe comme un glaçon sur le lino­léum de la cuisine. (Notre mère n’est vrai­ment pas du matin).
Du Tac au tac, Bunty siffle :
- Et bien moi je n’aime pas les les enfants ! Pas de veine, hein ?

Le mariage pendant la coupe du monde de football

– Cette saleté de Coupe du Monde ! dit-elle en se tour­nant vers Ted, l’écume aux lèvres. Tu n’as pas honte ? Est-ce que ton mariage n’est pas plus impor­tant que la coupe du Monde.
Ted ne peut s’en empê­cher. Il a jusqu’ici passé l’essentiel de sa vie à mentir comme un arra­cheur de dents, mais, en cette occa­sion publique et capi­tale, nous le voyons avec horreur plon­ger, comme un para­chu­tiste sans para­chute, vers le roc dur et tran­chant de la vérité.
– Pour sûr que non, dit-il. C’est la finale
Avec un bruit terrible la main de Sandra s’abat sur sa joue.

On en parle

link

http://s3.static69.com/m/image-offre/d/0/5/3/d0538f8e9bb2a8701db175cccad450bf-300x300.gif
Traduit du danois par Suzanne Juul et Bernard Saint-Bonnet.
5
Je le savais, je l’avais écrit je lirai d’autres Racon­tars (Le naufrage de la Vesle Mari et autres racon­tars -Jorn RIEL). Parfois, en décou­vrant un auteur, on se demande pour­quoi on ne le connais­sait pas. D’autant plus que, lorsque je parle de Jorn Riel, on me répond souvent « Ah, oui j’ai bien ri à ses racon­tars ». Alors voilà quand le « Vertigo » (mot pour déprime au Groen­land) vous prend, je vous conseille un recueil de racontars.Le bonheur c’est parfois commu­ni­ca­tif :

« Fjor­dur leva les yeux et souris. De la glace vierge et des chiens joyeux. Que deman­der de plus à la vie ? »

La lecture comme anti­dé­pres­seur, c’est moins compli­qué que la méthode de Lodvig. Pour aider Peter­sen à lutter contre les idées noires, il l’abandonne seul sur la banquise. Au lieu de mourir de faim et de froid, Peter­sen devien­dra un bon chas­seur et le Vertigo sera vaincu…

C’est diffi­cile de rendre compte des histoires de Jorn Riel, quand un écri­vain a le don de racon­ter il faut simple­ment se lais­ser porter par les histoires. Celle du cercueil, façon groen­lan­daise, qui se balade jusqu’à New-York, dans un iceberg déta­ché de la banquise un soir de tempête est à mourir de rire. Quand au titre, on le doit au « curé Polle­son, tout de noir et de décence vêtu ». Il imagine lutter contre la consom­ma­tion d’alcool de la popu­la­tion en brisant à coups de hache leurs alam­bics. La riposte fut à la hauteur de l’offense : l’alcool au Groen­land, c’est sacré !

Citations

Hansen regarda en l’air. D’abord il vit le toit qui se levait lour­de­ment, sans empres­se­ment. Ensuite, le tout fut doublé par le mission­naire Polle­son qui, tel une fusée au Nouvel An, fonça vers le ciel, les pans noirs de sa redin­gote battant comme des ailes ….

« Il a enfoncé sa hache dans la dyna­mite gelée » lui expli­qua Hansen.
« Putain » Valfred regarda le lieu­te­nant d’un air inter­ro­ga­tif. « Pour­quoi ? »
« J’avais mis les caisses sur la table et marque EAU-DE-VIE sur la couvercles. Je trou­vais que ça faisait mieux comme ça. »

