Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Denyse Beau­lieu. Lu dans le cadre du club de lecture de la média­thèque de Dinard thème : « en chan­tant ».

Ce roman mérite sa caté­go­rie « roman qui fait du bien » ! Après quelques lectures éprou­vantes où l’on imagine que les êtres humains se résument à des algo­rithmes et à des « datas », voici la descrip­tion d’une commu­nauté de Bridg­ford qui s’oppose avec intel­li­gence à des projets qui, de façon insi­dieuse suppri­me­raient leur art de vivre. Le centre commer­cial ne sera donc pas construit et le centre ville restera un lieu convi­vial. Mais si ce roman fait tant de bien, ce n’est pas que pour cette raison. En décri­vant les parti­ci­pants à la chorale de Bridg­ford, l’auteure anime devant nous un échan­tillon repré­sen­ta­tif de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, c’est à la fois drôle et telle­ment vrai humai­ne­ment.

Beau­coup de person­nages sont complexes et sympa­thiques et Gill Hornby sait nous les rendre très atta­chants. Tous ceux et toutes celles qui ont parti­cipé à une chorale se retrou­ve­ront dans ce roman, les petites vache­ries des sopranes, les blagues des basses .… Mais il y a aussi ce talent si parti­cu­lier à l’Angleterre où le chant fait davan­tage partie de leur quoti­dien qu’en France. Nous allons donc parta­ger la vie d’Annie qui ne se réalise qu’en offrant sa vie aux autres, elle va mettre beau­coup d’énergie pour que la chorale de Brig­ford ne dispa­raisse pas malgré le grave acci­dent dont a été victime la chef de chœur. Cela pour­rait être une cari­ca­ture de dame patron­nesse, car elle oublie quelque peu sa propre famille aux profits de ses bonnes actions. mais elle reste lucide et son enga­ge­ment auprès des autres n’est pas qu’une façade, et il est souvent couronné de succès. Il y a aussi Tracey qui visi­ble­ment cache un secret et passe son temps à proté­ger son fils Billy qui ne fait pas grand chose de sa vie, elle devien­dra grâce à Annie un pilier de la chorale et inves­tira son éner­gie au service de la petite commu­nauté. Il y a aussi, Bennett, mon préféré. Il part de loin celui-là ! Cadre dyna­mique au chômage, il doit faire face à la soli­tude puisque son épouse Sue a décidé de le quit­ter, et à une remise en cause de ses habi­tudes. Il va évoluer vers un Ben inven­tif et auda­cieux qui me plaît beau­coup. Evidem­ment la fin est heureuse et peut être trop idyl­lique, mais j’avais telle­ment besoin de croire en la soli­da­rité humaine que j’ai tout accepté. Si vous aimez chan­ter dans une chorale, si vous aimez les petites villes anglaises, si vous avez besoin de vous faire du bien lisez « All Toge­ther Now », et munis­sez vous d’un appa­reil pour écou­ter en même temps que votre lecture tous les chants dont il est ques­tion dans ce roman.

et voici la chan­son dont est tiré la cita­tion qui commence le roman

Citations

Les couples divorcés

Tous les couples en plein divorce se ressem­blaient : ils ne pouvaient pas vivre ensemble, mais chacun n’arrêtait pas de parler de l’autre. Alors que le nom de James, avec qui Annie vivait un bonheur tran­quille depuis trente ans, n’était prati­que­ment jamais mentionné dans ce café. Sue préten­dait qu’elle avait quitté Bennett parce qu’il était trop ennuyeux : main­te­nant, c’était elle qui deve­nait ennuyeuse à force de rado­ter sur Bennett.

Tout change même la religion

Vingt-cinq ans aupa­ra­vant, avant que Bennett ne se mure dans sa vie de labeur, Dieu était pour lui une espèce d’ancien mili­taire, mi-seigneur, mi-père de famille. Il était au ciel, et tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. De nos jours, appa­rem­ment, il s’était fait voler la vedette par Jésus, qui avait d’ailleurs énor­mé­ment changé entre-temps, lui aussi. Les choristes avaient passé la moitié de la messe à chan­ter qu’il était beau, qu’il était gentil, et qu’il était dans leurs cœurs.

L’horrible prof de piano local

Mme Coles était la prof de piano local : on lui attri­buait l’anéantissement de toute voca­tion musi­cale sur plusieurs géné­ra­tions à Brid­ge­ford.

Les ragots de choral.

C’était la plus jeune des altos, dans la tren­taine avan­cée – par rapport aux autres, elle était quasi­ment en mater­nelle – et pour autant qu’on sache, elle n’était pas parti­cu­liè­re­ment mélo­mane. Mais elle ne ratait jamais un mardi de chorale, ni d’ailleurs aucune des classes et réunions locales auxquelles elle assis­tait tous les soirs et presque tous les week-ends, dès massages indiens au brico­lage. Plutôt qu’une touche-à-tout, on accor­dait à penser qu’elle était esseu­lée cher­chant l’âme sœur. Ce qui était évidem­ment assez sexiste et passa­ble­ment médi­sant, mais ça c’était typique des soprano de Brid­ge­ford, assez sexiste et médi­santes.
– Dommage qu’elle n’ait pas de soirée libre pour les Weight Watchers.

