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J’avais tant aimé « loin des bras ». Sans l’ombre d’une hési­ta­tion, j’ai acheté ce roman, j’avais envie d’un vrai roman. Qu’on me raconte une histoire bien imagi­née. Je suis un peu déçue et pour­tant.

La descente vers la folie de ce chef d’orchestre est bien racon­tée et l’auteur nous tient en haleine : Alexis est-il fou ou génial et où est la fron­tière entre les deux compor­te­ments. La bles­sure de son enfance, sans doute à l’origine de son déséqui­libre, nous est devoi­lée que tardi­ve­ment , mais on comprend bien que cela ait pu le marquer. Le malheur des enfants trop riches, trop seuls, élevés dans les pensions Suisses est égale­ment un facteur de déséqui­libre.
Le sujet prin­ci­pal, c’est la musique et c’est aussi pour cela que je voulais le lire. On sent qu’Ardetti a une passion des morceaux dont il nous parle très bien et on croit entendre certains passages alors qu’il n’a que les mots pour nous les faire entendre.

J’ai souri lorsque Arditi décrit ce qui se passe dans la tête des gens qui écoutent l’orchestre dirigé par le Maes­tro : sa mère qui ne regarde que la qualité du costume de son fils , sa femme qui se rase en enten­dant pour la énième fois le mêmes morceaux et qui ne supporte plus les louanges dont on va couvrir son mari , et lui qui est las de faire jouer toujours la même musique.

Alors pour­quoi suis-je déçue ? La première raison c’est que c’est triste d’assister à la déchéance mentale d’un être humain encore plus s’il a de tels dons. La deuxième c’est que j’ai retrouvé tous les ingré­dients du roman qui m’avait tant plu et qui semble être des passages obli­gés de la litté­ra­ture suisse : la cruauté feutrée, mais ô combien effi­cace des pensions chic suisses , les clans fermés des vrais riches (souvent Suisse) , la culpa­bi­lité de l’enfance. Enfin on sent trop le côté inexo­rable de la chute de l’archange , d’ailleurs l’auteur nous l’avait annoncé dès la première page.

Je pense que si c’était mon premier roman de Metin Arditi, j’aurais eu moins de réserves. Les amou­reux de musique et tous ceux qui fréquentent régu­liè­re­ment les salles de concert liront ce livre avec inté­rêt. Je dois aussi dire que je l’ai lu jusqu’au bout sans avoir envie de le refer­mer alors que je connais­sais la fin , puisque le roman commence par là , je le dis pour souli­gner encore une fois les quali­tés de cet écri­vain.

Citations

La fatigue du chef d’orchestre

L’émotion que ressen­tait Kandi­lis était d’une autre nature. Une émotion feinte ? qu’il avait appris à mimer avec talent.

Les frustrations des enfants doués en musique

À six, sept ou huit ans, ils avaient épaté leurs parents :« mon fils est un génie ! « Ma fille est une surdouée ! » Et voila que leur carrière se termine dans l’anonymat d’un orchestre.

La femme bourgeoise charitable

Son retard était calculé, normé, indis­pen­sable pour marquer sa place dans la ville et le soin qu’elle mettait à faire le bien.

les propos méchants du mari à propos de son épouse

Une ossa­ture large et basse , des cheveux drus très bouclés , comme ceux des femmes qui venaient en Suisse faire des ménages , et un cou de paysanne.
Alors elle faisait l’aristocrate, lais­sait tomber les mots du bout des lèvres et parlait vite, histoire de rappe­ler qui elle était. « Dans le camp des dames par le son et dans celui des bonniches par l’image « , lui avait lancé Alexis un soir de dispute.

On en parle

Lettres exprès.

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