4
Je n’avais pas le choix, il ne restait que celui-là dans la liste des 15 livres de février. Je pensais le parcou­rir rapi­de­ment et non … C’est très inté­res­sant, de plus Fran­çois Clémen­ceau écrit dans une langue simple et précise. Chaque chapitre est l’occasion de trai­ter un des aspects de la civi­li­sa­tion améri­caine : la ville de Washing­ton, l’obésité, la civi­li­sa­tion de la grosse voiture, la pollu­tion, la peine de mort, l’immigration, les Indiens, l’ouragan Katrina, la femme, la reli­gion, la guerre et Obama. Sa réflexion s’appuie sur des repor­tages et de multiples rencontres de person­na­li­tés d’opinions diffé­rentes. J’ai beau­coup appré­cié la place qu’il donne aux gens qu’il inter­viewe. Ce n’est pas lui le sujet du livre mais ce sont les Américains.Sa réflexion s’appuie sur son expé­rience et un travail d’enquêteur qui semble très sérieux.Il ne s’est pas contenté des images de la télé : ses pages sur l’ouragan Katrina sont très émou­vantes. Il est allé dans une petite ville Biloxi, il fait alors, remar­quer qu’on n’a parlé que de la Nouvelle-Orléans et oublié l’ensemble de la côte qui a pour­tant été tota­le­ment dévas­tée.
Il est allé voir, égale­ment, la pièce où l’on met à mort les condam­nés, il a inter­rogé des parti­sans de la peine capi­tale et des oppo​sants​.Il décrit très bien les para­doxes de la pudeur exces­sive à nos yeux des améri­cains qui inter­disent aux petites filles les maillots de bain sans soutien-gorge sur les plages et en même temps la nudité entre gens du même sexe dans les vestiaires spor­tifs « ainsi, dans le vestiaire des hommes de ma salle de sport, des garçon­nets ouvrent de grands yeux sur la viri­lité triom­phante ou déso­lante des quin­qua­gé­naires qui ne se donnent pas la peine de porter une serviette autour des hanches pour se raser ou se bros­ser les dents ». Sans parler des bars de strip-tease ni des Hooters que je vous laisse découvrir.La lutte contre l’obésité a commencé, mais elle semble bien diffi­cile à mener car les firmes et les mauvaises habi­tudes alimen­taires concernent surtout les enfants : « la tendance est à l’amélioration : davan­tage de légumes verts, moins de pomme de terre, des portions moins abon­dantes, des ingré­dients plus digestes. Mais cela ne concerne que les menus adultes ; les enfants conti­nuent à se voir offrir un chee­se­bur­ger de plus de 300 calo­ries ; leurs pizzas étaient servies avec des frites. À cela s’ajoutait le tradi­tion­nel cheese-cake ou la glace et le soda servi en gobe­let de 50 centi­litres servi à volonté à la carafe. Bref, un seul repas appro­chait la quan­tité de calo­ries recom­man­dée par les pédiatres pour trois jours. »On espère que la victoire d’Obama pourra faire mentir ces chiffres « si l’on naît Noir aux Etats-Unis, on a une chance sur d’eux d’aller jusqu’au bac et une sur neuf de se retrou­ver en prison avant l’âge de trente ans ». Je pense que tous ceux qui ont vécu aux Etats-Unis ou qui s’y inté­resse appré­cie­ront ce livre : l’auteur semble sincère et honnête.

Le blog de l’auteur

link.

http://www.cathulu.com/media/02/00/754538906.jpg 1
Je suis rare­ment aussi sévère dans mes juge­ments. Vous pour­rez trou­ver un lien vers deux sites où ce roman a été appré­cié. C’est simple, je déteste tout. Et surtout ce qui fait, sans doute, le charme de ce livre pour ceux et celles qui aiment, la présence de l’écrivain qui explique aux lectrices ou aux lecteurs la créa­tion de ses person­nages. C’est insup­por­table, comme cette manie d’annoncer que l’histoire conti­nue et que le pire vous attend au chapitre suivant. Et tout ça pour quoi ? Une histoire d’amour où un homme trompe une femme et lui fait croire qu’il veut un enfant. Alors qu’il est marié et que sa femme attend un enfant. C’est sordide, mais telle­ment peu inté­res­sant qu’il faut toutes les contor­sions de l’écrivaine pour un faire un roman. J’ai lu les critiques de Cunei­page et Cathulu mais je ne suis toujours pas convain­cue.