Bennett le père de famille au chômage

« tu veux repar­tir de zéro . On comprend très bien , tous les trois » , alors que de toute sa vie il n’avait jamais rêvé de repar­tir de zéro . L’idée même de repar­tir de zéro lui faisait horreur . Chaque fois que ça chan­geait – même si s’agissait d’un chan­ge­ment mineur ou néces­saire-il en avait éprouvé Une profonde douleur psychique . À ce jour , il n’était pas tout à fait certains de cette remis du choc d’avoir quitté l’école primaire .
les toasts brûlaient . Il est fit il glis­ser sur une assiette , noirs d’un côté , blancs de l’autre lorsqu’on faisait la moyenne ça donnait un brun doré. Parfait.

Billy, il passe ses journées à ne rien faire, il décide de partir faire de l’humanitaire en Afrique.

Cela dit, bien­tôt, ça ne serait plus son problème, mais celui de l’Afrique. Pauvre Afrique… La séche­resse, la famille, et main­te­nant, son fils Billy Leck­ford. C’était, comme on le répé­tait si souvent, un conti­nent magni­fique mais maudit.

Définition d’un chœur

Un chan­teur, c’est un chan­teur ; plusieurs chan­teurs, ce sont plusieurs chan­teurs ; idem pour un groupe de chan­teurs. Mais un chœur -un chœur qui vit, qui respire, qui fonc­tionne, c’est tout à fait autre chose : le résul­tat singu­lier d’une réac­tion physique qui ne peut surve­nir que dans certaines condi­tions de labo­ra­toire, condi­tions qu’aucun scien­ti­fique sur terre ne serais capable d’énumérer. En géné­ral, pour qu’un chœur soit bon, il faut qu’il ait un bon chef de chœur -comme Tracey Leck­ford qui, devant eux s’abandonnait à la musique.

Quand une chorale réussit sa prestation

Cette inter­pré­ta­tion eut un effet extra­or­di­naire sur chacun des choristes. Au début, les spec­ta­teurs instal­lés dans leurs sièges en velours rouges n’avaient vu en eux que ce qu’ils étaient : un rassem­ble­ment hété­ro­clite de chan­teurs amateurs de toutes les géné­ra­tions et de tous les milieux sociaux qui n’avaient rien en commun, à part la musique, leur lieu de rési­dence et l’envie de passer un bon moment. Mais presque aussi­tôt, le pouvoir trans­for­ma­teur de la voix humaine accom­plit son miracle. À la fois pour eux-mêmes, et pour leur spec­ta­teurs émus, il devint quelque chose de toute autre. Pendant dix magni­fiques minutes, ils sortirent d’eux mêmes, leurs âmes se joignirent et s’envolèrent. Lorsqu’il revinrent enfin sur terre, les accla­ma­tions du public les remuèrent jusqu’au fond du cœur.

19 Thoughts on “Tous en chœur – Gill HORNBY

  1. Un Nick Hornby que je ne connais pas ? Oh !

  2. jamais lu cet auteur mais pour la chorale et pour mon moral je le note immé­dia­te­ment

    • J’ai beau­coup aimé le temps que j’ai passé avec ces anglais si proches de nous et pour­tant si diffé­rents. Quel dommage ce Brexit stupide !

  3. Tu es très persua­sive. Je vais voir de ce pas s’il se trouve à la média­thèque.

  4. J’avais aban­donné un de ses livres au bout d’une page. En revanche, celui-là me tente beau­coup ! Je vais essayer un deuxième essai !

  5. Gill Hornby ? A-t’il quelque chose à voir avec Nick Hornby, auteur dont j’ai lu plusieurs livres ?

  6. PS. Un tour rapide sur inter­net m’apprend que c’est la sœur de Nick Hornby. Si elle a autant d’humour que son frère, je prends !

  7. Pas vrai­ment un sujet qui me tente. Et puis les fins idyl­liques ce n’est pas mon truc ;)

    • je n’ai pas dit idyl­lique , mais avec de l’espoir, moi ça me fait du bien, je crois aussi que son humour pour écrire les êtres humains pour­rait te plaire, mais c’est vrai que « la tasse de thé » de chacun contient le breu­vage qu’il veut…

  8. Nouvelle auteure aussi en ce qui me concerne. J’étais juste­ment à la recherche de livres qui font du bien en cette fin d’année :-)

  9. Pour­quoi pas ? J’aime bien le contexte (chorale).

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