Citation

Mais l’histoire me pousse en avant, elle voudrait se préci­pi­ter et ne plus entendre parler de mes gloses et de mes digres­sions ; elle, ce qu’elle aime­rait, c’est prendre toute la place, s’étendre de tous les côtés, elle voit bien que je suis inquiète à l’idée de ce qui reste à racon­ter mais elle s’en balance, elle s’en fout des mauvais romans comme des bons, elle est comme le temps lui-même , comme l’année qui commence et qui ne dispose que d’un nombre finis de jours, tu vas y aller. Raconte !

On en parle

link et link.

5
Voici le livre respon­sable du long silence de Luocine. Deux semaines sans rajou­ter un livre sur mon blog ! Sans aucune hési­ta­tion, je mets Alias Cara­calla dans mes préfé­rences. Ce n’est pour­tant pas un roman. C’est parfai­te­ment écrit, cet essai nous permet de suivre, jour après jour, les efforts de Jean Moulin pour unifier la résis­tance. C’est peu de dire que tous les coups sont permis. J’ai lu ce livre en me docu­men­tant sur l’internet pour mieux comprendre ce qui s’était passé dans ces années là. Et comme dans le site que j’indique, j’ai perdu un ami lorsque dispa­raît Jean Moulin.En fili­grane du récit on voit l’évolution de Jean Cordier, son enga­ge­ment derrière Maur­ras son évolu­tion face aux trahi­sons de sa famille poli­tique, et sa prise de conscience des ravages de l’antisémitisme. Ce passage est souvent cité,tant il est sobre et en même temps très beau.J’ai passé trois semaines intenses loin du monde présent, mais j’ai mieux compris les consé­quences sur la poli­tique de notre pays. La page est aujourd’hui tour­née mais pour comprendre l’opposition de Mitter­rand au Géné­ral de Gaulle, je pense qu’il faut lire ce livre. Il n’en parle pas : Mitter­rand n’est pas encore dans la résis­tance quand le livre s’achève mais l’opposition de de Gaulle aux partis tradi­tion­nels est très bien décrite. Les hommes des partis de la IIIe répu­blique ont dû ressen­tir tout son mépris face à leur inac­tion et à leurs divisions.J’ai été égale­ment très sensible à l’effort de mémoire que fait cet homme de 90 ans aujourd’hui pour se souve­nir exac­te­ment de ce qui s’est passé. Pendant ces trois années sans aucun doute les plus impor­tantes de sa vie. On le sent taraudé par un souci de vérité à l’heure près. À travers son regard, la résis­tance semble bien fragile et le fait d’hommes autant isolés que déter­mi­nés à combattre.

Citations

Le secret de notre zèle tient dans la promesse de notre enga­ge­ment au combat dès que nous serions prêts. Cet objec­tif nous fouette. Partout et toujours, nous sommes volon­taires pour les mêmes taches rebu­tantes ? Notre seul objec­tif, depuis notre arri­vée en Grande-Bretagne, est la vengeance.

Je suis le témoin de cette négo­cia­tion diffi­cile. Cela me permet de fran­chir une étape déci­sive dans mon évolu­tion poli­tique. Elle me révèle combien mes cama­rades et moi sommes privi­lé­giés d’être pris depuis deux ans par la France libre et à quel point la situa­tion des résis­tants métro­po­li­tains est misé­rable en compa­rai­son….. Une évidence me saute aux yeux : la gauche que j’ai tant combattu, incarne seule l’espoir de chan­ger leur condi­tion.

J’ai envie de l’embrasser pour le remer­cier de tout : son présent, son retour, l’homme qu’il est Mais *Rex n’est pas quelqu’un que l’on embrasse. En dépit de son sourire et de sa gentillesse, son regard creuse un abîme entre nous.

En appro­chant du café, je vois venir à moi, serrés l’un contre l’autre, un vieillard accom­pa­gné d’un jeune enfant. Leur pardes­sus est orné de l’étoile jaune. … Je finis par comprendre que si cette vision mati­nale m’est telle­ment insup­por­table c’est parce qu’elle fait de moi un bour­reau : elle trahit l’humanisme, la frater­nité entre les hommes que je me vante de prati­quer dans le chris­tia­nisme. Comment ai-je pu deve­nir anti­sé­mite ? … Dans cette bras­se­rie incon­nue, j’ai l’impression de m’être à jamais débar­rassé du fardeau de mon éduca­tion.

On en parle

Link.

http://www.pascalgalodeediteurs.com/client/cache/produit/250_____losangeles_197.jpg
2
Si une certaine presse vit et vit bien des succès des stars, c’est qu’elles font vendre. Ce livre peut, donc plaire aux fans du cinéma améri­cains. Chaque photo est l’occasion de racon­ter, la vie d’un acteur ou actrice célèbre, d’un film connu dans le monde entier, d’une série vue et revue à la télé­vi­sion d’un enre­gis­tre­ment d’une chan­son que tout le monde peut reprendre en chœur. Dans ces condi­tions, c’est diffi­cile de rendre en photo le pour­quoi du succès d’un lieu, par exemple : pendant les quatre saisons –le dernier épisode datant du 21 mars 2005-, le hard rocker et sa tendre famille ont vécu dans un très beau manoir de Beverly Hills. Les fans conti­nuent de s’y rendre, comme s’il s’agissait de célé­brer un grand moment de la télévision.En regar­dant la photo du portail en bois et du mur rose caché par deux palmiers, je me suis dit que je n’irai sûre­ment pas faire comme-si… Pas plus que je n’irai à Viper-Room voir l’endroit où l’acteur River Phoe­nix est mort d’une over­dose d’héroïne et de cocaïne, le 31 octobre 1993. Alors, peut-être à Bihan (est-ce le breton qui a inspiré le nom de cette boutique ?) pour voir la boutique la plus chère du monde et l’allure d’une chemise à 15 000$ !Quand j’ai fermé le livre, j’ai lu que Sylvie Robic avait eu un coup de foudre pour Los Angeles, je ne peux pas dire qu’elle a su me le faire parta­ger, mais comme je le disais au début, si j’adore le cinéma et les séries, je n’ai rien d’une fan.
4
Cette auteure a une place à part dans ma biblio­thèque, dans une période diffi­cile pour moi j’ai lu L’encre du poulpe, je m’y suis complè­te­ment retrou­vée et ce livre m’a aidée à ressor­tir du noir absolu. Depuis, je lis tout ce qu’elle écrit, à chaque fois j’ai des bons moments sans être convain­cue par l’ensemble du livre.Dans Chan­son des Mal-Aimants, j’aime bien certains moments de vie de Laudes-Marie mais pas le roman sans que je sache bien expli­quer pour­quoi. On suit la vie de cette enfant aban­don­née et albi­nos, ses drames et aussi ses moments de bonheur.

Citations

Le début est superbe

Ma soli­tude est un théâtre à ciel ouvert. La pièce a commencé voilà plus de soixante ans, en pleine nuit au coin d’une rue. Non seule­ment j’ignorais tout du texte, mais je suis entrée seule en scène, tous feux éteints, dans une indif­fé­rence univer­selle. Pas même un arbre ni un oiseau pour enjo­li­ver le décor.

Sitôt née, j’ai été confié au hasard. Certes, ce n’est pas la plus fiable des nour­rices, le hasard, mais ce n’est pas la pire. Père et mère, d’un commun désac­cord en temps décalé, n’ont pas voulu de moi.

Très beau passage

J’aimais les mots comme des confi­se­ries raffi­nées enve­lop­pées dans du papier glacé aux couleurs chatoyantes ou du papier cris­tal trans­lu­cide qui bruit sous les doigts quand on les déplie. Je les lais­sais fondre dans ma bouche, y répandre leur saveur. Mes préfé­rés étaient les mots qu’il fallait croquer ainsi que des nouga­tines ou des noix grillées et cara­mé­li­sées, et ceux qui déga­geaient un arrière-goût amer ou acidulé. Certains mots me ravis­saient, pour la trou­blante douceur de leur suffixe qui intro­dui­sait de l’inachevé et un sourd élan du désir dans leur sens : « flaves­cence, efflo­res­cence, opales­cence, rubes­cente, arbo­res­cence, lumi­nes­cence, déhis­cence … » Ils dési­gnaient un proces­sus en train de s’accomplir, très inti­me­ment, secrè­te­ment… et j’avais forgé un mot sur ce modèle : « amou­res­cence ». Dans l’espoir que par magie de ce vocable neuf un peu d’amour naîtrait dans le cœur évanoui de ma mère, et dans le mien, tout encroûté de larmes et de colère.

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/Grandes110/7/9/2/9782715229297.gif

5
J’ai rare­ment été aussi boule­ver­sée par un livre. J’en ai lu chaque page, chaque ligne, chaque mot avec une inten­sité de plus en plus forte au fur et à mesure des chapitres. La quatrième de couver­ture l’annonce, l’auteure cherche à cerner la folie de son père au fil des 26 lettres de l’alphabet.

Elle s’aide du jour­nal qu’a tenu son père et de ses souve­nirs d’enfance entiè­re­ment marqués par la mala­die de son père maniaco-dépres­sif. Pour moi, dans ce livre tout n’est que souf­france et comme aucune solu­tion ne semble possible, ni l’intelligence de son père, ni l’amour de ses filles, ni l’amour que les femmes lui ont porté, on se sent terrassé.

Il faut aussi souli­gner la beauté de l’écriture qui rend cette histoire lisible.

Citations

À la lettre « D » Disparu

Quand je disais « mon père » cette année-là, les mots tenaient bon, je ne sais pas comment le dire autre­ment, j’avais l’impression de parler la même langue que les autres, d’habiter un monde commun (alors que d’ordinaire, pronon­çant ces deux mots, je voyais s’ouvrir un écart infran­chis­sable …… « mon père » c’est-à-dire mon délire, ma détresse, mon dément, mon deuil, mon disparu).

À la lettre « M » Mouton noir

… comme si, après toutes ces années, au seuil de sa nuit, il avait appris à jouer avec l’ombre en lui, renoncé à « faire comme tout le monde », à faire comme si, accepté cette figure impo­sée, ce portrait de lui en brebis galeuse, en bouc émis­saire, en mouton à cinq pattes, que sais-je encore, accueilli sa folie et trouvé par là le désir et l’espoir de ne plus en souf­frir, seul, toujours, diffé­rent, encore, mais apaisé.

Dans le journal de son père

J’avais pour­tant été un bon marin, mais la mala­die avait fait de moi un danger public.

L’auteure parle

link.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Valé­rie Le Plou­hi­nec.
3
Les filles doivent adorer, les garçons je suis moins sûre. J’ai trouvé cet avis sur un blog :

C’est le livre que j’ai le moins aimé… et de très loin ! ! Cette histoire est étrange, certains éléments n’ont ni queue ni tête, la plupart des person­nages sont moyen­ne­ment réus­sis et l’héroïne est vrai­ment nunuche. De plus comment peut-on être amné­sique et oublier quatre ans de sa vie en tombant dans des esca­liers ? Il faut vrai­ment ne pas être dégourdi ! ! Ce livre est plus pour les filles.

Person­nel­le­ment, j’ai trouvé ce livre agréable à lire, mais je suis une fille ! À la suite d’un trauma crânien Noémie est partiel­le­ment amné­sique et quatre années de sa vie se sont effa­cées. Elle est confron­tée à sa vie de lycéennes. Ses amours vont s’en trou­ver quelque peu pertur­bées ! Aucun person­nage n’est cari­ca­tu­ral et si tout finit bien, la complexité de la vie réelle est bien racon­tée.

Citation

Même si nous n’avions jamais été ensemble comme des amou­reux, je l’aimais. Je l’aimais. Je l’avais toujours aimé, je crois bien. Pour tout vous dire, c’était un peu un fardeau de le savoir.

Je me souviens des porcs-épics que j’avais regar­dés avec papa le soir où j’avais cru que Will allait peut-être mourir. Pas la partie sur l’aspersion d’urine. Le moment où ils se regar­daient dans les yeux. Nous n’en étions pas encore là, Will et moi.(Personnellement, j’espérais ne jamais arri­ver au stade du pipi)

On en parle

Link.